Réponse à l’article sur la participation gaullienne de Luc Bouchinet de DLR, du 22-12-2012

L’article de Luc Bouchinet auquel je réponds dans le billet ci-dessous, est accessible ici :

https://vivelasixiemerepublique.wordpress.com/2012/12/18/la-participation-une-ambition-sociale-et-morale-gaullienne-par-luc-bouchinet

Voici un article très intéressant pour le Républicain que je suis. Tellement intéressant, tellement raisonnant aussi à mes oreilles, à mon esprit au regard de l’époque que nous vivons, que j’ai décidé d’y répondre.

Bien que je sois un militant du Parti de Gauche (depuis près de quatre ans), ou plutôt peut-être même, paradoxalement, parce que je suis un militant du Parti de Gauche, je me retrouve dans l’essentiel de ce texte. À quelques nuances plus ou moins importantes près que je vais présenter plus loin…

Il ne me surprend pas de constater de telles convergences  entre les « Gaullistes », j’entends les vrais, pas les guignols actuels de l’UMP qui osent encore, pour certains tout du moins, se dire « gaullistes » et qui sont parfois définis comme tels par les médias. Ce n’est pas aux fossoyeurs du gaullisme que furent les principaux leaders du RPR des années 90 (Philippe SÉGUIN et deux ou trois autres mis à part évidemment) que je pense. Ce n’est pas aux traîtres du gaullisme que sont les leaders de l’UMP des années 2000 que je pense. Non, je parle bien des gaullistes authentiques, ceux de Debout La République, ceux qui ont choisi de suivre et de soutenir Nicolas DUPONT-AIGNAN. Je pense aux gaullistes du type de ceux qui, à l’instar de Laurent PINSOLLE, savent être modernes tout en étant gaullistes car seuls les ignorants croient que ces deux termes sont antinomiques. C’est à ceux qui savent aimer et défendre la nation française sans haïr les autres, dans l’esprit de cette belle plume d’Ernest RENAN qui expliquait que « le patriotisme était l’amour des siens quand le nationalisme était la haine des autres » que je pense… Ces gaullistes-là, je les lis, je les suis, avec intérêt, et je ne cesse pas de constater de nombreuses convergences. Ce qui ne signifie pas que je me définisse comme gaulliste, même pas comme « gaulliste de gauche » car il existe aussi bien sûr pas mal de sujets de divergences, de points de désaccord, de terrains de mésentente. Ceux-ci sont suffisants pour écarter l’étiquette « gaulliste » pour me présenter. Ce qui ne signifie pas non plus que j’hésite entre deux orientations politiques. J’ai fait mon choix il y a des années et jamais je n’ai eu, depuis quatre ans, de raison d’en avoir honte ou de vouloir me déjuger. Si j’ai choisi le PG, ce n’est pas par caprice ou par humeur d’un jour mais suite à une longue et intense réflexion nourrie de bien des lectures. Mais on peut être déterminé, sûr de ses choix, bien en phase avec soi-même si j’ose dire, et être également ouvert aux autres, curieux de ce qui se dit ailleurs, voire intéressé par les discours et les actes de ceux qui se rapprochent de nous quand bien même ils ne font pas partie de nos alliés politiques… Ca a toujours été mon état d’esprit et ça le restera.

Donc, sans aller jusqu’à dire que les désaccords entre vous et moi, sont anecdotiques ou sans importance, je suis très souvent heureux de constater que sur ce qui est le plus fondamental à mes yeux, eh bien, nous ne sommes pas si éloignés les uns des autres que cela. Je dis « nous » mais ce n’est qu’une façon de parler car je n’engage personne d’autre que moi quand je parle et que j’écris. Je suis du PG mais mon parti ne saurait se trouver engagé d’une quelconque manière par mes « amitiés », mes affinités, mes proximités philosophiques, idéologiques, politiques. Je suis un citoyen libre et je parle comme j’écris en cette qualité. Libre et engagé, ce qui n’est pas antinomique.

Je ne suis pas « gaulliste » dans la mesure où je suis politiquement épanoui au sein du Parti de Gauche. Il n’en demeure pas moins que je conserve un profond respect envers la personne et l’œuvre du Général. Ce respect ne m’empêche pas de critiquer une partie de son œuvre dans laquelle je ne me retrouve pas ou ne me retrouve plus maintenant que j’ai goûté à d’autres plaisirs (je pense par exemple, mais pas exclusivement, à la question des institutions de notre République). Mais bien que je sache faire preuve de sens critique à l’encontre de cette auguste personne de notre Histoire, je lui conserve, une certaine admiration. Pour ce qu’il a apporté à notre pays et pour la manière, noble, qui fut la sienne d’exercer le pouvoir.

