L’avènement de Manuel VALLS désespère les droites… Partie 1/2 : le cas de l’UMP

Je disais dimanche soir 30 mars 2014, jour de second tour des élections municipales : « Bienvenue dans un monde de droite… Au Medef, les bouchons des millésimes sautent… »

Cette immense joie que les patrons des grandes entreprises françaises ressentent intensément depuis quatre jours – et surtout depuis lundi – s’ajoute aux grands espoirs déjà caressés depuis deux ans par le club du CAC 40 au vu du sens et du contenu de l’action déterminée du Président de la République et de ses exécutants, sans cesse plus droits dans leurs bottes.

Pourtant cette joie n’est pas partagée par tous dans le système solaire des capitalistes.

En effet, si la défaite sévère du PS, ce dimanche, a ravi les barons de l’UMP, cet instant de félicité et de plénitude aura été de courte durée. Les espoirs les plus fous de revenir au pouvoir à coup sûr à l’occasion de l’élection présidentielle de 2017 avaient de nouveau commencé à germer dans leur esprit dimanche soir alors même que, ces derniers mois, devant le spectacle tragi-comique offert par les leaders de la droite, plus aucun de ces leaders n’imaginait qu’il puisse être envisageable de commencer à croire que la droite institutionnelle puisse gouverner de nouveau le pays avant deux ou trois décennies ! Mais la raclée infligée au PS dimanche soir avait rallumé la flamme éteinte.

Pour s’en convaincre, il n’y avait qu’à voir Alain Juppé, cet homme que l’on présente aujourd’hui comme le plus sage, le plus républicain, le plus habile, le plus fin, de tous les leaders de la droite et du centre, surpassant de manière incontestable tous les petits marquis et baronnets de l’UMP. Or, personne, sinon le peuple lui-même, n’aura oublié que ce fut bien lui, Alain Juppéqui, à l’automne 1995, jeta dans les rues le nombre de manifestants le plus élevé depuis la grande manifestation de 1983 contre le projet mitterrandien de contester à l’école dite « libre » son droit d’être aidée par l’État, ni que c’est lui, Alain Juppé, qui saborda le premier mandat présidentiel de son homme-lige, Jacques Chirac qui avait dit de lui qu’il était le meilleur d’entre eux, ne s’apercevant pas combien son protégé nuirait à ses propres intérêts de chef de l’État ! Chirac, élu sur un beau projet, que lui avait dicté Emmanuel Todd, celui de « réduire la fracture sociale » et de donner naissance à une « France pour tous », allait en effet être saboté par le Premier ministre Alain Juppé, petit comptable à l’esprit étroit.

Trois mois à peine après que Chirac ait gagné l’élection présidentielle en ayant vaincu d’abord, au premier tour, son adversaire de la droite libérale, Edouard Balladur, un bourgeois poudré du XVIIIe siècle égaré au XXe, puis, au second, son concurrent de la gauche traditionnelle, Lionel Jospin, l’ex trotskyste qui allait « entrer dans le réel » une fois installé à l’hôtel de Matignon, Alain Juppé dynamitait la crédibilité du Président et détruisait son image en une seule émission de télé, quand fut annoncé qu’il fallait d’abord réduire les déficits et la dette avant de pouvoir réduire la fracture sociale… La légitimité du Président Chirac venait de partir en fumée !

Donc c’est ce même Alain Juppé, ancien Premier ministre après avoir été deux fois ministre, ancien Président du RPR,  ancien adjoint aux Finances du maire de Paris, ancien député, qui a bien tenté, dimanche soir, de ne rien montrer de son immense ambition pour demain, mais malgré l’absence du moindre sourire sur son visage crispé, malgré une face de pierre qui paraissait aussi vitrifiée que peut l’être une momie égyptienne, chacun a pu lire derrière cette image que le duc d’Aquitaine et prince de Bordeaux a bien l’intention de ne pas demeurer simple prince longtemps encore. « Numéro 1 », celui qui préside aux destinées de l’UMP, Jean-François Copé a bien du souci à se faire…

En fait, en dépit de cette apparente sérénité juppéenne, si personne ne le dit encore ouvertement, le grand parti de la droite bruisse de rumeurs en tout genre depuis que Manuel Valls est passé de la place Beauvau à l’hôtel de Matignon.

