Entamer la reconquête (4/4)

Le début de la première partie (Avant-propos, plan, introduction et sections 1 et 2) est à lire ici.

La fin de la première partie (section 3) est à lire ici.

Le début de la seconde partie (introduction et sections 1 et 2) est à lire ici.

*

Section 3 : La révolution de la gratuité des services publics

*

Un service public est, par essence, d’intérêt général. Il doit donc être financé par la collectivité dans son ensemble et pas par les « usagers », d’autant plus que les « usagers » peuvent être des personnes aux moyens réduits et il n’est donc pas juste de les faire contribuer de la même façon que les autres.

*
Certes, il existe déjà divers systèmes qui, reposant sur cette idée, permettent une gratuité partielle, ou une tarification dite sociale. Mais je suis de ceux qui considèrent que c’est insuffisant. Il faut aller beaucoup plus loin et atteindre ce point d’arrivée qui est la gratuité totale pour l’usager, indépendamment de ses moyens.
*

Car de toute façon, celui qui a des moyens importants aura, par l’impôt refondé ainsi que je l’ai expliqué plus haut, contribué bien plus que celui qui n’a que des moyens réduits. Donc le financement des services publics n’a pas besoin de la contribution supplémentaire de l’usager. Son budget résultera de l’impôt général (et par impôt général, j’entends aussi l’impôt finançant les collectivités locales).

*
L’accès à la santé, qu’il s’agisse de consultations médicales, de séjours à l’hôpital, de soins divers, de l’achat de médicaments, tout ceci doit devenir gratuit pour l’usager. Le financement doit résulter lui aussi du seul budget de la nation.
*
Quand Jean-Luc Mélenchon évoque son projet de sécurité sociale intégrale, c’est une réponse à l’exigence de gratuité totale de la santé.
**
L’accès aux transports publics doit aussi devenir gratuit pour tous.
*
Je pense aux transports urbains et interurbains dont les travailleurs ont besoin pour aller au travail et dont tout le monde a besoin pour aller faire ses courses ou remplir un certain nombre d’obligations.
*

Alors, certes, il faudra exclure le cas du transport de loisir à moyenne et à longue distance car je fais évidemment une différence entre le transport qui est nécessaire à la vie (trajets domicile-travail, trajets pour aller faire ses courses, trajets de courte distance pour ses loisirs et sa vie sociale) et le transport qui entre davantage dans une catégorie que je définirais comme étrangère aux besoins fondamentaux (par exemple prendre l’avion pour aller en voyage à l’étranger).

*
L’accès à l’eau potable doit également devenir gratuit pour tous car l’eau est indispensable à notre vie et on ne saurait décider que son accès a un coût, quel qu’il soit, sans contester radicalement le droit naturel de tout être humain de boire une eau saine et de bénéficier aussi de la quantité d’eau propre nécessaire à son hygiène sans avoir à payer pour cela.
*

Le coût de la potabilisation de l’eau, certes important et allant croissant en lien avec les pollutions grandissantes et l’irresponsabilité de certaines firmes, doit être assumé par le budget général de la nation et non, fut-ce à titre complémentaire, par la contribution de l’usager. Quant aux pollueurs, ils seront mis à contribution d’une façon qui aura un effet dissuasif certain.

*

Nous disons la même chose pour ce qui relève de l’accès à l’électricité ou au gaz.

*

Évidemment, cette gratuité de principe ne s’opposerait pas à la dissuasion des consommations excessives. Par exemple, s’agissant de l’eau et de l’électricité, il est facile de concevoir que les premiers mètres cubes, ou les premiers kilowatts, ceux qui permettent la vie, seraient gratuits pour tous, tandis que redeviendraient payantes les quantités consommées dépassant un seuil décidé par la loi.

*

Nous estimons que la gratuité totale doit s’appliquer aussi à l’accès à l’éducation et à l’enseignement public, y compris l’enseignement supérieur.

*
Il faudra élargir aussi le périmètre de la gratuité dans le domaine de la culture afin que chacun, quelle que soit sa propre capacité contributive, puisse accéder librement aux livres et aux œuvres culturelles qui sont de puissants outils d’émancipation.
*
On a déjà les bibliothèques et les médiathèques qui offrent ce service public soit gratuitement, soit à très bas coût. C’est exact mais c’est insuffisant. Il faut aller bien plus loin.
*
Une mesure concrète parmi d’autres, et qui relève aussi d’ailleurs de la question liée à la révolution fiscale à laquelle j’appelle, est la suppression pure et simple de la redevance audiovisuelle car, ici comme pour les autres services publics, le financement doit relever du budget général de la nation et non pas d’une contribution spéciale imposée aux usagers.
*
Et sur le sujet de l’audiovisuel public et privé, on inventera des processus qui permettront au peuple souverain de décider démocratiquement qui, dans la sphère médiatique et culturelle, mérite d’être financé et qui ne doit pas l’être, qui mérite des financements supplémentaires, et qui, à l’inverse, mérite de voir son budget public réduit voire supprimé.
*
Tous ceux qui abrutissent les masses, tous ceux qui concourent à leur mentir, à les manipuler, à réduire la conscience citoyenne, verront leur budget supprimé (des émissions comme la télé-réalité, comme « Touche pas à mon poste » de Cyril Hanouna, comme « C’est dans l’air » avec celui qui est devenu, au fil du temps, le propagandiste préféré du système, Yves Calvi n’ont aucune légitimité à être financées par la contribution fiscale, car ces émissions nuisent à la conscience citoyenne et donc à l’intérêt général).
*

