John Fitzgerald Kennedy, le destin brisé d’une autre Amérique – Mon hommage au président assassiné

John F. Kennedy

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Il y a 54 ans, JFK était assassiné à Dallas, au Texas.

John Fitzgerald KENNEDY était le Président des États-Unis élu en novembre 1960 et ayant pris ses fonctions le 20 janvier 1961. Il était le Président des États-Unis qui avait commencé à réorienter la politique de son pays pour en faire, au plan diplomatique et international, une puissance au service de la paix et de la coexistence pacifique et au plan interne, il avait entamé un processus visant à mieux répartir les richesses. Il signa alors son arrêt de mort.

I / JFK amorce une révolution géopolitique

1er temps : la baie des cochons, avril 1961

Cela commença lors de la crise de la “baie des cochons” en avril 1961. KENNEDY, après avoir longtemps hésité, s’était finalement résolu à autoriser cette expédition barbouzarde de la CIA alors même que son intuition l’incitait à se méfier de ce type d’opération. Clairement, il ne la sentait pas et il n’était pas loin de la désapprouver. Pourtant, à peine arrivé en fonction, il n’osa pas désavouer son prédécesseur EISENHOWER qui l’avait mise sur pied, ni défier ainsi ouvertement le directeur de la CIA qui en avait assuré la préparation avec ses adjoints. En outre, KENNEDY était sensible à la détresse de ces Cubains anticastristes qu’il voyait alors comme des victimes d’un pouvoir ayant dressé Cuba contre ses amis traditionnels d’Amérique.

Il faut savoir qu’avant que KENNEDY ne donne son accord à la CIA pour le lancement de l’opération, il exigea d’elle des réponses circonstanciées et convaincantes à plusieurs questions :

1/ l’expédition militaire serait-elle un succès ? Avait-elle des chances sérieuses de succès ? quels étaient les risques d’échec ? Castro pouvait-il avoir été informé des préparatifs ? Risquait-il d’opposer aux forces de débarquement une résistance de nature à repousser les hommes à la mer ?

2/ une fois le débarquement réussi, comment réagirait le peuple cubain ? allait-il accueillir les mercenaires comme des libérateurs ou risquaient-ils de se liguer contre eux ?

3/ que ferait ensuite l’URSS ? pouvait-on prendre le risque de l’amener à réagir violemment ? si l’URSS voulait exercer des représailles, où frapperait-elle et comment ?

4/ si par malheur l’expédition devait malgré tout échouer, pouvait-on garantir que jamais les États-Unis ne seraient suspectés d’avoir préparé et soutenu cette opération ?

Pour toutes ces questions, la CIA, par la voix de son directeur Allen DULLES, de son directeur adjoint Richard BISSEL, et de son directeur des opérations Charles P. CABLE, assurèrent le Président que tout avait été préparé avec le plus grand soin, dans le secret le plus absolu et qu’il était donc certain que tout se déroulerait selon les plans établis. Ils assurèrent également le Président qu’ils avaient pris en compte de nombreux paramètres pouvant jouer le rôle de grains de sable et qu’ils avaient pris les mesures pour qu’ils ne provoquent aucune complication sérieuse. La CIA se disait extrêmement confiante. La CIA assura KENNEDY du fait que Castro n’avait aucun moyen de se douter de ce qui se tramait parce que tout avait été fait dans le plus grand secret en prenant les plus grandes précautions pour que rien ne s’ébruite. La CIA assura KENNEDY que les moyens militaires à la disposition de CASTRO étaient de toute façon tellement réduits qu’après que le débarquement ait commencé, CASTRO ne serait plus en situation d’empêcher la réussite de l’opération. La CIA assura le Président que le peuple se rebellerait immédiatement contre Castro et prêterait son concours actif à la « libération » de Cuba. La CIA donna aussi à KENNEDY l’assurance ultime : si par un malheur totalement inconcevable, l’opération devait se solder par un échec, jamais le gouvernement des États-Unis, ni même la CIA, ne seraient en situation d’être suspectés puisque tous les matériels militaires employés avaient été maquillés, que rien ne permettrait de tracer les commanditaires de l’opération. Quant à la possibilité pour les Soviétiques de réagir en exerçant des représailles, la CIA rassura KENNEDY en relevant que les Soviétiques n’avaient aucun moyen d’action sur zone, ni à Cuba, ni nulle part sur le continent. Les représailles ne pourraient donc s’exercer qu’ailleurs, peut-être à Berlin mais la CIA était certaine qu’il n’y en aurait pas car les relations entre CASTRO et les Soviétiques, en avril 1961, en étaient encore à leurs balbutiements.

Comme les chefs de l’état-major militaire d’une part, la plupart des « diplomates » d’autre part, appuyèrent les avis de la CIA, KENNEDY finit par se ranger à leur avis et autorisa l’opération mais en l’encadrant très rigoureusement. Il fit savoir, avec la plus grande clarté, à la CIA et aux chefs de l’état-major militaire, que si les évènements devaient mal tourner, jamais il ne donnerait d’ordre d’intervention des forces armées des États-Unis. En effet, les chefs de l’état-major avaient signifié au Président qu’elles seraient alors disponibles pour assister, en cas de besoin, les mercenaires devant débarquer à Cuba. Or, c’est cet engrenage-là, précisément, que KENNEDY refusait avec la plus grande force. Il rappela donc à la CIA et à ses chefs d’état-major qu’il ne changerait pas d’avis, quoi qu’il advienne. Et qu’ils devaient faire avec. C’était à prendre ou à laisser. Et la CIA et les chefs d’état-major acceptèrent le “deal”.

Au cours de la nuit du 17 avril 1961, deux jours après que des avions des États-Unis, maquillés pour ne plus faire apparaître leur origine, aient bombardé massivement les aéroports de Cuba, le débarquement fut organisé. Les mercenaires étaient attendus sur les plages par une force armée cubaine nombreuse et puissamment armée.

Manifestement, CASTRO avait été informé préalablement et avait déployé ses soldats pour accueillir les assaillants ! La CIA s’était donc trompée sur ce point-là.

Le déluge de feu opposé par l’armée de CASTRO aux forces assaillantes fut tellement nourri que ce fut très vite une hécatombe parmi les mercenaires anticastristes. Beaucoup ne purent même pas poser le pied à terre. Ils furent tués avant, alors qu’ils étaient dans les chaloupes de débarquement. Les raids aériens préalables du 15 avril n’avaient donc pas détruit toute la force aérienne de Cuba et Castro put, grâce aux avions qui lui restaient, infliger des dommages terribles aux assaillants qui ont dû vivre la même horreur que ce que vécurent les soldats qui débarquèrent sur les plages de Normandie le 6 juin 1944. La CIA s’était donc trompée également quant au potentiel destructeur des moyens militaires à la disposition de CASTRO.

Alors que les forces de débarquement tentaient de se mettre à l’abri ou de prendre pied sur la plage, la nouvelle de cette attaque se répandit très vite dans Cuba et au-delà. Et de même, l’on apprit très vite que les Cubains opposaient aux assaillants une résistance acharnée faisant tomber les assaillants comme des mouches.

Et quid du peuple cubain ? Se levait-il pour entrer en résistance contre les forces de CASTRO et apportait-il son soutien aux assaillants ? Pas du tout. Les Cubains, tout au contraire, se liguèrent contre les assaillants et apportèrent leur soutien aux forces de CASTRO. Sur ce point encore la CIA s’était trompée…

Le président KENNEDY fut alors appelé en urgence à rejoindre la salle des opérations de la Maison-Blanche et on lui expliqua le désastre en cours. Inutile de dire que les chefs de la CIA et ceux de l’état-major militaire avaient les visages de circonstance. Et inutile aussi de dire quel était le degré de stupéfaction et de colère de KENNEDY. On lui avait donné les garanties que jamais on n’en serait là. Et pourtant on s’y trouvait ! Le désastre était évident. Le seul moyen d’éviter que ça ne tourne au fiasco complet, c’était d’engager immédiatement les forces aériennes et navales des États-Unis. L’US Air Force et l’US Navy pouvaient renverser la donne et faire taire la résistance cubaine. Mais cela impliquait alors une opération de l’armée officielle des États-Unis et de grande ampleur. KENNEDY avait prévenu que cela, il ne l’accepterait jamais. Il tint parole. Il refusa, malgré les pressions intenses de son état-major et de bien de ses conseillers, d’impliquer ouvertement les États-Unis dans l’opération. La CIA devait seule se dépatouiller avec son opération.

Le désastre se confirma donc et au matin le monde entier sut ce qui s’était produit. Ce sont bien évidemment les États-Unis qui furent directement accusés. Pas seulement par les Cubains, mais aussi par les médias américains qui ne doutaient pas que cette opération avait eu forcément, d’une manière ou d’une autre, l’accord du Président. La CIA s’était donc trompée aussi en assurant KENNEDY que jamais un échec ne serait mis sur le compte des États-Unis.

Cela commence à faire beaucoup d’erreurs vous ne trouvez pas ? Et des erreurs d’une certaine gravité, n’est-ce pas ?

Quoi qu’il en soit, KENNEDY assuma publiquement l’échec et ne dit curieusement rien des raisons profondes qui y avaient conduit. Il fit ainsi preuve d’une dignité absolument inattendue de la part d’un dirigeant aussi important que pouvait l’être le Président des États-Unis. Ce faisant, il provoqua l’ahurissement des Américains et de l’opinion mondiale qui n’en revenaient pas de voir un chef d’État reconnaître ainsi publiquement son échec dans une situation aussi délicate. Ce choix de KENNEDY allait lui offrir une grande popularité alors même qu’un tel échec était de nature à le discréditer totalement quelques semaines à peine après son investiture.

Si en public, il fut ce Président qui assume totalement, en privé, il adopta un tout autre comportement. Il fit bien savoir à son entourage au sein de l’administration, de l’armée, de la CIA et des cercles du pouvoir qu’il tenait pour responsables les patrons de la CIA qui s’étaient plantés sur tout ce qu’ils avaient prévu et promis. KENNEDY ne l’oublierait jamais. Cette expérience allait le marquer pour le restant de sa présidence. Jamais plus il ne tiendrait compte des avis de la CIA. Et il se méfierait aussi désormais de ceux de l’état-major militaire. Il ferait désormais appel à des hommes de confiance, très peu nombreux. C’est eux et eux seuls dorénavant qu’il écouterait même s’il devait, pour éviter une crise majeure au sein du pouvoir, conserver des relations avec tous les autres…

KENNEDY attendit quelques mois pour infliger une sanction aux fautifs. Il renvoya le directeur de la CIA et ses deux adjoints précités. Et il précipita aussi le départ du général Lyman LEMNITZER, le président du comité des chefs d’état-major qui fut « expédié » en Europe, à la tête du commandement de l’OTAN ! Son remplaçant, le général Maxwell TAYLOR était un proche de KENNEDY, un homme droit, loyal, raisonnable, qui serait un aide de camp précieux mais qui, pour ces raisons-là, serait vite cantonné, de fait, à un rôle subalterne car les autres chefs d’état-major n’accepteront jamais le successeur de LEMNITZER, jugé à raison trop « Kennedyen » !

Cette première crise que dut affronter KENNEDY lui fit prendre conscience de ce qu’était en réalité le gouvernement des États-Unis. Il comprit alors qu’il aurait bien du mal à contenir à l’avenir les pressions terribles qu’il subirait de nouveau à la première occasion. Et il ne devait pas ignorer qu’il s’était fait de terribles ennemis lors de ces journées de crise. Il devrait maintenant composer avec des ennemis irréductibles, des ennemis très haut placés au sein du pouvoir et disposant donc de moyens de contrainte, de dissuasion ou de menaces; des ennemis irréductibles dans le monde des exilés cubains anticastristes ; des ennemis irréductibles au sein de la CIA et il n’est jamais bon d’être perçu comme un ennemi par des gens qui ont « permis de tuer » c’est-à-dire les moyens matériels, logistiques, humains et financiers de semer la mort et la désolation, mais aussi de maquiller ou de dissimuler leurs actes pour ne jamais risquer d’être impliqués, tout ceci avec l’assentiment de l’État… Mais ce n’est pas tout. KENNEDY s’est fait aussi, lors de la crise de la baie des cochons et de ses suites, des ennemis irréductibles au cœur de l’état-major des armées ; des ennemis irréductibles dans certains cercles washingtoniens ; et des ennemis irréductibles au sein de la mafia qui espérait bien, à la suite du débarquement et du renversement de CASTRO, reprendre pied à Cuba, d’où elle avait été éjectée par CASTRO.

2ème temps : le mur de Berlin, août 1961

KENNEDY se fit de nouveaux ennemis quelques mois plus tard, lorsque fut édifié le mur de Berlin pendant l’été 1961. KENNEDY décida de ne pas réagir à cette provocation de la part de l’Allemagne de l’Est et donc de l’ennemi soviétique.

Beaucoup de gens alors, anonymes ou importants, opposèrent de très vives critiques à cette inaction de KENNEDY qui aboutissait, de fait, à abandonner à leur triste sort des millions d’Allemands de l’Est. Et il n’y avait pas que des ennemis de KENNEDY pour faire ces critiques… On pouvait en effet, tout en restant quelqu’un de raisonnable, tout en refusant la diplomatie de la canonnière, considérer en effet qu’une telle inaction était incompréhensible et pouvait apparaître comme lâcheté.

Pour autant, c’est l’analyse géostratégique de ces évènements que le président KENNEDY et ses proches ont faite qui les a conduits à cette inaction. Ils ont en effet considéré que le seul moyen de stopper ce qui était en train d’advenir impliquait pour les armées des États-Unis d’intervenir en empêchant la poursuite de la construction du mur. Les chars américains se sont ainsi déployés à quelques centaines de mètres de la zone rouge. Ce n’est pas KENNEDY qui a donné cet ordre mais un général en poste en Allemagne. En réaction, les Soviétiques firent de même, si bien que très rapidement, à Berlin, de part et d’autre de la zone qui allait être celle du mur, se firent face des chars des États-Unis et des chars de l’Armée Rouge. La tension grimpa et avec elle, le moindre incident pouvait aboutir à une catastrophe. Du côté des États-Unis, KENNEDY subissait les pressions les plus vives pour intervenir. On lui expliquait qu’il ne pouvait laisser faire. Et outre les habituels « faucons » de son entourage, il fut incité à réagir fermement par le maire de Berlin, un certain Willie Brandt, qui allait être plus tard chancelier de l’Allemagne de l’Ouest. Parmi les gens raisonnables entourant KENNEDY, le sentiment le plus répandu était la crainte de plus en plus vive qu’ils ne perdent le contrôle de la situation et qu’un acte irréfléchi, de la part des militaires américains ou soviétiques sur place, ne mette le feu aux poudres. Il fallait régler le problème au plus vite mais comment faire ?

Finalement, KENNEDY ordonna aux chars de son armée de reculer de quelques centaines de mètres et de stationner dans des rues adjacentes de telle manière que les Soviétiques ne puissent plus les voir et de telle manière surtout que les chars américains ne menacent plus ouvertement la zone soviétique. En échange, les Soviétiques donnèrent le même ordre à leurs propres chars, ce qui fit baisser quelque peu la tension. Mais le problème de fond demeurait. Durant ces heures de crise, les « grands » du monde « libre » se consultèrent avec frénésie. Les uns encourageaient KENNEDY à intervenir, quelles qu’en soient les conséquences, alors que d’autres prêchaient la sagesse, la modération et estimaient que l’on devait régler le nouveau problème posé par le mur non par la guerre mais par la diplomatie. C’est cette option que retint KENNEDY. Alors nous savons que la diplomatie échoua à faire tomber le mur qui allait rester debout jusqu’en 1989. Mais la guerre fut encore évitée ce coup-ci.

Sauf que cette nouvelle expérience renforça les ennemis de KENNEDY qui voyaient la preuve de sa lâcheté, de son incompétence, de sa faiblesse chronique. Certains commencèrent à prétendre qu’en fait KENNEDY était un communiste et que les Soviétiques avaient réussi à installer un des leurs au cœur du pouvoir à Washington. Oui, vous voyez que la phobie des ingérences russes ne date pas d’hier…

Ce nouveau refus d’intervention armée opposé par KENNEDY aux va-t-en-guerre de son gouvernement a accentué très fortement la défiance que ce Président inspirait aux chefs d’état-major de l’armée comme aux pontes de la CIA et aux « spécialistes » de la diplomatie de la canonnière, sans compter toute une série de forces occultes et de cercles de pouvoir qui ont considéré que KENNEDY prouvait là sa nature véritable de traître à l’égard des États-Unis. Oh, bien sûr, ce n’était pas encore ce vocabulaire-là qui était employé dans les allées du pouvoir. Pas encore… Mais ça viendrait bien vite !

3ème temps : la crise des missiles de Cuba, octobre 1962

Lorsque les dirigeants des États-Unis découvrirent, en octobre 1962, que les Soviétiques étaient en train d’installer à Cuba des missiles à courte et à moyenne portée (de quelques centaines de kilomètres à plusieurs milliers), le pays d’abord, puis le monde entier lorsque cela fut rendu public quelques jours après la découverte, entrèrent dans la plus grave crise diplomatique qu’ait connu l’humanité à ce jour. On a souvent dit que le monde était passé au bord du « précipice ». La guerre ouverte entre l’URSS et les États-Unis – donc une guerre mondiale de nature à anéantir toute l’humanité en quelques heures ou quelques jours – a failli être déclenchée. Cette crise est tout à fait exceptionnelle à la fois dans sa gravité, son intensité, et dans son heureux dénouement.

À cette occasion, presque l’ensemble des forces dirigeantes des États-Unis se sont liguées pour contraindre le président KENNEDY à entreprendre non seulement une destruction totale des missiles, mais aussi une invasion de Cuba, un renversement de Castro, et si nécessaire un bombardement nucléaire massif de l’URSS.