Certains responsables de premier plan, comme Luc Châtel, Valérie Pécresse ou Laurent Wauquiez, peinent à dissimuler leur profond embarras et leur vive inquiétude, pour ne pas dire leur insondable désespoir, devant ce coup de Trafalgar du chef de l’État.  Quelques-unes de ces sommités de la droite ne savent plus à quel « saint » se vouer. Les voilà qui errent dans les couloirs du siège de l’UMP, le regard perdu dans le vague, comme frappés de stupeur. La plupart sont prostrés et ne parlent à personne. Mais quelques-uns, malgré tout, ont conservé l’usage de la parole. Et ceux-ci, se lâchent : « l’UMP est foutue » affirme l’un, désabusé ; « Copé n’a aucune chance face à Valls » ose un autre, pendant qu’un troisième va même jusqu’à dire que « le paysage politique français a été bouleversé ces derniers jours et que la question est posée, désormais, d’une fusion pure et simple de l’UMP avec le nouveau Parti Solférinien ».

Notre envoyé spécial dans les locaux de l’UMP a également croisé quelques simples militants et c’est là que les réactions sont non seulement les plus inattendues, mais aussi les plus contradictoires. Voici que l’un d’eux, jeune militant UMP depuis le jour de la fondation du grand parti de la droite, et exerçant sa passion de la politique à Évry, se trouve transporté de joie de voir que l’un des ses « adversaires » est en fait l’un des leurs et qu’il va, lui, pouvoir mettre en œuvre la politique dont l’UMP avait rêvé mais que jamais elle n’aurait osé appliquer.

Un autre, d’âge plus avancé, militant à Meaux, et  qui n’était entré dans un parti politique que le jour où Copé, le maire de la ville dans laquelle il vivait, avait été confirmé comme Président de l’UMP, semblait anéanti. « Tout ça pour ça » répétait-il en boucle. « Pauvre Jean-François qui s’est donné tant de mal pour être aujourd’hui rendu inutile par l’arrivée de Valls à Matignon ! ».

Plusieurs militantes également ne mâchaient pas leurs mots à l’encontre de Manuel Valls : « plagiaire », «  escroc », « voleur », « dépeceur »… voici quelques termes fleuris qui ont été glissés à l’oreille de notre envoyé spécial. Ces personnes, aux profils manifestement très divers, se rejoignaient dans le diagnostic du mal qui frappait le grand parti de la droite depuis quelques heures : le risque de devenir inutile et transparent. Certaines semblaient déterminées à s’adapter malgré tout au nouveau contexte politique et disaient envisager sérieusement de quitter leur famille politique pour aller rejoindre le parti de Manuel Valls, reconnaissant que le PS n’avait plus rien à voir avec ce parti contre lequel elles avaient toujours lutté et qu’il était « enfin entré dans la réalité », qu’il était donc « urgent » désormais de « l’aider, de le soutenir et surtout d’être derrière le nouvel homme fort de la France », devant lequel, finalement, Jean-François Copé « faisait bien triste figure ».

Notre envoyé spécial n’en revenait pas. Après avoir récolté ces derniers témoignages, il a quitté le siège de l’UMP et s’est demandé s’il était vraiment éveillé tant ce qu’il avait vu et entendu là-bas paraissait à ce point irréel. Au moment où il sortit, il ne put éviter, sur le trottoir, un groupe d’autres militant-e-s UMP arborant de curieux badges « Manuel Valls est un des nôtres » et surtout portant à bout de bras une grande banderole sur laquelle était mentionné « L’avenir de la France passe par la fusion du PS et de l’UMP  en un nouveau parti ».

Ces militant-e-s ont hélé notre reporter qui, curieux, s’est approché d’eux pour en savoir davantage. Il s’avère que ces militant-e-s avaient été sortis du siège de leur parti, par le service d’ordre personnel de Jean-François Copé et sur son instruction directe. Ces militant-e-s, hommes et femmes, jeunes et moins jeunes, étaient comme « le métro à cinq heures du soir » pour reprendre cette formule chère à André Malraux, décrivant, jadis, les militants du parti gaulliste au temps du général. Ils arboraient finalement des mines plutôt réjouies alors même qu’ils étaient tenus à l’écart du siège de « leur » parti. Notre reporter apprit bien vite pourquoi ils étaient ainsi agglutinés devant le siège de l’UMP. Ils avaient en fait pénétré tout à fait normalement dans le bâtiment car ils avaient pris rendez-vous avec le Président Copé mais s’étaient vu refoulés peu après pour avoir défendu, devant le président de l’UMP en personne, un discours que ce dernier avait manifestement peu goûté. Ces militant-e-s, dont quelques-un-e-s, avaient un long et glorieux passé constitué de nombreux faits d’armes politiques au bénéfice exclusif de l’UMP ou, pour les plus anciens, du RPR, de l’UDF et des diverses tendances de la droite des années 80 et 90, avaient eu l’outrecuidance de venir suggérer à Jean-François Copé de proposer à Manuel Valls, et ce directement, sans passer par l’intermédiaire d’Harlem Désir, d’en finir avec le « vieux Parti Socialiste », titre d’un des ouvrages écrits il y a quelques années par le tout nouveau Premier Ministre.

