Un rêve lancinant… (Humour vache… voire vachard)

Je sais pas vous mais moi, je n’arrête pas de faire un rêve… C’est toujours le même… Et je ne le fais qu’en étant éveillé…

Je vois une morne plaine jonchée des carcasses de milliers de socialistes. Comment puis-je savoir qu’il s’agit de socialistes ? Eh bien parce qu’ils ont tous un brassard avec dessus le poing et la rose. Certains gisent même à côté de drapeaux roses… En circulant entre les victimes de cette hécatombe, je peux même apercevoir l’effigie de ceux qui furent leurs maîtres. Je suis même étonné de trébucher sur les restes de quelques personnalités que je n’imaginais pas combattre jusqu’à la mort au-côté des Socialistes. Il y a là Pierre Laurent mais aussi Robert Hue. N’est-ce pas touchant de voir ces deux frères qui s’étaient séparés être réunis par la Providence dans la mort ? Je vois aussi le corps désarticulé de Daniel Cohn-Bendit qui semble avoir serré de toutes ses forces la hampe d’un oriflamme où est écrit : « Le meilleur allié de l’écologie est le Parti Socialiste ». Je continue à avancer au milieu des morts.

Parmi d’innombrables inconnus dont certains avaient de bonnes têtes et devaient être de bons gars, de braves gens, quelle n’est pas ma stupéfaction de voir quelqu’un ressemblant étrangement à François Bayrou. Non, impossible ! Ce doit être un sosie. Il n’était pas socialiste. Il les avait combattus. Il n’était même plus un élu de la nation, tout juste le maire de Pau. J’ai envie d’en savoir plus mais je n’ose rechercher des indices en fouillant ses poches. Quel qu’il soit, je respecterai sa mort. Je passe mon chemin. Mais à quelques dizaines de centimètres de lui, un papier blanc rougi par ce qui semble être du sang. Une lettre. Signée de Jean Lassalle. Donc cette lettre était manifestement tombée d’une des poches de François Bayrou lors du combat. Ce député béarnais que je connais personnellement avait écrit une lettre à François Bayrou. Je lis les premières lignes de cette lettre et les larmes me viennent aux yeux quasi immédiatement. Je reconnais là le coeur si noble de cet homme de la montagne qui adressait une supplique à son ami de toujours…François, pour qu’il embrasse une voie politique humaniste. Je comprends alors que ce que j’avais toujours pensé était bien la vraie réalité. Ces deux-là avaient en commun des sentiments d’une amitié sincère mais leur vision politique était assez différente sur le fond, bien qu’ils aient partagé une vie politique au sein des mêmes partis. Le moins illustre des deux disait à l’autre qu’il s’égarait en restant convaincu par la pertinence du système capitaliste. Cette lettre mériterait d’être connue de tous. Je la récupère et la plie consciencieusement puis la place à l’abri dans un étui à lunettes que j’avais sur moi. Pour la remettre à sa famille. Je reprends mon avancée au milieu des corps sans vie.

Décidément, cette bataille a mis en pièces des combattants venus d’horizons variés et qui étaient, selon l’avis général, des ennemis les uns par rapport aux autres. Or, il semble qu’ils aient combattu ensemble et qu’ils soient morts ensemble. Curieux… Tiens, n’est-ce pas Jean-François Copé qui se trouve là, main dans la main avec Michel Sapin ? Si, c’est bien eux ! Je n’en reviens pas. Suis-je pris de folie ? Ai-je des hallucinations ? Je me pince et je sens la douleur. Donc c’est que je suis bien conscient et que je ne suis sous l’empire d’aucune drogue. Je poursuis ma route, enfin si l’on peut appeler « route » ce qui n’est qu’un champ de ruines humaines.

On dirait que j’approche de la ligne de front. Car là se trouvent réunis les membres du « gratin » de la rue de Solférino. Je reconnais plusieurs visages illustres du Parti Socialiste, sans me souvenir pour autant de leurs noms… Celui qui fut le maire de Lyon est là, en compagnie de celui qui fut le dernier Solférinien à occuper la fonction de ministre du Travail. A leur côté, gisent plusieurs combattants entrelacés : je crois discerner les traits bouffis de celui qui fut le Premier Secrétaire non élu du PS, puis son prédécesseur, dont la dernière fonction fut d’être député européen, après avoir été éconduit du gouvernement dont il fut un membre secondaire pendant quelques semaines. Il avait été aussi un des fondateurs de SOS Racisme. Et tels des mousquetaires qui seraient tombés ensemble, à côté des deux dont je viens de parler, il y avait aussi Arnaud Montebourg et Benoît Hamon. Tous les quatre se tenaient la main. Vraiment curieux. Quelque chose m’échappe de plus en plus…

