Exposé de l’amiral Claude GAUCHERAND – Journée Défense du PG – 01/02/2014

Amiral Claude GAUCHERAND

Ancien conseiller de Jean-Pierre CHEVÈNEMENT

Thème de l’exposé : Défense européenne et défense nationale : de la nécessaire cohérence entre objectifs diplomatiques et capacités militaires.

Je me présente en trois mots : marin, aviateur, diplomate aussi. Pilote humanitaire au Sahel. Je suis allé, avec un groupe d’amis, en janvier 2003, à Bagdad, et ailleurs aussi en Iraq, pour dire que la seule arme de destruction massive qu’on pouvait y trouver était l’embargo de l’ONU, malheureusement. Et s’il y a un homme politique qui m’a inspiré, au cours de ma longue vie – je suis né pendant la drôle de guerre – ce serait Pierre MENDÈS-France. Voilà, vous savez tout sur moi.

Je vous livre cette citation, tirée de John LE CARRÉ, un homme très recherché : « Ignorer l’Histoire, c’est ignorer le loup qui est derrière la porte ». Cette citation inspire ce que je vais vous dire par la suite concernant défense européenne et défense nationale et de la cohérence entre politique étrangère et politique de défense. Ce que je vais essayer de vous démontrer en prenant trois exemples, trois exemples de l’Histoire récente de la France. Je reviendrai ensuite à l’analyse de ces politiques dans le cadre de l’Europe et de la France.

Posons comme axiome que la politique de défense constitue un sous-ensemble de la politique étrangère et ces politiques ne devraient pas ressortir à l’appartenance à la droite, au centre ou à la gauche de ceux qui gouvernent mais être celles de la nation car elles ont en commun de devoir s’inscrire dans le long terme et de n’avoir pour seul objet que la préservation et la promotion des intérêts de celle-ci, en premier lieu sa sécurité et sa souveraineté supposée être chère à tous, admettant le principe gaullien soujacent qu’une nation n’a pas d’amis, elle n’a que des intérêts.

Pourquoi le long terme ? Pourquoi pas d’amis ?

Tout simplement pour éviter de reproduire les erreurs passées, pour corriger les dérives présentes. La conduite de ces politiques exige de porter le regard vers l’horizon avec un œil dans le rétroviseur plutôt que de garder le nez sur le guidon.

Pour illustrer mon propos, voici trois exemples relevant de notre seule nation, faute que l’Europe nous en donne de la nation européenne, en admettant même que celle-ci existe.

Quand l’incohérence prend le pas… En 1918, la France et ses alliés ont gagné la guerre. Ont-ils pour autant gagné la paix alors que les traités de Versailles et de Trianon portent en eux les germes des conflits à venir ? En 1924, c’est l’euphorie de Locarno, cosigné par la France, l’Italie et l’Allemagne avec la certitude que la Grande guerre a bien été la der des der, que la SdN voulue par le président WILSON allait être le lieu de règlement de tous les conflits tandis que la France signe les accords d’assistance mutuelle avec la Tchécoslovaquie et la Pologne, ressuscitées lors de la disparition des empires de l’Est. Avec une armée considérée alors comme la première au monde, la France se dote alors d’une politique de défense strictement défensive en contradiction avec ses engagements à l’Est, la ligne Maginot en est une illustration, face à une Allemagne devenue revencharde en mal de produire du beurre mais disposant de canons. Après la réoccupation de la Rhénanie et l’invasion de la Tchécoslovaquie, sans réaction notable de la France, l’alliance de revers avec l’URSS fit défaut et après neuf mois d’une drôle de guerre immobile, la Wermacht balaya nos défenses après avoir terrassé la Pologne. Quels pays avaient donc été nos amis ?

A contrario, la IVe République, pourtant aux prises avec des guerres coloniales, fut plus cohérente. La France mit clairement ses forces sous la coupe du commandement intégré pour faire face à la menace des armées du Pacte de Varsovie. À l’abri du parapluie des forces nucléaires stratégiques américaines, les armées françaises stationnées en Allemagne participaient au dispositif de combat et son armée de l’air mettait même en œuvre, sous contrôle américain, des armes atomiques. Le SHAPE était installé à Fontainebleau, des bases aériennes américaines et canadiennes se trouvaient dans l’Est, le Nord et jusqu’au centre de la France, la sécurité et, pour une large part, les intérêts des Français, furent de cette façon assurés jusqu’en 1958 au prix toutefois d’une allégeance aux États-Unis quotidiennement présentés comme les amis et les libérateurs de la France.

