Nicole*, elle s’en fout de « l’union de la gauche »… – Par Laure ZUDAS le 25/02/2017

Je reviens d’un tour de village (le village à côté du mien, en fait, parce que dans mon village, il y a bien longtemps qu’il n’y a plus de commerces, plus d’échanges, plus de lieux pour vivre ensemble), et bien vous savez quoi ?
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Je n’y ai pas croisé une seule personne qui m’ait parlé d’un accord indispensable entre Jean-Luc Mélenchon et Benoît Hamon. Pas une seule…

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J’y ai croisé une boulangère qui n’a « jamais vu la neige », parce que la neige « c’est pas pour nous » et qu’ici quand tu as la chance de ne pas plier boutique, tu ne fermes pas pour aller à la neige, « ni à la mer d’ailleurs ». Alors pour voir la neige, « on attend la retraite »

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J’y ai croisé un paysagiste, amoureux des arbres, qui voudrait bien monter un projet de formation, mais qui ne le fera pas, parce que « ça demande de l’argent pour démarrer » et de l’argent, ben justement « y’en a pas ». Et puis les arbres, la forêt, la nature « tout le monde s’en fout ».

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Et surtout, surtout, j’y ai croisé Nicole*, au bord du gouffre, qui tente de maintenir son petit salon à flot.

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Son petit salon rose et blanc, fleuri et lumineux, dans lequel elle a mis « tous les sous » de la vente de son ancienne maison, après son divorce. Son petit salon chaleureux et gai, dont elle a dessiné amoureusement les plans et qu’elle va devoir fermer parce que « des journées à 15 euros, ça paye pas le loyer, les factures, la tva et le rsi ».

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Parce que « la petite mamie qui venait deux fois par mois faire sa mise en plis, son aide ménagère a changé son jour, elle ne peut plus l’amener », donc elle ne vient plus. Ni « la petite coquette qui venait faire sa couleur, elle a plus de sous pour se faire belle » et « la petite dame si gentille, qui ne voit pas bien, qui ne peut plus sortir seule », elle ne viendra plus non plus…

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Elle est comme ça Nicole… toute petite dans son petit salon, elle offre un « petit café » pour faire patienter sa « petite Laure », le temps qu’elle finisse « la petite coupe ». Pomponnée, souriante, le verbe haut et le rire contagieux, elle coupe, coiffe, sèche, s’affaire et me lance un clin d’oeil entre deux coups de ciseaux.

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Et quand le salon se vide, elle ouvre la porte pour laisser entrer le soleil, elle s’assied et son regard se perd un instant dans le vague, au-delà de la vitrine…

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Elle ne rêve pas de « l’union de la gauche » Nicole. Les négociations, les accords d’appareil, savoir qui va laisser la place à l’autre, elle s’en fout Nicole… elle ne sait même pas que ça occupe des gens.

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Les jours passent et elle attend… Elle attend le courrier recommandé qui lui dira que son affaire est pliée, parce qu’à force de ne plus avoir de clients, « tu finis par avoir des dettes » et dans un petit commerce, « quand t’as des dettes, c’est le début de la fin ».

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Parce qu’après 22 ans de coiffure, elle a beau tourner et retourner les chiffres dans tous les sens, se serrer la ceinture (les bons mois elle se paye royalement 7 ou 800 euros), au bout du compte, « y’a pas assez de sous pour payer les factures, pas de banque pour te faire un crédit et plus assez de clients pour vivre ».

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Elle me demande si ça intéresse quelqu’un les commerces qui ferment, les gens qui n’ont plus un rond pour aller chez le coiffeur, les vieux qui galèrent et les jeunes qui glandent ?

Elle me demande si quelqu’un va s’occuper de faire le ménage de ceux qui se gavent avec nos sous, de ceux qui trichent, qui piquent dans la caisse et ne sont jamais inquiétés ?

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Elle me demande tout ça à moi qui « fait de la politique », mais au fond, je sais bien qu’elle me le demande pour la forme, parce qu’elle n’y croit plus Nicole. Trop de promesses, trop de blabla, jamais d’actes…

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Et l’union de la gauche,le ralliement, le rassemblement ou n’importe quel nom qu’on lui donne, elle n’en parle pas, elle s’en fout Nicole*…

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* Prénom d’emprunt

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Démission d’EELV – Par Enzo POULTRENIEZ – Le 23/02/2017

Avant-propos de Vincent Christophe Le Roux : Je relaie ici ce billet d’un désormais ex-acteur d’EELV. Ce militant et responsable du parti écologiste claque la porte et explique pourquoi en un billet court mais bien ciselé. On perçoit la déception, ‘amertume, la colère, la tristesse et en même temps la grandeur d’âme de ce citoyen engagé.
VOus pouvez trouver son billet sur sa page Facebook. C’est ici.
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« On est aisément dupé par ce qu’on aime » (Molière, Tartuffe)

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En novembre 2010, j’avais franchi le pas après de long mois de réflexion. Une nouvelle force politique émergeait, novatrice, ouverte, foisonnante d’idées. Pleine de défauts certes, mais aussi bourrée de sincérités, de bonnes volontés, d’envies de construire un chemin.

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Ce parti, c’était l’héritier d’un mouvement politique mondial, d’une histoire, d’innombrables luttes environnementales, sociales, culturelles, démocratiques.

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J’avais 20 ans quand j’ai commencé à écrire ce chapitre de ma vie. Cet engagement n’était ni cynique, ni vaniteux. Il me prenait aux tripes. J’y consacrais mes soirées, mes week-ends. Plus que de raison. Parce que pour changer la vie, on ne peut pas être raisonnable.

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En un peu plus de six ans, j’ai rencontré à EELV des personnes formidables. Des petites mains qui agissent avec humilité et patience. Des grandes gueules qui savent trouver l’énergie de faire bouger les lignes. Des esprits vifs qui vous bluffent par la finesse et la fulgurance de leurs idées. J’y ai noué des amitiés fidèles et durables. J’y ai aussi trouvé l’amour. Pour tout cela, je ne dirai jamais assez merci.

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Bien sûr j’ai aussi croisé le chemin de quelques cyniques. Ces tartufes de l’écologie qui pérorent dans les gazettes aux cris de « responsabilité », « écologie positive », « pragmatisme ». Des opportunistes, il y en a dans toute organisation. Le tout c’est de savoir contrôler la gangrène, et agir à temps.

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Pendant cinq ans, j’ai exploré tous les recoins de cet engagement. J’ai endossé des responsabilités internes qui m’ont amenées à toucher du doigt l’élaboration d’une doctrine politique et la construction de rapports de force. J’ai accompagné des élus-es dans la construction de politiques publiques innovantes, dans des batailles épuisantes face aux inerties et aux conservatismes. J’ai dirigé des campagnes pour tenter de convaincre les citoyennes et citoyens de l’importance de ce en quoi je croyais. Ce en quoi je crois toujours. Même si tout n’a pas toujours été à la hauteur de mes espérances, je suis fier d’avoir essayé et d’avoir mis du sens dans ce que je faisais.

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Si je me sens obligé d’écrire tout ça ce soir, c’est que cet engagement a été trahi. Ces heures sacrifiées, ces pompes usées, ces montagnes russes de sentiments, on vient de leur cracher au visage.

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Depuis quelques mois, je m’étais éloigné, sans trop rien dire. J’avais ressenti un besoin de prendre le temps de respirer, après cinq années d’engagement total. Totalitaire parfois aussi.
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J’avais de gros doutes sur certaines orientations prises, et une méfiance solide vis-à-vis du candidat désigné. Mais je restais convaincu que l’organisation respecterait l’héritage de l’écologie politique, et nos engagements. Les temps étaient durs, mais il serait temps de reconstruire sur l’intelligence collective plus tard. Après tout l’écologie, c’est le temps long.

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Ce soir, ce candidat a décidé de se saborder lui-même, en direct, sans attendre le vote de celles et ceux qui l’avaient désigné. Sans même leur accorder la primeur de son annonce.

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Ce soir, je pense à celles et ceux qui se sont se engagés-es dans une campagne compliquée, qui y ont cru avec sincérité. Celles et ceux qui ont voté Jadot pour affirmer l’autonomie de l’écologie politique. Celles et ceux qui ont cru qu’en votant pour l’ouverture de discussions avec Hamon et Mélenchon, il y aurait des discussions avec Hamon ET Mélenchon. On est aisément dupé par ce qu’on aime.

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Je pense aussi à mes amis-es qui se sont battus-es de l’intérieur pour garder la tête haute, et qui connaisse pour la deuxième fois, quelques mois après Cosse, une nouvelle forfaiture. J’ai du respect pour leur tristesse et leur désarroi sincère, autant que j’ai du mépris pour les tartufes qui viennent d’immoler l’écologie politique, sans cérémonial.

