Discours sur la guerre et la paix – Jean-Luc MÉLENCHON le 11 novembre 2013 à Barbaste (Lot et Garonne)

Nota : apparaissent en majuscules les patronymes ainsi que les termes sur lesquels Jean-Luc MÉLENCHON a appuyé le ton.

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Mes chers concitoyens, et pour beaucoup d’entre vous mes chers camarades, et toi Madame le Maire, Bernadette JAYLES, que je voulais saluer, le conseil municipal avec qui j’ai eu l’honneur ce matin de partager ce petit moment émouvant auquel je voue une fidélité que les circonstances et les hasards de la vie ont rendue quasi constante, sinon les années où, stupidement, le Parlement européen, qui n’en est pas à une bêtise près, est convoqué le 11 novembre pour d’ineptes travaux, au moment où, au contraire, on devrait être tous à réfléchir à ce qui s’est produit pendant ces quatre terribles années de 1914 à 1918.

C’était pour moi comme un devoir puisque c’était le dernier 11-Novembre de ce mandat de député que j’accomplis en votre nom. C’était le dernier 11-Novembre de ce mandat-ci de Bernadette, qui est une amie. Je lui ai demandé si elle me permettait de m’associer à la cérémonie, elle m’a dit que oui, et sans plus de façons, me voici !

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C’est cent ans après ! Quand on regarde ces monuments – peut-être est-ce le fait de l’âge qui est venu sur moi – je les vois d’un autre œil que lorsque j’étais jeune homme où l’esprit antimilitariste des années 60, de la fin des années 60, nous faisait un peu regarder de haut ces commémorations. Le temps passant, on regarde autrement ces listes interminables d’hommes qui ont été tués. Et soudain, c’est comme si c’était aujourd’hui ! Un million trois cent mille tués. Cinq cent mille dans l’immédiat après-guerre. Presque deux millions d’hommes.

On dit « les hommes » parce que c’est eux qui pataugeaient dans la boue des tranchées ; c’est eux qui souffraient le martyre, qui appelaient leur mère lorsqu’ils étaient blessés et abandonnés ; c’est eux qui écrivaient ces lignes poignantes qu’on lit encore aujourd’hui. Mais les femmes ! Les femmes, mes chers concitoyens, dont les noms ne sont pas sur les monuments aux morts, et ne nous sont évoqués que de loin… Cette angoisse permanente du fils qui est parti et qu’on ne reverra peut-être pas, qu’on ne revoyait souvent pas ! 20% des hommes entre 19 et 27 ans ont été tués. 19 et 27 ans…des enfants !  Qu’on me pardonne, pour ceux de mes concitoyens qui ont 19 ans, sont majeurs, et votent. À l’époque, ils ne votaient pas !

Les femmes qui portaient sur leur dos tout : la famille à faire vivre, les travaux à accomplir, et l’arrière du front qui était le pays immense, dont 20% de la population, au final, a été appelé sous les drapeaux. C’était une guerre totale. Leur nom n’est pas là !

Les femmes ! Quand l’homme courageux, la tête dure, le fils, avait un jour ou l’autre, une fois par panique, une fois par peur, une autre fois par raison politique, refusé d’obéir et que, classé déserteur, il avait été fusillé, séance tenante, dans des jugements dont personne ne discute aujourd’hui qu’ils étaient sommaires et n’avaient rien à voir avec la justice. Ensuite, l’opprobre venait au village. Et c’était alors à elles de porter ce qui était alors considéré comme une honte, puisqu’on disait, dans les villages, pour terroriser tout le monde, « il a déserté », « il n’a pas fait son devoir » et les autres, qui AVAIENT FAIT leur devoir, approuvaient.

Mais j’ai lu, et j’ai observé que, tout au long de cette terrible histoire, ceux qui ont survécu n’ont jamais accepté que l’on flétrisse ceux qui avaient été fusillés. J’y reviendrai dans un instant. Mais c’est ces souffrances psychologiques, morales, autant que physiques, que je veux évoquer et qu’il faut faire, avec d’autant plus de force qu’aujourd’hui, souvent, on peut avoir, dans la plus jeune génération et peut-être dans une opinion que l’on a convenablement conditionnée, fini par croire qu’une guerre n’était pas vraiment une guerre. Surtout si elle a lieu chez les autres ! Surtout si on peut se la jouer à domicile dans des jeux vidéo. Et qu’on finisse par être au point de s’étonner qu’un soldat soit tué en Afghanistan parce qu’il est Français, en oubliant que voilà maintenant bien des années qu’on tue, tous les jours, des centaines de gens sur place.

Il faut se rappeler que la guerre est le mal absolu, l’échec total, et qu’elle est TOUJOURS le résultat d’un enchainement de circonstances qu’il faut apprendre à analyser, à comprendre, pour pouvoir les repérer lorsqu’elles se répètent dans l’Histoire. C’est ce qui, dans la communauté humaine, s’appelle l’expérience. Alors le souvenir de la victoire de 1918, la joie d’avoir vaincu les empires centraux, la satisfaction de voir l’Alsace et la Lorraine rejoindre la patrie et être libérées de l’oppression allemande, ne doivent pas faire que le souvenir de 1914-1918 soit enfoui dans une sorte d’unanimisme, sans contenu, et qu’en quelque sorte ce soit une anesthésie qui prépare une amnésie générale. On ne se souviendrait de rien. Et l’on irait, les uns les autres, répétant que l’effort fut magnifique, que la patrie fut unie, ce qui n’est pas vrai !

Les hommes obéirent et ceux qui désobéissaient étaient fusillés ! Voilà la vérité ! Et pour que la guerre puisse éclater, il a fallu assassiner JAURÈS ! Car quelques jours seulement avant que la guerre fût déclarée, il y avait à Paris d’immenses manifestations ouvrières ! Le 29 juillet, on manifeste à Paris. On manifeste dans plusieurs grandes villes de France. Jusqu’au tiers de la population est dans la rue, sous les drapeaux ROUGES pour ne pas vouloir de la guerre ! Et c’est pourquoi c’est dans le début de la guerre, l’année 1914, que l’on fusille le plus de mutins. Demandez-vous pourquoi ! Ceux qui étaient aux armées, ceux qu’on envoyait les premiers au front, étaient ces hommes-là, qui avaient manifesté quelques semaines avant et qui portaient en eux, intacts, le discours et les raisonnements de Jean JAURÈS et de l’Internationale Socialiste, qui était à l’époque la seule organisation du mouvement ouvrier et qui, dans ces circonstances, manifesta une faillite terrifiante ! Je dis la seule, peut-être suis-je injuste parce que j’oublierais les mouvements anarchistes, bien organisés eux aussi, mais je ne veux pas, à l’occasion de ces paroles, blesser qui que ce soit ! Mon discours est destiné à appeler à la réflexion, à rentrer en soi-même pour faire les repérages utiles.

Donc, disais-je, c’est parce que cette population éduquée, ces militants, sont là qu’on en fusille autant. Car parmi les premiers mutins, il y a ceux qui ne VOULAIENT PAS la guerre, qui en avaient compris l’essence ! Ce monde était terrible ! On ne le dit jamais. C’est seulement en 1916 qu’on a interdit le travail de nuit des femmes et des enfants ! Quand la guerre éclate, il y a à peine trente ans que l’école est obligatoire. La première manifestation pour la journée de huit heures a eu lieu en 1906. Et la journée de huit heures ne sera imposée qu’en 1919. Après la guerre ! C’étaient des années de surexploitation et ce capitalisme de cette époque, il faut l’appeler par son nom, c’est lui qui a provoqué la guerre ! Jean JAURÈS a eu LA formule indépassable depuis… « Le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée porte l’orage » ! C’est à cette cause profonde qu’est due la guerre. Et nous ne devons pas accepter que d’une façon ou d’une autre, reprenant les propos du président Nicolas SARKOZY, on vienne maintenant, en le citant, accepter l’idée que cette guerre résulterait d’une fatalité. Il n’y a AUCUNE fatalité à la guerre ! Mais il faut y réfléchir car la paix n’est pas l’état de nature. La paix est une construction politique, dont les conditions doivent être réunies pour qu’elle puisse être durable. Et la guerre, aussi, est un résultat politique. Ce n’est pas un état de nature.