De la guerre d’Indochine à la guerre d’Algérie, en passant par Suez et le discours de Chicago du sénateur KENNEDY (on venait de trouver du pétrole au Sahara !), la France sans amis était diplomatiquement isolée mais, sur le front de la guerre Froide, elle participait, avec ses alliés, à une résistance dissuasive face à la menace soviétique.

Avec le retour du général de Gaulle, la France modifia, de façon harmonieuse ces deux politiques, politique étrangère et politique de défense, la fondant sur une autonomie génératrice d’une souveraineté reconquise. La politique de défense centrée sur un arsenal de défense nucléaire du faible au fort, avec en concomitance la sortie des forces armées du commandement intégré de l’OTAN, allait servir une politique étrangère ambitieuse, ouvrant notre nation sur le monde, la dégageant de la rivalité paralysante de l’antagonisme Est-Ouest et de l’engagement systématique auprès d’Israël. Ouverture sur les pays non alignés, reconnaissance de la Chine de Pékin, indépendance des colonies et de l’Algérie, renaissance d’une politique arabe, la France apparaît aux yeux du monde, avec ses modestes 60 millions d’habitants, comme une référence respectée. Ses intérêts sont servis, sa sécurité aussi assurée que jamais, au prix toutefois du départ d’Algérie d’un million de nos compatriotes et d’une guerre de huit ans militairement gagnée mais politiquement perdue !

La France a des alliés nombreux mais ne compte pas d’amis. Elle n’a pas d’ennemis ouvertement déclarés. Elle est aussi liée à quelques pays africains par des traités de coopération en matière de défense.

La France ne reconnaît que des États mais pas le droit d’ingérence humanitaire. Notre stratégie de dissuasion nucléaire est efficacement complétée par une stratégie dite d’action indirecte consistant, en quelques mots, à placer, préventivement, des unités des trois armées dans les zones maritimes sensibles et dans les DOM-TOM. C’est la politique du sceau d’eau pour arrêter le feu avant qu’il ne se transforme en incendie.

Les cinq composantes du service national contribuent à homogénéiser notre société. L’armée est présente, sous forme de garnisons, dans l’ensemble du pays et les DOM-TOM, prête à intervenir en cas de catastrophe naturelle ou sociale.

Ayant ainsi établi, par ce coup d’œil dans le rétroviseur, la nécessaire cohérence, de mon point de vue, entre politique de défense et diplomatie, c’est-à-dire entre capacités militaires et objectifs diplomatiques, je commencerai maintenant à vous parler des politiques européennes de défense et étrangère. Ce sera bref !

Sortez dans la rue. Demandez à quelques passants de définir ce que l’on appelle la défense européenne. Pilier européen de l’OTAN, défense de l’Europe, participation supplétive des forces européennes au côté des forces américaines ? Quelles missions ? Quels moyens ? Quelles structures de commandement ? Quelle industrie de l’armement. Et cette défense européenne est-elle bien la résultante d’une politique de défense européenne visant à assurer la sécurité et la souveraineté du peuple européen, elle-même sous-ensemble d’une politique étrangère européenne au service des intérêts de la nation européenne ? Vous n’entendrez plus le mot « européen » dans ma bouche par la suite…

Poser ces questions, c’est évidemment y répondre. Rien de tout cela n’a été clairement défini et moins encore réalisé. A vrai dire, si je vais encore en parler, la défense de l’Europe est assurée, comme chacun sait, par l’appartenance à l’OTAN et aux structures du commandement intégré, c’est-à-dire essentiellement par la puissance états-unienne avec ses 750 et quelques bases réparties sur toute la surface du globe et son budget supérieur à la moitié de ce qui se dépense dans le monde dans ce secteur d’activité. Tandis que pour prix de leur vassalisation, les pays européens rognent sans cesse plus sur leur budget de défense, apprennent la langue anglo-américaine, la culture anglo-américaine, le mode de pensée et de vie américain dispensé largement par les médias.

Alors y-a-t-il une politique étrangère de l’Europe autre que le suivisme de celle que Washington définit ? Et ce tout simplement parce qu’il est clair qu’en Europe, à part la France, il n’y a jamais eu de volonté de construire une défense commune parmi les nations qui la composent, nations qui, pour celles venant du pacte de Varsovie, ont toutes dû passer par la case OTAN avant d’entrer dans le club européen.

J’en viens maintenant aux politiques nationales.