Oui, il ne fut pas pour rien, même s’il ne fut pas le seul, à contribuer à sauver l’honneur de la France et de notre peuple, à lui maintenir – ou plutôt à lui restaurer – sa place et son rang dans l’Histoire, à lui rendre son indépendance et sa souveraineté d’abord, à la maintenir ensuite, face à tous nos adversaires qui auraient tant voulu voir la France devenir durablement – pour ne pas dire définitivement – vassale d’autres puissances. Il ne fut pas pour rien non plus, même s’il ne fut pas le seul, à participer au « redressement » de notre pays d’abord, à faire de lui une grande puissance ensuite, et même, à le faire, par certains aspects, l’égal des plus grands. Comment ne pas nous souvenir, en ces temps qui perdurent depuis trois décennies où la « crise » est devenue une caractéristique permanente de notre vie économique, sociale, politique, morale… que, lorsque DE GAULLE fut Président de la République française, la France connut un essor remarquable et retrouva un prestige peut-être inégalé, et ce en quelques années à peine. Comme le dit celui que je peux qualifier de « camarade » sans le connaître personnellement, à savoir Jacques GÉNÉREUX, l’économiste-anthropologue du Parti de Gauche (mais qui a une autorité dépassant très largement les frontières de ce mouvement politique) NOUS ON PEUT ! Et quand il dit cela, il signifie bien sûr que NOUS, le Parti de Gauche, NOUS, le Front de Gauche, nous pouvons, mais ces propos ont une portée bien supérieure car il dit aussi en même temps que NOUS, le peuple français, nous pouvons car nous avons déjà montré au monde que nous pouvions…sous les années DE GAULLE notamment, et parce que NOUS LE VOULONS! Le sous-titre de son livre était « Pourquoi et comment un pays peut toujours faire ce qu’il veut face aux marchés, face aux banques, face aux crises, face à la BCE, face au FMI… ». Le Général ne dirait pas autre chose aujourd’hui, et d’ailleurs n’a pas dit autre chose hier quand lui était à la tête de notre pays… « La politique de la France ne se fait pas à la corbeille », ce célébrissime extrait d’une de ses conférences « à » la presse, illustre à peu de mots toute cette indépendance d’esprit et de politique quand tant d’autres se couchent sans combattre, soit que la soumission constitue une des caractéristiques de leur patrimoine génétique, soit que les volontés de nos ennemis ne les servent que trop bien eux-mêmes…

Outre ce profond respect, dont je parlais plus haut, en raison de son oeuvre, je le respecte aussi du fait de l’honorabilité de sa conduite, de sa tenue en public, quand, en son temps déjà, tant de ses contemporains, mais surtout, depuis sa disparition, tant de ses successeurs ou de ceux qui aspirent à le devenir, ne sont que de vulgaires arrivistes, intéressés personnellement au « gâteau » politique, peu estimables pour certains, méprisables pour d’autres, « des politiciens au rencart qui ne pèsent pas plus que leur poids qui n’est pas lourd » comme il le dit lui-même à l’occasion d’un de ses discours  les plus enflammés!  Sur le premier aspect de ce sujet, me vient à l’esprit ce que l’on sait par exemple quant aux dépenses personnelles de la Présidence de la République. Quand un DE GAULLE payait lui-même, sur ses ressources personnelles, certains frais de fonctionnement, certains de ses successeurs à moins que ce ne soit tous, se gobergent très chèrement aux frais de la République. Quand au second aspect de ce sujet, on pourra constater à quel point on a dévissé lorsqu’on regarde un DE GAULLE puis un CHIRAC en tenue d’Adam au fort de Brégançon ou un SARKOZY au salon de l’agriculture, sur la dalle d’Argenteuil, à la tribune du Congrès des États-Unis ou dans la datcha de POUTINE… En cherchant bien, je trouverais sans doute sans trop de peine, de nouveaux exemples relatifs au Président actuel.

Ce qui va suivre est une contribution, toute personnelle, d’un militant de base de la Gauche, qui n’en a pas moins, chevillée au corps comme vous, l’amour de sa « patrie républicaine » comme le dit Jean-Luc MÉLENCHON. Je suis aussi internationaliste sans que cela ne me fasse « désaimer » la nation française…

nfin, je ne suis pas « communiste ». Peut-être parce que je « n’ai pas eu la chance d’avoir des parents communistes » ( :-D). Mais si je crois connaître et comprendre l’Histoire, je ne vois pas le PCF aujourd’hui, et plus largement le « communisme », comme des forces dangereuses. Bien au contraire. Là encore, avec des yeux ouverts, de l’honnêteté intellectuelle et une intelligence politique, on ne peut pas assimiler les drames historiques qu’ont porté ailleurs ce que l’on a appelé, bien à tort, les expériences du « communisme ». Ces expériences tragiques-là étaient aussi éloignées du communisme philosophique, qui n’était qu’un humanisme, que le néo-libéralisme de notre temps est éloigné de l’essence même du libéralisme philosophique. Je ne suis donc pas communiste. Pourtant, je regarde le communisme avec bienveillance, avec intérêt, avec inspiration. Et à quelques exceptions près, je regarde les communistes de ce 21ème siècle comme de vrais humanistes, pas comme de potentiels fossoyeurs de la liberté et des droits de l’Homme. Je ne suis en rien dérangé par le fait que PG et PCF travaillent ensemble alors même qu’on nous reproche parfois d’avoir œuvré pour créer puis développer ce rassemblement des forces de la Gauche anticapitaliste. Au-delà de nos divergences, nous avons un objectif commun et bien des voies pour y parvenir se réunissent. Connaissant les communistes du terrain pour les avoir rencontrés et pour avoir milité avec eux, à Nice notamment, je sais que, à quelques rares exceptions près, ce sont d’ardents patriotes, d’ardents républicains, d’ardents démocrates, d’ardents « partageux ». Il n’y a rien à craindre d’eux…à part pour les « casseurs de France », à part pour les « charognards » qui se nourrissent et se repaissent des malheurs de la France, à part pour les exilés fiscaux qui, après avoir fait leur richesse grâce à nous, s’en vont mettre « notre » argent devenu le leur dans des lieux où il ne nous est plus accessible. Il n’y a rien à craindre d’eux, à part pour les destructeurs de services publics, à part pour les « diviseurs de peuple » ! Si, en son temps, gaullistes et communistes ont travaillé ensemble, ce n’est pas QUE le fruit de l’Histoire… C’est parce que, au-delà de leurs différences, ils avaient beaucoup de positions communes et celles-ci étaient d’autant plus éclatantes qu’elles s’opposaient à celles de tous les autres, qui étaient eux aussi ensemble mais ensemble contre la France. Rappelons-nous qu’en 1940, si, comme l’écrivit Henri AMOUROUX, « 40 millions de Français étaient pétainistes », ce chiffre englobait tous les corps constitués, toutes les institutions, tous les pouvoirs de l’État, tous les symboles, tous les « établis », tous les « sachants »… Oh qu’elle était belle pour eux cette « divine surprise » de 1940….

