2ème salve ! Je reviens encore sur la problématique que pose la “nouvelle” stratégie de la France insoumise…

Ce samedi 25 août, puis ce dimanche 26, j’ai publié deux articles critiques et constructifs à propos de l’évolution que j’avais discernée ces deniers mois en général, et ces derniers jours en particulier, dans la stratégie de la France insoumise. Ces deux billets sont accessibles ici pour le 1er, et  pour le 2nd.

Ces deux billets de mon crû avait reçu en quelque sorte une légitimation anticipée par la publication, le 5 juillet dernier, par François Cocq, personnalité éminente du Parti de Gauche et de La France insoumise, d’un billet intitulé “Le grand bond en arrière(à lire ici sur son blog).

Je n’ai pas attendu le billet du 5 juillet de François Cocq pour me plaindre de ce que je pressentais de ce qui était en train d’advenir mais disons que je me suis alors senti renforcé puisque ce n’était pas un militant ordinaire, éloigné des cercles dirigeants, qui le disait mais quelqu’un d’introduit au plus haut niveau de la FI, un proche de Mélenchon depuis des années. Sa parole pesait donc lourd, bien plus que la mienne !

Or, il se trouve que ce lundi 27 août, donc après que j’aie publié mes deux billets, François Cocq a publié lui aussi un nouveau billet qu’il a intitulé “Des raccourcis comme des impasses…(à lire ici sur son blog).

Par ce nouveau billet publié le lendemain de la clôture des “Amphis 2018” de la France insoumise, et alors que le débat faisait déjà rage sur la question de savoir si “l’évolution de la stratégie” constatée et dénoncée par certains était un fantasme ou une réalité, François Cocq mettait les pieds dans le plat et donnait du grain à moudre à celles et ceux qui avaient pressenti ce changement stratégique et qui le déploraient. Il développait un solide argumentaire ne laissant aucun doute sur le sujet. Or lui savait, de l’intérieur de la FI, ce qui se passait ! Et s’il a parlé – écrit en l’occurrence – publiquement, c’est sans aucun doute parce qu’il n’était pas le seul parmi les “proches” de Mélenchon ou disons parmi les militants un peu moins “ordinaires”, à désapprouver ce qui était en train de se passer.

À la lecture de ce billet, qui était un prolongement évident de celui du 5 juillet, je constatais que mon propre argumentaire était celui qu’il développait à son tour. Cela crédibilisait ce que je disais et donnait à mes propres récriminations une certaine densité et de solides fondations.

J’ai largement relayé ce billet de François Cocq, à la fois en totalité et par morceaux. Parce que ce billet devrait être lu de TOUS les Insoumis. En effet, beaucoup nient qu’il y ait une évolution en cours. Ils considèrent que ce n’est que calomnie, que seuls des ennemis de la FI le disent, ou des griots du système, ou des névrosés frustrés… Appréciez le haut niveau de réflexion et d’argumentaire de ces gens-là !

Or ce que dit François Cocq vaut son pesant de “cahuètes”… Il met exactement le doigt là où ça fait mal !

Il y a cependant un point qu’il n’a pas évoqué ou alors seulement en filigrane. Et que je n’ai pas évoqué non plus moi-même dans mes premiers commentaires publiés à la suite de sa communication. C’est sur ce point que je reviens ici.

* * * * *

La formation de la liste européenne « Maintenant le peuple » avec des partis « socialistes » ou même avec Podemos a forcément dû se faire par compromis, puisque Podemos – pour ne citer que lui – ne veut pas entendre parler de sortie des traités et encore moins de l’UE, et que même le “Plan A” tel qu’il avait été conçu par Mélenchon et la FI était trop « anti-européen » pour eux !