En la circonstance, le capitalisme allait de crise en crise. De 1816 à 1929, la statistique ne permettait pas de repérer – en tout cas celle dont je disposais – de repérer jusqu’à la guerre de 1914. Mais il y a 14 crises du capitalisme. Si l’on s’en tient seulement à ce fait… Qu’est-ce qu’une crise ? Vous le savez tous ! Des chômeurs en nombres innombrables, une surproduction inouïe, qui fait voir d’un côté une production sociale gigantesque et une base de consommation extrêmement étroite. Des marchandises et des richesses comme il n’y en a jamais eu le reste du temps et des pauvres comme il n’y en a jamais le reste du temps. Évidemment c’est le terrain propice à toutes les manipulations. Le système, mécaniquement, va chercher un bouc émissaire et une appellation qui permette de regrouper tout le monde sous la même bannière. Dans l’année 1914, c’est le nationalisme qui permet de regrouper tout le monde sous la même bannière, le patron et l’ouvrier, celui qui va mourir et celui qui va faire mourir les autres ! Mais ensuite, le système s’est sophistiqué parce qu’à la fin de la guerre, le mot d’ordre que TOUT LE MONDE partage, qu’on soit de droite ou de gauche, c’est « plus jamais ça ! ». Et tous se méfient, à partir de là, des effets terrifiants du nationalisme. On sait qu’on aura beaucoup de mal, s’il le fallait, à ramener les gens au front. C’est alors qu’on a commencé à produire les théories qui permettaient de désigner un bouc émissaire pour préparer la guerre suivante, ce fut le juif, « l’ennemi de l’intérieur ». Si je fais toutes ces références, ce n’est pas pour m’étendre sur quelque chose que beaucoup d’entre vous connaissent, qui est la responsabilité mécanique du fonctionnement d’un système qui conduit à l’affrontement.

Le capitalisme de cette époque est différent de celui de la nôtre. Mais les traits similaires s’observent très facilement. A-t-il cessé d’être régulièrement en crise ? Non, il l’est davantage qu’avant ! Et dans des conditions de cycle de plus en plus rapprochées. Depuis 1973, il y a eu autant de crises qu’il y en avait eu du début du capitalisme à l’année 1929 ! Depuis 1992, les trois quarts de ces crises ont eu lieu. Les crises du capitalisme s’accélèrent, leur violence s’approfondit et les oppositions qu’elles mettent en scène sont SOUS NOS YEUX ! SOUS NOS YEUX !

De même qu’avant l’année terrible de la guerre, on voyait le capitalisme allemand, le capitalisme français se confronter, le capitalisme anglais, parce que la base sur laquelle se distribuaient les marchandises était trop étroite et qu’il fallait, sans cesse, « conquérir de nouveaux…marchés » disait-on, déjà, à l’époque ! Savez-vous, Mesdames, Messieurs, que le niveau d’extraversion de ce modèle économique était tel, les échanges internationaux étaient d’une telle intensité, on l’oublie aujourd’hui, que le niveau d’échange dans le monde des marchandises qui était celui de 1913, n’a pas été récupéré avant les années 70 du siècle précédant, c’est-à-dire avant 1970 ! Le niveau des échanges qui prévalait en 1913 n’a été retrouvé dans le monde que dans les années 70 de ce siècle, du siècle précédent.

C’est dire à quel point la compétition était féroce pour s’ouvrir à de nouveaux marchés. Diriez-vous qu’aujourd’hui ce n’est pas le cas ? Le chef de l’État lui-même dit « désormais ce ne sont plus des compétitions militaires, ce sont des guerres économiques ! ». A-t-il pesé ses mots ? A-t-il oublié qu’il n’y a jamais eu autre chose que des guerres économiques ? Pour des raisons d’intérêt ! Mais surtout, si ce sont des guerres économiques, alors que fait-on pour préparer la paix ? Car la guerre n’est PAS l’objectif, n’est PAS la situation que nous acceptons ! Qu’il s’agisse d’économie ou de forces armées ! C’est bien pourquoi on voit qu’une nouvelle fois la question posée est celle de la compétition entre les personnes, entre les nations, ou de la solidarité et de la coopération ! Ce sont deux modèles politiques différents ! Avec des objectifs, des méthodes, un vocabulaire et des gouvernements différents !

De la même manière que la responsabilité de l’Allemagne dans la responsabilité de la guerre de 1914 est avérée, aussi bien elle occupait l’Alsace et la Lorraine, aussi bien elle donnât les apparences d’un gouvernement qui, comme celui de la France, aurait recherché l’apaisement, mais en vérité c’est bien l’Allemagne qui déclare la guerre à la France.  Il y a bien des mécanismes particuliers, qui ne doivent rien à la nationalité allemande, mais à la situation politique, à la situation économique, qui pousse ce peuple, souvent, à avoir des gouvernants qui n’entretiennent avec leurs voisins que des rapports de violence sur une base économique. Mais c’est exactement ce que nous avons sous les yeux ! C’est le gouvernement conservateur allemand d’aujourd’hui qui dicte à toute l’Europe une politique néfaste qui oppose tout le monde à tout le monde !

La guerre économique qui se livre sous nos yeux, quelle est-elle ? C’est le dumping social ! Pourquoi peut-on payer des ouvriers moins chers à tel endroit qu’à tel autre ? Et est-ce qu’en répétant tous les jours à tout le monde, que nous sommes en compétition avec le monde entier, comment s’étonner qu’après les gens pensent, tout naturellement, que l’ennemi c’est l’autre ?! Celui qui vous prend votre pain, le plombier polonais, l’ouvrier de l’arsenal qu’on fait venir de tel ou tel pays, les travailleurs délégués qui viennent aujourd’hui, comme vous le savez, mettant à profit la directive « services », dite « Bolkenstein » si vous vous en souvenez, qui EST en application. On FAIT venir en France des travailleurs qui sont payés à des tarifs qui ne sont pas ceux des travailleurs français ! Alors en dressant les uns contre les autres sans cesse et en expliquant en plus de tout ça que parmi vous il y a des suspects, de religion musulmane, alors on crée TOUTES les conditions de tensions entre les peuples et dans notre peuple. Et on exagère ce rôle, merveilleux, qu’auraient premièrement le libre-échange, deuxièmement la libre compétition, troisièmement l’ouverture des frontières. Fadaises ! Qui sont sensées produire des miracles qui n’ont pas lieu, des bienfaits qu’on ne voit jamais tandis qu’on voit s’empiler les malheurs.

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J’ai voulu faire ce rappel économique, dont je vous prie d’excuser la longueur, pour rappeler qu’il n’y a pas de part à la fatalité. Il y a des mécanismes qui produisent des effets politiques et économiques et c’est eux qu’il faut apprendre à discerner À TEMPS, pour être capable, à temps, de s’y opposer.

C’est pourquoi tout à l’heure, quand je vais repartir, pour aller à Toulouse, avant d’aller à Tarbes et à Pau, dans les deux jours qui vont suivre, je vais m’arrêter à Fourtic [département du Lot et Garonne] puisqu’on m’a dit qu’il y a un monument aux morts sur lequel est écrit « À nos camarades morts pour le capitalisme mondial ».