C’est donc bien sûr ce contexte historique qui a donné la base de l’alliance entre communistes et gaullistes et qui a édifié le modèle social du CNR lequel a vécu pendant trois décennies. Et qui, sans aller dire qu’il a rendu «heureux » le peuple français, a au moins offert à celui-ci un vrai progrès, à la fois puissant, continu et partagé. Parce que, pour faire simple, tous ceux qui, en France, avaient du pouvoir sinon « le » pouvoir, et de l’influence, en 1939 et 1940, puis de 1940 à 1944, se sont corrompus et soumis à l’ennemi, et que, pour cette raison, ils ont été éjectés, à la Libération, du paysage politique, économique et social français, nous avons pu édifier, grâce au compromis qui s’est noué lors de cette libération, les bases de ce qui allait être une des gloires de notre peuple, travail inachevé qui aurait dû être parachevé dans les décennies suivantes mais qui, tout au contraire, a été peu à peu démantelé par un de ces cruels retours en arrière que l’histoire connaît de temps en temps.

Mais nous savons comment et pourquoi ces heures de gloire et de progrès ont pris fin. Nous n’ignorons plus pourquoi et comment ce modèle social est devenu cette fiction qu’il est aujourd’hui. Nous sommes conscients des raisons profondes qui sont à la base de son démantèlement. Et c’est bien parce que nous avons tout cela à l’esprit que tant d’entre-nous rêvons d’un nouveau CNR… Ou disons plutôt que tant d’entre-nous rêvons de voir renaître l’esprit du CNR et rêvons de reconstruire cette œuvre politique qui a été si cruellement frappée et si méticuleusement déconstruite.

Pour en venir au fond

La participation. Oui, incontestablement, une grande idée du Général. Sans doute même une des plus fulgurantes qu’il ait eue. Une prescience ! Une intuition géniale ! Une autre preuve que cet homme qui était déjà un géant de notre Histoire, n’était pas un politique ordinaire…

Nous pensons très souvent en fonction de nos pré-requis. Je veux dire que nos raisonnements reposent presque toujours sur notre éducation, sur ce que l’on a appris, sur ce qu’on a lu, entendu, accepté ou rejeté, digéré, recyclé, intériorisé ou au contraire évacué au gré des étapes de notre vie. Et il est préférable d’avoir été ouvert et curieux jusques et y compris aux thèses de nos adversaires, ne serait-ce que par esprit « scientifique », bien connaître pour mieux critiquer, pour cibler avec plus de précision et donc plus d’efficacité. Autant une  pensée fulgurante peut-elle s’exprimer en partie ex nihilo, autant elle ne peut vraiment être fulgurante que si elle connaît l’existant et en tire une analyse pour le dépasser ou créer du neuf. La fulgurance résulte justement de cette apparente contradiction.

DE GAULLE fut donc intellectuellement et politiquement construit, comme vous le dîtes, par ces auteurs à la fois catholiques sociaux et socialistes non marxistes. C’est bien ce qui l’amena à être un puissant théoricien et metteur en pratique de l’inaccessible 3ème voie…mais qui ne fut pas aussi inaccessible que cela quand lui-même présida aux destinées de la France.

Ceci dit, je ne me situe pas vraiment moi-même dans cette mythique 3ème voie car, inspiré notamment (largement mais pas exclusivement) de Jacques GÉNÉREUX que je citais plus haut, je crois, avec lui, à l’indispensable rejet du capitalisme et de l’étatisme bureaucratique, mais aussi au nécessaire dépassement de cette 3ème voie pour rechercher une 4ème voie, ce qu’il appelle lui-même la voie du progrès humain et qu’il a si brillamment développé dans sa trilogie littéraire : La Dissociété – L’Autre  Société – La Grande Régression-À la recherche du progrès humain.

