Réflexions et analyses à partir notamment du discours d’Hugo CHAVEZ à la tribune de l’AG de l’ONU le 27 septembre 2009

J’ai passé mon dimanche à retranscrire par écrit le discours de CHAVEZ prononcé à la tribune de l’assemblée générale de l’ONU le 27 septembre 2009. Voir ici :

https://vivelasixiemerepublique.wordpress.com/2009/09/27/discours-du-president-du-venezuela-hugo-chavez-a-la-tribune-de-lassemblee-generale-des-nations-unies-le-27-septembre-2009/

J’ai pris une sacrée claque dans le museau. Je n’étais pourtant plus très naïf devant l’information prémachée… Depuis 15 ans que j’étudie sur les assassinats des KENNEDY, sur les attentats de 2001, sur l’Histoire américaine, je sais à quoi m’attendre de la part des États-Unis et je ne crois plus à leurs fariboles. Etant au-delà du scepticisme, je suis parfois perçu comme un partisan de la théorie du complot. Sauf que ce n’est pas moi qui théorise le complot. Ce n’est pas ceux qui come moi pensent que bien des tragédies de notre monde résultent de plans préconçus. Le monde est souvent le terrain de jeu et de la mise en pratique des théories du complot pensées ailleurs que chez le peuple, dans les allées du pouvoir des puissances occidentales, et de la première d’entre elles en particulier.

Donc, il y a longtemps qu’on ne me la fait plus s’agissant des États-Unis, de leur arrière-cour ou de leurs terrains de jeu militaires et barbouzards.

Par contre, par paresse, ou parce que l’on ne peut pas tout étudier, je me contentais de certaines analyses et présentations s’agissant de quelques-uns de ceux que l’Empire, ses vassaux et ses zélateurs nous présentaient comme des ennemis de l’humanité… Je vais pratiquer dorénavant un doute plus acéré et une curiosité plus poussée. Cela ne signifie pas que je vais subitement les voir comme des héros de l’humanité mais au minimum, je chercherais à me documenter avant de penser que ce sont les ignobles tyrans que les Etats-Unis nous présentent. La déclaration du N°1 iranien depuis le palais présidentiel vénézuélien lors de sa visite officielle dans le pays de CHAVEZ, ne colle pas du tout – et ceci est un bel euphémisme ! – avec ce qu’on nous dit de lui. Peut-être est-il un brillant manipulateur lui aussi. Mais au minimum, cela mérite de creuser la question.   Et si CHAVEZ en a fait un ami, ce n’est sans doute pas par seul intérêt stratégique. Je ne crois pas qu’un humaniste tel que CHAVEZ puisse fermer les yeux sur les actes d’un monstre si AHMADINEJAD était vraiment ce que l’on dit de lui… Idem pour KADHAFI. Ce dernier a été l’objet d’un éloge de la part de CHAVEZ. C’est sans doute fondé sur des bases plus profondes que leur seul « antiaméricanisme ».

Quant à CHAVEZ lui-même, par ce que je suis militant du PG, je ne découvre pas aujourd’hui que ce n’était pas un ennemi de l’humanité, de la démocratie, des droits de l’Homme etc. Cela, je le savais depuis des années. Mais jamais non plus je ne m’étais vraiment intéressé à la question, ne serait-ce qu’en écoutant ou lisant ses discours. Depuis quelques jours, je comble mon retard même s’il y a encore quelques dizaines d’heures de travail en perspective… Mais ce que je peux dire en ce dimanche soir, après avoir dégrossi la question, après avoir écouté, entre autres mais en particulier le discours de CHAVEZ prononcé lors de la dernière visite du N°1 iranien à Caracas dont je parlais plus haut, et ce discours à l’AG de l’ONU, c’est que je suis sur le cul, scotché, saisi d’une forme de vertige puissant. Il y avait une certaine distance entre le respect, la bienveillance et la gratitude que j’éprouvais pour CHAVEZ jusqu’ici et le sentiment qui m’anime ce soir. L’homme, le dirigeant, le chef d’État qui s’est exprimé à ces deux occasions, n’est en rien le simple contestataire de l’ordre impérial et capitaliste. Cet homme venu du Venezuela qui a prononcé le discours précité devant l’Assemblée Générale des Nations-Unies le 27 septembre 2009, n’est pas seulement un opposant radical à l’ignominie de la politique des États-Unis et de leurs forces alliées. Il avait une intelligence politique et géostratégique peu commune. Il avait une faculté à la diplomatie assez inattendue pour celui qui était une des cibles privilégiées  de l’Empire. Il a cru, comme des dizaines, des centaines de millions de gens de par le monde que le Président OBAMA pouvait commencer à changer la donne. Il lui en a donné acte. Il l’a encouragé. Il lui a tendu la main. Ce n’est pas un despote qui se comporte ainsi.

Les références livresques qu’il a données, les auteurs et Présidents qu’il a cités, beaucoup, précisément, étant des États-Unis, le contenu concret de ce qu’il a dit et proposé, tout cela montre à quel point il n’était pas un ennemi rédhibitoire de l’Occident et des États-Unis mais seulement de ce qui est malfaisant en Occident et aux États-Unis.