Si l’objectif ainsi affiché engendra une première réaction enthousiaste de Monsieur Copé, il n’en fut pas de même de la suite. Ainsi, la solution imaginée par ces militants iconoclastes pour parvenir à bref délai à l’objectif annoncé, froissa le président de l’UMP. L’idée qu’avaient eue ces militants n’était autre que de constituer, sur les ruines du PS et la structure de l’UMP, une nouvelle famille politique. Voici leur argumentation :

puisque la droite et ce que certains appellent encore, mais bien à tort,  la gauche, s’accordent désormais sur la plupart des sujets économiques et sociaux, qu’ils ont la même vision de la politique européenne et étrangère qu’il faut conduire, qu’ils considèrent unanimement que la France a viré à droite toute et qu’il faut donc très vite, pour conjurer le risque d’être balayés par les électeurs aux prochaines élections, offrir à ces derniers ce qu’ils exigent, puisque que le PS y est prêt vu les gages sérieux qu’il a donnés depuis deux ans,  puisque l’Allemagne a montré la voie en gouvernant via un rassemblement de la droite traditionnelle et de la « gauche enfin réaliste et crédible », nous devrions les imiter sur ce point mais aussi tenter de les dépasser en allant plus loin qu’eux.

Ces militants rappelaient que le SPD et la CDU-CSU gouvernent ensemble en Allemagne depuis plusieurs années déjà mais que les partis restent indépendants les uns des autres, du moins au plan du statut juridique relevaient-ils, ajoutant que chacun savait bien que les échanges sont légion à tous les niveaux, de la base à la haute hiérarchie, entre « gauche » et droite allemandes. Pour ces militant-e-s, il était donc « probable » que la fondation en France d’une « nouvelle famille politique inédite », rassemblant en son sein, les forces et les structures de l’UMP et du Parti Socialiste, auxquelles viendraient se joindre celles de leurs bagages accompagnés respectifs, UDI et Modem pour la droite, PRG pour le PS, ne pourrait plus que « monopoliser le pouvoir pour des décennies » puisque, à eux seuls, ils atteindraient enfin cette « inaccessible étoile », ce seuil « mythique » que l’on croyait à jamais infranchissable, qui avait conduit certains à caresser tant d’espoirs puis à connaître tant de déceptions, à savoir le soutien de « deux Français sur trois ». « Avec ce nouveau parti, le paysage politique français serait chamboulé pour des décennies » clamaient-ils et « il n’y aurait plus aucun risque de voir un accident se produire et, par exemple, une véritable gauche rouge, chauffée à blanc, parvenir au pouvoir à la hussarde ». Ils ajoutaient que l’alliance qu’ils proposaient était « certaine de disposer, tout de suite, d’immenses moyens pour agir ». Ils faisaient valoir que si le PS a en effet perdu beaucoup d’élus ce dimanche soir,  il n’en a pas moins conservé « une structure dense » qui le fait exister « dans la plupart des villes de  France », sans compter « tous les départements et régions ». Et, ajoutaient-ils, « bouquet de cerises sur le gâteau », même si ce gâteau s’est un peu avachi depuis dimanche soir, « le PS a infiltré des dizaines de milliers d’associations partout en France mais a aussi placé les siens dans de très nombreux organismes publics et parapublics ». Par conséquent, continuaient ce militants, étant donné l’étendue de la « toile qui a été tissée », il faudrait « plusieurs raclées mémorables successives » pour « nettoyer complètement » le paysage et « extirper les Socialistes, leurs ami-e-s, leurs affidé-e-s, leurs clients ou leurs obligé-e-s de tous les coins et recoins du pays où ils se sont introduits » à la faveur de toutes leurs victoires accumulées depuis plus de quarante ans.

