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« La France insoumise : son succès, son programme et son avenir » – Publié dans le journal « Révolution » le 13/09/2017

L’article publié dans le journal Révolution est accessible ici.

Avant-propos de Vincent Christophe Le Roux : Je vous invite à lire, à méditer et à relayer largement cet article du journal « Révolution » qui est d’une densité rare.

Oui il est long. Oui, il est dense. Il vous faudra une bonne demi-heure pour aller à son terme. Mais ça en vaut la peine !

C’est un texte qui vous fouette le sang !

C’est un texte qui vous fait réfléchir, qui vous appelle à remettre en question ce qui pouvait vous paraître évident jusqu’ici. Ou à l’inverse, vous fait imaginer ce que demain pourrait être à condition que nous ne reproduisions pas les erreurs d’hier, celles qui ont empêché nos pères de réussir hier en France, celles qui ont empêché nos semblables de réussir hier ailleurs dans le monde, celles qui empêchent aujourd’hui nos frères et soeurs de parvenir d’atteindre le rêve que nous caressons tous et toutes.

C’est un texte qui peut aussi vous renforcer dans certaines de vos certitudes.

Je ne souscris pas à tout ce qui est dit, j’ai ainsi des réserves sur certains sujets :

  • d’une part, sur la critique, faite par cet article, du “nationalisme” prétendu de Mélenchon et de la France insoumise , et sur la nocivité de la logique “indépendantiste”,
  • d’autre part, sur la nécessité affirmée de transformer en parti le mouvement de la France insoumise,

Mais ces deux réserves mises à part, je juge ce texte exceptionnel. C’est un outil vraiment formidable pour le combat politique que nous menons au sein de la France insoumise.

En outre, je suis de ceux qui considèrent que le projet L’Avenir en commun, s’il est une excellente base de travail qui nous a fait d’ailleurs gagner des millions de soutiens de plus qu’en 2012, ne peut se suffire dans son état actuel. Il aurait fallu aller beaucoup plus loin sur pas mal de sujets. Nous étions un certain nombre à avoir fait passer ce message pendant la phase préliminaire de la campagne électorale, notamment lors de la préparation de la première convention de la France insoumise, celle de Lille ! Or, hélas, nous avons échoué à convaincre la majorité qui a préféré adopter un projet restant dans une forme d’entre-deux sur bien des sujets fondamentaux. On l’a vu évidemment sur la question européenne. Mais pas que !

On l’a vu aussi par exemple avec le refus d’intégrer les propositions de Bernard Friot. Ce fut hélas très significatif et en même temps très révélateur de la « modération » de certains des nôtres qui se trouvaient parmi les principaux décideurs de ce qui s’écrivait dans le projet. Il y avait pendant la campagne électorale – et il y a toujours aujourd’hui – bien trop d’esprits colonisés voire contaminés par la logique « social-démocrate » parmi les principaux acteurs nationaux de la France insoumise. Et c’est la raison pour laquelle nous n’allons pas au bout de la logique que portent cependant notre discours et notre projet.

Si on l’avait fait, peut-être aurions-nous convaincu ces quelques centaines de milliers d’électrices et d’électeurs populaires qui nous ont manqué au 1er tour ; et peut-être aussi que des millions d’abstentionnistes seraient venus aux urnes nous soutenir en votant Mélenchon ! Peut-être que si nous avions osé être plus ambitieux dans notre projet, plus courageux aussi, nous aurions gagné cette partie du peuple qui aurait fait la différence alors qu’elle nous a délaissé.

Aujourd’hui, l’élection est derrière nous. Il est donc temps de pousser fort, très fort, pour que notre projet aborde enfin certains sujets négligés et assume clairement et solennellement des ruptures qu’il n’a pas voulu assumer jusqu’à présent. Notamment – mais les deux sont entièrement liés – la rupture avec l’Union européenne et la rupture avec le système capitaliste !

Vaut-il mieux perdre quelques modérés qui auront peur d’une telle révolution et gagner le soutien de millions d’âmes qui nous regardent encore aujourd’hui avec défiance, ou vaut-il mieux l’inverse ?

Je pose la question…

* * * * *

Moins de deux ans après sa création, la France insoumise (FI) est devenue la force dominante à gauche. Non pas, bien sûr, qu’elle soit la mieux organisée ou qu’elle ait le plus grand nombre d’élus. Mais elle domine indiscutablement dans la conscience politique des masses. Tous les sondages le soulignent : la FI est perçue comme la principale opposition de gauche au gouvernement Macron. Elle suscite beaucoup d’espoirs et d’attentes dans les couches les plus exploitées et les plus opprimées de la population. C’est fondamental. Aucun puissant appareil, aucun vaste « réseau d’élus » ne peut remplacer un tel soutien populaire.

Nos adversaires – la classe dirigeante, ses politiciens et ses relais médiatiques – ne s’y sont pas trompés : ils attaquent sans cesse Mélenchon et son mouvement. Dans cette agressivité, il entre une certaine dose de peur. Or celle-ci, comme on le sait, est mauvaise conseillère : en concentrant le feu sur la FI, ils contribuent à accroître son autorité et la désignent implicitement comme une possible alternative au gouvernement actuel (ce qu’elle est). Les politiciens bourgeois font toujours cette erreur, lorsqu’ils sentent le sol se dérober sous leurs pieds. En Espagne, la droite a déversé des tonnes de calomnies sur Podemos, pendant des années, en l’accusant notamment de soutenir – ô surprise – la « dictature » de Nicolas Maduro, au Venezuela. En Grande-Bretagne, Jeremy Corbyn subit le même sort, sur d’autres thèmes. Mais chaque fois, les calomnies finissent par éclabousser les calomniateurs.

Un phénomène international

Le succès de la FI ne tombe pas du ciel. Il est important d’en comprendre les raisons fondamentales. En premier lieu, il faut souligner le caractère international de ce phénomène. Partout, la crise mondiale du capitalisme provoque une polarisation – sur la droite et sur la gauche – qui déstabilise en profondeur les échiquiers politiques. En particulier, l’aile droite de la social-démocratie, qui a dominé la gauche pendant des décennies, est dans une crise profonde. Elle est de plus en plus concurrencée par des forces qui émergent sur sa gauche. C’est le cas notamment en Espagne (Podemos) et en Belgique (PTB). Avant cela, l’ascension rapide de Syriza, en Grèce, s’était réalisée au détriment du PS grec, le PASOK. En Grande-Bretagne, l’aile droite du Labour est confrontée à l’énorme popularité de Jeremy Corbyn, qui vient de la gauche du parti. Aux Etats-Unis, il n’y a pas de social-démocratie à proprement parler : le Parti Démocrate est un parti purement bourgeois. Mais il n’empêche que la campagne de Bernie Sanders aux primaires démocrates, en 2016, fut un séisme politique majeur : il se présentait comme un « socialiste », proposait une « révolution politique contre la classe des milliardaires » – et suscitait l’enthousiasme de millions d’Américains.

L’émergence de la FI est l’expression, en France, du même processus, qui s’enracine donc dans la situation objective : dans la crise du système capitaliste, dans ses conséquences sociales désastreuses et dans les politiques d’austérité qui se succèdent depuis la récession mondiale de 2008. Dans ce contexte, tous les partis – de droite comme « de gauche » – qui participent à la mise en œuvre de politiques d’austérité en sortent profondément discrédités. Un espace s’ouvre alors sur la gauche. Encore faut-il l’occuper, ce dont furent incapables les « frondeurs » du PS (qui se plaignaient de la politique de Hollande, mais votaient pour) et la direction du PCF (qui est embourbée dans des alliances avec le PS). Mélenchon, lui, a su occuper cet espace ; il a su rompre clairement avec le PS et incarner le refus des contre-réformes et des coupes budgétaires. Sans surprise, la radicalité de son discours a rencontré un puissant écho chez des millions de jeunes et de travailleurs.

Il est inutile d’aller chercher beaucoup plus loin les raisons du succès de la FI. Par exemple, on lit parfois que Mélenchon aurait trouvé le « bon dosage » entre « nationalisme » et « socialisme ». C’est faux. D’une part, il n’y a pas de bon dosage en la matière : nationalisme et socialisme s’excluent mutuellement ; le socialisme est par essence internationaliste. D’autre part, les tendances nationalistes sont beaucoup moins affirmées chez Sanders, Iglesias et Corbyn que chez Mélenchon. Or leurs succès sont comparables. Ils découlent avant tout du caractère socialde leur programme : le refus de l’austérité, des coupes budgétaires et du pouvoir sans limites des capitalistes. Le nationalisme français, quel qu’en soit le nom (« indépendantisme », « souverainisme » ou « patriotisme »), n’a pas un atome de contenu progressiste et ne peut en rien favoriser la croissance de la FI.

Réformes et révolution

Révolution considère l’émergence de la FI comme un développement très positif, car cela déporte vers la gauche l’axe politique du mouvement ouvrier français. Nous sommes partie prenante de ce mouvement. Nous avons activement participé aux campagnes électorales de Mélenchon à la présidentielle et des candidats « insoumis » aux législatives. Cependant, comme organisation marxiste, nous avons un certain nombre de divergences avec le programme officiel de la FI. Depuis le début de notre investissement dans ce mouvement, nous avons formulé ces divergences de façon positive et constructive. Résumons-les.

Le programme de la FI, L’Avenir en commun, contient une longue série de mesures économiques et sociales très progressistes. Si elles étaient mises en œuvre, elles se traduiraient par une très nette amélioration du niveau de vie de l’écrasante majorité de la population. Pas de toute la population, cependant ; la petite minorité de grands capitalistes qui contrôlent l’économie y perdrait quelque chose, à quoi ils tiennent plus qu’à la prunelle de leurs yeux : une partie de leurs marges de profit. La baisse du temps de travail, l’augmentation des salaires et le développement des services publics – pour ne citer que ces trois mesures de L’Avenir en commun– impliquent nécessairement de ponctionner les marges de profits des bonzes du CAC 40, et donc aussi les dizaines de milliards d’euros de dividendes qu’ils distribuent aux actionnaires, chaque année. L’Avenir en commun le dit d’ailleurs clairement : « il faut taxer les profits ».

Nous sommes évidemment d’accord avec l’idée de taxer les profits. Sous le capitalisme, toute la lutte des classes, au fond, est une lutte pour la répartition des richesses créées (par les salariés) entre Travail et Capital. Cependant, il y a des limites aux conquêtes sociales qu’il est possible d’arracher et de consolider dans le cadre du système capitaliste, en particulier dans un contexte de profonde crise économique, comme aujourd’hui. Non seulement le patronat n’est pas disposé à concéder de nouvelles réformes progressistes, mais il exige sans cesse des contre-réformes brutales. Confrontée à un gouvernement dirigé par la FI, la classe dirigeante française ferait tout ce qui est en son pouvoir pour saborder les réformes et contraindre le gouvernement à faire marche arrière. Pour ce faire, elle utiliserait son contrôle de l’appareil productif, de l’industrie, des transports, de la grande distribution, des banques et des médias. Par exemple, elle organiserait une grève d’investissements et une fuite des capitaux (lesquels, d’ailleurs, fuiraient spontanément pour éviter les taxes). Comment un gouvernement de la FI répondrait à cette contre-offensive de la classe dirigeante ? L’Avenir en commun n’apporte pas la réponse – et, à vrai dire, ne pose pas la question.