Vous vous dites que cela n’est qu’une affabulation ? Que personne, pas même dans l’armée, ne saurait prescrire un tel plan ? Hélas, hélas, hélas ! On a aujourd’hui la preuve que le général Curtis Emerson LEMAY a plusieurs fois défendu un tel plan devant le Président lors de conseils de la sécurité nationale. Cet homme était le chef d’état-major de l’armée de l’air et l’ancien chef du SAC (le Strategic Air Command, c’est-à-dire le commandement des forces aériennes nucléaires des États-Unis, parmi lesquelles les milliers de missiles intercontinentaux représentant des dizaines de milliers de têtes nucléaires). Cet homme-là était, pendant la seconde guerre mondiale, commandant en Asie du Sud-est et il est un des principaux responsables des bombardements massifs sur les villes japonaises. Ces bombardements causèrent des centaines de milliers de morts parmi les civils car c’étaient bien les villes qui étaient prises pour cibles et c’étaient des bombardements incendiaires si bien qu’en plus des explosions dues aux bombes, les incendies étaient des feux de l’enfer et on n’ose imaginer l’horreur absolue vécue par les populations au sol. C’est encore cet homme, Curtis LEMAY, qui joua un rôle important dans le développement de l’arme nucléaire et recommanda fortement son utilisation dès que possible contre le Japon. Aux yeux de beaucoup de gens qui ont étudié la biographie de cet homme, Curtis LEMAY est bien un des pires criminels de guerre de l’Histoire de l’humanité. Il n’avait manifestement aucune peur lors des crises qui éclatèrent sous la présidence de KENNEDY. Il estimait que les Soviétiques devaient être traités avec la plus grande fermeté. Il estimait même que la supériorité militaire des États-Unis était telle que ce pays pouvait « gagner » une guerre nucléaire avec l’URSS. Il acceptait d’office que meurent des dizaines de millions d’Américains, des milliards d’êtres humains. Du moment que les États-Unis survivaient et se basant sur les quantités et les types d’armement à la disposition des Américains et des Soviétiques, il ne doutait pas qu’au final les Soviétiques seraient battus. Il fallait comprendre que d’après lui un « échange » nucléaire entre les deux superpuissances conduirait à ce que les Soviétiques aient utilisé leurs dernières armes bien avant d’avoir tout détruit aux États-Unis et bien avant d’avoir tué tous les Américains. Il était certain qu’il resterait aux chefs survivants des États-Unis assez de moyens nucléaires pour avoir le dernier mot sur l’ennemi.

Ce que je vous raconte là n’est pas un délire mais c’est en gros ce qu’a pu en dire Robert McNAMARAa qui fut le secrétaire à la Défense de KENNEDY puis de JOHNSON. D’autres que lui confirmèrent ces propos et évoquèrent à mots plus ou moins couverts la « folie » de ce général LEMAY.

C’est d’ailleurs ce général qui inspira à Stanley KUBRICK le personnage du général fou dans le film « Docteur Folamour ».

Pour revenir au sujet dont je me suis quelque peu éloigné du fait de cette digression à propos de LEMAY, je rappelle que la plupart des « conseillers » civils et militaires de KENNEDY, comme la plupart des chefs d’État et de gouvernement du monde « libre » se sont rangés derrière lui à l’occasion de la crise des missiles cubains d’octobre 1962.

Tous lui ont dit être prêts à tout, y compris à le soutenir dans les mesures les plus dures face à l’agression caractérisée exercée par les Soviétiques, quitte à devoir entrer en guerre contre eux ! On se rappelle le choix immédiat du général DE GAULLE… Il ne fut pas le seul chef d’État mais simplement le premier à réagir. À la vitesse de l’éclair !

KENNEDY comprenait bien la gravité absolue de la crise qui s’ouvrait et discernait bien les conséquences qu’engendrerait le déclenchement d’un conflit ouvert entre l’URSS et les États-Unis. Une fois de plus, il fit tout ce qu’il put pour l’éviter. Et il y parvint. Pas tout seul évidemment. Certains de ceux qui l’entourèrent durant ces terribles « treize jours » de crise intense furent eux aussi de véritables amis de l’humanité, de véritables « sauveurs » pourrait-on même dire sans exagérer le propos ! Et même du côté soviétique, il y en eut de ces « sauveurs », de ces gens raisonnables qui firent leur possible pour régler le différend par la diplomatie. On peut vraiment être redevables à tous ces Américains et à tous ces Soviétiques d’avoir su manœuvrer avec une telle maestria dans une situation aussi terrible.

Bien des évènements auraient pu mal tourner. Il y eut des moments de crise tellement paroxystiques qu’il s’en est fallu de presque rien pour que tout explose. Parmi les croyants (ce qui n’est pas mon cas), beaucoup sont convaincus que Dieu est intervenu pour sauver l’humanité pour qu’elle ne bascule pas dans la folie ouverte… Pour ma part, je pense que nous avions, en ces moments-là, à Washington comme à Moscou, dans les unités américaines déployées à l’occasion du blocus de Cuba, comme dans les forces soviétiques qui leur faisaient face, les bonnes personnes à la bonne place, pour contenir celles qui s’employaient à tout faire péter ! Oui, je crois que les héros de cet épisode de crise exceptionnelle ne sont pas que dans les allées du pouvoir suprême mais qu’on les trouve aussi parmi certains responsables moins importants des armées rivales. Ceux-là ont su garder leur calme en toute occasion et ne pas répondre à nombre de provocations. Quand on repense à toutes ces provocations infligées aux Soviétiques par les Américains, on a vraiment des sueurs froides, et on est saisi d’effroi de réaliser ce à quoi nous avons échappé !

Cette crise-là était perçue par beaucoup dans l’entourage de KENNEDY et au sein du pouvoir, comme l’occasion rêvée pour les États-Unis de reprendre la main à Cuba. Or KENNEDY s’y refusa. Une fois de plus !

Inutile de vous dire que tous ceux qui avaient déjà tant à reprocher à ce Président depuis deux ans et demi qu’il était en place devinrent des ennemis véritablement enragés et incontrôlables. Le processus qui allait conduire à son assassinat à Dallas le 22 novembre 1963 avait, sans nul doute, été déjà engagé mais il est clair que la détermination des « assassins » se renforça massivement en octobre 1962. Et il ne fait guère de doute que ceux qui, dans le monde des adversaires de KENNEDY, pouvaient encore avoir quelque hésitation à organiser l’assassinat du Président des États-Unis abandonnèrent, à cette occasion-là, leurs dernières préventions.

4ème temps : le refus de KENNEDY de s’engager dans la guerre du Vietnam

La question de savoir quand a commencé la guerre du Vietnam et qui en est le principal coupable fait débat. Mais en fait, si l’on veut pouvoir répondre à ces questions, il est nécessaire de clarifier le propos. Car « la guerre du Vietnam » n’est pas une réalité univoque. C’est une immense tragédie mais qui a diverses facettes. On ne peut la qualifier correctement et désigner ses coupables que si l’on comprend bien la chronologie.

C’est sous EISENHOWER que les premiers soldats américains posèrent le pied au Vietnam. Le président EISENHOWER avait en effet été convaincu par ses conseillers civils et militaires qu’il fallait aider le gouvernement du Sud-Vietnam à se défendre face à la menace que le gouvernement communiste du Nord-Vietnam faisait courir sur l’intégrité du pays et sa place dans le monde « libre ».

Pour autant, EISENHOWER n’apporta au gouvernement du Sud-Vietnam qu’un soutien timide, limité à l’envoi de seulement quelques centaines de « conseillers militaires ». Ainsi, non seulement ces « soldats » étaient très peu nombreux, mais en outre ils avaient des consignes très strictes. Ils étaient envoyés dans ce pays d’Asie du Sud-est pour conseiller les forces armées du Sud-Vietnam mais en aucune façon pour participer eux-mêmes aux combats. Ce n’étaient donc pas des combattants même si c’étaient des soldats.

On peut donc bien sûr soutenir que c’est EISENHOWER qui a déclenché la guerre du Vietnam puisque c’est lui qui a envoyé sur place les premiers GI’s. Mais l’honnêteté implique de reconnaître qu’envoyer à peine quelques centaines d’hommes quand on est les États-Unis, et qu’en outre on cadre les choses en limitant l’action de ces hommes à du « conseil » et en refusant expressément qu’ils participent aux combats ne cadre pas vraiment avec l’accusation d’avoir déclenché la guerre du Vietnam. Ce n’est clairement pas EISENHOWER qui est responsable de la guerre du Vietnam. Vu la faiblesse de l’engagement américain d’alors, les successeurs d’EISENHOWER pouvaient très bien décider de ne pas aller plus loin, voire de rappeler les quelques soldats. EISENHOWER laissa à son successeur le soin de prendre les décisions requises.

Le successeur d’EISENHOWER était KENNEDY. Et durant les deux premières années de sa présidence, KENNEDY ne prit pas de décision stratégique majeure à propos du Vietnam. On le lui reprocha d’ailleurs beaucoup. On parlait de son irrésolution. Et de fait, il l’était car il ne percevait pas bien ce que les États-Unis devaient faire ou pouvaient faire aussi loin de leur pays. Mais il ne pouvait pas non plus, au regard de la menace croissante, renvoyer les soldats au pays et abandonner ainsi le gouvernement du Sud-Vietnam, ce qui aurait signifié que le Nord-Vietnam pouvait entreprendre sans crainte la conquête du Sud-Vietnam.

Il resta donc dans cet entre-deux, sans revenir sur ce qui avait été décidé par son prédécesseur mais sans accentuer non plus de manière notable la pression militaire sur le Nord-Vietnam.

Les seules décisions que prit KENNEDY entre son accession au pouvoir en janvier 1961 et la fin de 1962 furent d’augmenter légèrement le contingent militaire au Sud-Vietnam. C’est ainsi que de de quelques centaines d’hommes, on est passé à quelques milliers. Certes, cette croissance de l’effectif militaire n’était pas négligeable et il ne s’agit pas de l’ignorer. C’est bel et bien KENNEDY qui en a décidé ou plutôt c’est KENNEDY qui a validé les demandes de son état-major sur ce point. Il leur a aussi donné satisfaction en acceptant d’abandonner le rôle restreint de conseil pour autoriser une participation active aux combats. Il faut dire que la pression qu’exerçaient les Nord-Vietnamiens, assistés des Chinois, se faisait de plus en plus vive et les Sud-Vietnamiens ne parvenaient pas à la contenir.

KENNEDY a donc assumé la montée en puissance des opérations militaires. Il ne saurait être considéré comme totalement innocent de la guerre du Vietnam. Pour autant, quelques milliers d’hommes et bien peu de batailles, cela ne fait pas une guerre à proprement parler.

Ce n’est véritablement que sous la présidence de son successeur, Lyndon JOHNSON, que la guerre du Vietnam a commencé pour de bon, dans les années 1964-1965. Après l’incident du golfe du Tonkin en août 1964 et ses conséquences : le vote, le 7 août, de la résolution du congrès donnant à JOHNSON carte blanche pour lancer la guerre contre le Nord-Vietnam. Et surtout, après l’élection de JOHNSON en novembre 1964.

C’est sous JOHNSON que l’effectif militaire des États-Unis au Vietnam va passer de quelques milliers d’hommes à plus de 500 000. C’est sous JOHNSON que les forces armées américaines vont engager de véritables batailles de guerre contre les armées du Nord-Vietnam. C’est sous JOHNSON que le corps expéditionnaire des États-Unis va utiliser massivement la force aérienne pour bombarder le Nord-Vietnam. Cette fois, les militaires du Sud-Vietnam n’étaient plus que les subalternes des Américains qui menaient la guerre eux-mêmes, avec leurs hommes, selon leurs plans, avec leurs moyens matériels, sous les ordres de leur état-major, et de leur Président.

La guerre du Vietnam est bien « la guerre de JOHNSON » comme l’écrivit un historien américain.

Si la guerre du Vietnam a été principalement décidée sous et par JOHNSON, la question se pose donc de savoir quel rôle fut celui de KENNEDY.

Sans revenir à ce que j’ai déjà écrit plus haut, je dirais que l’état-major militaire, nombre de « diplomates » et de conseillers civils du Président KENNEDY préconisaient un engagement accru au Vietnam. Beaucoup de gens qui gravitaient autour de KENNEDY, que ce soit au sein du Secrétariat à la Défense, du Secrétariat d’État, ou de l’état-major des armées, l’incitaient à oser engager plus avant les forces armées des États-Unis. Or il rechignait à cela. Il doutait de plus en plus, au fur et à mesure que le temps passait, que les Américains « puissent gagner là-bas ». Il ne cessait de réclamer des compte-rendu de la situation. Il mettait en doute les retours que lui faisaient les « faucons » et mettait de fait en concurrence les avis des uns et des autres, penchant de plus en plus manifestement pour le refus de s’engager davantage.

D’un côté, KENNEDY, comme la plupart de ceux qui dirigeaient le pays avec lui, étaient convaincus par la fameuse théorie des dominos voulant que si un pays d’une région donnée basculait dans le communisme, tous les pays de la région risquaient de faire de même. Il fallait donc l’empêcher. Mais si presque tout le monde était d’accord avec ce principe, les modalités de sa mise en œuvre concrète faisaient débat. On retrouvait alors, comme toujours, opposés les uns aux autres, d’un côté les faucons (adeptes de la manière forte et donc ne renâclant pas à l’usage de la force armée) et de l’autre côté les colombes (adeptes de la diplomatie). On avait d’un côté ceux qui estimaient qu’il était plus raisonnable d’agir et de l’autre ceux qui considéraient qu’il était prudent d’attendre et de ne pas adopter de décision de nature à envenimer la situation. Il y avait d’un côté ceux qui restaient fermes dans leurs convictions et de l’autre ceux qui évoluaient d’un jour à l’autre, d’une semaine à l’autre, d’un mois à l’autre, au gré des circonstances heureuses ou tragiques, des discours des fortes personnalités du gouvernement ou d’autres motifs plus ou moins ambigus.

Au milieu de tout cela, le Président devait rendre des arbitrages et prendre des décisions. Mais KENNEDY lui-même ne savait pas trop où aller sinon qu’il refusait d’être le Président qui déclencherait un conflit abominable. Car il avait déjà la prescience, l’intuition, qu’une guerre du Vietnam serait une abomination.

5ème temps : après la crise des missiles de Cuba, l’ère nouvelle et prometteuse de la coexistence pacifique

Alors qu’au sommet du pouvoir, le débat prenait de l’ampleur sur la question de savoir si l’on devait ou pas faire la guerre au Vietnam, vint la crise des missiles de Cuba en octobre 1962 et cette crise provoqua chez KENNEDY un trouble majeur.

Il remit alors en question bien des choses que les dirigeants des États-Unis considéraient jusque-là comme acquises ou dont ils estimaient qu’elles ne pouvaient souffrir aucune discussion. Il entreprit d’ouvrir une nouvelle phase des relations internationales que l’histoire appela ensuite « coexistence pacifique » car il y eut bien, à la suite de la crise des missiles de Cuba, un certain apaisement dans la relation entre les deux superpuissances et donc plus largement entre les blocs, même si, dans le même temps, des conflits meurtriers – dits de basse intensité en langage géopolitique – allaient perdurer ou naître. Mais il s’agissait alors de conflits locaux ne mettant aux prises qu’indirectement les deux géants.

Donc, à la suite de la crise des missiles de Cuba en octobre 1962, KENNEDY et quelques conseillers de son entourage, ceux qui étaient les plus proches de lui, commencèrent à travailler, dans le plus grand secret, à un plan de retrait du Vietnam. Le premier semestre de 1963 fut consacré à la préparation de ce plan. De nombreuses rencontres eurent lieu entre les officiels américains et les officiels du Sud-Vietnam mais il y eut aussi des rencontres bien plus discrètes entre des personnes qui avaient la confiance de KENENDY et divers acteurs de la guerre du Vietnam.

Dans le même temps, KENNEDY et ses proches entamèrent une forme d’éducation de l’opinion. Ils préparèrent les consciences à l’évolution stratégique majeure que KENNEDY avait l’intention d’engager.

C’est ainsi pendant l’été 1963 que deux évènements majeurs eurent lieu qui inauguraient la nouvelle période de coexistence pacifique :

D’une part, fut signé à Moscou, le 5 août 1963, le traité d’interdiction partielle des essais nucléaires et les États-Unis comme l’URSS signèrent ce traité. C’était un acte fondamental pour les relations internationales qui témoignait de la bonne volonté des deux parties.

D’autre part, KENNEDY redoubla d’efforts pédagogiques pour faire passer son message de paix. Le 10 juin 1963, il fit un discours remarquable et remarqué à l’Université de Washington. Il tendit la main publiquement et solennellement aux Soviétiques leur proposant d’engager avec eux une coopération dans plusieurs domaines. Il montra sa bonne volonté, il expliqua qu’il comprenait les Soviétiques, il suggéra que leurs désaccords se règlent tranquillement et qu’aucune des deux superpuissances ne tente plus, par la force ou la contrainte, d’imposer ses vues à l‘autre. Il osa même adresser des compliments et saluer la réussite des Soviétiques dans certains secteurs. C’était sans précédent.

Tous ces choix de KENNEDY firent grincer des dents. Ils provoquèrent même l’ire de beaucoup de gens dont certains très haut placés dans l’armée ou dans les milieux de pouvoir.

KENNEDY était en train de dire publiquement qu’il allait devenir un Président défendant la paix, tolérant l’existence du monde communiste, et se préparant même à travailler avec lui en bonne intelligence.

Aux yeux de ses adversaires et ennemis, JFK avait même poussé le vice, avec « son » traité d’interdiction des essais nucléaires, jusqu’à empêcher son pays de mener de nouvelles expériences indispensables pour sa sécurité. Ce faisant, il réduisait les capacités de défense de son pays. Cela était donc bien une nouvelle preuve qu’il était en réalité au service des Soviétiques.

Comment croyez-vous que cette révolution stratégique a été reçue chez les chefs d’état-major qui n’avaient qu’un seul objectif : vaincre l’URSS ?

Comment croyez-vous que cette révolution stratégique a été reçue par les chefs de la CIA qui n’avaient qu’un seul but : imposer partout la domination absolue de l’Empire capitaliste ?