Vous écrivez que DE GAULLE reprochait au capitalisme et au communisme de « diviser la nation ». Nous sommes d’accord, vous et moi, sur cette fondamentale caractéristique du capitalisme. En revanche, je ne vous suis pas sur l’assimilation que vous faîtes, après lui, sur ce point entre capitalisme et communisme. Je pense même que c’est une grosse erreur que d’estimer que le communisme « entretient » la lutte des classes. La lutte des classes est un fait que DE GAULLE lui-même, et vous le rappelez, a constaté et dont il a pu dénoncer les causes et les effets. Mais affirmer que le communisme l’entretient, c’est un peu, voire beaucoup, faire reproche à la victime de se défendre un tant soit peu face à son ennemi qui la méprise après l’avoir opprimée, martyrisée, exploitée, esclavagisée… Ce n’est pas le communisme qui entretient cette lutte à son profit (j’aimerais que vous me disiez alors lequel ?), mais bien ceux qui l’organisent. Or ceux qui l’organisent justement me semblent être les capitalistes et, cette fois, c’est vraiment à leur profit à eux seuls… Vous n’ignorez sans doute pas la saillie de Warren BUFFET sur ce sujet précisément… Ce n’est pas parce qu’il l’a dit que c’est vrai mais tout le monde voit bien que ce qu’il a dit est vrai et il a eu, lui, l’honnêteté de reconnaître qu’ « il y a bien une lutte des classes » et que « c’est la sienne, celle des riches et des puissants, qui est en train de la gagner »…

Vous dîtes, comme DE GAULLE, que ce concept est « dépassé ». Il a pu l’être en son temps car l’économie qui était alors celle de la France et de bien d’autres pays d’Europe et du monde, était une économie capitaliste largement tempérée de « socialisme ». Certains pouvaient alors dire qu’on bénéficiait des apports fructueux à la fois du libéralisme et du communisme, le tout mixé dans un système qui en aurait fait la synthèse… HOLLANDE faisait-il alors ses armes idéologiques avec sa chère synthèse? Non, je plaisante évidemment… Moi-même, je ne suis pas loin de penser que cette période dite des Trente Glorieuses exprimait assez bien ce compromis ou cette synthèse entre deux forces philosophiques et politiques contraires. Nous avons connu alors un vrai progrès continu et partagé si j’ose dire.

Mais il ne vous aura pas échappé que les temps ont changé ! Ce que nous vivons aujourd’hui, depuis presque trois décennies, a changé de sens et les analyses d’alors ne sont plus valables pour qualifier « notre aujourd’hui ». La lutte des classes qui avait été, sinon enterrée, du moins très largement contenue, a repris une acuité inimaginable. Ce n’est pas le peuple, ce n’est pas la « classe laborieuse » qui l’a fait renaître, c’est bel et bien la classe dominante qui a décidé de sortir de la case contrainte dans laquelle l’Histoire des années 30 et 40 l’avait enfermée. Nous avons cru, naïvement, que cela perdurerait. Nous avons détourné le regard de certains signes avant-coureurs de ce retour en force des capitalistes ou plutôt des pires capitalistes. Nous avons très longtemps nié ce nouveau cours de l’Histoire. Nous avons refusé de contre-braquer  pour rétablir le bon cap. Nous avons laissé, peu à peu, ces capitalistes reprendre pied partout, dans les entreprises bien sûr, mais aussi dans l’État, dans les collectivités locales, dans les medias, dans les contre-pouvoirs, dans les corps constitués d’où ils avaient été évacués avec force à la Libération suite à leurs compromissions avec l’occupant nazi. Et une fois dans la place, ils ont commencé à œuvrer pour « rétablir leurs droits » et donc à saper notre modèle social, notre démocratie, notre République. La lutte des classes est de nouveau brûlante d’actualité. Il serait idiot de le nier. En revanche, sans doute pouvons-nous être intelligents dans notre manière de réagir et dans les choix à mettre en œuvre pour « reprendre le pouvoir » et pour le rendre au peuple.

Vous dîtes ensuite que cette lutte des classes est néfaste. Évidemment qu’elle l’est puisque elle divise le corps social et que, ce faisant, elle empêche son « harmonie ». Mais au-delà de cet aspect « macropolitique » ou « macrosocial » qui est très dommageable à notre pays et à notre peuple, la lutte des classes est néfaste du fait même des souffrances individuelles immenses qu’elle entraîne. Mais est-ce la lutte des classes en elle-même qui est un danger ? Ne sont-ce pas plutôt les causes de celle-ci qui sont à mettre en accusation ? La lutte des classes est, à mes yeux, bien davantage la qualification d’un  état de fait qu’une des deux parties à la lutte subit de la part de l’autre que le nom d’un combat que chacun des deux « camps » se plairait à mener, sauf, là encore, à expliquer que le camp principalement victime de cette guerre des uns contre les autres serait coupable parce qu’il refuserait de se faire massacrer. Nous avons eu bien des martyres parmi nous au sens où tant et tant d’êtres humains ont souffert et ont succombé aux coups de nos ennemis mais il n’a pas été fréquent pour autant que ces victimes se soient offertes à l’ennemi. Même si nous avons, ça et là, des exemples de cette bravoure : des combattants qui ont marché devant et pris des coups avant de tomber sous le feu nourri de l’ennemi, afin de servir l’intérêt général, en ayant porté un peu plus loin notre parole et nos espoirs, parfois aussi nos positions.

