Du Front de Gauche encore. Que faire maintenant ? Deux options devant nous : l’alliance des partis ou l’alliance avec le peuple…

lavenir-bergsonBien que la présentation en ces termes de la question qui se pose soit un peu sommaire, voire un peu caricaturale, j’en conviens, il y a aussi un peu – voire beaucoup – de cela.

Je penche pour la seconde option. Moi aussi, je considère, depuis des années – et un peu plus chaque jour – que JLM est un très grand homme politique. Je vois en lui quelqu’un de portée historique, mêlant, pour faire simple et vite, le meilleur de Jaurès et de De Gaulle. Mais je ne suis pourtant pas un illuminé devant un gourou. Et donc, parce que j’ai ma liberté de pensée et un brin de réflexion, je peux aussi être parfois en désaccord avec lui.

Lui est un leader et nous sommes, à des degrés divers, de simples militant-e-s. Nous ne voyons donc pas les choses du même point de vue. Il est un stratège et pense qu’à chaque instant, il faut utiliser tous les atouts du moment, quitte à en rabattre un peu sur certains aspects, pour avancer. Sans doute que nous sommes plus exigeants, un peu moins patients, et que les questions d’appareil nous semblent moins fondamentales et donc que le caractère indispensable de telle ou telle alliance ou « amitié » au sommet n’est pas aussi indispensable qu’il donne l’impression de le croire. Nous sommes quelques-un-e-s à vouloir taper dans la fourmilière, voire à envoyer balader ceux qui nous pourrissent la vie depuis quelques temps. Nous poussons à une refondation du Front de Gauche, et nous sommes quelques-un-e-s à vouloir le faire depuis la base, en nous reposant sur le « peuple » militant…d’où notre APPEL NATIONAL POUR DES ASSISES DU FRONT DE GAUCHE !

Jean-Luc Mélenchon, lui, et nombre de nos porte-paroles avec lui, veulent conserver à tout prix, en tout cas c’est ce qu’ils disent et semblent vouloir faire, l’outil qu’est le Front de Gauche, quel que soit son état, quelles que soient ses faiblesses. Ils veulent avancer sans rien casser. On peut comprendre ce souci de préserver un outil qui a  permis des avancées. Mais il est vrai qu’il y a bien aujourd’hui deux options sur ce qu’il faut faire.

Malgré tout je ne pense pas que l’on doive opposer radicalement l’une et l’autre. Parce que nous, les militant-e-s de la base, nous ne souhaitons pas détruire le Front de Gauche. En tout cas ce n’est pas mon intention à moi et ce n’est pas celle des camarades qui me sont proches, aussi bien dans la vie militante réelle que dans les échanges sur le réseau social Facebook. Il ne s’agit pas de le casser mais de le faire avancer, de lui donner une autre échelle, de le dépasser largement. Même si parfois nous pouvons utiliser des termes « crus et drus » à son sujet, même si nous le disons « mort » en regardant certaines réalités, cela ne signifie pas que nous nous en réjouissions dans une sorte de perversité morbide. Nous essayons de ne pas nous illusionner et nous voulons éviter de nous accrocher à une planche vermoulue. Nous voulons reconstruire un nouveau vaisseau amiral de la conquête du pouvoir.

De l’autre côté, certains considèrent que le Front de Gauche est au minimum un canot de sauvetage, qui nous a permis de stabiliser nos forces, de ne pas nous éparpiller totalement même si nous sommes en étiage par rapport à la présidentielle. Ceci n’est pas faux non plus.

