Le solitaire – Par Baloo

Tous les matins j’débarque sur Paname, j’viens de Juvisy par la nationale.
J’fais partie de tout ce flot de banlieusards qui se déverse sur la capitale
En train, en voiture ou en moto comme moi sur mon 700 Deauville.

Zombies apathiques ou foule qui file, tout s’mélange dans cette mégaville.
Pour le boulot, pour la balade, ça court dans tous les sens, ça gesticule,
Ca grimpe, ça cavale, ça gueule et ça se bouscule.

C’est dans ce Paris et ses environs que tous les jours je tisse ma toile
A la façon d’un spidermale, d’un coursier solitaire qui a la moelle
Pour livrer des sapes, des logiciels, de la bouffe ou des cadeaux futiles,
Je trace ma route, je slalome, j’me faufile dans ce monde hostile
Où le serial caramboleur se cache aussi bien derrière une meuf banale
Que derrière un déménageur au physique de Chabal.

Le danger vient aussi des vieux , tellement vieux qu’on dirait des fossiles.
Avec eux c’est la loterie , tu joues ta vie à face ou pile,
Et je ne te parle pas de tous ceux qui roulent comme des narvals
Et qui finissent à l’hôpital, coupable de choc frontal et de dégât collatéral.

Y a aussi les condés qui conduisent comme des branques vers les Halles
Pour serrer deux trous d’balles qui déboulent boulevard de Sébastopol.
Tu vois des spectacles étranges sortis tout droit d’la série X Files.
Tu débarques dans un monde parallèle de came et d’alcool
Où se côtoie une faune hétéroclite et marginale
Qui pour un geste, un mot, une cigarette peut partir direct en free style.

Tu découvres toute la solitude dans cette déchéance intégrale
Etalée au grand jour devant des passants passifs et incrédules.
C’est rare de voir de la compassion face à cette population bancale
Qui vit sur le bitume, la galère au quotidien de l’aube au crépuscule.
Errants atypiques ou foule sale qui dérange, qui se saoule, qui coule.
Pour une pièce ou un peu de chaleur humaine, assis sur le sol
Ils attendent sans espoir, ils dérivent et finalement capitulent.

Face à tout ce tumulte, à cette violence et face à ce désespoir actuel,
Je rêve que je suis funambule, je me réfugie dans le ciel sur mon fil
Pour fuir ces agressions perpétuelles, cette misère, ces conflits stériles.
Mon impuissance à réagir me donne la nausée, c’est mortel.

Je déteste ma résignation face à cette société individualiste.
Comment combattre pour faire changer ces mentalités égoïstes ?
Comment combattre le sentiment d’être inutile, impuissant ?
Peut-être oser et devenir enfin vivant,
Lutter sur la scène de la vie et être présent,
Sortir de sa bulle et aller vers les gens.
Oser les mots et les gestes et donner à sa vie un sens.
Se donner le droit à l’erreur et risquer quelques errances.

Ca fait bizarre de se regarder sincèrement dans la glace
De faire le point et d’essayer de trouver enfin sa place.
Alors j’vais reprendre la route et entrer en résistance.
Peu importe si j’me loupe, j’n’ai pas dit que j’allais tout réussir
Mais j’veux plus passer à côtés des gens, j’veux positiver l’avenir,
Et avec mes moyens, lutter contre ce cancer qu’est l’indifférence.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s