La guerre de 1914-1918 n’a pas d’origine dans un intérêt général. Elle a une origine dans la compétition entre les capitalismes européens. J’imagine que dans cette salle des citoyens de toutes opinions, sans doute majoritairement de gauche – je vois beaucoup de rouge et j’en remercie ceux qui l’arborent – mais d’autres aussi, sans doute des moins rouges, peut-être des plus rouges aussi !, je ne sais pas mais c’est à tous que je m’adresse. Pour animer la flamme, il faut bien le faire de temps à autre, même si vous n’avez pas besoin de moi pour cela. De la réflexion, de l’expérience, du savoir et de l’importance particulière que pour ma part je mets à cet exercice dans le contexte dans lequel nous sommes.

Notre monde est dangereux. Non pas pour les raisons superficielles qui sont évoquées régulièrement, qui voudraient que la France soit à la traîne, qu’elle soit en déclin et tout ça ! Ce qui n’est pas vrai d’une manière générale. Notre pays est plus riche qu’il ne l’a jamais été de son histoire. Jamais il n’a eu autant de jeunes gens instruits, jamais il n’a eu un tel niveau de qualification. Mais c’est surtout pace que ce discours décliniste, qui est un des terreaux de l’extrême droite bien connu – autrefois ils appelaient ça la décadence des mœurs, d’ailleurs ils appellent ça la décadence des mœurs aujourd’hui – mais c’est le déclin, c’est la forme modernisée, euphémisée, entretient mécaniquement, et par revers, une idée inverse qu’on ne serait bon que quand on est en tête, quand on domine, quand on écrase, quand on impressionne, quand on détruit. Non, il y a un autre ordre possible de la vie des êtres humains, qui s’appelle la coopération, le partage et surtout le partage du savoir. La bêtise aussi se partage très facilement mais le savoir à cette vertu, comme la bêtise, que plus on le partage, plus il s’accroît. C’est pourquoi chacun d’entre nous, mes chers compatriotes, est appelé lui-même à devenir une frontière contre la bêtise par sa capacité, celle que nous avons chacun d’entre nous, à rappeler les principes au nom desquels nous agissons.

Mais ça nécessite qu’on ait une réflexion un peu plus avancée du point de vue des discours qu’ont tenu les nôtres. Pour en faire aussi l’expérience. J’ai dit tout à l’heure qu’il ne faut pas accepter que la commémoration se transforme en amnésie générale. Bien sûr qu’il faut célébrer l’unité dans la souffrance ! Mais il faut réfléchir. Aujourd’hui, il n’y aura pas de parole qui blessera l’un ou l’autre. Tous sont partis. Il faut donc réfléchir. Et nous aussi ! C’est donc maintenant comme homme de gauche que je veux réfléchir à voix haute.

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Si la guerre était une guerre d’origine capitaliste comme le disaient tous ceux qui nous ont précédé dans ce combat, Jean JAURÈS n’a pas attendu juillet 1914 pour dire que le capitalisme portrait la guerre comme la nuée porte l’orage, c’était une donnée que portait toute la Gauche. Néanmoins des débats la traversaient. Des débats sur le fond et des débats sur la tactique.

Sur le fond d’abord, au congrès de Bâle de l’Internationale Socialiste, en 1912, il y a une discussion sur ce que la guerre pourrait produire. Il y a le débat entre ceux qui veulent s’y opposer absolument, à la tête desquels figure le grand JAURÈS, et ceux qui disent que le plus important est d’expliquer pourquoi elle pourrait avoir lieu. Certains même vont jusqu’à dire, comme August BÉBEL, qui est le fondateur du SPD allemand, « la guerre contient des potentialités révolutionnaires ». De la guerre, il peut sortir une révolution, et August BÉBEL dit même « la guerre qui s’annonce va prononcer la fin du capitalisme et le début d’une révolution mondiale ». Il n’avait pas tort, en effet, une révolution a résulté de cette guerre, celle qui a commencé en Russie en 1917. Mais ce regard qui revient à dire « faire la politique du pire » ou laisser s’accomplir le pire parce qu’il contient une potentialité révolutionnaire. Oui c’est vrai mais c’est le pire ! Et le pire n’est pas acceptable. Jean JAURÈS s’oppose à BÉBEL en expliquant que s’il y avait en effet un potentiel révolutionnaire dans la guerre, il y avait surtout la certitude de la barbarie. C’est-à-dire que les sociétés qui deviennent violentes, du fait même de la guerre, non seulement connaissent des destructions inouïes – on a vu le bilan à la fin, j’ai évoqué nos deux millions de morts, nos trois millions de blessés, nos six cent mille invalides – il  y a cette destruction immense, cette privation immense d’intelligence, de savoir-faire, d’amour que contiennent les disparus et ceux qui sont frappés par leur disparition, il y a les destructions matérielles, mais il y a l’inoculation dans la société  de la mentalité de guerre, de l’idée qu’un conflit peut se régler par la violence et non par la démocratie, et non par la discussion, et non par la souveraineté du peuple.

JAURÈS a raison et d’une façon générale je crois que cela nous fait leçon. Les politiques du pire ne conduisent jamais à rien d’autre qu’au pire ! Il faut donc que ce que nous incarnons dans le temps et dans l’Histoire soit d’abord, fondamentalement, un message universel, valable en toutes circonstances. En toutes circonstances, nous disons que la paix est préférable à la guerre. Et que pour que la paix ne soit pas la prolongation sans fin d’un monde injuste, il faut donc que les peuples puissent disposer librement d’eux-mêmes et pour cela qu’ils disposent des moyens de la démocratie qui permettent de penser leur futur.

Et il faut qu’il y ait un ordre international. C’est une des leçons qui fut tirée de la guerre de 1914 avec la création de la Société des Nations dont, très vite, l’impuissance a été discernée. La preuve, elle n’a pas empêché la Deuxième guerre mondiale. Comment aurait-elle pu l’empêcher ?! Et ensuite nous avons eu l’ONU qui a été créée. C’est très discutable. On peut avoir, entre nous, des débats approfondis et légitimes sur la valeur de cette ONU. Mais c’est tout ce que nous avons !  Et si nous n’avons pas un ordre international garanti par la communauté des nations, alors nous n’avons rien et nous avons la libre confrontation  qui, pour finir, donne toujours raison au plus fort !

C’est pourquoi, dans de multiples circonstances, le débat que je suis en train d’évoquer a lieu. Et j’invite chacun d’entre nous à y réfléchir en ne se trompant pas, là encore, de colère. L’impuissance de l’ONU, les difficultés à y décider quelque chose, nous les connaissons ! Alors il faudrait se donner pour objectif d’étendre les compétences de l’ONU, la démocratiser, donner la possibilité d’intervenir sur une base qui ne dépende pas toujours de la volonté des plus forts, mais aussi, en même temps, combattre tout ce qui vient, dans l’ordre international, se présenter comme une alternative à cet ordre juridiquement établi qui est celui de l’ONU. Ou l’ONU, ou le G20 ou le G8 ! Mais pas les deux en même temps ! Le G20, le G8, sont des organismes illégitimes qui pourtant prennent des décisions pour tous les pays. Vous l’avez tous entendu…G8, ça veut dire qu’il y a huit pays. G20…ça veut dire qu’il y en a vingt. Il y a 195 nations dans le monde. Alors à huit, on décide pour tous les autres. À vingt, on va décider pour tous les autres ? Non, il y a l’ONU !

Nous devons donc, sans cesse, combattre ces substituts d’ordre international et la captation par les plus puissants du pouvoir de la décision. C’est EUX qui imposent cet ordre injuste au monde, qui en font une règle à laquelle personne ne pourrait se soustraire.