Comment croyez-vous que cette main-tendue au monde communiste a été reçue par les anti-communistes si nombreux et si puissants aux États-Unis ?

Il est clair comme de l’eau de roche que KENNEDY vivait là son dernier été…

Bien que KENNEDY considérât qu’il devrait attendre d’être réélu en novembre 1964 pour engager concrètement la révolution géopolitique à laquelle il songeait, parce qu’il estimait que de tels changements ne pouvaient se décider qu’après une élection au cours de laquelle le débat aurait eu lieu sur le sujet, il amorça les premières décisions dès le mois de septembre 1963.

Ainsi, il prit une décision consistant à ordonner le retrait de mille premiers soldats du Vietnam avant la fin de 1963, et l’ensemble des militaires américains (c’est-à-dire quelques milliers) devraient avoir quitté le Vietnam avant la fin de 1964.

Cette décision-là mit le feu à Washington. KENNEDY commençait à mettre en œuvre sa révolution géostratégique et en outre, on voyait l‘opinion publique américaine basculer de plus en plus clairement dans le soutien à ce Président. Qu’il ait réussi à gérer la crise des missiles de Cuba sans violence et sans guerre, qu’il ait ensuite réussi à amadouer les Soviétiques et à leur faire signer le traité d’interdiction partielle des essais nucléaires, qu’il ait parlé abondement de paix et qu’il ait agi concrètement en cohérence avec ce discours a emporté les cœurs et les esprits des Américains au cours de l’été 1963 et du début de l’automne. On le vérifiera avec le voyage au Texas les 21 et 22 novembre puisque KENNEDY y fut accueilli avec beaucoup de ferveur par les Texans, même à Dallas, alors que tout le monde savait combien KENNEDY était haï dans cet État en général, et tout particulièrement à Dallas.

Oui, les décisions prises par KENNEDY en ce mois de septembre 1963 allaient constituer de nouveaux chefs d’accusation aux yeux des commanditaires de son assassinat lequel interviendrait deux mois plus tard.

Il est évident que les décisions de septembre ne seront jamais mises en application. Elles seront écartées discrètement par le nouveau Président ou plutôt reformulées pour leur faire dire l’inverse de ce qu’elles prescrivaient.

JFK 2

II / JFK entame aussi une « révolution » en politique intérieure…

JFK et les puissances du capitalisme

Outre ces « controverses » relatives aux choix géopolitiques du Président des États-Unis, on assista également, cette fois au plan de la politique intérieure, à des conflits d’une extrême violence durant les presque trois ans de la présidence KENNEDY.

Il y eut bien évidemment le problème des « Noirs » mais il y eut aussi le conflit entre KENNEDY et les « pontes » du capitalisme américain.

KENNEDY s’était en effet dressé à la fois contre les discriminations et les violences monstrueuses dont les Noirs étaient victimes, notamment dans les États du Sud, et cela n’avait pas aidé à sa popularité dans bien des milieux, mais il s’était aussi fortement impliqué contre les abus du système capitaliste, en tentant notamment de mieux répartir les fruits de l’économie de son pays par une réforme fiscale qu’il ne put jamais faire aboutir. Il essaya aussi d’imposer une augmentation régulière des plus bas salaires mais les États-Unis ne sont pas la France et le « gouvernement » ne dispose pas en la matière du pouvoir que détient le gouvernement français. Aux États-Unis, même le Président ne peut imposer ses vues. Il doit convaincre ou bien, pour réussir à contraindre les patrons, il doit être très largement soutenu, non seulement par l’opinion bien sûr, mais aussi et surtout par les autres pouvoirs, au premier rang desquels le Congrès. Et les Démocrates du Congrès n’étaient pas convaincus par l’utilité de cette mesure de justice sociale.

JFK s’opposa aussi aux patrons de l’acier. Ce fut une courte dispute mais extrêmement violente. Les mega-patrons prirent une décision d’augmentation des prix qui était de nature à saper l’économie du pays et KENNEDY tenta de les raisonner, en vain ! Alors il entreprit de les faire plier. Il n’y réussit pas dans un premier temps. Les patrons se raidirent et à l’occasion de ce conflit entre le Président et les plus grands patrons du moment, on entendit fleurir partout aux États-Unis l’accusation voulant que le Président fût adepte du communisme. C’est pour cela qu’il tentait d’imposer sa loi à des chefs d’entreprise, ce qui, dans un système capitaliste, était tout à fait anachronique et intolérable. Selon ces accusateurs, KENNEDY faisait la preuve une fois de plus qu’il était bien à la solde des communistes.

KENNEDY ne réussissant pas à faire changer d’avis les patrons, il s’employa à réclamer le soutien de l’opinion. Il prit à témoins les Américains et expliqua comment il interprétait la décision de ces patrons. Il usa d’un discours très ferme et accusa les patrons en question de vouloir détruire l’économie américaine pour leur seul bénéfice égoïste. Ce n’était évidemment pas un discours que l’on avait l’habitude d’entendre chez un haut dirigeant américain, a fortiori si ce dirigeant est le premier d’entre eux…

Dois-je vraiment dire une fois de plus combien ce KENNEDY-là creusait sa tombe ?

Il réussit pourtant son pari dans cette affaire. Le soutien massif de l’opinion qu’il engrangea fit plier les inflexibles mega-patrons de l’acier qui abandonnèrent la hausse des prix qu’ils avaient décidé ensemble.

KENNEDY  en retira un nouveau crédit dans l’opinion qui voyait en lui un Président manœuvrant à merveille et qui non seulement sauvait la paix dans des circonstances exceptionnellement dangereuses, mais en outre réussissait à alléger un peu, par ses interventions ou celles de ses proches, notamment de son frère, les peines des Noirs dans les États du Sud, mais aussi à favoriser l’intérêt général quand certains aux États-Unis abusaient de leur position dominante comme ce fut le cas avec la dispute engagée avec les patrons de l’acier.

La vision « sociale » de la politique économique qu’avait KENNEDY déplut à beaucoup de gens très puissants aux États-Unis. Et parmi ceux-là aussi, on trouve beaucoup de ses ennemis, des gens ayant les moyens de participer, d’une manière ou d’une autre, à l’organisation de son assassinat, d’y pourvoir en la finançant avec leurs richesses.

JFK, pas vraiment un homme du système

Vous voyez, avec le rappel de tous ces éléments de la politique intérieure et extérieure de KENNEDY, qu’il n’était vraiment pas l’homme du système, quand bien même il était issu des classes les plus aisées. Au contraire, il avait la ferme intention de changer radicalement les choses.

Or, cette révolution stratégique et géopolitique-là, destinée à mettre les États-Unis sur la voie de la paix et d’un partage accru des richesses, ne plaisait pas à ce qu’on appelât longtemps le « complexe militaro-industriel » et qu’on désigne aujourd’hui sous l’expression « État profond » (voir à ce sujet le remarquable livre de Peter Dale Scott). Et elle déplaisait fortement aux oligarchies qui régnaient en maîtres absolus, appuyés sur leurs richesses et leur assise au cœur du système économique, financier et juridique.

Dans les coulisses du pouvoir, au sein notamment de ce pouvoir occulte, si prégnant aux États-Unis, JFK s’était fait des ennemis résolus. Or ces gens-là avaient le pouvoir de nuisance ultime : celui de le faire disparaître et de faire croire à tout le monde que les assassins n’étaient pas là où ils étaient. Ces gens-là avaient le pouvoir et les outils pour transfigurer leur crime en une histoire qui n’avait plus rien à voir avec la réalité de la tragédie qui avait eu lieu.

Ainsi donc, JFK tomba sous les balles d’un prétendu assassin solitaire, le malheureux Lee Harvey Oswald, un des nombreux boucs émissaires qui furent désignés, ces années-là, à la vindicte populaire pour bien dissimuler les véritables commanditaires.

Parmi ces commanditaires, il y avait certaines personnes de cet État profond qui regroupe les grandes entreprises, la finance, les chefs des armées, les services de sécurité. Mais il y avait aussi d’autres personnes, n’étant pas à proprement parler issues de cet État de l’ombre.

L’assassinat de JFK est en effet l’œuvre d’un gigantesque complot auquel prirent part également de puissants mafieux, de richissimes industriels du pétrole, des extrémistes racistes – viscéralement, maladivement, névrotiquement – anticommunistes.

Chacun d’entre eux prit sa part dans cette gigantesque œuvre criminelle que favorisèrent aussi le Secret Service, chargé pourtant de la protection rapprochée du Président des États-Unis, mais aussi le FBI, ainsi que des personnes bien placées au sein des services de la mairie et de la police de Dallas.

Ensuite, le successeur de JFK, Lyndon Baines Johnson – ou LBJ pour les intimes – couvrit l’affaire. Et cette entreprise de dissimulation fut incarnée, à son corps défendant, par le Président de la Cour Suprême, Earl Warren, qui donna son nom d’une part à la commission qui fut chargée – officiellement – d’enquêter sur la mort du Président KENNEDY – en réalité de fabriquer une explication mensongère crédible – et d’autre part au fameux rapport de cette commission.

Pourquoi l’assassinat de JFK nous parle à nous aussi qui avons le cœur à gauche

Pour beaucoup, notamment pour beaucoup de gens de gauche en France, John KENNEDY, ce n’est qu’un Président américain parmi les autres, ce n’est qu’un milliardaire parmi les autres, ce n’est qu’un nanti parmi les autres, ce n’est qu’un ennemi parmi les autres.

Mais pour celles et ceux qui ont étudié sa vie, son œuvre, son assassinat, et plus largement l’histoire des États-Unis, la réalité est tout autre. Certes, nanti, milliardaire et Président, il l’était. Mais il avait une vision politique assez hostile au monde qui était le sien et surtout une volonté chevillée au corps – qui se renforça constamment chaque jour qui passa entre son investiture le 20 janvier 1961 et son assassinat, le 22 novembre 1963 – de changer son pays assez radicalement pour que des forces se liguent contre lui et l’empêchent de mener à bien son projet en employant la violence ultime et sans assumer leur acte.

JFK assassiné, tout fut différent. Ou plutôt, rien ne changea. Les États-Unis demeurèrent la puissance malfaisante qu’ils avaient été jusque là alors qu’il avait commencé à prendre les décisions qui allaient faire bifurquer le pays vers un autre destin.

Aujourd’hui, les archives déclassifiées sont assez nombreuses pour établir avec certitude que l’assassinat de JFK, comme d’ailleurs celui de son frère Bobby en juin 1968 à Los Angeles, et quelques autres assassinats de la période, a des motivations très différentes de ce que dit l’Histoire officielle. Et d’autre part, ces archives disent – et montrent – assez de choses pour que l’on comprenne pourquoi KENNEDY fut assassiné, et pourquoi ce crime fut maquillé.

L’assassinat de KENNEDY n’est rien moins qu’un coup d’État dans la mesure où la politique qu’il avait commencé à mettre en œuvre fut stoppée net et abandonnée au profit de la même habituelle politique belliqueuse et impériale.

54 ans après ce crime d’État, l’Histoire officielle est toujours celle d’un acte isolé perpétré par un « fou », un « communiste », un ancien « traître » à son pays qui, deux jours après son crime, fut assassiné à son tour par un autre homme « dérangé ». La police n’eut besoin que de quelques heures pour trouver le coupable. Le FBI confirma la thèse quelques semaines plus tard dans un rapport officiel que la commission Warren confirma dans son propre rapport publié en septembre 1964.

Peu importe pour l’histoire officielle que depuis lors, des dizaines, des centaines d’enquêteurs aient mis au jour des centaines, des milliers de faits invalidant cette explication officielle.

Peu importe que depuis, des dizaines de témoins, jamais auditionnés par les autorités en 1963 et 1964, aient apporté des éclairages nouveaux, en cohérence les uns avec les autres, et avec ce que l’on savait déjà par ailleurs, contredisant tous les points de l’explication officielle.

Peu importe que depuis la commission Warren, une commission tout à fait officielle, organisée par la Chambre des Représentants (le HSCA pour « House Select Committee on Assassinations » c’est-à-dire le « Comité de la Chambre des Représentants pour les assassinats », qui enquêta, dans les années 70, sur les assassinats de John KENNEDY et de Martin LUTHER-KING), ait contredit ouvertement de très nombreuses affirmations de la commission Warren.

Peu importe que depuis la tragédie de Dallas, d’autres commissions du Congrès aient mis au jour les pratiques criminelles du gouvernement des États-Unis et de la CIA en particulier, établissant ouvertement qu’elle est derrière de très nombreux assassinats de chefs d’État ou de gouvernement, de ministres, de personnalités importantes, comme elle est un acteur essentiel de très nombreux coups d’État dans le monde.

Peu importe que toutes ces années aient mis au jour l’énormité du crime de Dallas. L’histoire officielle continue à répéter que JFK a été assassiné par un homme seul et que la suite de ces évènements ne fut qu’une succession de faits isolés les uns des autres.

Alors, évidemment, cela fait déjà des décennies que la majorité des Américains ne croient plus dans cette fable. Mais ils n’ont rien fait pour changer le sens de l’histoire officielle. Et cette histoire officielle trouve même régulièrement de nouveaux porte-parole, de nouveaux griots, de nouveaux bardes pour la conter et donner le sentiment que de « nouveaux éléments » viennent redonner une authenticité et une crédibilité à l’explication officielle.

L’immense majorité des gens ne lisent pas ce qui s’écrit de sérieux sur le sujet. L’immense majorité des gens s’informent à travers les médias officiels et donc beaucoup, même s’ils prennent leurs déclarations avec distance, en intègrent malgré tous les postulats et les conclusions.

Et puis, aujourd’hui, en 2017, c’est désormais si loin, cet assassinat de Dallas ! À quoi bon en parler encore ? Tout a été dit dessus, non ?

Or cet assassinat de Dallas dit tellement de choses des États-Unis. Il dit tellement de choses du gouvernement de cette puissance mondiale. Il dit tellement de choses sur les structures du véritable pouvoir aux États-Unis. Il dit tellement de choses sur le fond criminel et machiavélique des oligarchies qui contrôlent ce pays.

Se replonger dans cet assassinat et étudier ce qui s’est écrit à ce sujet, c’est bien sûr reprendre contact avec ces années 60 qui étaient si cruelles et si violentes aux États-Unis, et si dangereuses pour la stabilité et la paix du monde.

Mais discerner, derrière « l’éclat des mensonges officiels et la splendeur épique et anesthésiante » de certains compte-rendus sur le sujet, la réalité noire des évènements, c’est aussi et surtout faire œuvre utile pour l’humanité. Car c’est comprendre qui a le pouvoir réel aux États-Unis, et pas que dans ce pays d’ailleurs ! C’est comprendre jusqu’où sont capables d’aller les détenteurs de ce pouvoir. Or, lorsqu’on sait, on est plus à même de réagir comme il faut et on est davantage lucide quand des évènements du même ordre, voire plus graves encore, se produisent.

Et justement, il s’est produit un évènement tragique, du même ordre que l’assassinat de KENNEDY  en 1963, mais d’une ampleur criminelle, et d’une portée géostratégique, autrement plus gravissimes. C’était le 11 septembre 2001 !

Lorsqu’on a étudié des dizaines de livres, vu des dizaines de documentaires, passé des centaines ou même des milliers d’heures depuis vingt ans à travailler sur l’assassinat de KENNEDY – et même « des » KENNEDY –, lorsqu’on a étudié l’histoire des États-Unis, notamment celle des années 50 et 60, lorsqu’on s’est intéressé de près à ce qui fonde et à ce qui fait ce pays, eh bien voyez-vous, on perçoit et on retrouve, dans l’horreur du 11 septembre, bien des éléments déjà présents dans la tragédie de Dallas. De quoi en faire de nombreux livres. D’ailleurs il en existe sur le marché.

Ce n’est pas mon propos ici que de venir sur ce terrain mais en ces temps où le capitalisme et l’impérialisme sont de plus en plus contestés partout dans le monde, en ces temps où les dominants perdent du terrain dans l’opinion partout dans le monde, en ces temps où le pouvoir des puissants vacille de plus en plus, il est utile de se souvenir qu’ils ne se laissent jamais éjecter du pouvoir en restant passifs. Ils sont capables du pire pour se maintenir, comme ils sont capables du pire pour convaincre les foules hésitantes de soutenir leurs projets, même les plus odieux.

Cela fait 54 ans que John KENNEDY a été assassiné à Dallas. C’est bien loin en effet ! Mais pourtant, on ne devrait jamais oublier cette tragédie. Car aussi ambigu qu’ait pu être cet homme, ce dirigeant, ce milliardaire, il ne s’inscrivait pas dans une cohérence avec la lignée des dominants des États-Unis. Il était même un point de rupture avec elle.

S’il avait vécu, l’histoire des États-Unis, et partant celle du monde, en aurait sans doute été bouleversée. Pour le meilleur.

Et puis, est-ce un hasard si son frère, Bobby, qui avait repris le flambeau quelques années plus tard, a été assassiné à son tour quand il voulut sortir son pays de la guerre du Vietnam et partager les richesses immenses de son pays pour en faire bénéficier des millions de pauvres qu’il avait découverts à l’occasion de sa campagne électorale pour l’élection présidentielle de 1968 ?

Lui aussi fut assassiné. Et lui aussi, selon l’histoire officielle, le fut par un fou isolé.

Comme Martin LUTHER-KING d’ailleurs ! Son assassin ? Encore un autre fou isolé !

Pour beaucoup d’ignorants, les KENNEDY étaient liés à la mafia et donc leur assassinat ne fut qu’une œuvre mafieuse. Une dispute de mafieux… Rien d’intéressant là-dedans. Non, pas de quoi s’y intéresser. Surtout si on est de gauche. Quelqu’un m’a, un jour, fait une leçon de ce style alors que j’échangeais sur un fil au sujet de KENNEDY.

Ah, les cons ! Ah, les ignares ! Ah, les moutons !

