Ce que m’a inspiré le débat sur l’UE – Dans la gueule du loup – Le Media – 25/06/2018

Pour visionner le débat sur You Tube, cliquez ici.

Avant-propos de Vincent Christophe Le Roux : Je voudrais adresser un très sincère remerciement à Jacques Cotta d’avoir préparé, organisé et animé ce débat sur la question de l’Union européenne dans le cadre de l’émission “Dans la gueule du loup” sur le plateau de Le Média le 25 juin 2018.

Je ne l’ai visionnée qu’aujourd’hui car j’ai fait un long break aussi bien avec Facebook qu’avec la politique, avant de reprendre contact avec lui et avec elle ces dernières semaines.

J’invite tout le monde à visionner ce débat qui dure 1h45.

Y ont participé :

– Daniel Shapira, membre du POI, le Parti Ouvrier Indépendant France, rédacteur pour Informations ouvrières,

Coralie Delaume, Essayiste et blogueuse sur L’arène nue – le blog de Coralie Delaume. Elle a notamment co-écrit avec David Cayla, économiste et professeur d’université, le livre “La fin de l’Union européennepublié en janvier 2017 aux éditions Michalon,

Jacques Nikonoff, fondateur et Président du PARDEM ou Parti de la Démondialisation (anciennement le M’PEP pour Mouvement Pour l’Émancipation du Peuple),

Charlotte Girard, membre et animatrice du Parti de Gauche (leur site) et du mouvement La France insoumise (son site), candidate sur la liste “Maintenant le peuple” pour les élections européennes de 2019,

François Asselineau, fondateur et Président du mouvement UPR (Union Populaire Républicaine), ancien candidat à l’élection présidentielle de 2017, et tête de liste annoncée au nom de l’UPR pour les élections européennes de 2019,

– Pierre-Yves Bournazel, député UDI-AGIR, pro-Macron et pro-UE.

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Au-delà de la joie qui est la mienne d’avoir pu suivre un débat passionnant sur le sujet si peu ou si malhonnêtement traité dans les medias oligarchiques, je vais vous faire partager quelques ressentis face à ce que j’ai entendu.

Globalement, et mis à part le cas du “malheureux” député pro-Macron et pro-UE qui a fait le service de sa cause avec les poncifs habituels, les cinq autres intervenants et l’animateur du débat Jacques Cotta ont permis aux auditeurs d’entendre des analyses bien plus poussées que ce que l’on a coutume d’entendre.

Je ne connaissais pas Daniel Shapira, même si je connaissais un peu le POI. J’ai découvert un homme qui parle bien et qui pense bien. Chacune de ses interventions fut concise et incisive. Je me suis seulement un peu lassé qu’il appuie autant et si souvent Mélenchon, la France insoumise et Charotte Girard. Bon, il croit en eux, il se retrouve en eux, soit ! Mais il ne cache pas son alignement sur eux, et cette tendance à faire la promo de Mélenchon et de son mouvement pourraient, si Shapira n’y prend pas garde, finir par desservir ses propos. On n’a pas forcément besoin de répétiteurs supplémentaires, fussent-ils de talent oratoire, car Shapira en a, c’est incontestable.

Je connaissais Coralie Delaume pour la suivre depuis maintenant un bon bout de temps sur Facebook et pour avoir lu le livre précité qu’elle a co-écrit avec David Cayla. J’avais également suivi avec un très grand intérêt son intervention, avant la séquence électorale de la présidentielle, devant les instances de la France insoumise, où elle avait été invitée en compagnie d’Aurélien Bernier pour que tous deux présentent leurs thèses à l’occasion de l’audition programmatique dédiée à l’UE (voir ici la vidéo de cette audition). J’avais d’ailleurs été choqué du désintérêt manifeste que Mélenchon avait témoigné pour eux. Il n’avait pas daigné être présent et n’avait donc pas échangé avec eux deux. C’était Jacques Généreux qui s’était chargé d’animer l’entrevue, assisté par Charlotte Girard mais aussi par Sophie Rauszer et Hadrien Clou et on comprenait bien la défiance que Jacques Généreux ressentait à l’égard du discours de Coralie Delaume et d’Aurélien Bernier.