Perdu dans mes pensées, frappé de stupeur à la vue de toutes ces victimes expiatoires, les unes peut-être tragiquement inconscientes, malheureusement sacrifiées par leurs généraux, les autres peut-être kamikazes et martyres de la Maison solférinienne, je m’interrogeais. Mais où étaient les généraux coupables d’un tel désastre qui faisait passer le « chemin des Dames » pour une promenade de santé ? L’immense majorité des morts étaient des sans-grade, des inconnus, et parmi eux beaucoup de « sans-dents ». Certes, il y avait, ici ou là, quelques dépouilles habillées avec des tenues ornées de médailles qui trahissaient la qualité de ceux qui les portaient : quelques petits chefs du parti, quelques petits féodaux municipaux, départementaux ou régionaux, quelques pointures de l’ancien Régime, quelques membres de la cour du Roi déchu et aussi de cette insolente et incongrue « chambre des Sages européens » mais très peu de ces grands apparatchiks qui tenaient pourtant le parti, sinon les noms de ceux que j’ai déjà cités plus haut. Avaient-ils fui le combat avant même de le mener, laissant l’armée aux mains des seconds couteaux et des troisièmes canifs ? Avaient-ils été suppliciés et emportés par l’ennemi comme trophées ? Avaient-ils été épargnés mais faits prisonniers et emmenés comme otages ou comme futurs esclaves ? Rien ne permettait de savoir ce qui s’était passé ici sur ce point. D’ailleurs, aucune trace de cet ennemi si impitoyablement massacreur sinon le résultat sanguinolent de son passage…

Je lève alors la tête pour tenter de nettoyer mes yeux de tant d’horreur et observe un peu le ciel. Je n’avais même pas réalisé qu’il était tout azur. Oui, comme si les dieux se réjouissaient d’un tel massacre et offraient au monde un nouveau jour neuf. Ce ciel-là ne collait vraiment pas au spectacle de désolation que je contemplais. Pareil spectacle ne saurait exister que sous la brume, la grisaille, la pluie battante, le froid et le vent pensais-je or le ciel était bien uniformément bleu et le soleil irradiait la plaine.

Devant moi, à l’autre bout de cette plaine que j’arpentais depuis maintenant plus de deux heures, un arbre. Un seul. Grand. Puissant. Avec des branches qui semblaient assez solides pour porter le poids de plusieurs personnes. Justement, autour d’une de ces branches, trois cordes… Mais une seule portait ce qui s’apparentait à un homme.

J’approche de l’une d’elle. Elle ne soutenait plus personne, juste un bout de papier froissé était accroché à elle. Je le déplis délicatement et je lis « Merci pour ce moment. Valérie T. » Pauvre François ! Elle a dû l’éparpiller aux quat’ coins de la plaine par petits bouts façon puzzle… C’est sans doute pour cela que je ne l’ai pas vu parmi les morts.

La deuxième corde, elle non plus, ne supportait plus aucun pendu mais deux petits cailloux qui, chose assez curieuse, étaient maintenus à peu près côte à côte par un savant mécanisme dérivant de la corde. On avait l’impression, relativement désagréable, je dois l’avouer, de voir quelque chose d’assez sordide… Comme les attributs masculins d’un malheureux qui aurait été émasculé. De fait, sur chacun de ces petits cailloux, pas plus gros que les principaux ornements constitutifs de la virilité des hommes, mais y ressemblant assez bien, étaient stylisés les mots suivants, en forme d’épitaphe : « N’a jamais su à quoi cela servait ». Je respire un coup car il s’agissait bien de cailloux authentiques, rien d’autre ! Ouf ! Je me demande alors qui était visé et qui avait pu être derrière cette création originale… En regardant plus attentivement la branche, je réalise que les deux cordes, bien que tombant de la branche en étant séparées de quelques dizaines de centimètres l’une de l’autre, étaient en fait une seule et même corde. Je crois que Valérie T. voulait faire passer un nouveau message…Vengeur !

J’arrive enfin à la troisième corde. Âmes sensibles, passez votre chemin… Car celle-là était bien distincte des deux autres… Et pas seulement en raison du fait qu’elle était indépendante des précédentes. Celle-là supportait un vrai pendu qui, avec le vent soufflant sur la plaine, s’agitait dans tous les sens, tel un pendule entre les mains d’un gourou. Il s’agissait bien d’un homme. Sans doute une exécution sommaire… Je m’approche lentement, à la fois terrorisé et subjugué. Je voulais savoir qui était ce malheureux. Alors j’avance. Lentement. Pas à pas. Vous savez, comme ces personnages de films ou de dessins animés. Je n’entends pas un seul bruit. Hormis le son du vent qui faisait gigoter le malheureux pendu… En arrivant à quelques centimètres de lui, je reconnais soudain son visage… Hideux ! Presque autant que de son vivant mais sans pouvoir, néanmoins, égaler en dégoût celui qu’il nous offrait alors… Car, cette fois, il n’avait plus ce sourire pervers et quasi-sadique qu’on lui connaissait. J’ai retrouvé une photo de lui, au temps de sa gloire passée…

*

*

*

*

*

*

*

*

*

Valls

Publicités

2 réflexions sur “ Un rêve lancinant… (Humour vache… voire vachard) ”

  1. Camarade, tu rédiges très bien. Un régal de te lire.Belle hécatombe salutaire ! Je viens de lire 2 autres billets d’humeur. Je suis d’accord sur la conduite à adopter vis à vis du PCF et d’EELV. En outre, je crois qu’une réflexion très, très sérieuse doit être menée dans le cadre du prochain congrès sur l’appartenance à la zone euro et/ou l’UE. Ne lâche pas le PG. Malgré toutes ses imperfections c’est le seul outil politique utilisable par les masses. Le PCF ne donne parfois plus confiance aux travailleurs et syndicalistes. Dans les luttes les travailleurs savent qui les soutient et font appel… au PG.
    Passe de bonnes fêtes !

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s