Edifiant Pierre Laurent, dis-nous, et le Front de Gauche dans tout ça ? par JA.M sur Mediapart

Edifiant Pierre Laurent, dis-nous, et le Front de Gauche dans tout ça ? Au lendemain du 1er tour des élections municipales 2014, lors de l’émission Mots Croisés du lundi 24 mars 2012, Yves Calvi pose la question suivante à Pierre Laurent :

– Un point de précision que j’adresse au Secrétaire National du Parti Communiste : Est-ce que vous ne regrettez pas toutes ces listes communes avec le PS, parce que finalement vous subissez la sanction vous aussi et sans être au gouvernement ?

Réponse de Pierre Laurent :

– Ecoutez non, nous subissons pas la sanction. On a beaucoup parlé de la mairie du Front National qui a été élue dimanche. Y a 37 maires communistes qui ont été élus dimanche soir, personne n’en parle. On parle de peut-être 9 maires Front national élus dimanche prochain. Je pense qu’il y aura plus de 80 maires communistes dans les villes de plus de 20 000 habitants qui seront élus dimanche prochain. Et ce qui frappe justement dans ce résultat c’est que la sanction exprimée à l’égard de la gauche n’est pas aveugle, parce qu’il y a effectivement là où nous menons des politiques municipales efficaces, soit avec des équipes dirigées par des communistes soit des fois avec aussi des maires socialistes il y a des résultats qui sont à contre-courant de cette sanction générale. (sic)

A aucun moment Pierre Laurent n’aura évoqué le Front de Gauche, à croire que seules l’intéressent les villes où les têtes de liste sont « comme une liste » … euh…. communistes, ce qui, dans le partenariat au sein du Front de Gauche, est le cas de l’immense majorité des listes. C’est Yves Calvi qui prononce à deux ou trois reprises le terme Front de Gauche, presque en fin d’émission, mais Pierre Laurent ne le reprendra pas, ou une seule fois, sans doute parce que la question du journaliste était orientée sur l’autre gauche. La première fois où le FDG est évoqué par Yves Calvi, Pierre Laurent répondra : « 26 maires communistes dans le Pas de Calais ». Pas une fois, lors de cette séquence, n’est sorti de sa bouche « Front de Gauche », alors qu’il a prononcé des dizaines de fois « les communistes ceci, les communistes cela ». J’ai songé à ce qui aurait été reproché à Jean-Luc Mélenchon si celui-ci passait son temps à égrener  « PG » en lieu et place de « FDG ». Bref !

Pierre Laurent aurait pu dire quand même : «  des maires issus du FDG, dont certains sont communistes », ou « Notre stratégie au Front de Gauche est ….,  etc. » ou bien : « Là où nous, communistes, nous avons décidé d’honorer le partenariat avec le Front de Gauche car, il est vrai que par endroits nous avons préféré nous allier avec les socialistes et non avec des candidats FDG etc. », nous ne lui aurions même pas demandé de préciser : « … pour des raisons strictement boutiquières et comptables. ».

Eh bien non, il ne dit pas Front de Gauche, il dit seulement :

–        37 maires communistes ont été élus dimanche.

–        il y aura plus de 80 maires communistes dans les villes de plus de  20 000 habitants qui seront élus dimanche prochain.

Basta ! Il suffit ! Khalass !

Mais par qui ces maires communistes ont été ou seront élus ? Par les seuls communistes ?  Non !  Mais seulement par les électeurs du Front de Gauche, qui ne sont pas communistes pour l’immense majorité d’entre eux. Et, nonobstant cela, ce grand stratège de la politique boutiquière, formule les choses ainsi : « des maires communistes », comme s’ils pouvaient ne devoir leur élection qu’aux seules voix communistes. On croit rêver ! On croit goûter à nouveau, étrangement, la même pastille aux couleurs de couleuvre que nous a fait sucer François Hollande entre le deuxième tour de la présidentielle et les élections législatives. Plusieurs camarades et moi-même n’avons pas attendus d’en éprouver le goût. On a recraché illico, et on s’est abstenus de voter au premier tour pour une tête de liste communiste, et nous récidiverons dimanche prochain, car, hélas, nous avons l’immense regret de n’être pas Grenoblois ou Parisiens. Voici la rançon, que beaucoup jugeront négligeable, aux stratégies boutiquières du PCF de ces derniers mois, et légitimée par la formulation des propos d’hier soir de Pierre Laurent, qui en dit long sur son partenariat avec le FDG et les attentes qu’il en a.