Je ne peux pas imaginer que le Président qui a fait un tel discours, quand les actes concrets viennent en outre donner à ces paroles une force incomparable, puisse être perçu, fut-ce aux États-Unis, comme l’ennemi à abbatre. Et ce fut pourtant le cas. Pourquoi ?

Tout simplement parce que les gens qui sont allés juger sur pièces furent très minoritaires au plan mondial. Ce discours n’a sans doute pas eu une grande audience ailleurs que chez les inconditionnels de CHAVEZ. Parmi les Américains et les Occidentaux, combien ont cherché à connaître le personnage ? Combien se sont contentés de juger sur la foi des médias officiels ? Combien, y  compris parmi les amis de CHAVEZ, ceux qui, comme moi, comme nous, au PG et au Front de Gauche, ne le jugeaient pas malfaisant, combien savent vraiment qui il était. Combien savent, au-delà de quelques généralités, ce qui a vraiment été fait dans son pays et en Amérique Latine ?  Combien sont informés du contenu de la révolution en cours et des nouvelles formes de coopération inter-américaine ?

Mis à part les membres des oligarchies et de cette « bourgeoisie » que dénonçait CHAVEZ, mis à part les fascistes qui existent dans ces zones comme ailleurs dans le monde, mis à part les gros intérêts qui ont beaucoup à perdre de ces révolutions citoyennes, chaque homme, chaque femme, chaque famille, chaque citoyen, a intérêt à connaître cet homme, à savoir ce qu’il a rendu possible, à s’intéresser à ce qu’il a commencé à faire et à déclencher…

Pourquoi ne sont-ils pas bien plus nombreux, en-dehors du Venezuela, de l’Amérique Latine et des « ami-e-s » de la révolution, à vouloir défendre quelqu’un qui était de ceux qui font avancer l’humanité d’un pas de géant ? Pourquoi les gens ne sont-ils pas bien plus nombreux à vouloir savoir ? En raison de la chape de plomb médiatique, le « bombardement médiatique, idéologique » selon les termes de CHAVEZ lui-même, qui caractérise l’information. Alors il faut s’en libérer, s’émanciper, s’en désintoxiquer. Mais pour cela il faut avoir des ami-e-s qui vous y poussent, un intérêt qui vous y contraint ou une curiosité qui vous y appelle… Il faut aussi avoir une ouverture d’esprit de nature à ne pas refuser de voir, de lire ou d’écouter les adversaires… C’est sans doute là que le bas blesse… A ce sujet deux citations me viennent à l’esprit. Deux pensées que j’aime beaucoup et que j’ai inscrites dans mes références intellectuelles.

Une de Martin LUTHER-KING : « Ce qui m’effraie, ce n’est pas l’oppression des méchants, c’est l’indifférence des bons »

Une autre de Malcolm X : « Si vous n’êtes pas vigilants, les médias arriveront à vous faire détester les gens opprimés et aimer ceux qui les oppriment. »

Je pourrais aussi, en citer une troisième dans le même esprit quoique moins fulgurante à mes yeux. Elle est de Martin NIEMÖLLER : « Plus dangereux que le bruit des bottes, le silence des pantoufles ».

Enfin, dans la logique de celle de MALCOLM X, il y a une réplique très illustrative de la façon américaine de présenter les choses et de détruire l’image de leurs ennemis, fussent-ils des héros de l’humanité. Ce film est « Ennemi d’État » de Tony SCOTT, sorti en 2002n avec Will SMITH et Gene HACKMAN. Vous vous souvenez sans doute de cette histoire. Un avocat se retrouve malgré lui et à son insu en possession d’une vidéo montrant le meurtre politique d’un sénateur perpétré par des barbouzes au service d’un haut responsable de la NSA (National Security Agency ou Agence Nationale de Sécurité, qui est, dans la vraie vie comme une super CIA). Ceux-ci l’ayant découvert, une chasse à l’homme s’engage avec des moyens techniques de très haute technologie. Le commanditaire de ce meurtre explique à un moment donné que puisque ses hommes échouent à remettre la main rapidement sur la vidéo, le risque existe qu’elle soit rendue publique. Il faut, dit-il, qu’à cet instant, personne ne puisse croire à son authenticité et pour cela, celui qui risque de la rendre publique doit, à défaut d’avoir été mis à l’écart, être ridiculisé, discrédité aux yeux de tous.

Voici l’extrait en question :

Vous savez ce que j’ai vu ? J’ai vu des assassins être remis en liberté parce que le témoin à charge était alcoolique. J’ai vu des violeurs intouchables parce que la victime était une call-girl. La crédibilité, c’est la seule chose qui compte dans ce genre de partie. Il a la vidéo et il va la rendre publique. Quand il le fera, je veux que sa crédibilité soit réduite à néant. Je veux que les gens soient convaincus qu’il ment avant même qu’ils n’aient entendu ce qu’il a à dire. Mettez son téléphone sur écoute. Etudiez les principaux appels qu’il passe. Passons sa vie au peigne fin. Je veux tout savoir de sa vie. Je veux tout savoir de sa femme, je veux tout savoir de ses parents, je veux tout savoir de son addiction aux jeux, des ses tests d’urine, des films pornographiques qu’il loue. Je veux utiliser tous les moyens possibles pour obtenir les informations dont nous avons besoin.  Parce que ce fils de pute ne sera pas le dernier chapitre de ma vie.

