Faut-il réhabiliter le quinquennat ? – Par Laurent PINSOLLE*

Laurent PINSOLLE est membre de Debout La République. Ex porte-parole de ce parti et ex membre du Bureau National, deux fonctions dont il a choisi de démissionner, à plusieurs mois d’intervalles, du fait d’une radicalisation droitière de DLR et de NDA.

Je respecte ce Républicain social de l’autre rive même si je ne partage pas tous ses avis.

Sur la question des institutions et de la constitution, par exemple, nous partageons certaines idées, notamment quant à certains principes qui devraient guider notre régime politique, à ceci près que lui défend un toilettage de la constitution de la 5e tandis que je suis partisan de sa disparition au profit d’une 6e totalement refondée.

Le débat sur ce sujet est de ceux qui m’intéressent le plus et je relaie donc ici son billet du 20 juillet dernier qui aborde un aspect spécifique, celui de la durée du mandat présidentiel. Je rappelle, pour mémoire, que je suis, pour ma part, en faveur de l’idée de la suppression pure et simple de cette institution monarchique qu’est la présidence de la République. J’aurais l’occasion d’y revenir largement ultérieurement.

* * * * *

Lien vers le billet de Laurent PINSOLLE sur son blog : http://www.gaullistelibre.com/2014/07/faut-il-rehabiliter-le-quinquennat.html

Il y a une semaine, L’Oeil de Brutus a attribué au passage au quinquennat une part de responsabilité dans la déliquescence de la Cinquième République. Un argument qui parle aux gaullistes, qui, comme moi, ont voté contre le changement de durée du mandat présidentiel. Et si ce n’était pas la bonne cible ?

La pratique ou la durée ?

S’il est bien logique qu’un mandat de sept ans pousse à davantage se soucier du long terme qu’un mandat de cinq ans, et que la non-cocomitance du mandat présidentiel et du mandat de l’Assemblée instaurait deux temps différents, le septennat poussant à un président plus arbitre, le quinquennat risquant de le pousser à une position de premier ministre bis, les dernières décennies incitent à la méfiance. En effet, Valéry Giscard d’Estaing, pourtant élu pour sept ans et non cinq, n’a-t-il pas été un précurseur du président qui se mèle de tout, brouillant la distinction avec le Premier Ministre, ravalé avant l’heure au stade de « collaborateur ». A contrario, le quinquennat de Jacques Chirac s’est passé en respectant bien la division des tâches originelles de la Cinquième République, malgré un mandat plus court.

Bref, prendre ces deux exemples pousse à relativiser les avantages et les inconvénients théoriques des deux mandats en montrant que plus que la durée du mandat présidentiel, c’est peut-être plus la conception du pouvoir qui prime, un quinquennat pouvant être mené selon l’esprit du Général de Gaulle, du point de vue du partage du pouvoir exécutif au moins, tandis qu’un septennat peut être mené avec les mêmes défauts que l’Oeil de Brutus attribue plus généralement au quinquennat. J’ai fini par acquérir la conviction que les dérives de notre vie politique sont beaucoup plus les conséquences des comportements des personnes qui nous gouvernent plutôt que de nos institutions, ou même des évolutions de nos institutions, même quand je les ai combattues, comme je l’ai fait à l’époque du référendum.

En défense du quinquennat

En outre, l’alignement du mandat présidentiel sur le mandat de l’Assemblée Nationale n’est pas sans avantage. D’abord, cela limite le risque de cohabitation. Etant donné que la plupart des successeurs du Général de Gaulle ne partagent pas sa conception de la vie publique, il n’est peut-être pas inutile d’avoir une organisation institutionnelle qui limite le risque de ces périodes où le président de la République et la majorité à l’Assemblée Nationale ne sont pas du même bord. Je ne vois pas l’intérêt d’un tel partage pour notre pays. En outre, la concomitance des deux élections, mais avec les élections législatives qui suivent l’élection présidentielle, réaffirme la prééminence du président de la République, ce qui me semble bien correspondre à l’esprit des institutions de la 5ème République.

Ensuite, je me demande si, finalement, cinq ans ne correspondent pas à la bonne durée pour un mandat présidentiel. Sept années, après tout, représentent un mandat très long par rapport à ce que font tous les autres pays. Et si cela pouvait correspondre à l’organisation institutionnelle de la Quatrième République ou à la personnalité hors du commun du Général de Gaulle, j’ai tendance à penser que cinq ans donnent assez de temps pour réformer le pays. Après tout, nous sommes loin des excès étasuniens, où il y a des élections nationales tous les deux ans, ce qui, pour le coup, fait que dès qu’une élection est passée, les élus tendent à ne plus penser qu’à leur réélection. Cinq années me semblent représenter un bon compromis entre le fait de donner du temps à l’action du gouvernement et permettre l’expression démocratique du peuple. Peu de pays au monde accordent des mandats de plus de cinq ans d’ailleurs.

Pour toutes ces raisons, même si je m’étais opposé au passage au quinquennat lors du référendum, par fidélité aux institutions mises en place par le Général. Mais avec le temps, j’ai de plus en plus tendance à penser qu’au final, ce n’était pas une si mauvaise réforme.

Note de Vincent LE ROUX : j’invite aussi à lire les différents commentaires publiés par des internautes à la suite du présent billet de Laurent PINSOLLE car il y a des éléments de débat intéressants (voir sur son blog)

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3 réflexions sur « Faut-il réhabiliter le quinquennat ? – Par Laurent PINSOLLE* »

  1. Ce n’est pas tant la durée du mandat du Président de la République Française qu’il faut se préoccuper mais le fait lui-même de l’élection d’un Président au suffrage universel. Dans les conditions actuelles, que cela dure 5 ans ou sept ans, l’élu dans ces conditions s’estime oint d’une toute-puissance et croit pouvoir imposer au Parlement l’orientation des textes de lois, qui, dans une véritable démocratie, lui appartiendrait de plein droit. La constitution de 6ème République devra prévoir que le président est élu par le parlement et que les moyens de sa destitution est également son apanage…

    1. Je suis entièrement d’accord avec toi Robert. Et puis, nous, au PG, nous préconisons la suppression pure et simple de la présidence de la République. J’aurai l’occasion d’y revenir prochainement.

      1. Je suis loin d’être hostile à cette suppression, mais cela va poser un gros problème de représentation internationale. Il faudra trouver une formule qui concilie nos intérêts individuels, publics et ceux du pays tout entier. A qui confier cette tâche ? Le PM ? Cette solution nous mettrait au diapason des régimes monarchiques et/ou partisans. Le comité d’élaboration de la constitution aura bien du travail !

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