Entamer la reconquête (1/4)

Avant-propos
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Ce billet, dans son intégralité, avait été publié, pour la première fois, le 10 avril 2016, sur mon profil Facebook. Vous le trouverez dans la section « Mes articles » (voir ici). Je viens de le toiletter à la marge en vue de le ressortir aujourd’hui où la campagne est entrée dans sa phase la plus active.
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J’ai choisi comme titre de mon billet « Entamer la reconquête » car je pense que le temps est venu de ne plus seulement « résister » mais de passer clairement à l’offensive.
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Que Jean-Luc Mélenchon ait décidé, il y a un an, d’entrer en campagne en vue de l’élection présidentielle, et qu’il porte le projet L’Avenir en commun va nous aider collectivement, que nous soyons ses partisans ou que nous fassions d’autres choix, et quels que soient ces choix d’ailleurs.

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Et j’ai décidé d’intituler la première partie de mon billet « Nous, on peut ! » en écho, bien sûr, au « Nous, on peut ! » qui est le titre d’un livre fondamental de Jacques Généreux.

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J’ai intitulé la seconde partie « Nous, on le veut ! », toujours en écho au titre du livre précité, car cela ajoute un élément pour dire qu’il ne suffit pas de pouvoir faire, encore faut-il le vouloir !

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L’article étant très long, j’ai choisi de le subdiviser en quatre parties et je vous propose d’abord de prendre connaissance du plan.

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Introduction : Partir à la reconquête avec des ambitions démesurées !

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Première partie : Nous, on peut !

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Section 1 : L’économie, une arme entre les mains de qui ?
1er § : L’économie doit-elle être réservée à une élite ?

2nd § : L’économie, sujet abscons et rébarbatif ou discipline accessible à tous ?

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Section 2 : La dialectique « richesse ou ruine de notre pays » et la question de la dette
1er § : Quelle est cette richesse et quel est l’impact de la dette dont nous parlons ? Quelques chiffres et quelques mises en perspective…
1/ Le PIB
2/ Le patrimoine
3/ La dette efface-t-elle notre richesse ?

2nd § : La politique « pro-entreprises » et ses effets depuis trente ans

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Section 3 : Ouvrir enfin les yeux sur le capitalisme et bifurquer vers un autre système économique…
1er § : Le temps du capitalisme de « bon père de famille »
2nd § : Les prémisses du « capitalisme du désastre »
1/ La décision de NIXON de juillet 1971 : fin de la convertibilité en or du dollar

2/ La loi française du 3 janvier 1973 sur la Banque de France

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Seconde partie : Nous, on le veut !

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Section 1 : La révolution fiscale
1er § : L’objectif de la révolution fiscale : assurer l’efficacité économique et la justice fiscale
2ème § : L’esprit de la révolution fiscale : « On va leur faire les poches » – Jean-Luc Mélenchon

3ème § : Les principales modalités de la révolution fiscale

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Section 2 : La révolution du temps de travail
1er § : La réduction drastique du temps de travail par salarié
1/ La réduction du temps de travail hebdomadaire : cap sur les 30 heures !
2/ La réduction du temps de travail dans une vie : retour du principe de la retraite à 60 ans et innovations
2nd § : Le développement massif du temps véritablement choisi
1/ Le temps choisi hebdomadaire

2/ Le temps choisi dans une vie

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Section 3 : La révolution de la gratuité des services publics

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Section 4 : La révolution du revenu garanti

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Introduction : Partir à la reconquête avec des ambitions démesurées

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Puisque nos ennemis ont massivement gagné du terrain depuis des années, voire des décennies, nous devons partir à la reconquête avec des ambitions démesurées !

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Dans notre projet présidentiel autour de Jean-Luc Mélenchon, nous devons prévoir des mesures révolutionnaires dans l’esprit qu’il évoque lui-même quand il parle de révolution, c’est-à-dire :

– une révolution dans l’ordre institutionnel (et c’est toute la question de la 6e République avec l’indispensable changement du régime qui est posée),
– une révolution dans l’ordre politique (et c’est notamment la question de la refondation de la hiérarchie des normes qui est posée),

– une révolution dans l’ordre de la propriété (et là, il est question d’économie, et c’est l’objet de ce billet).