Je voudrais tout d’abord rappeler les propos tenus par James BAKER (secrétaire d’État américain de George BUSH père) à Berlin en 1991, quelques mois après la chute du mur et la première guerre dévastatrice contre l’Iraq fixant pour objectif, à l’horizon 2011, déjà dépassé quand même, la constitution d’une communauté euro-atlantique de Vancouver à Vladivostok. Et, associés à cette déclaration, les propos de Robert Mc NAMARA (président de Ford puis secrétaire à la Défense des présidents KENNEDY et JOHNSON, de 1960 à 1968 et ancien Président de la Banque mondiale de 1968 à 1981) peu soupçonnable d’anti-américanisme primaire. Je cite : « les États-Unis eux-mêmes, par leur tendance croissante à agir de manière unilatérale et sans respect pour les préoccupations des autres sont devenus un État-voyou ». Voilà pourquoi il est nécessaire de dégager notre pays d’une politique étrangère et de défense qui l’inféode chaque jour davantage audit État voyou autoproclamé plus grande démocratie du monde.

Dans l’univers mondialisé qui est le nôtre, tous les pays sont interdépendants. C’est pour cette raison que je préfère la notion de souveraineté à celle d’indépendance que le général De Gaulle définissait ainsi : « une constitution qui l’affirme, une armée qui la protège, une monnaie qui la manifeste, un peuple rassemblé qui la soutient ». Je vous laisse mesurer l’état de dépendance et d’assujettissement auquel, en quarante ans, quatre présidents ont rabaissé la France car la France aujourd’hui, c’est une constitution régulièrement charcutée à l’injonction de ses gardiens, une armée professionnalisée ne sachant plus quel drapeau elle sert, celui de l’Europe, celui de l’OTAN, les trois couleurs, une monnaie sans nationalité, un peuple fracturé où apparaissent chaque jour de nouveaux clivages, communautés ethniques et religieuses, voire générationnelles et régionales, sinon régionalistes.

Alors quelle politique étrangère pertinente ? Eh bien définissons-là ! Elle doit répondre, avant toute chose, à la préoccupation de la sécurité extérieure. C’est ce qui en fait la cohérence et l’unité et c’en est la colonne vertébrale.

La France ne connaît plus de menace directe à ses frontières. De ce point de vue nous pouvons nous considérer, au moins pour quelques temps, en sécurité. [Rires dans l’auditoire]. Ceci date de la disparition du Pacte de Varsovie, considéré depuis 1945, comme la menace permanente et proche des frontières de l’Est et omniprésente sur et sous les océans. Cette situation nouvelle tient donc, non pas à un changement intérieur mais à un changement du monde extérieur avec la disparition du choc des deux blocs et l’émergence ou la renaissance de multiples nations. Il n’y a jamais eu autant de nations aux Nations-Unies.

Simultanément, du fait de la mondialisation et de la croissance exponentielle des moyens de communication, le monde est devenu un village et ce qui se passe ici peut avoir des répercussions à l’autre bout en moins de temps qu’il ne faut pour en faire l’évaluation.

Nous pouvons qualifier le monde actuel, vu de chez nous, d’à la fois global et national, ne présentant pas, à court terme, de menace à nos frontières. Ce n’est donc pas sur celle-ci que se jour, à l’heure actuelle, la sécurité de la France ni en Europe mais à l’échelle du monde. Cela se joue en premier lieu – et je rejoins [il montre de la main, à sa droite, Pascal BONIFACE] à l’ONU, au conseil de sécurité, dont notre pays occupe un des cinq sièges permanents. Cela se joue dans le suivi et l’application des grands traités comme, par exemple, celui de non prolifération nucléaire. Cela se joue enfin dans la sauvegarde de la crédibilité de l’autorité des organismes mondiaux, au premier rang l’ONU, mais ça peut être l’OMC, le HCR, le G8 ou ce que vous voulez, quand telle hyperpuissance que je ne citerai pas voudrait les utiliser à son seul profit. Je vous rejoins encore [il montre Pascal BONIFACE].

En résumé, la politique étrangère dont nous avons l’ambition pour notre modeste pays, doit être d’ouverture mondiale et d’ancrage national. En avons-nous la vocation ? En avons-nous les moyens ? Et en avons-nous la volonté ? J’aurais peut-être pu commencer par la volonté…

La France est une nation dont le ciment est fait d’une histoire déjà longue, et une langue, le français. Son histoire de puissance à la fois continentale et maritime, c’est là un fait, témoigne qu’elle est tournée vers le grand large. Et les continents qu’elle a visités de façon guerrière en Europe, par esprit de conquête ou simplement par défense, mais aussi par la colonisation, mais aussi par le commerce et les idées, comme la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen qu’elle veut croire de portée universelle.

