Du cartel de partis au rassemblement citoyen – Par François Rodriguez

Note de Vincent Le Roux : Je relaie ce billet car j’y trouve bien des raisons d’espérer au milieu d’un paysage de désolation.

*****

Le cartel n’est pas mort mais le Front de Gauche ?

« Ras-le-bol ! » : L’expression est fréquente ces temps-ci chez les militants du Front de Gauche (dans toutes ses composantes). « Il s’agit d’une fatigue bien naturelle », disent certains et ils ont sûrement raison. Tout le monde est fatigué.

Mais ces expressions de saturation s’accompagnent de critiques plus explicites : « Marre de voir les gens se comporter vis-à-vis de leurs partis, de leurs porte-paroles comme des supporters d’une équipe de football : « le mien est le meilleur ». Si encore, ça se limitait à ça… mais on a droit, aussi au dénigrement des autres composantes  et là, c’est moins agréable à entendre pour les autres. Dénigrement ? Pourtant, ceux qui le disent le pensent vraiment. Ils sont sincères. Sauf en quelques rares exceptions pathologiques, ce n’est pas du calcul ou de la manipulation. La bataille des chefs s’est propagée.

En fait, les désaccords apparents entre porte-paroles des composantes traduisent de réelles différences d’options politiques au niveau des conseils nationaux et l’absence d’une véritable méthode pour les trancher. Le problème récurrent est celui de la relation vis-à-vis d’un PS, lequel conduit des politiques d’inspiration patronale. Certains craignant surtout l’effondrement de « la gauche » tandis que d’autres veulent une rupture claire avec un parti qu’ils ne peuvent plus voir comme un parti de gauche.

« Le  Front de Gauche est mort » dit-on ici ou là. Et chacun de se tourner vers son parti en rejetant la faute sur les autres. On parle toujours du Front de Gauche…mais chacun du sien propre, à ce qu’il semble. Les appareils des composantes, en ce début d’été, après la déception des municipales puis des européennes, semblent s’être fait une raison. Impossibilité de ramener les autres composantes à ses points de vue. Mais personne n’ose dire, au plus haut niveau des partis : «  Nous ne sommes pas d’accord. Il n’y a plus de véritable Front de Gauche ».

Nombre de militants ont perçu le besoin de refonder, de souder par la base en arbitrant démocratiquement les sujets pouvant faire division. Ils ont traduit ça par une proposition d’assises nationales. La proposition n’a été reprise que par une des composantes. Les appareils y ont vu un risque de remise en cause des appareils. Ils ont bloqué. Ils en parleront au sommet.

Aujourd’hui, le Front de Gauche est divisé, ne fait pas front. Il n’existe plus vraiment. La défiance règne.

De plus, la zizanie est contagieuse. Dans les associations et syndicats aussi, l’attitude à adopter pose aussi des questions et génère des débats agités et parfois polémiques alimentées, là aussi par des susceptibilités partisanes.

Une volonté de rassemblement toujours présente

Pourtant, tous ceux qui défendaient « L’humain d’abord » sont conscients du besoin d’un rassemblement pour porter ce programme. Tous ceux qui ont lutté pour ça se rendent bien compte que ce n’est pas un parti politique seul qui pourra y arriver. Alors on se met à imaginer comment établir le lien avec une partie des élus PS ou d’EELV. On comprend le besoin d’élargir, de rassembler. On ne se résigne pas tout à fait à renoncer au Front de Gauche ou on n’ose pas le dire. La situation que je décris là, je l’ai vécue, moi aussi avec tous ses hauts et ses bas, dans une des composantes du Front de Gauche et peu importe laquelle. D’autres l’ont vécu ailleurs. Ma démarche n’est pas partisane. Les tacticiens imaginent un front plus large que le Front de Gauche. Mais on comprend mal cette réponse d’un front élargi : On n’arrive pas à mettre d’accord ses composantes et la solution serait d’en augmenter le nombre dans un nouveau front, un nouveau cartel d’appareils, un cartel encore plus disparate et plus proche du PS ?

En tout cas, chacun percevant la nécessité de rassemblement les appareils ont des réflexes d’appareils cherchant à rassembler… par les appareils et pour les appareils. Peut-être faudra-t-il faire le constat de la véritable situation et faire notre deuil du Front. Oui, faire notre deuil. Mais pas sans le remplacer par un espoir encore plus grand, encore plus réaliste, encore plus puissant. Aujourd‘hui, chacun de nous cherche à imaginer d’autres rassemblements possibles.

Que nous disent les électeurs ? Que veulent les gens ?

Ils nous disent qu’ils sont dégoûtés du politique, de ces gens qui se font élire sur des discours puis font tout autre chose.

Ils nous disent qu’ils perçoivent l’Union  européenne et ses partis eurobéats comme des ennemis qui s’attaquent à leurs droits, menacent les conquêtes sociales et ignorent l’intérêt général écologique.