Voici notre réponse : les mesures progressistes de L’Avenir en commun ne pourront être mises en œuvre qu’à condition de rompre avec le capitalisme lui-même, donc de s’en prendre de façon décisive à la grande propriété capitaliste. Cela passe par la nationalisation – sous le contrôle démocratique des salariés et des consommateurs – des principaux leviers de l’économie : banques, énergie, transports, industrie, distribution, etc. Or L’Avenir en commun propose seulement de nationaliser quelques entreprises : « des » banques (lesquelles ?), les autoroutes, EDF et Engie (ex-GDF). C’est très insuffisant. Nous ne proposons pas de nationaliser les petites entreprises : ce serait inutile et absurde. Mais pourquoi laisser la plupart des mastodontes du CAC 40 entre les mains des milliardaires qui les possèdent – et qui, n’en doutons pas, s’en serviraient pour opposer une résistance acharnée aux mesures contenues dans L’Avenir en commun ?

Il faut compléter le programme de la FI dans le sens que nous venons d’indiquer, c’est-à-dire y introduire des mesures visant la transformation révolutionnaire et socialiste de la société.

Les leçons de la crise grecque

L’histoire de la lutte des classes a maintes fois démontré la nécessité d’un programme de rupture avec le capitalisme. En France, par exemple, le premier gouvernement de Mitterrand, entre 1981 et 1984, s’est heurté à ce qu’il a lui-même appelé le « mur de l’argent », qui n’est rien d’autre, au final, que la propriété capitaliste des grands moyens de production. En refusant de briser ce mur, Mitterrand s’est condamné à répudier son propre programme : ce fut le « tournant de la rigueur » de 1983-84, l’abandon du programme officiel du PS et, au passage, le début de la longue dérive droitière de ce parti.

Plus récemment, c’est en Grèce que les limites du réformisme ont éclaté au grand jour. En janvier 2015, Syriza accédait au pouvoir sur la base d’un programme progressiste. Sa mise en œuvre se serait traduite par une très nette amélioration des conditions de vie des masses grecques, lesquelles avaient subi, depuis 2009, plusieurs plans d’austérité draconiens. Cependant, Alexis Tsipras nourrissait l’illusion qu’il pourrait à la fois mettre en œuvre son programme de campagne et négocier un « bon accord » avec la « troïka » (UE, BCE, FMI) sur la dette publique grecque. Mais la troïka et l’ensemble des classes dirigeantes européennes ont immédiatement soumis le gouvernement grec à de colossales pressions pour qu’il renonce à son programme officiel et poursuive les mesures d’austérité. On connaît la suite : en juillet 2015, Tsipras capitulait sur toute la ligne et s’engageait dans la voie des privatisations et de nouvelles coupes budgétaires.

On entend parfois que Tsipras n’avait pas le choix, que les travailleurs grecs n’étaient pas prêts à une rupture avec le capitalisme – et que, de toute façon, la Grèce est un trop petit pays pour s’engager sur la voie du socialisme, qu’elle aurait été « isolée », etc. Ces arguments ne tiennent pas une seconde. La détermination des jeunes et des travailleurs grecs à lutter contre la troïka et les capitalistes en général a été démontrée par leur mobilisation massive dans les jours qui ont précédé le référendum du 5 juillet 2015. Le résultat du référendum lui-même – 61 % des voix contre les exigences de la troïka – en fut une autre illustration limpide. Si, au lieu de capituler quelques jours plus tard, Alexis Tsipras s’était appuyé sur le résultat du référendum pour proposer la répudiation de la dette publique et un plan de rupture avec le capitalisme grec, il est très probable que les pauvres, les jeunes et les travailleurs l’auraient soutenu activement et avec enthousiasme. Et à tout le moins, pour connaître leur réaction à l’idée d’une rupture révolutionnaire, il fallait la proposer.

Bien sûr, une Grèce socialiste se serait immédiatement attiré les foudres du capitalisme mondial. Mais elle aurait aussi gagné la sympathie des travailleurs du monde entier, à commencer par les travailleurs d’Europe. On peut affirmer avec certitude – sur la base de toute l’expérience passée – que le renversement du capitalisme en Grèce aurait eu un énorme impact politique sur l’ensemble du continent. Une vague révolutionnaire n’aurait pas tardé à balayer l’Europe. La question aurait été posée à toutes les forces de gauche : « pour ou contre la Révolution grecque ? », de même qu’Octobre 1917 avait posé la question : « pour ou contre la Révolution russe ? ».

Il n’est pas décisif, au fond, que ce soit la Grèce, l’Espagne ou un autre pays qui commence la révolution socialiste. La puissance économique relative des différents pays d’Europe n’entre pas en ligne de compte dans les perspectives générales, car les conséquences politiques du renversement du capitalisme dans un seul pays, quel qu’il soit, seront très indépendantes de son PIB. Aussi, les raisonnements sur la différence entre la « petite » Grèce et la « puissante » France n’ont pas grand intérêt. Ils aboutissent en général à la conclusion doublement fausse que la Grèce est trop faible pour le socialisme – et la France assez puissante pour s’en passer.

L’exemple du Venezuela

Le Venezuela offre un deuxième exemple, lui aussi tragique, de l’impasse du réformisme. Rappelons brièvement l’histoire récente du Venezuela.

L’élection de Hugo Chavez à la tête du pays, en 1998, a marqué le début d’une authentique révolution, la « révolution bolivarienne ». Dans le domaine économique, le premier acte important de Chavez fut d’annuler le projet de privatisation de la puissante industrie pétrolière, PDVSA, qui est de loin la première source de recettes de l’Etat vénézuélien. Il a mis ces ressources au service de toute une série de « missions sociales » dans les domaines de la santé, du logement et de l’éducation. L’analphabétisme a été rapidement résorbé. Des millions de pauvres ont vu un médecin pour la première fois de leur vie. De nombreux logements sociaux ont été construits. Le Code du travail a été modifié au profit des salariés. Une réforme agraire – au profit des paysans les plus pauvres – a été engagée.

La bourgeoisie vénézuélienne et ses maîtres impérialistes, aux Etats-Unis, ne pouvaient pas tolérer cette situation. Le 11 avril 2002, l’opposition de droite et des généraux réactionnaires – appuyés par les sommets de l’Eglise, de grands médias et l’administration américaine – ont organisé un coup d’Etat. Le palais présidentiel a été investi ; Chavez et des ministres ont été arrêtés. Mais en 48 heures, le coup d’Etat a été balayé par une mobilisation révolutionnaire des masses, dans les rues de Caracas et de tout le pays. Quelques mois plus tard, en décembre 2002, le patronat a organisé un vaste lock-out, là encore dans le but de renverser le gouvernement bolivarien. Mais là encore, la mobilisation révolutionnaire des travailleurs a fait échouer cette tentative.

L’un des grands mérites de Chavez fut de tirer des conclusions radicales de cette expérience. A partir de 2005, il déclare que les objectifs de la révolution vénézuélienne sont « socialistes », que l’émancipation du peuple vénézuélien est impossible dans les limites du système capitaliste. Cette idée rencontra un écho enthousiaste dans les masses vénézuéliennes. Par exemple, la création du Parti Socialiste Unifié du Venezuela, en 2007, fut un énorme succès. Il attira sous sa bannière plusieurs millions de jeunes, travailleurs et paysans – dont un grand nombre de femmes.

Cependant, le « socialisme » existait davantage dans les discours que dans la réalité. Quelques entreprises furent nationalisées, mais abstraction faite de la PDVSA, l’essentiel de l’économie – à commencer par le secteur bancaire – restait dans des mains privées. Le vieil appareil d’Etat était infesté d’éléments réactionnaires, carriéristes ou corrompus. Les initiatives des travailleurs pour instaurer le contrôle ouvrier dans les entreprises nationalisées se heurtaient à l’opposition et au sabotage des hauts fonctionnaires. De manière générale, Chavez lui-même s’efforçait de trouver un impossible compromis avec la bourgeoisie vénézuélienne. Celle-ci ne pouvait pas se réconcilier avec la révolution bolivarienne. Elle voulait son écrasement pur et simple.

Après la mort de Chavez, en 2013, la crise économique et politique s’est accélérée. La chute des cours du pétrole a joué un rôle important dans la crise, comme le soulignent les dirigeants de la France insoumise. Mais on ne peut réduire cette crise à la question du pétrole. Le problème, c’est que la bourgeoisie vénézuélienne refuse d’investir dans l’économie. Elle préfère spéculer sur la crise. Elle table sur le fait que le chaos économique, la pénurie et l’hyper-inflation créeront les conditions matérielles d’un renversement du gouvernement Maduro, les masses perdant patience. Or Maduro s’efforce – en vain – de trouver un compromis avec la droite et les capitalistes vénézuéliens. Cette politique mène tout droit à la défaite de la révolution vénézuélienne. La révolution ne peut être sauvée que par l’expropriation de l’oligarchie et la mise en place d’un contrôle démocratique des ouvriers sur l’économie et l’Etat. Autrement dit, par une révolution socialiste, laquelle aurait un puissant écho dans toute l’Amérique latine – et au-delà. Vingt années de révolution bolivarienne ont démontré qu’il n’y a pas d’autre voie.

L’Union Européenne

La crise grecque de 2015 a exposé la véritable nature de l’Union Européenne. En complète contradiction avec leurs beaux discours sur l’« unité » et les « valeurs » de l’UE, les classes dirigeantes d’Europe – à commencer par la plus puissante, la classe dirigeante allemande – ont soumis le gouvernement Tsipras et le peuple grec à un chantage brutal. Pour Angela Merkel et ses semblables, l’expression démocratique du peuple grec ne pèse rien face aux intérêts des banques et des multinationales. Les capitalistes français, bien sûr, ont exactement la même conception de la démocratie. Si le gouvernement Hollande a figuré en deuxième ligne de l’offensive contre le gouvernement Tsipras, c’est parce que les capitalistes allemands dominent l’UE, désormais, et y tranchent toutes les questions où leurs intérêts sont en jeu. Ceci dit, toutesles classes dirigeantes d’Europe poussaient à la capitulation de Tsipras, d’une manière ou d’une autre.

