Municipales 2014 : le Front de gauche à la loupe – Par Roger Martelli

L’examen attentif des résultats du Front de gauche au premier tour, dans les villes de plus de 20.000 habitants, montre que son poids électoral est significatif et démontre l’importance de son projet politique… autant que la nécessité de le faire évoluer.

L’analyse est ici menée à partir d’un fichier de 259 communes de plus de 20.000 habitants, dans lesquelles n’a pas fonctionné une logique classique d’union de la gauche. Dans ces villes, trois grands cas de figure sont observés.

Dans le premier, le Front de gauche s’est présenté, avec toutes ses composantes, face à des candidatures du Parti socialiste (comme à Marseille ou Lille). Dans le second, le Parti communiste a reconduit des alliances avec le Parti socialiste (Comme à Paris, Grenoble ou Rennes), une partie du Front de gauche a constitué des listes sans lui. Enfin, dans quelques cas, face au PS, une alliance resserrée s’est constituée autour d’une des composantes du Front (PCF ou PG) ; parfois aussi elle s’est ouverte à des sensibilités différentes, écologistes (Grenoble) ou plus généralement alternatives (Rennes).

L’examen ici présenté s’en tient à ces cas de figure. Il n’inclut donc pas les cas où la totalité du Front de gauche se retrouve aux côtés de socialistes, notamment pour la reconduite de l’équipe sortante, comme à Nanterre, Gennevilliers ou Villeneuve-Saint-Georges. Les données brutes obtenues sont les alors suivantes.

1. Sur le total des 259 communes, les listes d’union de la gauche à direction socialiste et les listes socialistes proprement dites ont recueilli 26,9 %. Quant aux listes d’extrême gauche, animées par LO ou le NPA, elles ont obtenu 1,3 % des suffrages.

2. Les listes écologistes ont été présentes dans 65 de ces communes. Leurs scores vont de 2,3 % (Paris 16e) à 33 % (Paris 2e). Dans 25 cas, ils sont supérieurs à 10 %. Quand ils sont présents dans ce type de communes, les écologistes obtiennent 9,1 % (3 % sur le total de l’échantillon).

3. Les listes désignées par le ministère de l’Intérieur comme étant celles du Front de gauche ou comme des listes « alternatives » où figurent des composantes du Front ont regroupé un total de 8,2 % des suffrages exprimés. Leurs résultats sont bien sûr extrêmement variés. Dans les communes dont le maire sortant conduisait ou soutenait la liste de Front de gauche, ils sont toujours supérieurs à 20 %. Ailleurs, ils vont de 2,4 % (Agde) à 33,5 % (Lyon 1er secteur), en passant par les 24,7 % de Clémentine Autain à Sevran et les 25,8 % de Sofia Dauvergne à Romainville.

4. À l’élection présidentielle de 2012, Jean-Luc Mélenchon avait recueilli 12,4 % dans ces 259 communes. Les analyses de l’époque montraient les potentialités d’un vote qui associait des segments sociologiques variés et des territoires diversifiés, centres urbains tout autant que périphéries. Le Front commençait à agréger des forces, en combinant la force du refus et l’espoir, plus ou moins clair, d’une nouvelle donne à gauche. Il constituait ainsi une potion efficace à la montée du ressentiment populaire.

Les choix gouvernementaux ont cassé l’espérance et mué un peu plus la colère en ressentiment, nourrissant, à parts égales, l’abstention et le vote Front national. Le Front de gauche n’a pas été épargné par ce mouvement, d’autant plus que certains choix d’alliance du PCF ont brouillé son image. Mais, dans ce contexte, les résultats du Front montrent qu’il reste, pour une gauche de gauche, un gage d’avenir. Si l’on tient compte de que, dans les grandes agglomérations, une partie non négligeable de l’électorat communiste traditionnel a voté pour les listes socialistes d’union de la gauche, le résultat global des listes estampillées Front de gauche (8,2 %), dans la France la plus urbanisée, n’a rien de calamiteux. Dans bien des cas, comme à Grenoble, à Rezé ou à Rennes, la posture d’alternative a marqué heureusement le paysage politique local.

Il restera bien sûr à réfléchir pour assurer des progressions à venir. On devra par exemple tenir compte de la vivacité manifestée par de nombreuses listes qui se présentaient comme alternatives à un fonctionnement classique de l’institution politique, partisane comprise.

L’écho de listes dites « citoyennes » un peu partout, dans les villes-centres comme dans les périphéries, doit être interprété sérieusement. Tout comme le score très honorable des listes EE-LV, alors même que les écologistes soutiennent de fait les orientations négatives du pouvoir installé. Dans ces deux cas, ce qui a attiré les électeurs est l’impression qu’on leur offrait une option nouvelle face à un monde politique jugé ossifié.

Peut-être faudra-t-il se dire, après le second tour, que la question posée aujourd’hui n’est sans doute pas seulement de changer le contenu des politiques publiques, mais de changer la politique elle-même, la façon de faire tout autant que ce que l’on fait. Auquel cas, nous devrons apprendre à faire marcher de front la clarté du refus, l’audace des alliances dans la gauche de gauche et la capacité à incarner, dans les mots et la façon d’être, une authentique novation à gauche. À tous les échelons de territoire.

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