Ah, que le système a de la chance d’avoir tant de gens qui gobent ainsi de telles sornettes ! Sornettes qui permettent de ne surtout rien dire de ce que JFK d’abord, RFK (Robert Francis KENNEDY, le frère) ensuite, avaient comme projets politiques… Sornettes qui permettent de ne rien dire des forces hostiles (à la paix et au partage des richesses) qu’ils devaient affronter, non pas à Cuba, non pas en URSS, mais au cœur même des États-Unis, et au cœur même du pouvoir !

Oui, la mafia a joué son rôle dans l’assassinat de JFK, et sans doute aussi dans celui de RFK. Mais pas comme le laissent entendre l’histoire officielle et ses nombreux griots. Si la mafia est intervenue, c’est en étroite collaboration avec la CIA qui n’eut de cesse, dans les années 50 et 60, de se servir d’elle pour accomplir certaines besognes criminelles sans avoir à se salir les mains elle-même…

CIA et Mafia travaillaient ensemble dans un but commun : maintenir partout la domination impériale des États-Unis pour la première, faire des affaires et donc de l’argent, beaucoup d’argent, pour l’autre, surtout dans les pays gouvernés par des dirigeants larbins des États-Unis.

L’assassinat de John KENNEDY  le 22 novembre 1963 à Dallas, comme celui de son frère Robert à Los Angeles le 6 juin 1968, comme celui de Martin LUTHER-KING à Memphis le 4 avril 1968, comme celui du Premier ministre israélien Yitzhak RABIN à Tel Aviv le 4 novembre 1995, et comme tant d’autres assassinats de personnalités de pouvoir perpétrés dans le monde (CHAVEZ, SANKARA, Indira GANDHI, Rafic HARIRI, MASSOUD, SADATE, BOUDIAF, la liste est longue…) ne sont pas les actes criminels de personnes isolées, dérangées, inconscientes, mais des stratégies criminelles, hautement élaborées par des forces au cœur du pouvoir, pour empêcher certaines évolutions utiles à l’intérêt général, et pour maintenir, coûte que coûte, leur domination sur la vie des masses et leur maîtrise du destin collectif.

John et Robert, l'autre destin de l'Amérique

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Passer du « CONTRE » au « POUR » – Quelques exemples [liste non exhaustive]

Certains nous reprochent parfois, à nous les INSOUMIS-E-S, d’être toujours “CONTRE” et jamais “POUR”. D’autres, n’osant généraliser autant le propos, se limitent à dénoncer que nous soyons bien plus souvent “CONTRE” que “POUR”.

J’imagine que ces gens-là n’ont pas souvent lu nos contributions…

J’imagine que ces gens-là n’ont, de notre projet L’Avenir en commun et des 41 livrets qui en détaillent maints aspects, que l’image d’Épinal conçue chez nos adversaires…

J’imagine que ces gens-là ignorent tout des centaines d’heures de conférences, exposés, interventions en tout genre de Jean-Luc Melenchon depuis plus d’une décennie et des milliers voire plutôt dizaines de milliers de pages d’écrits de son crû publiées sur son blog ou sur divers organes de presse depuis trois décennies…

J’imagine que ces gens-là n’ont jamais pris le temps de s’intéresser vraiment à ce que pouvaient dire, écrire et faire toutes ces personnalités de talent qui ont épaulé depuis des années Jean-Luc Mélenchon…

J’imagine que ces gens-là n’ont jamais daigné ouvrir leur curiosité pour s’intéresser vraiment à ces millions de citoyens ordinaires qui ont décidé de soutenir Jean-Luc Mélenchon, avant-hier au PS et notamment au sein du mouvement “Pour la République Sociale”, hier au Parti de Gauche, aujourd’hui à la France insoumise…

Non, pour ces gens-là, nous sommes irrémédiablement des trublions ne sachant que nous plaindre, contester, refuser, dénoncer, critiquer, agresser…

Pour ces gens-là, définitivement, nous sommes les représentants et les acteurs d’une faune étrange, représentant un ordre ancien disparu, donc condamnée à disparaître mais qui, hélas pour eux, refuse de mourir dans le silence et même pire, semble bien s’être redressée et avancer, malgré les coups de fouet des dominants, malgré la mitraille que l’on reçoit de toutes parts, malgré les coups de nos ennemis et de nos concurrents, malgré les trahisons de certains que nous croyions pourtant des “nôtres”…

Oui, pour ces gens-là, nous sommes de véritables nuisibles et d’ailleurs vous aurez constaté de vous-mêmes qu’ils nous traitent bien comme tels. Ils nous nassent avant de nous courser, de nous gazer et de nous enfermer. Ils nous montrent du doigt. Ils nous mettent au ban de la société.

Parfois même – mais oui ! – ces gens-là nous tuent. Après nous avoir extorqué le peu de biens que nous avions ; après nous avoir jeté dans la précarité, le chômage de longue durée ou à répétition ; après nous avoir imposé parfois la faim, le froid et la privation de tout ce qui est nécessaire à une vie digne ; après nous avoir dépossédés de nos conquis sociaux et même de certains de nos droits les plus fondamentaux pourtant constitutionnellement ou internationalement reconnus.

Ces gens-là ont même réussi ce prodige d’introduire dans nos têtes qu’ils avaient raison sur tout, que notre sort ne relevait que de notre inconséquence, et donc que nous n’avions aucune légitimité à nous plaindre.

Ces gens-là ont réussi à obtenir de nous que nous ne croyions plus en nous, que nous pensions toujours avoir tort, que nous nous résignions collectivement, que nous considérions la lutte non seulement comme perdue mais pire comme illégitime.

Ces gens-là ont réussi à conduire la France – et plus largement l’Europe et le monde – à un point que personne n’aurait imaginé hier : ce point où l’on a le sentiment, reposant sur un faisceau d’indices tout à fait objectifs, que l’Histoire a fait marche arrière et que l’on a collectivement, en France, en Europe et dans le monde, régressé au point que l’on revoit des maux disparus depuis des décennies ou dont l’intensité qui avait été fortement réduite a repris sa course folle.

Ces gens-là, en France, en Europe et dans le monde, ce sont eux les véritables nuisibles de l’humanité. Car non contents de nous tuer, de nous opprimer, de nous mystifier, de nous convaincre de notre inutilité voire de notre dangerosité, eux qui sont si attachés à la défense du capital, eux qui sont si hostiles aux dettes qui pèsent sur les générations futures, ils entament dangereusement le “capital” que les éléments naturels avaient offert à l’humanité et dévastent à ce point le berceau des êtres humains qu’ils pourraient bien être les fossoyeurs de l’humanité. De plus en plus de consciences s’alarment du danger. Ces derniers jours, on lisait, dans la revue National Geographic, un article posant la question suivante: “L’homme survivra-t-il à la 6e extinction massive ?” Cette interrogation fait froid dans le dos et ne fait que donner davantage de crédit à tous les collapsologues qui loin d’être de vulgaires Nostradamus prédisant la fin du monde, sont très souvent de véritables scientifiques percevant tous les signes d’un effondrement de notre société humaine.

Voir entre autres sur ce sujet :

1/ ces livres : Les cinq stades de l’effondrement par Dmitri Orlov, et Comment tout peut s’effondrer de Pablo Servigne et Raphaël Stevens

2/ ces vidéos : celle sur l’ouvrage précité d’Orlov et celle de la conférence avec Pablo Servigne et Vincent Wattelet (écopsychologue)

Or, NOUS, les INSOUMIS-E-S, si nous dénonçons, critiquons, contestons, refusons, disons “NON”, exprimons que nous sommes “CONTRE” ce qui se fait, nous n’avons peut-être pas la même pensée complexe que celle du pharaon p’tit mac’ mais nous ne sommes pas pour autant inaptes à une pensée construite, fouillée, dense, cohérente, aboutie.

Et au-delà des nécessaires abstractions théoriques qui constituent l’essence même d’une pensée, nous ne sommes pas avares non plus de contre-propositions constituant cette fois des alternatives radicales très concrètes. Sauf que ce que nous proposons ne colle pas avec les intérêts catégoriels très étroitement définis de la caste oligarchique qui contrôle la France, l’Europe et bien des pays du monde… Ceci doit sans doute expliquer pourquoi l’on nous présente presque toujours comme les indécrottables râleurs, les éternels insatisfaits, ou les “rien”, les “fainéants”, les “cyniques”, les “branleurs” et autres mots si doux de celui qu’un certain Brice Couturier – un plumitif adepte de la flagornerie de cour, sévissant au sein de la rédaction du canard Le Point – vient de décrire comme… “Un Président philosophe” (c’est le titre – tout à fait sobre vous en conviendrez j’en suis sûr – de son dernier ouvrage, publié le 15 novembre 2017 aux éditions de l’Observatoire).

Je me suis amusé à vous livrer ci-dessous quelques-unes de ces réflexions-propositions que nous portons, au sein de #LaFranceInsoumise et qui démontrent que nous partons bien d’une dénonciation de l’existant que nous percevons comme odieux pour justifier une alternative que nous jugeons préférable pour le bonheur de tous.

POUR LA SOUVERAINETÉ POPULAIRE.

Donc POUR la sortie de l’UE !

Donc POUR la mise en oeuvre de nouvelles alliances et solidarités européennes et internationales !

*

POUR LA DÉMOCRATIE.

Donc POUR la sortie de la 5e République !

Donc POUR l’invention d’un nouveau régime que nous appellerions 6e République mais qui serait surtout la première véritable démocratie !

*

POUR L’INTERNATIONALISME ET LA PAIX.

Donc POUR la sortie de l’OTAN !

Donc POUR la promotion de nouvelles alliances reposant sur la souveraineté politique, économique et diplomatique des peuples impliqués et de tous les autres peuples du monde !

*

POUR LA FIN DE L’ALIGNEMENT SUR L’EMPIRE !

Donc POUR l’affranchissement d’avec la diplomatie et la stratégie bellicistes et impérialistes des États-Unis et de leurs larbins du monde « occidental » !

Donc POUR le développement d’une alternative géopolitique globale radicale à la domination occidentale du monde actuel !

*

POUR DES POLITIQUES PUBLIQUES D’INTÉRÊT GÉNÉRAL !

Donc POUR la sortie du capitalisme !

Donc POUR l’invention d’alternatives de développement économique et de progrès social basées sur nos territoires locaux : circuits courts, monnaies locales, mise en œuvre de solutions radicalement alternatives aux principes et aux règles de fonctionnement du capitalisme !

*

POUR LA PAIX CIVILE EN FRANCE !

Donc POUR un respect exigeant de la laïcité et POUR le rassemblement du peuple derrière sa devise républicaine !

Donc POUR une action énergique contre TOUS les communautarismes et POUR la reconstruction d’un contrat social républicain dans notre pays !

*

POUR QUE L’HUMANITÉ PUISSE AVOIR LE DROIT DE SURVIVRE SUR TERRE !

Donc POUR une sortie du nucléaire et de TOUTES les énergies polluantes et non renouvelables !

Donc POUR un engagement financier, technique, politique, diplomatique, éducatif et culturel massif en faveur de la bifurcation de notre modèle de production et de vie !

*

POUR QUE LES CITOYENS DISPOSENT D’UN APPAREIL CULTUREL DE NATURE À PERMETTRE LEUR ÉMANCIPATION !

Donc POUR une éducation « nationale » et « populaire » ambitieuse offrant gratuitement à tous les citoyens les moyens pour acquérir la culture, les savoir et les savoir-faire utiles à la vie dans le monde actuel et à la connaissance du monde ancien.

*

POUR QUE LA FRANCE CONTRIBUE AU DÉVELOPPEMENT DES PAYS MOINS AVANCÉS QUE NOUS !

Donc POUR la refondation des institutions de l’ordre international !

*

POUR DES ÉCHANGES INTERNATIONAUX BASÉS SUR LA LOYAUTÉ ET L’ÉQUITÉ.

Donc POUR la fin des accords de libre-échange !

Donc POUR la mise en œuvre d’une organisation mondiale du commerce radicalement refondée pour qu’elle ne soit plus une arme exclusivement entre les mains des dominants mais l’organe de règlement pacifique des différends et des situations déloyales et inéquitables grâce auquel les dominés pourront faire respecter leurs droits.

*

POUR LE RESPECT DE LA SOUVERAINETÉ POPULAIRE ET TERRITORIALE DE TOUS LES PEUPLES DU MONDE EN GÉNÉRAL, D’AFRIQUE EN PARTICULIER !

Donc POUR la fin de la politique criminelle de la Françafrique !

Donc POUR une véritable politique d’aide au développement des pays africain et des autres continents !

*

POUR QUE LA FRANCE DEVIENNE ENFIN UN VÉRITABLE AMI ET ALLIÉ DES PEUPLES PALESTINIEN ET ISRAÉLIEN !

Donc POUR une action diplomatique énergique contre les gouvernements criminels d’Israël !

Donc POUR une reconnaissance de l’État palestinien et l’ouverture d’une ambassade palestinienne en France et française en Palestine !

*

POUR QUE LES PAYS DE LA FRANCOPHONIE SAISISSENT LA FORCE DIPLOMATIQUE QU’ILS AURAIENT S’ILS AGISSAIENT PUISSAMMENT ET DE CONCERT POUR ASSURER LA PROMOTION DE LA LANGUE ET DES CULTURES FRANCOPHONES !

Donc POUR l’abandon de l’anglais comme unique vecteur de communication, de culture et de formation des consciences dans nos pays !

*

Il serait possible de poursuivre encore et encore…

« La France insoumise : son succès, son programme et son avenir » – Publié dans le journal « Révolution » le 13/09/2017

L’article publié dans le journal Révolution est accessible ici.

Avant-propos de Vincent Christophe Le Roux : Je vous invite à lire, à méditer et à relayer largement cet article du journal « Révolution » qui est d’une densité rare.

Oui il est long. Oui, il est dense. Il vous faudra une bonne demi-heure pour aller à son terme. Mais ça en vaut la peine !

C’est un texte qui vous fouette le sang !

C’est un texte qui vous fait réfléchir, qui vous appelle à remettre en question ce qui pouvait vous paraître évident jusqu’ici. Ou à l’inverse, vous fait imaginer ce que demain pourrait être à condition que nous ne reproduisions pas les erreurs d’hier, celles qui ont empêché nos pères de réussir hier en France, celles qui ont empêché nos semblables de réussir hier ailleurs dans le monde, celles qui empêchent aujourd’hui nos frères et soeurs de parvenir d’atteindre le rêve que nous caressons tous et toutes.

C’est un texte qui peut aussi vous renforcer dans certaines de vos certitudes.

Je ne souscris pas à tout ce qui est dit, j’ai ainsi des réserves sur certains sujets :

  • d’une part, sur la critique, faite par cet article, du “nationalisme” prétendu de Mélenchon et de la France insoumise , et sur la nocivité de la logique “indépendantiste”,
  • d’autre part, sur la nécessité affirmée de transformer en parti le mouvement de la France insoumise,

Mais ces deux réserves mises à part, je juge ce texte exceptionnel. C’est un outil vraiment formidable pour le combat politique que nous menons au sein de la France insoumise.

En outre, je suis de ceux qui considèrent que le projet L’Avenir en commun, s’il est une excellente base de travail qui nous a fait d’ailleurs gagner des millions de soutiens de plus qu’en 2012, ne peut se suffire dans son état actuel. Il aurait fallu aller beaucoup plus loin sur pas mal de sujets. Nous étions un certain nombre à avoir fait passer ce message pendant la phase préliminaire de la campagne électorale, notamment lors de la préparation de la première convention de la France insoumise, celle de Lille ! Or, hélas, nous avons échoué à convaincre la majorité qui a préféré adopter un projet restant dans une forme d’entre-deux sur bien des sujets fondamentaux. On l’a vu évidemment sur la question européenne. Mais pas que !

On l’a vu aussi par exemple avec le refus d’intégrer les propositions de Bernard Friot. Ce fut hélas très significatif et en même temps très révélateur de la « modération » de certains des nôtres qui se trouvaient parmi les principaux décideurs de ce qui s’écrivait dans le projet. Il y avait pendant la campagne électorale – et il y a toujours aujourd’hui – bien trop d’esprits colonisés voire contaminés par la logique « social-démocrate » parmi les principaux acteurs nationaux de la France insoumise. Et c’est la raison pour laquelle nous n’allons pas au bout de la logique que portent cependant notre discours et notre projet.

Si on l’avait fait, peut-être aurions-nous convaincu ces quelques centaines de milliers d’électrices et d’électeurs populaires qui nous ont manqué au 1er tour ; et peut-être aussi que des millions d’abstentionnistes seraient venus aux urnes nous soutenir en votant Mélenchon ! Peut-être que si nous avions osé être plus ambitieux dans notre projet, plus courageux aussi, nous aurions gagné cette partie du peuple qui aurait fait la différence alors qu’elle nous a délaissé.

Aujourd’hui, l’élection est derrière nous. Il est donc temps de pousser fort, très fort, pour que notre projet aborde enfin certains sujets négligés et assume clairement et solennellement des ruptures qu’il n’a pas voulu assumer jusqu’à présent. Notamment – mais les deux sont entièrement liés – la rupture avec l’Union européenne et la rupture avec le système capitaliste !

Vaut-il mieux perdre quelques modérés qui auront peur d’une telle révolution et gagner le soutien de millions d’âmes qui nous regardent encore aujourd’hui avec défiance, ou vaut-il mieux l’inverse ?

Je pose la question…

* * * * *

Moins de deux ans après sa création, la France insoumise (FI) est devenue la force dominante à gauche. Non pas, bien sûr, qu’elle soit la mieux organisée ou qu’elle ait le plus grand nombre d’élus. Mais elle domine indiscutablement dans la conscience politique des masses. Tous les sondages le soulignent : la FI est perçue comme la principale opposition de gauche au gouvernement Macron. Elle suscite beaucoup d’espoirs et d’attentes dans les couches les plus exploitées et les plus opprimées de la population. C’est fondamental. Aucun puissant appareil, aucun vaste « réseau d’élus » ne peut remplacer un tel soutien populaire.