 Donc, nous pouvons nous rejoindre peut-être sur l’idée qu’il est urgent de mettre un terme à cette lutte des classes. Mais tout dépend de savoir comment ! Et je dirais à titre de réponse, et pour filer la métaphore juridico-militaire, si et seulement si, l’armistice, puis le traité de paix entre les deux classes, se fait avec des conditions qui ne soient pas scélérates. Si les clauses de ces accords posent des règles justes, si ces clauses inscrivent dans le marbre puis se donnent les moyens juridiques de défendre la liberté, l’égalité, la fraternité, la justice, la laïcité de l’État et des institutions publiques, la souveraineté du peuple, la concorde civile, l’esprit de paix, alors oui, nous serons pléthore à signer ces accords puis à les appliquer, à les défendre. Mais si, au contraire, se trouvent insérées dans ces accords, des clauses léonines, des armes de guerre des puissants contre le peuple, alors nous ne pourrons accepter de faire taire nos armes.

Le communisme a eu cette intelligence de trouver que la meilleure voie d’une paix durable entre les classes était dans le partage, dans la justice, dans l’humanisme, dans la socialisation des richesses et des moyens de production. Car après tout, une « entreprise » est une relation tripartite entre celui ou ceux qui amènent du capital, celui ou ceux qui dirigent (et qui peuvent aussi parfois être ceux qui, en partie ou en totalité, ont apporté le capital) et ceux qui font fonctionner concrètement cette entreprise. Il n’y a donc aucune raison valable à ce que l’une de ces trois parties domine les deux autres ou plutôt que deux de ces trois parties ne s’accordent ensemble pour dominer la troisième, voire, pour le dire encore autrement – et pour bien mieux qualifier l’entreprise d’aujourd’hui, en tout cas la grande entreprise – pour que l’une des trois parties (la direction) ne soit que l’exécutant docile, discipliné, robotisé et parfois très intéressé lui-même, de celle des trois (l’apporteur de capital) qui, de loin, impose toujours plus de sacrifices et de souffrances à la troisième, la masse laborieuse qui donne vie chaque jour à cette entreprise. Les chefs nous disent que sans eux, l’entreprise ne survivrait pas. Nous disons que l’on peut très bien faire sans eux mais qu’en revanche eux ne peuvent rien faire sans nous !

Alors une forme de pensée très généralisée fait sienne la thèse selon laquelle le communisme, chaque fois et partout où il fut appliqué, s’est révélé nocif pour les droits et libertés, « omniprésent et bureaucratique, niant l’initiative individuelle » comme vous le relevez vous-même. Je ne ferai pas ici la démonstration que ces expériences tragiques n’étaient pas du « communisme » mais bien un détournement de celui-ci. Ce n’est pas parce que ces expérimentateurs de malheur ont prétendu eux-mêmes être des communistes que cela était la réalité. Ce n’est même pas parce que leurs suiveurs, leurs soutiens et leur soldatesque croyaient, de plus ou moins bonne foi,  servir la cause communiste que leurs turpitudes devenaient de facto les actes du « communisme » appliqué. Bien des auteurs ont écrit sur ce sujet, à charge et à décharge. Il n’est pas ici dans mon propos de relativiser les fautes des uns et l’aveuglement des autres. Mais de rappeler que l’essence du communisme ne réside pas dans ces expériences-là. Il est pour moi – et je m’inscris dans une longue lignée d’auteurs – aussi impropre de soutenir que le communisme, en tant que pensée philosophique, économique, politique, sociologique,  porte en lui la tragédie soviétique et toutes ses copies plus ou moins fidèles, que d’affirmer que le libéralisme tel qu’il a été pensé par les philosophes des Lumières porte en lui les drames du capitalisme.

« Le communisme rejette l’idée nationale au profit d’un internationalisme prolétarien » affirmez-vous. Je ne le crois pas. Vous confondez esprit internationaliste et rejet de l’idée nationale alors même que ces deux idées, loin de s’opposer, se conjuguent en ce sens que l’une nourrit l’autre et chacune empêche l’autre de perdre pied. L’internationalisme permet à « l’idée nationale » de ne pas dériver vers le nationalisme. L’idée nationale, pour sa part, permet à l’internationalisme de ne pas se muer en une forme de religion, sans doute très belle en ce sens qu’elle serait celle de l’être humain, mais qui ne reposerait pas sur des bases sociales autres que fictives, en tout cas de nos jours. Là encore, je vois bien plus une synthèse qu’une confrontation.

 « L’État bureaucratique et omniprésent » que vous dénoncez fut hélas une réalité et je la dénonce vivement. Mes camarades du PG également. Bien des communistes de notre temps ne sont pas les moins offensifs dans cette critique. Si vous écoutez ce que nous disons, si vous lisez ce que nous écrivons les uns et les autres, vous constaterez sans peine que nous ne visons pas à reproduire les schémas antérieurs. La « bureaucratie » n’est pas notre opium. Nous recherchons et aspirons à une démocratie pleine et entière qui s’exerce toujours et partout, dans la vie politique il va sans dire mais également dans la vie sociale, culturelle, économique. C’est par le biais de cette démocratie que l’État sera jugé digne de mettre en œuvre la force de la loi et légitime à user de la contrainte publique. Parce que dans la démocratie telle que nous la concevons, celle de la 6ème République, nous en reviendrons à ROUSSEAU. La loi sera bien, enfin !, pas seulement en théorie juridique, mais aussi dans la réalité concrète, « l’expression de la volonté générale ». Nous en reviendrons aussi à la philosophie de ces auteurs qui avaient pensé le « contrat social » sans avoir jamais vraiment pu le constater conclu dans la réalité.