Et deuxièmement, nous devons refuser les alliances militaires offensives, du type de l’OTAN, d’abord inventées dans le cadre de la guerre Froide, comme un système d’alliances pour contrebalancer – disait-on – l’alliance des pays organisés autour de l’Union Soviétique et des autres pays qu’on appelait « du camp socialiste » entre guillemets.  Admettons ! Je dis « admettons » quoi que les Français ne l’aient JAMAIS admis.

Je veux rappeler que la France, sous un gouvernement qui n’était pas de gauche, quitta le commandement militaire intégré et que la France, pas sous un gouvernement de gauche, expulsa toutes les bases Nord-américaines qui étaient sur notre territoire. Cet exemple, semble-t-il, n’est gère médité. Avec pleutrerie et servilité, on s’est précipité de nouveau dans le commandement militaire intégré – qui ne commande strictement rien mais qui intègre beaucoup – c’est-à-dire que les Nord-Américains font bien ce qu’ils veulent, le décident quand ils veulent, font une doctrine du fait qu’ils ne tiennent pas compte de ce que dit l’ONU. D’ailleurs nous le savons tous, s’ils tenaient compte de ce que dit l’ONU, ils en feraient respecter les décisions, en particulier celles qui s’appliquent à eux lorsque, comme c’est le cas chaque année, l’ONU, à la quasi unanimité, vote contre l’embargo sous lequel est maintenue l’île de Cuba.

L’OTAN donc disais-je intègre, organise, la défense mondiale et impose, par exemple, à toute l’Europe, une organisation singulière de sa défense qui l’intègre dans le cadre général décidé par les Nord-Américains. Cela s’appelle « smart defense », une défense intelligente paraît-il !

J’ai dit que les Français n’avaient pas accepté une première fois de renoncer à leur pouvoir de décision mais en quoi consiste ce pouvoir de décision ? C’est celui du peuple. La première règle républicaine, c’est la souveraineté populaire. Il n’y a pas de domaine où la souveraineté populaire ne doit pas pouvoir s’exercer. Je veux rappeler que toute la guerre de 1914-1918, qui s’est achevée par une victoire, il faut quand même le mentionner, s’est déroulée sous commandement du Parlement et de l’autorité politique. Et chaque fois que l’autorité politique s’est dégagée en faveur des militaires, chaque fois la situation a empiré. Et il a fallu recourir à des méthodes de violence inouïe contre les troupes. Donc, nous devons rester maîtres de nos propres décisions, si nous ne voulons pas être entraînés dans des conflits qui ne sont pas le nôtres et des guerres que nous désapprouvons. Car celle de 1914 a commencé par une pelée obscure entre  l’Autiche et la Serbie, qui de là passa aux Russes, des Russes aux Allemands, des Allemands aux Anglais et aux Français.  Il faut que le peuple puisse rester souverain dans ces sortes de circonstances. Et nous devons veiller – comprenez pourquoi vous m’entendez protester à chaque fois – à ce que le Parlement, qui représente le peuple français, assume la responsabilité des conflits dans lesquels la France est engagée et ses armées. Vous observerez que dans les deux derniers cas, ce ne fut PAS le cas.

Alors on peut considérer que c’est une question subsidiaire que de savoir si l’on autorise ou non une intervention armée au Mali. Pourquoi ? Ou que c’est une question secondaire de savoir si, oui ou non, on s’engage en Libye. Pourquoi ? Est-ce que les conséquences de ces conflits ne sont pas générales, sur tout le continent dans lequel elles ont lieu, y compris sur nous les Français ? Bien sûr que non, il n’y a pas de petite guerre. Toute guerre relève de la souveraineté populaire et de la souveraineté républicaine.

On ne peut donc accepter plus longtemps la servilité qui nous conduit à nous mettre à la remorque des Nord-Américains qui sont une puissance économiquement déclinante, donc belliqueuse, paranoïaque et agressive. Qui espionne la terre entière et pour quelles raisons ? Ce n’est pas Cuba, ni moi ! C’est eux ! Qui entretient des prisons privées et secrètes sur le continent européen ? Eux ! Qui a installé tant de milliers d’hommes de troupes, tant de navires de guerre dans la Méditerranée avec laquelle ils n’ont aucune frontière commune ? Les États-Unis d’Amérique !

On me dit « c’est de l’anti-américanisme primaire ». Soit, je ferai de l’anti-américanisme « supérieur » quand il y en aura. Non, je réagis comme la tradition républicaine de mon pays me commande de le faire.  Les Français ne peuvent pas être d’accord pour être dirigés par qui que ce soit à qui ils n’ont pas confié cette responsabilité. C’est pourquoi je suis si mal content du fait que le nouveau Président ait eu pour premier acte international, non seulement d’aller signer les ineptes communiqués du G20 – après tout ! – mais surtout qu’il ait été signer, à Chicago, au mois de mai dernier, peu de temps après son élection, le document dans lequel les Français acceptent l’installation des prétendus boucliers anti-missiles que les Nord-Américains proposent d’installer sur notre continent et qui privent les Français de leur propre décision, de leur propre défense et de leur propre protection.

S’il vous fallait rêver, mes chers compatriotes, un instant, quel système d’alliance nous conviendrait ? Eh bien, nous pourrions en imaginer un, très facilement : celui qui réunirait tous les peuples du monde qui seraient d’accord pour partager la défense de leur souveraineté nationale et de leur démocratie. Point final. Sans aucun but de conquête ni de gendarmerie mondiale. Et nous serions, à ce moment-là, plus facilement portés vers nos alliés les plus naturels que sont, en particulier, les pays émergents, que cet incroyable attelage qui s’appelle l’OTAN !

Avez-vous réfléchi à ce point que notre plus LONGUE frontière n’est pas avec l’Allemagne, ni avec la Belgique. Elle est avec le Brésil. Nous avons près de 800 km de frontière commune à partir de la Guyane. Les départements français des Caraïbes – j’ai bien dit les DÉPARTEMENTS, tous sont départements par la volonté populaire exprimée par des suffrages – sont dans les Caraïbes. Vus d’Europe, on les appelle « ultra-périphériques ». Vus d’Amérique, ils sont essentiellement centraux.  Comment considérons-nous cet autre ordre du monde ? Comme ultra-périphérique ou comme essentiellement central ? Pour nous, les Français, c’est central ! Notre pays est le deuxième territoire maritime du monde. Notre pays est présent aux alentours des cinq continents, aussi bien en face de l’Australie avec la Nouvelle Calédonie, qu’en face de l’Afrique, côté Est, La Réunion, Mayotte, et de l’autre côté dans l’Atlantique. Nous sommes un peuple qui n’est pas un peuple occidental. Nous ne sommes pas liés à l’Occident. L’Occident est une fumisterie idéologique qui regroupe des Occidentaux aussi peu convaincants que des Japonais ! Et des peuples d’Europe. Nous ne sommes pas une nation occidentale. Nous ne sommes pas décrits par notre religion, nous ne sommes pas décrits par notre couleur de peau. Nous ne sommes même pas décrits par la langue française puisque 19 pays l’ont en langue officielle ! Nous sommes une nation politique universaliste. Notre vocation est d’être universaliste. Il n’y a pas de France possible dans ses propres frontières uniquement, autrement, qu’en étant une nation universaliste.