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S’engueuler ou se réconcilier, perdre ou gagner, être minoritaire ou être majoritaire, ce sont des choses que l’on peut attendre et accepter d’un engagement politique. Se faire humilier, mépriser, cracher au visage, non.

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C’est ce qui m’amène aujourd’hui à clore le chapitre commencé il y a six ans et demi. Avec de la peine et des regrets, parce que démissionner c’est aussi renoncer. Mais sans remords. Je ne peux supporter que l’on dévoie mon engagement. C’est une question de dignité. D’orgueil peut-être aussi.

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Je souhaite à toutes celles et tous ceux qui resteront pour se battre de l’intérieur de garder la tête haute et les yeux ouverts, et de ne jamais oublier le sens de leur engagement. C’est essentiel.

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J’espère que nos chemins se recroiseront, s’il reste un chemin.

Conjurer Mélenchon par Le Pen: le jeu dangereux de Pujadas et sa clique – Par Olivier TONNEAU le 24/02/2017

Source : ici (son blog sur Mediapart ; voir aussi sa page Facebook)

Face à Jean-Luc Mélenchon, hier 23 février, Pujadas et sa clique ont exécuté tous les pas de leur danse habituelle : Poutine, Cuba et surtout, à toutes les sauces et jusqu’à l’écoeurement, Marine Le Pen. Que l’on soutienne ou non le candidat de la France Insoumise, chacun devrait s’inquiéter que France 2 se risque, pour l’abattre, à faire le jeu du Front National. Retour sur une sale soirée.

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Hasard ou connivence, l’émission tombait au bon moment puisque Yannick Jadot venait d’annoncer au journal de 20h qu’il se retirait de la campagne présidentielle au profit de Benoît Hamon, concluant par un appel vibrant à Mélenchon : parlons-nous, rejoins la grande aventure ! Sous-entendu : Mélenchon refuse de parler. Jadot se mettait ainsi d’emblée au service de la stratégie du PS qui n’a bien sûr jamais eu l’intention de faire alliance avec Mélenchon – on imagine l’apoplexie des Valls, Cazeneuve et autres Cambadélis. Depuis le début, la mise en scène du rassemblement ne vise qu’à marginaliser Mélenchon en le faisant passer pour un mégalomane irréductible. Pujadas et Salamé se font les relais complaisants de cette stratégie mais Mélenchon s’en tire bien : il lui suffit de souligner que c’est lui qui a fait à Hamon, par écrit, une proposition précise à laquelle celui-ci n’a pas répondu. Une lettre « un peu rude » s’empresse de commenter Pujadas. Le coup ne porte pas mais Pujadas prévient : « On en reparlera tout à l’heure, vous verrez ». Il fait référence à l’intervention de Philippe Torreton, proche de Jadot, dont il s’attend à ce qu’il redouble d’exhortations à Mélenchon.

Torreton avait visiblement souscrit à la thèse médiatique selon laquelle le problème réside dans l’égo surdimensionné de Mélenchon : c’est pourquoi il avait prévu de lui lire une page de Giono sur l’altruisme, trait caractéristique des grands hommes. Mais Torreton n’est pas en service commandé : les explications de Mélenchon l’ont convaincu. Puisque ce n’est pas lui qui empêche le rassemblement, il devient inutile de l’y exhorter. Pujadas et Salamé ne l’entendent pas de cette oreille et poussent Torreton à faire la besogne pour laquelle ils l’ont invité avec une telle impudeur que le public éclate de rire. Un coup dans l’eau pour les torpilleurs. Pas de panique, il reste deux cartouches : le binôme Castro/Poutine et surtout l’atout maître, Marine Le Pen.

La séquence Castro/Poutine est introduite par un tour de bonneteau si grossier qu’on peine à y croire. Mélenchon est invité à choisir entre trois images : Castro, Poutine et Amnesty International. S’il avait choisi la première, Pujadas l’aurait bien sûr tancé sur les violations des droits de l’homme à Cuba. S’il avait choisi la deuxième, sur leurs violations en Russie. Mais s’il choisit la troisième – ce qu’il fait – cela revient au même, puisqu’Amnesty International défend les droits de l’homme. Pujadas commence par accuser Mélenchon de n’avoir pas d’intérêt pour les droits de l’homme, ce qui est quasi diffamatoire. Mélenchon proteste et Pujadas d’enchaîner : pourquoi, dans ce cas, ne condamne-t-il pas Poutine ? Bravo l’artiste ! Pour la millième fois, Mélenchon expose sa conception des relations entre la France et la Russie, condamnées à être des partenaires pour préserver l’équilibre du continent.

C’est à François Lenglet qu’il reviendra d’ouvrir la séquence lepéniste. Il arrive avec une paire de Nike pour développer un argument proprement sidérant contre le programme économique de Mélenchon. Ce dernier veut augmenter les salaires mais, la France ne produisant plus rien, les Français n’achètent plus que des produits étrangers ; si l’on augmente les salaires, on ne fera donc qu’augmenter les importations. Jamais Shaddock n’a aussi bien tiré les conséquences de la mondialisation ! Il faut, nous dit Lenglet, se faire une raison : pour préserver la balance commerciale, les Français ne doivent pas acheter davantage à l’étranger qu’ils ne produisent en France et comme il ne s’y produit plus rien, ils ne doivent rien acheter. Il faut donc les maintenir dans la pauvreté pour les en empêcher.

A cela, Mélenchon aurait pu répondre que 80% de l’économie Française est dans son marché intérieur : on ne va pas au restaurant, ni ne se coupe les cheveux, ni ne prend le train, ni ne va au cinéma en Chine. L’augmentation des salaires permettrait donc principalement de relancer l’économie française, d’autant plus que Mélenchon ne se contenterait pas d’augmenter les salaires, il développerait une politique d’investissement dirigée directement vers les TPE/PME : il prend pour exemple le plan « zéro obstacle » pour les handicapés. Certes, l’augmentation des salaires ferait également augmenter les importations de certains produits, mais cette augmentation serait compensée par la diminution d’autres importations, notamment énergétiques, puisque la politique d’investissement de la France Insoumise vise à augmenter l’indépendance énergétique de la France. Lenglet n’y comprend rien. Navré, il agite sa paire de Nike et lève les yeux au ciel. Enfin, à court d’arguments, il dégaine sa carte maîtresse : un comparatif des programmes économiques de Le Pen et Mélenchon qui sont, dit-il, identiques. Question puissante : « Comment expliquez-vous ces similitudes ? »

Mélenchon tentera tant bien que mal de montrer que Le Pen s’est contredite d’innombrables fois sur les questions économiques, ce qui n’est pas surprenant. Le programme de Le Pen vise à accomplir une improbable quadrature du cercle : emprunter des mesures à la gauche pour séduire les classes populaires tout en conservant les mesures de droite qui correspondent à son électorat naturel de commerçants et petits patrons. Eh oui M. Lenglet, ce n’est pas difficile à comprendre : si les programmes de Mélenchon et Le Pen se ressemblent superficiellement, c’est parce que vous avez choisi dans le second ce qu’elle a copié sur le premier. Ce que vous ne dites pas, c’est que Le Pen, prisonnière de son électorat de droite, ne pourrait jamais annoncer qu’elle financera ses mesures sociales par une révolution fiscale : elle est donc réduite à dire qu’elle les financera par la suppression de l’aide médicale aux étrangers, par leur exclusion des minima sociaux et l’exclusion de leurs enfants des écoles. Or cela représente des sommes dérisoires comparées aux dépenses qu’elle annonce. Dites-moi : quand avez-vous entendu pour la dernière fois un journaliste pointer cette incohérence dans le programme du Front National ? Pour moi – et je suis assez masochiste pour regarder les interviews de Le Pen et Philippot – j’ai beau fouiller dans ma mémoire, je n’en ai aucun souvenir.

Lenglet ne voulant rien comprendre, Mélenchon prend le problème par un autre bout : Quand bien même Le Pen et lui auraient le même programme économique, et alors ? La différence fondamentale entre Le Pen et Mélenchon n’a jamais tenu à l’économie mais à la conception de la République. L’une est l’héritière idéologique d’un pétainiste tortionnaire de l’OAS et défend une vision ethniciste de la France fondée sur un racisme qu’elle voile juste assez pour que ses partisans le devinent mais que les journalistes ne l’en accusent pas. L’autre est l’héritier de la conception politique de la nation née de Révolution française, fondée sur l’universalité des droits humains. C’est ce que finira par rappeler Mélenchon à un Lenglet qui ne semble trouver à cela aucune importance. C’est que pour Lenglet comme pour toute la clique des libéraux hallucinés qui règnent sur les radios et les télés, une seule chose compte : êtes-vous pour le libre-échange ? Aller contre les lois naturelles de la mondialisation, c’est un crime d’une telle gravité qu’aucune différence éthique entre ceux qui les contestent n’a plus d’importance à leurs yeux.

