Billet d’humeur à propos d’une toute petite partie – mais ô combien importante – du texte proposé par la direction du P.C.F.

Voici la réaction d’un militant du P.G. et du Front de Gauche qui est aussi un citoyen exigeant, face à quelques lignes plus que maladroites et inopportunes du texte proposé par la direction du P.C.F. en vue du 36ème congrès de ce parti.

Vendredi soir, 19 octobre, j’ai découvert une partie du texte que la direction du P.C.F. a rendu public en vue du prochain congrès du P.C.F.

Pour parler à titre purement personnel, j’ai été estomaqué, écoeuré et même très en colère devant les quelques lignes que j’ai entendues. Ce dimanche, j’ai lu le texte intégral de ce projet et finalement je pourrais presque le signer si j’étais communiste adhérent. Tout est bien sûr dans le « presque »… !

Lorsque j’ai entrepris la lecture de cette contribution, je pensais – et espérais – être rassuré quant à mes inquiétudes car je ne pouvais croire à ce qui semblait avoir été dit. J’escomptais avoir mal compris, l’esprit embrumé sans doute par une semaine de travail et un manque de repos et la tête encore à certains débats au sein du P.G. lors du Conseil national des 13 et 14 octobre. Et de fait, pendant vingt-huit pages, je fus rassuré. Ce que je lisais correspondait à mon sentiment, à mon état d’esprit, au diagnostic que je fais et aux projets que je caresse. Jusque là je me disais qu’il n’y avait qu’une séparation formelle entre nous et que je pourrais même être choisir de venir au P.C.F. si je n’étais pas déjà au P.G. Je rassure cependant mes camarades, je n’ai aucun projet de quitter mon parti…

C’est en arrivant à la page 29 du projet porté par la direction du P.C.F. que j’ai reconnu ce que j’avais ouï vendredi et qui m’avait tant courroucé. Je réalise, ce dimanche, que j’avais bien entendu, alors j’ai relu calmement ce paragraphe. Au final, je dois me rendre à l’évidence, j’avais raison de m’énerver. Ce paragraphe m’interpelle et me pose problème car il laisse entendre assez clairement, sans toutefois aller jusqu’à oser le dire expressément, ce qui sème la confusion – que l’on doit s’allier au P.S. pour faire battre la droite et l’extrême-droite. Pour ce qui est du F.N., on l’a toujours fait alors à quoi bon tartiner là-dessus ?

Pour ce qui est de la droite en revanche, je ne pense pas judicieux de nous appeler à la même discipline. Je vais y revenir dans quelques lignes.

Je crains fort en effet qu’au regard des premières lignes de ce paragraphe, cette invitation en forme de supplique n’ait pour objet de nous faire plutôt accepter autre chose de tout à fait indigeste et que nous vomissons, aujourd’hui plus encore qu’hier et sans doute bien moins que demain !

Oui, ces quelques lignes alambiquées semblent appeler à une alliance avec le P.S. dès le 1er tour, ou, au pire, au second, pour les prochaines Municipales et autres élections locales à venir (Cantonales et Régionales). Si c’est réellement cela qu’il faut « lire » entre ces lignes, alors il va y avoir un très fort tangage, au P.C.F. même et aussi très au-delà. Je n’imagine pas le P.G. accepter pareil projet. Et je ne suis pas le seul à penser ainsi, le dernier C.N. en témoigne ! Quant à croire à la possibilité de voir les autres forces du Front de Gauche, à savoir la Gauche Unitaire animée notamment par Christian Piquet, la Gauche anticapitaliste qui a récemment rejoint le Front de Gauche, la FASE avec Clémentine Autain, Convergences et Alternative qu’anime entre autres Danielle Obono, se plier à ce genre de perspective, c’est se mettre le doigt dans l’oeil jusqu’au coude !

Enfin tous ceux qui attendent tant de nous, tous ceux qui nous ont rejoint par milliers au P.G. et au P.C.F. et tous ceux qui vont nous rejoindre dans les semaines à venir, ne tolèreraient pas ce genre de sabordage général.

Je veux croire que la direction du PC.F. qui a écrit un bon texte n’a pas voulu se tirer ainsi une balle dans le pied en le terminant d’une si lamentable façon. Tout ça pour ça ? Tant de combats si fructueux menés depuis quatre ans pour revenir subitement à une logique mortifère du sauve-qui-peut ? Non, rassurez-moi, j’ai mal compris ? Vous ne vouliez pas cela ? Vous avez mal exprimé votre pensée ?

Je peux comprendre que ça ou là, de manière exceptionnelle ou, à tout le moins, disons très rare, on puisse trouver un accord de gouvernement local avec le P.S. mais cela suppose la réunion de trois conditions au moins :

1°/ que le projet commun soit suffisamment « dense » s’agissant de ce qui nous est le plus important : la question de la justice fiscale, la question de la démocratie (via le prisme du mode de décision et celui de la participation des citoyens à celle-ci), la question des services publics, la question de la planification écologique appliquée au plan local… Certes je suis conscient que nous pourrons devoir faire des compromis et qu’on ne pourra pas forcément exiger l’intégration de 100% de notre projet dans le projet commun si nous ne sommes pas en situation de fixer nous-mêmes les règles de l’accord entre nous. Tout dépendra du rapport de forces mais compromis ne signifie pas compromission. Ce ne sont pas que des mots. Il y a un sens à chacun d’eux et des conséquences en découlent…