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Alors, beaucoup nous diront – et nous disent déjà depuis très longtemps ! – que nous n’avons pas les moyens de nos ambitions. Ce discours-là, nous l’avons déjà entendu des milliers de fois, nous l’avons lu partout et tout le temps, depuis des décennies. En fait, quand on connaît un peu l’histoire, ça ne date pas d’hier, ni même d’avant-hier. C’est un débat éternel dans le genre humain. Ombre et lumière, anciens et modernes, optimistes et pessimistes, les hommes au sens global (femmes comprises) se sont toujours séparés entre deux camps : celui du progrès et celui du statu quo ou du conservatisme, avec parfois un « marais » pouvant se constituer entre eux, constitué de gens « centristes », se disant « modérés », plus « raisonnables » que les révolutionnaires de gauche et moins dangereux que les exploiteurs de droite. Il ne faut donc pas seulement faire le reproche de cette césure au sein du peuple mais aller au fond. Et, en premier lieu, il faut revenir sur le terme même d’économie, sur le sens qui est le sien, et sur ce qu’il emporte comme conséquences pratiques.

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Dans la première partie de ce billet, vous lirez des lignes décrivant la richesse de notre pays. Dans la seconde, vous lirez quelques propositions programmatiques visant à révolutionner divers aspects de notre vie commune s’agissant de l’économie, du travail et de la fiscalité. Je n’ai pas voulu être exhaustif, ni sur le premier point, ni sur le second, car ces lignes n’ont pas pour objectif de rivaliser avec un texte d’économie, ni de constituer un catalogue programmatique ou un projet politique abouti, mais seulement d’être un focus sur quelques points précis.

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Première partie : Nous, on peut !

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Section 1 : L’économie, une arme entre les mains de qui ?

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1er § : L’économie doit-elle être réservée à une élite ?

Faut-il forcément être économiste – de profession ou de formation – pour comprendre ce qu’on nous dit quand on nous parle d’économie ?

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Est-il indispensable d’être économiste – de profession ou de formation – pour avoir le droit de répondre et de contredire ces augustes censeurs ?

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Certainement pas ! L’économie étant un des sujets de débat de la vie publique, chacun a le droit et le devoir de s’y intéresser, et tout le monde a le droit et le devoir de se forger une opinion et de « questionner » – à tous les sens du terme y compris donc celui de contredire – celles et ceux qui en ont fait leur métier soit pour l’enseigner, soit pour la diriger, soit pour en être un acteur dans un secteur donné plus ou moins vaste.

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Certes l’économie est une science, mais ce n’est pas une science « exacte », ce n’est pas une science « dure ». Ce n’est pas la physique qui la régit. Ce sont des lois humaines, qui dépendent non pas d’équations mathématiques ou de règles de physique, mais de référents politiques. Ces règles sont donc, par nature, évolutives. Elles sont donc – ou devraient être – ce que le peuple veut qu’elles soient à un moment donné ; et cet état peut évoluer au cours du temps en fonction de divers paramètres.

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Ces vraies lois de l’économie (en référence au titre d’un autre livre de Jacques Généreux) ne sont pas reconnues comme on reconnaît des droits naturels ou comme on découvre les lois de la physique. On les invente, on les crée ex nihilo c’est-à-dire en partant de rien sinon de postulats subjectifs et souvent intéressés. Et donc, contrairement aux lois de la physique contre lesquelles nous ne pouvons rien, on peut changer les lois de l’économie.

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2nd § : L’économie, sujet abscons et rébarbatif ou discipline accessible à tous ?

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L’économie peut être présentée comme un sujet abscons et rébarbatif et, de fait, c’est très souvent ainsi qu’elle est traitée.

