Quelques mots à Jacques GÉNÉREUX – Par Vincent Christophe LE ROUX le 10/03/2017

Jacques Généreux m’a fait l’immense honneur, en ce vendredi 10 mars 2017, d’accepter l’invitation que je lui avais adressée (via Facebook) il y a un certain temps déjà…
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Je lui ai écrit ces quelques lignes pour le saluer et pour lui dire deux ou trois choses…
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Jacques, je suis très honoré que tu aies accepté mon invitation, camarade.
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Je suis un lecteur assidu de tes ouvrages, même si certains m’ont échappé à ce jour. Mais à 42 ans, j’espère avoir encore quelques années à vivre et donc le temps de les découvrir dans les mois et années à venir…
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Évidemment la « trilogie » était une oeuvre à marquer les esprits. J’ai beaucoup apprécié aussi le « socialisme néomoderne » parce qu’on y trouve d’autres développements que l’économie pure, fusse-t-elle, grâce à toi, expliquée en termes accessibles à tous. Et tout ce qui est dit sur les aspects humains, sociaux, relationnels dans ce livre-là m’a beaucoup fait réfléchir. Un grand moment !
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« Nous on peut » fut aussi un ouvrage explosif pour moi, dans le bon sens du terme !
Le tout dernier que tu as publié il y a quelques jours (Les bonnes raisons de voter Mélenchon) que j’ai pu acheter avant même le 1er mars, date officielle de sa sortie (merci à mon libraire préféré, la Librairie Durance à Nantes) est purement génial… J’ai particulièrement savouré l’intro et le chapitre sur l’UE…
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Je vais te dire quelque chose : je suis, depuis désormais deux ans au moins, partisan de la sortie de l’UE et donc du plan B. Car, à l’instar de Lordon, je pense que nous y parviendrons de toute façon inéluctablement. Je fais partie de ceux qui, au PG, se sont battus pour le texte « alternatif » lors du dernier congrès. Je sais que tu n’y étais pas du tout favorable. Je ne t’en veux pas. Tu avais une stratégie et elle ne correspondait pas à la nôtre puisque nous considérions que nous devions accélérer et parler plus clairement que nous ne le faisions alors.
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Je ne te cache pas ma joie profonde de vous voir – Jean-Luc, toi et les autres – vous rapprocher autant de nos positions d’alors, depuis un an… Parce que mes camarades et moi pensons que pour convaincre une majorité de Français le 23 avril et le 7 mai, nous devons avoir un discours clair sur l’UE or nous ne l’avions pas il y a plus d’un an. Entre autre cause, à cause de qui on sait… Ce problème est réglé depuis que Jean-Luc a choisi de ne plus avoir de comptes à rendre à ces alliés d’hier…
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Jacques, si mes camarades et moi sommes partisans du plan B (c’est-à-dire avant même le plan A en quelque sorte), nous ne sommes pas pour autant butés et nous ne rejetons pas votre stratégie duale qui a aussi sa finesse, parce que non seulement nous en comprenons les tenants et aboutissants, mais parce que, depuis quelques temps, vous lui avez donné plus de consistance et de crédibilité.
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Le plan A, tel qu’il était exposé il y a encore quelques mois, était tout à fait insuffisant à nos yeux car il se limitait à prévoir une négociation avec nos partenaires et nous savons tous quel est le contexte politique dans chacun des pays de l’UE, nous connaissons tous les règles qui conditionnent les évolutions des traités même si le fait politique peut parfois brusquer, voire contrer, certaines règles et certains principes.
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Mais se contenter de dire que nous allions « désobéir » sans expliquer à quoi nous allions désobéir, ni dire comment et quelles seraient les suites de cette désobéissance, cela ne permettait pas de comprendre ce que vous aviez vraiment en tête, et donc cela n’était pas de nature à convaincre de vous suivre sur cette voie.
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Depuis quelques mois, Jean-Luc a réorienté son discours pour ne plus parler de « désobéissance » mais de « sortie des traités ». La différence est énorme car nous envisageons donc de sortir de l’UE et le plan B est là pour ça. Très bien.
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Dans ton livre, le chapitre 5 expose très bien la question et tu as eu l’occasion, avec Sophie Rauszer il y a quelques jours, lors de l’université populaire sur la question européenne, de dire clairement quelle était la stratégie, de la détailler, et de montrer que nous avons bien l’intention de ne pas nous laisser faire.
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Ce qui nous donne du poids et de la crédibilité, ce qui fait qu’aujourd’hui (contrairement à il y a encore quelques mois) je vous trouve – Jean-Luc, toi et les autres – bien plus crédibles et convaincants, c’est que tu n’hésites plus à expliquer que nous n’attendrons pas l’éventuelle mise en oeuvre du plan B pour prendre les mesures conservatoires nécessaires, y compris en désobéissant chaque fois que nécessaire aux dispositions contraires à notre projet.
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Cela, c’est percutant, incisif et ça fait pencher la balance du bon côté. Grâce à cette détermination que vous avez annoncée de ne plus tolérer ce qui est intolérable, et d’appliquer d’office, avant même que soit engagée toute discussion avec nos partenaires, les mesures que vous jugerez nécessaires, eh bien je crois que vous allez enfin convaincre pas mal de sceptiques qui ne croient pas que Jean-Luc soit vraiment déterminé à bousculer l’UE.
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C’est cela qui m’importe au plus haut point et qui importe aux yeux de mes principaux camarades, nous qui oeuvrons depuis deux ans pour obtenir de nos représentants principaux (Jean-Luc, toi et les personnalités qui vous entourent) que vous disiez enfin ce que nous jugions indispensable de dire.
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Nous savons qu’il y a des gens qui ont peur des perspectives qu’entraînerait la sortie de l’UE, et le système et la grande presse font tout pour alimenter ces peurs au lieu de faire une oeuvre utile d’information et d’éducation. Heureusement que nous avons Frédéric Lordon et Aurélien Bernier pour faire ce travail pédagogique. Je pourrais aussi citer Sapir qui, depuis plus d’un an, publie des billets plutôt sympas et en soutien de Jean-Luc.
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Si les « inquiets » existent, ils sont, à nos yeux, bien moins nombreux que les autres, je veux dire que ceux qui n’ont pas peur de la sortie, qui ont compris à quel point l’UE est détestable et pourquoi et comment elle empêche tout progrès économique, social et géopolitique.

