A propos du volet « Mer » du projet du Parti de Gauche

Le 27 avril dernier, Jean-Luc Mélenchon a publié sur son blog un billet intitulé « Le 5 mai, j’ai mon mur de cons dans la tête » (en référence à l’incident qui a fait tant causer suite à la découverte du fameux mur dans un local syndical du Syndicat de la magistrature).

Dans les commentaires apportés à ce billet, un militant du PG 34 (Hérault) écrivait:

 Ecologiste au PG, je ne comprends toujours pas votre discours sur la nécessaire « expansion humaine sur la mer » qui pour moi prend l’allure d’un délire technoscientiste et productiviste, plus qu’une vision réaliste de la situation écologique des mers. Votre discours sur la mer heurte violemment ma philosophie écologiste de fond. Le crédo du PG donc ce serait que l’humanité est vouée à une expansion inexorable, voire souhaitable (?). Je me permets de vous demander : jusqu’où ? Vous répétez inlassablement les mêmes arguments : la plupart des gens vivent près des côtes. Oui, tout à fait réaliste, j’en fais partie. C’est la raison pour laquelle les milieux naturels littoraux sont les plus affectés par la pression d’artificialisation. Ce sont les plus fragiles. Attali a parlé de l’importance du développement des ports. Dans le sud nous luttons déjà contre l’extension du Port de Marseille, qui détruit des milieux remarquables en Camargue, l’extension du Port de Sète (qui reste vide malgré tout), et maintenant l’extension du port de Port la Nouvelle, sur des anciens salins d’une richesse faunistique exceptionnelle. C’est donc ça la politique FdG : faire comme les socialistes des tas de nouveaux Grands Projets Inutiles ? Original.

D’autre part, parmi les nombreuses sources miraculeuses de croissance que vous proposez, j’ai noté que vous citiez à répétition l’aquaculture. Mais savez-vous qu’aujourd’hui l’aquaculture en Méditerranée est déjà devenue une source de pollution majeure ?

Bref je ne comprends pas ce positionnement caricatural sur la mer, qui me semble beaucoup plus refléter les promesses de quelques lobbyistes représentant les industriels de la mer, qu’une vision cohérente et à long terme de l’écologie politique. Pas besoin de nouvelles conquêtes, apprenons déjà à ne pas gaspiller et détruire ce que l’on a. Nous ne sommes pas des conquérants. Je vous serais gré de faire preuve de plus de cohérence entre vos discours destinés à flatter les décroissants et vos discours destinés à flatter ceux qui pensent que l’humanité doit impérativement occuper toute la place disponible. »

* * * * *

Cette critique m’a interpellé car elle provient d’un militant du PG. J’ai interrogé quelques personnalités du PG compétentes en matière d’écologie. Voilà ce que Corinne MOREL-DARLEUX m’a transmis, avec l’autorisation de le publier.

Le Parti de Gauche est un parti de gouvernement qui progresse à visage découvert. Son ambition est la conquête du pouvoir pour appliquer une politique anticapitaliste, écologiste et socialiste.

– Anticapitaliste parce que le modèle d’accumulation sans fin, sans but et sans souci de ce qui est produit, porte en son sein les germes de tous les maux de nos sociétés dites développées. Anticapitaliste parce la financiarisation découplée de l’économie réelle génère une économie casino qui, par nature, s’affranchit du postulat de base : l’économie et le progrès doivent servir l’humanité et non la richesse.

– Écologiste parce que « les arbres ne montent pas jusqu’au ciel. » Le modèle d’une croissance infinie dans un monde fini au mépris de cette réalité matérielle, pille et épuise les ressources, pollue l’air, la terre, les rivières et les mers. Ce modèle est condamné, soit parce que poussé à l’extrême il est de nature à rendre la terre invivable, soit parce qu’une fois les ressources épuisées, la bifurcation deviendra inévitable. Le PG propose de la conduire par la volonté politique au moyen de la planification et non par la contrainte une fois les dommages irréparables causés à la planète.

– Socialiste parce que l’application de l’intérêt général comme principe cardinal aux choix qui préside à toute politique, commande le partage et la mise en commun. Le système actuel, à l’agonie du point de vue économique, destructeur du point de vue écologique est de surcroit injuste en matière de partage des ressources et des richesses.

L’ensemble de ces trois postulats est rassemblé en une formule et un manifeste sur l’écosocialisme. Ce socle est à la fois la fondation sur laquelle nous bâtissons notre projet politique et la boussole qui guide nos réflexions. La politique maritime du PG n’échappe pas à ce schéma. Dès lors, partir du postulat inverse et présenter le projet Mer du Parti de Gauche comme la reproduction de ce que nous dénonçons, relève soit d’une erreur de jugement soit d’un manque d’information qu’il convient de combler.

Après la conquête de la terre et de l’espace, la conquête des océans est la prochaine étape de l’humanité. La question n’est pas de savoir s’il convient de la conduire ou pas, c’est un fait acquis. La population mondiale a triplé en un siècle, la demande des moyens élémentaires de subsistance tels que l’eau et l’alimentation va croissante, les mers et océans représentent trois quart de la surface du globe. Le véritable défit consiste donc à définir comment l’humanité va entrer en mer : sur le modèle productiviste ou par le développement durable. Le PG répond à la question.