Sur la base de cette expérience et de la politique réactionnaire de l’UE en général, la jeunesse et les travailleurs du continent sont de plus en plus critiques à l’égard des institutions européennes. Le discours sur « l’Europe sociale », grâce à une réforme de l’UE, sonne comme une mauvaise plaisanterie. En effet, l’UE ne peut pas être « réformée » conformément à nosintérêts de classe, pour cette raison simple que l’UE est un ensemble d’institutions pro-capitalistes. La raison d’être de l’UE, c’est la défense des banques et multinationales européennes – et rien d’autre. L’UE est donc entièrement réactionnaire et ne peut pas être réformée ; elle doit céder la place à une autre forme de coopération entre les peuples d’Europe. Laquelle ? Et sur quelles bases économique et sociale ?

L’Avenir en commun développe la proposition de « sortir des traités européens ». Les traités européens sont réactionnaires, car ils sont l’expression politique et juridique du caractère réactionnaire de l’UE. La FI a donc raison de proposer d’en « sortir ». Mais pour vraiment en sortir, pour en sortir non seulement juridiquement, mais aussi économiquement et socialement, il faut sortir du système capitaliste lui-même. Sans cela, rien ne sera réglé. Tant que les Bouygues, Dassault, Bolloré, Lagardère et compagnie contrôleront les grands leviers de l’économie française, il n’y aura pas d’issue pour les jeunes et salariés, que ce soit à l’intérieur ou à l’extérieur de l’UE. Et ce qui vaut pour la France vaut pour tous les pays d’Europe.

Comme le soulignait déjà Lénine, le système capitaliste est incapable d’unifier l’Europe, d’harmoniser ses colossales ressources humaines et productives. Le problème, c’est le système économique et social, en France comme dans le reste de l’Europe. Seule une Fédération des Etats socialistes d’Europe permettra d’unifier le continent sur des bases progressistes. Cela peut sembler lointain et abstrait, mais c’est la seule voie, la seule perspective à la fois réaliste et conforme aux intérêts des masses. Une « Europe sociale » sur la base du capitalisme peut sembler plus accessible et plus raisonnable, à première vue. Mais c’est une chimère. Elle n’adviendra jamais.

Pour autant, la solution ne viendra pas d’une simple « sortie de l’UE ». Une France capitalisteayant rompu avec l’UE ne marquerait pas un progrès pour les travailleurs. Plus d’un an après le Brexit, les travailleurs britanniques sont bien placés pour le savoir : leur niveau de vie continue de régresser, notamment du fait de l’inflation. Pour qu’elle ait un caractère progressiste, la sortie de l’UE doit être la conséquence d’une rupture avec le capitalisme lui-même.

La VIe République

La FI place la fondation d’une VIe République en tête de ses priorités, comme le premier acte d’une « révolution citoyenne ». Il est clair qu’il faut défendre des réformes démocratiques. Par exemple, il faut fermer le Sénat, cette institution composée de notables élus par d’autres notables et dont le budget annuel s’élève au chiffre incroyable de 300 millions d’euros. Utilisons cet argent pour construire des écoles et des hôpitaux : le pays en a besoin. Il faut également défendre le droit de vote des immigrés à toutes les élections et la régularisation de tous les travailleurs sans-papiers.

La Ve République est pourrie jusqu’à la moelle. Ses institutions sont gangrenées par les passe-droits et la corruption en tous genres. En dernière analyse, cependant, cette crise des institutions n’est que l’expression de la crise du système économique sur lequel elles reposent et qu’elles ont pour fonction de défendre. C’est, là aussi, la racine du mal.

Dans la Ve République française comme dans tous les autres types de régimes en Europe, le véritable pouvoir ne réside ni dans les assemblées élues au suffrage universel, ni dans les conseils des ministres, ni même dans les palais présidentiels ou royaux. Il réside dans les conseils d’administration des banques et des multinationales. En France, une centaine de grandes familles capitalistes a une influence décisive sur la politique menée par les gouvernements successifs. Lénine caractérisait la démocratie bourgeoise comme « le masque temporaire de la dictature du Capital ». C’est encore plus vrai aujourd’hui qu’à l’époque de Lénine, car la concentration du capital a pris depuis des proportions colossales.

Mélenchon souligne souvent les traits monarchiques de la fonction présidentielle, en France. Mais le « monarque présidentiel » Macron est lui-même à genoux devant le grand Capital, véritable roi du monde contemporain. Si la VIe République ne détrônait pas ce monarque moderne, elle ne serait qu’une république bourgeoise de plus.

La « planification écologique »

La FI accorde une place centrale aux questions écologiques. Le troisième chapitre de L’Avenir en commun est consacré à cette question. Il s’intitule : Face à la crise climatique, la planification écologique.

Au seul mot de « planification », les apologistes du capitalisme éprouvent une brusque montée d’angoisse. C’est le signe qu’on est sur la bonne voie. Révolution se félicite du retour de l’idée de « planification » dans un programme de gauche bénéficiant d’une très large audience. Ce retour fait suite à une longue disparition, consécutive à la chute des régimes staliniens, au début des années 90. A l’époque, les dirigeants du mouvement ouvrier subissaient de plein fouet la vague de propagande qui annonçait la victoire définitive de « l’économie de marché » (la loi de la jungle). Ils n’osaient plus parler de planification, de socialisme ou de révolution.

Il n’est pas étonnant que l’idée de planification revienne par la voie des préoccupations écologiques. Le capitalisme est en train de plonger l’humanité dans une crise écologique majeure. La course aux profits et le chaos du « libre marché » aggravent sans cesse les différentes formes de contamination de l’air, des sols, des mers et des cours d’eau. Les « pics de pollution » de l’air se multiplient. L’Organisation Mondiale de la Santé estime que les différents types de pollution sont déjà responsables d’un décès sur neuf, dans le monde. L’industrie agroalimentaire nous vend de la nourriture de plus en plus malsaine et empoisonnée. Le réchauffement climatique, conséquence des émissions de gaz à effet de serre, déstabilise gravement l’écosystème. Bref, si rien n’est fait, l’humanité court à sa perte, à sa propre destruction.

Jean-Luc Mélenchon a pris acte de cette situation et annonce vouloir y apporter des solutions radicales. Dans L’Avenir en commun, il écrit que « l’exigence écologique ne peut être réduite à des proclamations et des mesures qui épargnent le système. La finance n’en veut pas : elle préfère les grands rendements de la spéculation. La définanciarisation de l’économie est une condition incontournable de la transition écologique. »

C’est bien le cœur du problème : les grands capitalistes sont organiquement incapables de réaliser les énormes investissements nécessaires à la « transition écologique », et notamment le développement massif des énergies renouvelables – au détriment des énergies émettrices de gaz à effet de serre. Ce n’est pas simplement une affaire de mauvaise volonté, de leur part. Les lois et les mécanismes fondamentaux du capitalisme poussent les classes dirigeantes à rechercher la maximisation de leurs profits à court terme. Il en résulte un chaos et un gaspillage monstrueux. La sauvegarde des équilibres environnementaux est incompatible avec ce gigantesque casino qu’est devenue l’économie mondiale.

Il faut donc s’attaquer au « système », comme l’écrit Mélenchon. Comment ? L’Avenir en communpropose toute une série de mesures dans les domaines de l’énergie, des transports, du logement, de l’agriculture et de la gestion des déchets. On peut grosso modo ranger ces mesures en deux catégories. La première comprend des mesures punitives ou incitatives (taxes, arrêt des subventions) qui visent à restreindre les activités polluantes, le gaspillage et autres fléaux de cet ordre. Cette catégorie comprend aussi des mesures d’interdiction pure et simple (pesticides chimiques, OGM…) et l’arrêt de projets en cours (« fermes usines », nucléaire…). La deuxième catégorie comprend toute une série de mesures plus positives, visant à développer largement les énergies renouvelables, les transports publics, l’isolation des logements, le recyclage des déchets, l’agriculture biologique et d’autres choses encore.

On a donc, d’un côté, des mesures dont l’objectif est de contraindre les capitalistes à moins polluer, moins gaspiller – et, de l’autre, des mesures qui proposent de réaliser tout ce que les capitalistes refusent de réaliser. Mais ceci pose deux problèmes. D’une part, est-il possible de contraindre les capitalistes à limiter ou arrêter des activités qui leur sont extrêmement profitables ? L’expérience nous permet de répondre : non, c’est pratiquement impossible. Tant qu’ils contrôlent les grands moyens de production, ils ont mille et un moyens de contourner des mesures punitives et de résister aux contraintes légales qu’un gouvernement voudrait leur imposer. D’autre part, qui va réaliser les investissements colossaux nécessaires au développement des énergies renouvelables, au développement massif des transports publics et à la transition écologique en général ? Le secteur privé ? C’est impossible. Seul l’Etat, seule la « puissance publique » peut réaliser de tels investissements, à condition qu’elle soit dotée des moyens financiers et industriels à la hauteur de cet objectif.

Ainsi, ces deux problèmes ont une seule et même solution : la nationalisation des principaux moyens de production et la mise en place d’une planification démocratique de l’économie, sous le contrôle des salariés et des consommateurs. La planification écologique ne sera possible que sur la base d’une planification économique. Sans cela, elle restera suspendue dans les airs, tel un vœu pieux.

On ne peut planifier ce qu’on ne contrôle pas – et on ne peut contrôler pas ce qu’on ne possède pas. Or, comme nous l’avons déjà relevé plus haut, L’Avenir en commun reste beaucoup trop vague sur le périmètre des nationalisations à réaliser. Il mentionne les autoroutes, EDF, Engie et « des banques généralistes ». Lesquelles ? Pourquoi pas toutes les banques ? Pourquoi laisser aux capitalistes une seule de ces grosses banques « généralistes », c’est-à-dire spécialisées dans la spéculation et le pillage des ressources de la planète ? La planification écologique – et donc économique – devra s’appuyer sur un secteur bancaire entièrement public, centralisé et doté d’une capacité d’investissements optimale.

La nationalisation des grandes entreprises du secteur de l’énergie, comme EDF et Engie, est indispensable. Mais bien d’autres secteurs économiques sont impliqués dans le saccage de l’environnement – et devront être réorganisés pour y mettre un terme. Par exemple, le secteur des transports devra fonctionner d’une façon radicalement différente de ce que nous connaissons dans le système actuel, où une poignée de grands capitalistes font produire des millions de véhicules individuels polluants (mais très profitables) et où les transports publics sont à la fois négligés et soumis aux diktats de la rentabilité. Il faudra, au contraire, investir massivement dans les transports publics, au détriment des véhicules individuels polluants. Mais pour cela, il nous faudra contrôler ce secteur, et donc d’abord exproprier les parasites qui le contrôlent aujourd’hui. Il nous semble que le milliardaire Carlos Ghosn (Renault), pour ne citer que ce parasite, s’est assez largement payé sur la bête !