Une grossière inexactitude dans le parallèle établi par Lenglet révéla son idologie dans toute sa pureté : selon lui, Mélenchon comme Le Pen veulent faire racheter la dette de l’Etat par la Banque de France. Mélenchon le corrige. C’est vrai de Le Pen qui est décidée à sortir de l’euro ; pour sa part, il veut changer le mandat de la Banque Centrale Européenne. Lenglet s’écrie : « C’est la même chose ! » La Banque de France et la BCE, c’est la même chose ? Bien sûr que non puisque changer le statut de la BCE doit permettre de sauver l’Europe, tandis que se rabattre sur la Banque de France n’a de sens que dans le contexte d’une sortie de l’euro. C’est en quoi Mélenchon diffère de Le Pen : il a un plan A et un plan B, elle n’a qu’un plan de sortie. C’était si absurde que j’ai mis du temps à comprendre. En définitive, peu importe à Lenglet de quelle banque on parle : ce qui lui fait pousser les hauts cris, c’est la planche à billets. Le diable de Lenglet, c’est la création monétaire qui permettrait l’investissement public, libérerait les Etats de la tutelle des marchés et provoquerait peut-être même une légère inflation qui aurait pour saine conséquence de réduire la valeur réelle de la dette – mais aussi du capital, au service duquel s’exprime M. Lenglet.

Après Lenglet, entre en scène Karim Rissouli dont la détermination à promouvoir Le Pen fut évidente lorsque Mélenchon fut confronté à madame Valérie Gloriant, restauratrice qui dit avoir fait faillite à cause des migrants. Le choix de cette française lambda ne devait rien au hasard puisqu’elle était déjà apparue à la télévision dans un reportage sur les électeurs frontistes. Malheureusement, madame Gloriant, ayant raconté son histoire, omet l’essentiel ! Cela ne va pas. Karim Rissouli prend donc sur lui de le révéler : de parents communistes, madame Gloriant s’apprête à voter Le Pen.

Il faut mesurer tout ce que la pression exercée par Karim Rissouli a de choquant. Il fut un temps, le Front national était un parti tabou, pour l’excellente raison que c’est un parti fasciste. Ceux qui votaient pour lui n’osaient guère s’en vanter et cette autocensure réduisait la capacité du Front national à s’étendre. Il restait un peu de cette pudeur à Mme Gloriant qui le dit elle-même : son cœur n’est pas avec le Front national. Elle avait envie d’interpeller Mélenchon mais n’était pas venue faire la promotion de Le Pen. Mais Karim Rissouli s’en charge : allons, dites-le que vous votez Le Pen ! N’ayez pas honte ! C’est humain, trop humain, dans les circonstances catastrophiques où nous vivons ! Qui n’en ferait pas autant à votre place ? M. Rissouli, chacun a droit à ses convictions, quelles que soient ses origines. Je ne devrais donc pas vous le dire mais il faut que ça sorte : je trouve désolant de voir un Arabe passer les plats au Front National. Savez-vous que depuis le Brexit, les racistes Anglais se croient tout permis et cassent du Pakistanais au coin des rues? Imaginez-vous ce qui attend les Français d’origine maghrébine si Le Pen l’emportait?

Je veux bien croire que ni Karim Rissouli, ni Léa Salamé, ni David Pujadas ne votent pour le Front national. Je comprends bien que le but de l’émission était de torpiller Mélenchon – Karim Rissouli lui refera pour conclure le petit numéro du rassemblement que Mélenchon qualifiera à juste titre de comédie. Il faut refermer le cercle de la raison : Fillon, Macron et Hamon – car tout le monde sait bien qu’Hamon ne renégociera pas les traités européens et qu’ayant ainsi échoué à se donner les marges de manœuvre nécessaires à une politique écologique et sociale, il finira en piteux avatar de François Hollande. En un sens, qu’une telle énergie soit déployée contre le candidat de la France Insoumise est plutôt bon signe. Mais en utilisant le Front national comme arme contre Mélenchon, Pujadas et sa clique jouent un jeu dangereux : ils contribuent à l’invisibilisation de son fascisme et à la banalisation du racisme et du repli nationaliste qu’ils prétendent combattre.

Et tout ça pour sauver l’Europe du libre-échange ! Mais ils ne se rendent pas compte que l’Europe qu’ils défendent est, sauf transformation profonde, indéfendable. Le Brexit ne leur a pas fait comprendre que plus personne n’accepte de se rendre à la fatalité de la mondialisation malheureuse. Ils ne réalisent pas qu’il n’y a plus aujourd’hui, à plus ou moins long terme, que deux possibilités : voir l’Europe radicalement refondée par la gauche ou la voir dissoute par l’extrême droite. Si la seconde est si prêt de l’emporter, leur aveuglement en est une cause majeure.

Ne rouvrons plus sans cesse la porte qu’on nous a fermée au nez !

Jean-Luc Melenchon, nous sommes avec toi depuis des années pour beaucoup d’entre-nous.
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Nous resterons avec toi aussi longtemps qu’il le faudra, et quelles que soient les difficultés et l’adversité que nous aurons à affronter ensemble, tant que tu nous honoreras comme tu le fais depuis des années.

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Nous sommes et nous serons avec toi, ET AVEC PERSONNE D’AUTRE QUE TOI !

Tu as bien entendu ?

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Si, à force d’être pressé par certains « amis », ou à force de discussions que certains, demain, pourraient dire « fructueuses » avec Hamon, tu décidais de mettre en pratique cette maxime que tu énonçais dans un temps pas si lointain, à savoir que « ta personne ne serait jamais un obstacle au rassemblement », sache – mais je suis convaincu que tu le sais déjà très bien – que nous ne « switcherons » pas (pour parler comme les commentateurs états-uniens) pour Hamon, quelles que soient les circonstances, quelles que soient les paroles – fussent-elles demain enjôleuses – de Hamon, quelles que soient les garanties qu’il nous donnerait.