Je ne le dis pas par flagornerie mais parce que je le pense vraiment et rien ne m’étonne de sa part. Chaque fois qu’elle a pris la parole, elle a dit ce qu’il fallait dire. Coralie Delaume est bien une des intellectuelles (je dis ça au 1er degré et pas au sens péjoratif) qui éclairent nos analyses et nos pensées et qui nous aident à formaliser notre discours. Nous devrions l’écouter bien davantage !

S’agissant de Jacques Nikonoff, lui aussi dit bien des choses importantes, avec lesquelles je me sens très largement en accord. Aucune surprise vu qu’il défend un projet de démondialisation et qu’il ne reconnaît pas l’UE, qu’il souhaite le démantèlement de cette UE et qu’il se positionne avec son parti, le PARDEM, pour un boycott des élections européennes, choix que j’ai décidé de faire moi-même cette fois-ci. J’avais toujours voté pour ces élections mais cette fois, je ne le ferai pas. Exactement pour les raisons que Nikonoff développe. Et pourtant, je ne suis pas membre du PARDEM, je ne compte pas le devenir. Mais sur ce point comme sur d’autres, je suis très proche d’eux ! L’idée maîtresse de ce boycott est que puisque nous jugeons détestable l’UE, puisque nous considérons qu’elle n’a aucune légitimité depuis le coup d’État de 2007 qui a annulé le “non” du peuple français de 2005, puisque de toute façon, rien ne sera jamais réformable dans le sens que nous souhaitons (démocratie, souveraineté, politique économique et sociale de progrès, je pourrais même ajouter politique culturelle de progrès, paix et harmonie internationale) eh bien il ne sert à rien de jouer le jeu, de participer à cette farce et, ce faisant, de cautionner le système que nous abhorrons.

J’ai particulièrement apprécié, à la fin du débat, que Jacques Nikonoff vienne chatouiller ou piquer François Asselineau sur la question de la sortie de l’UE par l’article 50, mantra de cet homme et de son parti, l’UPR ! En effet, si je suis moi-même partisan de la sortie, je ne le suis pas de la sortie par l’article 50. Je m’en suis déjà expliqué maintes fois. C’est pour des raisons à la fois juridiques, stratégiques et politiques. Voir par exemple ce billet de mon cru. C’est, à mes yeux, le point de faiblesse majeur de la stratégie de François Asselineau et de son parti. Je connais leurs raisons. Inutile que les soutiens et militant-e-s de l’UPR viennent me les rappeler. Simplement, je ne les fais pas miennes. Je raisonne pour le coup en véritable “Insoumis”, non pas au sens de membre de la France insoumise, mais au sens premier du mot. Je ne me soumets pas, ou plutôt je ne me soumets plus à un ordre et à des organisations (et donc à des traités) illégitimes. Donc, pour moi, un Président de la République française devra agir sou-ve-rai-ne-ment, et comme Nikonoff l’a dit à Asselineau – et cela rejoint ma propre argumentation – cela doit se faire en un instant. À la fois pour des raisons théoriques, philosophiques, mais aussi très pratiques. On se libère en une seconde en faisant sécession, après avoir préparé cette décision par toute une panoplie de mesures dans tous les domaines, afin de protéger notre pays et son peuple des mesures de rétorsion et des menaces ou agressions caractérisées que nos adversaires voudraient nous infliger ! L’article 50, c’est la garantie absolue de prendre des coups extrêmement violents et répétés pendant deux ans. Et l’exemple britannique, tant vanté par Asselineau et l’UPR, est là précisément pour démontrer que si le pouvoir en place, dans le pays qui est sorti, ne veut pas sortir, aucune sortie ne se fera… Je doute en effet que le Brexit aboutisse. Nous verrons bien dans quelques mois !