Au final, je dirais que nous devons éviter de nous déchirer, base contre porte-paroles, porte-paroles contre base, faute de quoi nous irons tous collectivement au désastre. Mais sans aller jusqu’à une telle catastrophe, nous devons, en tant que militant-e-s « ordinaires », continuer à pousser fort pour que nous, la base, le peuple, ne soyons pas QUE de simples petits soldats, dociles, disciplinés, obéissants. Nous ne devons pas rejeter globalement toute vision plus « centralisée ». Mais j’ose espérer que dans le même temps, nos porte-parole, ceux qui ont des responsabilités dans nos partis respectifs, aussi bien au niveau national que local, sauront ne pas être butés dans leurs certitudes et éviter les mots blessants. Or certaines déclarations, je l’ai déjà écrit ces derniers jours, me font froid dans le dos. Réponses méprisantes, ton hautain, condescendance ou esprit buté… Par exemple, il est bien de citer Jaurès qui est une de nos principales références mais encore faut-il choisir les citations que l’on rappelle et avoir un brin de jugeote pour ne pas être à contretemps. Ainsi quand je vois que l’un de nos VIP écrit : « Il ne faut avoir aucun regret pour le passé, aucun remords pour le présent, et une confiance inébranlable pour l’avenir », j’en ai froid dans le dos car cela est au-delà de la naturelle et légitime confiance que l’on a dans les siens. Il me semble à moi qu’user de cette phrase aujourd’hui, alors même que nous sommes dans un temps où des questions doivent être posées et des réponses données, à un moment où le débat doit enfin avoir lieu, c’est hurler à tous « Fermez-là ! ». C’est dire à tous « Il n’y aura aucun débat. Nous continuons. Nous n’entendons rien. Fermez le ban ! » J’y vois un aveuglement porteur de lendemains bien tristes.

Ce n’est pas ainsi que nos « leaders » convaincront la base que nous sommes. J’ai envie de reprendre ici la formule chère à Jean-Luc Mélenchon quand il explique, s’agissant de la direction des grandes entreprises, que l’on peut très bien faire sans ceux qui sont à leur tête, en les remplaçant par d’autres et notamment par certains des étages inférieurs, tandis qu’on ne peut rien sans ceux qui sont à la base, sans ceux qui produisent, sans les salariés des entreprises, sans les militant-e-s dans les partis. Un parti peut changer de responsable – et il est évident que certains sont plus talentueux que d’autres, plus avisés, plus inspirés, plus malins, plus stratèges etc. – mais un parti sans militant-e-s ne survivra pas longtemps, surtout s’il a peu d’élu-e-s…

En conclusion, moi qui suis militant du PG, je dirais, pour ma part, que je ne suis pas hostile aux partis, sinon je n’aurais pas choisi d’en rejoindre un, mais je veux que l’on regarde au-delà de nos partis. Je ne suis pas hostile au Front de Gauche, mais je veux qu’il devienne un mouvement du peuple et pas seulement celui d’une petite partie de la Gauche. Je ne suis pas hostile aux leaders mais je veux qu’ils entendent la base et qu’ils respectent les militants. Et cela passe par l’acceptation du débat, des remises en cause éventuelles, des critiques, car si la base n’a pas toujours raison contre le sommet, j’en conviens, le sommet n’a pas non plus systématiquement raison contre la base. Donc le débat doit avoir lieu. La délibération collective doit être possible et au terme de ces échanges, la décision doit résulter d’une procédure démocratique, le vote.

Vous conviendrez que ce discours n’a rien d’extraordinaire ; c’est le nôtre, il me semble. Nous ne cessons de prêcher pour cela. Jean-Luc Mélenchon ne rate pas une occasion – et il a raison – de rappeler que la conviction doit se faire suite à un débat rationnel, à un échange d’arguments et au final le peuple tranche en votant. La minorité s’incline devant la majorité mais n’en abandonne pas moins sa conviction et continue à avoir le droit – et le devoir – de l’exprimer, et d’essayer de convaincre ceux qui n’ont pas encore été convaincus. Eh bien, c’est ce que nous faisons. Alors il serait judicieux que ceux qui portent ces principes au sommet les appliquent dans leurs propres organisations, sinon la cohérence en souffrira et de là naîtra le désaveu. On a bien des progrès à faire sur ce point…

L’APPEL À DES ASSISES DU FRONT DE GAUCHE, que nous sommes un millier à avoir déjà signé, n’a pas d’autre but que celui-là, exiger le débat, aussi bien sur le type, la nature, la structure de l’organisation que nous souhaitons, que sur le fond des questions. Il est temps de revenir aussi aux questions de fond, sur tous les sujets. Le projet de l’élection présidentielle « L’Humain d’abord » est une base, une très bonne base de travail, mais ce n’est plus que cela. Ce n’est pas une bible qu’il ne faudrait jamais retoucher.

Le passé n’est qu’un prologue….
William SHAKESPEARE

L’avenir ce n’est pas ce qui va arriver mais ce que nous allons en faire…
Henri BERGSON

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