En ce qui concerne l’énergie, une fois les postulats posés : l’énergie nucléaire, bien que maîtrisée par la technologie française qui est la meilleure du monde en la matière, est source de danger et de pollution, personne ne sait quoi faire des déchets et la démonstration d’un démantèlement abouti d’une centrale reste à faire. La meilleure énergie est celle qu’on ne consomme pas, les pistes de développement en matière de sobriété énergétique par les économies d’énergie et la recherche sont devant nous. La diversification de la production énergétique par la géothermie profonde, notamment, l’éolien à terre, les micro-centrales hydrauliques, la méthanisation, le solaire …. trouve une voie dans les mers et dans les Océans par l’éolien, l’hydrolien, la conversion de l’énergie mécanique et thermique des mers. A ce sujet, un excellent reportage a été diffusé sur France 3 (Energies Marines Renouvelables : l’aube d’une révolution technologique). Il est possible de le visionner ici : http://www.dailymotion.com/video/xyrvhs_energies-marines-renouvelables-l-aube-d-une-revolution-technologique_news?search_algo=2#.UYoTX0qvNiA

Pour le volet production alimentaire

Constatons que si les excès des productions agricoles à grand renfort d’engrais et de pesticides ou au moyen de fermes usines par l’élevage en batterie peuvent être à juste titre pointées comme les dérives d’un système que nous ne voulons pas, personne dans nos rangs, ne prône l’abandon de l’agriculture et le retour à la cueillette. En matière d’aquaculture de quoi parlons-nous ? Partons du constat qu’avec 90 millions de tonnes de poissons produits par la pêche chaque année, seuil indépassable depuis une dizaine d’années malgré les progrès des techniques de pêche, les mers et Océans sont exploités au maximum et même au delà de ce qu’ils peuvent produire. Les ressources s’épuisent. Ici comme ailleurs, le projet du Parti de Gauche d’inscrire la règle verte dans la constitution pour affirmer que la France, en tous points, tendra à ne pas consommer plus que ce que la terre peut reconstituer, représente un engagement cadre qui concerne également l’exploitation des mers. Dès lors, l’aquaculture est une source de production de produits de la mer qui, si elle est bien conduite et pour peu que la recherche sur l’alimentation des poissons progresse encore, est en mesure de répondre au défi lancé. Le modèle actuel de l’aquaculture de poissons repose sur la pêche minotière et l’apport d’intrants médicamenteux. Faut-il considérer que ce schéma est indépassable ? Le PG ne le pense pas et suit avec intérêt la recherche sur le développement d’aliments à base végétale. Déjà, la quantité de farine de poisson a été divisée par trois dans les aliments de poissons d’élevage. Il existe, à titre expérimental, une nourriture 100 % végétale pour l’alimentation des truites. Parallèlement, la zootechnie progresse pour le développement de l’élevage d’espèces herbivores. L’effort dans cette direction doit être soutenu. Vient ensuite la question de l’espace nécessaire qui est corrélée, comme en agriculture « classique », à l’apport de médicaments et à la contamination par les résidus alimentaires et les fèces. Là encore tout est question d’équilibre et de choix, le modèle productiviste calé sur les densités maximales n’est pas un horizon indépassable. L’aquaculture ne se résume pas qu’à la production de poisson. La conchyliculture, production extensive sans apport d’intrant, est pourvoyeuse d’emplois et réversible. Les habitats artificiels constitués par l’ostréiculture ou la mytiliculture sont par ailleurs des lieux propices au développement floristique ou faunistique tandis que la forte sensibilité de ces coquillages aux polluants en font une excellente sentinelle de l’environnement. Le développement de la production d’autres coquillages est en projet, notamment les pectinidés. Le PG y est favorable. Enfin, la production algale fait partie des orientations du projet d’aquaculture du PG. Qu’il s’agisse de la filière à forte valeur ajoutée pour la production de molécules médicamenteuses ou de la filière alimentation pour la production de protéines à haute valeur nutritive, la production d’algues nécessite la conservation, l’entretien et le développement des marais littoraux, habitats d’une très grande richesse en matière de biodiversité.

En matière de transport maritime,

le PG part du réel. 72 % des importations et exportations de la France s’effectuent par voie maritime. Elles représentent, hors transports d’hydrocarbure, près de 100 millions de tonnes pour un chiffre d’affaire de 6,5 milliards d’euros. Parallèlement, le transport maritime offre le meilleur bilan écologique sur le plan du rapport énergie consommée par kilo transporté. Il est toujours possible de souligner l’aberration de produire à l’autre bout de la planète des produits dans des conditions sociales et écologiques inadmissibles et de promouvoir la relocalisation, pour autant, avant que la planification écologique porte ses premiers résultats, il nous faudra bien, si nous arrivions au pouvoir, gérer les affaires dans l’état où nous les trouvons avec les réalités du moment. Le modèle portuaire actuel repose, depuis la loi Raffarin – Bussereau sur la réforme portuaire de compétition entre les infrastructures. Ce choix répond à la vision de ses architectes pour qui la compétition est le moteur du progrès. Nous croyons, nous, à la complémentarité, à la solidarité et à la synergie des infrastructures. Le PG a une politique portuaire nationale basée sur la coopération des ports et le développement du transport multimodal (Maritime, Ferroviaire et Fluvial). La création actuelle de micro structures est le fruit d’un effet système qui repose, d’une part, sur l’absence de stratégie nationale intégrée et cohérente et, d’autre part, sur la volonté de potentats locaux de posséder leurs propres infrastructures « de développement et de compétitivité des territoires. » Nous ne faisons pas ce choix et, là encore, la planification écologique est une méthode d’analyse, de progrès et de mise en œuvre. Le projet Mer du PG prend la question du transport maritime dans sa globalité qu’il s’agisse du soutien aux chantiers navals pour le développement du navire du futur et l’adaptation de la flotte actuelle aux normes de sécurité et de pollution ou pour le développement d’une filière industrielle de déconstruction des navires.

Il existe bien d’autres points programmatiques qui ne peuvent être restitués de manière exhaustive dans un mel. Les points clés du programme Maritime du Front de Gauche ont été restitués dans le journal « Le Marin » du 13 avril 2012 auquel on peut se référer.

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