En effet, pendant tout ce temps où Piètre Laurent  égrène comme une liste : « communistes » , « communistes » , il n’est pas ou plus question que nous, les camarades du Front de Gauche non communistes, ayant jusqu’ici suivi les recommandations de nos dirigeants, notamment celles de Jean-Luc Mélenchon (car nous avons bien cerné l’objectif de la construction d’une alternative à gauche à la quelle nous croyons ardemment), nous votions pour un gugusse communiste, chef de liste dans nos villes, qui ambitionne de ramener une petite baballe municipale à Colonel F’ra-Rien, laquelle rebondira, à l’heure du bilan, vers colonel Laurent pour lui faire dire au son du tiroir-caisse : « Nous avons tant de mairies communistes. ».  Non mais !

De qui se moque-t-on ? Vont-ils encore longtemps tenir leur électorat tant assidu que potentiel, sinon en otage, du moins par l’oreille pour qu’il vote là où ils lui diront de faire afin de justifier le bien fondé d’une stratégie boutiquière qui sape l’élan du projet commun ? Non ! Nous ne voulons pas, par notre vote, que les dirigeants communistes puissent à terme se féliciter d’avoir adopté la meilleure stratégie pour eux-mêmes, quand bien même elle aura mis à mal la lisibilité globale du FDG.

Il suffit ! Khalass ! Basta !

Nous qui sommes membres PG ou sympathisants, ou socialistes exigeants et déçus, et qui par conséquent votons Front de Gauche, nous sommes nombreux à ne plus supporter la stratégie mercantile des dirigeants du PCF. Il devient clair que leur préoccupation essentielle est de se maintenir là où ils sont, voire d’augmenter ici ou là le nombre de leurs élus en pactisant au besoin avec le PS, quand ils jugent cela opportun pour leur crèmerie, au risque d’engendrer la plus grande confusion en nous assimilant, auprès de l’électorat que nous cherchons à conquérir, à des complices à géométrie variable des politiques de la gauche libérale que nous combattons.

Il est devenu trop criant que les dirigeants communistes se servent de l’outil FDG, qui a pourtant été créée à d’autres fins que celles de voir le PCF renouer avec des scores d’un passé plus ou moins glorieux, et, chemin faisant, trop criant qu’ils sapent une grande partie des efforts fournis par le peuple de gauche nouvellement rassemblé pour une alternative crédible au parti des Solfériniens.  Et le comble étant que bon nombre de ces militants sont des communistes fervents, ardemment animés par le projet de société que propose « l’humain d’abord », mais qui se trouvent en désaccord et douloureusement éprouvés par les tactiques politiciennes récentes de leurs dirigeants, lesquelles s’avéreront vaines bien qu’efficaces à briser l’élan que nous avions créée lors de la Présidentielle 2012 autour de Jean-Luc Mélenchon.

C’est la raison pour laquelle, nombre de sympathisants et militants FDG, à l’issue du choix de la fédération du PC parisien de s’unir à la liste PS d’Anne Hidalgo, amplifié par la suite par d’autres alliances du même acabit dans le pays, ont décidé de ne plus voter pour un candidat communiste qui se présente seul ou tête de liste, qu’il officie ou non sous la bannière FDG, sans qu’il se soit officiellement démarqué de la stratégie des instances dirigeantes de son parti. Et les propos tenus hier soir par Pierre Laurent, s’il en était besoin, radicalisent cette position.

Il serait plus que temps de clarifier le fonctionnement du partenariat des écuries politiques au sein du FDG et de l’assujettir à la réussite du projet commun ; d’établir en somme une charte rigoureuse et qui engage, et au besoin qui permette d’exclure. Personne au sein du FDG, et encore moins son électorat, ne devrait être là pour faire le jeu ou redorer le blason électoral de telle ou telle de ses composantes. A ce jeu là, le projet d’avenir demeurera soumis aux incessantes dissensions, aux querelles contre-productives et, pour finir, nous ne rassemblerons jamais autant que nous le pourrions, et demeurerons condamnés à des scores, hélas, toujours subsidiaires, à la grande satisfaction du libéralisme outrancier de la gauche solférinienne qui gouverne dans une alternance doucereuse avec la droite, et, hélas bientôt, avec les droites !

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