C’est du cinéma me direz-vous. Oui, en effet ! Mais je ne vous ferai pas l’offense de devoir vous expliquer combien certains aspects du cinéma américain reflètent la vérité, voire la précèdent ou l’anticipent…

L’immense majorité de l’humanité ignore tout du vrai CHAVEZ. Elle ne sait que ce qu’en disent les médias et nous savons quelle distance il y a entre leurs présentations et la vérité. Parce qu’ils sont les soldats de l’oligarchie. C’est une véritable guerre culturelle qui est menée. Ils ont, depuis des décennies, des moyens dont nous ne disposons pas nous-mêmes. Leur force de frappe est stratégique quand la nôtre, jusqu’à présent, est demeurée tactique pour filer la métaphore militaire opposant l’ampleur de la potentialité destructrice du nucléaire au regard des capacités réduites des armes conventionnelles. Mais les choses évoluent. Presque tout un continent a basculé : l’Amérique Latine, quelques pays résistant encore, la Colombie, le Chili, le Honduras… Un autre est en train de basculer, l’Afrique. Le troisième est sur le point de basculer à son tour, l’Europe. Alors nous avons de nouvelles armes, de nouveaux outils pour lutter et marquer des points.

« On peut tromper tout le monde pendant quelque temps, on peut tromper une partie des gens tout le temps, mais on ne peut pas tromper tout le monde tout le temps » disait Abraham LINCOLN… Certains feraient bien de méditer cette pensée.

Je terminerais avec une citation d’un des personnages historiques qui m’inspirent le plus et que le président CHAVEZ a cité plusieurs fois dans ses discours. Il s’agit d’un autre Président américain, assassiné lui aussi comme Abraham LINCOLN évoqué ci-dessus. Il s’agit bien sûr de JFK. Cette autre victime du complexe militaro-industriel des États-Unis et donc de l’impérialisme criminel de l’Empire, disait à propos des révolutions, CHAVEZ a repris cette citation plusieurs fois dans ses interventions, et beaucoup d’entre vous vous la connaissez sans doute : « Ceux qui ferment la voie aux révolutions pacifiques ouvrent en même temps la voie aux révolutions violentes ».

Et pourtant, notre révolution, celle que nous appelons de nos vœux, cette révolution citoyenne, comme l’a dit CHAVEZ est « une révolution des masses mais elle est pacifique. Et elle souhaite continuer à être pacifique. »

Notre arme ultime, c’est la démocratie, uniquement la démocratie mais toute la démocratie. Les seuls en ayant peur, les seuls la refusant, les seuls qui la prêchent comme des mantras dans leurs discours sans jamais en respecter la lettre ni l’esprit, le contenu ni les principes et les contraintes, ce sont les oligarchies, les classes dominantes, les bourgeoisies inféodées à l’Empire et qui ne pensent et n’agissent qu’au vu de leurs seuls intérêts égoïstes et qui ne reculent devant rien pour que leurs intérêts soient sauvegardés ou restaurés. Ils ne tremblent, ne doutent, ne palissent ni ne cèdent devant aucune ignominie, aucune cruauté, aucune haute trahison pour empêcher la « libération » et la souveraineté des peuples.

Mais un homme peut tomber au combat, immédiatement un autre se lève pour le remplacer. Parce que nous sommes le peuple, parce que nous sommes les « 99% », parce que nous sommes partout, rien ni personne ne nous fera plus céder. Tel ou tel d’entre nous pourra trébucher ou s’effondrer mais notre force dépasse chacun de nous.

Nous allons « rallumer les étoiles », comme le disait Jean JAURÈS, expression reprise en 2007 par la candidate Ségolène ROYAL et plus récemment par nos camarades du Parti Communiste Français.

Nous allons aussi continuer « à mettre de l’amour dans la révolution » comme le dit CHAVEZ sans fléchir pour autant face à la mitraille, sans trembler face à nos ennemis, sans en rabattre sur nos espérances et nos exigences. Mais les partisans de « l’Humain d’abord », aussi combatifs et résolus qu’ils puissent être et croyez bien que nous le sommes, plus que jamais, plus qu’hier et encore moins que demain, ces partisans de l’humanisme que nous sommes, disais-je, ne peuvent être de simples soldats. Nous devons aussi être des « hommes ».

Oui je donne raison au ministre français des Outre-mers, Victorin LUREL, quand il déclare que CHAVEZ c’était éon BLUM + DE GAULLE. Quand bien même cela défrise nos élites, quand bien même ces propos hérissent le poil des primates de la droite et de la hyène PARISOT, il y a du vrai dans cette présentation du Président vénézuélien défunt.

Je suis fier d’être membre d’un parti politique qui a su voir clair sur cet homme, qui l’a soutenu et qui s’en inspire largement.

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