Poursuivons. L’isolation des logements est un enjeu important de la transition écologique, comme le souligne L’Avenir en commun. Il faudra non seulement isoler les logements existants, mais aussi intégrer ce paramètre aux nouveaux logements à construire – et il faudra en construire beaucoup, car il en manque beaucoup. On le peut ! Avec plus de cinq millions de chômeurs, en France, ce n’est pas la main-d’œuvre qui fait défaut, ni les compétences. Mais il n’est pas question qu’un plan de construction de logements publics serve à enrichir les grosses entreprises du BTP. Celles-ci devront être nationalisées et regroupées dans un secteur public centralisé permettant de bien planifier les vastes travaux de construction et de rénovation nécessaires.

Enfin, l’industrie agroalimentaire (qui nous empoisonne allègrement) et la grande distribution (qui vole tout le monde, des petits producteurs aux consommateurs) devront également passer dans le secteur public. Comment, sinon, pourrions-nous réorganiser et développer une agriculture capable de satisfaire les besoins de tous – en cessant, enfin, de ruiner la nature, notre santé et nos portefeuilles ?

L’expropriation des grands capitalistes est une nécessité à la fois d’un point de vue écologique et d’un point de vue social. Une planification démocratique de l’économie permettra la plus grande rationalisation des rapports de l’homme à la nature, mais aussi des rapports sociaux eux-mêmes. Elle ouvrira la possibilité d’éliminer toutes les formes d’exploitation et d’oppression. Les marxistes soulignent souvent qu’une telle perspective ne pourra se réaliser pleinement qu’à l’échelle internationale. C’est évident en ce qui concerne la situation écologique : la pollution ne connaît pas de frontières. C’est un problème mondial, que seul le socialisme mondial, en définitive, pourra résoudre.

La question de la guerre

La question de la guerre – et des relations internationales en général – est à la fois complexe et fondamentale. Ici, nous nous appuierons sur ce qui est effectivement écrit dans L’Avenir en commun – et non, comme c’est trop souvent le cas, sur des phrases de Mélenchon extraites de leur contexte et exploitées de façon malhonnête.

Le chapitre 5 de L’Avenir en commun est intitulé : « Face à la guerre, instaurer l’indépendance de la France au service de la paix ». Ce que le texte du programme explicite ainsi, d’emblée : « Nous ne devons plus être à la remorque des folies impériales des Etats-Unis et de leur outil de tutelle militaire : l’OTAN ».

Il est exact que l’impérialisme français est à la remorque de l’impérialisme américain. De fait, la France n’est désormais qu’une puissance de second rang. C’est la conséquence du déclin de son poids économique relatif au cours des dernières décennies, qui ont été marquées par l’hyper-domination des Etats-Unis, l’ascension de la Chine et, plus récemment, le retour en force de la Russie. Dans ce contexte, le gouvernement de François Hollande – comme d’autres avant lui – a joué le rôle de bruyant caniche de l’impérialisme américain, lequel observait avec mépris le petit animal et, de temps à autre, lui flanquait un coup de botte. Il en ira de même avec le gouvernement Macron, malgré ses prétentions théâtrales à jouer un rôle important sur la scène mondiale.

Telle est la position réelle de l’impérialisme français. Dès lors, comment « l’indépendance » de la France à l’égard des Etats-Unis pourrait-elle contribuer à « préparer la paix », selon la formule de L’Avenir en commun ? Posons la même question autrement. Nous sommes favorables à la sortie de la France de l’OTAN ; mais en quoi cela empêcherait les autres puissances de l’OTAN – Etats-Unis en tête – de poursuivre leurs guerres impérialistes ?

L’Avenir en commun répond à cette question en proposant que l’Organisation des Nations Unies (ONU) joue un rôle central, décisif, dans les affaires du monde. Il faut « renforcer et réinvestir l’ONU pour faire vivre un monde ordonné », affirme le texte. C’est l’argument clé de toute cette partie du programme ; il y revient de différentes manières. Or c’est un argument sans consistance. Il est en complète contradiction avec ce qu’est l’ONU et son rôle réel dans les rapports internationaux.

Le rôle de l’ONU n’est pas d’empêcher les guerres. Cette institution n’a jamais joué un rôle progressiste. Elle n’est qu’un forum dans lequel les grandes puissances impérialistes débattent surtout des questions secondaires. Lorsqu’une question importante est à l’ordre du jour, l’ONU n’a pas le dernier mot : ce sont les grandes puissances qui décident, suivant leurs intérêts. On l’a vu, par exemple, dans le cas de l’invasion de l’Irak en 2003. Pour des raisons liées aux intérêts de l’impérialisme français, la France avait pris position, à l’ONU, contre l’intervention militaire. Qu’ont fait les impérialistes américains ? Ils ont tout de même envahi l’Irak, sans mandat de l’ONU. Et ce n’est là qu’un exemple parmi bien d’autres.

Il est vrai que, parfois, les cinq puissances du Conseil de Sécurité de l’ONU s’accordent sur certaines interventions militaires. Mais celles-ci n’en conservent pas moins leur caractère impérialiste et donc réactionnaire. La première guerre du Golfe (1990) était appuyée par l’ONU, tout comme l’embargo imposé à l’Irak entre 1991 et 2003, lequel a fait, selon les sources, entre 500 000 et 1,5 million de victimes, dont une majorité d’enfants. Plus récemment, il y a eu l’intervention en Libye (2011), dont chacun peut aujourd’hui apprécier les résultats. Et que dire de Haïti, ce pays martyr qui, depuis 2004, vit sous une dictature de facto des Casques bleus de l’ONU ?

L’énumération des crimes impérialistes « sous mandat de l’ONU » dépasse les limites de cette brochure. Mais ce qui précède suffit à justifier notre désaccord avec l’idée, formulée dans L’Avenir en commun, selon laquelle « le seul organe légitime pour assurer la sécurité collective est l’ONU ». De même, « refuser toute intervention militaire sans mandat de l’ONU » revient à éventuellement soutenir celles qui auraient un tel mandat. Ce n’est pas le bon critère. Et s’accrocher à ce critère, c’est tomber dans le piège des impérialistes, car l’une des fonctions de l’ONU est précisément de couvrir les guerres d’un voile de « légalité internationale », quand c’est possible. Il s’agit d’un élément de propagande non négligeable. Notre rôle est de dénoncer cette propagande et d’expliquer les véritables motivations des belligérants, dans chaque guerre.

Les auteurs de L’Avenir en commun n’ignorent pas les nombreux cas de guerres impérialistes « sous mandat de l’ONU ». Cela explique qu’ils proposent aussi d’« enclencher un processus de démocratisation » de l’ONU. Ils n’en disent rien de plus. Malheureusement, cette idée n’a aucun sens. L’ONU est une institution fondée par les grandes puissances impérialistes, contrôlée par ces puissances et n’ayant pas d’autre fonction que de défendre leurs intérêts, à commencer par ceux de l’impérialisme américain. La « démocratisation » de l’ONU a donc aussi peu de chance d’advenir que la démocratisation du Pentagone, par exemple.

Ce qui fait manifestement défaut, ici, c’est un point de vue de classe. De manière générale, L’Avenir en commun n’aborde pas la guerre d’un point de vue de classe. Par exemple, il est proposé d’« arrêter les guerres par une diplomatie active et indépendante au service de la paix ». Mais selon la formule célèbre et si juste du général Clausewitz, « la guerre n’est que le prolongement de la politique par d’autres moyens. » Autrement dit, les guerres impérialistes sont le prolongement inévitable de la lutte que se livrent les plus puissantes classes capitalistes pour des marchés, des sources de matière première et des zones d’influence. Tant que le capitalisme régnera sur notre planète, il y aura des guerres comme celles qui ravagent aujourd’hui le Moyen-Orient. La plus « active » et la plus « indépendante » des diplomaties pacifistes n’y changera rien.

En Syrie, par exemple, les dirigeants américains et russes luttent pour les intérêts de leurs classes dirigeantes respectives. Dès lors, que peut bien signifier l’idée, formulée dans L’Avenir en commun, de « mettre en place une coalition universelle sous mandat de l’ONU pour éradiquer Daesh et rétablir la paix et la stabilité en Syrie et en Irak » ? Une « coalition universelle » – réunissant tout le monde, par définition – suppose que les intérêts des grandes puissances impérialistes concordent complètement et tout le temps. Mais cette hypothèse est en complète contradiction avec toute l’histoire du capitalisme.

Souvent, l’horreur de la guerre pousse des militants de gauche à déclarer : « il faut faire quelque chose ! Toute de suite ! » Et trop souvent, cela se termine par le soutien à une intervention impérialiste. On voit ce que ça donne aujourd’hui en Libye, par exemple. Il faut en tirer les leçons. Et regarder les choses en face : la guerre est une caractéristique fondamentale, inévitable, du capitalisme moderne. On ne peut avoir l’un sans l’autre. Si nous voulons sérieusement lutter contre les guerres impérialistes, notre premier devoir est d’expliquer, à chaque occasion, quelle est la véritable nature de classe de la guerre et quels objectifs réels poursuivent les différentes forces engagées.

En France, il faut en priorité dénoncer les crimes de l’impérialisme français et mobiliser le mouvement ouvrier contre ces crimes. Et il faut inlassablement expliquer qu’une paix authentique, durable, universelle, ne sera possible que lorsque nous aurons débarrassé le monde du système capitaliste. Ce n’est peut-être pas pour « toute de suite », mais c’est la seule solution au fléau de la guerre.

Mouvement ou parti ?

Les militants de la FI débattent régulièrement de son avenir comme organisation. Est-ce qu’elle doit devenir un parti, comme l’est devenu Podemos en Espagne, ou doit-elle demeurer un mouvement ? Pour notre part, nous pensons que la transformation de la FI en un parti est nécessaire. Pour quelles raisons ?

Un parti est d’abord et avant tout un programme et des idées. Mais à la différence d’un mouvement, un parti est aussi un certain type de fonctionnement interne, qui vise à la fois un maximum d’efficacité et un maximum de contrôle démocratique des militants sur l’organisation, sa direction, son programme et sa stratégie. Bien sûr, dans les faits, beaucoup de partis ne sont ni démocratiques, ni efficaces – sinon pour faire avancer la carrière de leurs dirigeants. Le PS en offre un exemple écœurant. Cependant, ce n’est pas là une conséquence inévitable de la « forme parti ». Les causes de la bureaucratisation du PS ne sont pas à chercher du côté de son organisation ; elles sont à chercher du côté des pressions matérielles et idéologiques de la classe dirigeante sur sa direction, pressions qui ont fini par transformer la direction du PS en une clique de politiciens réactionnaires. La dégénérescence bureaucratique du PS a été déterminée par sa dégénérescence pro-capitaliste. Et elle ne date pas d’hier !