« Le collectivisme nie l’initiative individuelle » dîtes-vous. Il est indéniable que vous avez raison si l’on en juge par les expériences du communisme à la soviétique. Mais, là encore, notre collectivisme à nous n’a plus grand chose à voir avec ce qu’il fut en URSS. Le Gosplan, ça n’est pas exactement notre ligne de conduite. Nous parlons d’ailleurs plutôt de socialisation pour dire que nous n’aspirons pas tant à une prise de contrôle par l’État perçu comme un « Léviathan » qu’à l’État comme un puissant outil au service de tous, géré dans l’intérêt général, sous le contrôle permanent du souverain, le peuple, seul détenteur de la légitimité, en démocratie, à fixer des règles qui s’imposent à tous, selon puissants ou misérables, pour démentir enfin à la fois et LA FONTAINE et Michel SARDOU !

Quant à l’aspect bureaucratique, il est insupportable pour le citoyen quand il s’apparente à un système technocratique froid, inhumain, inaccessible, incompréhensible pour la masse des citoyens. Il est incompréhensible quand il impose à tous des obligations, qu’il fixe des interdictions, qu’il met des situations sous le joug de normes que le peuple ne comprend pas, dont on cherche parfois l’intelligence, la pertinence, l’utilité, dont on perçoit  assez communément aussi, trop souvent, la stupidité, l’innocuité voire la nocivité. Mais quand ces règles, prescriptives ou prohibitives, répondent à un besoin commun, qu’elles ont pour objet et pour nature de satisfaire l’intérêt général, qu’elles sont conçues, adoptées, puis mises en œuvre, avec intelligence, avec souplesse ou au contraire avec fermeté lorsque c’est nécessaire, lorsqu’elles sont expliquées à tous avec la pédagogie requise, lorsqu’elles ne sont pas seulement l’outil permettant à quelques-uns d’imposer leur loi à tous les autres, alors ces règles sont utiles, indispensables même. Et le monde étant ce qu’il est, la démocratie directe au sens où elle se pratiquait dans la Grèce et dans la Rome antique, cette démocratie de l’agora, n’étant plus envisageable de nos jours, l’existence d’une bureaucratie et d’une technostructure ne peuvent être évitées. Mais celles-ci ne doivent pouvoir agir qu’en accord avec le pouvoir politique et surtout avec le peuple. Ceci entraîne un certain nombre de conséquences pratiques. Nous y reviendrons abondamment dans les temps à venir.

Il est satisfaisant de constater qu’une fraction du peuple que vous représentez et incarnez considère, comme nous, que vous avez bien conscience que « le capitalisme livre l’État aux féodalités, aux puissances d’argent », que ce système honni par DE GAULLE « ne profite qu’à un tout petit nombre détenant les moyens de production au détriment de l’intérêt général », qu’il « aliène les travailleurs et leur ôte toute dignité ». Nous ne disons pas autre chose.

Vous expliquez que la participation telle que la concevait le général DE GAULLE, en « associant les travailleurs à la marche de l’entreprise est avant tout une remise en cause du salariat tout autant que de la condition de prolétaire ». Nous voici donc très proches les uns des autres, si ce n’est dans les moyens de parvenir à un objectif, du moins dans un but commun. Il ne vous aura pas échappé en effet que dit comme vous l’avez exprimé ci-dessus, vous et nous caressons le même dessein mais divergeons sans doute sur les voies qui permettront d’atteindre cet objectif. J’aurais tendance à penser que cette divergence d’options n’a pas beaucoup d’importance quand les finalités, elles, sont partagées. Cette pensée participative que vous reprenez à votre compte, en rappelant l’apport de René CAPITANT, qui était un de ces « gaulliste de gauche », n’est peut-être finalement qu’une autre dénomination d’une politique semblable, à ceci près toutefois que lorsque vous aspirez à ce que « la collectivité des travailleurs se confonde avec celle des employeurs de telle sorte que chacun dépende, en définitive, de lui-même tout en se trouvant associé à une œuvre collective », nous souhaitons nous, non pas « confondre » les uns et les autres mais libérer, émanciper complètement, ceux qui, de tout temps, ont été les serviteurs et les exploités, quand d’autres ont été les maîtres et les exploiteurs. La nuance n’est pas anecdotique ni accessoire. Il ne s’agit pas pour nous de substituer une nouvelle oppression à une ancienne, en inversant simplement les rôles et les positions des uns et des autres, mais de faire en sorte que les puissants d’hier ne soient plus les maîtres mais seulement une des parties dont les droits en effet soient égaux à ceux des autres parties. Alors nous pourrions dire, comme vous le faîtes, que les « apporteurs de travail » auraient des droits égaux à ceux des « apporteurs de capitaux » et nous pourrions sans doute nous rassembler sur cet objectif que vous évoquez de « transformer les travailleurs en co-gestionnaires et co-propriétaires » de l’entreprise. Car lorsque nous développons l’idée selon laquelle les salarié-e-s doivent se voir reconnaître un droit de veto aux décisions du conseil d’administration, nous proposons un début de « participation ». Lorsque nous appelons à réformer les institutions sociales pour que désormais les salarié-e-s ne soient plus comme des mineurs sous tutelle de parents autoritaires, injustes, égoïstes, bien peu prévenants, nous participons de cette logique de libération et d’émancipation de l’être humain dans l’entreprise. C’est la participation mais dans une version poussée plus loin. Je ne doute pas que vous pourriez soutenir vous-même ce genre de propositions.

