Du Front de Gauche… « L’impérieuse nécessité de jeter les bases d’une nouvelle formation politique » par Gérard Lahellec*

Tribune parue dans l’Humanité le 07 mai 2014

Gérard Lahellec est vice-président PCF du Conseil régional de Bretagne

 

Le débat est donc relancé sur le devenir du Front de Gauche. Il est bon de se rappeler qu’il était au départ un «Front de gauche pour changer d’Europe», coalition de partis politiques, initiée par le Parti Communiste Français (PCF), le Parti de Gauche (PG) et la Gauche Unitaire (GU) lors des élections européennes de 2009. La vocation majoritaire de cette construction prenait appui sur la victoire du non à 54,68%  au referendum du 29 mai 2005 sur  la ratification du projet de traité constitutionnel européen, entérinée depuis par le traité de Lisbonne.

Si l’on se fie aux points de vue qui ont été publiés par la journal l’Humanité, il n’est pas démesuré de dire que le concept n’est pas clair et que celui-ci est habité d’une multitude d’opinions qui reproduisent, de toute évidence, de nombreux aspects des débats internes qui, de longue date, jalonnent la vie du  PCF et que d’aucun-e-s imaginaient avoir dépassé lorsqu’ils décidèrent de «ranger» le parti sous la bannière du Front de Gauche, palliatif , à leurs yeux, de leur propre  refus d’engager un processus visant  sa métamorphose.

C’est derrière cette bannière et avec la candidature de Jean-Luc Mélenchon à l’élection présidentielle de 2012 que le PCF allait se ranger afin d’effacer au plus vite le calamiteux résultat de l’élection Présidentielle de 2007 qui découlait déjà de l’échec des collectifs antilibéraux qui refusèrent, comme candidature commune, celle de la Secrétaire nationale du PCF…Avec cet accord de 2012, le parti communiste ambitionnait d’obtenir la reconduction de tous ses députés sortants et l’élection de députés nouveaux dans un certain nombre de circonscription jugées «gagnables» et conforter ainsi son groupe à l’Assemblée nationale. Au fond, s’il fallait résumer l’accord électoral convenu à l’époque, nous pourrions le résumer ainsi : «à Mélenchon la Présidentielle, qu’il ne gagnera pas»,  aux communistes, «la réélection des députés et le renforcement de leur groupe à l’Assemblée nationale». Ce choix fut le seul de portée stratégique envisagé à l’époque avec, de surcroît, l’illusion que cette nouvelle appellation allait permettre de dépasser l’essentiel des problèmes auxquels le communisme est confronté depuis le milieu du XXe siècle et sur l’ensemble de la planète. D’emblée,  il faut bien reconnaître que ce choix était, tout à la fois,  la résultante d’une certaine lucidité quant à la difficulté objective pour le PCF de réaliser un score sous la seule appellation «communiste» et de l’illusion que des artifices pouvaient surmonter ce qui s’avère être LA question majeure pour nos rapports à nos concitoyens. Ce choix résonne comme un aveu : le parti communiste a bien conscience que le peuple de France n’est pas prêt à élire un Président de la République communiste! Dans le même temps, il a conscience que pour rassembler le plus largement en s’affranchissant du Parti Socialiste et pour s’affirmer dans le paysage politique, l’appellation «Front de gauche» est plus porteuse que l’appellation communiste.   Dès lors, la seule manière de soutenir une candidature à la présidentielle sans soutenir la candidature socialiste, tout en préservant une ambition hégémonique au sein du Front de gauche  pour conforter le groupe à l’Assemblée nationale, était de faire le choix qui fut effectué à l’époque. En réalité, c’est ainsi que s’est affirmé le dit «Front de Gauche» avec cette illusion qu’il devait permettre de gagner sur les deux tableaux : réaliser un bon score à l’élection Présidentielle avec une candidature non communiste et obtenir l’essentiel en renforçant le groupe communiste à l’Assemblée nationale sous une appellation «Front de Gauche». Rappelons aussi que pour aboutir à cette construction, le parti communiste s’était déjà divisé au moment des élections régionales de 2010 où la perte de la moitié des sièges fut considérée comme le prix à payer pour faire prévaloir une orientation politique qui continue à produire énormément de dégâts.

Alors, avant d’envisager le devenir de cette construction et sa métamorphose, il convient, dans un premier temps, de tirer les premiers enseignements de ce qu’elle a généré en se posant une première question : les objectifs fixés par cette construction ont ils été atteints ?

1. La réponse est oui, si on se place du point de vue du résultat qui a été réalisé à l’élection présidentielle; on peut même affirmer qu’un tel score avec la dynamique qui l’a généré n’aurait pas été obtenu par une candidature communiste et on peut affirmer assurément qu’il ne sera pas atteint par une éventuelle candidature communiste à l’élection présidentielle de 2017. Un premier enseignement politique s’impose donc : le peuple de gauche, disponible pour rechercher une alternative crédible à gauche, n’est pas pour autant disposé à s’aligner derrière les communistes ou derrière le parti communiste. Le grand avantage de la candidature Mélenchon à l’élection présidentielle était de ne pas être issue du parti communiste. Par contre, le fait que cette candidature était issue du parti socialiste lui a procuré un avantage incontestable! J’ajoute que le succès de sa campagne, ses qualités personnelles indéniables, la promotion que lui ont assurée les médias  ont peu à peu conduit à ce que Jean-Luc Mélenchon devienne, aux yeux des Français, l’incarnation à lui tout seul du Front de gauche. Utilisé comme cache-sexe du PCF, il en devenait le parfait substitut. Dès lors, son sort, pour les dirigeants communistes, était scellé. Bref, ceci confirme bien que les problèmes auxquels le communisme est confronté compromettent fondamentalement sa crédibilité. Non seulement, le monde du travail et de la culture n’adhère pas au communisme  mais l’érosion électorale du PCF est continue alors même que son principal concurrent à gauche, le PS, connait d’énorme difficultés avec ses propres électeurs.