Un mouvement n’est pas à l’abri de déformations bureaucratiques. En un sens, il est même davantage exposé à ce danger, puisque la direction y est dégagée des mécanismes formels de contrôle démocratique qui caractérisent un parti. Encore une fois, ces mécanismes – élections internes, congrès, etc. – ne sont pas en eux-mêmes une garantie absolue contre le bureaucratisme, le carriérisme et les luttes d’appareil stériles. Il n’y a pas de garantie absolue dans ce domaine. Un parti n’existe pas dans le vide. C’est un organisme vivant qui subit les pressions de toutes les classes sociales, y compris la bourgeoisie. Mais il en va de même pour un mouvement. Simplement, en l’absence de mécanismes formels de contrôle démocratique du sommet par la base, un mouvement est encore plus exposé qu’un parti aux pressions de la classe dirigeante.

Enfin, un mouvement suffisait à organiser la campagne de Mélenchon à la présidentielle, l’enthousiasme aidant. Pour la campagne des législatives, par contre, l’absence de centralisations locales – de directions élues et capables de coordonner l’activité, d’orienter les forces militantes – s’est fait plus nettement sentir. Ce problème se reposera sans cesse à l’avenir. Chaque fois que la FI s’engagera dans de nouveaux combats, elle sera confrontée à la nécessité d’une plus grande structuration locale et nationale. Elle ne pourra pas pérenniser son travail et intégrer dans ses rangs la masse de jeunes et des travailleurs qui veulent y adhérer sans s’orienter vers la formation d’un parti. Dès lors, le mieux est de l’anticiper et d’y œuvrer consciemment. La FI n’en sera que mieux armée pour les grandes luttes qui l’attendent.

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Coup de gueule en forme de lettre ouverte à Natacha Polony

L’objet du délit est ici.

Pendant des mois, Natacha Polony, vous avez traité Jean-Luc Mélenchon avec respect.

Plusieurs fois depuis l’an dernier, vous l’aviez interviewé en le mettant en valeur ; parce qu’en adoptant des manières tout à fait courtoises, vous évitiez de le conduire à lever le ton ; et parce qu’en lui permettant d’expliquer son projet et sa vision sans le couper sans cesse ou sans le contraindre à parler en mode Twiter, vous lui aviez rendu service et vous nous aviez donc rendu service à tous.

Nous sentions même que vous n’étiez pas loin de partager un certain nombre des positions de Jean-Luc Mélenchon et de la France insoumise ; et que vous appréciiez de les entendre et de les voir défendues.

Je suis donc effaré par le contenu du message que vous diffusez dans cette vidéo où, sous couvert de donner des conseils et de faire une critique intelligente des prises de parole et des actes récents de Mélenchon, vous reprenez à votre compte, sous forme de fausses questions qui ne sont en fait que des critiques, les pires éléments de langage récemment diffusés partout à l’encontre de Mélenchon.

Personne – en tout cas pas moi – n’imaginait que vous deviendriez une alliée.

Et personne n’attendait de vous que vous exprimiez un soutien pour Mélenchon.

Nous avions apprécié en revanche votre honnêteté intellectuelle et le fait que vous au moins, vous ne hurliez pas avec la meute.

Certes, dans cette vidéo, on ne peut pas dire que vous « hurliez avec la meute » car vous parlez avec un ton posé, tranquille, et vous semblez présenter une argumentation sinon neutre, du moins rationnelle. Pourtant ce sont bien des flèches empoisonnées que vous lancez à son visage. Car, sous ce vernis aimable, docte et professoral, vous exprimez sans détour un message indigne de vous mais qui se rapproche beaucoup du fiel des pires éditorialistes du PAF.

D’après vous, Mélenchon a eu tort de parler du rôle de « la rue contre les Nazis ». Prenant le ton docte, hautain et méprisant de ceux qui savent à l’égard des ignorants, vous affirmez que “c’est absolument faux” et qualifiez cette déclaration comme étant une “stupidité”. Vous argumentez en reprenant les éléments déjà entendus partout.

Vous allez même jusqu’à vous moquer que Mélenchon ait pu “réinterpréter le mythe construit par De Gaulle” qui avait, dans son fameux discours de l’hôtel de ville, affirmé que le peuple parisien s’était libéré « par lui-même ». Disant cela, vous faîtes donc comme si Mélenchon et nous tous ignorions qu’il y avait bien sûr eu d’autres apports que seulement « la rue » à la libération de Paris. Mais c’est vous alors qui faîtes une affirmation manquant de nuance en disant, le sourire narquois aux lèvres et en ne pouvant éviter un début de rire : “Ne soyons pas dupes. On sait très bien que ce sont les Alliés qui ont libéré la France”.

À cet instant précis, sans doute que votre conscience vous a fait passer un message, et vous avez alors concédé que “le travail des Résistants était absolument essentiel”. Mais alors, si tel était le cas, c’est donc bien la preuve que la libération n’est pas QUE le fait des “Alliés”. Mais manifestement il y a tempête sous un crâne car à peine aviez-vous concédé cela que vous ajoutiez : “mais on ne peut pas dire qu’ils ont abattu le nazisme. Bon mais peu importe”. Voyez-vous, sans être psychologue, je crois savoir que ce “peu importe”de la fin de votre critique traduit un certain malaise de votre part quant à la solidité du fondement de votre propre affirmation. Comme si, réalisant que peut-être vous aviez sinon dit une pure ânerie, du moins posé une analyse contestable, vous aviez envie de passer rapidement à autre chose, espérant qu’on ne le relèverait pas et que personne n’y reviendrait…

Désolé Natacha Polony, mais on va y revenir. Pour vous, le rôle des Parisiens dans la libération de Paris, ce n’est donc qu’un mythe ! Construit par De Gaulle et repris par Mélenchon ? C’est bien ça que vous nous avez dit.

Donc, pour vous, De Gaulle comme Mélenchon ne sont que des menteurs, des affabulateurs, des mythomanes… Bien sûr, vous ne le dîtes pas aussi crûment. Vous n’utilisez pas ces termes d’ailleurs. Mais c’est d’autant plus hypocrite que votre discours aboutit inéluctablement et exactement à cette conclusion-là !

Oser cela, il fallait le faire et vous l’avez fait !

Ce faisant, vous me froissez. Cela n’a pas beaucoup d’importance mais je pressens que vous aurez également froissé bien de vos lecteurs habituels qui ont un peu plus de respect pour le général qui a largement contribué à libérer et Paris et la France !

Cette accusation de “menterie” à l’encontre de Mélenchon non assumée ouvertement n’était en fait qu’un hors d’oeuvre. Vous avez ensuite usé d’armes plus meurtrières.

Vous êtes ainsi allée très loin dans l’infâme puisque vous avez fait passer le message suivant : “le pouvoir de la rue, ce n’est pas Gavroche, c’est les Black Blocs”.

Pas mal quand même comme diabolisation de “la rue” !

Mais comme ce jet d’acide ne devait pas encore être assez significatif pour vos lecteurs, vous en avez rajouté une couche en disant : “la référence au pouvoir de la rue sonne, dans la bouche de Mélenchon, comme un appel à la violence”.

Alors, là encore, juste après, vous semblez relativiser le propos en le recontextualisant : Hugo, les barricades, Gavroche. Mais c’est pour enchaîner immédiatement – selon la même forme rhétorique que celle utilisée pour le cas cité plus haut – en faisant valoir que Mélenchon et la France insoumise, arrivés au pouvoir, feraient “la collectivisation absolue” du pays.

C’est d’autant plus inepte que vous savez fort bien que ce n’est pas cela que nous projetons de faire. Vous semblez d’ailleurs le reconnaître vous-même en expliquant qu’une telle crainte de la part de ceux que vous citez (commerçants, petits artisans) est “sans doute erronée”.

N’empêche que vous l’avez dit et en disant cela, et en appuyant bien davantage sur cela que sur la dénégation très timide venue ensuite, vous participez à la diabolisation de Mélenchon en l’enfermant dans l’image de ce “diable rouge”.

Vous agissez donc, ni plus ni moins, comme les écrivassiers de Valeurs actuelles qui ont fait leur Une, cette semaine, en grimant Mélenchon en un Che Gevara, autrement dit un homme qui est pour beaucoup un « diable « rouge ».

Au-delà de ce que vous dîtes, ce qui me dérange, c’est que puisque vous semblez savoir que ces images de Mélenchon sont inexactes, puisque vous semblez savoir qu’il est “erroné” de penser que nous collectiviserions tout dans le pays, puisque vous semblez penser que c’est davantage une maladresse de style qu’une volonté consciente et délibérée de se situer dans le camp de la violence, il y avait une autre façon de présenter les choses. Vous auriez pu faire oeuvre utile, participer à l’éducation, à l’éveil de vos lecteurs et leur expliquer justement pourquoi ces odieuses présentations sont mensongères et calomnieuses. Or ce n’est pas du tout ce que vous faîtes. De la façon dont vous l’exprimez, la plupart considéreront que c’est bien ainsi qu’il faut appréhender Mélenchon et la France insoumise. Les “contre-arguments” sont si timidement exprimés que l’on retient bien davantage les éléments à charge que les éléments en défense.

Comme si ces méchancetés ne suffisaient pas pour un seul jour, vous avez évoqué « l’éloge répété du Venezuela » prononcé par Mélenchon, élément qui serait de nature à le discréditer aux yeux d’un grand nombre. Il y aurait tant à dire ici pour vous répondre. Mais cela est-il seulement nécessaire ? Vous savez pertinemment quelle est la pensée de Mélenchon sur le sujet et ce persiflage n’a donc pas d’autre motivation que de le salir, à l’instar de tous vos autres “collègues”.

Pour que tout le monde ait bien compris où vous vouliez en venir, vous renvoyez enfin Mélenchon dans le rôle d’un gauchiste -même si là encore vous n’usez pas de ce mot- alors qu’il ne peut vous avoir échappé que Mélenchon a justement, depuis près de deux ans, et notamment depuis l’entrée en campagne présidentielle, adopté un positionnement le plaçant bien au-dessus des partis de la gauche. Et ce n’est pas du seul fait qu’il soutient les grèves et les manifestations qu’il redevient un gauchiste, sauf à considérer que tout gréviste, tout manifestant EST un gauchiste ! Mais alors, si je suis bien votre raisonnement, si l’on ne veut pas être un gauchiste, on ne doit tout simplement pas faire la grève, pas manifester, pas soutenir les grévistes et les manifestants… Rien. On doit se taire, endurer en silence, la boucler et rester dans notre nasse.