Ainsi quand le président SARKOZY avait dit que le premier danger qui pesait sur le monde était la confrontation entre l’Occident et l’islam, en lien avec la théorie stupide du « choc des civilisations » de Samuel HUNTINGTON qui sert de fil conducteur à l’OTAN et au comportement des Nord-Américains, il disait une absurdité qui n’avait aucune conséquence pratique en France autre qu’une guerre interminable entre Français. Et nous, les Français, nous devons y réfléchir avec soin. Nous sommes la grande nation politique habituée aux guerres civiles. Trois siècles de guerre civile, ouverte ou larvée, pour des raisons de religion, entre catholiques et protestants. Les premières persécutions de juifs en France ont eu lieu en l’an 1000, à Rouen. Nous n’avons pas eu autre chose comme choix que d’être une nation universaliste et républicaine parce que tout le reste a été essayé, le massacre mutuel, les conversions de force, la réduction de la France à un seul profil. Rien de tout ça n’a marché. Pas davantage que ne marchera une Europe qui ne repose pas sur la volonté individuelle de chaque citoyen vérifiant son pouvoir donné à ses députés et à son parlement. Chaque fois qu’on essaye de faire un ensemble politique sans le consentement des peuples et de la communauté politique  qui est impliquée, on ne débouche que sur une guerre ou civile ou entre les nations.

Ça vaut la peine de parler de tout ça à l’anniversaire de 14-18 ! J’ai dit la politique du pire ne nous mène nulle part. La politique qui tourne le dos à un ordre international accepté, décrit et reconnu, ne nous mène nulle part sinon à la guerre. Repérons ce qui, dans notre présent, ressemble si fort au passé, avec des moyens de destruction immensément plus importants qu’ils ne l’étaient à l’époque. Mais à l’époque, pour la première fois, on a fait la guerre industrielle. Pour la première fois, on s’est battu dans les airs parce qu’on a vu arriver les premiers avions de combat. Pour la première fois, on a vu arriver les chars, on a vu arriver les gaz, on a vu arriver des populations entières mobilisées pour combattre, des jours et des mois durant, dans la boue, tenant une tranchée plutôt que de céder ou de discuter de quoi que ce soit. Pendant des mois, les soldats ont essayé, à leur façon, tels qu’ils étaient, pauvres hommes, de jeter des ponts.

L’Histoire a retenu ces fraternisations de Noël mais l’Histoire a retenu surtout que la première insurrection victorieuse contre la guerre, C’EST la révolution de 1917 en Russie et qu’aucun argument lié à l’Histoire qui en résulta ensuite ne peut nous faire oublier que la révolution russe de 1917, c’est d’abord la réponse du peuple qui ne veut plus de la guerre. Et les Russes l’ont arrêtée. Et à partir de là, s’est propagé d’un pays à l’autre, sans qu’on sache vraiment par quel moyen, cet esprit qu’il y en avait assez de s’entre-tuer et l’on a vu les scènes de fraternisation se multiplier et c’est comme ça que recommencent, à partir de 1916, 1917, les causes qui ont conduit de 16 à 17 en Russie, lesquelles travaillent aussi les tranchées françaises et les tranchées allemandes. Et c’est en 1916 à la fin, en 1917 jusqu’à la victoire, que l’on voit réapparaître les mutineries de masse et les fusillades de masse. Et c’est le moment où l’on redonne au traître à la patrie qu’a été ensuite le maréchal PÉTAIN, à l’époque général, le droit de recommencer les tribunaux militaires dont on avait suspendu l’autorisation dès lors qu’il était devenu évident que c’était un prétexte à terroriser et à mater. On avait rétabli que les condamnations à mort repassaient par le bureau du Président de la République en vue d’éventuelles grâces. Deux mille cinq cent personnes ont été condamnées à mort dans les tranchées. Six cent ont été fusillées. La différence, ce sont des commutations de peine, certains ont été envoyés au bagne, d’autres ont été punis de toutes les manières possibles, mais du moins on ne les fusillait plus. Et lorsque la tension, les punitions politiques recommencent dans les tranchées, on recommence à fusiller des soldats pour l’exemple. C’est ce qui m’a fait dire qu’à mes yeux, le grand JAURÈS, qui résistait le premier, a été le premier assassiné pour l’exemple. Et n’oublions pas qu’il a été assassiné par un militant d’extrême droite.

N’oublions pas que si le 29 juillet, il y  a une manifestation gigantesque à Paris contre la guerre, le même jour, le grand JAURÈS a fait convoquer le bureau permanent de l’Internationale socialiste pour avoir la discussion. Et dans cette discussion, c’est Rosa LUXEMBOURG qui représente le SPD allemand. Elle est si vive, elle a tellement confiance en elle, qu’elle va peut-être créer une illusion. JAURÈS et les autres pensent que les Allemands n’entreront pas en guerre mais le débat avait lieu.

J’ai dit tout à l’heure certains disaient « la guerre est une opportunité pour la révolution » et JAURÈS répond « il n’y a que la barbarie qui soit sûre ». Mais il y a un deuxième débat : « quelle est notre force à nous, à nous les gens ? C’est que nous sommes le grand nombre. Comment peut-on empêcher la guerre ? Est-ce qu’il y a un moyen d’empêcher la guerre ? OUI, il y a NOUS !  Et c’est la réponse que fait JAURÈS, avec Rosa LUXEMBOURG et avec le délégué à l’Internationale socialiste du parti anglais. Les trois proposent, au congrès de Bâle, que le congrès mette à l’ordre du jour la grève générale pour empêcher la guerre. Cette question est terrible à l’époque. Les états-majors de chaque armée considèrent que l’ennemi de l’intérieur est plus dangereux que l’ennemi qu’il y a en face, parce que le premier empêche d’affronter le second ! C’est la raison pour laquelle les Socialistes et le mouvement révolutionnaire de l’époque partout son pourchassés. Et, comme je vous l’ai dit tout à l’heure, qu’ils compteront parmi les premières victimes des exécutions.

Le débat a lieu et encore une fois les arguments les plus spécieux sont utilisés pour qu’aucune décision ne soit prise. Au congrès de Bâle, en 1912, on décide qu’il faudra que « tous les moyens » soient mis en œuvre pour empêcher la guerre, on ne dit pas lequel ! C’était, déjà, pour faire la « synthèse » de tous les points de vue et maintenir l’unité, fut-ce au prix de l’ambigüité, laquelle est toujours une préparation de la trahison. Une vieille phrase dit qu’on ne sort de l’ambiguïté qu’à ses dépends. Eh bien, tout dépend qui l’emporte. On aurait pu sortir de l’ambiguïté par la grève générale MAIS le congrès de Iéna de 1913 du SPD, le parti allemand, décide qu’on n’utilisera pas la grève générale comme moyen contre la guerre alors, à ce moment-là, JAURÈS sait que la guerre aura lieu. Parce que s’il n’y a pas la grève générale, il y aura la guerre. Pour la raison que les états-majors savent que l’ennemi n°1 pour eux est déjà domestiqué. Et c’est d’ailleurs le SPD allemand, lorsque la guerre est déclarée entre Autrichiens et Serbes, entre Russes et Autrichiens, c’est le SPD allemand qui prévient, dans la journée du 30 juillet, l’état-major et le gouvernement – le gouvernement plus directement qui prévient l’état-major – que le SPD ne provoquera pas de grève générale si la guerre a lieu. JAURÈS est assassiné le même jour.

Mes ami-e-s, mes camarades, mes chers concitoyens, réfléchissez à cet incroyable accomplissement de la nécessité historique sur des questions théoriques les plus abstraites qui, à un moment donné, se réalisent concrètement dans ce fait : qui résiste ? et qui cède ? Il faut avoir la volonté de FER de ceux qui sont prêts à tout perdre plutôt que de céder sur ce qui paraît essentiel pour protéger la paix et l’intérêt général et la nature républicaine de l’avenir en commun. JAURÈS en est mort et peu importe ce que l’on pourra dire après de ce qu’il aurait fait. Il est mort  et il a été assassiné ! Il a été assassiné pour faire taire les ouvriers français, pour faire taire les syndicalistes français et pour permettre que se fasse la sale besogne d’envoyer tout le monde au front se tirer les uns sur les autres. Mais la responsabilité à cette époque, dans nos rangs, du mouvement socialiste allemand ne peut pas être passée sous silence car sinon on n’apprend jamais rien. Sous prétexte d’amitié – bien sûr que nous sommes amis !, bien sûr que nous sommes frères avec les travailleurs, les syndiqués, les salariés et le peuple allemand – mais nous ne le sommes pas davantage aujourd’hui que nous ne l’étions alors de leurs capitalistes et de leur politique pourrie qui conduit cette Europe-ci, celle que nous avons sous les yeux, au même désastre politique que celui qui s’est amorcé en 1914 aussi bien qu’ensuite en 1939 ou 40.