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Tout simplement parce que nous ne lui faisons pas confiance, ni à lui ni à ses ami-e-s. On a déjà donné. Largement. Et au-delà de tout ce que nous redoutions. On en a encore des cendres dans la bouche.
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« Plus jamais PS » est une de nos lignes de conduite. Nous l’avons affirmée de manière on ne peut plus claire depuis très longtemps. Au point, parfois, de subir des admonestations sinon de toi, du moins de certains de tes proches.
Mais on n’a pas faibli et nous ne faiblirons pas.
2017 ne sera pas une resucée de 2012 !
PLUS JAMAIS PS ! PLUS JAMAIS !
Quelles que soient les circonstances.
Et quand on dit NON, c’est NON !
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Têtes de mules ? Cabochards ? Obstinés ?
Oui, en effet, nous sommes tout cela. Mais ne nous voir que de cette façon serait méconnaître notre coeur, notre esprit, notre « âme » citoyenne !
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Jean-Luc, nous t’entendons dire des choses (encore ce soir) qui sont pour le moins antagonistes. D’un côté, tu ne cesses de dire et de répéter que la discussion est ouverte avec Hamon et même tu rouvres des portes qu’il t’a claquées au nez !
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D’un autre côté, tu emploies à son sujet des qualificatifs tels qu’on se demande comment Hamon accepterait de discuter avec toi.
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Donc tu le piques assez rudement (ce dont nous sommes nombreux à nous féliciter) en employant un style somme toute peu amical, et tu poses des garanties (que NOUS ne pouvons que valider) mais que lui et son équipe ne peuvent que rejeter.
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À quoi bon alors poursuivre encore cette « comédie » (c’est le mot que toi-même as utilisé) de la discussion ? À quoi bon vouloir la recommencer quand elle avait été close.
On ne va pas rejouer sans cesse la même pièce.
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Tu es entendu depuis quelques mois par les Français parce que, précisément, tu as créé une cloison bien étanche avec le PS. Je te supplie de ne plus donner le sentiment de vouloir discuter avec Hamon et le PS. Tu le sais, ce n’est pas avec Hamon et l’appareil du PS qu’il faut discuter mais avec les Français.
C’est parce que tu as fait cela depuis un an que tu es là où tu es aujourd’hui. 270 000 soutiens citoyens sans compter tout le reste !
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Nous percevons la panique qui commence à être ressentie dans certains cénacles. Il faut donc poursuivre ta route sans perdre une seconde supplémentaire à jouer le jeu de la discussion.
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Ce plan A ne mène à rien. Et je t’assure que pour aujourd’hui je ne parle que du sujet abordé ici. Plus tu montres des signes de « bonne volonté », plus tu prends le risque de voir se détourner de toi beaucoup de gens non politisés. D’un côté convaincre quelques milliers de socialistes affolés de tout perdre, et d’être définitivement rayés de la carte politique de France, de l’autre risquer de ne jamais convaincre les millions d’abstentionnistes dont pourtant tu as sans doute commencé à faire dresser l’oreille…
Si tu veux qu’ils aillent plus loin, tu ne dois plus donner le change à tous ceux qui t’abjurent de parler avec Hamon et de t’entendre avec lui !
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Ou c’est lui, ou c’est le peuple français. Les deux sont devenus incompatibles !
Comme tu ne peux l’ignorer, qu’est-ce qui peut bien te donner sans cesse envie de tendre la main ?
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Jean-Luc, soit TU es candidat au 1er tour, sur TON projet, avec TON équipe, en te reposant sur NOUS, et on votera massivement pour toi. Et on entraînera les Français par millions avec nous.
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Soit tu ne l’es pas, pour quelque raison que ce soit, et ce sera la catastrophe pour le pays, car même dans cette circonstance, jamais plus nous ne voterons PS.
Aucun accord d’aucune sorte entre toi et Hamon, entre nous et eux, n’est possible et s’il advient, la France insoumise explosera en plein vol !
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Trop de défiance, trop de colère, trop de ressentiment. Une envie trop irrépressible de leur faire mordre la poussière, pas pour leur infliger une simple défaite électorale parmi d’autres, mais pour les tuer politiquement.
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Nous n’avons pas besoin d’eux. Et qu’on ne nous parle pas d’alliances pour les Législatives. Les mêmes principes absolus seront appliqués.
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Soit tu es élu le 7 mais et les Législatives seront gagnées, quels que soient les candidats (à quelques nuances près !). Il leur suffira de s’afficher en soutien à ta politique.
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Soit tu perds le 23 avril ou le 7 mai, et nous serons rétamés aux Législatives.
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Aucune alliance avec le PS ne nous sauvera. Et je pense que nous ne voulons pas sauver le PS ni être sauvés par lui !
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Ce n’est pas une haine irrationnelle mais une stratégie politique réfléchie. Tant que vivra ou survivra le PS, nous ne pourrons donner une utilité électorale à ces électeurs qui resteront attachés à lui quoi qu’il arrive, même s’ils sont en désaccord avec leur parti d’allégeance.
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Et tu n’ignores pas qu’il n’y a pas que des gueux comme moi qui le disent. Il y a aussi des pointures du monde intellectuel.Voici trois noms au hasard: Frédéric Lordon, Emmanuel Todd, Hervé Kempf.
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Parfois, on ne peut reconstruire qu’en repartant de zéro. La vieille bâtisse vermoulue, menaçant ruine, doit être démolie pour faire place nette et reconstruire sur de nouvelles fondations, avec de nouvelles « normes » bien plus en phase avec notre temps.
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C’est le cas de toute idée pour une « solidarité » (je ne dis plus « alliance » ou « union ») européenne mais c’est aussi le cas de toute idée de reconstruction d’une force politique à gauche.
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La France insoumise que tu as largement contribué à mettre sur pied n’est pas une chose aboutie. Le chemin se fait en marchant dit-on souvent et toi-même tu as dit un jour en réplique à cette maxime : « Je marche, Monsieur ».
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Eh bien, nous aussi, nous marchons.
Pas sous la baguette du chef d’orchestre Macron qui virevolte au son de la musique de ses premiers violons Gattaz, Lagarde and co. Mais avec toi et avec nos ami-e-s, nos frères et soeurs de lutte, et avec aussi quelques cousin-e-s, oncles et tantes, et parents divers, pour refaire la France, l’Europe et le monde.
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Cette présidentielle est, je crois, à nulle autre pareille. Elle sera historique, quel que soit son résultat, soit parce qu’elle aura vu ton élection et marquera le début d’une ère nouvelle que nous croyons plus heureuse, soit parce qu’au contraire, si c’est à ton échec qu’elle devait nous conduire, nous entrerions dans une période où le tumulte et le fracas, le bruit et la fureur seraient sans aucun doute autrement plus violents que ceux auxquels tu faisais allusion en 2012…
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Quel avenir aurons-nous ? Beaucoup dépendra du résultat au soir du 23 avril puis du 7 mai. Mais pas que…
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Car si tu étais élu, on n’arriverait pas seulement au bout de la route, on en entamerait une nouvelle. Pavée d’embûches et de menaces en tout genre.
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La France insoumise sera donc, en fonction des circonstances, soit un refuge (pour nous), soit une garde prétorienne (pour toi et pour celles et ceux que tu feras gouvernants) !
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J moins 60 avant le 1er tour. Il te reste deux mois pour emporter la conviction de millions de Français. Et il nous reste le même temps pour t’y aider.
Mais tu nous aiderais à ne plus donner à penser que tu es prêt à t’entendre avec Hamon.
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Salut insoumis.

À quoi ressemblerait la France de Jean-Luc Mélenchon ? Par Vatine PASQUESOONE de France Info le 23/02/2017

Source : ici

Le candidat de la France insoumise prône un renouveau démocratique, de nouveaux droits sociaux et une relance de l’économie par des investissements à but social et écologique.

Jean-Luc Mélenchon lors d\'un meeting à Strasbourg (Bas-Rhin), le 15 février 2017 .

Jean-Luc Mélenchon lors d’un meeting à Strasbourg (Bas-Rhin), le 15 février 2017 . (FRED MARVAUX / REA)

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Il est le candidat de la France insoumise et compte bien incarner l’alternative à gauche pendant la campagne. A 65 ans, le député européen Jean-Luc Mélenchon brigue une nouvelle fois l’Elysée, après avoir obtenu 11,1% des voix lors de l’élection présidentielle de 2012. Son livre-programme, L’Avenir en commun, veut répondre à ce qu’il appelle une « urgence démocratique, sociale, écologique » et internationale. Mais concrètement, à quoi ressemblerait la France s’il était élu en mai prochain ?

Sur l’économie, une relance par « la planification écologique »

Le programme économique de Jean-Luc Mélenchon prône une politique de relance budgétaire et d’investissement. Le candidat promet d’emblée d’injecter « 100 milliards d’euros supplémentaires dans l’économie, pour des investissements écologiquement et socialement utiles ». Les 41 milliards d’euros par an du pacte de responsabilité et de solidarité – qui sera supprimé – devront désormais financer « la transition énergétique » et des activités à but social. Sur cinq ans, l’Etat consacrera 173 milliards d’euros supplémentaires à la lutte contre la pauvreté, à l’éducation ou à la réforme des retraites.

Comme son ancien rival Arnaud Montebourg, le candidat affiche une ligne protectionniste et prône la réindustrialisation de la France « par l’investissement ». Il promet de défendre des « industries stratégiques » comme l’acier ou le photovoltaïque, à travers des mesures antidumping ou l’augmentation des droits de douane pour les pays « aux droits sociaux limités ». Certains programmes de privatisation seront remis en cause, notamment pour les aéroports et les autoroutes. Jean-Luc Mélenchon appelle également à la mise en place d’« une autre politique internationale des échanges commerciaux », protégeant davantage « les droits sociaux et l’emploi » en France.

En matière de finance, le candidat compte bien interdire « les licenciements boursiers », créer une « taxe réelle » sur les transactions financières et contrôler davantage les mouvements de capitaux. Les banques d’affaires seront séparées des banques de détail. Sur la fiscalité, Jean-Luc Mélenchon promet de réduire l’impôt sur les sociétés pour les « bénéfices réinvestis en France ». Il propose de créer un impôt sur le revenu comptant 14 tranches — contre cinq aujourd’hui. La tranche supérieure à « vingt fois le revenu médian » sera imposée à 100%.

Sur le social, un « droit opposable à l’emploi » et une politique « vers les 32 heures »

Très critique à l’égard du quinquennat de François Hollande, le candidat de la France insoumise promet l’abrogation de la loi El Khomri s’il est élu. Jean-Luc Mélenchon compte « rétablir la hiérarchie des normes sociales », soit la primauté de la loi et de l’accord de branche sur l’accord d’entreprise. Autre promesse : le contrat de travail à durée indéterminée (CDI) sera réaffirmé comme étant la « norme ». Les grandes entreprises ne pourront compter que 5% de « contrats précaires », les PME, 10%. Le député européen défend également un « droit opposable à l’emploi » pour les chômeurs de longue durée. Concrètement, l’Etat devra être « l’employeur en dernier ressort » : il devra proposer à ces demandeurs d’emploi un travail rémunéré d’intérêt général, adapté à leurs qualifications.