En somme, ces audacieux militants UMP, sans doute un peu plus finauds que la moyenne de leurs congénères, ont défendu, devant leur numéro 1, une argumentation qui, pour être iconoclaste, n’en était pas moins pensée et étayée. Pourtant, le chef de l’UMP ne fut pas convaincu, loin s’en faut ! Plutôt que de leur opposer des contre-arguments, il préféra les jeter hors de son bureau et exiger qu’ils soient tous reconduits, séance tenante, à la porte des locaux du parti. Diverses menaces furent également prononcées à leur endroit par Jean-François Copé si l’on en croit ces militant-e-s.

Ceux-ci, jetés de « chez eux » comme des malpropres, en étaient encore tout marris et ne comprenaient pas ce qui leur arrivait. Certes, ils avaient défendu une ligne de conduite inédite mais en invitant Jean-François Copé à chercher, avec Manuel Valls , la fondation conjointe d’un « nouveau grand parti des libéraux et des Atlantistes », ils croyaient avoir œuvré pour l’intérêt du pays. En effet, dans la vision qu’ils en avaient, ce nouveau parti aurait enfin regroupé tous ceux:

1/ pour qui « l’écologie, ça commence à bien faire » comme le disait Nicolas Sarkozy, ou encore pour qui il est un délice d’entendre le tout nouveau Premier ministre Manuel Valls affirmer mercredi soir, sur le plateau du 20h de TF1, devant un Gilles Bouleau– et surtout une rédaction en coulisse – médusés, que « l’écologie doit se plier à l’économie et pas l’inverse »,

2/ tous ceux pour qui puisque « ce sont les entreprises qui créent des emplois » il faut donc « aider les entreprises, alléger leurs charges » et notamment celles qui « pèsent sur l’emploi » par la suppression de toutes les cotisations sociales, car « il faut d’abord créer les richesses avant de les répartir »,

3/ tous ceux qui considèrent que « les impôts sont beaucoup trop hauts en France », qu’ « il est urgent de les baisser drastiquement pour inciter les entreprises à investir en France »,

4/ tous ceux qui jugent que l’« on ne doit surtout pas décourager les multinationales d’exercer leurs activités en France en légiférant sur un salaire maximum ou sur la limitation de l’attribution des stocks-options »,

5/ tous ceux qui trouvent qu’ « il y a trop de fainéants en France qui attendent tout de l’État »,

6/ tous ceux qui estiment que « l’immigration massive qui envahit notre pays dénature la France » et que les Roms doivent être renvoyés « chez eux »,

7/ tous ceux pour qui les États-Unis sont « la plus grande démocratie du monde », « qui a beaucoup à nous apprendre », que ce devrait être un « modèle » pour nous et qu’il faut donc non seulement signer et ratifier « au plus vite » le Grand Marché Transatlantique mais aussi, plus largement, nous ranger « définitivement » à leurs côtés dans « toutes » les décisions « courageuses » qu’ils prennent sur la scène internationale,

… pour ne citer que les points les plus saillants du débat.

Ces militant-e-s éconduits par leur Président étaient donc remontés comme des coucous et mis à la porte, ils tenaient désormais le pavé devant elle, interpelant les passants, arrêtant les voitures circulant sur l’avenue, tentant de convaincre les gens qui passaient à leur proximité, faute d’avoir réussi à emporter l’adhésion de leur principal responsable.

Ces militant-e-s de l’UMP que notre envoyé spécial avait rencontrés, se foutaient manifestement de l’intérêt étroit des leaders UMP et ne s’intéressaient, eux, qu’aux  politiques menées tandis que lesdits leaders se désespéraient devant l’assombrissement soudain et inattendu de leur avenir personnel, eux qui allaient répétant, dans les couloirs du siège du parti de la droite, « mais pourquoi Hollande nous a-t-il fait ça? »

Notre envoyé spécial avait, au cours des années passées, été parfois le témoin de situations au-moins aussi cocasses sinon étranges que celle à laquelle il assista ce jour. Bien qu’étonné, il n’était donc pas totalement abasourdi. Il semblait même comprendre ce qui était en train de se tramer à droite. Alors qu’il était en train d’écrire son article, le téléphone sonna et il apprit, d’une source sûre, que d’autres choses très bizarres se déroulaient cette fois au siège du MEDEF. Son interlocuteur lui conseilla de venir y faire un petit tour. Notre reporter ne se fit pas prier. Il aurait bien le temps de rédiger son article plus tard en l’étayant peut-être de nouveaux développements incongrus…

À suivre : L’avènement de Manuel Valls désespère les droites… Partie 2/2 : les cas du MEDEF et du FN

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