Nos adversaires – la classe dirigeante, ses politiciens et ses relais médiatiques – ne s’y sont pas trompés : ils attaquent sans cesse Mélenchon et son mouvement. Dans cette agressivité, il entre une certaine dose de peur. Or celle-ci, comme on le sait, est mauvaise conseillère : en concentrant le feu sur la FI, ils contribuent à accroître son autorité et la désignent implicitement comme une possible alternative au gouvernement actuel (ce qu’elle est). Les politiciens bourgeois font toujours cette erreur, lorsqu’ils sentent le sol se dérober sous leurs pieds. En Espagne, la droite a déversé des tonnes de calomnies sur Podemos, pendant des années, en l’accusant notamment de soutenir – ô surprise – la « dictature » de Nicolas Maduro, au Venezuela. En Grande-Bretagne, Jeremy Corbyn subit le même sort, sur d’autres thèmes. Mais chaque fois, les calomnies finissent par éclabousser les calomniateurs.

Un phénomène international

Le succès de la FI ne tombe pas du ciel. Il est important d’en comprendre les raisons fondamentales. En premier lieu, il faut souligner le caractère international de ce phénomène. Partout, la crise mondiale du capitalisme provoque une polarisation – sur la droite et sur la gauche – qui déstabilise en profondeur les échiquiers politiques. En particulier, l’aile droite de la social-démocratie, qui a dominé la gauche pendant des décennies, est dans une crise profonde. Elle est de plus en plus concurrencée par des forces qui émergent sur sa gauche. C’est le cas notamment en Espagne (Podemos) et en Belgique (PTB). Avant cela, l’ascension rapide de Syriza, en Grèce, s’était réalisée au détriment du PS grec, le PASOK. En Grande-Bretagne, l’aile droite du Labour est confrontée à l’énorme popularité de Jeremy Corbyn, qui vient de la gauche du parti. Aux Etats-Unis, il n’y a pas de social-démocratie à proprement parler : le Parti Démocrate est un parti purement bourgeois. Mais il n’empêche que la campagne de Bernie Sanders aux primaires démocrates, en 2016, fut un séisme politique majeur : il se présentait comme un « socialiste », proposait une « révolution politique contre la classe des milliardaires » – et suscitait l’enthousiasme de millions d’Américains.

L’émergence de la FI est l’expression, en France, du même processus, qui s’enracine donc dans la situation objective : dans la crise du système capitaliste, dans ses conséquences sociales désastreuses et dans les politiques d’austérité qui se succèdent depuis la récession mondiale de 2008. Dans ce contexte, tous les partis – de droite comme « de gauche » – qui participent à la mise en œuvre de politiques d’austérité en sortent profondément discrédités. Un espace s’ouvre alors sur la gauche. Encore faut-il l’occuper, ce dont furent incapables les « frondeurs » du PS (qui se plaignaient de la politique de Hollande, mais votaient pour) et la direction du PCF (qui est embourbée dans des alliances avec le PS). Mélenchon, lui, a su occuper cet espace ; il a su rompre clairement avec le PS et incarner le refus des contre-réformes et des coupes budgétaires. Sans surprise, la radicalité de son discours a rencontré un puissant écho chez des millions de jeunes et de travailleurs.

Il est inutile d’aller chercher beaucoup plus loin les raisons du succès de la FI. Par exemple, on lit parfois que Mélenchon aurait trouvé le « bon dosage » entre « nationalisme » et « socialisme ». C’est faux. D’une part, il n’y a pas de bon dosage en la matière : nationalisme et socialisme s’excluent mutuellement ; le socialisme est par essence internationaliste. D’autre part, les tendances nationalistes sont beaucoup moins affirmées chez Sanders, Iglesias et Corbyn que chez Mélenchon. Or leurs succès sont comparables. Ils découlent avant tout du caractère socialde leur programme : le refus de l’austérité, des coupes budgétaires et du pouvoir sans limites des capitalistes. Le nationalisme français, quel qu’en soit le nom (« indépendantisme », « souverainisme » ou « patriotisme »), n’a pas un atome de contenu progressiste et ne peut en rien favoriser la croissance de la FI.

Réformes et révolution

Révolution considère l’émergence de la FI comme un développement très positif, car cela déporte vers la gauche l’axe politique du mouvement ouvrier français. Nous sommes partie prenante de ce mouvement. Nous avons activement participé aux campagnes électorales de Mélenchon à la présidentielle et des candidats « insoumis » aux législatives. Cependant, comme organisation marxiste, nous avons un certain nombre de divergences avec le programme officiel de la FI. Depuis le début de notre investissement dans ce mouvement, nous avons formulé ces divergences de façon positive et constructive. Résumons-les.

Le programme de la FI, L’Avenir en commun, contient une longue série de mesures économiques et sociales très progressistes. Si elles étaient mises en œuvre, elles se traduiraient par une très nette amélioration du niveau de vie de l’écrasante majorité de la population. Pas de toute la population, cependant ; la petite minorité de grands capitalistes qui contrôlent l’économie y perdrait quelque chose, à quoi ils tiennent plus qu’à la prunelle de leurs yeux : une partie de leurs marges de profit. La baisse du temps de travail, l’augmentation des salaires et le développement des services publics – pour ne citer que ces trois mesures de L’Avenir en commun– impliquent nécessairement de ponctionner les marges de profits des bonzes du CAC 40, et donc aussi les dizaines de milliards d’euros de dividendes qu’ils distribuent aux actionnaires, chaque année. L’Avenir en commun le dit d’ailleurs clairement : « il faut taxer les profits ».

Nous sommes évidemment d’accord avec l’idée de taxer les profits. Sous le capitalisme, toute la lutte des classes, au fond, est une lutte pour la répartition des richesses créées (par les salariés) entre Travail et Capital. Cependant, il y a des limites aux conquêtes sociales qu’il est possible d’arracher et de consolider dans le cadre du système capitaliste, en particulier dans un contexte de profonde crise économique, comme aujourd’hui. Non seulement le patronat n’est pas disposé à concéder de nouvelles réformes progressistes, mais il exige sans cesse des contre-réformes brutales. Confrontée à un gouvernement dirigé par la FI, la classe dirigeante française ferait tout ce qui est en son pouvoir pour saborder les réformes et contraindre le gouvernement à faire marche arrière. Pour ce faire, elle utiliserait son contrôle de l’appareil productif, de l’industrie, des transports, de la grande distribution, des banques et des médias. Par exemple, elle organiserait une grève d’investissements et une fuite des capitaux (lesquels, d’ailleurs, fuiraient spontanément pour éviter les taxes). Comment un gouvernement de la FI répondrait à cette contre-offensive de la classe dirigeante ? L’Avenir en commun n’apporte pas la réponse – et, à vrai dire, ne pose pas la question.

Voici notre réponse : les mesures progressistes de L’Avenir en commun ne pourront être mises en œuvre qu’à condition de rompre avec le capitalisme lui-même, donc de s’en prendre de façon décisive à la grande propriété capitaliste. Cela passe par la nationalisation – sous le contrôle démocratique des salariés et des consommateurs – des principaux leviers de l’économie : banques, énergie, transports, industrie, distribution, etc. Or L’Avenir en commun propose seulement de nationaliser quelques entreprises : « des » banques (lesquelles ?), les autoroutes, EDF et Engie (ex-GDF). C’est très insuffisant. Nous ne proposons pas de nationaliser les petites entreprises : ce serait inutile et absurde. Mais pourquoi laisser la plupart des mastodontes du CAC 40 entre les mains des milliardaires qui les possèdent – et qui, n’en doutons pas, s’en serviraient pour opposer une résistance acharnée aux mesures contenues dans L’Avenir en commun ?

Il faut compléter le programme de la FI dans le sens que nous venons d’indiquer, c’est-à-dire y introduire des mesures visant la transformation révolutionnaire et socialiste de la société.

Les leçons de la crise grecque

L’histoire de la lutte des classes a maintes fois démontré la nécessité d’un programme de rupture avec le capitalisme. En France, par exemple, le premier gouvernement de Mitterrand, entre 1981 et 1984, s’est heurté à ce qu’il a lui-même appelé le « mur de l’argent », qui n’est rien d’autre, au final, que la propriété capitaliste des grands moyens de production. En refusant de briser ce mur, Mitterrand s’est condamné à répudier son propre programme : ce fut le « tournant de la rigueur » de 1983-84, l’abandon du programme officiel du PS et, au passage, le début de la longue dérive droitière de ce parti.

Plus récemment, c’est en Grèce que les limites du réformisme ont éclaté au grand jour. En janvier 2015, Syriza accédait au pouvoir sur la base d’un programme progressiste. Sa mise en œuvre se serait traduite par une très nette amélioration des conditions de vie des masses grecques, lesquelles avaient subi, depuis 2009, plusieurs plans d’austérité draconiens. Cependant, Alexis Tsipras nourrissait l’illusion qu’il pourrait à la fois mettre en œuvre son programme de campagne et négocier un « bon accord » avec la « troïka » (UE, BCE, FMI) sur la dette publique grecque. Mais la troïka et l’ensemble des classes dirigeantes européennes ont immédiatement soumis le gouvernement grec à de colossales pressions pour qu’il renonce à son programme officiel et poursuive les mesures d’austérité. On connaît la suite : en juillet 2015, Tsipras capitulait sur toute la ligne et s’engageait dans la voie des privatisations et de nouvelles coupes budgétaires.

On entend parfois que Tsipras n’avait pas le choix, que les travailleurs grecs n’étaient pas prêts à une rupture avec le capitalisme – et que, de toute façon, la Grèce est un trop petit pays pour s’engager sur la voie du socialisme, qu’elle aurait été « isolée », etc. Ces arguments ne tiennent pas une seconde. La détermination des jeunes et des travailleurs grecs à lutter contre la troïka et les capitalistes en général a été démontrée par leur mobilisation massive dans les jours qui ont précédé le référendum du 5 juillet 2015. Le résultat du référendum lui-même – 61 % des voix contre les exigences de la troïka – en fut une autre illustration limpide. Si, au lieu de capituler quelques jours plus tard, Alexis Tsipras s’était appuyé sur le résultat du référendum pour proposer la répudiation de la dette publique et un plan de rupture avec le capitalisme grec, il est très probable que les pauvres, les jeunes et les travailleurs l’auraient soutenu activement et avec enthousiasme. Et à tout le moins, pour connaître leur réaction à l’idée d’une rupture révolutionnaire, il fallait la proposer.

Bien sûr, une Grèce socialiste se serait immédiatement attiré les foudres du capitalisme mondial. Mais elle aurait aussi gagné la sympathie des travailleurs du monde entier, à commencer par les travailleurs d’Europe. On peut affirmer avec certitude – sur la base de toute l’expérience passée – que le renversement du capitalisme en Grèce aurait eu un énorme impact politique sur l’ensemble du continent. Une vague révolutionnaire n’aurait pas tardé à balayer l’Europe. La question aurait été posée à toutes les forces de gauche : « pour ou contre la Révolution grecque ? », de même qu’Octobre 1917 avait posé la question : « pour ou contre la Révolution russe ? ».

Il n’est pas décisif, au fond, que ce soit la Grèce, l’Espagne ou un autre pays qui commence la révolution socialiste. La puissance économique relative des différents pays d’Europe n’entre pas en ligne de compte dans les perspectives générales, car les conséquences politiques du renversement du capitalisme dans un seul pays, quel qu’il soit, seront très indépendantes de son PIB. Aussi, les raisonnements sur la différence entre la « petite » Grèce et la « puissante » France n’ont pas grand intérêt. Ils aboutissent en général à la conclusion doublement fausse que la Grèce est trop faible pour le socialisme – et la France assez puissante pour s’en passer.

L’exemple du Venezuela

Le Venezuela offre un deuxième exemple, lui aussi tragique, de l’impasse du réformisme. Rappelons brièvement l’histoire récente du Venezuela.

L’élection de Hugo Chavez à la tête du pays, en 1998, a marqué le début d’une authentique révolution, la « révolution bolivarienne ». Dans le domaine économique, le premier acte important de Chavez fut d’annuler le projet de privatisation de la puissante industrie pétrolière, PDVSA, qui est de loin la première source de recettes de l’Etat vénézuélien. Il a mis ces ressources au service de toute une série de « missions sociales » dans les domaines de la santé, du logement et de l’éducation. L’analphabétisme a été rapidement résorbé. Des millions de pauvres ont vu un médecin pour la première fois de leur vie. De nombreux logements sociaux ont été construits. Le Code du travail a été modifié au profit des salariés. Une réforme agraire – au profit des paysans les plus pauvres – a été engagée.

La bourgeoisie vénézuélienne et ses maîtres impérialistes, aux Etats-Unis, ne pouvaient pas tolérer cette situation. Le 11 avril 2002, l’opposition de droite et des généraux réactionnaires – appuyés par les sommets de l’Eglise, de grands médias et l’administration américaine – ont organisé un coup d’Etat. Le palais présidentiel a été investi ; Chavez et des ministres ont été arrêtés. Mais en 48 heures, le coup d’Etat a été balayé par une mobilisation révolutionnaire des masses, dans les rues de Caracas et de tout le pays. Quelques mois plus tard, en décembre 2002, le patronat a organisé un vaste lock-out, là encore dans le but de renverser le gouvernement bolivarien. Mais là encore, la mobilisation révolutionnaire des travailleurs a fait échouer cette tentative.

L’un des grands mérites de Chavez fut de tirer des conclusions radicales de cette expérience. A partir de 2005, il déclare que les objectifs de la révolution vénézuélienne sont « socialistes », que l’émancipation du peuple vénézuélien est impossible dans les limites du système capitaliste. Cette idée rencontra un écho enthousiaste dans les masses vénézuéliennes. Par exemple, la création du Parti Socialiste Unifié du Venezuela, en 2007, fut un énorme succès. Il attira sous sa bannière plusieurs millions de jeunes, travailleurs et paysans – dont un grand nombre de femmes.

Cependant, le « socialisme » existait davantage dans les discours que dans la réalité. Quelques entreprises furent nationalisées, mais abstraction faite de la PDVSA, l’essentiel de l’économie – à commencer par le secteur bancaire – restait dans des mains privées. Le vieil appareil d’Etat était infesté d’éléments réactionnaires, carriéristes ou corrompus. Les initiatives des travailleurs pour instaurer le contrôle ouvrier dans les entreprises nationalisées se heurtaient à l’opposition et au sabotage des hauts fonctionnaires. De manière générale, Chavez lui-même s’efforçait de trouver un impossible compromis avec la bourgeoisie vénézuélienne. Celle-ci ne pouvait pas se réconcilier avec la révolution bolivarienne. Elle voulait son écrasement pur et simple.

Après la mort de Chavez, en 2013, la crise économique et politique s’est accélérée. La chute des cours du pétrole a joué un rôle important dans la crise, comme le soulignent les dirigeants de la France insoumise. Mais on ne peut réduire cette crise à la question du pétrole. Le problème, c’est que la bourgeoisie vénézuélienne refuse d’investir dans l’économie. Elle préfère spéculer sur la crise. Elle table sur le fait que le chaos économique, la pénurie et l’hyper-inflation créeront les conditions matérielles d’un renversement du gouvernement Maduro, les masses perdant patience. Or Maduro s’efforce – en vain – de trouver un compromis avec la droite et les capitalistes vénézuéliens. Cette politique mène tout droit à la défaite de la révolution vénézuélienne. La révolution ne peut être sauvée que par l’expropriation de l’oligarchie et la mise en place d’un contrôle démocratique des ouvriers sur l’économie et l’Etat. Autrement dit, par une révolution socialiste, laquelle aurait un puissant écho dans toute l’Amérique latine – et au-delà. Vingt années de révolution bolivarienne ont démontré qu’il n’y a pas d’autre voie.

L’Union Européenne

La crise grecque de 2015 a exposé la véritable nature de l’Union Européenne. En complète contradiction avec leurs beaux discours sur l’« unité » et les « valeurs » de l’UE, les classes dirigeantes d’Europe – à commencer par la plus puissante, la classe dirigeante allemande – ont soumis le gouvernement Tsipras et le peuple grec à un chantage brutal. Pour Angela Merkel et ses semblables, l’expression démocratique du peuple grec ne pèse rien face aux intérêts des banques et des multinationales. Les capitalistes français, bien sûr, ont exactement la même conception de la démocratie. Si le gouvernement Hollande a figuré en deuxième ligne de l’offensive contre le gouvernement Tsipras, c’est parce que les capitalistes allemands dominent l’UE, désormais, et y tranchent toutes les questions où leurs intérêts sont en jeu. Ceci dit, toutesles classes dirigeantes d’Europe poussaient à la capitulation de Tsipras, d’une manière ou d’une autre.

Sur la base de cette expérience et de la politique réactionnaire de l’UE en général, la jeunesse et les travailleurs du continent sont de plus en plus critiques à l’égard des institutions européennes. Le discours sur « l’Europe sociale », grâce à une réforme de l’UE, sonne comme une mauvaise plaisanterie. En effet, l’UE ne peut pas être « réformée » conformément à nosintérêts de classe, pour cette raison simple que l’UE est un ensemble d’institutions pro-capitalistes. La raison d’être de l’UE, c’est la défense des banques et multinationales européennes – et rien d’autre. L’UE est donc entièrement réactionnaire et ne peut pas être réformée ; elle doit céder la place à une autre forme de coopération entre les peuples d’Europe. Laquelle ? Et sur quelles bases économique et sociale ?

L’Avenir en commun développe la proposition de « sortir des traités européens ». Les traités européens sont réactionnaires, car ils sont l’expression politique et juridique du caractère réactionnaire de l’UE. La FI a donc raison de proposer d’en « sortir ». Mais pour vraiment en sortir, pour en sortir non seulement juridiquement, mais aussi économiquement et socialement, il faut sortir du système capitaliste lui-même. Sans cela, rien ne sera réglé. Tant que les Bouygues, Dassault, Bolloré, Lagardère et compagnie contrôleront les grands leviers de l’économie française, il n’y aura pas d’issue pour les jeunes et salariés, que ce soit à l’intérieur ou à l’extérieur de l’UE. Et ce qui vaut pour la France vaut pour tous les pays d’Europe.