L’Avenir en commun défend ensuite une réduction du temps de travail – mais refuse l’idée d’un revenu universel, considéré comme « une trappe à pauvreté ». Jean-Luc Mélenchon compte « généraliser une sixième semaine de congés payés », « appliquer réellement et immédiatement les 35 heures » et « aller vers les 32 heures ». Lui président, les salariés travaillant de nuit ou ayant des métiers pénibles bénéficieront déjà de ce temps de travail réduit.

L’une des mesures-phares de la France insoumise est aussi de porter le Smic mensuel à 1 326 euros nets, soit une augmentation de 16%. Les salaires des fonctionnaires seront revalorisés, tout comme les minima sociaux et les pensions de retraite. L’âge légal de départ sera d’ailleurs baissé à 60 ans pour une retraite à taux plein. En parallèle, Jean-Luc Mélenchon promet une « Sécurité sociale intégrale », avec un remboursement intégral des « frais médicaux et des droits fondamentaux inconditionnels ». En clair, il s’agirait d’un « droit aux premiers mètres cubes d’eau, de gaz et aux premiers kilowattheures gratuits », a-t-il précisé dans un entretien au Monde (édition abonnés).

Sur l’écologie, la sortie du nucléaire et du diesel et une « règle verte » constitutionnalisée

« L’urgence écologique doit être au point de départ de ma campagne », annonçait Jean-Luc Mélenchon dans un entretien à Reporterre en juin dernier. L’écologie fait aujourd’hui partie intégrante du projet du député européen. Le candidat compte « constitutionnaliser la règle verte », soit « ne pas prélever sur la nature davantage que ce qu’elle peut reconstituer, ni produire plus que ce qu’elle peut supporter ». Il veut ensuite lancer un vaste plan « de transition énergétique vers les énergies renouvelables ». L’objectif est clair : atteindre 100% d’énergies renouvelables en France en 2050. Jean-Luc Mélenchon entend ainsi « sortir du nucléaire », « engager la sortie du diesel » ou encore lancer un « plan de rénovation écologique de tout le bâti ».

Les « biens communs » tels que l’air, l’eau, le vivant ou l’alimentation seront protégés. Le candidat de la France insoumise propose en parallèle une « contribution carbone sur le transport de marchandises » et une « taxe kilométrique aux frontières de la France ». Les circuits courts et les productions locales seront privilégiés dans les commandes publiques, et une alimentation « 100% biologique locale » sera imposée dans la restauration collective.

Sur les sujets de société, de nouveaux droits et la lutte contre les discriminations

Comme pour la règle verte, Jean-Luc Mélenchon entend « constitutionnaliser (…) le droit fondamental de disposer de soi en toutes circonstances ». Il défend l’accès à la contraception et à l’IVG, mais aussi le « droit de mourir dans la dignité (y compris avec assistance) ». Comme ses deux principaux rivaux à gauche, le député européen veut garantir un droit à la procréation médicalement assistée (PMA) « pour toutes les femmes ». Il veut ouvrir l’adoption plénière conjointe « à tous les couples », mais se prononce contre la gestation pour autrui (GPA).

En matière d’immigration, Jean-Luc Mélenchon promet de régulariser les travailleurs sans-papiers et d’accélérer l’accès à la nationalité française pour les étrangers réguliers. Le candidat compte également lutter contre les discriminations, en introduisant notamment le récépissé de contrôle d’identité contre le contrôle au faciès. Il promet aussi une « loi de lutte contre le sexisme », et des moyens renforcés contre les violences faites aux femmes. Sur l’éducation, enfin, le candidat de la France insoumise compte abroger la réforme du collège et rendre la scolarité obligatoire jusqu’à 18 ans. Il annonce le recrutement de 60 000 enseignants supplémentaires s’il est élu – soit le même engagement que François Hollande en 2012.

Sur les institutions, une VIe République et le pouvoir du référendum

« C’est l’ère du peuple qui doit commencer ! », clame Jean-Luc Mélenchon dans L’Avenir en commun. Première étape de ce renouveau démocratique : la VIe République et la mise en place d’un régime parlementaire. Pour cela, une Assemblée constituante « sous le contrôle des citoyens » devra « changer de fond en comble la Constitution ». Ce processus constituant – et la nouvelle Constitution qui en découlerait – seront soumis à référendum. Avec ce type de consultation populaire, les citoyens auront également le droit de proposer une loi ou de révoquer un(e) élu(e). Mais Jean-Luc Mélenchon reste flou sur le nombre de citoyens pouvant lancer une telle initiative.

Dans son programme, le candidat développe également d’autres mesures emblématiques pour répondre à « l’urgence démocratique » : non-cumul des mandats dans le temps, généralisation de la représentation proportionnelle et vote obligatoire. Les Français devront voter dès l’âge de 16 ans, et le vote blanc sera reconnu. En matière d’institutions, l’ancien sénateur se veut radical. En cas de victoire, il promet la suppression du Sénat, du Conseil économique, social et environnemental (CESE), et de la Cour de justice de la République (CJR).

Désintox – Opération Macron – Par Yannis YOULOUNTAS le 23/02/2017

Ce billet de mon ami Yannis Youlountas est absolument admirable. Je suis très fier de le relayer sur mon blog. Il a été publié par son auteur sur son propre blog, à cette adresse.

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Jamais les mass-médias français n’ont à ce point matraqué nos petites cervelles. À côté de ça, la campagne pour l’adoption du Traité Constitutionnel Européen en 2005, c’était peanuts — d’ailleurs, ça n’a pas marché. La propagande pour aller envahir l’Irak et je ne sais quelle autre région lointaine, c’était vintage, mou du genou, téléphoné. On en aurait même rigolé si des milliers de gosses n’étaient pas morts dans les ruines sous les frappes chirurgicales libératrices. Mais tout ça, c’était avant.

Nous voilà maintenant de plein-pied dans l’ère du message au millimètre, de la mise en scène huilée, du calendrier méticuleusement préparé, de l’orchestre symphonique des éditocrates et des chroniqueurs à l’unisson — excepté quelques dissonances tolérées pour donner l’apparence du pluralisme. Ce n’est plus un matraquage médiatique, c’est un bombardement publicitaire au napalm. Et cette opération a un nom : Macron.

Qui aurait cru, il y a quelques années, que ces médias à la botte, avec leurs grosses ficelles minables et leurs répétitions abrutissantes, parviendraient à nous vendre un nouveau venu en quelques mois, à peine sorti du chapeau, avec ses dents longues, ses amphétamines ras-la-gueule et sa coke ras-les-narines ? Qui aurait pu imaginer que le capital parviendrait à nous servir sur un plateau la caricature même de ce que les Français prétendent le plus détester : un énarque doublé d’un banquier d’affaire triplé d’un communicant politique ?

Macron, c’est tout ça à la fois : le fils prodigue du pouvoir, le petit Jésus de la finance descendu sur Terre pour expier nos pêchés, la petite voix à l’oreille des dirigeants politiques et économiques qui sort finalement de l’ombre pour venir nous parler directement en pleine lumière. Plus besoin d’intermédiaires. Le capitalisme décomplexé, libéral jusqu’à l’os, euphorique et sûr de lui, a choisi, cette fois, de nous la jouer brut de décoffrage : après la langue de bois, l’heure est à la langue de fer, et cette heure, c’est l’heure Macron.

Parachutés de chaque côté, par des primaires du PS et de la droite sous forte influence médiatique, Hamon et Fillon sont les parfaits contrefeux de sa campagne, positionnés aussi près que possible de ses principaux concurrents : Mélenchon et Le Pen.

Adoubé par Cambadélis et Valls en personne, le preux chevalier Hamon a carrément repris les armoiries du Mélenchon de 2012 : même couleurs du logo, cravate et veste à l’identique, copié-collé de phrases entières, racolage idéologique à grands renforts de mots valises et d’un vrai-faux rapprochement qui a fait pschitt.

Même chose de l’autre côté, avec un Fillon carrément positionné dans le jardin de Le Pen. Plus réac que moi, tu meurs ! Des sorties médiatiques à séduire les pires dévots de la Manif pour tous. Des petites phrases à susciter l’orgasme onaniste des plus chastes gardiennes de l’intégrisme catholique. Travail Famille Patrie versus 2017. Pétain, le retour.

Oui, mais cette petite musique de nuit (et brouillard) étant particulièrement à la mode dans la France de la seconde génération Le Pen, Fillon a dépassé les espérances des stratèges sans vraiment affaiblir sa cible. La copie Fillon n’a fait que renforcer l’original Le Pen, lui donnant, au contraire, une légitimité de plus.

