Un film à voir et à revoir d’urgence pour comprendre la réalité géopolitique : « Treize jours »

Je vous invite très vivement à voir et/ou à revoir le film « Treize jours » avec Kevin KOSTNER. Il a été très peu diffusé. Très peu de salles l’ont mis au programme de leurs séances quand il est sorti en 2000. C’est un film de « parlotte », il y a très peu « d’action ». Mais pour celles et ceux qui, comme moi, sont passionnés de géopolitique et d’histoire, c’est un film génial. D’autant que je peux dire, connaissant assez bien la question évoquée avant de voir ce film, qu’il est honnête.

J’avais lu pas mal de livres et d’articles sur ce sujet. Ce film et le contenu des discussions est très authentique car il faut savoir que les conversations entre les plus hautes personnalités de l’administration KENNEDY (« Ex-Com » comme ces réunions furent appelées pour désigner les discussions au sein du « National Security Council Executive Committee ») furent enregistrées sur cassettes audio, à l’insu de presque tous. Seuls les frères KENNEDY et quelques-uns de leurs conseillers étaient au courant. Un livre a même été fait qui retranscrit l’essentiel de ces discussions stratégiques. C’est une « bible ».

Quand bien même un des réalisateurs du film, Philip ZELIKOW, est un menteur professionnel, néoconservateur, ami de BUSH, membre de la commission sur le 11 septembre, il n’est qu’un des maillons et ce qu’il présente ici est globalement authentique.

Ce que ce film montre c’est la folie guerrière de quelques-uns et l’esprit de paix de quelques autres.

Parmi les dingues, certains chefs d’état-major de l’armée:

1/ le général Curtis LEMAY par exemple, de l’Armée de l’air. Ce type était le plus dingue de tous et cela est de notoriété publique pour quiconque a étudié l’histoire américaine. Ancien chef du Strategic Air Command (le commandement des forces stratégiques aériennes dont relevaient notamment les centaines de missiles nucléaires en silos). Pour situer le type, c’est lui qui fut le principal défenseur des bombardements massifs sur les populations civiles en Allemagne et au Japon pendant la seconde guerre mondiale (Dresde, Hambourg, Cologne, Tokyo). C’est un criminel de guerre et un criminel contre l’humanité, de très haut calibre, qui a des dizaines de milliers de morts sur la conscience. Sa philosophie stratégique était de peser sur la décision des gouvernants ennemis en massacrant en masse la population du pays ennemi. C’est LEMAY également qui a joué un rôle majeur dans la décision du président TRUMAN d’employer la bombe atomique par deux fois sur le Japon. TRUMAN y était hostile, comme beaucoup, beaucoup de civils et même de militaires de haut rang qui l’entouraient. Mais LEMAY avait ses réseaux et son influence. C’est lui qui fut entendu. Quelques années plus tard, il fut, parmi les opposants « internes » à KENNEDY, le plus haut placé et le plus radical.

2/ le général David S. SHOUP chef du Corps des Marines était un autre allumé anti-KENNEDY mais lui ne joua qu’un rôle secondaire puisque les Marines ne furent pas engagés dans la crise des missiles cubains. Heureusement !

3/ le général Maxwell TAYLOR, lui, était le président du comité des chefs d’état-major (homologue, quoique non équivalent, de notre chef d’état-major interarmées en France; non équivalent parce que le second a un pouvoir sur les chefs d’état-major que n’a pas le premier). Nommé par KENNEDY pour « contrôler » et réduire l’ardeur belliqueuse de ses « collègues ». Il a très mal joué son rôle. Le film montre bien que lui-même était parfois enclin à penser comme LEMAY bien plus que comme KENNEDY et que seule une différence de forme existait entre LEMAY et lui. LEMAY était une brute, qui n’avait peur de rien et qui ne se souciait pas du protocole. Pour LEMAY, KENNEDY était un minable, un avorton, un pleutre, un « communiste ». Il le traitait comme tel. TAYLOR, lui, était plus diplomate mais il n’a pas su ou voulu s’opposer à LEMAY. A peine a-t-il su temporiser un tout petit peu…

4/ l’amiral ANDERSON, qui était, lui, le CNO (Chief of Naval Office) qui correspond à notre chef d’état-major de la Marine, était aussi belliqueux que LEMAY bien que plus fin. Mais lui aussi a joué un rôle très dangereux et a même parfois outrepassé les ordres exprès du Président. Le film rend bien cette réalité-là. D’ailleurs, la dispute entre lui et le secrétaire à la défense, Robert Mc NAMARA, que montre le film, est célèbre dans les annales de la marine et plus largement encore… L’amiral était destiné à succéder à TAYLOR comme président du comité des chefs d’état-major mais cette virile dispute avec le responsable civil de la défense a coupé court à cet avenir glorieux. Inutile de dire que Mc NAMARA mais aussi les KENNEDY et d’autres « pleutres », qui plus est perçus comme des « communistes », de leur entourage, n’ont pas été en odeur de sainteté chez ANDERSON, LEMAY et quelques autres hauts gradés…et c’est là notamment, quoique pas seulement, qu’on fait un lien avec ce qui se passa le 22 novembre 1963….

5/ Il y avait aussi des dingues de la guerre parmi les civils. Certains conseillers de KENNEDY, certains membres de son administration, certaines personnes consultées par lui, par exemple l’ancien secrétaire d’État de TRUMAN de 1949 à 1953, Dean ACHESON, étaient partisans de la méthode forte, quitte à risquer la guerre directe avec les Soviétiques. Le film « Treize jours » rend très bien cela.

Parmi les hommes de paix, à l’inverse, les deux frères KENNEDY, même s’ils évoluent au cours des jours, qu’ils hésitent sur la conduite à tenir, et qu’ils jouent sur deux tableaux, ce que le film rend bien. Il y avait aussi de ce côté-là le représentant à l’ONU, Adlaï STEVENSON (ancien rival de KENNEDY, battu lors de la primaire démocrate de 1960), certains conseillers…et, du côté russe, il y en avait aussi. Des hommes qui avaient joué un jeu très dangereux en venant provoquer les États-Unis dans leur pré-carré. Si la guerre n’a pas éclaté alors, les KENNEDY et leurs amis y sont pour quelque chose mais KHROUCHTCHEV et ses propres amis n’y sont pas pour rien non plus !

Bref, ce film qui décrit un moment précis dans l’histoire, quelques jours à peine, dit beaucoup sur ce qu’est l’Amérique. Et il est très utile de l’avoir vu et de le méditer…

http://fr.wikipedia.org/wiki/Treize_joursa

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