D’ailleurs, lorsque poursuivant votre argumentation, vous expliquez que « les mérites d’une telle organisation du travail sont nombreux puisque la participation n’ôte pas aux travailleurs le goût de se battre dans la mesure où elle consiste notamment à partager aussi bien les responsabilités que les bénéfices ou les pertes éventuelles »,  nous pouvons relever qu’il en irait de même avec notre propre logique plus radicale. Par ailleurs, je ferais remarquer que les travailleurs sont très souvent compétents dans leur domaine d’activité, qu’ils sont très souvent responsables, contrairement à ce que d’aucuns prétendent et répètent à l’envi, qu’ils ne craignent pas, lorsque c’est nécessaire, de prendre leurs responsabilités quitte à assumer eux-mêmes, collectivement, la direction de leur entreprise. Nous voyons se multiplier ces dernières années ce genre d’initiatives responsables lorsque les capitalistes se comportent, eux, en voyous irresponsables. Les exemples abondent jusque dans l’actualité la plus récente… Qui soupçonne ou accuse les travailleurs d’être irresponsables ? Qui prétend que ces derniers ne cherchent que la facilité, le confort, les situations acquises ? Qui ne cesse de dire, en contradiction avec la réalité la plus criante, que les travailleurs n’ont pas le goût de se battre ? Pas les gaullistes je le sais bien. Mais les capitalistes, toujours eux, encore et encore ce discours des bien nés, des gavés, des repus, de ceux qui, selon la formule de BEAUMARCHAIS dans sa jouissante et insolentissime pièce Le Mariage de Figaro, « s’étaient donné la peine de naître » sans avoir aucun mérite à offrir. Trop souvent, on nous fait la leçon en nous expliquant, avec dédain, avec mépris, avec morgue, avec arrogance, que l’effort doit payer, que le travail mérite récompense, que ceux qui gagnent beaucoup ont beaucoup travaillé. Mais ces principes-là ne valent toujours que dans un seul sens. De qui se moque-t-on ? Lorsqu’il s’agit de récompenser par millions, voire par dizaines ou centaines de millions annuels, les quelques-uns qui ont « bien » dirigé une entreprise, qu’ils lui ont fait gagner beaucoup, il est légitime de les récompenser à la hauteur de ces gains. Voilà le discours bien connu. Or ce discours-là souffre de deux défauts rédhibitoires :

–          d’une part, seuls ceux d’en haut touchent, en pratique, les « fruits » de leur « travail ». Ceux d’en bas, comme d’ailleurs ceux « du milieu » n’en voient jamais, ne serait-ce que la couleur. Pourquoi donc ? Qu’est-ce qui justifie que le travail des uns soit récompensé et pas celui des autres ?  Nous le savons. C’est que ceux d’en haut ne sont pas tant récompensés pour leur « travail » ou pour leurs « efforts » que pour l’argent qu’ils ont fait gagner à « l’entreprise » comme ils disent. Mais, ce n’est pas l’entreprise qui a, dans leur pratique, gagné de l’argent, beaucoup d’argent, mais les actionnaires et patrons seuls. Les salarié-e-s n’ont jamais, ou si peu souvent, trouvé dans leur rémunération une quote-part de leurs propres efforts, de leur propre travail, ou infinitésimale. Des miettes microscopiques pour la masse quand ceux d’en haut obtiennent plusieurs très gros gâteaux. Il y a donc tromperie sur les mots et escroquerie sur la répartition de ces fruits pourtant si murs.

 –          D’autre part, la question mérite d’être posée de savoir d’où vient cet argent qui coule à très très gros flots ? Vient-il exclusivement du « travail » et des « efforts » de quelques-uns ? Ne vient-il pas du « travail » et des « efforts » de tous ? Par ailleurs, cet argent n’est-il que le résultat du « travail » et des « efforts » de l’entreprise pour se développer, pour « vendre plus » ? Ne vient-il pas aussi, largement des allègements massifs des impôts sur les sociétés, de la multiplication des aides financières et des avantages fiscaux de toute nature que l’État a concédés, ces dernières années, aux grandes entreprises ? N’a-t-il pas aussi pour source principale la réduction massive de la masse salariale ? Poser la question, c’est déjà y répondre dirait l’autre…