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Ce n’est pas toujours par incompétence. Ce n’est pas toujours par accident. C’est bien souvent par choix, car développer des thèses obscures devant la majorité de la population permet d’obtenir que les masses s’en désintéressent et laissent les « sachants » « discuter » directement avec les « décideurs » sans que le peuple ne s’en mêle.

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Pourtant, l’économie peut aussi être présentée comme une discipline accessible à tous, fondée sur quelques grands principes compréhensibles par les masses, fussent-elles peu instruites et dotées d’une intelligence prétendument inférieure à celle de nos élites.

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Jacques Généreux et François Ruffin notamment se sont efforcés à cela, faire de la pédagogie quand il s’agissait d’expliquer au plus grand nombre la matière économique.

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Si pour certains, l’économie est une des choses indispensables à connaître pour être capable de gouverner, pour d’autres (parfois les mêmes), elle est aussi une arme permettant d’imposer aux masses la loi de quelques-uns, en l’occurrence aujourd’hui la loi d’airain du capitalisme financier.

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Une fois que l’on a compris cela – à savoir cette prise de contrôle par quelques-uns des moyens d’imposer à tous – jusque dans les consciences – une réalité virtuelle, une réalité qui n’existe pas, une réalité mensongère – on peut commencer à se libérer, à s’émanciper, à « décoloniser notre imaginaire » comme on le dit joliment parfois.

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Dans cet esprit, je vous propose de tenter de contribuer à vous donner envie de vous libérer des poncifs, des présupposés, des vérités affirmées avec la force de ce qui est l’évidence aux yeux de ceux qui en sont convaincus ou de ceux qui cherchent à nous tromper, à nous manipuler, à nous mystifier.

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Je vous propose de causer avec vous d’économie mais de le faire en termes simples, ce qui est d’autant plus facile pour moi étant donné que je ne suis pas un économiste. Mais je suis un citoyen engagé et je perçois donc certains discours économiques pour ce qu’ils sont : une énorme propagande, une énorme manipulation, un énorme mensonge.

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D’autres que moi, des économistes conséquents, crédibles, même des prix Nobel, ont largement écrit sur cet aspect : les « économistes atterrés » mais aussi Jacques Généreux et Frédéric Lordon pour ne citer qu’eux en France, Joseph Stiglitz et Paul Krugman aux États-Unis, Muhammad Yunus, et tant d’autres venus des cinq continents…

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Il fut même dit, par certains critiques, que ces économistes-là (je parle de ceux qui défendent le système capitaliste libéral, pas de ceux que j’ai désignés immédiatement ci-dessus) ne sont que des « économistes à gages ». Voir sur ce sujet le petit livre de salubrité publique écrit par Frédéric Lordon, Renaud Lambert et Serge Halimi.

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Et je voudrais qu’au terme de la lecture de ces lignes, vous ayez un peu plus confiance dans votre pays, dans son peuple, dans ses travailleurs, qu’ils soient employés, ouvriers, techniciens, ingénieurs, ou de quelconque autre profil professionnel, et aussi que vous ayez davantage confiance en vous-même…

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Je voudrais que vous releviez la tête et que vous réagissiez enfin en « insoumis ». Je voudrais que vous ne croyiez plus aux sornettes qu’on nous sert à longueur de temps, précisément dans le but que nous baissions les yeux et la tête, pour que nous pliions le genou avant de courber l’échine.

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Je voudrais que vous soyez convaincu que nous sommes bien plus compétents et capables d’influer sur la réalité, pour la modeler dans le sens que nous souhaitons, qu’on nous le dit. Croire en nous, sans forfanterie, sans excès de chauvinisme ou d’orgueil, mais sans fausse pudeur non plus, et sans tempérament trop docile face aux coups qu’on nous porte depuis si longtemps, depuis trop longtemps !