Voyez-vous, Natacha Polony, il se trouve que pas plus tard qu’il y a deux jours, j’ai longuement discuté avec une de mes plus proches amies en politique et j’évoquais le cas de ces bourgeois qui, en 1789, avaient permis le déclenchement de la révolution, mais qui, très vite, s’étaient employés à l’interrompre. Sitôt que leur catégorie sociale avait obtenu la reconnaissance, il fallait arrêter la révolution. Il n’était pas question pour eux, à quelques exceptions notables près, que l’ensemble du peuple obtienne de véritables droits à l’émancipation, à l’égalité, au suffrage… Siéyès, par exemple, qui a dit de si belle choses sur le Tiers-État, a aussi très vite montré une image bien plus sombre puisqu’il eut maintes fois l’occasion de s’opposer au suffrage universel en des termes et avec des arguments infamants pour le “peuple”. Et d’autres révolutionnaires s’employèrent à ce que jamais les ordinaires, les travailleurs d’en bas, ne puissent bénéficier d’un véritable progrès de leurs conditions de vie et de travail.

Eh bien, aujourd’hui, Natacha Polony, vous me semblez vous inscrire clairement dans cette catégorie-là. Vous voulez bien une forme de révolution (cf ce que vous dîtes depuis longtemps sur l’UE ou quelques autres sujets) mais à la condition bien sûr qu’elle ne conduise pas à ce que le peuple tout entier ait voix au chapitre. Vous voulez bien des changements radicaux qui peuvent parfois rejoindre ceux auxquels nous-mêmes aspirons, mais à la condition que l’on maintienne bien la différence entre les raisonnables et les violents, entre les cultivés et les ignares, entre les poudrés bien habillés et les gueux.

C’est ce qui transparaît, voyez-vous, de la vidéo que je dénonce ici.

Et en conclusion – coup de poignard en plein coeur – vous vous demandez si Mélenchon ne va pas ainsi “jouer le même rôle que le FN” avant d’évoquer le risque qu’il ne soit qu’un “repoussoir” pour 50% des électeurs. Une dernière fois, vous parlez hypocritement comme si ce n’était pas VOTRE propre conviction mais celle actuelle du grand public. Sauf qu’au lieu de la court-circuiter, de la désamorcer en lui opposant VOS propres contre-arguments, vous lui donnez une audience et une crédibilité en concluant par cette phrase : “Emmanuel Macron aura tout intérêt à l’avoir pour adversaire parce que ça lui permettra de se maintenir au pouvoir pour longtemps.”

Rideau !

Avec cette vidéo, vous donnez le sentiment de dire aujourd’hui ce que vous pensez vraiment, après nous avoir incités à croire que vous nous regardiez avec intérêt et bienveillance (ce qui ne signifiait pas pour autant assentiment de votre part).

On aurait pu conserver ce genre de relations mais en parlant comme vous l’avez fait dans cette vidéo, vous vous placez de fait dans le camp de ceux qui nous calomnient et ne méritez donc plus notre bienveillance. Vous ne méritez donc plus que d’être assimilée aux autres, à tous les autres que nous fustigeons à juste titre.

Le désaccord est une chose, la calomnie en est une tout autre !

*

Nota ajouté le 03/10/2017 à 13h55 : Ce coup de gueule est le mien et ne saurait engager quiconque d’autre que moi, quand bien même je suis une fourmi de la France insoumise et ne m’en cache pas.

Vincent Christophe LE ROUX

 

Macron ? le recycleur des vieilles lunes de la droite – Par Pierre Brégou le 29/09/2017

J’archive ici et relaie avec plaisir ce très bon texte de Pierre Bregou.

*

Les dommages de la politique de Hollande, Valls et du PS de 2012 à 2017 ont tellement écoeuré nos concitoyens qu’ils ont élu par dépit un jeune banquier aux dents longues qui entend tout défaire, tout casser pour mettre définitivement à terre le « modèle républicain » bien fragilisé conquis par les luttes populaires.

Macron n’est qu’un passage, un serveur de plat pour le capitalisme international. Son mandat achevé, il repartira vers ses amours, ceux de l’argent facile légalement volé (?) dans les bureaux feutrés d’un futur gérant associé.

C’est cette « destinée » qui le rend pour le moment insensible au mécontentement qui sourd dans le pays. Ce n’est pas un politicien attaché à son fauteuil, sa vie faite de luxure est ailleurs; les dents acérées et le sourire carnassier ne sont déjà plus accompagnées du regard enjôleur de la campagne électorale, ses yeux perçants ne visent plus à conquérir mais à assujettir.

C’est pour cela que cet homme est dangereux pour notre démocratie.

Contrairement à JL Mélenchon, il n’a aucun projet politique pour notre Pays, sa seule vision est celle des obscurs qui de Bruxelles aux fortunés sans frontières n’ont soif du pouvoir que pour se goinfrer sur le dos de celles et ceux qui n’ont que leur travail pour viatique.

Son dégagisme à lui visait à faire table rase des forces vives qui irriguent toute démocratie.

D’abord les partis politiques, il l’a fait !

Ensuite les syndicats, c’est en cours …

Puis le réseau associatif qu’il mine déjà en supprimant le financement de dizaines de milliers d’emplois qui leur permettaient d’apporter aides et services notamment aux plus démunis.

Mais aussi les autres composantes de l’organisation économique et politique du pays : Régions, Départements, Communautés de Communes… tout va passer à la moulinette macronnienne.

Mais aussi notre système de protection sociale, retraite, sécu et mutuelles. Mais aussi l’école, l’université, la formation professionnelle…

5 ans pour tout casser afin de permettre à un Macron 2, un sosie qui viendra nous proposer de panser les plaies béantes avec du sel fin.

Avec JL Mélenchon, les perspectives étaient et sont tout autres, son analyse critique du (dys)fonctionnement de nos institutions l’a conduit à proposer des objectifs et une méthode civilisée, démocratique pour construire la VIème République et son corpus de règles pour organiser et fixer le cadre d’exercice des différents pouvoirs exercés sous mandat du Peuple souverain.

« En marche » n’a de fait consisté qu’à détruire la caste des anciens Partis pour y substituer une représentation encore plus étroite du corps électoral. Patrons et professions libérales encadrées par quelques briscards du PS et de la droite, sans aucune expérience législative (leur nouveau coeur de métier) et donc soumis aux équipes des ministres et de la haute administration tutélaire.

Le but des ordonnances n’était pas de gagner du temps mais de camoufler l’incapacité de la majorité macronnienne à bâtir un texte législatif, de défendre ou démonter tel ou tel amendement présenté par tel ou tel groupe parlementaire, de résister ou s’offrir à quelque lobby…

Oui, en guère plus de cent jours, Macron et ses micro ministres ont semé comme jamais les jalons de l’effacement de notre Pays, nos industries bradées qui aux Italiens, qui aux Allemands, qui aux Chinois…

Mais la savante mise en scène de la macronnerie, servie par des médias aux ordres soufflant le chaud et le froid pour tenter de donner le change font encore « merveille » pour éviter que tout celà n’explose en plein vol alors que leur vitesse de croisière n’est pas encore établie.

Attaques contre les syndicats qui osent ne pas suivre, mise en cause personnelle de leurs dirigeants, attaques mensongères et réitérées contre la France Insoumise et ses parlementaires, insultes, amalgames et autres insinuations sont distillées avec persévérance…

Non Macron ce n’est même pas du cochon, chez lui rien de bon pour l’immense majorité de notre Peuple !

Mais il est élu et, il le sait, nous sommes respectueux du suffrage universel même quand il donne des résultats biaisés.

Elus par le peuple, lui et son gouvernement ne peuvent chuter que par la volonté du Peuple qui entre deux élections n’a que la rue pour exprimer pacifiquement sa volonté. Nous en déjà sommes là !

Mais pour autant, nous ne pouvons en rester là !!!

 

Exigeons la démission du Président Macron et l’organisation d’une nouvelle élection présidentielle

Pour signer cette pétition, c’est ici.

Ce texte a également été publié sur Le Grand Soir. Voir ici.

Nous invitons tous les citoyens français à signer cette pétition qui exige la démission du Président Macron et l’organisation d’une nouvelle élection présidentielle.

Nous considérons en effet que le Président Macron a été élu dans des conditions tout à fait contestables, et qu’il mène une politique très hostile à l’intérêt général en le faisant d’une manière bien peu respectueuse des principes élémentaires de la démocratie qui est, rappelons-le, « le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple ».

Nous mettons en avant d’abord, que le candidat Macron a bénéficié d’un soutien quasi inconditionnel, et continu pendant des mois, de la part du système médiatique. Nous rappelons que ce sont neuf milliardaires qui détiennent l’essentiel des organes de presse écrite et audiovisuelle. Ainsi la plupart des grand journaux nationaux et locaux, que leur parution soit quotidienne, hebdomadaire ou mensuelle, mais aussi presque toutes les chaines de télévision et stations de radio, sont sous le contrôle des chefs des plus grandes entreprises françaises.

Nous mettons en avant ensuite que le Président Macron, loin d’être le « Président de tous les Français » comme le veut le principe républicain, n’est que le représentant de la caste oligarchique qui tient la France. Cette caste constituée des patrons des plus grandes entreprises, d’une partie de la très haute fonction publique, de presque tous les acteurs des medias, de nombreuses personnalités du monde du spectacle ou du sport de haut niveau, ainsi que de divers acteurs des lobbys et groupes de pression, a pu, au cours des années, mettre des serviteurs de leurs intérêts à tous les postes de commande dans l’État. Jamais depuis des décennies, un Président n’avait été aussi ouvertement favorable à cette caste, et si ouvertement hostile au peuple tout entier.

Nous mettons en avant enfin les très nombreuses irrégularités constatées lors des opérations électorales du 1er tour de l’élection présidentielle, et notamment le nombre ahurissant de cartes d’électeurs produites en double exemplaire, ceci étant de nature à vicier l’authenticité des résultats électoraux. Nous regrettons qu’aucune action de masse n’ait réellement été entreprise pour contester la légitimité du scrutin. Les grands leaders politiques nationaux n’ont émis aucune contestation. Les medias ont avalisé les résultats donnés par le ministère de l’Intérieur, et la justice n’a pas été saisie d’autres litiges que de cas isolés. Pourtant, les irrégularités sont si nombreuses et parfois si massives que nous pensons que la qualification d’Emmanuel Macron au second tour a été purement et simplement fabriquée de toute pièce.

Le Président Macron insulte et méprise le peuple.

Le Président Macron a mis en place par ordonnance (un procédé bien peu respectueux du principe fondamental de séparation des pouvoirs entre le pouvoir législatif et le pouvoir exécutif) une politique dans le domaine du travail et des questions sociales qui transforme radicalement l’esprit du droit du travail français et qui va donner aux employeurs le droit légal et les moyens techniques de faire presque tout ce qu’ils veulent à l’encontre des salariés.