Et puis, l’autre point insatisfaisant du choix d’Asselineau et de l’UPR de recourir à l’article 50, est que cela traduit un “légalisme” scrupuleux. Certes, un chef d’État ne peut se moquer des règles des traités qui lient son pays sauf que cela ne devrait valoir que pour les traités légalement adoptés or les traités, accords et autres recueils de normes et de règles adoptées depuis 2005 sont illégitimes politiquement et illégaux ou anticonstitutionnels au plan juridique. On peut donc – et même on doit – estimer qu’ils sont nuls et non avenus. On l’expliquera tranquillement à nos partenaires et ils devront faire avec. Cela n’engagera que nous et pas eux mais pas plus que nous souhaitons leur imposer nos vues, nous ne tolérerons qu’ils nous imposent les leurs !

Venons-en précisément à François Asselineau. Lui aussi je le connais depuis des années. Enfin, pas lui, pas personnellement. Je connais son discours, ses analyses, son projet parce que je m’y suis intéressé depuis des années. Jamais je ne me suis assez retrouvé en lui et dans l’UPR pour les rejoindre car si bien des éléments de leurs analyses et bien de leurs propositions correspondent à mes attentes et exigences, il y a aussi à l’inverse bien des points que je n’accepte pas. Il n’y a pas que la problématique de l’article 50. Sauf que ce n’est pas mon propos de dire ici ce qui, chez Asselineau et l’UPR, me plaît ou me déplaît.

En revanche, en lien direct avec ce qu’il a dit lors du débat, je relèverai qu’Asselineau est égal à lui-même. Il n’a rien atténué de ses défauts, de sa morgue et parfois de son agressivité. Et cela le dessert. Son raisonnement est également bancal parfois. Mais je dois dire que ces critiques faites, il y a aussi beaucoup de points positifs dans ce qu’il a dit. Je ne découvre rien. Je connais déjà fort bien son discours dont il a décrit les points les plus saillants. Qu’on soit d’accord ou non avec lui, qu’on l’apprécie ou qu’on ne l’aime pas du tout, il représente des idées qui devraient avoir droit de cité dans la cité… Or, de fait, il a longtemps été exclu des grands médias, traité comme complotiste pour ses analyses historiques pourtant solides, et parfois même décrié comme nationaliste ou quasi-fasciste.

Les abrutis qui soutiennent de telles inepties ignorent tout de ce qu’il dit depuis près de 10 ans. Celles et ceux qui avaient eu l’occasion de l’entendre à l’occasion de sa venue sur la Radio Insoumise le 26 septembre 2017 (on peut réécouter ici cette interview), avaient pu découvrir un homme politique très différent de l’image calomnieuse que les grands medias faisaient de lui et que beaucoup d’Insoumis colportaient.

Non, Asselineau n’a rien d’un fasciste. C’est tout le contraire ! Certes, ce n’est pas quelqu’un classé à gauche mais son projet, il suffit de lire le programme, est un véritable CNR 2.0. Il va même bien plus loin, sur certains sujets, que Mélenchon et la France insoumise. Au lieu de répéter comme des perroquets que c’est un fasciste – “pour preuve il a travaillé avec Pasqua dans le passé” – il faut s’intéresser à ce qu’il dit depuis 10 ans et aux ruptures qu’il a lui-même assumées avec “son” camp… Et il vaut mieux ne pas avoir une cervelle de bulot desséché !

Mélenchon aussi a bien eu des amis détestables. Lui aussi a gouverné avec des gens qui nous font honte. Alors puisqu’on défend, à juste titre, Mélenchon quand il est ainsi attaqué pour ses amitiés ou proximités d’hier, ou pour ses erreurs d’hier, eh bien on se doit, par honnêteté intellectuelle, de ne pas accuser Asselineau des mêmes travers. Argumentons sur ce qu’il dit, sur son projet, ses analyses, ses propositions. Cela fait avancer l’éducation populaire. Tout le reste est méprisable ! Dans cet esprit, quelques jours après avoir entendu Asselineau sur la Radio Insoumise, le 1er octobre 2017, j’avais d’ailleurs écrit ce billet.