Ils sont inquiets de voir la sécurité sociale, les retraites, et toute la redistribution sociale s’évaporer par des décisions politiques de gens qui disent vouloir les préserver, les protéger.

Ils en ont assez de voir la santé, l’éducation, tous les services publics reculer au profit du privé qui annonce qu’il apportera d’avantage par l’effet de la concurrence et qui au final apporte moins de service pour plus cher.

Ils ne veulent plus voir les droits de l’homme et la devise nationale de « liberté, égalité, fraternité » méprisée dès lors qu’il s’agit de roms, d’arabes ou d’immigrés aux frontières.

Ils voudraient voir en prison tous ces personnages corrompus qui sont au dessus de tout, même de la justice.

Ils ne veulent plus que le droit au logement ne soit qu’un vœu pieux ou une promesse électorale et disent  que la misère en Europe au 21ème siècle est insupportable.

Ils nous disent par leur vote à Grenoble, qu’ils sont prêts à travailler avec des partis sur des propositions réelles avec le concours d’une association en laquelle ils ont confiance.

Ils nous disent par leur vote en France, qu’ils n’ont plus confiance en des politiciens qui agissent, au final, selon leurs intérêts partisans (au mieux), personnels (pour les moins honnêtes).

Ils nous disent par leur vote en Espagne, qu’ils sont prêts à travailler en cercles citoyens mais qu’ils veulent garder le contrôle, qu’ils ne veulent plus soutenir des politiciens professionnels mais qu’ils sont nombreux, de plus en plus nombreux, à vouloir vraiment agir pour changer les choses.

Quant aux militants, ils aspirent à autre chose qu’à contribuer en collant des affiches. Cette expression est sans doute excessive, exagérée mais elle est entendue à plusieurs reprises et révélatrice d’une distance entre appareils et bases, y compris à gauche.

Il ne s’agit pas de rassembler des partis mais de rassembler des citoyens

C’est à ces demandes qu’il faut apporter les réponses, me semble-t-il. Et vite ! Dans l’Europe du Sud, en France aussi, les cas d’urgence sociale ou écologique se multiplient. Et la réponse que je propose, c’est : faisons-le ensemble. Nous pouvons ! Podemos.

Pour ça, il ne faut pas proposer un parti traditionnel, un de plus. Il nous faut créer une alternative citoyenne. Chacun peut garder son parti où il a plaisir à retrouver ceux qui pensent presque comme lui. Mais chacun doit savoir que c’est dans l’action citoyenne, avec les autres et dans le seul souci de l’intérêt général que se situent les solutions.

Le principal acteur et responsable doit être le citoyen mais pas tout seul dans son coin. Pas non plus derrière des politiciens. Il peut, il doit y avoir une coordination. Il peut y avoir des candidats mais sans jamais perdre de vue que le contrôle se fait dans les cercles, au plus près des gens.

Il nous faut imaginer dans le fonctionnement de ces cercles et leur coordination, le modèle de cette sixième république que nous appelons de nos vœux. Il nous faut créer la force citoyenne rassemblée, seule capable de faire trembler le pouvoir. Pensons des modes de construction de la décision qui soient le modèle de notre future constitution de la nécessaire refondation pour une démocratie réelle.

Les Cercles Citoyens, Podemos, c’est pour moi, la suite de la démarche du Front de Gauche sans la dimension partisane. On garde tout ce qui rassemble et renforce. On refuse ce qui a freiné, gêné, gâché, détourné, … et on fait en sorte de garder le contrôle par la base plutôt que de déléguer. On ne délègue pas autre chose que la mise en œuvre des politiques définies à la base et sous contrôle permanent de la base.

Pour la question des porte-paroles, je ne suis pas inquiet. Les groupes savent toujours reconnaître qui est le mieux à même de porter leur volonté.

Alors, à tous mes camarades Front de Gauche, des syndicats, des associations, je propose le pari suivant. Si vous n’aimez pas polémiquer et que vous avez envie de faire progresser vos idées, venez dans les cercles citoyens. Créez ceux de vos villes ou venez contribuer par vos idées et vos actions à un changement réel. Infiltrez des cercles de toute votre bonne volonté et de toute votre généreuse ambition. Le changement sera porté en commun par beaucoup de gens différents ou ne sera pas.

J’ai la conviction qu’il nous faut passer du cartel de partis au rassemblement citoyen.

Chers amis et camarades, qu’en pensez-vous ?

Pouvons-nous ?

¿Podemos?

Publicités

Une réflexion sur “ Du cartel de partis au rassemblement citoyen – Par François Rodriguez ”

  1. « La bataille des chefs s’est propagée » euh , non , celle là on s’en fout mais la bataille pour imposer nos idées est étouffée sous les coups que beaucoup trop de dirigeants du FDG assènent pour se faire une place

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s