Le Président Macron est au service exclusif des banques, de la finance, du grand capital, mais aussi des impérialistes états-uniens, puisqu’il a accepté que le traité CETA (accord de libre-échange entre le Canada et l’Union européenne), largement conçu par les capitalistes des États-Unis, entre en vigueur ces derniers jours alors que le peuple français ne l’a pas approuvé. Et après ce traité CETA, viendront rapidement le traité TAFTA (accord de libre-échange transatlantique entre Etats-Unis et Union européenne) et le traité TISA (accord lié aux services), en attendant les suivants.

Le Président Macron ne tire sa légitimité que du seul fait qu’il a été élu contre Marine Le Pen et son élection n‘est donc pas le résultat d’un vote engagé en sa faveur mais d’un vote de refus de son adversaire du second tour. Le risque prétendu de voir le retour du fascisme si Marine Le Pen était élue a fait l’élection de Macron. Le parti de Marine Le Pen et elle-même, comme son père hier, ne sont donc que des alliés objectifs du système. Leur seul rôle est d’empêcher que le pouvoir ne bascule dans le camp du peuple. Il a été éclairant, à cet égard, de constater la décrépitude volontaire de Marine Le Pen lors du débat du second tour. Elle ne voulait pas être élue or son adversaire était tellement rejeté qu’il y avait un risque d’inattendu au soir du second tour. Alors elle s’est employée à s’auto-saborder. Elle avait fait le travail au premier tour, en gelant des millions de voix qui, sans elle, auraient pu se porter sur le candidat Jean-Luc Mélenchon et lui permettre d’être présent au second tour, pour l’emporter peut-être in fine.

Aujourd’hui, Emmanuel Macron est le Président de la République et son élection ne peut plus être contestée par des voies régulières. Pour autant, le peuple n’est pas dépourvu de moyens d’action. Mais il ne peut plus agir contre le Président que par deux voies :

1/ La voie électorale :

Cette voie recoupe deux modalités :

  • attendre la prochaine élection présidentielle pour priver alors le Président de la République d’un nouveau mandat (à condition qu’il se représente et que la caste oligarchique ne mette pas sur la scène un autre serviteur qui réussirait, à son tour, à mystifier le peuple),
  • ou, à l’occasion d’élections législatives anticipées qui seraient organisées pour trancher une crise politique majeure ou suite au renversement du gouvernement par une motion de censure que pourraient voter les députés, voter cette fois pour une majorité différente qui mènerait une politique conforme à l’intérêt général du peuple

2/ La voie de la révolte populaire

Ici, il est question non pas tant de révolution violente que d’une pression irrépressible exercée par le peuple sur ses dirigeants pour les faire abandonner un projet funeste. La rue, hier et avant-hier, a fait reculer nombre de gouvernements. Aujourd’hui, nous constatons, depuis des années déjà, que les nouveaux dominants ne s’émeuvent plus des manifestations. Ces dernières restent sans effet, quel que soit le nombre de manifestants. Et au-delà du cas de la France, nous avons pu constater, avec les expériences espagnole et grecque notamment, que les pouvoirs sont insensibilisés aux manifestations. Hier, ils les craignaient si bien que devant une forte pression populaire, ils cédaient. Ce n’est plus le cas de nos jours. Ils sont prêts à l’affrontement. Parce qu’ils ont colonisé toutes les strates du pouvoir, qu’ils sont soutenus par le système médiatique qui forge les consciences et fabrique le consentement, et parce qu’ils ont la légitimité légale de faire usage de la force contre tous ceux qui s’opposent à eux.

Dans notre système juridique, ce sont les élections qui font les gouvernants et les politiques (ce qui ne signifie pas que les élus respectent ensuite leurs engagements mais en pareille circonstance, le problème est d’ordre politique, non juridique puisque aucune loi n’impose aux gouvernants de respecter les promesses faites quand ils étaient candidats). C’est en ce sens que l’on parle de « légitimité légale ». Au regard de la loi, aussi longtemps que l’institution judiciaire n’a pas établi que la loi a été violée – et les élections truquées – le pouvoir issu des urnes est « légal » et dispose donc de tous les pouvoirs de contrainte que lui confient la constitution et la loi de l’État. Une fois au pouvoir, ils ont aussi le pouvoir de changer la loi pour la rendre encore plus favorable à leurs intérêts, ou pour approfondir davantage leurs moyens de contrôle du peuple et des opposants politiques, et de contrainte sur eux.

Nous appelons donc le peuple tout entier à exprimer sa colère à l’encontre du Président Macron et de son gouvernement.

Nous appelons le peuple tout entier à faire entendre son désaccord avec les projets envisagés par le pouvoir actuel et les décisions déjà prises par lui.

Nous appelons le peuple tout entier à se rassembler avec les mouvements politiques et syndicaux qui mènent le combat, parmi lesquels notamment la France insoumise et le Front Social.

Par cette pétition, nous voulons permettre aux citoyens français d’exprimer justement leur désaccord avec le pouvoir légal actuel, dont le Président Macron est le représentant depuis quelques mois.

Par cette pétition, nous voulons contribuer à la délégitimation complète du Président Macron, préalable indispensable à la victoire future du peuple.

 

Message à Jean-Luc Mélenchon et Mickaël Wamen – Pour un appel commun à mener le combat

Relativement éveillé sur la situation que nous vivons,

Étant moi-même un Insoumis,

Attentif depuis des semaines aux communications du Front Social que je soutiens,

Considérant que tes propos publics et tes prises de position, Mickaël, vont dans le bon sens et sont une bouffée d’oxygène et une source d’espoir pour nous, les travailleurs,

Ayant écouté ton discours d’hier, Jean-Luc, et ayant vu ce matin la courte vidéo de ce petit échange entre Philippe Poutou et toi intervenu hier à l’occasion de la manifestation,

Je me suis dit que le temps était venu, pour moi, d’oser exprimer clairement ce que je crois nécessaire dans l’intérêt de nous tous.

Dans cette vidéo, on entend le porte-parole du NPA t’inciter, cher Jean-Luc, à parler fort et clair parce que – dit en quelque sorte Philippe Poutou – toi, tu as les moyens de te faire entendre.

Et l’on te voit expliquer que tu dois « doser » ta parole pour ne pas « nous envoyer dans le mur ». Alors Philippe Poutou insiste en te disant qu’il y a, à la base, une forte envie d’y aller…

Et toi, Mickaël, tu ne dis pas autre chose depuis des semaines, mais tu y mets une condition : le rassemblement des forces. Tu nous as dit, à juste titre, qu’il n’était pas question de perdre une nouvelle fois et que pour ne pas perdre, et même pour gagner – tu as bien fait la différence – nous devons tous saisir l’importance de ce qui est en jeu aujourd’hui, bien plus encore qu’hier, et nous adapter à l’urgence de mener la mère de toutes les batailles.

Peut-être que cette partie de ton discours d’hier, Jean-Luc, où nous t’avons entendu oser appeler à une suite d’importance bien plus retentissante encore que cette marche du 23 septembre, est le résultat de cet échange avec Philippe Poutou, et de tous ceux du même ordre que, sans aucun doute, tu as dû avoir ces dernières semaines. Sans compter tout ce qui doit te remonter par divers canaux… Peut-être même que vous vous êtes déjà rencontrés, Mickaël et Jean-Luc…

Pour ma part, je suis convaincu qu’une initiative forte devrait être menée de concert entre vous deux dans les tout prochains jours. Sans attendre les autres. Parce que votre action aura un effet d’entraînement des timides, des hésitants, de tous ceux qui attendent que les autres fassent le premier pas…

Hier, Jean-Luc, tu as appelé au rassemblement des forces sociales et politiques et tu as laissé entendre que tu prendrais ta part dans la suite. Tu as par exemple évoqué l’objectif de voir surgir, sur les Champs-Élysées, un million de personnes, ce qui, nous le savons, n’aurait plus rien à voir avec 150 000 personnes ayant marché entre Bastille et République. Avec une telle quantité de Français dans la rue, le pouvoir vacillerait probablement sur ses bases…

Je pense que nous devons donc nous employer, tous autant que nous sommes, France insoumise, Front Social, et tous les autres acteurs (partis politiques, syndicats, associations politiques et sociales) à réussir un tel défi sans quoi nous échouerons collectivement. Car je ne pense pas que 200 000 ou même 500 000 personnes réunies en un seul jour suffiraient à inquiéter Macron et son système. On a bien vu que psychologiquement les choses ont évolué dans les têtes. Inutile de rappeler l’échec cinglant des grandes manifestations contre la réforme des retraites entreprise par Sarkozy et Fillon.

Un million, ce serait sans doute autre chose. Car un seuil psychologique serait atteint pouvant déclencher une réaction en chaîne incontrôlable et en tout cas de nature à faire vaciller tout pouvoir. C’est d’ailleurs, paraît-il, ce que disait le Président Mitterrand. Sans doute après que lui-même ait « vacillé » devant cette réalité à la suite de la manifestation en défense de l’école libre, en 1983.

Un million, ce serait tout autre chose surtout si ce mouvement de masse se trouvait couplé à un combat social plus rugueux : grève générale et blocage de l’économie du pays !

Jean-Luc, en homme d’État responsable, soucieux de ne pas nous exposer à une répression féroce de la part du pouvoir, tu marches sur des oeufs. Et on doit t’en être reconnaissant. Je le suis pour ma part.

Pour autant, tu dois faire plus à mon sens. Et quand je dis « à mon sens », je sais bien, sans être le porte-parole de personne, que nous sommes des milliers, des centaines de milliers, et peut-être plus encore, à vouloir que tu t’engages plus avant, sans seulement t’en remettre au verdict populaire à l’occasion des prochaines séquences électorales. Hier, tu as dit ceci : « Au bout de la rue, souvent, il y a les élections ».

Oui, en effet, et compte sur nous pour te soutenir une nouvelle fois si l’occasion se présente. Mais cela ne saurait suffire.

Parce que d’une part, nous avons vu les nombreuses irrégularités constatées lors des opérations électorales du 1er tour et elles furent tellement massives qu’elles sont de nature à avoir vicié l’authenticité du scrutin. Je regrette d’ailleurs qu’aucune action sérieuse n’ait été entreprise en justice pour les faire reconnaître et aboutir à l’annulation pure et simple du premier tour.

Et parce que d’autre part, nous ne saurions attendre 2022, ou même une date antérieure si la prochaine élection présidentielle devait être anticipée pour quelque raison que ce soit. C’est aujourd’hui et maintenant que nous devons agir et pousser fort le mouvement social.

Jean-Luc, depuis des années, tu as toujours soutenu les syndicats mais tu as toujours voulu rester à distance, marquant bien – et respectant – le rôle de chacun.

