Introduction du livre « L’ère du peuple » de Jean-Luc MÉLENCHON – Editions Fayard, septembre 2014

ISBN : 978-2-213-68575-5

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L'ère du peuple par JLM, sept. 2014

POURQUOI CE LIVRE ?

Depuis un siècle, en France, aucun reniement à gauche n’égale celui de François Hollande en deux ans et demi. Comme beaucoup de gens, je suis sidéré : je n’aurais jamais cru qu’il trahirait ses électeurs aussi vite, aussi grossièrement, aussi totalement. Dès lors, « la gauche et la droite, c’est pareil », disent amèrement ceux qui refusent à faire la différence entre notre idéal et la supercherie qui gouverne en son nom.

Pendant ce temps l’orage gronde. Notre monde contient des risques inouïs. Le changement climatique est amorcé, l’âge du dollar-roi et de la finance exubérante a généré une bulle financière qui va éclater, l’empire nord-américain court à l’effondrement, l’humanité toujours plus nombreuse met sous tension toutes les ressources de la planète et continue son expansion en annexant la mer de la pire façon. Dès lors, quel crève-cœur de voir la France rabougrie !

À cette heure notre République devrait se dresser de toute la hauteur de son peuple sur la scène du monde. Elle ne devrait pas être enfermée dans la servile allégeance aux États-Unis d’Amérique et à leur dangereuse politique impériale. Elle ne devrait pas être cette pauvre chose ballotée par les évènements, tenue en laisse par Mme Merkel. Elle ne devrait pas vivre dans la gêne et sous le fouet d’une poignée de déclinistes payés pour la démoraliser et la faire douter d’elle. Au contraire elle devrait marcher aux avant-postes du nouvel âge de l’humanité qui se dessine sous nos yeux, être la cheville ouvrière d’une nouvelle alliance des peuples. Sinon, comment faire face à l’incroyable défi écologique et géopolitique qui menace d’anéantir la civilisation humaine ?

Le goût du futur

J’écris pour refuser l’asphyxie de la pensée progressiste dans le règne glauque de François Hollande et de sa bande de copains de promotion. Mais aussi pour ne pas étouffer dans la critique de leurs turpitudes. Et enfin pour ne pas laisser croire que notre avenir serait e revenir à la doctrine de je ne sais quel passé glorieux.

Je propose de ne pas en rester aux dénonciations. Pour respirer à pleins poumons, visons un point plus haut que l’horizon du présent démoralisant. Ainsi faisaient nos anciens pourtant lourdement cadenassés dans leur statut social et leur quotidien harassant. Ils regardaient plus haut et du coup ils voyaient plus loin. Le goût du futur, de ce petit matin du monde nouveau qu’on préparait, mettait la mesquinerie du présent à sa place et permettait d’y figurer jusque dans les mauvais jours le front haut et même le sourire aux lèvres. Reprenons leur fil. Hollande finira par partir. Certes ses dégâts sont déjà considérables et parfois irréversibles. Mais il aura quand même eu le mérite de soulever une nausée créatrice. Elle nous aura tous obligés à une autre façon de penser et d’agir.

La bifurcation

On nomme mal ce que nous vivons : pourquoi continuer à parler de « crise » comme on le fait depuis trente ans ? Les mots ont un sens. Il n’y a pas de crise. Il y a un changement total de la trajectoire de l’histoire de l’humanité. Une véritable bifurcation. Les nouveautés les plus radicales de notre époque ont été bien décrites par les intellectuels de tous pays, mais elles ne sont pas prises en compte dans la sphère politique. Parfois, elles sont ignorées. D’autres fois, leur nouveauté fulgurante est méconnue. Et plus souvent encore, leur conjonction n’est pas pensée. Je vois les mécanismes autodestructeurs de la société humaine qu’elles contiennent. La « grande régression » décrite par l’économiste Jacques Généreux est déjà très avancée. Je vois surtout l’aveuglement des élites dirigeantes, l’infinie cupidité des puissants, la perversité de l’égoïsme édicté en norme suprême dans tous les domaines, la folie du fanatisme religieux qui dilapide l’énergie de masses immenses. Pour autant, faut-il avoir le blues et se joindre aux dandys de la pleurnicherie ? Le pessimisme face au futur ne doit pas être un argument supplémentaire pour l’inaction dans le présent.

De toute façon, justement par ce que nous sommes tous le dos au mur, je crois que l’imagination et le goût de vivre seront les plus forts à la fin. La même mécanique qui pourrait nous broyer porte des enchainements tout aussi vigoureux qui poussent l’humanité à chercher une sortie par le haut. Il faut donc repérer les points d’appui pour rebondir le moment venu ! Les occasions viendront de porter plus loin que jamais notre projet dans l’histoire. La question posée n’est pas de savoir si nous allons y arriver, et encore moins d’espérer d’être félicités pour avoir eu raison avant tout le monde. Jusqu’à la victoire, il n’y a que des coups à prendre. Nous devons seulement examiner si nous avons des raisons d’agir et des moyens d’avancer.

Place au peuple

Dans les tensions terribles que contient notre époque se niche la possibilité d’un rebond positif vers un tout autre futur. Les multitudes humaines le tenteront. Non pour des raisons idéologiques mais pour répondre à des problèmes concrets que la société actuelle est incapable de résoudre. Non à l’appel d’improbables prophètes inspirés, mais par des enchainements d’évènements souvent parfaitement fortuits. Je sais bien que l’énergie des mases immenses enfermées dans une impasse peut entraîner des éruptions du mauvais côté du volcan. C’est le cas en France avec la dynamique de l’extrême droite. Mais la mécanique qui mine l’ordre politique n’est pas liée aux circonstances politiciennes de chaque pays. Les raisons qui mènent à son effondrement sont aussi globales que l’est notre monde actuel.