Section 2 : De la dialectique « richesse ou faillite de notre pays » et la question de la dette

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Une question fondamentale se pose à nous tant la réponse que nous y donnons conditionne notre capacité d’action sur le réel : notre pays est-il riche comme nous le pensons ou se trouve-t-il au bord de la faillite comme on nous le « démontre » si souvent ?

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Je répondrai à cette question en trois temps :
  • d’abord, je présenterai quelques chiffres et je proposerai quelques mises en perspective ;
  • ensuite, je rappellerai, à gros traits, quelle est la politique économique et de l’emploi que nous voyons menée depuis trente ans, et avec quels effets ;
  • enfin, fort des constats rappelés dans les points 1 et 2, j’appellerai chacun à ouvrir les yeux sur la nature du capitalisme et à se préparer à la bifurcation indispensable vers un autre type de système économique et social.
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1er § : Quelle est cette richesse et quel est l’impact de la dette dont nous parlons ?

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Quelques chiffres et quelques mises en perspective…

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Jean-Luc Mélenchon et nous-mêmes (nous, les insoumi-e-s à la suite des économistes « alternatifs ») disons souvent que « notre pays n’a jamais été aussi riche de toute son histoire » et nous précisons même parfois que notre « richesse » contemporaine est « deux fois plus élevée que dans les années 80 ».

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Vous avez entendu cela bien souvent mais vous entendez moins souvent sur quoi nous fondons de telles affirmations. Eh bien voici quelques chiffres. Ils sont issus d’un graphique publié par Olivier Berruyer sur son blog www.les-crises.fr.

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Voici l’état de notre richesse nationale présentée en euros constants valeur 2011 à chaque passage de décennie depuis 1950 :

En 1950 : environ 300 milliards d’euros
En 1960 : environ 450 milliards d’euros
En 1970 : environ 750 milliards d’euros
En 1980 : environ 1100 milliards d’euros
En 1990 : environ 1500 milliards d’euros
En 2000 : environ 1750 milliards d’euros

En 2010 : environ 2000 milliards d’euros

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Vous voyez ainsi que nous avons multiplié par 7 la richesse nationale que nous avions produite en 1950. Et nous avons doublé la richesse que nous avions produite en 1980.

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Dans le même temps, bien que notre population ait connu une croissance démographique, nous n’avons évidemment pas connu une progression du même ordre, ce qui signifie que la population française n’a cessé de produire plus.

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Ce peuple, rempli – nous dit-on – de travailleurs mal formés, peu qualifiés, feignants, peu productifs, incapables de se mettre au goût du jour, « refusant toute évolution » et toute « réforme », ne pouvant rivaliser avec d’autres peuples dont on dit qu’ils valent tellement mieux que nous, a pourtant permis aux possédants de posséder toujours plus puisque, en même temps que nous produisions sans cesse plus de richesses, nous voyions corrélativement nos propres moyens stagner voire régresser, au mieux augmenter de quelques miettes (certains ont parlé de « carambar »), quand un tout petit nombre séquestrait l’essentiel de la richesse collective.

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Après avoir présenté ces éléments introductifs, je vais évoquer maintenant trois sujets particuliers : le PIB (produit intérieur brut), le patrimoine français et la question de la dette.

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1/ le PIB

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Notre richesse peut être présentée par le produit intérieur brut qui s’élevait en France, en 2014 (selon Wikipedia qui prévient que ces données sont issues du FMI) à 2 935 milliards de dollars, soit 2 672 milliards d’euros (classant notre pays en 5ème position derrière les États-Unis, la Chine, le Japon et l’Allemagne mais devant le Royaume-Uni).

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Si l’on ramène cette richesse globale au nombre d’habitants (67 232 000 habitants au 01/01/2016 selon Wikipedia), cela veut dire qu’en 2014, « chaque Français » a créé près de 40 000 euros de richesse. Et si l’on ramène cette richesse non pas à l’ensemble de la population mais seulement à la population active employée (les chômeurs étant donc exclus) laquelle était de 30 millions de personnes en 2013 (toujours selon Wikipedia), le résultat est que chaque travailleur français a créé plus de 89 000 euros en 2014, soit plus de 7 400 euros par mois. Cette somme est bien supérieure à ce que l’immense majorité des Français perçoivent en rémunération.

