“Je suis du camp de la France et son seul intérêt, c’est la paix !” Jean-Luc Mélenchon, Le Lamentin (Martinique) le 17/12/2016

Extrait du discours de Jean-Luc Mélenchon au Lamentin (Matinique) le 17 décembre 2016.
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Retranscription faite par Vincent Christophe Le Roux
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Lien vers la vidéo intégrale (1h 21 min 49’).
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À propos de la Syrie (…) on va répétant de tous côtés que ma position est ambiguë. Mais elle ne l’est d’aucune façon !
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Je suis hostile au parti de la guerre. Et le parti de la guerre s’est constitué en Europe et en France à travers un soutien aveuglé à ce que j’appelle le « campisme ». Il y a une situation et alors chacun choisit un camp. Eh bien, ce n’est pas mon avis !
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Mon avis est que je suis du camp de la France et la France, son seul intérêt, c’est la paix ! Nous ne participons d’aucune coalition pour dépouiller la Syrie, ici d’un plateau, là-bas d’un rebord, ou là encore d’une plaine. Ma position est extrêmement claire : je m’oppose au parti de la guerre qui est en train de monter en puissance dans toute l’Europe à l’instigation des États-Unis d’Amérique qui, en commençant par l’Ukraine et en continuant ailleurs, ont hourdi toutes sortes d’agitations pour subjuguer les esprits. Et croyez que je n’exagère pas en vous parlant comme je suis en train de le faire. Si vous voyiez les résolutions qui se discutent au Parlement européen, vous seriez effrayés, du ton qui est pris, de cette manière de revivre une guerre Froide qui a cessé depuis bien longtemps et dont on voit bien que si elle devait recommencer, ce serait une guerre chaude !
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Mes chers compatriotes, la paix est un bien précieux et il faut lutter pour elle. J’ai assez visité ce territoire pour savoir quelle a été sa contribution dans le passé aux grandes guerres, qui sont toujours mondiales quand elles s’allument en Europe qui en porte seule la responsabilité à chacune des étapes de l’Histoire.
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J’ai vu, dans les villages et les villes, les monuments aux morts en Martinique avec tous ces malheureux qu’on avait emmenés là-bas pour combattre et y mourir et que leurs pères et mères n’ont jamais revus.
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La paix est une question sérieuse. Ce n’est pas un état de nature. Nous devons résister lorsque la guerre s’avance, avec lucidité, avec sang-froid et refuser les pressions qui s’exercent sur nous.
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On voudrait, tous les jours, me faire condamner tel bombardement plutôt que tel autre. Je ne le ferai pas ! Je continuerai à tenir ma position qui est de dire qu’on ne peut venir à bout de l’ennemi qu’on affronte et à qui nous pouvons imputer les morts du Bataclan, de l’assassinat de Charlie Hebdo, de l’épicerie Casher et ainsi de suite, que nous avons à régler ce compte-là mais que nous ne le ferons pas au prix d’une guerre qui embrase toute une région.
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Je ne choisis pas mes bombardements. Je déteste les bombardements, que ce soit ceux d’Alep, ceux du Yémen, ou ceux de Mossoul car toujours ce sont les civils qui paient et qui sont en état total d’impuissance ayant à subir toutes sortes d’horreurs, celles que leur infligent les occupants qui arrivent puis, quand ils s’en vont, celles des nouveaux qui arrivent ! Nous savons tous que c’est cela la guerre. Il n’y a pas de guerre propre.
Je le dis avec toute cette force car vous aurez, vous autres, un rôle à jouer dans l’idée que je me fais de la réorganisation de la politique internationale de la France.
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Je ne veux plus que les Français soient le dernier wagon des Américains dans l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord que l’on appelle l’OTAN ! Nous en sortirons et nous en sortirons d’autant plus vivement que je vois comment, à travers l’installation de batteries anti-missiles en Pologne, à travers toutes ces faveurs que l’on déverse sur des pays qui ont des comptes inextinguibles à livrer avec la Russie, on est en train de préparer, sur le vieux continent, un nouvel embrasement.
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Je n’ai aucune complaisance pour des gouvernements comme ceux de l’Ukraine peuplé de racistes, peuplé de néo-nazis, qui ont le front de porter encore les étendards que l’on a vu sur nos occupants. Voilà ce que j’ai à dire avec toute ma force.
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Nous sortirons de cette alliance militaire. Nous reconquerrons instantanément notre indépendance totale dans tous les domaines qui concerne la sécurité de la patrie et la manière d’aborder les voisinages qui sont les nôtres dans les Caraïbes et, plus prochement, en Amérique Latine. On sortira le matériel américain du matériel français. Microsoft n’a rien à faire au siège de l’armée française ni aucun de ses logiciels dans aucun des armements français.
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En reconquérant notre indépendance, nous chercherons à nous lier à d’autres peuples et c’est là que vous avez un rôle à jouer. Pas celui de je ne sais quelle improbable vitrine mais un rôle actif.
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Nous devons entrer dans les coalitions et regroupements de pays des Caraïbes et de l’Amérique Latine. Car jamais on ne pourra oublier – et jamais il ne faudra cesser de répéter – que la plus longue frontière de la France est avec le Brésil et pas avec l’Allemagne et encore moins avec la Lituanie ! Si bien que nous avons à voir avec l’ALBA et avec MERCOSUR puisque nous en sommes voisins directement.
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Voilà comment je me représente ça et vous aurez à jouer ce rôle car mon sentiment – et je vous demande de m’écouter avec soin – est qu’une telle redisposition des forces de la France, une telle vision du futur, qui nous extrait de ce petit enfermement européen, qui fait de nous une petite nation occidentale – que nous ne sommes PAS – doit cesser.
Nous ne sommes PAS une nation occidentale. Nous sommes une nation universaliste. Nous sommes présents sur les cinq continents. Nous avons toutes les couleurs, toutes les religions, et nous partageons notre langue – qui ne nous définit pas – avec 29 autres pays. La seule chose que nous ayons en commun et qui est le plus fort, qui est la dynamique qui anime notre peuple, c’est sa devise dont, parfois, et même souvent – et en particulier ici – nous n’avons pas toujours été à la hauteur. Que la France claque comme un message et un drapeau : Liberté – Égalité – Fraternité mais jusqu’au bout, et pour de vrai !
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Non, vous n’êtes pas ce que l’Europe appelle « les régions ultra-périphériques ». Ce qui est « ultra-périphérique », c’est plutôt Vilnius* que Fort-de-France, pour des Français ! Et, si je le dis, c’est parce que c’est tout le regard qu’il faut changer.
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Les îles, voyez-vous, les îles françaises, je les pratique déjà depuis quelques temps. Combien, parmi vos élus et vos dirigeants, peuvent dire qu’ils sont allés en Nouvelle Calédonie française, en Kanakie, avec ses terribles onze heures de décalage qui font que vous arrivez pantelant et rentrez chez vous de même !
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Les îles ne sont pas des territoires exotiques. Les îles sont des loupes sur nous-mêmes. Les îles font voir en gros tous nos défauts et toutes nos qualités. Et parce que ce sont des îles, quand elles cherchent à régler leurs problèmes, alors elles ouvrent des voies pour le pays tout entier.
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Ah si la Corrèze pouvait imaginer qu’elle est entourée d’eau comme la Martinique ! Peut-être qu’elle réfléchirait autrement à son développement, peut-être qu’elle se poserait des questions que vous avez à vous poser et à régler sur lesquelles, maintenant, je vais venir.
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* Capitale de la Lituanie
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