2°/ que le nouveau pouvoir local, que nous contribuerions ainsi largement à mettre en place, nous donne des gages concrets de sa bonne volonté à ne pas torpiller, une fois installé, les engagements politiques qu’il a pris vis-à-vis de nous et donc vis-à-vis du peuple. J’entends par là des mesures contraignantes, ayant des effets juridiques. Nous ne tolérerons plus de nous faire rouler dans la farine comme si souvent ce fut le cas, ou comme les Verts en ont encore récemment fait les frais…

3°/ que le nouveau pouvoir, que nous contribuerions ainsi largement à mettre en place, soit partagé équitablement, je n’ose dire paritairement, entre eux et nous. Il ne s’agit pas ici d’ « avoir des postes », des « honneurs ou des avantages, mais des responsabilités au sein de ce nouveau pouvoir afin de mettre en oeuvre ce pour quoi on aura été élu. Il ne saurait être question pour nous de n’accepter que des rôles de second ordre voire de troisième catégorie… Pour filer la métaphore footballistique, nous jouons en ligue des champions, pas en 3ème division !

Si ces trois conditions cumulatives sont réunies, alors oui, pourquoi ne pas envisager une telle alliance pour barrer la route au F.N. ou pour mettre en oeuvre un projet vraiment alternatif. Mais d’une part, je le répète, ce ne peut être qu’une option ponctuelle justifiée par des circonstances locales la légitimant. En aucun cas, nous ne saurions adopter une ligne générale de cet acabit. D’autre part, la seule menace de voir la droite « prendre » une mairie, un conseil général ou un conseil régional ne saurait suffire à nous convaincre. Certes nous savons faire la différence entre gauche et droite de même que nous savons la faire entre droite et extrême droite… Sauf que…

* Depuis quelques années, la droite et l’extrême droite tendent à se confondre sur presque tous les sujets. Le RPR de Chirac et l’UDF de Giscard puis de Bayrou, ce n’était pas l’extrême-droite. Nous pouvions les considérer comme nos adversaires, ils n’en étaient pas moins, la plupart du temps et à quelques personnalités ou décisions près, des Républicains. L’UMP a amorcé une nette évolution quand Sarkozy s’en est emparé et son exercice du pouvoir, qu’il soit ministre de l’Intérieur ou Président de la République, a transformé la droite républicaine en droite extrême faisant presque la jonction avec le F.N. Cette dernière interviendra bientôt d’ailleurs, ce n’est qu’une question de semaines, de mois tout au plus !

 * Depuis quelques années le PS et la droite tendent à se ressembler (je n’ai pas dit à se confondre). Mais cette ressemblance est telle qu’il est délicat de trouver des différences sérieuses. Oh certes, parfois le discours est plus à gauche au P.S. qu’à l’U.M.P. et l’U.M.P. tend à jouer son rôle d’opposant virulent donnant ainsi au P.S., par ricochet, des raisons de se prétendre de gauche. Mais quiconque ouvre les yeux et analyse les actes du P.S., réalise bien vite que les paroles n’engagent que ceux qui veulent y croire…Sur presque tous les sujets, on assiste à un alignement pur et simple du P.S. sur la droite ce qui, par ricochet, contribue à ce que la droite n’a plus besoin d’être « républicaine » et « sociale » puisque ce créneau se trouve occupé par le P.S. Du coup, elle court de plus en plus vite vers le F.N.

Certains en doutent encore. Ils refusent de croire que c’est réellement ce qui se passe mais pourtant la scène n’est pas dissimulée. Elle se joue publiquement, devant nos yeux ébahis. Car sans être vraiment étonnés, on peut toutefois être surpris de la facilité avec laquelle le P.S. se mue dans ses nouveaux habits de père la rigueur, en économie comme eu égard à l’ordre public…

Alors faire gagner « la gauche » contre « la droite » ? A quoi bon aujourd’hui si « la gauche » est le P.S. et « la droite » l’U.M.P. ? Je ne reprendrai pas les formules qui ne sont pas les nôtres assimilant ces deux forces politiques mais par contre je paraphraserai une formule bien connue en n’en remplaçant qu’un seul terme, celui de «divisions» : P.S. – U.M.P. combien de différences ?

Non, camarades de la direction du P.C.F., après ce que vous avez fait depuis quatre ans à nos côtés, après l’Histoire de votre mouvement, après ce texte, vous ne pouvez pas espérer de nous que nous acceptions une telle opération d’auto-destruction. Pour sauver quelques élu-e-s par le biais d’une alliance devenue clairement contre-nature, vous risquez de tout perdre et de nous faire perdre avec vous ce que nous avons tous gagné de confiance. Vous dîtes vouloir renforcer le PCF et vous avez raison de le vouloir. Vous affirmez avoir pour objectif de faire grandir le Front de Gauche et le mouvement populaire contre le capitalisme et nous sommes avec vous dans ce combat. Mais quelle déconvenue devant le moyen que vous proposez !

Vous êtes devenu-e-s fous ? Vous rappelez-vous la phrase de Winston Churchill dans sa lettre à Chamberlain, le Premier ministre britannique, après les scélérats Accords de Munich ?

« Vous aviez à choisir entre la guerre et le déshonneur ; vous avez choisi le déshonneur et vous aurez la guerre  ». Ou celle d’un autre politique beaucoup moins grand que le précédent, un certain Michel Noir du RPR des années 80 et 90 : « Il vaut mieux perdre une élection que son âme  ».

Je ne peux plus qu’espérer un mouvement de votre part pour remplacer ce paragraphe, scélérat lui aussi, par un autre qui corresponde à ce que nous sommes vous et nous et à ce que nous portons vous et nous…

Sinon une autre contribution intitulée « Combattre l’austérité, en finir avec le capitalisme » pourrait venir vous faire la leçon…

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