Comme le soulignait déjà Lénine, le système capitaliste est incapable d’unifier l’Europe, d’harmoniser ses colossales ressources humaines et productives. Le problème, c’est le système économique et social, en France comme dans le reste de l’Europe. Seule une Fédération des Etats socialistes d’Europe permettra d’unifier le continent sur des bases progressistes. Cela peut sembler lointain et abstrait, mais c’est la seule voie, la seule perspective à la fois réaliste et conforme aux intérêts des masses. Une « Europe sociale » sur la base du capitalisme peut sembler plus accessible et plus raisonnable, à première vue. Mais c’est une chimère. Elle n’adviendra jamais.

Pour autant, la solution ne viendra pas d’une simple « sortie de l’UE ». Une France capitalisteayant rompu avec l’UE ne marquerait pas un progrès pour les travailleurs. Plus d’un an après le Brexit, les travailleurs britanniques sont bien placés pour le savoir : leur niveau de vie continue de régresser, notamment du fait de l’inflation. Pour qu’elle ait un caractère progressiste, la sortie de l’UE doit être la conséquence d’une rupture avec le capitalisme lui-même.

La VIe République

La FI place la fondation d’une VIe République en tête de ses priorités, comme le premier acte d’une « révolution citoyenne ». Il est clair qu’il faut défendre des réformes démocratiques. Par exemple, il faut fermer le Sénat, cette institution composée de notables élus par d’autres notables et dont le budget annuel s’élève au chiffre incroyable de 300 millions d’euros. Utilisons cet argent pour construire des écoles et des hôpitaux : le pays en a besoin. Il faut également défendre le droit de vote des immigrés à toutes les élections et la régularisation de tous les travailleurs sans-papiers.

La Ve République est pourrie jusqu’à la moelle. Ses institutions sont gangrenées par les passe-droits et la corruption en tous genres. En dernière analyse, cependant, cette crise des institutions n’est que l’expression de la crise du système économique sur lequel elles reposent et qu’elles ont pour fonction de défendre. C’est, là aussi, la racine du mal.

Dans la Ve République française comme dans tous les autres types de régimes en Europe, le véritable pouvoir ne réside ni dans les assemblées élues au suffrage universel, ni dans les conseils des ministres, ni même dans les palais présidentiels ou royaux. Il réside dans les conseils d’administration des banques et des multinationales. En France, une centaine de grandes familles capitalistes a une influence décisive sur la politique menée par les gouvernements successifs. Lénine caractérisait la démocratie bourgeoise comme « le masque temporaire de la dictature du Capital ». C’est encore plus vrai aujourd’hui qu’à l’époque de Lénine, car la concentration du capital a pris depuis des proportions colossales.

Mélenchon souligne souvent les traits monarchiques de la fonction présidentielle, en France. Mais le « monarque présidentiel » Macron est lui-même à genoux devant le grand Capital, véritable roi du monde contemporain. Si la VIe République ne détrônait pas ce monarque moderne, elle ne serait qu’une république bourgeoise de plus.

La « planification écologique »

La FI accorde une place centrale aux questions écologiques. Le troisième chapitre de L’Avenir en commun est consacré à cette question. Il s’intitule : Face à la crise climatique, la planification écologique.

Au seul mot de « planification », les apologistes du capitalisme éprouvent une brusque montée d’angoisse. C’est le signe qu’on est sur la bonne voie. Révolution se félicite du retour de l’idée de « planification » dans un programme de gauche bénéficiant d’une très large audience. Ce retour fait suite à une longue disparition, consécutive à la chute des régimes staliniens, au début des années 90. A l’époque, les dirigeants du mouvement ouvrier subissaient de plein fouet la vague de propagande qui annonçait la victoire définitive de « l’économie de marché » (la loi de la jungle). Ils n’osaient plus parler de planification, de socialisme ou de révolution.

Il n’est pas étonnant que l’idée de planification revienne par la voie des préoccupations écologiques. Le capitalisme est en train de plonger l’humanité dans une crise écologique majeure. La course aux profits et le chaos du « libre marché » aggravent sans cesse les différentes formes de contamination de l’air, des sols, des mers et des cours d’eau. Les « pics de pollution » de l’air se multiplient. L’Organisation Mondiale de la Santé estime que les différents types de pollution sont déjà responsables d’un décès sur neuf, dans le monde. L’industrie agroalimentaire nous vend de la nourriture de plus en plus malsaine et empoisonnée. Le réchauffement climatique, conséquence des émissions de gaz à effet de serre, déstabilise gravement l’écosystème. Bref, si rien n’est fait, l’humanité court à sa perte, à sa propre destruction.

Jean-Luc Mélenchon a pris acte de cette situation et annonce vouloir y apporter des solutions radicales. Dans L’Avenir en commun, il écrit que « l’exigence écologique ne peut être réduite à des proclamations et des mesures qui épargnent le système. La finance n’en veut pas : elle préfère les grands rendements de la spéculation. La définanciarisation de l’économie est une condition incontournable de la transition écologique. »

C’est bien le cœur du problème : les grands capitalistes sont organiquement incapables de réaliser les énormes investissements nécessaires à la « transition écologique », et notamment le développement massif des énergies renouvelables – au détriment des énergies émettrices de gaz à effet de serre. Ce n’est pas simplement une affaire de mauvaise volonté, de leur part. Les lois et les mécanismes fondamentaux du capitalisme poussent les classes dirigeantes à rechercher la maximisation de leurs profits à court terme. Il en résulte un chaos et un gaspillage monstrueux. La sauvegarde des équilibres environnementaux est incompatible avec ce gigantesque casino qu’est devenue l’économie mondiale.

Il faut donc s’attaquer au « système », comme l’écrit Mélenchon. Comment ? L’Avenir en communpropose toute une série de mesures dans les domaines de l’énergie, des transports, du logement, de l’agriculture et de la gestion des déchets. On peut grosso modo ranger ces mesures en deux catégories. La première comprend des mesures punitives ou incitatives (taxes, arrêt des subventions) qui visent à restreindre les activités polluantes, le gaspillage et autres fléaux de cet ordre. Cette catégorie comprend aussi des mesures d’interdiction pure et simple (pesticides chimiques, OGM…) et l’arrêt de projets en cours (« fermes usines », nucléaire…). La deuxième catégorie comprend toute une série de mesures plus positives, visant à développer largement les énergies renouvelables, les transports publics, l’isolation des logements, le recyclage des déchets, l’agriculture biologique et d’autres choses encore.

On a donc, d’un côté, des mesures dont l’objectif est de contraindre les capitalistes à moins polluer, moins gaspiller – et, de l’autre, des mesures qui proposent de réaliser tout ce que les capitalistes refusent de réaliser. Mais ceci pose deux problèmes. D’une part, est-il possible de contraindre les capitalistes à limiter ou arrêter des activités qui leur sont extrêmement profitables ? L’expérience nous permet de répondre : non, c’est pratiquement impossible. Tant qu’ils contrôlent les grands moyens de production, ils ont mille et un moyens de contourner des mesures punitives et de résister aux contraintes légales qu’un gouvernement voudrait leur imposer. D’autre part, qui va réaliser les investissements colossaux nécessaires au développement des énergies renouvelables, au développement massif des transports publics et à la transition écologique en général ? Le secteur privé ? C’est impossible. Seul l’Etat, seule la « puissance publique » peut réaliser de tels investissements, à condition qu’elle soit dotée des moyens financiers et industriels à la hauteur de cet objectif.

Ainsi, ces deux problèmes ont une seule et même solution : la nationalisation des principaux moyens de production et la mise en place d’une planification démocratique de l’économie, sous le contrôle des salariés et des consommateurs. La planification écologique ne sera possible que sur la base d’une planification économique. Sans cela, elle restera suspendue dans les airs, tel un vœu pieux.

On ne peut planifier ce qu’on ne contrôle pas – et on ne peut contrôler pas ce qu’on ne possède pas. Or, comme nous l’avons déjà relevé plus haut, L’Avenir en commun reste beaucoup trop vague sur le périmètre des nationalisations à réaliser. Il mentionne les autoroutes, EDF, Engie et « des banques généralistes ». Lesquelles ? Pourquoi pas toutes les banques ? Pourquoi laisser aux capitalistes une seule de ces grosses banques « généralistes », c’est-à-dire spécialisées dans la spéculation et le pillage des ressources de la planète ? La planification écologique – et donc économique – devra s’appuyer sur un secteur bancaire entièrement public, centralisé et doté d’une capacité d’investissements optimale.

La nationalisation des grandes entreprises du secteur de l’énergie, comme EDF et Engie, est indispensable. Mais bien d’autres secteurs économiques sont impliqués dans le saccage de l’environnement – et devront être réorganisés pour y mettre un terme. Par exemple, le secteur des transports devra fonctionner d’une façon radicalement différente de ce que nous connaissons dans le système actuel, où une poignée de grands capitalistes font produire des millions de véhicules individuels polluants (mais très profitables) et où les transports publics sont à la fois négligés et soumis aux diktats de la rentabilité. Il faudra, au contraire, investir massivement dans les transports publics, au détriment des véhicules individuels polluants. Mais pour cela, il nous faudra contrôler ce secteur, et donc d’abord exproprier les parasites qui le contrôlent aujourd’hui. Il nous semble que le milliardaire Carlos Ghosn (Renault), pour ne citer que ce parasite, s’est assez largement payé sur la bête !

Poursuivons. L’isolation des logements est un enjeu important de la transition écologique, comme le souligne L’Avenir en commun. Il faudra non seulement isoler les logements existants, mais aussi intégrer ce paramètre aux nouveaux logements à construire – et il faudra en construire beaucoup, car il en manque beaucoup. On le peut ! Avec plus de cinq millions de chômeurs, en France, ce n’est pas la main-d’œuvre qui fait défaut, ni les compétences. Mais il n’est pas question qu’un plan de construction de logements publics serve à enrichir les grosses entreprises du BTP. Celles-ci devront être nationalisées et regroupées dans un secteur public centralisé permettant de bien planifier les vastes travaux de construction et de rénovation nécessaires.

Enfin, l’industrie agroalimentaire (qui nous empoisonne allègrement) et la grande distribution (qui vole tout le monde, des petits producteurs aux consommateurs) devront également passer dans le secteur public. Comment, sinon, pourrions-nous réorganiser et développer une agriculture capable de satisfaire les besoins de tous – en cessant, enfin, de ruiner la nature, notre santé et nos portefeuilles ?

L’expropriation des grands capitalistes est une nécessité à la fois d’un point de vue écologique et d’un point de vue social. Une planification démocratique de l’économie permettra la plus grande rationalisation des rapports de l’homme à la nature, mais aussi des rapports sociaux eux-mêmes. Elle ouvrira la possibilité d’éliminer toutes les formes d’exploitation et d’oppression. Les marxistes soulignent souvent qu’une telle perspective ne pourra se réaliser pleinement qu’à l’échelle internationale. C’est évident en ce qui concerne la situation écologique : la pollution ne connaît pas de frontières. C’est un problème mondial, que seul le socialisme mondial, en définitive, pourra résoudre.

La question de la guerre

La question de la guerre – et des relations internationales en général – est à la fois complexe et fondamentale. Ici, nous nous appuierons sur ce qui est effectivement écrit dans L’Avenir en commun – et non, comme c’est trop souvent le cas, sur des phrases de Mélenchon extraites de leur contexte et exploitées de façon malhonnête.

Le chapitre 5 de L’Avenir en commun est intitulé : « Face à la guerre, instaurer l’indépendance de la France au service de la paix ». Ce que le texte du programme explicite ainsi, d’emblée : « Nous ne devons plus être à la remorque des folies impériales des Etats-Unis et de leur outil de tutelle militaire : l’OTAN ».

Il est exact que l’impérialisme français est à la remorque de l’impérialisme américain. De fait, la France n’est désormais qu’une puissance de second rang. C’est la conséquence du déclin de son poids économique relatif au cours des dernières décennies, qui ont été marquées par l’hyper-domination des Etats-Unis, l’ascension de la Chine et, plus récemment, le retour en force de la Russie. Dans ce contexte, le gouvernement de François Hollande – comme d’autres avant lui – a joué le rôle de bruyant caniche de l’impérialisme américain, lequel observait avec mépris le petit animal et, de temps à autre, lui flanquait un coup de botte. Il en ira de même avec le gouvernement Macron, malgré ses prétentions théâtrales à jouer un rôle important sur la scène mondiale.

Telle est la position réelle de l’impérialisme français. Dès lors, comment « l’indépendance » de la France à l’égard des Etats-Unis pourrait-elle contribuer à « préparer la paix », selon la formule de L’Avenir en commun ? Posons la même question autrement. Nous sommes favorables à la sortie de la France de l’OTAN ; mais en quoi cela empêcherait les autres puissances de l’OTAN – Etats-Unis en tête – de poursuivre leurs guerres impérialistes ?

L’Avenir en commun répond à cette question en proposant que l’Organisation des Nations Unies (ONU) joue un rôle central, décisif, dans les affaires du monde. Il faut « renforcer et réinvestir l’ONU pour faire vivre un monde ordonné », affirme le texte. C’est l’argument clé de toute cette partie du programme ; il y revient de différentes manières. Or c’est un argument sans consistance. Il est en complète contradiction avec ce qu’est l’ONU et son rôle réel dans les rapports internationaux.

Le rôle de l’ONU n’est pas d’empêcher les guerres. Cette institution n’a jamais joué un rôle progressiste. Elle n’est qu’un forum dans lequel les grandes puissances impérialistes débattent surtout des questions secondaires. Lorsqu’une question importante est à l’ordre du jour, l’ONU n’a pas le dernier mot : ce sont les grandes puissances qui décident, suivant leurs intérêts. On l’a vu, par exemple, dans le cas de l’invasion de l’Irak en 2003. Pour des raisons liées aux intérêts de l’impérialisme français, la France avait pris position, à l’ONU, contre l’intervention militaire. Qu’ont fait les impérialistes américains ? Ils ont tout de même envahi l’Irak, sans mandat de l’ONU. Et ce n’est là qu’un exemple parmi bien d’autres.

Il est vrai que, parfois, les cinq puissances du Conseil de Sécurité de l’ONU s’accordent sur certaines interventions militaires. Mais celles-ci n’en conservent pas moins leur caractère impérialiste et donc réactionnaire. La première guerre du Golfe (1990) était appuyée par l’ONU, tout comme l’embargo imposé à l’Irak entre 1991 et 2003, lequel a fait, selon les sources, entre 500 000 et 1,5 million de victimes, dont une majorité d’enfants. Plus récemment, il y a eu l’intervention en Libye (2011), dont chacun peut aujourd’hui apprécier les résultats. Et que dire de Haïti, ce pays martyr qui, depuis 2004, vit sous une dictature de facto des Casques bleus de l’ONU ?

L’énumération des crimes impérialistes « sous mandat de l’ONU » dépasse les limites de cette brochure. Mais ce qui précède suffit à justifier notre désaccord avec l’idée, formulée dans L’Avenir en commun, selon laquelle « le seul organe légitime pour assurer la sécurité collective est l’ONU ». De même, « refuser toute intervention militaire sans mandat de l’ONU » revient à éventuellement soutenir celles qui auraient un tel mandat. Ce n’est pas le bon critère. Et s’accrocher à ce critère, c’est tomber dans le piège des impérialistes, car l’une des fonctions de l’ONU est précisément de couvrir les guerres d’un voile de « légalité internationale », quand c’est possible. Il s’agit d’un élément de propagande non négligeable. Notre rôle est de dénoncer cette propagande et d’expliquer les véritables motivations des belligérants, dans chaque guerre.

Les auteurs de L’Avenir en commun n’ignorent pas les nombreux cas de guerres impérialistes « sous mandat de l’ONU ». Cela explique qu’ils proposent aussi d’« enclencher un processus de démocratisation » de l’ONU. Ils n’en disent rien de plus. Malheureusement, cette idée n’a aucun sens. L’ONU est une institution fondée par les grandes puissances impérialistes, contrôlée par ces puissances et n’ayant pas d’autre fonction que de défendre leurs intérêts, à commencer par ceux de l’impérialisme américain. La « démocratisation » de l’ONU a donc aussi peu de chance d’advenir que la démocratisation du Pentagone, par exemple.

Ce qui fait manifestement défaut, ici, c’est un point de vue de classe. De manière générale, L’Avenir en commun n’aborde pas la guerre d’un point de vue de classe. Par exemple, il est proposé d’« arrêter les guerres par une diplomatie active et indépendante au service de la paix ». Mais selon la formule célèbre et si juste du général Clausewitz, « la guerre n’est que le prolongement de la politique par d’autres moyens. » Autrement dit, les guerres impérialistes sont le prolongement inévitable de la lutte que se livrent les plus puissantes classes capitalistes pour des marchés, des sources de matière première et des zones d’influence. Tant que le capitalisme régnera sur notre planète, il y aura des guerres comme celles qui ravagent aujourd’hui le Moyen-Orient. La plus « active » et la plus « indépendante » des diplomaties pacifistes n’y changera rien.

En Syrie, par exemple, les dirigeants américains et russes luttent pour les intérêts de leurs classes dirigeantes respectives. Dès lors, que peut bien signifier l’idée, formulée dans L’Avenir en commun, de « mettre en place une coalition universelle sous mandat de l’ONU pour éradiquer Daesh et rétablir la paix et la stabilité en Syrie et en Irak » ? Une « coalition universelle » – réunissant tout le monde, par définition – suppose que les intérêts des grandes puissances impérialistes concordent complètement et tout le temps. Mais cette hypothèse est en complète contradiction avec toute l’histoire du capitalisme.

Souvent, l’horreur de la guerre pousse des militants de gauche à déclarer : « il faut faire quelque chose ! Toute de suite ! » Et trop souvent, cela se termine par le soutien à une intervention impérialiste. On voit ce que ça donne aujourd’hui en Libye, par exemple. Il faut en tirer les leçons. Et regarder les choses en face : la guerre est une caractéristique fondamentale, inévitable, du capitalisme moderne. On ne peut avoir l’un sans l’autre. Si nous voulons sérieusement lutter contre les guerres impérialistes, notre premier devoir est d’expliquer, à chaque occasion, quelle est la véritable nature de classe de la guerre et quels objectifs réels poursuivent les différentes forces engagées.