On ne les interdira pas car nous respecterons le principe démocratique de la liberté d’expression mais elles devront s’auto-financer par les moyens légaux de leur choix. Et il n’y aura pas de publicité sur le service public audiovisuel, lequel ne sera plus dirigé par des entreprises tirant l’essentiel de leurs ressources de l’État.

*
Nous pensons également au retour complet du service des pompes funèbres dans le domaine public. La mort ne doit pas ajouter, à ce qu’elle est déjà, une ultime injustice : celle de voir tel individu pauvre ne pas avoir la possibilité d’être traité avec la dignité qui s’impose. Il est inacceptable, et il est révoltant au plan humain, que des personnes mortes en solitaires soient traitées en indigents. De même, il est insupportable que des personnes dont les proches sont trop pauvres pour financer les obsèques et ce qui s’ensuit, ne puissent pas bénéficier d’un traitement décent.
*

Nous défendons l’idée d’un service public comme cela existait auparavant, avant que celui-ci aussi soit privatisé et mis dans le marché. Nous inventerons un nouveau service public pour que tout citoyen bénéficie des mêmes droits à des obsèques dignes.

*
Enfin, nous pensons à un nouveau service public qu’il faudra créer : un service public bancaire. La Banque de France pourrait se voir confier cette mission ou on pourrait créer un établissement dédié.
*
Sa mission serait d’être la banque des « petits porteurs » (entreprises et particuliers). On arrêterait un montant de rémunération et de patrimoine à partir duquel le porteur ne pourrait plus maintenir son compte et devrait trouver une banque sur le « marché ».
*

Cette banque aurait une visée sociale en ce sens qu’elle n’aurait pas pour objet de voir gonfler ses bénéfices mais seulement d’assurer le service bancaire au bénéfice des petits porteurs et à ce titre, elle pourrait consentir des prêts à des taux d’intérêt très bas, le but n’étant pas de faire des bénéfices mais d’aider ceux qui ont besoin d’être aidés et soutenus, notamment les entreprises qui viennent de se créer ou celles qui ont des projets d’évolution et ont besoin de financements.

*
Notre but, dans ces lignes, n’était pas d’être exhaustif sur la question de la gratuité des services publics et donc nous ne développerons pas davantage. Mais il faut comprendre que si la révolution fiscale et la révolution du travail auxquelles nous appelons et pour la mise en œuvre desquelles nous avons des idées claires, sont de puissants outils pour rétablir l’égalité des citoyens et augmenter fortement la justice sociale, la gratuité totale des services publics et l’augmentation du périmètre de ceux-ci sont également des armes de destruction massive du capitalisme puisque celui-ci vise à tout privatiser, tout financiariser, tandis que les propositions que nous faisons sont de nature, au contraire, à rendre accessibles à tous, gratuitement, ce qui est indispensable à la vie ou, à tout le moins, ce qui lui permet de ne pas être une succession de galères et d’injustices.
*

Chacun fera ensuite ce qu’il veut pour conjuguer son droit au bonheur mais personne ne sera plus empêché par le seul fait résultant de l’insuffisance de ses moyens financiers.

*

Et comme, de toute façon, la révolution fiscale que nous ferons aura pour effet direct de faire disparaître la pauvreté, la faiblesse des moyens financiers ne sera plus une garantie de privations.

*

Section 4 : La révolution du revenu garanti

*
Le débat mérite d’être mené et j’espère que les derniers mois de la campagne électorale vont permettre à tous de mieux cerner les tenants et les aboutissants de la question.
*

J’espère qu’ensuite notre accession au pouvoir l’an prochain, si elle intervient, aura pour effet d’organiser cette fois un grand débat public national s’achevant par un référendum au terme duquel le peuple français choisirait les solutions à mettre en œuvre.

*

Je ne fais donc ici que mentionner le sujet sans le développer mais en invitant chacun-e de vous à s’en emparer, à s’instruire sur le sujet, à organiser des débats sur la question dans vos territoires, dans vos assemblées citoyennes, dans vos organisations… afin que nous soyons, collectivement, préparés demain au grand débat national qui pourrait être organisé par le nouveau pouvoir sorti des urnes si Jean-Luc Mélenchon était élu Président de la République.

*

Aussi coûteuses soient-elles si on les analyse sous l’œil d’un capitaliste, toutes ces révolutions politiques et économiques sont possibles.