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Si, en 2005, 55% des Français ont dit non au TCE, cela signifie clairement que le peuple a compris, lui ! Et ce faisant, c’est à l’UE dans son ensemble qu’il a dit NON puisque le TCE reprenait tous les traités qu’il regroupait en un seul. On ne peut valablement dire que le peuple qui a dit NON n’a dit NON qu’à tel ou tel aspect du traité. Le NON est exclusif. Le traité a été rejeté en bloc et donc, sur un plan juridique, il n’a plus aucune valeur. Le fait qu’il ait été rhabillé autrement ne change rien à cela.

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Donc tout ce qui a été fait depuis est une « forfaiture » comme cela a été dit. On pourrait d’ailleurs tout rayer d’un seul trait de plume et considérer tout ce qui s’est fait depuis (Traité de Lisbonne, TSCG, MSE…) comme nul et non avenu puisque constitutionnellement c’est illégal vu que nous avons dit NON et que nos dirigeants sont passés outre pour aller plus loin, plus vite, plus fort.

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Je pense donc que la priorité n’est pas de vouloir rassurer les inquiets par un discours de modération. Ce n’est pas eux qui nous feront gagner. 2005 est la preuve concrète que le peuple a compris depuis longtemps, qu’il est en avance sur ses représentants…

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Ce sont donc les millions de gens qui veulent que l’on règle la question de l’UE qu’il faut attacher à nous et donc par exemple détacher du FN ou de l’UPR.

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Aurélien Bernier, Frédéric Lordon et d’autres sont convaincus que le FN vit de cela, de nos insuffisances pendant si longtemps sur le sujet de l’UE. Et je suis certain qu’ils visent juste !

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Si l’on veut dévitaliser le FN, c’est NOUS qui devons porter le fer contre l’UE. À notre façon. Nous devons le faire avec notre vision et notre philosophie humaniste, internationaliste, mais nous devons montrer que Jean-Luc ne sera pas un nouveau Tsipras et que la France insoumise ne sera pas une nouvelle Syriza.

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Je vous dis donc merci, en particulier à toi, à Jean-Luc et à Sophie, d’avoir le discours que vous avez aujourd’hui.

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La question européenne, c’est le nerf de la guerre. C’est ce sujet qui nous fera gagner ou perdre l’élection, puisque selon ce que nous dirons et ferons sur ce sujet, nous pourrons faire tout le reste…ou pas ! Notre crédibilité se joue là.

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Un dernier point, à propos de ton livre « La déconnomie ». Je ne l’ai pas encore lu. Je le ferai sous peu. Par contre, je t’ai écouté en parler ici ou là sur quelques vidéos (ici, ici, ici, ici et encore ici) et je ne pense pas que la ligne d’attaque que tu as choisie dise tout de cette situation folle que tu décris et dénonces.

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Certes, il y a sans aucun doute une part d’erreur, de bêtise, d’illusion, d’égarement (quels que soient les qualificatifs qu’on donne à la chose que tu étudies), mais je crois qu’il n’y a pas QUE cela. Ce que ne dit pas le titre que tu as choisi, et qui apparemment ne figure pas dans le livre puisque, lorsque tu l’as commenté ici ou là, tu ne l’as pas évoqué et que tu en es resté à l’aspect « déconnant » de l’économie mondiale, c’est l’explication qui passerait par dire que ce qui se produit est aussi largement le résultat de choix faits en conscience et non par erreur, de choix faits par quelques-uns pour aboutir précisément à la situation que nous connaissons où un tout petit nombre a tout et l’immense masse des humains rien ou si peu !

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Les années que nous vivons ne sont pas QUE le résultat d’erreurs de politique économique ou d’un aveuglement des dirigeants pour des théories insensées. Mon avis, c’est que les dirigeants de nos pays savaient ce qu’il adviendrait et qu’ils l’ont voulu car loin de défendre NOS intérêts, ils servent les intérêts des dominants. On est comme au temps des « patrons voleurs » aux États-Unis dans les années de la fin du XIXe siècle où le capitalisme triomphant avait rendu multi-milliardaires quelques-uns et miséreux tous les autres, ce qui conduisit, en quelques décennies, au krak de 1929, à la Grande Dépression puis finalement à la Seconde guerre mondiale, aubaine des capitalistes…

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Ce n’était pas plus une « erreur » de diagnostic ou de remède qu’aujourd’hui. L’accaparement des richesses, la captation du « sang » de l’économie par ce 1% au détriment des 99%, était non pas seulement le résultat inéluctable d’une politique mais bien l’objectif poursuivi.

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Il est dommage que tu n’aies pas aussi abordé cet aspect. Parce que à critiquer les « erreurs » sans jamais oser dire qu’elles dissimulent en fait des volontés très conscientes de ceux qui nous dirigent, on prête le flanc à être perçu, soi-même, comme quelqu’un s’arrangeant avec la réalité…

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Merci de m’avoir lu jusqu’ici. Je t’adresse un salut insoumis !

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