Sa langue, récemment encore, était celle de la diplomatie ; elle est partagée par les pays de la Francophonie ; elle témoigne, elle aussi, de son ouverture sur le monde. C’est pourquoi notre politique étrangère ne doit pas être celle d’un membre parmi 28 du conseil européen mais bien celle d’un membre permanent du conseil de sécurité car c’est effectivement à ce niveau que se joue sa sécurité à long terme comme au quotidien et cela en s’appuyant sur sa qualité de membre éminent de la Francophonie.

Alors, quid de la politique de défense associée ?

De tout ce qui précède, trois conclusions peuvent être tirées concernant la politique de défense. La première est qu’il nous faut une défense nationale, avec une armée mais aussi une industrie d’armement toutes deux nationales.

Pourquoi une armée nationale ? Parce qu’à tout moment, elle doit être à la disposition du politique, de la politique qu’elle sert et donc du gouvernement qui la définit. Ce dernier doit en avoir la totale maîtrise et jouir de la flexibilité de son emploi. C’est-à-dire, pour partie au moins, le contraire de ce que nous vivons aujourd’hui !

La deuxième est qu’il est nécessaire, vital même, de maintenir la force stratégique de dissuasion nucléaire, en la modernisant de façon continue pour en assurer la crédibilité tant au regard des plus puissants que nous mais aussi à l’égard de ceux qui disposent d’un pouvoir de nuisance sur le sol français de métropole ou d’outre-mer et de façon plus générale sur nos intérêts vitaux, pouvoir de nuisance qui serait considéré comme intolérable.

L’erreur de nos dirigeants après la réunification de l’Allemagne, a été de croire qu’avec la fin du Pacte de Varsovie, le temps était venu de jouir des dividendes de la paix avant de profiter de ceux de l’Europe puis de ceux de l’OTAN. Sans prêter attention à la poussée de fièvre impérialiste qui anime les dirigeants états-uniens, Démocrates et Républicains confondus, clairement définie dans le Projet pour un Nouveau Siècle Américain publié en l’an 2000 et dont je vous conseille la lecture, si vous ne l’avez pas déjà lu.

Si gouverner c’est prévoir selon Talleyrand, et choisir selon MENDÈS-France, alors il convient de regarder au-delà de l’horizon des prochaines élections pour évaluer les risques potentiels de la situation à moyen et long termes puis faire les choix politiques, technologiques, industriels, qui s’imposent.

Ce monde apparemment sûr et stable qui nous entoure l’est-il autant que cela ? Et si l’Europe qu’on dit unie venait à éclater comme ce fut le cas de la Yougoslavie et de l’URSS, et si l’OTAN qui tient son monde dans ses filets venait à se dissoudre comme l’a fait le Pacte de Varsovie, et si la plus grande démocratie du monde devenait un État totalitaire disposant des Patriot Act I et II, les intérêts voire les égoïsmes nationaux apparaîtraient alors dans toute leur force. Qu’en serait-il alors de la sécurité de la France ?

Que se passerait-il si telle ou telle puissance menaçait nos voies de communication maritime vitales, ou l’un ou l’autre de nos territoires d’outre-mer ou tel pays ayant avec la France un accord de coopération en matière de défense ?

L’arme nucléaire reste, en la matière, le bon choix, non seulement l’arme mégatonnique de la dissuasion du faible au fort et du tout ou rien, mise en œuvre par la Force Océanique Stratégique, mais l’arme kilotonnique dont l’hypothèse d’emploi est d’autant plus crédible que modulable en puissance. C’est celle avec lesquelles opèrent l’armée de l’air et l’aviation embarquée à partir des porte-avions susceptibles d’être déployés sur tous les océans et toutes les mers.

Maîtriser l’arme nucléaire est enfin un titre à participer à l’ordre nucléaire mondial. C’est bien ce qui donne à la France voix au chapitre lorsqu’il s’agit d’essais, de traités ABM ou de prolifération. N’en déplaise à Messieurs JUPÉ, ROCARD, MORIN, au général NORLAIN et consorts…qui, pour mémoire, ont fait une déclaration disant qu’il fallait se désarmer.

Notre nation est-elle aussi unie et indivisible que cela ? Professionnalisée, en effectifs trop réduits au regard des opérations coûteuses dites du maintien de la paix et de guerre contre le terrorisme, avec une carte des garnisons réduite à peau de chagrin, les armées sont peu à peu usées et coupées de la nation dont elles ne sont plus le creuset.