Je ne connais pas la vision des autres mouvements qui participent à cette liste mais nous savons bien que les partis et mouvements qui nous sont proches en Europe sont encore assez loin du point où NOUS, nous sommes arrivés à ce stade, et je suis donc convaincu que nous avons dû reculer et abandonner certaines de nos positions pour qu’ils nous rejoignent. C’est le principe même du compromis et de l’accord où chacun trouve son compte et accepte d’en rabattre un peu sur ses exigences. Si un seul impose sa loi à tous les autres, soit il reste seul parce que les autres ne le suivent pas, soit il obtient des ralliements, ce qui n’est pas ce que nous voulons puisque nous voulons des actes d’adhésion à nos idées et à nos propositions, pas des ralliements de circonstance…

Le hic, ici, c’est la distance entre ce que nous disions hier et ce que nous disons aujourd’hui. Elle est bien trop grande ! On a trop lâché. Je ne suis pas idiot, j’ai bien compris que nous voulions « convaincre » nos partenaires européens. Mais Mélenchon a une responsabilité immense devant le pays et il aurait pu faire une distinction entre ce que nous défendons pour la France et ce que, par le fait du compromis, nous pouvions défendre au niveau européen. Ou même, on aurait pu faire une liste nationale sur NOS exigences, et nous rassembler ensuite mais ensuite seulement (puisue les choses n’étaient pas assez mûres aujourd’hui) avec nos partenaires, une fois que nous les aurions « convaincus ». Ces deux alternatives à ce qui a été décidé auraient eu le mérite de montrer que NOUS, nous sommes ambitieux et exigeants, et que si le projet collectif porté au niveau européen était en deçà de ce que nous défendions pour notre pays, en revanche rien ne changeait de notre discours pour ce qui concerne le périmètre national. Car nous n’avons pas à en rabattre à cause du fait que nos partenaire ne nous suivent pas. S’il est préférable d’agir ensemble, cela est surtout important quand nous serons tous au pouvoir dans les différents pays européens. Mais on peut – et on doit – commencer à agir dans un seul sans attendre « l’alignement des planètes » comme le dit ironiquement Frédéric Lordon… Et pour gagner en France, il faut impérativement durcir le discours quant à l’UE, sans quoi jamais nous ne gagnerons la présidentielle.

Or ce n’est pas du tout ainsi que les choses se présentent, ni qu’elles ont été dites. Et ce que nous a dit François Cocq dans son billet est on ne peut plus clair sur le « bond en arrière, » qui ne se justifie pas uniquement par les contraintes du compromis avec nos partenaires européens. Le problème est donc entier.

Déjà, au moment de l’élection présidentielle, il n’y avait plus grand monde autour de Mélenchon (j’entends parmi les personnalités qui l’entourent) à être partisan de la sortie des traités, et beaucoup de ceux qui disaient défendre la dialectique Plan A – Plan B n’en voulaient pas en réalité. Nous le savons, nous qui avons été au coeur du PG, parce que ce qui se décidait, à l’image du texte qui avait été adopté au congrès de 2015, ne cadrait pas du tout avec la logique de la “sortie des traités” qui, d’ailleurs, à cette époque-là, n’existait dans aucun des discours officiels. C’est Mélenchon qui a, le premier, évoqué cela, à l’automne 2015 si j’ai bonne mémoire ; et le PG s’est trouvé en porte-à-faux avec cette évolution positive de Mélenchon. Car le PG en tant que parti n’avait pas voulu de cela. Celles et ceux – dont j’étais – qui se sont battus au PG pour que nous portions un discours bien plus assumé quant à la sortie de l’UE, ont été battus avec près de 45% contre 55% au texte majoritaire. Notre position n’était donc pas majoritaire de fait mais elle représentait une importance jamais imaginée par les dirigeants. Et nous pensons que cette force de l’alternative que nous portions à conduit Mélenchon à durcir le ton. C’est quelques semaines après ce congrès qu’il en est venu à ne plus parler de “désobéissance aux traités” mais de “sortie des traités”, ce qui constituait un seuil car les deux propositions n’étaient pas du tout synonymes. J’avais eu l’occasion d’écrire sur le sujet. Plusieurs articles sont disponibles sur le sujet dans la section “Articles” de mon compte…

C’est donc cette évolution du vocabulaire employé et l’évolution politique que ça témoignait, qui a conduit nombre de militants, sympathisants, et « amis » du PG et de Mélenchon à ne pas lâcher notre soutien à cet homme et, lorsque ces gens avaient quitté le PG, à rester dans la galaxie Mélenchon si j’ose dire… Quand fut créée la FI, avec notamment un discours européen plus punchy que ce qu’il avait été jusque là, nous pensions avoir gagné l’essentiel. Sans cette évolution-là, des milliers de gens n’auraient pas soutenu la FI et Mélenchon et jamais nous n’aurions collectivement permis à Mélenchon d’obtenir le score qu’il a eu au 1er tour. Il y a bien d’autres raisons à ce score évidemment mais ce que j’ai dit plus haut e est une très influente.