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Oui, notre pays est riche, mais cette richesse créée par tous n’abonde qu’un tout petit nombre de privilégiés car le système qui a été créé est destiné à confisquer cette richesse et à ne donner que des miettes à la multitude (les miettes étant plus ou moins grosses selon les classes sociales).

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2/ Le patrimoine

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Si maintenant on prend aussi en compte – ce qu’on ne fait jamais – la richesse résultant de l’acquis – je veux dire par là du patrimoine accumulé – on doit rajouter la somme colossale de 11 000 milliards d’euros. Vous saisissez ?

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11 000 milliards d’euros, c’est 166 000 euros environ par Français. Et chaque année, ce sont 40 000 euros de plus qui sont créés par chaque Français (en moyenne bien sûr). Certes, nous en dépensons aussi chaque année mais nous avons de beaux restes en tant que nation !

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3/ La dette efface-t-elle notre richesse ?

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Quant à la dette – qui soi-disant nous tue et doit conduire à ce que nous vendions tout, et si possible à vil prix bien sûr – que représente-t-elle dans notre richesse nationale ?

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Cette dette française « absolument intenable » pour tant d’économistes, tant de patrons et tant de gouvernants, représente, selon l’Insee qui l’a évaluée à la fin du premier trimestre 2015, le montant de 2 089,4 milliards d’euros, soit 97,5% du PIB de l’année 2014.

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Présentée ainsi, la chose a de quoi affoler, n’est-ce pas ? Qui peut soutenir une situation dans laquelle la dette représente 97,5% de ce qu’il crée comme richesse ?

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Sauf qu’une telle présentation est d’une immense malhonnêteté. C’est une manipulation grossière destinée à nous terroriser et à nous empêcher de réfléchir.

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Mélenchon et d’autres l’ont déjà abondamment expliqué depuis des années. Une dette n’est pas toujours à ramener sur une année de création de richesse. Quand on conclue un crédit, c’est souvent sur plusieurs années qu’on le rembourse, n’est-ce pas ? Le montant du capital à rembourser ajouté à celui des intérêts, est donc à comparer à la richesse – et donc aux ressources – qui seront créées ou gagnées pendant la période en question.

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Donc le montant de la dette française, qui selon les chiffres issus de l’INSEE ci-dessus indiqués était en 2014 de 2 089,4 milliards d’euros, devrait être rapporté à la durée sur laquelle elle a été souscrite. En fait, la dette française résulte de divers apports et les titres de cette dette sont donc de durée variable mais il paraît que la durée moyenne est de sept ans. C’est donc sur cette durée de sept ans qu’il faut ramener le montant de la dette pour avoir une vision juste de la réalité.

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Or 2 089,4 milliards d’euros de dette ramenés au PIB cumulé sur sept ans (en faisant l’opération basique suivante : 2 672 milliards d’euros de PIB en 2014 x 7 = 18 704 milliards d’euros), ça représente à peine plus de 11% de la richesse sur la période de référence, ce qui est très en deça du taux d’endettement qui s’applique au grand public…

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Où est donc la légitimité – et même la simple rationalité – des hurlements d’otarie, ou de cochons qu’on attrape, qu’on entend si souvent ?

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Nulle part ! Ce n’est d’ailleurs pas destiné à nous informer et à nous mettre en garde. Non ! Ce genre de discours n’a qu’un seul but : nous faire taire, nous faire rentrer dans le moule, nous faire accepter l’inacceptable, nous faire vouloir ce que nous avons toujours refusé ! Voilà le véritable dessein de ce discours et de ces cris. Mais nous constatons que leur effet chloroformant tend à se réduire de plus en plus.