Qu’à cela ne tienne, quelques jours après ce constat, la baudruche Fillon a été dégonflée illico presto par quelques petites affaires sous le coude. Et hop ! Quelques points de moins pour Fillon, dont une bonne partie reportée sur Jésus Macron. Du coup, en position de force, à nouveau favori dans les sondages fabriqués par ses soutiens, le petit chéri du capital commence déjà à distribuer les portefeuilles et à rallier les politicards en mal de gamelle.
— Et pour Monsieur Bayrou, qu’est-ce que ce sera ? L’éducation ou l’agriculture ? L’aile ou la cuisse ?
— Ce que vous voulez, mon cher Emmanuel, puissiez-vous me permettre de savourer à nouveau les joies du protocole, les délices du pouvoir et le salaire de la fonction.

Tout est prêt. La messe est dite. There is no alternative.
— Ce sera Macron et personne d’autre, nous répètent les éditocrates.
— A moins que Le Pen continue à monter, menacent certains.
— Pour éviter l’extrême-droite, il n’y a qu’un moyen : rassembler au centre, concluent-ils à l’unisson.

Bingo ! Revoilà la vieille rengaine du vote utile, dès le premier tour, pour faire barrage au sempiternel danger du parfait épouvantail. Si le FN n’existait pas, il faudrait l’inventer.

Les autres candidats n’existent plus. Poutou fait campagne devant son usine. Mélenchon crée son propre média sur youtube. Qu’importent la légitimité ouvrière du premier et le succès populaire du second qui a hissé son mouvement politique, France Insoumise, loin devant tous les partis traditionnels avec plus de 250 000 adhérents. Qu’importent également tous les autres, ici ou là. La télé et la presse ont déjà choisi : ce sera Jésus Macron contre Juda Le Pen. Un partage des rôles bien connu entre capitalisme et fascisme, les frères siamois du pouvoir, tellement utiles l’un pour l’autre.

Pendant ce temps, dans le silence médiatique, les mouvements de protestation se multiplient partout dans l’hexagone. Celles et ceux qui considèrent que la lutte est d’abord et avant tout dans la rue essaient de mettre le feu aux poudres et tentent de faire redescendre le débat dans la vraie vie : actions contre l’impunité policière, marche pour la justice et la dignité, blocus contre les violences d’État, journées de soutien aux inculpés, concerts pour les prisonniers, Perturbe ta Ville, Génération Ingouvernable, manifs, entartages, farine-party, émeutes, occupations, assemblées spontanées… Rien n’y fait ! Les mass-médias n’ont rien vu, rien entendu et ne diront rien. Malgré des centaines d’actions par semaine d’un bout à l’autre du pays, rien ne filtre à la télé, exceptés une poignée de vitres cassées et quelques gros plans sur des blessés triés sur le volet : policiers victimes de bavures révolutionnaires.

Quelles que soient les formes de résistances choisies par les uns ou les autres, au moyen d’une alternative électorale ou d’une abstention active, on entend la même petite voix qui nous répète que l’avenir est déjà tracé et que nous ferions mieux de retourner à de saines occupations plutôt que de perdre inutilement notre temps à lutter.

Février 2017 se termine. L’opération Macron bat son plein, avec ses ralliements, ses contrefeux et son épouvantail. Jusqu’à quand ?

Sommes-nous vraiment si stupides pour tomber par millions dans cet énorme panneau, ou bien le pouvoir, trop sûr de lui, va-t-il faire face à une grosse, très grosse surprise ?

Aucun texte alternatif disponible.

« L’horrible campagne présidentielle française » vue par Diana Johnstone* le 17/02/2017

Je vous propose de lire un long billet de Diana Johnstone.

Source originale (en anglais) : Counterpunch

Source de la version française : Arrêt sur info (site suisse)

Je remercie mon ami Patrick Tillet, alias le Yéti, grâce à qui j’ai découvert ce billet dense et riche puisqu’il l’a relayé sur son blog que je suis (voir ici).

Diana Johnstone s’est fait connaître ces derniers mois pour avoir publié un libre biographique à charge contre Hillary Clinton. Ce livre était intitulé « La Reine du chaos ». C’est une intellectuelle engagée très à gauche aux États-Unis.

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Le Grand Soir avait publié, le 14 mars 2016, un entretien avec Diana Johnstone. Il est à lire ici.

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France : encore une horrible campagne présidentielle ; l’État profond monte à la surface

Comme si la campagne présidentielle américaine n’avait pas été assez pénible, en voici une autre : en France.

Le système en France est très différent du système américain, avec de nombreux candidats en concurrence sur deux tours, la plupart capable de s’exprimer fort bien, même parfois en abordant de vraies questions politiques. Leur temps de passage gratuit à la télévision réduit l’influence de l’argent. Le premier tour le 23 avril désignera les deux finalistes pour l’élection du 7 mai, ce qui permet un plus grand choix qu’aux États-Unis.

Et malgré la supériorité de leur système, les chefs de file de la classe politique veulent singer les mœurs de l’Empire, jusqu’à se faire l’écho du thème qui a dominé le show 2016 outre-Atlantique : les Russes diaboliques s’en prennent à notre merveilleuse démocratie.

L’imitation du système américain a commencé avec les “primaires” tenues par les deux principaux partis de gouvernement qui aspirent manifestement à devenir les équivalents des Démocrates et des Républicains dans un système à deux partis. Le parti de droite de l’ancien président Nicolas Sarkozy s’est déjà rebaptisé Les Républicains et les dirigeants du soi-disant parti socialiste n’attendent qu’une occasion de se proclamer Les Démocrates. Mais au train où vont les choses, ni l’un ni l’autre ne semblent sûrs de l’emporter cette fois-ci.

Étant donné l’impopularité du gouvernement socialiste du président sortant François Hollande, les Républicains ont longtemps été considérés comme les favoris naturels pour battre Marine Le Pen, que tous les sondages donnent en tête au premier tour. Dans une perspective aussi prometteuse, la primaire des Républicains a suscité plus du double de votants volontaires (tenus de verser une menue obole et de faire allégeance aux “valeurs” du parti afin de pouvoir voter) que celle des socialistes. Sarkozy fut éliminé, mais plus surprenant, le favori le fut aussi, le fiable maire de Bordeaux Alain Juppé, qui caracolait en tête des sondages et des éditoriaux de la presse.

Les valeurs familiales de Fillon

En une surprenante manifestation de vaste désenchantement public envers la scène politique, les électeurs Républicains ont accordé la victoire haut la main à l’ancien premier ministre François Fillon, un catholique pratiquant à la politique domestique ultra-néolibérale : réduction de l’impôt sur les revenus des sociétés, coupes drastiques dans les allocations sociales, y compris l’assurance maladie — accélérant ce que les gouvernements précédents ont fait, mais plus franchement. Ce qui est moins conventionnel, Fillon condamne fortement la politique antirusse actuelle. Il dévie aussi de la détermination du gouvernement socialiste à renverser Assad en exprimant sa sympathie pour les chrétiens harcelés en Syrie et pour leur protecteur, qui se trouve être le gouvernement d’Assad.

Fillon a l’allure respectable d’une personne à qui on peut donner le bon Dieu sans confession. Comme thème de campagne, il a mis l’accent sur sa capacité vertueuse à lutter contre la corruption.

Mal lui en a pris ! Voilà que le 25 janvier, l’hebdomadaire semi-satirique Le Canard enchaîné a tiré les premiers coups de feu d’une campagne médiatique en cours conçue pour détruire l’image de Monsieur Propre, en révélant que sa femme, la Britannique Penelope, a reçu un salaire mirobolant pour lui servir d’assistante. Comme Penelope est connue comme femme au foyer qui élève leurs enfants à la campagne, l’existence de cet emploi est sérieusement mis en doute. Fillon a aussi rétribué comme avocat son fils pour des tâches non spécifiées, et sa fille pour prétendument l’aider à écrire un livre. En un sens, ces allégations prouvent la force des valeurs familiales du candidat conservateur. Mais sa cote a chuté et il risque des poursuites pénales pour fraude.

Le scandale est réel, mais le choix du moment est suspect. Les faits datent de plusieurs années, et le moment de leur révélation est bien calculé pour assurer sa défaite. En outre, le lendemain même des révélations du Canard enchaîné, une enquête judiciaire a été ouverte. Vu tous les tripatouillages non divulgués et les crimes de sang non résolus commis par ceux qui contrôlent l’état français au fil des années, surtout durant ses guerres à l’étranger, enrichir sa famille peut sembler relativement mineur. Mais ce n’est pas ainsi que le public le voit.

Cui bono ?