Aujourd’hui, manifestement, Mélenchon et la FI se placent dans un contexte électoral, et électoraliste même, et donc adaptent leur discours et leurs propositions à cela. Ce faisant, ils reculent… beaucoup ! Et je ne crois pas du tout qu’on puisse dire ici que c’est “reculer pour mieux sauter”. Ces reculades sur la stratégie comme sur le fond – et François Cocq a exprimé sa grande crainte sur ce point – vont faire perdre un immense crédit à Mélenchon et à la FI.

Comme je l’ai écrit moi-même de très nombreuses fois depuis un an, François Cocq a pointé le risque évident que ces reculades fassent perdre bien plus de soutiens au sein du peuple, parmi lequel beaucoup nous avaient rejoint ou peut-être allaient finir par le faire au regard de notre travail collectif tout à fait sérieux et de notre constance dans la détermination à porter des propositions ambitieuses, comparé à ce que nous pourrions gagner avec nos cajoleries de quelques « has-been » ou « has-never-been » du PS ou de la “Gauche”. Le bilan sera fait dans quelques mois et je pressens qu’il sera désastreux.

François Cocq a parlé de “bouteille à la mer” pour nous dire qu’il ne pense pas que sera déterminant l’effet de son billet. C’est bien qu’il n’a aucun espoir d’influer de quelque manière que ce soit. C’est dire à quel point tout est verrouillé par un tout petit nombre de décideurs – alors qu’il n’y a pas de chef, pas de direction – paraît-il… Là aussi c’est un élément qui montre à quel point ils se fichent de nous quand ils parlent de démocratie et de prise de décision collective. Ils nous prennent pour de vraies buses [que ces volatiles me pardonnent cet écart de langage].

Mais la FI aujourd’hui, comme le PG hier, reposent sur un turn-over très important. Les nouveaux venus ont des étoiles dans les yeux, ne savent rien de ce qui a fait partir tant de gens, et comme on leur serine que les départs ne sont le fait que de frustrés égoïstes doublés de salopards ne voulant que détruire l’oeuvre magnifique, ils les fuient et croient que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Quelques mois plus tard, ils ont vu, et parfois beaucoup s’en vont, remplacés par d’autres, tout aussi ignorants des faits, ou par des naïfs, sans compter les moutons pour lesquels si Mélenchon ou ses proches disent un truc ou font quelque chose, ils ont forcément de bonnes raisons, et donc ils ont raison. Toute critique est alors sacrilège et traitée comme telle. Et celui ou celle qui a osé l’émettre est traité comme ennemi.

La démocratie au PG ou à la FI est une vaste farce. On pourrait en parler des heures sur le ton du réquisitoire. Certains s’en chargent. Ce n’est pas mon objet ici.

Je ne veux pas faire le procès de Mélenchon et de la FI, ni du PG, car c’est aussi grâce à eux qu’on a BEAUCOUP avancé ensemble ! Rappelons-nous où nous en étions en 2008 avant que naisse le PG…

Les apports intellectuels et programmatiques ont été très très conséquents et cela, nous le devons au travail collectif du PG. Quant à la belle percée de Mélenchon au 1er tour de la présidentielle, elle repose en partie sur l’implication massive des Insoumis. Mais ceux-ci n’ont que l’action de terrain pour exister. On n’attend pas d’eux qu’ils influent si peu que ce soit sur le projet ou sur la stratégie globale. Il faut laisser cela à ceux qui savent…

Ainsi, pour en revenir au sujet direct de ce billet, les reculades en cause n’ont jamais été validées par d’autres que les plus proches de Mélenchon. Et ce sont eux qui se retrouvent dans les premiers de la liste “Maintenant le peuple” pour la France. Pas de surprise… Les conditions et modalités de la validation par les Insoumis des choix de personnalités qui a été fait est une énorme farce !

