Tyrannie par Bob Solo le 28 juillet 2015

Il faut encore écrire, échanger, analyser, réfléchir au sujet du récent affrontement entre l’UE et le gouvernement grec. Des événements qu’on pourra qualifier d’historiques pour une fois sans exagérer. Laissant de côté les procès d’intentions faits aux différents protagonistes et les polémiques sur ce qu’il aurait fallu faire ou ne pas faire, on voit surtout la nécessité de « tirer des leçons », comme disent les journaux.

C’est-à-dire de bien comprendre ce que tout ça révèle de ces institutions européennes qui paraissent si abstraites et lointaines, mais qui en fait, qu’on le veuille ou non, qu’on le sache ou pas, régissent maintenant nos vies quotidiennes. Et évidemment, à partir de là, également la nécessité – urgente – de prendre clairement position.

La première question qui se pose nettement, c’est la vraie nature de cette « construction européenne », ce qu’elle est aujourd’hui objectivement. Et dès qu’on y a répondu, la seconde question est clairement de savoir si on souhaite continuer d’y participer – de la subir ? – ou pas.

Le fait est que cette Union Européenne a indéniablement « montré son vrai visage », comme l’ont dit beaucoup d’observateurs, médias, économistes, responsables politiques divers, etc. Un « visage », c’est-à-dire surtout un langage et des comportements pour le moins autoritaires, des méthodes brutales, voire tyranniques – on évitera de parler de dictature ne serait-ce que par souci de peser les mots et peut-être par respect des victimes des vraies dictatures passées ou présentes.

Mais on a vu à l’œuvre une poignée de gens de pouvoir totalement dénués d’ouverture, d’honnêteté ou tout simplement d’humanité, et dont les plus beaux spécimens flirtent allègrement avec le conflit d’intérêts ou le soupçon de corruption. Leur intransigeance veut se faire passer pour de la « responsabilité » quand on n’y voit que la défense obtuse de dogmes économiques qui ne protègent que les privilèges d’une classe dominante, dont ils font partie, au détriment de centaines de millions de citoyens européens.

Dès lors, le discours sur l’Europe « des peuples », l’Europe « qui protège », l’Europe de la « solidarité », tout ça n’est plus qu’une fable, une farce, une mauvaise blague, une opération de propagande, une arnaque. Un échec retentissant, si tant est que la réussite de la mise en œuvre des ces beaux concepts ait été ne serait-ce qu’un seul jour le véritable objectif de tout ce bazar technocratique – ce dont on peut carrément douter aujourd’hui si on y croyait encore hier. Et justement certains n’y ont jamais cru.

On peut aussi y être complètement indifférent, comme beaucoup l’ont toujours été, n’en avoir rien à f… ou penser que c’est comme ça, qu’on y changera rien, et que la seule option qui reste à titre individuel est de faire avec, de faire pour soi, de faire « son petit bonhomme de chemin ». Dans ce cas-là, il faudra quand-même accepter qu’à l’intérieur du cadre tel qu’il est imposé, un tel individualisme a automatiquement des conséquences sur autrui.

Autrement dit, avoir à l’esprit que dans cette UE à la fois autoritaire et ultra-libérale, simplement tenter de s’en sortir soi-même ne peut qu’impliquer de jouer des coudes en permanence, voire d’écraser les autres. Bref, la compétition totale, la loi du plus fort – du plus riche en réalité, la guerre de tous contre tous. Apparemment ça convient à nombre d’entre nous. Certains prétendront même que « c’est la nature », argument stupide par excellence, mais toujours pratique pour masquer son cynisme, son égoïsme, sa flemme congénitale ou sa lâcheté à assumer une idéologie pourrie facilement réductible à « chacun sa gueule, la mienne d’abord, et après moi le déluge ».

Pour les autres, toutes celles et tous ceux qui ont plus que la conscience politique d’un bulot, qui possèdent encore quelques valeurs et quelques scrupules, il est temps de réaliser la violence des attaques et des humiliations subies par les populations européennes, et d’en tirer les conséquences.

On peut voir ça et là les tenants d’une refondation, d’une reconstruction, d’une réorientation de l’Union. On peut lire ou entendre leurs appels plus ou moins enthousiastes et plus ou moins argumentés pour « une autre Europe ». Ce à quoi s’opposent d’autres avis plus tranchés : la comédie a assez duré, il faut en finir une bonne fois.

De fait, de celui de de Rome à celui de Lisbonne en passant par celui de Maastricht, les traités européens en sont arrivés à ne plus laisser aucun choix : les états membres qui en sont signataires doivent y obéir. Et on a pris soin de graver dans le marbre de ces textes des dispositions qui jusque là appartenaient à la délibération collective. On voit donc mal désormais comment on pourrait sérieusement prétendre « lutter de l’intérieur ». L’épisode grec le démontre de façon la plus crue et la plus cruelle.

Ce n’est plus la seule problématique monétaire vis à vis de l’euro qui est en débat, ni même la simple impossibilité d’une politique économique décidée à l’intérieur d’un pays (ne parlons même pas d’une politique sociale), et c’est encore moins la question de « la paix » en Europe, celle que l’UE prétendait garantir et dont on voit ce qu’il en est. Non, c’est la question cruciale de la souveraineté populaire, qui n’a rien à voir avec les « nationalismes », mais qui en revanche à tout à voir avec – et au fond n’est rien d’autre que – la question de la démocratie.

Voilà ce qu’on est en train de nous voler morceau par morceau : la possibilité démocratique, collective, populaire, libre, de faire des choix pour notre vie présente comme pour notre avenir. Et rien ne montre qu’il y a aura une fin à ce pillage.

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