En France, il faut en priorité dénoncer les crimes de l’impérialisme français et mobiliser le mouvement ouvrier contre ces crimes. Et il faut inlassablement expliquer qu’une paix authentique, durable, universelle, ne sera possible que lorsque nous aurons débarrassé le monde du système capitaliste. Ce n’est peut-être pas pour « toute de suite », mais c’est la seule solution au fléau de la guerre.

Mouvement ou parti ?

Les militants de la FI débattent régulièrement de son avenir comme organisation. Est-ce qu’elle doit devenir un parti, comme l’est devenu Podemos en Espagne, ou doit-elle demeurer un mouvement ? Pour notre part, nous pensons que la transformation de la FI en un parti est nécessaire. Pour quelles raisons ?

Un parti est d’abord et avant tout un programme et des idées. Mais à la différence d’un mouvement, un parti est aussi un certain type de fonctionnement interne, qui vise à la fois un maximum d’efficacité et un maximum de contrôle démocratique des militants sur l’organisation, sa direction, son programme et sa stratégie. Bien sûr, dans les faits, beaucoup de partis ne sont ni démocratiques, ni efficaces – sinon pour faire avancer la carrière de leurs dirigeants. Le PS en offre un exemple écœurant. Cependant, ce n’est pas là une conséquence inévitable de la « forme parti ». Les causes de la bureaucratisation du PS ne sont pas à chercher du côté de son organisation ; elles sont à chercher du côté des pressions matérielles et idéologiques de la classe dirigeante sur sa direction, pressions qui ont fini par transformer la direction du PS en une clique de politiciens réactionnaires. La dégénérescence bureaucratique du PS a été déterminée par sa dégénérescence pro-capitaliste. Et elle ne date pas d’hier !

Un mouvement n’est pas à l’abri de déformations bureaucratiques. En un sens, il est même davantage exposé à ce danger, puisque la direction y est dégagée des mécanismes formels de contrôle démocratique qui caractérisent un parti. Encore une fois, ces mécanismes – élections internes, congrès, etc. – ne sont pas en eux-mêmes une garantie absolue contre le bureaucratisme, le carriérisme et les luttes d’appareil stériles. Il n’y a pas de garantie absolue dans ce domaine. Un parti n’existe pas dans le vide. C’est un organisme vivant qui subit les pressions de toutes les classes sociales, y compris la bourgeoisie. Mais il en va de même pour un mouvement. Simplement, en l’absence de mécanismes formels de contrôle démocratique du sommet par la base, un mouvement est encore plus exposé qu’un parti aux pressions de la classe dirigeante.

Enfin, un mouvement suffisait à organiser la campagne de Mélenchon à la présidentielle, l’enthousiasme aidant. Pour la campagne des législatives, par contre, l’absence de centralisations locales – de directions élues et capables de coordonner l’activité, d’orienter les forces militantes – s’est fait plus nettement sentir. Ce problème se reposera sans cesse à l’avenir. Chaque fois que la FI s’engagera dans de nouveaux combats, elle sera confrontée à la nécessité d’une plus grande structuration locale et nationale. Elle ne pourra pas pérenniser son travail et intégrer dans ses rangs la masse de jeunes et des travailleurs qui veulent y adhérer sans s’orienter vers la formation d’un parti. Dès lors, le mieux est de l’anticiper et d’y œuvrer consciemment. La FI n’en sera que mieux armée pour les grandes luttes qui l’attendent.

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Coup de gueule en forme de lettre ouverte à Natacha Polony

L’objet du délit est ici.

Pendant des mois, Natacha Polony, vous avez traité Jean-Luc Mélenchon avec respect.

Plusieurs fois depuis l’an dernier, vous l’aviez interviewé en le mettant en valeur ; parce qu’en adoptant des manières tout à fait courtoises, vous évitiez de le conduire à lever le ton ; et parce qu’en lui permettant d’expliquer son projet et sa vision sans le couper sans cesse ou sans le contraindre à parler en mode Twiter, vous lui aviez rendu service et vous nous aviez donc rendu service à tous.

Nous sentions même que vous n’étiez pas loin de partager un certain nombre des positions de Jean-Luc Mélenchon et de la France insoumise ; et que vous appréciiez de les entendre et de les voir défendues.

Je suis donc effaré par le contenu du message que vous diffusez dans cette vidéo où, sous couvert de donner des conseils et de faire une critique intelligente des prises de parole et des actes récents de Mélenchon, vous reprenez à votre compte, sous forme de fausses questions qui ne sont en fait que des critiques, les pires éléments de langage récemment diffusés partout à l’encontre de Mélenchon.

Personne – en tout cas pas moi – n’imaginait que vous deviendriez une alliée.

Et personne n’attendait de vous que vous exprimiez un soutien pour Mélenchon.

Nous avions apprécié en revanche votre honnêteté intellectuelle et le fait que vous au moins, vous ne hurliez pas avec la meute.

Certes, dans cette vidéo, on ne peut pas dire que vous « hurliez avec la meute » car vous parlez avec un ton posé, tranquille, et vous semblez présenter une argumentation sinon neutre, du moins rationnelle. Pourtant ce sont bien des flèches empoisonnées que vous lancez à son visage. Car, sous ce vernis aimable, docte et professoral, vous exprimez sans détour un message indigne de vous mais qui se rapproche beaucoup du fiel des pires éditorialistes du PAF.

D’après vous, Mélenchon a eu tort de parler du rôle de « la rue contre les Nazis ». Prenant le ton docte, hautain et méprisant de ceux qui savent à l’égard des ignorants, vous affirmez que “c’est absolument faux” et qualifiez cette déclaration comme étant une “stupidité”. Vous argumentez en reprenant les éléments déjà entendus partout.

Vous allez même jusqu’à vous moquer que Mélenchon ait pu “réinterpréter le mythe construit par De Gaulle” qui avait, dans son fameux discours de l’hôtel de ville, affirmé que le peuple parisien s’était libéré « par lui-même ». Disant cela, vous faîtes donc comme si Mélenchon et nous tous ignorions qu’il y avait bien sûr eu d’autres apports que seulement « la rue » à la libération de Paris. Mais c’est vous alors qui faîtes une affirmation manquant de nuance en disant, le sourire narquois aux lèvres et en ne pouvant éviter un début de rire : “Ne soyons pas dupes. On sait très bien que ce sont les Alliés qui ont libéré la France”.

À cet instant précis, sans doute que votre conscience vous a fait passer un message, et vous avez alors concédé que “le travail des Résistants était absolument essentiel”. Mais alors, si tel était le cas, c’est donc bien la preuve que la libération n’est pas QUE le fait des “Alliés”. Mais manifestement il y a tempête sous un crâne car à peine aviez-vous concédé cela que vous ajoutiez : “mais on ne peut pas dire qu’ils ont abattu le nazisme. Bon mais peu importe”. Voyez-vous, sans être psychologue, je crois savoir que ce “peu importe”de la fin de votre critique traduit un certain malaise de votre part quant à la solidité du fondement de votre propre affirmation. Comme si, réalisant que peut-être vous aviez sinon dit une pure ânerie, du moins posé une analyse contestable, vous aviez envie de passer rapidement à autre chose, espérant qu’on ne le relèverait pas et que personne n’y reviendrait…

Désolé Natacha Polony, mais on va y revenir. Pour vous, le rôle des Parisiens dans la libération de Paris, ce n’est donc qu’un mythe ! Construit par De Gaulle et repris par Mélenchon ? C’est bien ça que vous nous avez dit.

Donc, pour vous, De Gaulle comme Mélenchon ne sont que des menteurs, des affabulateurs, des mythomanes… Bien sûr, vous ne le dîtes pas aussi crûment. Vous n’utilisez pas ces termes d’ailleurs. Mais c’est d’autant plus hypocrite que votre discours aboutit inéluctablement et exactement à cette conclusion-là !

Oser cela, il fallait le faire et vous l’avez fait !

Ce faisant, vous me froissez. Cela n’a pas beaucoup d’importance mais je pressens que vous aurez également froissé bien de vos lecteurs habituels qui ont un peu plus de respect pour le général qui a largement contribué à libérer et Paris et la France !

Cette accusation de “menterie” à l’encontre de Mélenchon non assumée ouvertement n’était en fait qu’un hors d’oeuvre. Vous avez ensuite usé d’armes plus meurtrières.

Vous êtes ainsi allée très loin dans l’infâme puisque vous avez fait passer le message suivant : “le pouvoir de la rue, ce n’est pas Gavroche, c’est les Black Blocs”.

Pas mal quand même comme diabolisation de “la rue” !

Mais comme ce jet d’acide ne devait pas encore être assez significatif pour vos lecteurs, vous en avez rajouté une couche en disant : “la référence au pouvoir de la rue sonne, dans la bouche de Mélenchon, comme un appel à la violence”.

Alors, là encore, juste après, vous semblez relativiser le propos en le recontextualisant : Hugo, les barricades, Gavroche. Mais c’est pour enchaîner immédiatement – selon la même forme rhétorique que celle utilisée pour le cas cité plus haut – en faisant valoir que Mélenchon et la France insoumise, arrivés au pouvoir, feraient “la collectivisation absolue” du pays.

C’est d’autant plus inepte que vous savez fort bien que ce n’est pas cela que nous projetons de faire. Vous semblez d’ailleurs le reconnaître vous-même en expliquant qu’une telle crainte de la part de ceux que vous citez (commerçants, petits artisans) est “sans doute erronée”.

N’empêche que vous l’avez dit et en disant cela, et en appuyant bien davantage sur cela que sur la dénégation très timide venue ensuite, vous participez à la diabolisation de Mélenchon en l’enfermant dans l’image de ce “diable rouge”.

Vous agissez donc, ni plus ni moins, comme les écrivassiers de Valeurs actuelles qui ont fait leur Une, cette semaine, en grimant Mélenchon en un Che Gevara, autrement dit un homme qui est pour beaucoup un « diable « rouge ».

Au-delà de ce que vous dîtes, ce qui me dérange, c’est que puisque vous semblez savoir que ces images de Mélenchon sont inexactes, puisque vous semblez savoir qu’il est “erroné” de penser que nous collectiviserions tout dans le pays, puisque vous semblez penser que c’est davantage une maladresse de style qu’une volonté consciente et délibérée de se situer dans le camp de la violence, il y avait une autre façon de présenter les choses. Vous auriez pu faire oeuvre utile, participer à l’éducation, à l’éveil de vos lecteurs et leur expliquer justement pourquoi ces odieuses présentations sont mensongères et calomnieuses. Or ce n’est pas du tout ce que vous faîtes. De la façon dont vous l’exprimez, la plupart considéreront que c’est bien ainsi qu’il faut appréhender Mélenchon et la France insoumise. Les “contre-arguments” sont si timidement exprimés que l’on retient bien davantage les éléments à charge que les éléments en défense.

Comme si ces méchancetés ne suffisaient pas pour un seul jour, vous avez évoqué « l’éloge répété du Venezuela » prononcé par Mélenchon, élément qui serait de nature à le discréditer aux yeux d’un grand nombre. Il y aurait tant à dire ici pour vous répondre. Mais cela est-il seulement nécessaire ? Vous savez pertinemment quelle est la pensée de Mélenchon sur le sujet et ce persiflage n’a donc pas d’autre motivation que de le salir, à l’instar de tous vos autres “collègues”.

Pour que tout le monde ait bien compris où vous vouliez en venir, vous renvoyez enfin Mélenchon dans le rôle d’un gauchiste -même si là encore vous n’usez pas de ce mot- alors qu’il ne peut vous avoir échappé que Mélenchon a justement, depuis près de deux ans, et notamment depuis l’entrée en campagne présidentielle, adopté un positionnement le plaçant bien au-dessus des partis de la gauche. Et ce n’est pas du seul fait qu’il soutient les grèves et les manifestations qu’il redevient un gauchiste, sauf à considérer que tout gréviste, tout manifestant EST un gauchiste ! Mais alors, si je suis bien votre raisonnement, si l’on ne veut pas être un gauchiste, on ne doit tout simplement pas faire la grève, pas manifester, pas soutenir les grévistes et les manifestants… Rien. On doit se taire, endurer en silence, la boucler et rester dans notre nasse.

Voyez-vous, Natacha Polony, il se trouve que pas plus tard qu’il y a deux jours, j’ai longuement discuté avec une de mes plus proches amies en politique et j’évoquais le cas de ces bourgeois qui, en 1789, avaient permis le déclenchement de la révolution, mais qui, très vite, s’étaient employés à l’interrompre. Sitôt que leur catégorie sociale avait obtenu la reconnaissance, il fallait arrêter la révolution. Il n’était pas question pour eux, à quelques exceptions notables près, que l’ensemble du peuple obtienne de véritables droits à l’émancipation, à l’égalité, au suffrage… Siéyès, par exemple, qui a dit de si belle choses sur le Tiers-État, a aussi très vite montré une image bien plus sombre puisqu’il eut maintes fois l’occasion de s’opposer au suffrage universel en des termes et avec des arguments infamants pour le “peuple”. Et d’autres révolutionnaires s’employèrent à ce que jamais les ordinaires, les travailleurs d’en bas, ne puissent bénéficier d’un véritable progrès de leurs conditions de vie et de travail.

Eh bien, aujourd’hui, Natacha Polony, vous me semblez vous inscrire clairement dans cette catégorie-là. Vous voulez bien une forme de révolution (cf ce que vous dîtes depuis longtemps sur l’UE ou quelques autres sujets) mais à la condition bien sûr qu’elle ne conduise pas à ce que le peuple tout entier ait voix au chapitre. Vous voulez bien des changements radicaux qui peuvent parfois rejoindre ceux auxquels nous-mêmes aspirons, mais à la condition que l’on maintienne bien la différence entre les raisonnables et les violents, entre les cultivés et les ignares, entre les poudrés bien habillés et les gueux.

C’est ce qui transparaît, voyez-vous, de la vidéo que je dénonce ici.

Et en conclusion – coup de poignard en plein coeur – vous vous demandez si Mélenchon ne va pas ainsi “jouer le même rôle que le FN” avant d’évoquer le risque qu’il ne soit qu’un “repoussoir” pour 50% des électeurs. Une dernière fois, vous parlez hypocritement comme si ce n’était pas VOTRE propre conviction mais celle actuelle du grand public. Sauf qu’au lieu de la court-circuiter, de la désamorcer en lui opposant VOS propres contre-arguments, vous lui donnez une audience et une crédibilité en concluant par cette phrase : “Emmanuel Macron aura tout intérêt à l’avoir pour adversaire parce que ça lui permettra de se maintenir au pouvoir pour longtemps.”

Rideau !

Avec cette vidéo, vous donnez le sentiment de dire aujourd’hui ce que vous pensez vraiment, après nous avoir incités à croire que vous nous regardiez avec intérêt et bienveillance (ce qui ne signifiait pas pour autant assentiment de votre part).

On aurait pu conserver ce genre de relations mais en parlant comme vous l’avez fait dans cette vidéo, vous vous placez de fait dans le camp de ceux qui nous calomnient et ne méritez donc plus notre bienveillance. Vous ne méritez donc plus que d’être assimilée aux autres, à tous les autres que nous fustigeons à juste titre.

Le désaccord est une chose, la calomnie en est une tout autre !

*

Nota ajouté le 03/10/2017 à 13h55 : Ce coup de gueule est le mien et ne saurait engager quiconque d’autre que moi, quand bien même je suis une fourmi de la France insoumise et ne m’en cache pas.

Vincent Christophe LE ROUX

 

Macron ? le recycleur des vieilles lunes de la droite – Par Pierre Brégou le 29/09/2017

J’archive ici et relaie avec plaisir ce très bon texte de Pierre Bregou.

*

Les dommages de la politique de Hollande, Valls et du PS de 2012 à 2017 ont tellement écoeuré nos concitoyens qu’ils ont élu par dépit un jeune banquier aux dents longues qui entend tout défaire, tout casser pour mettre définitivement à terre le « modèle républicain » bien fragilisé conquis par les luttes populaires.

Macron n’est qu’un passage, un serveur de plat pour le capitalisme international. Son mandat achevé, il repartira vers ses amours, ceux de l’argent facile légalement volé (?) dans les bureaux feutrés d’un futur gérant associé.

C’est cette « destinée » qui le rend pour le moment insensible au mécontentement qui sourd dans le pays. Ce n’est pas un politicien attaché à son fauteuil, sa vie faite de luxure est ailleurs; les dents acérées et le sourire carnassier ne sont déjà plus accompagnées du regard enjôleur de la campagne électorale, ses yeux perçants ne visent plus à conquérir mais à assujettir.

C’est pour cela que cet homme est dangereux pour notre démocratie.

Contrairement à JL Mélenchon, il n’a aucun projet politique pour notre Pays, sa seule vision est celle des obscurs qui de Bruxelles aux fortunés sans frontières n’ont soif du pouvoir que pour se goinfrer sur le dos de celles et ceux qui n’ont que leur travail pour viatique.

Son dégagisme à lui visait à faire table rase des forces vives qui irriguent toute démocratie.

D’abord les partis politiques, il l’a fait !

Ensuite les syndicats, c’est en cours …

Puis le réseau associatif qu’il mine déjà en supprimant le financement de dizaines de milliers d’emplois qui leur permettaient d’apporter aides et services notamment aux plus démunis.

Mais aussi les autres composantes de l’organisation économique et politique du pays : Régions, Départements, Communautés de Communes… tout va passer à la moulinette macronnienne.

Mais aussi notre système de protection sociale, retraite, sécu et mutuelles. Mais aussi l’école, l’université, la formation professionnelle…

5 ans pour tout casser afin de permettre à un Macron 2, un sosie qui viendra nous proposer de panser les plaies béantes avec du sel fin.

Avec JL Mélenchon, les perspectives étaient et sont tout autres, son analyse critique du (dys)fonctionnement de nos institutions l’a conduit à proposer des objectifs et une méthode civilisée, démocratique pour construire la VIème République et son corpus de règles pour organiser et fixer le cadre d’exercice des différents pouvoirs exercés sous mandat du Peuple souverain.