Asselineau et l’UPR défendent la sortie claire et définitive de l’UE. Sur ce point précis – je ne parle plus des modalités qu’ils retiennent et dont j’ai dit plus haut ce que j’en pensais mais de la sortie en tant que telle – je ne peux que dire une évidence : je suis en phase avec ça, et donc, de fait, sur ce point, plus proche d’Asselineau et de l’UPR (ou du PARDEM) que de la France insoumise. Je pourrais aussi ajouter que je suis encore plus proche du PRCF – Pôle de Renaissance Communiste en France, qui lui aussi, défend l’idée de la sortie de l’UE, comme il défend celle de la sortie de l’OTAN, comme il défend celle plus large de la sortie du capitalisme… Si Asselineau et l’UPR, comme le PRCF, comme la France insoumise et comme le PARDEM, défendent la sortie complète de la France de l’OTAN, Asselineau n’est pas partisan d’une sortie du capitalisme. En tout cas, il n’en porte pas l’idée de cette façon-là. Après tout, je ne vais pas envoyer aux chiens toutes celles et tous ceux qui ne vont pas jusque là, même si c’est ma vision à moi que de défendre la sortie du capitalisme. Car ce n’est, après tout, qu’une formule, un slogan et il faut savoir ce qu’on y met derrière !

J’ai quelques idées sur le sujet et elles ne sont pas que théoriques ! La France insoumise et Mélenchon ont des idées sur le sujet et elles ne sont pas que théoriques, même si je les trouve trop “molles”, trop peu ambitieuses au regard de ce qu’il convient de faire. Nikonoff et le PARDEM aussi ont des idées sur la question qui ne sont pas que théoriques.

Mais quand bien même Asselineau et l’UPR ne défendent pas “la sortie du capitalisme”, ils portent un projet qui va très loin malgré tout dans l’encadrement du capitalisme. Ce que dessine le projet de l’UPR et de son leader, c’est en quelque sorte une économie mixte comme nous en avions en France dans les années 50 et 60. Certes, le principe général était le capitalisme, une économie de marché pour le dire autrement, mais celui-ci et celle-ci étaient sous contrôle d’un État fort, puissant, présent presque partout dans l’économie. Avec un rôle de régulateur ou de décideur selon les domaines. Les capitalistes ne faisaient pas du tout ce qu’ils voulaient. Et ils s’en plaignaient d’ailleurs ! Comme disait De Gaulle, la politique de la France ne se faisait pas à la corbeille (de la Bourse !). Bien des entreprises aujourd’hui privées étaient sous entier contrôle de l’État. Parfois, sous la forme de sociétés nationales, parfois même comme directions de ministères. Et oui, on en a fait du chemin depuis ! Donc revenir à cette situation-là, sans être forcément le point ultime de la révolution à mener, pourrait déjà être une belle victoire car cela signifierait que l’on aurait remis à la fois une laisse de longueur courte, et même une muselière aux chiens enragés du capitalisme ! Ce serait sans doute assez facile alors d’aller plus loin !

Je ne pense pas que parvenus à ce point-là, Asselineau et l’UPR voudraient aller plus loin. Et à la limite, je m’en cogne ! D’une part, il est envisageable que l’UPR n’existe plus puisque elle a été fondée pour une seule raison : que le peuple français retrouve sa souveraineté nationale par la sortie de l’UE, et que le peuple français puisse remettre en oeuvre une politique de progrès dans tous les domaines. D’autre part, si la France avait ainsi retrouvé sa souveraineté, si l’on était sorti de l’UE, cela signifierait que nos dirigeants se seraient libérés de la prison et donc qu’ils auraient fait acte de sécession. On aurait déjà bien avancé ! Ensuite, le combat politique traditionnel pourrait reprendre pour savoir que faire de cette souveraineté retrouvée. La galaxie de la France insoumise dit savoir ce qu’elle en ferait et le projet “L’Avenir en communen témoigne. Asselineau et l’UPR aussi savent ce qu’ils feraient. Il suffit de lire leur programme intitulé Libération Nationale. Je ne me suis pas intéressé spécialement au projet du PARDEM que je ne connais pas, donc je n’en parlerai pas. Mais il existe lui aussi ! On peut le consulter ici. J’ajoute que même si le PRCF – Pôle de Renaissance Communiste en France ne faisait pas partie des invités à ce débat sur LeMedia, comme il se trouve que je me sens très proche d’eux et que j’ai parlé d’eux, eh bien il existe aussi un programme complet de révolution défendu par le PRCF. On peut le lire ici.