Ce sont des mécanismes similaires qui sont à l’œuvre et lorsque je vois l’Internationale socialiste tomber à genoux au premier jour de l’attaque de la finance internationale contre la Grèce, je dis c’est un signal politique majeur qui a été donné à toute l’Europe. Et lorsque je vois nos camarades du SPD allemand entrer dans le gouvernement de Mme MERKEL, je sais qu’à partir de là c’est un désarmement unilatéral de ce qu’il reste de « gauche » en Europe dans le cœur le plus important de l’Europe actuelle puisque économiquement paraît-il le plus dominateur alors même que les causes qui travaillent en profondeur le reste des peuples travaillent aussi l’Allemagne où il y a plus de pauvres qu’en France, où les salaires sont plus bas en moyenne qu’ils ne le sont chez nous etc. etc.

Un désastre est en train de mûrir et ce désastre a son point de verrouillage, c’est la politique économique, ce sont les politiques d’austérité, c’est une Union européenne qui impose DE FORCE aux peuples des politiques dont ILS ne veulent pas ! Et lorsqu’ils ne veulent pas, lorsque leurs députés disent qu’ils ne veulent pas l’appliquer, comme ce fut le cas à Chypre, lorsqu’il ne s’est pas trouvé une seule voix dans le Parlement pour voter le plan décidé par l’Union européenne et la troïka, alors le banquier central, parce qu’il est indépendant, a décidé de supprimer à Chypre, toute circulation de la monnaie. C’est un acte de GUERRE qui a été commis par un banquier central mais c’est un petit pays alors on n’en parle pas ! Lorsque, enfin, ayant un sursaut de dignité, le Premier Ministre grec décide qu’il ne veut plus appliquer et qu’il va demander l’avis du peuple et provoquer un référendum, en 24 heures il est limogé et un autre prend sa place.

Ce sont des faits que vous avez eu sous les yeux mes chers concitoyens. N’écoutez pas les voix qui cherchent à vous endormir, que tout se passe dans un monde tranquille, où les choses finiront par s’arranger du moment qu’on se tait sur l’essentiel et qu’on s’arrange sur le reste en cachette.

Le SPD allemand, en 1913, à son congrès de Iéna, refuse la grève générale comme moyen d’arrêter la guerre. Iéna, 1913. Et le mouvement socialiste français, en juillet 1914, vote encore un amendement proposant la grève générale. Quel raisonnement fut opposé à ceux qui tenaient pour la grève générale ? Il avait sa cohérence comme toujours. Les mauvaises raisons ne se signalent pas par l’absence de raisonnement. On disait, du côté des Socialistes allemands, « oui mais vous comprenez, si nous décidons la grève générale, comme nous nous sommes très forts nous paralyserons tout en Allemagne mais vous, comme vous n’êtes pas très fort et que vous n’avez pas un syndicalisme très fort – disaient-ils à propos des Français – vous n’empêcherez rien ! Si bien que la grève générale aura un seul résultat, la défaite de l’Allemagne. Raison pour laquelle ces Socialistes-là, si spéciaux, ont décidé qu’ils ne feraient pas la grève générale. C’est-à-dire qu’on aurait la guerre ! Et ils ont quand même eu la défaite de l’Allemagne.

C’est pourquoi il faut toujours regarder à deux fois sur les raisonnements nationalistes qui se prétendent pleins de bonnes raisons et pleins d’intelligence. Il aura fallu un massacre immense pour que non pas la raison mais la force finisse par l’emporter et dans des conditions telles que les conditions de la guerre suivante ont été préparées instantanément. C’est le traité de Versailles où ceux qui avaient dominé parce qu’ils avaient gagné la guerre ont imposé des frontières et une organisation de l’espace géographique qui portait en lui-même de nouveaux conflits. À commencer avec les Allemands. Et deuxièmement parce que, comme la crise avait une origine dans les obstacles internes que rencontrait le capitalisme, il est clair qu’une fois que de nouveaux secteurs, de nouveaux pans entiers d’Europe échappaient au marché capitaliste – ce fut le cas avec l’URSS – et qu’aucune des contradictions de base du système n’avait été réglée, par conséquent tout était prêt pour que ça reparte. Et ça repart !

La crise majeure qui suit, elle est en 1929, c’est-à-dire à peine 15 ans ! 14-29. Tout ça va très vite mes ami-e-s. Très vite. La crise suivante a lieu en 1929 et elle prépare, vous le savez tous – je ne vous fais pas l’injure d’un cours d’histoire – de 29 directement à 1940 ! En transitant par les mêmes mécanismes d’embrigadement populaire pour opposer les peuples les uns aux autres, et les diviser en profondeur. Diriez-vous qu’ils ne sont pas à l’œuvre aujourd’hui ? Bien sûr que oui ! Et vous les avez sous les yeux.

*

Ce détour par l’Histoire est destiné à appeler chacun à réfléchir profondément sur les grandes questions politiques qui paraissent d’abord abstraites mais qui déterminent le cours stratégique de la lutte et des responsabilités que nous avons.

La première d’entre elles est de faire vivre le débat. Nous commémorons pour réfléchir. Pas pour arrêter de réfléchir ! Nous commémorons pour nous permettre de célébrer, c’est-à-dire en toute connaissance de cause, dire « pour finir, c’est JAURÈS qui avait raison ! ».

J’aurais préféré moi que François HOLLANDE ne se contente pas de le mentionner au détour d’une phrase et surtout qu’on n’aille pas chercher Charles PÉGUY à citer parmi ceux qui croyaient que c’était « la der des der », ne serait-ce que parce que  PÉGUY avait outrageusement insulté JAURÈS. Il l’avait traité, évidemment, de « trompette de la trahison », il l’avait traité « d’allié des Allemands ».

Qu’elle est terrible cette Histoire, mes ami-e-s, mes concitoyens, qui vous montrent comment les puissants pourchassent jusqu’à la mémoire de ceux qui nous représentent. Souvenez-vous qu’au procès pour l’assassinat de JAURÈS, son assassin fut acquitté. Et comme il a été acquitté, c’est la veuve de JAURÈS qui a payé les frais de justice. Jamais ils ne nous ont lâché. Pendant des années, on a vu, dans les caricatures, Jean JAURÈS hirsute, car évidemment tout tribun de gauche est une bête furieuse, qui ne se contrôle pas, qui est en colère, eux sont intelligents, ils sont subtils, ils sont fins ! Nous, nous sommes la variante de l’animalité ; nos femmes paraissent sur les barricades dépoitraillées, cheveux au vent, nos hommes sont avinés la plupart du temps, raison pour laquelle Jean JAURÈS est toujours représenté en caricature avec une bouteille de vin de messe dans la poche. Parce qu’en plus, à leurs yeux, nous sommes des hypocrites. On lui disait « comment Monsieur JAURÈS, vous êtes pour la laïcité mais vos enfants ont fait la communion. Vous êtes donc un hypocrite ». C’est-à-dire que dans un acte intime où Jean JAURÈS avait fait la preuve de sa tolérance et de son amour pour son épouse qui, elle, était croyante, c’est ça qu’on lui reproche à lui qui ne l’était pas. Vous voyez ? Tout est bon, quoi qu’on dise, quoi qu’on fasse, contre nous. Et chacun de nous le sait bien. Dans son entreprise, dans son environnement, la tête dure est toujours montrée du doigt. Et du matin au soir, on lui montre un miroir et on lui dit « tu vois comme tu as la tête dure et combien tu n’es pas belle, combien tu n’es pas beau ! ». À la fin, quelque chose du miroir finit par vous déteindre dessus  si vous n’êtes pas capable d’utiliser vous-même le contre poison qui est l’arme de la raison et la certitude d’avoir toujours une attitude déterminée par la raison et la connaissance.

