Pour rejeter l’Europe néolibérale, les souverainistes de tous les partis devront s’unir – Par « Cochin »

Ce billet a été publié, en tant qu’invité, sur le blog de Laurent Pinsolle (Lien : http://www.gaullistelibre.com/2014/06/pour-rejeter-leurope-neoliberale-les.html)

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Près d’un mois après les élections européennes, il est possible de dresser un premier bilan de leur incidence sur la vie politique française. Comme beaucoup l’ont noté, le vote des Français montre une défiance croissante de ceux-ci à l’égard à la fois des deux grands partis traditionnels, qui obtiennent à eux deux à peine un tiers des suffrages exprimés, et des deux formations les plus favorables à l’Union européenne (les Verts et les centristes), qui ne recueillent que 20 % des voix. D’aucuns ont donc pu voir dans ces élections une victoire des eurosceptiques de tous bords (Front de gauche, Debout la République et Front national), laissant espérer à terme une rupture avec les politiques mortifères menées depuis au moins trente ans par les élites politiques de notre pays.

L’impasse Front national

Un tel constat doit cependant – hélas – être fortement nuancé, et ce pour plusieurs raisons. La première d’entre elles tient au fait que l’électorat eurosceptique s’est porté principalement sur le Front national, c’est-à-dire sur un parti qui, par son passé mais aussi par les régulières prises de position pour le moins ignobles de certains de ses principaux dirigeants, reste en dehors du cadre républicain.

Si l’on peut comprendre que nombre d’électeurs désirant une véritable rupture avec les politiques menées alternativement par l’UMP et par le PS aient accordé leurs suffrages au mouvement qui leur semblait le mieux incarner l’opposition aux anciens partis, un tel choix est cependant regrettable, étant donné qu’il ne permet en rien d’espérer un meilleur avenir. Du fait de son positionnement politique, le Front national, s’il a de grandes chances de se retrouver au second tour de la prochaine élection présidentielle, n’a en effet quasiment aucune chance de l’emporter à la fin, en raison du fait qu’il ne dispose d’aucun allié potentiel au sein des autres grands mouvements politiques et qu’il suscite même largement leur hostilité.

Paradoxalement, parmi les formations eurosceptiques, c’est donc celle qui a le plus de chance de passer le premier tour qui est aussi celle qui a le moins de chance de remporter le second, à cause de l’isolement dans lequel le laissent les autres partis souhaitant rompre avec l’Union européenne – selon nous à raison, mais là n’est pas la question. À l’inverse, Front de gauche, Mouvement républicain et citoyen et Debout la République – qui sont tous trois des partis dont la présence au second tour reste aujourd’hui plus qu’improbable – auraient sans doute toutes les chances de l’emporter dans un face à face avec le PS ou l’UMP, grâce à un efficace report des voix souverainistes (l’auteur de ces lignes, adhérent de Debout la République, n’hésiterait pas un seul instant à voter pour Jean-Luc Mélenchon ou pour Jean-Pierre Chevènement si l’un d’entre eux se retrouvait un jour opposé à un membre de l’UMP ou du PS).

Récapitulons donc : le FN a de fortes chances de passer le premier tour de la prochaine élection présidentielle mais n’a presque aucune chance de l’emporter au second et l’on peut donc dire qu’il stérilise une bonne partie des voix souverainistes, en engageant plusieurs millions d’électeurs dans une voie sans issue (à ce titre, ceux qui accusent ce parti d’être un allié objectif du PS et de l’UMP n’ont pas tort). Les autres partis de rupture semblent quant à eux incapables de passer le premier tour alors même qu’ils pourraient l’emporter au second.

Des souverainistes républicains affaiblis par leurs divisions

La situation n’est donc guère encourageante ; et elle l’est encore moins si l’on considère les débats qui agitent aujourd’hui aussi bien le Front de Gauche que le Mouvement républicain et citoyen et Debout la République.

En ce qui concerne le Front de Gauche, celui-ci reste aujourd’hui incapable de porter un discours unique et cohérent de rupture avec l’Union européenne, ce qui explique sans doute d’ailleurs en grande partie le score relativement faible de ses listes lors des dernières élections. Les nombreuses tribunes publiées depuis sur le site internet de Marianne par des membres des différentes tendances qui le composent illustrent bien tristement cet état de fait, au point que l’on en vient à se demander si le Parti de Gauche ne ferait pas mieux de se séparer de ceux de ses alliés qui sont les plus farouchement arc-boutés dans la défense d’une Union européenne dont ils refusent de comprendre que le néolibéralisme n’est pas quelque chose d’accidentel mais bel et bien de consubstantiel (les analyses de Frédéric Lordon dans son dernier livre sont à cet égard particulièrement éclairantes).

En ce qui concerne le Mouvement républicain et citoyen et Debout la République, on peut regretter que ces deux mouvements, qui portent tous deux depuis plusieurs années des projets réfléchis et cohérents de rupture avec l’Union européenne et le néolibéralisme dominant, n’aient pas été capables de s’accorder pour présenter aux Français des listes communes pour les élections européennes, dont tout laisse à penser qu’elles auraient été en mesure de remporter plusieurs sièges au Parlement européen.

S’unir pour ne plus subir

Face aux partis installés du système et à un FN qui a réussi à se faire passer pour la seule alternative au PS et à l’UMP, les souverainistes républicains n’ont pourtant sans doute pas d’autre alternative que de s’unir pour exister.

Entendons-nous bien : il ne s’agit en aucun cas ici d’affirmer que Front de Gauche, Mouvement républicain et citoyen et Debout la République devraient s’allier lors des prochains scrutins. Des différences de fond existent entre ces partis et il est normal, dans le cadre de notre démocratie, que celles-ci subsistent. Seulement, au delà de ces différences, il faut également faire le constat de nombreux points d’accord, qui sont en réalité bien plus nombreux que ne le pensent beaucoup et qui, surtout, portent sur des questions fondamentales. Du fait de l’existence de ces convergences de vue, des rapprochements de circonstance doivent se faire entre les sympathisants et adhérents de chacune de ces formations (de tels projets ne pourront sans doute pas à l’heure actuelle, pour des raisons diverses, partir des appareils politiques et doivent donc émaner de la base).

Au mois d’avril dernier, au cours de la campagne européenne, l’auteur de ces lignes avait participé à une initiative de ce genre. En publiant sur le site internet de Marianne une tribune cosignée par des adhérents et sympathisants des trois principaux mouvements eurosceptiques républicains, nous avons montré la proximité qui existe de fait entre les électeurs de ces formations.

Les discussions autour du Grand marché transatlantique offriront dans les mois à venir une occasion de poursuivre ces rapprochements inter-partisans. Si nous voulons exister dans le débat publique et ne pas laisser les médias présenter le Front national comme la seule force d’opposition à un libre-échange fou, nous n’avons en effet pas d’autres choix que de nous unir pour peser davantage. Si Front de Gauche, Mouvement républicain et citoyen et Debout la République s’engagent séparément dans cette bataille, ils risquent d’échouer à fédérer l’opinion antilibérale pour la constituer en un vaste mouvement de masse capable de provoquer l’échec du projet. Pour cette raison, seules des discussions ainsi que des manifestations communes de tous les souverainistes républicains pourront permettre de montrer l’enracinement des idées qu’ils défendent dans le pays.

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