J’ai parlé de Coralie Delaume, de Daniel Shapira, de Jacques Nikonoff, de François Asselineau, il me reste à évoquer mon sentiment face aux interventions de Charlotte Girard.

Je dis, en préalable, que j’ai toujours eu pour elle beaucoup d’estime et cette estime n’a pas disparu du seul fait que je m’éloigne de la FI. J’ai été au Parti de Gauche près de 6 ans et c’est là que je l’ai connue. J’ai toujours apprécié ses interventions. Elle est juriste et moi aussi. Elle était très active sur le sujet de la 6e République, moi aussi ! L’homme avec qui elle avait fait sa vie, François Delapierre, était, avec Mélenchon, un de nos principaux leaders et espoirs pour l’avenir. Or son décès brutal le 20 juin 2015 alors qu’il n’avait que 44 ans (l’âge que j’aurai moi-même dans quelques semaines) nous a tous bouleversés. Et il serait malhonnête de ne pas dire que nous avons été nombreux à pleurer le jeune leader terrassé et la tristesse immense de Charlotte. Voilà, cela aussi fait partie de l’histoire. Et même si j’ai fini par rompre les rangs avec le PG peu de temps avant cette tragédie, eh bien je suis resté “attaché” à Charlotte Girard. Elle occupait une place prépondérante dans le dispositif de campagne de Mélenchon et j’appréciais ce qu’elle faisait, ce qu’elle disait. Parfois, je la trouvais plus punchy, plus incisive ou plus pertinente que beaucoup d’autres à son niveau de responsabilité.

Depuis, à la mesure que je sentais Mélenchon et la FI évoluer dans le mauvais sens, je voyais Charlotte à l’unisson de cette évolution. Et ce qu’elle a dit lors du débat dont je traite ici, le confirme. Je l’ai trouvée bien moins incisive et pertinente que ce qu’elle avait été l’an dernier, bien moins convaincante aussi que ses contradicteurs du jour.

Et plus globalement, je juge que, dans ce débat, Asselineau et Nikonoff ont été bien plus convaincants que Charlotte Girard. Et je le regrette. Car même si j’ai quitté la FI parce que je ne peux plus admettre le flottement ou l’irrésolution de Mélenchon sur le sujet de l’UE, et l’insuffisance qui en découle des propositions qui sont portées par lui et par la FI, je préférerais de beaucoup que ce soit Mélenchon et la FI qui portent le discours de la sortie – avec nos options à nous – qu’Asselineau ou même Nikonoff !

Mais les balbutiements de Charlotte Girard, la difficulté qui était manifestement la sienne à répondre clairement à certaines questions, et à dire ce que Jacques Cotta voulait manifestement l’entendre dire, témoignent bien des controverses qui existent au sein de la FI sur la question de l’UE. Il faut marcher sur des oeufs ! Il faut faire attention à ne pas développer un discours trop anti-UE, au risque de faire fuir les Européistes qui existent en son sein, mais il ne faut pas non plus donner le sentiment qu’on recule trop vite et trop fort, ce qui entraînerait une foule de militant-e-s et sympathisant-e-s, désormais acquis à la nécessité impérieuse de se libérer de l’UE, qu’il n’y a rien à attendre de Mélenchon et de la FI sur ce point. Parmi ces gens-là, que je nommerai les “sécessionistes”, je ne suis pas le seul à avoir déjà mis les voiles. Et beaucoup d’autres vont appareiller dans les semaines et les mois qui viennent, au fur et à mesure qu’ils réaliseront que Mélenchon et la FI ne veulent pas rompre les rangs. Alors Charlotte Girard est obligée de louvoyer, de trouver les mots qui maintiendront ensemble des gens voulant des choses désormais antinomiques.