*

Une économie fonctionne lorsque les richesses sont partagées car elles circulent alors selon une logique circulaire. On peut dire qu’une économie rationnellement pensée et organisée fonctionnerait comme le cycle de l’eau. Rien ne se perdrait des richesses produites par l’ensemble de la population. Ces richesses en étant partagées, se retrouveraient mieux utilisées.

*
Si de meilleurs salaires (par rapport à ce qu’ils sont aujourd’hui) étaient payés par les patrons à leurs salarié-e-s, ils seraient forcément dépensés et/ou partiellement épargnés : dans le premier cas, ces richesses contribueraient à développer l’économie, dans le second cas, elles contribueraient à augmenter les réserves financières pouvant être utilisées pour financer l’investissement et les aides en tout genre.
*

C’est bien un cercle vertueux qui se mettrait en place et ce système serait antinomique avec le cercle infernal actuel où la richesse globale se perd dans des bulles, ou est embastillée dans des paradis fiscaux où elle ne sert personne, sinon quelques très rares nantis qui, d’ailleurs, ne peuvent pas consommer leur propre richesse tant elle dépasse leurs besoins, aussi immenses soient-ils, aussi ostentatoires soient-ils, aussi démesurés soient-ils !

*

Si un mauvais génie capturait presque toute l’eau de pluie qui retombe sur terre après s’être évaporée des mers et des océans, et la mettait « à l’abri » sur une autre planète, il va sans dire que le climat deviendrait vite infernal sur terre puisque les terres émergées seraient vite transformées en déserts et que, peu à peu, les mers et les océans se videraient puisque l’eau s’en étant évaporée n’y reviendrait plus.

*

Eh bien, je trouve que les capitalistes de notre temps sont comme ce mauvais génie imaginaire puisqu’en confisquant, au seul bénéfice de quelques-uns, très peu nombreux, la richesse globale créée par tous, ils interrompent le cycle naturel de l’économie et peu à peu, vont finir par tuer tout le monde. Sauf si nous décidons de ne pas mourir et que nous « tuons » ce mauvais génie avant qu’il ne fasse son office…

*
Bref, au terme de ces longs développements et de ces deux parties de mon billet « Entamer la reconquête », vous aurez compris, je l’espère, plusieurs choses :
  • Notre pays est riche, contrairement au discours que nous entendons de toutes parts…
  • Notre pays regorge de gens pleins de talents et de citoyen-ne-s travailleurs et n’a donc rien à voir avec ce pays que certains nous décrivent comme composé de feignants, d’incultes, d’ignorants, d’idiots, d’incompétents…
  • Notre pays n’a pas à être tétanisé par les discours déclinistes façon « anti-France » qui ont pour seul dessein de faire croire à tous que nous ne valons rien et que la seule solution qui s’offre à nous est de remettre notre destin à des gens qui sauront nous diriger et nous remettre sur le droit chemin : Allemagne hier, Union européenne aujourd’hui, peut-être États-Unis demain. Ce discours est le même que celui qui était développé dans les années trente et qui visait à ce que l’Allemagne prenne le contrôle de notre pays. Logiquement, parmi ceux qui avaient ce discours, la plupart furent d’enthousiastes collaborateurs des Nazis, puis, pour ceux qui ont survécu à l’épuration, des petits soldats de la nouvelle Rome qui n’est autre que l’empire-monde états-unien !
  • Si certains nous voient incapables, si certains nous veulent impuissants et soumis, d’autres, bien plus nombreux mais trop longtemps silencieux et passifs, savent que nous sommes un peuple qui, lorsqu’il se lève, change le cours de l’histoire du monde. Nous l’avons déjà fait plusieurs fois et c’est pour cela que Victo Hugo avait écrit : « Ce que Paris conseille, l’Europe le médite. Ce que Paris commence, l’Europe le continue. » Et pas que l’Europe d’ailleurs ! Le mouvement bolivarien a été largement inspiré par la révolution française même s’il a trouvé ses propres règles et a choisi son propre développement, en toute indépendance.
  • Nous savons, autour de Jean-Luc Mélenchon, ce qu’il est possible de faire. Nous ne risquons pas, nous, d’être tétanisés par les hurlements à la mort de quelques-uns. En référence au titre d’un livre de notre camarade économiste Jacques Généreux*, nous tous disons clairement : « Nous, on peut ! » et j’ajoute que « Nous, on le veut ! »
  • Nous ferons ce qu’il faut faire pour satisfaire l’intérêt général après que nous ayons débattu de la forme et du contenu de celui-ci.
*
* Jacques Généreux fut responsable, un temps, des questions économiques au sein du Parti de Gauche et c’est aujourd’hui un des deux responsables de l’élaboration collective du projet présidentiel, l’autre responsable étant Charlotte Girard.
Publicités

Une réflexion sur “ Entamer la reconquête (4/4) ”

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s