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Et vous savez bien que pour chaque individu qui sollicite un crédit, la banque ne se limite pas à demander la preuve de la rémunération du demandeur ; elle veut savoir aussi quel est l’état de santé de la personne ; elle veut voir des documents attestant de ce qu’il est envisageable de prévoir de son évolution professionnelle et donc financière ; elle réclame diverses preuves de l’étendue de son patrimoine ; et elle fait souscrire une assurance afin d’avoir toutes les garanties si le demandeur devait avoir, un jour, des difficultés à rembourser sa dette.

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Ne croyez pas qu’il en aille autrement avec les États qui réclament des financements aux « marchés »… Ces derniers ne souscrivent pas contraints et forcés. Ils le font après avoir étudié la situation du demandeur et vous pouvez être certains que s’ils offrent ces financements, c’est bien parce qu’ils savent qu’ils seront remboursés… ou disons que le risque de ne pas l’être est, à leurs yeux, bien plus ténu que celui de l’être… Et donc qu’ils gagneront beaucoup à accorder ces crédits puisque, après quelques années, les intérêts qui leur auront été payés finiront par dépasser le montant du capital octroyé.

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Quand un individu est endetté et ne peut rembourser ses dettes, l’huissier vient saisir ce qu’il possède pour le vendre, et utiliser le produit de la vente pour rembourser les créanciers. Donc le patrimoine d’un individu entre aussi dans le calcul. Chacun sait que le principe de l’hypothèque permet de souscrire un crédit plus important que si on refuse cette épée de Damoclès sur ses biens.

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Or, je l’ai dit plus haut, la France possède une richesse patrimoniale colossale et elle a de quoi négocier avec ses créditeurs sans même user de menaces de nationalisations ou de prise de contrôle par l’État de certains intérêts privés.

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La banqueroute et la faillite tant annoncées ne sont pas prêtes de se produire. Il faudrait pour cela que l’on nous vole tout notre patrimoine et que notre peuple s’arrête durablement de travailler or, a priori, nous ne risquons ni l’un, ni l’autre, même si, ponctuellement, nous décidons de nous mettre en grève, et que des vautours parviennent parfois à obtenir de nos « représentants » qu’ils leur « vendent » des éléments de notre riche patrimoine, par exemple pour un « franc » symbolique comme l’avait dit, en étant si inspiré, le Premier ministre Alain Juppé à propos du fleuron qu’était Thomson, ou comme dans le scandale de la vente des autoroutes à un prix scandaleusement bas, il y a quelques années, ce qui avait même provoqué la colère de François Bayrou, c’est dire !

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Bien que nous ayons des moyens de pression convaincants dans la « négociation » avec les « marchés » sans même devoir user de contrainte sur eux, je signale malgré tout, en passant, que nous reprendrons cependant nos billes et que ce qui a été vendu alors à vil prix sera récupéré et cette reprise de contrôle ne sera pas indemnisée au-delà de ce qui aura été jugé strictement nécessaire !

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Peut-être aussi que les coupables auront à rendre des comptes devant la justice du peuple ! Mais c’est une autre histoire qui dépasse le cadre de ce billet…

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2nd § : La politique « pro-entreprises » et ses effets depuis trente ans

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Cela fait des années, pour ne pas dire des décennies, que l’on entend toujours les mêmes pleurnicheries des représentants autoproclamés des « entrepreneurs » et les mêmes solutions « à mettre en œuvre d’urgence » pour « ne pas dissuader les employeurs d’embaucher », et ces mesures qui sont souvent mises en œuvre, contrairement à ce que disent les représentants du MEDEF, aboutissent toujours, paradoxalement, à l’aggravation de la situation de l’emploi.

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Alors, les mêmes prétendent que c’est parce que « on n’a pas osé aller assez loin », parce que l’on « s’est arrêté en route », parce que « ce ne sont pas des demi-mesures qu’il faut mettre en œuvre mais des réformes systémiques », que le FMI appelle « ajustement structurel » alors qu’il s’agit en fait d’une destruction systématique et méthodique de toutes les garanties que l’État avait pu édifier face aux nantis et face aux patrons exploiteurs, en France et dans nombre d’autres États du monde.

