De Cyrano à Mélenchon…

On dira que le rôle de « Le Bret » pourrait être endossé par tous les « raisonnables » du FdG et d’ailleurs qui nous appellent à la modération, à la tolérance, à l’ouverture…envers les Solfériniens.

Et le Front de Gauche serait comme cette troupe des « cadets de Gascogne », une armée de militants fiers, arrogants, orgueilleux mais braves, loyaux, fidèles à leurs valeurs, prêts sans renâcler à mourir pour elles ou pour une noble cause…

 Et, ÉVIDEMMENT, Jean-Luc Mélenchon incarnerait Cyrano ! Cet homme qui est…

… « des moins ordinaires »…

… « le plus exquis des êtres sublunaires »…

… « rimeur »…

… « bretteur »…

… « bizarre »…

… « excessif »…

… « extravagant »…

… « plus fier que tous les Artaban dont la Gascogne fut et sera toujours l’alme Mère gigogne »…

… dont « le glaive est la moitié des ciseaux de la Parque »…

… qui est toujours d’ « humeur bataillarde »…

… qui a « moralement ses élégances »…

… qui « ne sortirait pas avec, par négligence, un honneur chiffonné, des scrupules en deuil »…

… qui marche « sans rien sur lui qui ne reluise, empanaché d’indépendance et de franchise »…

… dont « l’âme se cambre ainsi qu’en un corset »…

… qui « retroussant son esprit ainsi qu’une moustache, fait, en traversant les groupes et les ronds, sonner les vérités comme des éperons »…

… qui « n’a pas de gants, la belle affaire ! »…

… qui reconnaît qu’il « lui en restait un seul…d’une très vieille paire » mais qu’il l’a « laissé dans la figure de quelqu’un ! »…

… qui « a des fourmis dans son épée »…

… qui sait donner de « petits coups charmants »…

… et qui toujours « à la fin de l’envoi…touche ».

 *

Après cette jouissive remise en situation, transportons-nous à l’acte 2, à la scène 2. CYRANO et son ami LE BRET conversent après que CYRANO ait donné une leçon de morale à tout un public et un coup d’épée à un « petit baron »…

CYRANO (à LE BRET) : Oh ! toi ! tu vas grogner !

LE BRET (à CYRANO) : Enfin, tu conviendras qu’assassiner toujours la chance passagère devient exagéré.

CYRANO (à LE BRET) : Hé bien oui, j’exagère !

LE BRET  (triomphant à CYRANO) : Ah !

CYRANO (à LE BRET) : Mais pour le principe, et pour l’exemple aussi, je trouve qu’il est bon d’exagérer ainsi.

LE BRET (à CYRANO) : Si tu laissais un peu ton âme mousquetaire, la fortune et la gloire…

CYRANO (à LE BRET et à la cantonade) : Et que faudrait-il faire ? Chercher un protecteur puissant ? Prendre un patron ? Et comme un lierre obscur qui circonvient un tronc et s’en fait un tuteur en lui léchant l’écorce, grimper par ruse au lieu de s’élever par force ? Non, merci !

Dédier, comme tous ils le font, des vers aux financiers ? Se changer en bouffon dans l’espoir vil de voir, aux lèvres d’un ministre, naître un sourire, enfin, qui ne soit pas sinistre ? Non, merci !

Déjeuner, chaque jour, d’un crapaud ? Avoir un ventre usé par la marche ? Une peau qui plus vite, à l’endroit des genoux, devient sale ? Exécuter des tours de souplesse dorsale ? Non, merci !

Devenir un petit grand homme dans un rond ? Et naviguer, avec des madrigaux pour rames, et dans ses voiles des soupirs de vieilles dames ? Non, merci !

Chez le bon éditeur de Sercy, faire éditer ses vers en payant ? Non, merci !

S’aller faire nommer pape par les conciles que dans les cabarets tiennent des imbéciles ? Non, merci !

Travailler à se construire un nom sur un sonnet, au lieu d’en faire d’autres ? Non, merci !

Ne découvrir du talent qu’aux mazettes ? Être terrorisé par de vagues gazettes et se dire sans cesse : « Oh, pourvu que je sois dans les petits papiers du Mercure François ? » Non, merci !

Calculer, avoir peur, être blême, préférer faire une visite qu’un poème ? Rédiger des placets, se faire présenter ? Non, merci ! Non, merci ! Non, merci !

Mais chanter, rêver, rire, passer, être seul, être libre, avoir l’œil qui regarde bien, la voix qui vibre, mettre, quand il vous plaît, son feutre de travers, pour un oui, pour un non, se battre ou faire un vers ! Travailler sans souci de gloire ou de fortune à tel voyage, auquel on pense, dans la lune ! N’écrire jamais rien qui de soi ne sortît. Et modeste d’ailleurs, se dire : mon petit, sois satisfait des fleurs, des fruits, même des feuilles, si c’est dans ton jardin à toi que tu les cueilles ! Puis, s’il advient d’un peu triompher, par hasard, ne pas être obligé d’en rien rendre à César. Vis-à-vis de soi-même en garder le mérite. Bref, dédaignant d’être le lierre parasite lors même qu’on n’est pas le chêne ou le tilleul. Ne pas monter bien haut, peut-être, mais tout seul !

LE BRET (à CYRANO) : Tout seul, soit ! Mais non pas contre tous ! Comment diable as-tu donc contracté la manie effroyable de te faire toujours, partout, des ennemis ?

CYRANO (à LE BRET) : A force de vous voir vous faire des amis et rire à ces amis dont vous avez des foules, d’une bouche empruntée au derrière des poules ! J’aime raréfier sur mes pas les saluts et m’écrie avec joie : un ennemi de plus !

LE BRET (à CYRANO) : Quelle aberration !

CYRANO (à LE BRET) : Eh bien oui, c’est mon vice ! Déplaire est mon plaisir. J’aime qu’on me haïsse. Mon cher, si tu savais comme l’on marche mieux sous la pistolétade excitante des yeux ! Comme, sur les pourpoints, font d’amusantes taches le fiel des envieux et la bave des lâches ! Vous, la molle amitié dont vous vous entourez, ressemble à ces grands cols d’Italie, ajourés et flottants, dans lesquels votre cou s’effémine. On y est plus à l’aise… et de moins haute mine car le front n’ayant pas de maintien ni de loi, s’abandonne à pencher dans tous les sens. Mais moi, la Haine, chaque jour, me tuyaute et m’apprête la fraise dont l’empois force à lever la tête. Chaque ennemi de plus est un nouveau godron qui m’ajoute une gêne, et m’ajoute un rayon. Car, pareille en tous points à la fraise espagnole, la Haine est un carcan, mais c’est une auréole !

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