« En marche » n’a de fait consisté qu’à détruire la caste des anciens Partis pour y substituer une représentation encore plus étroite du corps électoral. Patrons et professions libérales encadrées par quelques briscards du PS et de la droite, sans aucune expérience législative (leur nouveau coeur de métier) et donc soumis aux équipes des ministres et de la haute administration tutélaire.

Le but des ordonnances n’était pas de gagner du temps mais de camoufler l’incapacité de la majorité macronnienne à bâtir un texte législatif, de défendre ou démonter tel ou tel amendement présenté par tel ou tel groupe parlementaire, de résister ou s’offrir à quelque lobby…

Oui, en guère plus de cent jours, Macron et ses micro ministres ont semé comme jamais les jalons de l’effacement de notre Pays, nos industries bradées qui aux Italiens, qui aux Allemands, qui aux Chinois…

Mais la savante mise en scène de la macronnerie, servie par des médias aux ordres soufflant le chaud et le froid pour tenter de donner le change font encore « merveille » pour éviter que tout celà n’explose en plein vol alors que leur vitesse de croisière n’est pas encore établie.

Attaques contre les syndicats qui osent ne pas suivre, mise en cause personnelle de leurs dirigeants, attaques mensongères et réitérées contre la France Insoumise et ses parlementaires, insultes, amalgames et autres insinuations sont distillées avec persévérance…

Non Macron ce n’est même pas du cochon, chez lui rien de bon pour l’immense majorité de notre Peuple !

Mais il est élu et, il le sait, nous sommes respectueux du suffrage universel même quand il donne des résultats biaisés.

Elus par le peuple, lui et son gouvernement ne peuvent chuter que par la volonté du Peuple qui entre deux élections n’a que la rue pour exprimer pacifiquement sa volonté. Nous en déjà sommes là !

Mais pour autant, nous ne pouvons en rester là !!!

 

Exigeons la démission du Président Macron et l’organisation d’une nouvelle élection présidentielle

Pour signer cette pétition, c’est ici.

Ce texte a également été publié sur Le Grand Soir. Voir ici.

Nous invitons tous les citoyens français à signer cette pétition qui exige la démission du Président Macron et l’organisation d’une nouvelle élection présidentielle.

Nous considérons en effet que le Président Macron a été élu dans des conditions tout à fait contestables, et qu’il mène une politique très hostile à l’intérêt général en le faisant d’une manière bien peu respectueuse des principes élémentaires de la démocratie qui est, rappelons-le, « le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple ».

Nous mettons en avant d’abord, que le candidat Macron a bénéficié d’un soutien quasi inconditionnel, et continu pendant des mois, de la part du système médiatique. Nous rappelons que ce sont neuf milliardaires qui détiennent l’essentiel des organes de presse écrite et audiovisuelle. Ainsi la plupart des grand journaux nationaux et locaux, que leur parution soit quotidienne, hebdomadaire ou mensuelle, mais aussi presque toutes les chaines de télévision et stations de radio, sont sous le contrôle des chefs des plus grandes entreprises françaises.

Nous mettons en avant ensuite que le Président Macron, loin d’être le « Président de tous les Français » comme le veut le principe républicain, n’est que le représentant de la caste oligarchique qui tient la France. Cette caste constituée des patrons des plus grandes entreprises, d’une partie de la très haute fonction publique, de presque tous les acteurs des medias, de nombreuses personnalités du monde du spectacle ou du sport de haut niveau, ainsi que de divers acteurs des lobbys et groupes de pression, a pu, au cours des années, mettre des serviteurs de leurs intérêts à tous les postes de commande dans l’État. Jamais depuis des décennies, un Président n’avait été aussi ouvertement favorable à cette caste, et si ouvertement hostile au peuple tout entier.

Nous mettons en avant enfin les très nombreuses irrégularités constatées lors des opérations électorales du 1er tour de l’élection présidentielle, et notamment le nombre ahurissant de cartes d’électeurs produites en double exemplaire, ceci étant de nature à vicier l’authenticité des résultats électoraux. Nous regrettons qu’aucune action de masse n’ait réellement été entreprise pour contester la légitimité du scrutin. Les grands leaders politiques nationaux n’ont émis aucune contestation. Les medias ont avalisé les résultats donnés par le ministère de l’Intérieur, et la justice n’a pas été saisie d’autres litiges que de cas isolés. Pourtant, les irrégularités sont si nombreuses et parfois si massives que nous pensons que la qualification d’Emmanuel Macron au second tour a été purement et simplement fabriquée de toute pièce.

Le Président Macron insulte et méprise le peuple.

Le Président Macron a mis en place par ordonnance (un procédé bien peu respectueux du principe fondamental de séparation des pouvoirs entre le pouvoir législatif et le pouvoir exécutif) une politique dans le domaine du travail et des questions sociales qui transforme radicalement l’esprit du droit du travail français et qui va donner aux employeurs le droit légal et les moyens techniques de faire presque tout ce qu’ils veulent à l’encontre des salariés.

Le Président Macron est au service exclusif des banques, de la finance, du grand capital, mais aussi des impérialistes états-uniens, puisqu’il a accepté que le traité CETA (accord de libre-échange entre le Canada et l’Union européenne), largement conçu par les capitalistes des États-Unis, entre en vigueur ces derniers jours alors que le peuple français ne l’a pas approuvé. Et après ce traité CETA, viendront rapidement le traité TAFTA (accord de libre-échange transatlantique entre Etats-Unis et Union européenne) et le traité TISA (accord lié aux services), en attendant les suivants.

Le Président Macron ne tire sa légitimité que du seul fait qu’il a été élu contre Marine Le Pen et son élection n‘est donc pas le résultat d’un vote engagé en sa faveur mais d’un vote de refus de son adversaire du second tour. Le risque prétendu de voir le retour du fascisme si Marine Le Pen était élue a fait l’élection de Macron. Le parti de Marine Le Pen et elle-même, comme son père hier, ne sont donc que des alliés objectifs du système. Leur seul rôle est d’empêcher que le pouvoir ne bascule dans le camp du peuple. Il a été éclairant, à cet égard, de constater la décrépitude volontaire de Marine Le Pen lors du débat du second tour. Elle ne voulait pas être élue or son adversaire était tellement rejeté qu’il y avait un risque d’inattendu au soir du second tour. Alors elle s’est employée à s’auto-saborder. Elle avait fait le travail au premier tour, en gelant des millions de voix qui, sans elle, auraient pu se porter sur le candidat Jean-Luc Mélenchon et lui permettre d’être présent au second tour, pour l’emporter peut-être in fine.

Aujourd’hui, Emmanuel Macron est le Président de la République et son élection ne peut plus être contestée par des voies régulières. Pour autant, le peuple n’est pas dépourvu de moyens d’action. Mais il ne peut plus agir contre le Président que par deux voies :

1/ La voie électorale :

Cette voie recoupe deux modalités :

  • attendre la prochaine élection présidentielle pour priver alors le Président de la République d’un nouveau mandat (à condition qu’il se représente et que la caste oligarchique ne mette pas sur la scène un autre serviteur qui réussirait, à son tour, à mystifier le peuple),
  • ou, à l’occasion d’élections législatives anticipées qui seraient organisées pour trancher une crise politique majeure ou suite au renversement du gouvernement par une motion de censure que pourraient voter les députés, voter cette fois pour une majorité différente qui mènerait une politique conforme à l’intérêt général du peuple

2/ La voie de la révolte populaire

Ici, il est question non pas tant de révolution violente que d’une pression irrépressible exercée par le peuple sur ses dirigeants pour les faire abandonner un projet funeste. La rue, hier et avant-hier, a fait reculer nombre de gouvernements. Aujourd’hui, nous constatons, depuis des années déjà, que les nouveaux dominants ne s’émeuvent plus des manifestations. Ces dernières restent sans effet, quel que soit le nombre de manifestants. Et au-delà du cas de la France, nous avons pu constater, avec les expériences espagnole et grecque notamment, que les pouvoirs sont insensibilisés aux manifestations. Hier, ils les craignaient si bien que devant une forte pression populaire, ils cédaient. Ce n’est plus le cas de nos jours. Ils sont prêts à l’affrontement. Parce qu’ils ont colonisé toutes les strates du pouvoir, qu’ils sont soutenus par le système médiatique qui forge les consciences et fabrique le consentement, et parce qu’ils ont la légitimité légale de faire usage de la force contre tous ceux qui s’opposent à eux.

Dans notre système juridique, ce sont les élections qui font les gouvernants et les politiques (ce qui ne signifie pas que les élus respectent ensuite leurs engagements mais en pareille circonstance, le problème est d’ordre politique, non juridique puisque aucune loi n’impose aux gouvernants de respecter les promesses faites quand ils étaient candidats). C’est en ce sens que l’on parle de « légitimité légale ». Au regard de la loi, aussi longtemps que l’institution judiciaire n’a pas établi que la loi a été violée – et les élections truquées – le pouvoir issu des urnes est « légal » et dispose donc de tous les pouvoirs de contrainte que lui confient la constitution et la loi de l’État. Une fois au pouvoir, ils ont aussi le pouvoir de changer la loi pour la rendre encore plus favorable à leurs intérêts, ou pour approfondir davantage leurs moyens de contrôle du peuple et des opposants politiques, et de contrainte sur eux.

Nous appelons donc le peuple tout entier à exprimer sa colère à l’encontre du Président Macron et de son gouvernement.

Nous appelons le peuple tout entier à faire entendre son désaccord avec les projets envisagés par le pouvoir actuel et les décisions déjà prises par lui.

Nous appelons le peuple tout entier à se rassembler avec les mouvements politiques et syndicaux qui mènent le combat, parmi lesquels notamment la France insoumise et le Front Social.

Par cette pétition, nous voulons permettre aux citoyens français d’exprimer justement leur désaccord avec le pouvoir légal actuel, dont le Président Macron est le représentant depuis quelques mois.

Par cette pétition, nous voulons contribuer à la délégitimation complète du Président Macron, préalable indispensable à la victoire future du peuple.

 

Message à Jean-Luc Mélenchon et Mickaël Wamen – Pour un appel commun à mener le combat

Relativement éveillé sur la situation que nous vivons,

Étant moi-même un Insoumis,

Attentif depuis des semaines aux communications du Front Social que je soutiens,

Considérant que tes propos publics et tes prises de position, Mickaël, vont dans le bon sens et sont une bouffée d’oxygène et une source d’espoir pour nous, les travailleurs,

Ayant écouté ton discours d’hier, Jean-Luc, et ayant vu ce matin la courte vidéo de ce petit échange entre Philippe Poutou et toi intervenu hier à l’occasion de la manifestation,

Je me suis dit que le temps était venu, pour moi, d’oser exprimer clairement ce que je crois nécessaire dans l’intérêt de nous tous.

Dans cette vidéo, on entend le porte-parole du NPA t’inciter, cher Jean-Luc, à parler fort et clair parce que – dit en quelque sorte Philippe Poutou – toi, tu as les moyens de te faire entendre.

Et l’on te voit expliquer que tu dois « doser » ta parole pour ne pas « nous envoyer dans le mur ». Alors Philippe Poutou insiste en te disant qu’il y a, à la base, une forte envie d’y aller…

Et toi, Mickaël, tu ne dis pas autre chose depuis des semaines, mais tu y mets une condition : le rassemblement des forces. Tu nous as dit, à juste titre, qu’il n’était pas question de perdre une nouvelle fois et que pour ne pas perdre, et même pour gagner – tu as bien fait la différence – nous devons tous saisir l’importance de ce qui est en jeu aujourd’hui, bien plus encore qu’hier, et nous adapter à l’urgence de mener la mère de toutes les batailles.

Peut-être que cette partie de ton discours d’hier, Jean-Luc, où nous t’avons entendu oser appeler à une suite d’importance bien plus retentissante encore que cette marche du 23 septembre, est le résultat de cet échange avec Philippe Poutou, et de tous ceux du même ordre que, sans aucun doute, tu as dû avoir ces dernières semaines. Sans compter tout ce qui doit te remonter par divers canaux… Peut-être même que vous vous êtes déjà rencontrés, Mickaël et Jean-Luc…

Pour ma part, je suis convaincu qu’une initiative forte devrait être menée de concert entre vous deux dans les tout prochains jours. Sans attendre les autres. Parce que votre action aura un effet d’entraînement des timides, des hésitants, de tous ceux qui attendent que les autres fassent le premier pas…

Hier, Jean-Luc, tu as appelé au rassemblement des forces sociales et politiques et tu as laissé entendre que tu prendrais ta part dans la suite. Tu as par exemple évoqué l’objectif de voir surgir, sur les Champs-Élysées, un million de personnes, ce qui, nous le savons, n’aurait plus rien à voir avec 150 000 personnes ayant marché entre Bastille et République. Avec une telle quantité de Français dans la rue, le pouvoir vacillerait probablement sur ses bases…

Je pense que nous devons donc nous employer, tous autant que nous sommes, France insoumise, Front Social, et tous les autres acteurs (partis politiques, syndicats, associations politiques et sociales) à réussir un tel défi sans quoi nous échouerons collectivement. Car je ne pense pas que 200 000 ou même 500 000 personnes réunies en un seul jour suffiraient à inquiéter Macron et son système. On a bien vu que psychologiquement les choses ont évolué dans les têtes. Inutile de rappeler l’échec cinglant des grandes manifestations contre la réforme des retraites entreprise par Sarkozy et Fillon.

Un million, ce serait sans doute autre chose. Car un seuil psychologique serait atteint pouvant déclencher une réaction en chaîne incontrôlable et en tout cas de nature à faire vaciller tout pouvoir. C’est d’ailleurs, paraît-il, ce que disait le Président Mitterrand. Sans doute après que lui-même ait « vacillé » devant cette réalité à la suite de la manifestation en défense de l’école libre, en 1983.

Un million, ce serait tout autre chose surtout si ce mouvement de masse se trouvait couplé à un combat social plus rugueux : grève générale et blocage de l’économie du pays !

Jean-Luc, en homme d’État responsable, soucieux de ne pas nous exposer à une répression féroce de la part du pouvoir, tu marches sur des oeufs. Et on doit t’en être reconnaissant. Je le suis pour ma part.

Pour autant, tu dois faire plus à mon sens. Et quand je dis « à mon sens », je sais bien, sans être le porte-parole de personne, que nous sommes des milliers, des centaines de milliers, et peut-être plus encore, à vouloir que tu t’engages plus avant, sans seulement t’en remettre au verdict populaire à l’occasion des prochaines séquences électorales. Hier, tu as dit ceci : « Au bout de la rue, souvent, il y a les élections ».

Oui, en effet, et compte sur nous pour te soutenir une nouvelle fois si l’occasion se présente. Mais cela ne saurait suffire.

Parce que d’une part, nous avons vu les nombreuses irrégularités constatées lors des opérations électorales du 1er tour et elles furent tellement massives qu’elles sont de nature à avoir vicié l’authenticité du scrutin. Je regrette d’ailleurs qu’aucune action sérieuse n’ait été entreprise en justice pour les faire reconnaître et aboutir à l’annulation pure et simple du premier tour.

Et parce que d’autre part, nous ne saurions attendre 2022, ou même une date antérieure si la prochaine élection présidentielle devait être anticipée pour quelque raison que ce soit. C’est aujourd’hui et maintenant que nous devons agir et pousser fort le mouvement social.

Jean-Luc, depuis des années, tu as toujours soutenu les syndicats mais tu as toujours voulu rester à distance, marquant bien – et respectant – le rôle de chacun.

Aujourd’hui, il me semble que ce cloisonnement étanche ne peut plus durer et que, au regard de ta notoriété, de la puissance de ton verbe, et de l’audience qui est la tienne, tu dois t’impliquer personnellement dans la bataille, pas seulement à côté, mais au sein même du « chaudron ». Il me semble que c’est ce que te demandait Philippe Poutou dans l’échange précité.

Et puisqu’il me paraît illusoire d’attendre un hypothétique rassemblement des forces syndicales – nous ne saurions attendre des mois qu’il advienne, si tant est qu’il puisse advenir, ce pour quoi j’ai les plus gros doutes – c’est avec le Front Social, et par exemple son porte-parole Mickael Wamen, que tu dois agir.

Et, Mickaël Wamen, je pense que toi aussi tu as acquis, hier par ton action au sein de la CGT Goodyear, aujourd’hui par ton rôle au sein du Front Social et tes prises de position, une influence telle que tu es devenu le porte-parole d’une multitude de gens de la base qui ne se trouvent aucun représentant dans les syndicats.

En outre, il y a une logique, une cohérence supplémentaire à lancer un appel commun France insoumise – Front social sans pour autant qu’aucune des deux forces ne soit liée à l’autre, sans que jamais l’autonomie de l’une par rapport à l’autre ne puisse être contestée d’une quelconque façon.

La France insoumise que, Jean-Luc, tu as contribué à faire naître est un mouvement souverain, autonome des partis.

Et le Front Social que tu représentes, Mickaël Wamen, est également, en parallèle, sur la scène de l’action sociale, un collectif de bonnes volontés, un mouvement souverain, autonome des syndicats (et bien sûr des partis ou même des mouvements politiques). Il a été créé pour les dépasser, les déborder et rassembler très largement les travailleurs sans qu’une « chapelle » tire la couverture à elle et ne soit davantage guidée par des objectifs d’intérêt particulier.

Dans le Front Social, il y a donc, selon moi, le même esprit, la même logique, les mêmes aspirations d’action pour le terrain social, que dans la France insoumise pour ce qui est du combat politique.

Jean-Luc Mélenchon et Mickael Wamen, chacun dans votre rôle mais ENSEMBLE, si vous lanciez un appel commun, vous donneriez à cet appel une force de frappe sans nul doute exceptionnelle. Et vous offririez au peuple une occasion majeure de se rassembler !

Merci de l’attention que vous porterez à ce souhait, cher Jean-Luc, cher Mickaël.

 

Place au peuple !