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On retrouve là la folie, l’aveuglement, et toute la mauvaise foi que l’on connaissait chez certains dirigeants du système soviétique. Moins le remède marchait, plus il fallait augmenter les doses !

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Depuis trente ans au moins, nos gouvernements successifs n’ont cessé d’ « alléger les charges » des entreprises « pesant » sur elles, de « réduire la pression fiscale » sur les plus nantis, de « simplifier » les protections que le code du travail offrait aux salarié-e-s, bref de donner satisfaction à tous ceux qui prétendaient que faciliter le licenciement aurait pour effet mécanique, automatique, de faciliter l’embauche, que la réduction des charges et des impôts sur ceux qui ont de gros moyens allait forcément les conduire à utiliser ces nouvelles marges de manœuvre pour recruter, investir, améliorer la situation des gens.

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Est-ce à cela que nous avons assisté ensuite ? Je vous pose la question….

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Inutile que je donne la réponse puisque chacun de nous a la réalité devant ses yeux et qu’un nombre pléthorique de travailleurs vivent eux-mêmes les splendides résultats de ces politiques qu’on nous présente comme « favorables à l’emploi et au bien-être des travailleurs », à l’image de ce qui a été dit sur l’intérêt du projet de loi El Khomri. Parce que plus c’est gros, plus ça passe ! En tout cas, le croient-ils !

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Sauf que cette fois-ci, la pilule a l’air de ne pas passer. Cette fois-ci, le patient semble décidé à ne plus se soigner avec les remèdes des docteurs fous. Cette fois-ci, il y a une ambiance de sérieuse mutinerie dans l’air…

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Je suis de ceux qui, il y a des années, avaient pensé qu’en effet le monde de l‘entreprise était peut-être un peu trop « contraint », un peu trop « pressuré » fiscalement. Les arguments défendus alors par les partisans de la « simplification » et de « l’allègement » des règles et des « charges » n’étaient pas totalement ineptes à mes yeux. Car, pensais-je, les marges de manœuvre nouvelles qui allaient leur être offertes auraient très bien pu aller justement là où les patrons disaient alors qu’elles iraient : à l’emploi, à l’amélioration des conditions de travail et des rémunérations, et à l’investissement.

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Si tel avait été le cas, ces politiques favorables aux entreprises auraient sans aucun doute été comprises et acceptées par les masses car elles auraient permis de ne plus licencier que dans des cas extrêmes ; elles auraient permis d’embaucher massivement ; elles auraient permis de voir les salaires de la majorité des travailleurs croître ; elles auraient permis d’améliorer sans cesse les conditions de travail ; elles auraient permis de former plus et mieux les travailleurs…

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Mais ce n’est pas cela que les « employeurs » qui réclamaient ces mesures ont fait quand les « allègements de charges » se sont ajoutés aux « chocs de simplification » et que les réductions de la fiscalité pour les entreprises ont succédé à des suppressions pures et simples de certaines contributions ; ou encore que la loi fiscale n’a cessé de permettre l’ « optimisation fiscale » ; ou encore que la loi pénale n’a jamais été dissuasive à l’encontre des adeptes de la fraude fiscale… Or fraude fiscale, évasion fiscale et optimisation fiscale, ce sont des mots qui dissimulent aux yeux du grand nombre plusieurs centaines de milliards d’euros annuels. Oui, vous avez bien entendu !

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Par définition, personne ne peut chiffrer avec exactitude ces phénomènes mais l’estimation qui en est faite fait froid dans le dos et relativise quelque peu la fraude aux aides sociales dont le montant est cent fois moindre

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Donc, puisque les demandes faites par les patrons ont été entendues mais que les promesses de progrès qu’ils prétendaient d’avènement certain n’ont jamais trouvé le début d’un commencement de réalité, il est temps désormais que chacun en tire les conséquences.
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La fin de la première partie de cet article (section 3) est à lire ici.
La*

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