Pour revenir à votre texte, je suis assez étonné de lire chez vous ces clichés sur le communisme, qui serait « à l’état de ruine, délaissé par les ouvriers, ne survivant que par le vote de bobos en mal d’excitations ». Il semble là que vous vous êtes laissé allé à reprendre, sans avoir vérifié la justesse du propos, des accusations sans fondement de la « bulle », d’une certaine droite et de la pensée unique des puissants. Non, je suis au regret de vous dire que vous vous égarez. Le communisme, français tout au moins, n’est pas en ruine. Bien au contraire ! Il renaît. Il est même en plein développement comme en témoigne la vigueur du PCF depuis quelques mois. Revigoré en partie par le score de Jean-Luc MÉLENCHON candidat à l’élection présidentielle au nom du Front de Gauche avec le soutien du PCF mais renforcé aussi par son cheminement dans le Front de Gauche et par son afflux de nouveaux militants par dizaines de milliers, jeunes, actifs, associatifs, il est en pleine mutation. Sans doute qu’extérieur à lui, probablement peu intéressé par son avenir, vous n’avez pas perçu ces puissantes évolutions qui se dessinent quoique, je vous le concède, elles ne soient pas encore forcément perceptibles aux yeux de tous. Mais croyez-moi et n’hésitez pas à vérifier sur pièces et sur place par vous-même, en vous instruisant sur la question, le PCF ne ressemble pas du tout à l’image que vous dressez de lui. Ou alors il fait plus que bouger encore pour un parti que vous dîtes moribond.

Non, le PCF n’est pas non plus « délaissé par les ouvriers » même si quelques-uns ont peut-être choisi de se laisser mystifier par d’autres de l’extrême-droite ou d’ailleurs. Cela s’est toujours produit. Il y a toujours eu des ouvriers, des gens du peuple, pour voter contre leurs propres intérêts. Ces gens-là existent toujours. Ils sont en partie fautifs de ne pas être assez attentifs aux réalités. Mais je veux bien également reconnaître que la Gauche en général, la Gauche que nous incarnons au Parti de Gauche et dans les différentes composantes du Front de Gauche ou de la Gauche anticapitaliste en particulier, n’avons pas toujours su leur parler ou les convaincre. Ne pensez pas pour autant que les choix d’hier ou d’aujourd’hui de cette partie du peuple ouvrier demeureront toujours les mêmes. Nous oeuvrons pour les convaincre de revenir vers nous. Nous y arriverons sans doute dans l’avenir.

Enfin, si vous ne voulez pas être accusé de proférer de grosses bêtises, ne dîtes plus que le PCF ne « survit que par le vote de bobos en mal d’excitations ».  Peut-être bien que quelques bobos, en effet, se sont donné le mot de soutenir, dans telle ou telle élection, le PCF, le NPA, LO, pour des raisons qui ne tiennent en rien à leur souhait de voir mise en œuvre la politique préconisée par ces partis. Mais si tant est que cela existe, le phénomène doit être des plus anecdotiques. Il ne saurait être tenu pour règle générale. Ce genre de discours est une manière de tenir pour inexistantes les forces qui se réclament de ces partis. C’est non seulement insultant pour elles mais en outre tellement faux ! Les militants du PCF, comme ceux du Parti de Gauche dont je suis, pourront vous dire qu’il est ridicule et totalement à côté de la plaque de soutenir de telles affirmations. Pensez par vous-même, comme vous le faîtes assez bien par ailleurs. Etudiez la question en vous abreuvant à d’autres sources que celles qui prêchent ce genre de jugements si éloignés de la réalité.

Le dernier paragraphe de votre texte conclut sur une note lucide et optimiste. Vous estimez comme nous, que le capitalisme, outre qu’il est « impuissant à méconnaître les crises » (mais ne serait-il pas lui-même une crise en soi ?) « et à se réformer », emporte des « méfaits désormais connus de tout un chacun ». Vous citez entre autres exemples « les dégâts environnementaux et l’esclavage humain » en précisant bien que vous avez pleinement conscience qu’ « il ne s’agit que de la partie émergée de l’iceberg capitaliste » et que ce capitalisme se révèle « incapable de se moraliser ». Vous en tirez la conséquence que « toutes les conditions sont désormais favorables pour que la participation s’impose comme seule alternative sérieuse au capitalisme ». Vous avez, à mon sens, à la fois raison et tort. Vous avez raison quand vous considérez que le contexte actuel est propice à un abandon du capitalisme pour toutes les raisons que vous avez dîtes, et pour bien d’autres encore que vous n’avez pas eu, dans le court texte  que vous avez publié, le loisir d’évoquer mais que vous n’en avez pas moins à l’esprit, j’en suis certain, et qui doivent très largement recouper notre propre vision de la question. À l’inverse, vous avez tort, me semble-t-il, et je le dis sans arrogance comme sans acrimonie, lorsque vous dîtes que « le communisme est une impasse ». Ou vous avez raison si par communisme, vous entendez la pratique mise en œuvre dans les pays dits communistes. Mais vous avez tort si vous voyez du communisme du type de celui-là dans le projet « L’Humain d’abord » porté par le Front de Gauche à l’élection présidentielle de 2012 et par chacune des organisations constitutives de ce front à l’heure actuelle. Oh, certes, ce projet est incomplet. Il est sans doute imparfait. Il mérite incontestablement d’être amélioré, modifié, densifié, actualisé quelque peu. Mais il reste à mes yeux et aux yeux de presque tous les militants et sympathisants du Front de gauche, une des meilleures bases de travail pour avancer dans la voie que nous nous sommes fixée. Il semble aussi être perçu comme tel par quelques 4 millions de citoyens électeurs… Et ce nombre ne va cesser d’aller croissant, vous le verrez.

Publicités

Une réflexion sur « Réponse à l’article sur la participation gaullienne de Luc Bouchinet de DLR, du 22-12-2012 »

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s