2. La réponse est non, si on se place du point de vue du résultat qui a été obtenu aux diverses élections et notamment aux  élections législatives, où le PCF perd  au profit du parti socialiste, la moitié des sièges qu’il détenait. Il est donc clair que le PCF a sous estimé le fait que l’élection présidentielle structure les comportements politiques. Les électrices et les électeurs de gauche ont voté à l’élection législative, pour les candidates et candidats dont la sensibilité politique semblait la plus proche de celle du Président qu’ils venaient d’élire. La démarche front de gauche, à l’élection législative, n’a pas été perçue comme une démarche utile, de  nature à donner les meilleures  assurances pour la réussite de la politique du Président nouvellement élu.

3. La réponse est  également non, si on se place du point de vue de l’élargissement de la démarche d’union et de rassemblement à gauche, que devrait porter le Front de Gauche. En effet, loin de s’ouvrir au rassemblement le plus large des  gens de gauche et des écologistes, le Front de Gauche et l’attitude de son leader ont eu pour effet d’aggraver la division du peuple de gauche, division que les conséquences de la crise et la politique du pouvoir socialiste avait déjà portée vers des sommets. Le Front de gauche, incarné par Jean-Luc Mélenchon, au lieu de chercher à favoriser leur rassemblement, a trop souvent joué un rôle repoussoir pour des personnes pourtant déçues par la politique du gouvernement. Dans le même temps, le PCF affaibli a glissé vers sa maladie infantile, le gauchisme, favorisant ainsi sa classification dans l’extrême-gauche, présentée comme pendant de l’extrême-droite.

4. La réponse est encore non, du point de vue de la perception du Front de gauche comme alternative nouvelle, moderne et crédible comme l’ont prouvé les élections municipales de 2014 où, exceptées quelques situations particulières, le Front de gauche n’émerge pas, tandis que le PCF enregistre  lui, une des plus grandes déconvenues électorales de son histoire !

5. La réponse est toujours non si on se place du point de vue du dépassement du cartel de petites organisations de la «petite gauche» qui composent le Front de Gauche. Et le pitoyable scénario qui s’est imposé pour construire les listes aux élections européennes en constitue la démonstration la plus éclatante. Mais le PCF n’a pas pu faire autrement que d’accepter le scénario qui lui a été imposé car, en le refusant, il prenait le risque de porter la responsabilité de la désunion du Front de Gauche, ce qui l’aurait conduit, assurément, à perdre tous ses sièges au parlement européen. Ce dernier exemple illustre bien le fait qu’au sein du Front de gauche, le PCF perd de son autonomie et de sa souveraineté décisionnelle parce qu’il ne peut pas faire autrement, compte tenu du rapport des forces politique réel dans le pays.

6. Enfin, en se posant la question de savoir si le Front de Gauche a contribué à résoudre les problèmes du communisme et/ou du parti communiste, la réponse est encore non, ce    qui bien sûr normal puisque son ambition se limitait à tenter de les masquer.

On peut donc dire à ce stade, que le «Front de gauche» est un concept qui a pu rassembler plus  de 4 millions d’électrices et d’électeurs à l’élection présidentielle -ce qui n’est pas rien-, essentiellement grâce au rôle de son candidat, qu’il a pu s’attirer de l’intérêt et de la sympathie tant qu’il faisait souffler un air nouveau sur la politique, mais qui a vite dilapidé ces acquis dès lors qu’il est apparu comme une resucée de tout ce que nos concitoyens exècrent dans l’activité politique dominante. Les élections municipales et l’entrée en campagne des européennes ont été pour certains des révélateurs de tares congénitales, soigneusement dissimulées sous le tapis depuis le départ.

 

 

Ces constats étant effectués, ce sont tous ces problèmes, indissociablement, qui remontent à la surface et qu’il faut s’attacher à résoudre. En ne s’attachant à ne résoudre que l’un d’entre eux, la tentation devient grande  de considérer qu’il est stratégiquement juste d’être avec d’autres,  mais que le PCF reste toujours le mieux placé, le plus légitime et le plus compétent, pour définir l’efficacité de toute démarche, quelle qu’elle soit…et qu’en conséquence, il doit se préparer à avoir, en 2017, un candidat issu de ses rangs !

Il est donc urgent de porter un regard lucide sur la situation. Ce qui me semble à l’ordre du jour, c’est l’impérieuse nécessité de passer à autre chose; de jeter les bases d’une nouvelle formation politique, ouverte, démocratique, porteuse de la transformation sociale et pleine héritière des pensées progressistes du passé et de notre temps.

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