Le savoir se suffit à lui-même, même au milieu des imbéciles ! Et surtout au milieu d’eux !

Ça m’amène à ce point puisque j’ai dit qu’il faut célébrer. Je viens à la question des fusillés pour l’exemple. Puis j’arrêterai mon propos.

J’ai lu que c’était une question douloureuse et qu’il fallait l’aborder avec un esprit de réconciliation. Je voudrais savoir pour qui elle est douloureuse. Je n’ai pas compris. Elle est douloureuse pour notre mémoire à tous. Un esprit de réconciliation ? Quelqu’un est fâché ? Qu’il le dise et qu’il dise pourquoi. Il n’est pas question de réconciliation. Il est question d’autre chose. Nous sommes un siècle après. Nous pouvons regarder ces évènements pour en tirer des leçons.

Pourquoi faut-il réhabiliter tous les fusillés ? Parce qu’on ne peut en même temps dire, comme l’a dit le chef de l’État, « les morts n’ont plus d’uniforme, ils sont tous traités avec respect »…sauf ceux-là ! La guerre charriait de tout : du courage, des fois de la lâcheté – oui, il y a des lâches – pas seulement parmi les fusillés mais parmi les fusillés il n’y avait pas que des lâches ! C’est même SARKOZY, Nicolas SARKOZY, Président de la République, qui a dit « je veux attester du fait que parmi ceux qui furent condamnés, tous n’étaient pas des lâches, bien loin de là ! ». En fait, nous n’en savons rien car ce ne sont pas des jugements qui ont été prononcés, mes chers concitoyens. Vous ne savez pas qui a été condamné pour quoi. Vous ne le savez pas. Une bonne partie des archives a disparu. Il y a eu au moins deux ou trois cas de ce qu’on appelait la décimation, qui vient de l’exemple des armées romaines, un-deux-trois-quatre-cinq-six-sept-huit-neuf-dix t’es mort !… un-deux-trois-quatre-cinq-six-sept-huit-neuf-dix, t’es mort ! Deux ou trois cas où l’on a procédé de cette manière pour réduire les mutins parce qu’on ne savait pas qui attraper ! Et quand il y avait une compagnie entière ou un groupe de soldats qui, tout d’un coup, ou ne voulaient plus sortir de la tranchée parce qu’on l’avait déjà fait sortir deux ou trois fois, surtout parce qu’il y avait dedans des têtes dures. Alors ils refusent de sortir. On ne peut pas fusiller tout le monde alors on en prend un au hasard – non pas au hasard ! – on prend la grande gueule, on prend le petit tribun, on prend celui qui donne du courage aux autres et qui leur dit « on va résister, on ne va pas se laisser faire, on ne veut pas mourir, on a peur ». Bien sûr on  a peur ! Ah ce n’est pas formidable d’avoir peur, surtout à la guerre, mais c’est humain non ? Et on a des raisons de ne pas vouloir mourir !

On a donc assassiné des gens. Il est bien possible qu’il y ait eu au milieu, ici ou là, il y a des gens qui ont été condamnés pour droit commun – très peu ! Sur tous les jugements, il y a un condamné pour viol. Et les autres ?

Nous devons prononcer la réhabilitation pleine et entière de TOUS les fusillés pour dire aux Français quelque chose d’important. On ne dit pas qu’il faut se soustraire au devoir. Écoutez, c’est extraordinaire, eux ont été fusillés, pas PÉTAIN ! Pourtant PÉTAIN les a fait fusiller pour l’exemple. Et lui, on ne l’a pas fusillé ! Je ne dis pas qu’il fallait le faire, il a été condamné puisque c’est un traître à la patrie pour collaboration avec l’ennemi. Mais quand même ! Alors on respecterait tous ceux qui sont tombés sauf ceux-là ? Non !

Et deuxièmement parce qu’on doit faire réfléchir notre peuple. Si l’on doit se soumettre tous au devoir commun lorsque le pays, par la voie de ses représentants, en a donné l’ordre, c’est ça la démocratie ; la démocratie ça ne vous impose pas de penser d’une manière ou d’une autre, c’est une manière de prendre une décision, ce n’est pas pareil ! Eh bien on accomplit son devoir mais dîtes donc, c’est très intéressant ça ! Est-ce que tout le monde accomplit son devoir, aujourd’hui, Monsieur le Président de la République, dans la guerre économique à laquelle vous voulez nous faire participer ? Ou est-ce que, comme d’habitude, les plus puissants ne sont pas les plus planqués ? Est-ce qu’ils ne sont pas ceux qui payent le moins l’impôt ? Est-ce qu’ils ne sont pas ceux qui démolissent les péages ? Bon, je ne vais pas m’étendre davantage sur le sujet puisque c’est la guerre dont nous parlons.

Mais enfin nous devons dire au peuple français, en toutes circonstances, il y a des principes intangibles. Et nous pouvons le dire maintenant, un siècle après, parce que nous ne blesserons plus personne individuellement comme peut-être nous l’aurions fait à d’autres moments. Mais à d’autres moments, d’abord les anciens combattants furent les premiers à demander la réhabilitation d’un certain nombre de fusillés. Alors nous, pris de pudeur que les intéressés ne connaissaient pas, nous refuserions d’en parler ? Non, il FAUT en parler ! Pour dire quoi ?

Premièrement : en TOUTES circonstances, il faut récuser les tribunaux spéciaux. En TOUTES circonstances, il ne peut y avoir d’autre justice que la justice telle que nous en avons délibérée. Il ne peut y avoir de pouvoirs spéciaux, à plus forte raison lorsqu’ils se présentent sous la forme de trois officiers instruisant sans défense, dont ce n’est pas le métier de faire les juges.

Deuxièmement que nous devons êtes vigilants face aux lanceurs d’alerte.  Et cesser de les maltraiter pour le seul fait qu’ils troublent notre tranquillité. Car enfin, ces lanceurs d’alerte-là, savaient qu’ils seraient fusillés. Je voudrais le rappeler à tout le monde. Ceux qui ont refusé d’obéir savaient qu’ils seraient fusillés. C’est donc avec une conscience particulièrement élevée qu’ils agissaient comme ils agissaient. Peut-être que les premiers ne le savaient pas mais les suivants si ! Car, comme vous l’avez peut-être appris, les exécutions se faisaient sur le front des troupes et la nouvelle était ensuite envoyée au village. C’est donc bien une politique de terreur qui était organisée.

Voilà ce que je voulais vous dire sur le sujet. Je crois qu’il faut les réhabiliter tous pour qu’on réfléchisse à ce que signifie le devoir d’obéissance. Ce n’est pas une question simple. Des fois, il faut désobéir. Et c’est à ce moment-là que vous êtes un être humain. Sinon vous êtes un rouage. Je ne dis pas « il faut désobéir par principe » mais je dis « il faut y réfléchir ». Quelles sont les règles d’action qui commandent nos vies ?

Oh je pourrais citer des exemples héroïques de la Deuxième guerre. Les « Justes » avaient-ils raison ou tort ? La question est tranchée. Ils avaient raison. Ils désobéissaient.