Et quand Charlotte Girard a soutenu que l’UE était réformable, j’ai failli m’étrangler ! Par ces quelques mots, elle a presque tout dit. L’UE est sacrée et il ne faut surtout pas la mettre en danger, seulement la changer. Elle qui est pourtant une juriste de haut niveau, prof de droit constitutionnel, et très avertie du système de l’UE, elle ose nous faire croire que l’on peut réformer ce mastodonte ? C’est une escroquerie ! Des dizaines de milliers de pages de droit positif (directives, réglements, décisions, jurisprudence) verrouillent tout le système. Même avec la pression la plus forte que la France pourrait exercer si Mélenchon devenu Président ne se muait pas à son tour en un Tsipras, rien ne se ferait de ce que nous souhaitons. Car c’est tout l’édifie qu’il faut dynamiter. Entrer dans un travail de refonte des traités est impensable. Il faudrait décider que plus aucun traité ne s’applique et donc que plus aucun texte pris en application des traités ne s’applique non plus. Sauf que ces traités (le droit dit originaire) ont entraîné des dizaines de milliers de textes de droit dit dérivé (directives, règlements et décisions) sans oublier que des milliers de lois et de règlements internes à la France sont le résultat direct des textes de l’UE d’autorité supérieure. Donc, même le jour où le Président Mélenchon aurait acté la sortie de la France de l’UE, et donc, de fait, acté que plus aucun texte de droit de l’UE n’a en France de valeur juridique, resteraient en vigueur, en droit français, des milliers de lois et de réglements, que je qualifie de scélérats parce que résultant du droit de l’UE. Et ces textes-là ne perdraient pas leur légalité du seul fait de la sortie de l’UE. C’est un très sérieux problème à traiter or rien n’a jamais été dit sur ce sujet par Mélenchon, par la FI, ou même par Asselineau et l’UPR, sauf erreur de ma part !

Bref, Charlotte Girard a défendu en toute logique le message de Mélenchon et de la FI. Et ce message, je le juge très insuffisant. Donc je ne me satisfais pas de sa prestation.

Nikonoff qui a asticoté Asselineau sur la question de l’article 50, je l’ai dit plus haut, a également asticoté Charlotte Girard sur un point que je n’ai cessé de relever depuis près de deux ans que je suis partisan de la sortie de l’UE. C’est la question de la conscientisation des électrices et des électeurs sur la sortie. Depuis deux ans au moins, je dis, j’écris en me répétant, que si Mélenchon faisait la pédagogie de la sortie, s’il l’avait faite jusqu’ici, nous aurions avancé beaucoup plus vite et beaucoup plus loin ! Il a un tel talent pour éduquer les masses que ce sont, j’en suis convaincu, des centaines de milliers d’électrices et d’électeurs, peut-être un million ou plus, qui seraient venu grossir les rangs de sa candidature et qui l’auraient projeté, à coup sûr, au second tour qu’il aurait alors gagné, appuyé qu’il aurait été sur une majorité présidentielle très forte. Il aurait aussi donné envie à des millions d’abstentionnistes de revenir aux urnes. Tout cela additionné aurait provoqué un raz de marée !

Or il ne l’a pas fait. Il s’est arrêté en chemin à la dialectique Plan A – Plan B. Il refuse obstinément d’aller plus loin. Il caricature tous ceux, parmi les gens connus, qui expliquent pourquoi il faut aller plus loin, et hier au PG, aujourd’hui à la FI, il écarte, fait taire, discrédite ou violente verbalement, souvent par l’intermédiaire de ses amis parmi lesquels Bompard et d’autres, les gens qui ne se satisfont pas de cette dialectique Plan A – Plan B.

