Le sens de l’Histoire… Choisir ses alliances, savoir les remettre en cause et en former d’autres pour atteindre son but…

À celles et ceux qui me reprochent d’accepter de croire en Jean-Luc Mélenchon, de voir en lui un grand homme d’État, un leader du peuple et un peu, sinon beaucoup, de raisons d’espérer en un retour des jours heureux, à celles et ceux qui, souvent, me rappellent un extrait de l’Internationale (« Il n’est pas de sauveurs suprêmes : Ni Dieu, ni César, ni Tribun »), je répondrai qu’en effet je récuse par principe sauveur suprême et césar mais que les tribuns sont une espèce rare et lorsqu’ils sont droits et honnêtes, qu’ils ont le pouvoir de galvaniser le peuple, ils sont une chance pour tous.

Jean-Luc Mélenchon n’est ni un dieu, ni un césar. Il est en effet un tribun qui sait enflammer la foule, non pas en excitant les pires instincts mais au contraire en élevant la capacité de tous à comprendre, en contribuant à nous donner le courage de résister à l’oppression diffuse, en maintenant allumée la braise afin que, le jour venu, la flamme remette le feu à la plaine en un instant.

Jean-Luc Mélenchon est un géant à mes yeux mêlant le meilleur de Jaurès et de De Gaulle. Il est celui qui peut réunir le peuple français derrière un fanal de combat contre les oligarchies françaises, européennes et mondiales. Il dépasse de beaucoup la gauche dont il est issu et qu’il incarne si bien. Je le vois être le rassembleur des citoyennes et des citoyens éparpillé-e-s sur le spectre politique français. Il déplaît à une certaine gauche comme il déplaît à une certaine droite. Il inquiète l’une et l’autre. Et pourtant, il est aussi perçu, au-delà du PG, au-delà du Front de Gauche, au-delà de la Gauche, comme celui qui, mixant Jaurès et De Gaulle, exprime le mieux ce que souhaite le peuple français, vivre en liberté dans l’égalité et la fraternité, en mettant au sommet de la hiérarchie des valeurs non seulement les trois notions formant notre devise nationale mais aussi le partage, la tolérance, la solidarité, l’exigence inflexible et non négociable d’IN-DÉ-PEN-DAN-CE combinée avec la volonté d’une position internationaliste de la France dans le monde.

Nous sommes, mes camarades, à l’aube d’un temps nouveau si nous savons sentir le sens de l’Histoire. Les alliances d’un jour ne sont pas forcément celles qui doivent exister toujours. La fidélité est une très belle et très noble valeur…à condition que les deux parties concernées aient l’une envers l’autre les mêmes exigences morales. Quand ce n’est plus le cas, quand l’une tente de contraindre l’autre à entériner ou à accepter ses propres choix, fussent-ils odieux et contraires à l’esprit initial de l’alliance qui a été forgée, il est nécessaire, en politique, de préférer l’honneur à l’indignité et la fidélité à des idées et des principes qu’à des hommes ou des partis.

De même que j’ai lu un jour, il y a plusieurs années, une analyse géopolitique expliquant que les Etats-Unis ne seraient sans doute pas notre allié ad vitam et ternam, que cela ne serait le cas que si nos intérêts ne divergeaient pas et que nous acceptions de leur obéir et de ne pas les gêner, aussi peu que ce soit, analyse qui se révèle tellement pertinente depuis quelques années, j’ose dire aujourd’hui que l’alliance avec le PCF a du plomb dans l’aile.

Je n’ignore pas l’engagement, le dévouement, de très nombreux communistes dans le Front de Gauche. Beaucoup sont résolus à mener le combat et d’ailleurs mènent des batailles chaque jour. Ceux-là sont évidemment des nôtres. Mais je m’interroge sur le PCF en tant que parti de la révolution. Refusant une ligne claire, se corrompant du fait des collusions qu’il tolère voire encourage avec notre ennemi commun, menant bataille contre nous parfois, il nous porte tort collectivement. Nous avons donc le droit sacré et le devoir indispensable de dire notre désaccord. Et comme le Front de Gauche a été créé par le PG et le PCF, quand bien même il a été ensuite rejoint par tant d’autres organisations et militant-e-s, et que l’un des deux membres fondateurs a saboté l’œuvre commune, il est, à mes yeux, urgent, de crier « Not in our name » comme le faisaient ces milliers de citoyen-ne-s américain-e-s sous les années Bush pour hurler à la face du monde qu’ils ne pouvaient se retrouver dans leur président, que ce dernier ne les représentait pas.

Aujourd’hui, je suis de ceux qui disent que je ne peux plus militer avec le PC en tant que tel. Pas plus que je ne saurais accepter de faire croire que nos pourrions nous retrouver avec la « gauche » du PS qui se fait entendre depuis peu après avoir rendu possible tant d’horreurs politiques.

Certain-e-s n’ont que le mot « unité » à la bouche mais il ne sert à rien de crier « unité », « unité », « unité », en sautant sur sa chaise comme un cabri si nous ne sommes pas clairs et sur ce que nous souhaitons faire et sur les modalités pour le faire. Seuls, on ne peut rien mais unis avec des traîtres, des lâches, des médiocres, des inconséquents, des pleutres, des arrivistes, on ne peut guère plus! Le rassemblement, pour indispensable qu’il soit, n’est pas suffisant. Il doit se faire dans la clarté et l’honnêteté. Le rassemblement efficace est celui qui réunit des gens résolus dans leur projet de révolution citoyenne et qui n’admettent pas en leur sein une cinquième colonne. Dans les années de guerre et de résistance, l’armée des ombres a connu ses pires pertes du fait des ennemis de l’intérieur. Je regrette de devoir prendre ces exemples car j’ai l’âme paisible, pacifiste. Je n’ai pas un tempérament belliqueux. La première de mes valeurs est l’humanisme mais cela ne signifie ni la naïveté, ni la docilité.

L’heure des tempêtes est venue disait Mélenchon il y a déjà deux ans! En effet, et peut-être même des temps plus tragiques et plus obscurs encore! Tout dépend de ce que nous déciderons de faire et avec qui nous essaierons de le faire.

De tous les temps historiques, la période des années 30 et 40 est sans doute, pour la France, la plus instructive… Face au fascisme encouragé par les puissants, devant l’oppression nazie et la négation de l’humain, des citoyennes et des citoyens héroïques se sont levé-e-s et rassemblé-e-s dans la Résistance. En son sein, des obscurs, des sans-grade, des pouilleux, des connus et des anonymes, des communistes, des socialistes, des gens de la droite républicaine d’alors et des gens qu’on allait nommer plus tard gaullistes. Ils se sont rassemblés, ont vécu ensemble, ont combattu, souffert et parfois sont morts ensemble pour une cause qui les dépassait tous.

Je suis de ceux qui considèrent que, toutes choses égales par ailleurs comme on dit, nous vivons une période du même ordre. Soit nous savons nous dépasser pour défendre l’essentiel ensemble, soit nous poursuivons nos chicayas politiciennes habituelles, chacun dans sa case, et nous mourrons tous.

Martin Luther-King disait : « Nous devons apprendre à vivre ensemble comme des frères, sinon nous allons mourir tous ensemble comme des idiots ».

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