Mais l’expérience plus récente m’a confronté, comme militant politique, à des questions de cette sorte. Ceux qui désobéissent parce qu’ils fauchent un champ d’OGM en plein air, doivent-ils obéir ou désobéir ? Qui a raison dans cette circonstance ? Il y a une raison. On n’obéit pas à des ordres qui n’ont pas été délibérés par la souveraineté. Qui a décidé qu’on pouvait en faire en plein air ? Personne donc on peut désobéir.

Mais j’ai vu d’autres cas plus graves. Je me suis engagé profondément dans la lutte contre les dictatures de l’Amérique Latine. Lorsque nous avons fini par vaincre les dictateurs, et que nous avons enfin pu les traîner devant des tribunaux, pour les juger, nous avons vu des gens défiler à la barre et quand on leur demandait pourquoi ils avaient fait ce qu’ils avaient fait – des actes abjects, quelque chose que seule l’humanité est capable de faire parce que les animaux n’ont pas ce genre de comportement violent, cruel et sadique – Pourquoi avaient-ils torturé en masse leurs propres compatriotes ? Pourquoi en avaient-ils jeté depuis des hélicoptères avec des fers attachés aux pieds pour qu’ils se noient ? Pourquoi en avaient-ils torturé pendant des heures ? Pourquoi avaient-ils confisqué des enfants pour les distribuer ? – ces actes inhumains, barbares, fondamentalement barbares – qu’est-ce qu’ils répondaient, mes chers concitoyens, quel était leur argument à ce moment-là, confrontés à l’horreur de leur crime que peut-être ils ne voulaient plus voir ? Ils répondaient : « c’était le devoir d’obéissance ». Ils ont répondu : « c’était le devoir d’obéissance ». J’ai entendu, pendant le procès du général VIOLA, défiler je ne sais combien de militaires. Ce n’est pas à la fonction que je m’adresse mais aux hommes ! à l’individu qui est sous chaque uniforme, sous chaque responsabilité, à la personne humaine, à sa morale…

Devoir d’obéissance…devoir d’obéissance. Vous jetez des hommes à la mer ? Oui devoir d’obéissance. Vous les tabassez à l’électricité toute la journée ? Oui devoir d’obéissance. Devoir d’obéissance. Bien sûr, ce sont des crimes abominables. Vous croyez que parce qu’ils sont abominables, ils sont évidents ?  Que doit faire celui qui aiguille le train qui va vers le camp de la déportation ? Pas de pot, on sait où il est et on sait que c’est lui. Il doit empêcher le train d’arriver. Sinon, devoir d’obéissance.

L’obéissance est un acte conscient. J’obéis pour ma part aux lois parce que j’ai décidé de le faire, pas parce que j’ai peur de la punition. Parce que je crois que c’est la seule manière que nous avons de vivre ensemble. Je me soumets à la démocratie. 51 ont raison contre 49, ce n’est pas évident du tout mais j’accepte ! C’est pourquoi je respecte les lois qui sont décidées en dehors de moi. Mais mon devoir de conscience morale, d’être humain, avant toute chose, et de composante de l’humanité, s’impose à moi par-dessus tout.

Comme disait MONTESQUIEU, je ne vais pas vous citer ROBESPIERRE, MONTESQUIEU : « Avant que d’être Français, je suis un être humain ». ROBESPIERRE, lui, vous aurait dit : « Avant que d’être Français, nous sommes d’abord porteurs de droits universels ET citoyens ».

*

Il faut finir. Je vais le faire avec deux textes. Tous ces jours, je me chantais la chanson que vous connaissez : « Ils étaient usés à quinze ans…ils finissaient en débutants…et tout ce mois s’appelait décembre » hein ?

Et le refrain, vous le connaissez ?

« Pourquoi ont-ils tué JAURÈS ? Si par malheur il survivait…c’était pour partir à la guerre… c’était pour partir à la guerre. Demandez-vous, belle jeunesse, le temps de l’ombre, d’un souvenir, le temps de souffle d’un soupir, pourquoi ont-ils tué JAURÈS ? Pourquoi ont-ils tué JAURÈS ? »

Peut-être qu’après mon exposé, certains auront trouvé des réponses à la question, ou ils la connaissaient déjà ! Et moi, je veux faire vivre sa grande voix encore ! Le 31 juillet, c’est le dernier jour pour JAURÈS. L’après-midi, il va se prendre une balle dans la tête. Le restaurant Le Croissant d’or. Son assassin porte bien son nom, il s’appelle Raoul VILLAIN, hasard de l’Histoire mais en France c’est comme ça ! Celui qui a tiré sur ROBESPIERRE s’appelait MERDAT. Voilà !

Voilà ce qu’écrit JAURÈS. Tout est en train de partir en morceaux. Il le sait. Il le sait depuis un bon moment vous savez ! Moi j’ai lu des textes de lui. Je le vois quand il fait son voyage en Amérique Latine. Le bateau de son frère saute à Toulon. Tout le monde l’accuse : » Monsieur JAURÈS, c’est pas étonnant, c’est son frère qui a fait sauter un bateau »,  bon bref… Accusation absurde, grotesque. JAURÈS dit « les sangsues de la rumeur, les limaces de la rumeur », la calomnie. On connaît ça, ça ne s’est pas arrêté comme procédé ! Il est là dans cette angoisse. Il fallait quinze jours à cette époque-là pour arriver jusqu’à l’Argentine où il allait faire des discours magnifiques. Cette angoisse que la guerre éclate en Europe et que lui soit là-bas.  Déjà que sa vie personnelle est en miettes. Il dit à sa femme, avant de partir : « aimez-moi quand même un peu !». Il sait bien que ce n’est pas une vie qu’il a là, de courir partout. Vous savez ce qu’il allait faire en Argentine ? Chercher des sous pour l’Humanité. C’est vous dire que ça fait un moment que le problème des sous est posé !

Et là, il écrit dans l’Humanité. Et je les fais miennes et vous-mêmes aussi, quand vous entendrez ces lignes, vous les ferez vôtres. Voici ce qu’il dit, avant l’immense tuerie qui va avoir lieu, quelques heures avant d’être assassiné, il pensait ça. Et parce qu’il était, à ce moment-là, comme chacun de vous l’est, à sa façon, là où il est, femme, homme, le point d’appui des autres, celle ou celui vers lequel les autres se tournent pour savoir quoi faire. C’est une responsabilité que chacun d’entre vous doit accepter – je ne vous fais pas la leçon ! – et non pas subir. Nous avons à être fiers d’être la poutre sur laquelle les autres s’appuient. Si nous n’y sommes plus, alors il n’y a plus rien. C’est pour ça qu’ils l’ont tué. Pour qu’il n’y ait plus rien.

Voici ce qu’il disait :

« C’est à l’intelligence du peuple, c’est à sa pensée que nous devons aujourd’hui faire appel si nous voulons qu’il puisse rester maître de soi. Refouler les paniques, dominer les énervements et surveiller la marche des hommes et des choses pour écarter la race humaine de l’horreur de la guerre. Le péril est grand mais il n’est pas invincible si nous gardons la clarté de l’esprit, la fermeté du vouloir, si nous savons avoir à la fois l’héroïsme de la patience et l’héroïsme de l’action. La vue nette du devoir nous donnera la force de le remplir.  Ce qui importe avant tout, c’est la continuité de l’action. C’est le perpétuel éveil de la pensée et de la conscience ouvrière. Là est la vraie sauvegarde. Là est la garantie de l’avenir ».

Vive la République. Vive la France !

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Une réflexion sur “ Discours sur la guerre et la paix – Jean-Luc MÉLENCHON le 11 novembre 2013 à Barbaste (Lot et Garonne) ”

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