La stratégie Mélenchon – Par Nicolas POITIER – Le 02/02/2017

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Le candidat de la France Insoumise entend renouer avec le socialisme réformiste radical par tous les moyens politiques légaux. Son but est de rouvrir les pistes d’un autre monde possible en réparant l’erreur jugée inévitable de son mentor lors du tournant de la rigueur. 

Bien plus important que de « mieux connaître Jean-luc Mélenchon », il est important de savoir quelles sont ses motivations profondes. Ce qui le pousse à agir, de quels moyens il est prêt à user, quelle est sa grille de lecture et son but politique.

L’initiateur et porte parole de « la France Insoumise » est « naturellement » devenu le candidat du mouvement. « Naturellement », parce qu’il en est le meilleur orateur, qu’il s’appuie sur une solide expérience en matière de stratégie politicienne, mais aussi parce qu’il est celui qui sait, qu’il ressent intimement le but qu’il veut atteindre au travers de l’élection présidentielle.

Comprendre le positionnement politique de l’homme n’est pas chose difficile. Il nous le dit lui même, sans en faire grand mystère. Il s’inscrit dans un mouvement réformiste radical, dans l’héritage du programme commun de 1981.

S’il apparaît comme révolutionnaire pour certains, ce n’est pas seulement dû au fait que le parti socialiste, et avec lui toute la sociale démocratie, a depuis longtemps abandonné cette ligne, mais aussi parce que ce programme, dans l’esprit, contenait des ouvertures vers des possibles susceptibles de mettre à mal le capitalisme en profondeur. Il s’agit bien de pistes, de chemins qui s’il étaient empruntés par le grand nombre seraient en théorie, en capacité de remettre en cause les fondements de nos sociétés actuelles.

Pour ce qui est des motivations de Mélenchon, tout part d’un autre homme. Celui qu’il considère et revendique comme son mentor en politique, François Mitterrand et de ce que Mélenchon évoque comme un échec inévitable par manque de repère, qui a conduit au tournant de la rigueur et à l’espoir trompeur dans une Europe qui constituerait à terme, une échelle pertinente pour combattre le capitalisme mondialisé.

Aujourd’hui encore, celui qui entend réparer l’erreur de jugement de son père politique, ne cesse de reprocher au mouvement social démocrate, devenu social-libéral, de faire l’erreur de croire pouvoir jouer le capital national contre le capital international dans le cadre du libre échange et d’une économie mondialisée.

Mélenchon est persuadé d’avoir trouvé le comment faire. Que grâce à son analyse de la nouvelle situation et l’appui d’experts, il est en capacité d’appliquer un réel programme réformiste renouant avec une certaine rupture avec le capital et de rendre possible un autre monde.

Lien vers la conférence de JLM « Bilan raisonné de 1981 et de la présidence Mitterrand » à l’Assemblée nationale, le 9 mai 2011, à l’occasion du 30e anniversaire de l’élection de François Mitterrand, le 10 mai 1981.

Ce procédé constitue les bases de son programme depuis 2012, et, s’il est prêt à l’améliorer par la voie de la construction populaire via une plateforme en ligne, comme la nécessité du moment l’exige, il n’est pas prêt à en remettre en cause les fondements. Ce qui risquerait d’en faire un programme utopiste, inapplicable ou simplement d’en remettre en cause la cohérence. C’est pourquoi le programme de la France Insoumise, « L’avenir en commun » ressemble tant à l’ »Humain d’abord » même après une co-construction via la plateforme internet du mouvement. Derrière les propositions, il existe tout un retravail de  conformité aux principes, de réflexions sur la mise en pratique et en cohérence avec l’existant qui font dire par exemple à Mélenchon sur « le salaire à vie » défendu par le réseau salariat, qu’il ne peut figurer dans le programme faute de savoir comment socialiser l’ensemble du profit et du salaire.

Pour ce qui est des moyens que l’homme politique est prêt à mettre en oeuvre pour atteindre son but, le moins qu’on puisse dire c’est qu’il fait preuve d’impatience et d’impétuosité. On notera par exemple ses prises déclarations de candidature surprise, ses prises de positions unilatérales sur la conduite à tenir vis à vis des alliances avec le PS, les non concertations dans le lancement de mouvements comme le M6R ou la France Insoumise, la désignation de candidats aux législatives y compris en face de ses possibles alliés pour provoquer des négociations. Bref, Mélenchon est déterminé, ne s’embarrasse pas trop de débat, fait preuve d’initiatives et provoque la discussion par l’instauration du rapport de force effectif. Il faut aller vite, fort, on discutera en chemin, il n’est pas nécessaire de passer plus de temps que nécessaire en palabres, n’hésitons pas à forcer le passage y compris en forçant la main aux alliés en les plaçant dans des situations politiques intenables.

Voter pour Mélenchon, c’est voter pour le retour d’un socialisme réformiste radical actualisé qui prend des airs de révolution citoyenne dans le contexte du capitalisme financiarisé, mondial et libéral. Mais n’attendez pas de l’homme ce qu’il ne propose pas.

Il ne s’agit pas plus que de renouer avec une République parlementaire. Les groupes de soutiens locaux, comme les assemblées citoyennes du front de gauche, n’ont pas pour autre vocation que de fournir la matière militante pour le temps de l’élection. Il n’est pas question de les étendre, ni de les pérenniser pour en faire les bases du système de décision politique local en agrégeant les réflexions via une plateforme en ligne. Pas plus de considérer les lois comme des généralisations de décisions locales ou d’appliquer le principe de démocratie directe par défaut. Il n’est pas question non plus d’abolir le droit fait au propriétaire de tirer profit de sa propriété comme le voudrait le réseau salariat et Bernard Friot. Si vous voulez aller plus loin, il faudra pousser fort, très fort et ça, cela se fera dans la rue et par le rapport de force.

Aujourd’hui, Mélenchon et Hamon savent pertinemment qu’aucune alliance électorale n’est possible entre un PS décrédibilisé par l’exercice d’une politique de droite et un candidat qui assied sa crédibilité sur la construction commune de son programme sur plusieurs mois. La bataille qui s’annonce, c’est celle du fautif. Celui qui sera tenu pour responsable de cette alliance impossible. Car comme le parti communiste tenu pour responsable de l’abandon du programme commun a vu le parti socialiste lui ravir la place de leader de la gauche, celui qui perdra cette bataille, dans le cadre d’un système politique basé sur la confiance, risque bien d’être le perdant du suffrage à gauche.

Voici déjà la bataille qui commence avec un Hamon qui fait mine de tendre une main bien glissante et un Mélenchon qui le somme de signer la mort du Ps comme condition d’une alliance.

Lien vers la vidéo « Monsieur Hamon, choisissez ! » JLM le 01/02/2017

Ne désespérons pas… Un jour notre société toute entière, aussi bien dans son système de prise de décision politique, que dans son économie ne fonctionnera plus sur la confiance mais sur le principe du débat comme centre et de la population comme base.

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