On tient en général pour acquis que, bien que la candidate du Front national, Marine Le Pen, soit constamment en tête des sondages, quiconque arrivera second l’emportera au second tour parce que la classe politique et les organes de presse établis se rallieront au cri de « Sauvons la république ! ». La peur du Front national comme « menace pour la république » est devenue une sorte de racket de protection pour les partis établis, puisqu’il stigmatise comme inacceptable un vaste pan de leur opposition. Dans le passé, les deux principaux partis ont été en connivence sournoise pour renforcer le Front national afin de prendre des votes à leurs adversaires.

De sorte que faire tomber Fillon accroît les chances que le candidat d’un parti socialiste à présent complètement discrédité puisse se retrouver comme par magie en seconde position, comme le chevalier qui pourfendra le dragon Le Pen. Mais qui, au juste, est le candidat socialiste ? Ce n’est pas clair. Il y a le candidat officiel du parti socialiste, Benoît Hamon. Mais le sous-produit indépendant de l’administration Hollande, Emmanuel Macron, « ni de droite ni de gauche », obtient le soutien de la droite du parti socialiste ainsi que de la plupart de l’élite globaliste néolibérale.

Macron est le vainqueur programmé. Mais d’abord, un coup d’œil à son opposition à gauche. Avec moins de dix pour cent de popularité, François Hollande s’est rendu à contrecœur aux objurgations de ses collègues pour éviter l’humiliation d’une cuisante défaite s’il briguait un second mandat. La primaire peu fréquentée du parti socialiste devait choisir le farouchement pro-Israélien premier ministre Manuel Valls. Ou sinon, sur sa gauche, Arnaud Montebourg, une espèce de Warren Beatty de la politique française, notoire pour ses liaisons romantiques et ses plaidoyers en faveur de la ré-industrialisation de la France.

Mais de nouveau, surprise ! Le vainqueur fut un terne et peu connu tâcheron du parti, Benoît Hamon, qui chevaucha la vague de mécontentement populaire pour apparaître comme un critique et une alternative “de gauche” à un gouvernement socialiste qui a trahi toutes les promesses faites par Hollande de combattre “la finance” et, au lieu de cela, a attaqué les droits des travailleurs. Hamon a pimenté sa revendication d’homme de gauche en présentant un truc à la mode ailleurs en Europe mais une nouveauté dans le discours politique français : “le revenu de base universel”. L’idée de donner à chaque citoyen une allocation, la même pour tous, peut sembler attrayante pour les jeunes qui ont de la difficulté à trouver un emploi. Mais cette idée, appuyée par Milton Friedman et les autres apôtres du capitalisme financier débridé, est en fait un piège. Le projet tient pour acquis que le non-emploi est permanent, contrairement aux projets visant à créer des emplois ou à partager le travail. Il serait financé en remplaçant toute une panoplie d’allocations sociales, au nom de « l’élimination de la bureaucratie » et de « la liberté de consommation ». Le projet achèverait l’affaiblissement de la classe ouvrière comme force politique, en détruisant le capital social commun représenté par les services publics, et en partageant les classes dépendantes entre travailleurs payés et consommateurs oisifs.

Il y a peu de chance que le revenu universel devienne un point sérieux à l’ordre du jour de la politique française. Pour le moment, la revendication de radicalité de Hamon sert à détourner les électeurs du candidat de gauche indépendant Jean-Luc Mélenchon. L’un et l’autre rivalisent pour le soutien des verts et des militants du parti communiste français, lequel a perdu toute capacité à définir ses propres positions.

La gauche divisée

Orateur impressionnant, Mélenchon s’est fait connaître en 2005 en tant qu’opposant de premier plan à la proposition de constitution européenne, qui fut rejetée clairement par les Français dans un référendum mais fut néanmoins adoptée sous un autre nom par l’Assemblée nationale française. Comme beaucoup de gens de gauche en France, Mélenchon est un ancien trotskiste (tendance posadiste, plus sensible aux révolutions du tiers monde que ses rivales) passé au parti socialiste qu’il a quitté en 2008 pour fonder le Parti de gauche. Il a sporadiquement courtisé le Parti communiste à la dérive pour qu’il le rejoigne dans le Front de gauche, puis s’est proclamé le candidat pour la présidence d’un nouveau mouvement indépendant appelé « La France insoumise ». Mélenchon est combatif envers la presse française docile, alors qu’il défend des positions non orthodoxes, par exemple en faisant les louanges de Chavez ou en rejetant la politique étrangère russophobe actuelle de la France. Contrairement au conventionnel Hamon, qui suit la ligne du parti socialiste, Mélenchon veut que la France quitte l’euro et l’OTAN.

Il y a deux très fortes personnalités dans cette compétition: Mélenchon à gauche et son adversaire de choix, Marine Le Pen, à droite. Dans le passé, leur rivalité dans les élections locales les a empêchés l’un et l’autre de gagner, alors même qu’elle arrivait en tête. Leurs positions en matière de politique étrangère sont difficiles à départager : critique de l’Union européenne, désir de quitter l’OTAN, bonnes relations avec la Russie.

Comme tous deux dévient de la ligne établie, ils sont tous deux dénoncés comme « populistes », un terme qui en est venu à vouloir dire quiconque fait davantage attention à ce que veulent les gens ordinaires qu’à ce que l’establishment édicte.

En matière de politique sociale, de préservation des services sociaux et des droits des travailleurs, Le Pen est bien à la gauche de Fillon. Mais le stigmate attaché au Front national comme parti d’extrême-droite demeure, bien que, avec son proche conseiller Florian Philippot, Marine Le Pen ait écarté son père, Jean-Marie, et ajusté la ligne du parti pour attirer les électeurs de la classe ouvrière. La principale relique du vieux Front national est son hostilité envers l’immigration, qui à présent se concentre sur la peur des terroristes islamiques. Les tueries terroristes de Paris et de Nice ont rendu ces positions plus populaires qu’elles ne l’étaient. Dans son effort de surmonter la réputation d’antisémite de son père, Marine Le Pen fait de son mieux pour courtiser la communauté juive, aidée par son rejet de l’islam « ostentatoire », allant jusqu’à réclamer l’interdiction de porter un foulard musulman en public.

Un second tour entre Mélenchon et Le Pen serait une rencontre entre une gauche ravivée et une droite revivifiée, un vrai changement loin de l’orthodoxie politique qui a aliéné une bonne partie de l’électorat. Cela pourrait rendre la politique excitante de nouveau. Alors que le mécontentement populaire envers “le système” grandit, il a été suggéré (par le mensuel non-conformiste Causeur d’Elizabeth Lévy) que l’antisystème Mélenchon pourrait bien avoir la meilleure chance de battre l’antisystème Le Pen en s’attirant les voix de la classe ouvrière.

Comment fabriquer un consensus

Mais l’establishment néolibéral, pro-OTAN et pro-Union européenne, s’active à empêcher que cela n’arrive. Sur toutes les couvertures de magazines comme dans tous les talkshows, les médias ont montré leur allégeance à un candidat modéré « Nouveau ! Amélioré ! » vendu au public comme un produit de consommation. À ses rassemblements, de jeunes volontaires soigneusement entraînés et placés en vue des caméras accueillent la moindre vague déclaration de l’orateur de clameurs délirantes en agitant des drapeaux et en scandant « Ma Ma! Cron ! Président ! » avant d’aller en boîte faire la fête offerte pour les récompenser. Jamais un candidat sérieux à la présidence n’a autant ressemblé à un robot, en ce sens que c’est une création artificielle conçue par des experts pour une tâche spécifique.

Emmanuel Macron était un banquier d’affaires de premier plan qui gagnait des millions au service de la banque Rothschild, quand, en 2007, à l’âge de 29 ans, ce brillant jeune économiste fut invité dans la cour des grands par Jacques Attali, un gourou immensément influent, dont le conseil depuis les années 1980 a joué un rôle central dans la conversion du parti socialiste au globalisme néolibéral procapitaliste. Attali le fit entrer dans son groupe de réflexion privé, la Commission pour la libération de la croissance française, qui avait aidé à la conception des « 300 propositions pour changer la France » présentées au président Sarkozy un an plus tard comme un projet de gouvernement. Sarkozy a échoué à les mettre en œuvre toutes, par crainte de révoltes syndicales, mais les socialistes soi-disant de gauche ont pu se permettre des mesures antisyndicales drastiques grâce à leur discours plus lénifiant.

Lequel discours fut illustré par le candidat présidentiel François Hollande en 2012 quand il suscita l’enthousiasme en déclarant dans une réunion publique : « Mon adversaire réel c’est le monde de la finance ! » La gauche applaudit et vota pour lui. Entretemps, par précaution, il avait dépêché Macron à Londres pour rassurer l’élite financière de la City qu’il ne s’agissait que d’un discours électoral.