L’action sera menée au nom de l’intérêt général humain : ce sera le nouveau cri de ralliement. Le peuple va la mener et non une classe particulière dirigeant le reste de la population. Le peuple, à savoir les nuées humaines urbanisées qui forment l’essentiel de la population contemporaine. Le peuple, c’est-à-dire cette multitude quand elle devient citoyenne. À savoir quand les individus qui la composent prennent le pouvoir sur leurs conditions de vie. Et quand ils élisent une assemblée constituante pour instaurer les nouvelles règles de vie commune. Le peuple détrônant la petite oligarchie des riches, la caste dorée de politiciens qui sert ses intérêts et des médiacrates qui envoûtent les esprits. Il le fera ! Non par jalousie ni par envie de bénéficier à son tour des consommations grotesques de la caste des ultra-riches, mais pour vivre une vie décente et relever le défi du cataclysme qui s’avance sur la civilisation humaine. Dès lors le récit que je présente dans ses pages peut être considéré comme une théorie de la révolution citoyenne.

Nouveaux repères

En préparant ce livre, je savais que je ne voyais plus les faits et le monde comme autrefois, lorsque je partageais l’essentiel du message traditionnel de la gauche. Je me suis transformé par le travail que j’ai accompli à mesure que j’ai lu et voyagé, agi et appris dans toutes les tâches qui m’ont été confiées au fil de ces dernières années de ma vie tumultueuse de citoyen très engagé. Mon évolution tient pour beaucoup à ma rencontre avec l’écologie politique (à ne pas confondre avec la firme qui truste le label) et aux brassages qu’elle a opérés dans la compréhension de notre temps. Mais tout aussi certainement, c’est l’œuvre du contact approfondi avec les récentes révolutions démocratiques de l’Amérique du Sud, du « printemps arabe » et des « marées citoyennes » d’Espagne.

L’effondrement du projet européen dans l’euro fort, les politiques d’austérité et le grand marché commun avec les États-Unis d’Amérique m’ont mis au pied du mur : repenser le monde. Je me suis profondément réorienté sans abandonner un seul jour ni la lutte, ni ses fondements intellectuels en moi, ni le matérialisme historique dont je me suis toujours inspiré, ni le républicanisme qui m’anime, ni l’universalisme qui est ma religion humaine, ni le refus de l’aberrant capitalisme contemporain. Bref, tout me paraît différent mais sans que j’aie perdu en route rien de ce que je crois essentiel depuis mes vingt ans, lorsque j’étais président du syndicat étudiant à Besançon, jusqu’aux épopées comme celle de 2012 où je fus le candidat commun de l’autre gauche à l’élection présidentielle française.

Ce livre met en scène mes points de repère nouveaux dans l’histoire humaine de notre temps. Souvent, je montre comment la pitoyable présidence actuelle a méconnu ses devoirs devant les faits essentiels. Et je formule des propositions à la hauteur des circonstances décrites.

Mon travail reprend nombre d’arguments et de points de vue collectés au fil de combats et de rencontres de toutes sortes. Pour concentrer ma démonstration, j’ai dû faire des résumés parfois simplificateurs. Mais on n’attend pas d’un citoyen engagé comme moi qu’il rivalise avec les sociologues, les ethnologues, les démographes, les économistes et les philosophes, mais qu’il leur emprunte à bon escient des savoirs pour éclairer le chemin. Je m’y suis efforcé.

Plan du livre

1/ La gauche peut mourir

Solférinien

Normal

Fourbe

Servile

Ami de la finance

Voleur de mots

Glauque

Après la gauche, le peuple souverain

2/ La loi du nombre

(…)

Le nombre fait sa loi

L’expansion permanente

Le nombre nous pousse à la mer

Le saccage

Le nouveau géant français

La mer ignorée

3/ L’ère de l’anthropocène

(…)

Irréversible

L’anthropocène

Climat et ordre politique

La dette urgente

La règle verte

Écologie républicaine

Le capitalisme vert ?

4/ Le retournement du monde

(…)

Le coût du capital

Le nouvel âge du capitalisme

L’origine de l’oligarchie

La bulle

Le retournement du monde

Vivement la fin

L’empire agressif

Le choc des civilisations

Les USA annexent l’Europe

Des valeurs communes ?

L’universalisme contre l’empire

La nouvelle alliance altermondialiste

Un nouvel ordre légitime

Pour un protectionnisme solidaire

5/ Le nouvel ordre du temps

(…)

Le temps comme enjeu

La propriété du temps

La planification écologique

La contraction du temps

La fin du passé

La transe du futur

Transmettre

Les bornes du temps

La fin de la mort ?

6/Homo urbanus

(…)

L’âge des réseaux

Qui paie commande ?

La cité sans fin

L’individu et le citoyen

Capitalisme en ville

7/ Le peuple et sa révolution

(…)

Le nouvel âge des révolutions

L’avènement du peuple

La peur du peuple

Le nouveau peuple

Le front du peuple

Le salariat et le peuple

Le peuple et sa souveraineté

Peuple constituant ou rien

8/ Rompre l’envoûtement

(…)

L’ordre globalitaire

Dressage social

Rompre l’envoûtement

Programmes obsolètes

La révolution citoyenne

Droit d’initiative populaire

9/ L’écosocialisme

(…)

  1. Le paradigme de l’intérêt général
  2. Une alternative concrète et radicale
  3. Une nouvelle synthèse politique à gauche
  4. Le dépassement du socialisme
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