Voilà. Pour faire « Maintenant le peuple » et pour attirer à nous quelques socialistes en perdition, on a fait marche arrière toute !

Qu’est devenu le serment de la porte de Versailles délivré par Mélenchon le 19 avril 2012 ? C’était encore au temps du Front de Gauche… Et Mélenchon nous avait dit ceci :

« Voici ce que je peux vous promettre, comme homme et comme militant :

Sur mon honneur, jamais je ne me dédierai du drapeau que vous m’avez confié, du message que vous m’avez demandé de porter, de la grande et noble cause que nous avons fait vivre ensemble.

NI À VENDRE, NI À ACHETER, NI À DOMESTIQUER !

Avec mes camarades du Front de Gauche, nous serons ET POUR TOUJOURS, la force AUTONOME, INDÉPENDANTE, EXIGEANTE, QUI NE SE MARCHANDE PAS, qui ne tripote rien sur les coins de bistrot, qui ne s’arrangera avec PERSONNE D’AUTRE QU’AVEC LE PEUPLE LUI-MÊME ET AVEC SON PROPRE PROGRAMME ! »

Eh bien, disons qu’il s’est « arrangé » avec… Je retrouve là ce qui s’était déjà passé après la présidentielle de 2012. À cette occasion, Mélenchon avait dépassé son pré carré pour s’élever au-dessus des partis de gauche (pas autant qu’il le ferait en 2017 mais quand même un peu) puis il était retombé dans les jeux politiciens.

La séquence électorale de 2017 est derrière nous donc, de nouveau, il oublie – ou donne le sentiment d’oublier – la place particulière qui était la sienne et il se situe de nouveau en chef de camp, et en plus, en chef de la “gauche” ou “des” gauches or la gauche ou “les” gauches sont mortes dans les consciences de l’immense majorité des Français-e-s ! La FI reposait sur ce postulat et sur le nouveau positionnement qui en avait pris acte. Et voilà qu’elle se saborde !

Ce qui va se passer, c’est qu’une grande partie de l’opinion va considérer que Mélenchon a joué un jeu d’homme au-dessus des partis et au-dessus de la gauche, voulant parler à tous les Français comme homme d’État rassembleur, mais qu’en fait il reste ce qu’il a toujours été. On ne le lui reproche pas. Nous-mêmes sommes nombreux à penser à gauche. Mais il ne saurait y avoir de parallélisme entre notre pensée de gauche qui oriente nos discours et notre projet, et la stratégie de conquête du pouvoir par la gauche. Cela c’est la Bérézina assurée. Je pensais que Mélenchon et ses proches l’avaient compris. Manifestement ce n’est pas le cas !

Comme le dit François Cocq, cette vision à très courte vue, purement électoraliste, va nous coûter très cher car elle est de nature – là encore François Cocq le dit clairement et c’est ce que je crois moi-même depuis longtemps – à saper les fondations que nous avions collectivement bâties. Comme François Cocq, je considère que Mélenchon avait une place à part de tous les autres de par ses deux candidatures présidentielles et qu’en aucun cas il ne devait revenir dans les jeux politiciens. Il devait rester au-dessus de la mêlée et continuer à se préparer à la grande alternative depuis sa fonction actuelle de président des députés insoumis, ou depuis une autre qu’il pourrait occuper, ne surtout pas se mouiller dans des stratégies dérisoires et encore moins se salir par des jeux politiciens. Pour que le peuple continue à le voir comme le prochain recours, et que demain de nouveaux soutiens affluent vers lui.

Avec ce qui se passe, toutes ces belles perspectives s’envolent. Or on est passé très près, vous le savez bien, de nous retrouver au second tour en 2017. Il suffisait que Mélenchon reste le candidat et la personnalité rassembleuse pendant cinq ans pour que l’on puisse espérer renverser la table la prochaine fois. Les choix qui sont faits nous éloignent de cette perspective.

Il nous faut des élus disent certains. Mais avoir des élus” ne sert à rien si ces élus n’ont aucun pouvoir. Et ils n’en ont aucun au Palais Bourbon, et encore moins au Parlement européen. Alors quoi ? Qu’est-ce qui les motive ? C’est à pleurer de rage.

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