Nikonoff lui-même, à la fin du débat objet de ce long billet, avec ses mots à lui et pas avec les miens, fait remarquer à Charlotte Girard que si Mélenchon avait fait ce travail au lieu de s’arrêter en chemin, on aurait sans doute changé la donne !

Je crois que c’est Coralie Delaume et un peu aussi Jacques Cotta qui ont, pour leur part, relevé que la candidature Mélenchon a commencé à décoller pour de bon avec une trajectoire fortement ascendante, au moment précis où Mélenchon a osé parler de notre pays, de notre nation, arborer ostentatoirement ses symboles et parler cru et dru contre l’UE.

Moi, simple militant ordinaire, de même que beaucoup de mes ami-e-s de la FI, avons en effet constaté de nos yeux, ce phénomène de décollage. Nous avons lu des textes, des contributions, des messages, des encouragements de la part de gens qui n’étaient pas du tout de la FI, voire pas du tout de la gauche. Beaucoup de gens de la droite souverainiste avaient compris qu’Asselineau et Dupont-Aignan ne feraient que des scores ridiculement bas et ont alors décidé de soutenir Mélenchon, pas forcément en militant mais en nous affirmant qu’ils voteraient pour lui.

Certains vont me reprocher de me réjouir de cela. Je ne me réjouis pas que des gens de la droite souverainiste nous aient rejoints. Je me suis réjoui que des électrices et électeurs Français aient choisi de soutenir Mélenchon plutôt qu’un des deux autres et aient ainsi participé à l’édification de ce score exceptionnellement haut.

Il est évident que Mélenchon n’a pas reçu que des voix de gauche… Et au-delà du soutien de gens de la droite souverainiste, il y a eu aussi un soutien électoral massif de gens que l’on ne peut classer nulle part. Et en cela, Mélenchon a bien été le rassembleur qu’impose le système électoral de la Ve République. Mais malgré la force de ce soutien, il en a manqué et nous savons combien il en a manqué peu.

Et c’est là que nous avons raison de dire que ce qui a manqué à Mélenchon, ce sont ces électrices et électeurs qui ne l’ont pas rejoint à cause de son refus obstiné d’assumer le discours et le projet de la sortie, pas comme fin en soit mais comme préalable.

Voilà, nous sommes aujourd’hui plus d’un an après la séquence électorale de la présidentielle. Si, comme l’a relevé François Cocq dans son billet “Des raccourcis comme des impassesdu 27 août, Mélenchon s’était attelé, après la présidentielle, à asseoir sa force électorale et à la faire grandir sur les bases de sa campagne, on aurait beaucoup avancé et on aurait aujourd’hui bien des espérances pour demain et après-demain… Or, en l’état de la situation, il y a matière à être très inquiet. Je ne reviens pas ici sur ce que j’ai déjà dit en écho à François Cocq. Je vous invite à lire mes trois billets sur le sujet (ici, et encore ). Il y a aussi les contributions du PRCF – Pôle de Renaissance Communiste en France qui disent tout ou presque de ma pensée sur le sujet… Je vous renvoie donc à cette lettre ouverte à Mélenchon et aux militants de la FI et à cette analyse.

Postface

Jacques Cotta, je ne vous en fais pas le reproche car on ne pouvait trop élargir le plateau sans perdre sans doute en intérêt mais il eut été, je crois, très intéressant de convier à ce débat d’une part un représentant du PRCF – Pôle de Renaissance Communiste en France, d’autre part Olivier Delorme Romancier qui ont, eux aussi, beaucoup à dire sur le sujet. Le PRCF a, depuis longtemps, un discours clair et argumenté sur la question, et se situe dans la gauche qu’on pourrait dire authentique, tandis qu’Olivier Delorme Romancier a, lui aussi, écrit un livre de grand intérêt sur la question de l’UE, à savoir “30 bonnes raisons de sortir de l’Europe. Il parle bien sûr de l’UE et pas du continent…

Et puis, parmi d’autres penseurs sur le sujet, je veux rajouter les noms de Frédéric Lordon, Jacques Sapir, Farah Frederic, Aurélien Bernier