Après son élection, Hollande fit entrer Macron dans son équipe. Ensuite, il lui fut confié un poste gouvernemental à consonance super moderne comme ministre de l’économie, de l’industrie et du numérique en 2014. Avec le charme terne d’un mannequin de grand magasin, Macron a éclipsé son irascible collègue, le premier ministre Manuel Valls, dans leur rivalité silencieuse pour succéder à leur patron, le président Hollande. Macron s’est acquis l’affection des grandes entreprises en donnant à ses réformes antisyndicales un air jeune, propre et “progressiste”. En fait, il a quasiment suivi l’agenda d’Attali.

Le thème, c’est « la compétitivité ». Dans un monde globalisé, un pays doit attirer du capital d’investissement pour être concurrentiel, et pour cela il est nécessaire d’abaisser les coûts du travail. Une façon classique de ce faire, c’est d’encourager l’immigration. Avec la montée des politiques identitaires, la gauche est mieux placée que la droite pour justifier une immigration massive en termes moraux, comme une mesure humanitaire. C’est une raison pour laquelle le parti démocrate aux États-Unis et le parti socialiste en France sont devenus les partenaires politiques du globalisme néolibéral. Ensemble, ils ont changé les perspectives de la gauche officielle de mesures structurelles promouvant l’égalité économique en des mesures morales promouvant l’égalité des minorités et de la majorité.

Seulement l’an dernier, Macron a fondé (ou on a fondé pour lui) son mouvement politique, baptisé “En marche !” et caractérisé par des réunions publiques avec de jeunes groupies portant des T-shirts Macron. Au bout de trois mois, il a senti le besoin de diriger la nation et il a annoncé sa candidature à la présidence. De nombreuses personnalités ont déserté le bateau socialiste échoué et rejoignent Macron, dont la forte ressemblance politique à Hillary Clinton suggère que c’est lui qui peut montrer la voie afin de créer un parti démocrate français sur le modèle américain. Hillary a certes perdu, mais elle reste la favorite de l’OTANistan. Et bien évidemment, la couverture médiatique américaine confirme cette notion. Un coup d’œil au papier extatique de Robert Zaretsky dans Foreign Policy acclamant « le politicien français anglophone et germanophile que l’Europe attendait » ne laisse aucun doute : Macron est bien le chouchou de l’élite globalisante transatlantique.

Pour le moment, Macron est second seulement de Marine Le Pen dans les sondages, qui montrent aussi qu’il la vaincra haut la main au second tour. Toutefois, son charme soigneusement manufacturé est vulnérable à une plus grande information publique sur ses liens étroits avec l’élite économique.

La faute aux Russes

Face à cette éventualité, il existe une frappe préventive, importée directement des États-Unis : c’est la faute aux Russes !

Qu’ont fait les Russes de si terrible ? En gros, ils ont fait savoir qu’ils avaient une préférence pour des amis plutôt que pour des ennemis comme chefs de gouvernement. La belle affaire ! Les médias d’information russes critiquent, ou interviewent des gens qui critiquent, les candidats hostiles à Moscou. Rien de bien extraordinaire, là encore.

À titre d’exemple de cette ingérence choquante, qui prétendument risque de saborder la république française et les valeurs occidentales, l’agence d’information russe Sputnik a interviewé un membre républicain du parlement français, Nicolas Dhuicq, qui a osé dire que Macron pourrait être « un agent du système financier américain ». Ce qui est pour le moins évident. Mais le tollé qui en est résulté a fait l’impasse sur ce détail pour accuser les médias étatiques russes de « commencer à faire circuler des rumeurs selon lesquelles Macron a eu une affaire extra maritale homosexuelle » (The EU Observer, 13 février 2017). En fait, cette « calomnie sexuelle » circulait déjà surtout dans les milieux homosexuels de Paris, pour lesquels le scandale, s’il en est un, n’est pas l’orientation sexuelle prêtée à Macron mais plutôt le fait qu’il la nie. L’ancien maire de Paris, Bertrand Delanoë, était ouvertement homosexuel ; le bras droit de Marine Le Pen, Florian Philippot, est homosexuel ; en France, être homosexuel n’est pas un problème.

Macron est soutenu par un « lobby homo très fortuné », aurait affirmé Dhuicq. Tout le monde sait de qui il s’agit : Pierre Bergé, le riche et influent directeur commercial d’Yves Saint Laurent, la personnification du radical chic, farouche partisan de la gestation pour autrui, un sujet brûlant en France, et la vraie controverse derrière l’opposition ratée au mariage homosexuel.

L’État profond monte à la surface

L’étonnante adoption en France de la campagne antirusse américaine montre une lutte titanesque pour le contrôle de la “narration” — la version de la réalité internationale consommée par la masse des gens qui n’ont pas les moyens d’entreprendre leurs propres recherches. Le contrôle de la narration est le cœur critique de ce que Washington décrit comme sa « puissance douce ». La puissance dure peut livrer des guerres et renverser des gouvernements. La puissance douce explique aux quidams pourquoi c’était la bonne chose à faire. Les États-Unis peuvent littéralement tout se permettre aussi longtemps qu’ils peuvent raconter l’histoire à leur avantage, sans risque d’être contredits de façon crédible. En ce qui concerne les points sensibles du monde, que ce soit l’Irak, la Libye ou l’Ukraine, le contrôle de la narration est fondamentalement exercé par le partenariat entre les services de renseignement et les médias. Les services de renseignement écrivent l’histoire et les grands médias la racontent.

Ensemble, les sources anonymes de « l’État profond » et les médias de masse ont pris l’habitude de contrôler la narration racontée au public. Ils ne veulent pas abandonner ce pouvoir. Et ils ne veulent assurément pas le voir contesté par des outsiders — notamment par les médias russes qui racontent une histoire différente.

C’est une des raisons de la campagne extraordinaire en cours pour dénoncer les médias russes et autres médias alternatifs comme diffuseurs de « fausses nouvelles », afin de discréditer des sources rivales. L’existence même de la chaîne d’information internationale russe RT a suscité une hostilité immédiate : comment les Russes osent-ils se mêler de notre version de la réalité ! Hillary Clinton avait mis en garde contre RT quand elle était secrétaire d’État et son successeur John Kerry a dénoncé la chaîne comme « un mégaphone de propagande ». Ce que nous disons est vrai ; ce qu’ils disent ne peut être que de la propagande.

La dénonciation des médias russes et de la prétendue « ingérence russe dans nos élections » est une invention majeure de la campagne Clinton, qui a ensuite infecté le discours public en Europe occidentale. Cette accusation est un exemple évident de double standard, ou de projection, étant donné que l’espionnage américain de tous, y compris les alliés, et l’ingérence américaine dans les élections à l’étranger sont de notoriété publique.

La campagne dénonçant les « fausses nouvelles » émanant de Moscou bat son plein en France comme en Allemagne à l’approche des élections. C’est cette accusation qui empoisonne la campagne, pas les médias russes. L’accusation que Marine Le Pen est « la candidate de Moscou » est non seulement supposée ruiner ses chances, mais c’est aussi un ballon d’essai pour susciter une possible « révolution de couleur » si d’aventure elle gagnait l’élection du 7 mai. L’ingérence de la CIA dans les élections étrangères est loin de se limiter à des bulletins d’information controversés.

En l’absence d’une authentique menace russe en Europe, affirmer que les médias russes « empiètent sur notre démocratie » revient à désigner la Russie comme un ennemi agressif et, par-là même, à justifier l’énorme accroissement du potentiel militaire de l’OTAN dans le nord-est de l’Europe, ce qui ravive le militarisme allemand et dévie la richesse nationale vers l’industrie d’armement.

D’une certaine façon, l’élection française est une extension de l’élection américaine, dans laquelle l’État profond a perdu sa candidate préférée, mais pas le pouvoir. Les mêmes forces sont à l’œuvre ici, soutenant Macron comme un Clinton français, mais prêtes à stigmatiser tout opposant comme un instrument de Moscou.

Ce qui s’est passé ces derniers mois a confirmé l’existence d’un État profond qui est non seulement national mais transatlantique et aspire à être global. La campagne antirusse est une révélation. Elle révèle à bien des gens qu’il y a réellement un État profond, un orchestre transatlantique qui joue le même air sans chef d’orchestre apparent. Le terme « État profond » apparaît soudain même dans le discours des fidèles au système, comme une réalité qui ne peut être niée, même s’il est difficile de la définir avec précision. Au lieu de Complexe militaro-industriel, on devrait peut-être l’appeler Complexe médiatico-cum-renseignement-militaro-industriel (Military Industrial Media Intelligence Complex — MIMIC en anglais). Son pouvoir est énorme, mais reconnaître qu’il existe est le premier pas pour nous libérer de son emprise.

Place au peuple !