Entamer la reconquête (2/4)

L’introduction et les sections 1 et 2 de la première partie de l’article sont à lire ici.

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Section 3 : Ouvrir enfin les yeux sur le capitalisme et bifurquer vers un autre système économique…

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1er § : Le temps du capitalisme de « bon père de famille »

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Pour ma part, c’est au cours des années 2000 que j’ai perçu le décalage majeur qui existait entre les théories économiques du capitalisme dans sa version ultra-libérale ou néo-libérale, et la réalité à laquelle sa mise en œuvre aboutissait toujours, contrairement aux affirmations de ceux qui nous expliquaient qu’il n’y avait pas d’autre alternative, vous savez ce fameux « Tina » qui est l’acronyme de « There Is No Alternative »…

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J’en ai donc tiré de solides conséquences dans ma philosophie politique et les choix de retenir d’autres théories économiques. En clair, c’est alors que je suis passé « de l’autre côté »…

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Jusque là, je ne me voyais pas – et donc ne me définissais pas – comme « anticapitaliste » car « mon » capitalisme était celui des trente glorieuses, un capitalisme façon « bon père de famille » qui tirait tout le monde vers le haut.

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Ce capitalisme, qui avait certes des défauts, des inconvénients, et qui pouvait même produire des souffrances et des inégalités, était cependant bien encadré par un système d’ « économie mixte », comme l’était la France dans les années 50, 60 et 70.

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Bien que le système économique fusse fondé sur le capitalisme et le libre marché, l’État y exerçait une influence très forte, tempérant les excès, empêchant les abus, rétablissant une égalité parfois maltraitée par la marche du système capitaliste et par ses acteurs.

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Je pensais donc que, le temps passant, les réformes aidant, le progrès collectif verrait chaque année son périmètre s’étendre. Après tout, nos parents vivaient bien mieux que nos grands-parents, et nous étions promis nous-mêmes à vivre mieux que nos parents (je suis d’une génération née au milieu des années 70).

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Pourtant, le progrès continu amorcé en France à la Libération, a commencé à être sérieusement attaqué dès le début des années 80.

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Nous savons que ces années 80 ont amorcé un basculement du monde. L’avènement de l’ultra-libéralisme avec l’influence politique et géopolitique majeure de Thatcher et Reagan, petits soldats de l’ « école de Chicago » pour ce qui est de la théorie économique, et bras armés du « néoconservatisme » inspiré par Samuel Huntington et Francis Fukuyama pour ce qui est de la géopolitique, a fait bifurquer le monde dans la mauvaise direction, si l’on considère la vie des peuples et non des plus puissants.

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Alors que le monde marchait vers le progrès (divers indicateurs économiques et géopolitiques en attestaient), sa marche a été stoppée et tout a été fait alors par les gouvernants les plus puissants, quelle que soit leur étiquette, pour le faire aller en marche arrière

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Cela, nous le savons aujourd’hui. Nous ne l’avions pas forcément perçu immédiatement mais la prise de conscience est intervenue depuis pour un nombre croissant de gens. En tout cas, les masses ne l’avaient manifestement pas perçu à l’époque mais elles semblent bien plus éveillées aujourd’hui.

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Ce que nous savons moins, en revanche, parce que ce n’est pas un sujet largement abordé, c’est que la révolution libérale* qui a bouleversé le monde à partir du début des années 80, dont les effets dévastateurs ont été réellement ressentis dans les années 90 – lorsque la « mondialisation » est devenue le phénomène géopolitique le plus puissant – trouve bien son origine dans la décennie des années 70.

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* au lieu de parler de révolution « libérale », on devrait dire plutôt d’ailleurs « ultra-libérale » ou même « néo-libérale » car le libéralisme authentique n’a pas grand-chose à voir avec ces théories et ces pratiques économiques faussement présentées comme libérales ou décrites comme étant simplement une exagération du libéralisme, alors qu’elles conduisent, in fine, à sa négation même.

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2nd § : Les prémisses du « capitalisme du désastre »

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J’emprunte cette notion de « capitalisme du désastre » à Naomi Klein, cette forte personnalité canadienne qui a écrit ce livre si indispensable « La stratégie du choc – Montée d’un capitalisme du désastre » (publié aux éditions Actes Sud en avril 2008 sous le n° ISBN 978-2-7427-7544-6) et dont un film-documentaire a été tiré à voir ici.

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Deux décisions fondamentales peuvent être présentées comme ayant rendu possible la suite que nous avons connue en France et partout dans le monde : une décision prise, en juillet 1971, par le président des États-Unis Richard NIXON, et une loi adoptée en France en janvier 1973 sous la présidence de Georges POMPIDOU et alors que le ministre de l’Économie et des Finances était Valéry GISCARD D’ESTAING.

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1/ La décision de NIXON de juillet 1971 : fin de la convertibilité en or du dollar

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Jusqu’à ce jour-là, quiconque possédait un dollar, ou des milliers de dollars, voire des millions de dollars, en papier monnaie, pouvait se faire donner la contrepartie dans ce métal précieux qu’est l’or.