Pour ceux dont l’objectif est la disparition de la plus ancienne des nations en Europe, c’est là l’occasion de susciter et d’envenimer des troubles. Est-il impensable d’imaginer une Moldavie alsacienne, un Kosovo languedocien, une Bosnie provençale, une Macédoine bretonne ou une Croatie catalane ? Aurions-nous la capacité militaire et la force morale de contrer de telles choses ?

Restaurer une armée de conscription et un service national apparaît comme un des moyens de réunir la nation et de prévenir de tels évènements.

Alors quelles actions et quelles conséquences, pour conclure, convient-il d’assumer ?

Dans un premier temps, il faut faire des choix quasi-philosophiques qui touchent aussi àç d’autres domaines car tout se tient : diplomatie, économie, culture, idéologie.

Quel monde choisissons-nous ?

Primauté du droit international ou celle de la force et de la guerre préventive ? Respect de la souveraineté des nations ou devoir d’ingérence humanitaire ? Indépendance souveraine ou assujettissement à l’hyperpuissance ? Économie contrôlée ou libéralisme sans freins ? Ouverture sur l’islam, la Russie, l’Inde et la Chine ou droits-de-l’hommisme érigé en doctrine ? Voilà les questions. Je n’y réponds pas !

Il y faudra une volonté politique sans faille s’appuyant sur une opinion publique avertie pour mener une politique de rupture, passant, après le rejet par le peuple français du projet de constitution en 2005, à la dénonciation des traités européens et du traité de l’Atlantique Nord et la reprise du contrôle national des forces armées.

Par ailleurs, maintenir un effort particulier dans le domaine de la défense, plus que jamais reposant sur une force de dissuasion nucléaire tous azimuts, car il est clair que sa maîtrise constitue, aujourd’hui encore, l’assurance ultime.

Une défense qui impose également la reprise du contrôle par l’État des industries liées à l’armement. Il y a un intérêt vital et stratégique à ne pas les laisser aux mains de groupes financiers sans frontière. Le chemin sera long et difficile. Il y faudra des sacrifices de confort fondés sur une solidarité collective.

Enfin, si l’on veut bien admettre que toute entité divisée est condamnée à périr – ce n’est pas Charles de Gaulle, c’est la Bible ! – toute politique doit tendre à refaire l’unité de notre pays en réduisant toutes les formes de communautarisme, ethnique, religieux, régionaliste. De ce point de vue, la remise en place d’un service national, tant civil que militaire, pour jeunes gens des deux sexes, constituerait un élément essentiel de l’homogénéisation de la société où toutes origines confondues, se retrouverait la jeunesse, occasion de déceler en plus illettrisme et carences sanitaires et de découvrir quelques valeurs civiques et enfin la signification du drapeau.  Je précise que le service national n’est pas que le service militaire et il comprend cinq branches différentes.

L’indépendance nationale et la souveraineté ont un coût. Ce sera celui d’une guerre larvée dans tous les domaines avec Washington et ses féaux européens en attendant que l’exemple, une fois donné, les choses changent aussi dans le reste de l’Europe. C’est à un conflit long, sournois, multiforme qu’il faudra faire face, celui, millénaire, que conduisent les nations contre les empires. Couvrant toute la panoplie des armes, militaires peut-être, diplomatiques sûrement, économiques et financières bien sûr, de façon plus insidieuse culturelle aussi, les médias en étant les efficaces vecteurs, tandis que l’anglais est langue impériale, cherche et réussit à s’imposer comme langue officielle unique des organismes internationaux de toute nature.

En dépit des manifestations d’amitié franco-américaine séculaire, c’est à toutes ces armes auxquelles notre nation se frotte depuis 1944, année de notre libération. Il faudra aussi compter avec le soutien passif ou actif de tous ceux pour qui une telle attitude de la France serait la bienvenue, conforme à ce qui est souvent attendu d’elle, par les plus démunies des nations mais aussi parmi les plus puissantes.

À ce moment de son histoire où la France est enchaînée à l’Europe et à l’OTAN, de la lutte du bien contre le mal, de la civilisation contre la barbarie, nous devons nous poser cette question, cette première question : est-ce bien là la philosophie de notre nation dans sa relation au monde ?

J’ose croire, avec TOCQUEVILLE, que notre peuple, lorsqu’on l’a arraché à son logis, à ses habitudes, est prêt à tout oser, ingouvernable dès que l’exemple de la résistance est donné quelque part, jamais si asservi qu’il ne puisse encore briser le joug.

Je vous remercie.

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2 réflexions sur “ Exposé de l’amiral Claude GAUCHERAND – Journée Défense du PG – 01/02/2014 ”

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