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Ceci signifie que la valeur écrite sur le billet de banque représentait une partie de la valeur correspondant au regard du stock d’or détenu par la Réserve fédérale des États-Unis.

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Pour mémoire, le principe de cette convertibilité du dollar en or existait depuis les Accords de Bretton-Woods conclus en juillet 1944 par de très nombreux États dont bien sûr les principales grandes puissances de l’époque.

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Après cette décision nixonienne, cette convertibilité n’était donc plus possible. La vérification pratique permanente de la richesse que symbolisait la masse monétaire en circulation ne pouvait donc plus se faire, et les États-Unis ont alors profité de ce nouveau contexte pour imprimer des dollars encore et encore et encore et encore…

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Il en résulte qu’aujourd’hui, la masse monétaire que représente l’ensemble des dollars en circulation – dont le montant est évidemment connu des seuls dirigeants de la Réserve fédérale, si tant est qu’ils le connaissent eux-mêmes d’ailleurs – est des milliers de fois supérieur à la richesse réelle du pays, que les stocks d’or représentent.

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Comme le dit Jean-Luc Mélenchon, si l’ensemble des détenteurs de dollars, qui ne peuvent plus exiger leur contrepartie en or, tentaient de les utiliser tous le même jour, il s’ensuivrait une inflation explosive et un effondrement global et très rapide du système, car il viendrait bien vite un instant où les acteurs économiques seraient mis devant la cruelle réalité de la fiction qu’est cette richesse monétaire.

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Une monnaie n’était, dans toute l’histoire, qu’un outil de paiement mais celui-ci reflétait la richesse réelle de celui qui la détenait, parce que celui qui l’avait émise l’avait créé à due proportion de la richesse réelle de son pays.

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Ce n’est plus le cas depuis la décision de Nixon de 1971. En fait, ce n’était déjà plus le cas dès les années précédentes. La décision de Nixon ne venait pas simplement en précaution de l’avenir, elle avait déjà pour fondement d’éviter que la situation du moment n’entre dans une période de troubles graves si l’écart existant déjà entre l’économie réelle et la quantité de monnaie en circulation devait être révélé au grand nombre…

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Il va sans dire – mais c’est mieux de le rappeler – que cette décision du Président des États-Unis ne concernait pas que son pays ou son peuple. Le monde entier en vécut les effets car le dollar demeurait la monnaie dite de réserve

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2/ La loi française du 3 janvier 1973 sur la Banque de France

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Cette loi, adoptée sous la présidence de Georges Pompidou, ancien Premier ministre du général de Gaulle mais surtout ancien banquier de la banque Rotschild, et du ministre de l’Économie ultra-libéral Valéry Giscard d’Estaing (qui allait succéder à Pompidou après la mort du Président), a entamé le processus par lequel l’État français a dû se financer par les marchés alors que jusque là il existait pour cela une instance publique interne, la Banque de France.

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Conclusion de la première partie :

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J’ai voulu, avec la première partie de mon billet :

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1/ tenter de vous convaincre, en termes simples, que l’économie n’est pas une science qui ne pourrait et ne devrait être appréhendée que par des économistes ;

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2/ vous présenter quelques chiffres, vous proposer quelques mises en perspective, et vous rappeler quelques vérités trop souvent maltraitées par le système médiatique et même par les institutions de l’enseignement, afin de “décoloniser votre imaginaire” comme aiment à le dire certains.

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3/ vous amener à être insoumis, y compris s’agissant des réalités qu’on vous présente quotidiennement pour vous tenir en respect, vous dompter, vous dissuader de vous révolter, vous faire croire que vous ne valez rien et qu’il est donc inutile d’avoir d’autre ambition que celle d’un second rôle ou d’un vassal pour ne pas dire d’un larbin.

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Dans cette première partie, j’ai donc tenté de vous faire toucher du doigt que nous ne sommes pas si nuls qu’on nous le serine à longueur de temps, et que les théories qui gouvernent les politiques mises en oeuvre ne sont pas si insensées que cela, en ce sens que si elles sont économiquement irrationnelles, et qu’elles échouent systématiquement à conduire aux résultats promis par leurs thuriféraires, elles ont une logique propre, dissimulée, celle de renforcer l’oligarchie au détriment des masses.

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Si vous en avez pris conscience, vous avez fait le premier acte de votre émancipation. Si vous êtes conscient désormais de la réalité telle qu’elle se présente, et non telle que tant de menteurs intéressés nous disent qu’elle est, vous allez pouvoir réfléchir à ce qu’il est possible, souhaitable, nécessaire, indispensable de faire pour sortir de la nasse dans laquelle nous sommes.

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Et à ce titre, je vais, avec la seconde partie de mon billet « Entamer la reconquête » que j’ai intitulée « Nous, on le veut ! » (en écho au « Nous, on peut ! » du premier billet qui empruntait en cela le titre d’un livre de Jacques Généreux), suggérer quelques décisions radicales à mettre en oeuvre.

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Seconde partie à lire ici.
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