Aujourd’hui, il me semble que ce cloisonnement étanche ne peut plus durer et que, au regard de ta notoriété, de la puissance de ton verbe, et de l’audience qui est la tienne, tu dois t’impliquer personnellement dans la bataille, pas seulement à côté, mais au sein même du « chaudron ». Il me semble que c’est ce que te demandait Philippe Poutou dans l’échange précité.

Et puisqu’il me paraît illusoire d’attendre un hypothétique rassemblement des forces syndicales – nous ne saurions attendre des mois qu’il advienne, si tant est qu’il puisse advenir, ce pour quoi j’ai les plus gros doutes – c’est avec le Front Social, et par exemple son porte-parole Mickael Wamen, que tu dois agir.

Et, Mickaël Wamen, je pense que toi aussi tu as acquis, hier par ton action au sein de la CGT Goodyear, aujourd’hui par ton rôle au sein du Front Social et tes prises de position, une influence telle que tu es devenu le porte-parole d’une multitude de gens de la base qui ne se trouvent aucun représentant dans les syndicats.

En outre, il y a une logique, une cohérence supplémentaire à lancer un appel commun France insoumise – Front social sans pour autant qu’aucune des deux forces ne soit liée à l’autre, sans que jamais l’autonomie de l’une par rapport à l’autre ne puisse être contestée d’une quelconque façon.

La France insoumise que, Jean-Luc, tu as contribué à faire naître est un mouvement souverain, autonome des partis.

Et le Front Social que tu représentes, Mickaël Wamen, est également, en parallèle, sur la scène de l’action sociale, un collectif de bonnes volontés, un mouvement souverain, autonome des syndicats (et bien sûr des partis ou même des mouvements politiques). Il a été créé pour les dépasser, les déborder et rassembler très largement les travailleurs sans qu’une « chapelle » tire la couverture à elle et ne soit davantage guidée par des objectifs d’intérêt particulier.

Dans le Front Social, il y a donc, selon moi, le même esprit, la même logique, les mêmes aspirations d’action pour le terrain social, que dans la France insoumise pour ce qui est du combat politique.

Jean-Luc Mélenchon et Mickael Wamen, chacun dans votre rôle mais ENSEMBLE, si vous lanciez un appel commun, vous donneriez à cet appel une force de frappe sans nul doute exceptionnelle. Et vous offririez au peuple une occasion majeure de se rassembler !

Merci de l’attention que vous porterez à ce souhait, cher Jean-Luc, cher Mickaël.

 

À Jean-Luc Mélenchon – Le 23/09 à 21h05 – À propos des menaces de guerre en Corée du Nord

Quand Vladimir Poutine et Xi Jinping vont faire prendre l’air, eux aussi, à leurs bombardiers et à leurs chasseurs de défense aérienne, pour rappeler gentiment à l’Empire que celui-ci ne fera pas régner sa loi dans leur jardin – car ils ne peuvent rester sans réagir face à de telles provocations – on va rigoler… Peut-être pour la dernière fois…

Je parle des démonstrations de force militaire impériales au ras des moustaches de la Corée du Nord, et donc de la Chine et de la Russie…

Il ne faut pas que notre objectif interne de faire tomber Macron occulte la vie internationale qui ne cesse de s’assombrir. Nous, Insoumis-e-s, devons intervenir aussi sur ce sujet : la paix mondiale, si menacée une nouvelle fois par les fous qui dirigent les États-Unis et dont Trump n’est que le dernier prête-nom…

Jean-Luc Melenchon, toi qui a si souvent appelé à la paix dans des prises de parole et des discours extrêmement bien charpentés, il faudrait que tu le refasses encore ces temps-ci. Les périls grandissent. Si la Syrie semble une affaire classée désormais, un autre foyer s’est ouvert. Et l’Empire qui s’est fait démonter en Syrie a sans doute encore plus la volonté d’entamer une nouvelle guerre ailleurs. Mais en narguant aussi effrontément les deux autres grandes puissances stratégiques mondiales, il pourrait cette fois mettre le feu aux poudres.
Trump n’est pas le Kennedy qui a résisté à son état-major en octobre 1962 lors de la crise des missiles de Cuba. Alors, certes, Poutine ne veut pas plus la guerre que Xi Jinping et on peut compter sur eux deux pour agir en coulisse dans le sens de l’apaisement, mais avec les dingues de Washington en train de jouer les pousse-au-crime, on a de quoi frémir. Il est pour le moins imprudent aujourd’hui de rejouer la crise d’octobre 1962…

Il nous faut des paroles fortes. Le ministre russe des Affaires étrangères Dimitri Lavroff en a donné à l’ONU il y a quelques jours. Ce type-là me semble intelligent, rationnel, sincèrement adepte de paix, comme doit l’être un véritable ministre des Affaires étrangères et un diplomate. Mais aux États-Unis, même les secrétaires d’État et les « diplomates » sont, presque de tout temps, des faucons appelant non pas à la paix mais à la fermeté, ce qui cache mal leur volonté d’en découdre par la guerre !

Jean-Luc, parle-nous encore de paix comme tu sais si bien le faire !

Merci.

IRMA et après ?

IRMA restera-t-elle dans l’Histoire comme un cyclone de “fin du monde” ?

J’oscille entre effroi, empathie, compassion et colère…

Je suis terrifié de ce que nous allons apprendre dans quelques heures…

Bien que nous ayons été prévenus depuis des années sur la certitude que les phénomènes météorologiques dévastateurs allaient non seulement se multiplier mais aussi gagner en intensité au point d’atteindre des valeurs d’ampleur jamais vue dans l’histoire humaine, on est toujours choqué lorsqu’on assiste en direct à ce phénomène, même si l’on est soi-même à plusieurs milliers de kilomètres de l’évènement.

Et j’ajoute que notre ressentiment contre ce que nous appelons souvent l’Empire est basé sur la nocivité des dirigeants de ce pays, aussi bien pour les Américains eux-mêmes que pour le monde entier. Nous savons le mal qu’ils font depuis deux siècles.

Mais c’est le peuple ici qui est victime car, contrairement aux dirigeants, lui n’a pas à sa disposition tout ce qu’il faut pour affronter sans danger le monstre et pour pouvoir ensuite recommencer à vivre une fois celui-ci évaporé.

Les Américains ordinaires qui vont être violemment touchés par IRMA, ceux qui vont mourir ou être gravement blessés, ceux qui vont tout perdre ou perdre beaucoup de leur vie d’avant, dans ces quelques heures de furie climatique d’ampleur biblique, ne sont pas tous des “salauds” au point que l’on se désintéresse d’eux pour la seule raison que depuis trop longtemps leurs dirigeants, eux, sont de vrais salauds !

Non, même si leurs dirigeants sont un peu là à cause d’eux, nous savons bien, nous, combien les dirigeants savent se hisser au pouvoir y compris contre la volonté générale. Cela est vrai aux États-Unis comme ailleurs mais sans doute encore plus aux États-Unis qu’ailleurs ! Les maîtres de l’Empire ne sont pas là où ils sont par la seule volonté authentique et consciente du peuple américain.

Alors, permettez-moi, sans que ce soit une formidable incohérence, de ressentir aujourd’hui cette peur qui m’assaille de découvrir demain l’ampleur des ravages causés par IRMA en Floride et ailleurs aux États-Unis, et de ressentir un sentiment d’empathie et de compassion sincère face au désastre qui s’annonce, sans que je ne renie rien de ma vision géopolitique quant à ce qu’est le régime états-unien et au caractère maléfique de tant des décisions qu’il met en oeuvre.

Oui, les Américains aussi méritent notre empathie et notre compassion. Pas plus que les autres victimes évidemment, mais pas moins.

La différence entre les Caraïbes qui ont été ciblées par IRMA ces derniers jours et la nouvelle cible aux États-Unis, tient à une question démographique. Dans les îles des Caraïbes, ce sont quelques centaines de milliers de personnes qui ont été au coeur du phénomène puisque les îles les plus peuplées (Haïti, Porto-Rico, St-Domingue) étaient aux lisières d’IRMA et non au coeur. Les États-Unis en revanche, et la Floride en particulier, vont la prendre de plein fouet et dans son point le plus violent. Ce sont cette fois des millions de personnes qui deviennent des cibles. Les chiffres sont éloquents : 6 millions de personnes ont été évacuées et 36 millions sont situées dans la zone où il ne faudrait pas être… Vous avez bien lu : 36 millions de personnes !

Il ne peut que se produire des drames jamais vus auparavant, du moins dans ce pays !

Et je n’oublie pas Cuba, et ses 12 millions de Cubains. Eux aussi ont pris IRMA presque de plein fouet. Et je suis affolé de ce qui va en résulter !

J’ignore quelle sera l’étendue des dévastations à Cuba et en Floride, notamment dans ce chapelet d’îles que l’on appelle les « Keys » dont la hauteur n’est pas supérieure à quelques dizaines de centimètres par rapport au niveau de la mer et qui se trouvent exactement au coeur de la ligne du passage du monstre.

Si la côte Est et notamment la mégapole de Miami n’étaient pas dans la zone la plus dangereuse, en revanche toute la côte Ouest et de nombreuses villes dont certaines très peuplées étaient exactement sur la ligne de passage d’Irma.

Les dommages seront sans aucun doute d’ampleur historique, pour ne pas dire biblique. On a déjà vu les ravages dans les Caraïbes. Il est inespéré que le bilan humain soit si faible comparé à l’aspect cataclysmique du phénomène en cause. Pour autant que ce bilan annoncé soit authentique !

Outre que plus de 6 millions de personnes ont été évacuées, ce sont 36 millions d’Américains qui sont dans la zone directement frappée. Car il n’y a pas que la Floride. Plusieurs autres États vont être touchés de plein fouet.

Avec un tel nombre de personnes cibles, cet ouragan ne peut que semer la mort et la désolation sur son passage et rester dans l’Histoire comme l’un des pires jamais connus.

Au-delà de la force des vents absolument folle, c’est la montée du niveau de la mer qui inquiète le plus les autorités des États-Unis et les services de météo et de sécurité civile. J’ai consulté divers organes de presse (CNN, USA Today, Miami Times, des journaux de Tampa et de Naples) et on parle de niveaux de hauteur d’eau pouvant atteindre 15 pieds soit plus de 4,5 mètres de haut dans les zones les plus proches du littoral. Imaginez ce que cela signifie d’avoir entre 2 et 4,5 mètres d’eau dans les rues, dans son jardin… Toutes les habitations n’ont pas deux étages…

J’ai lu sur le site de CNN un article expliquant que plus de la moitié des victimes des ouragans, cyclones et tempêtes tropicales depuis 50 ans ont perdu la vie en raison non pas des vents mais de cette montrée des eaux. Car comme avec un tsunami l’eau arrive avec une force exceptionnelle et détruit beaucoup de constructions sur son passage et charrie avec elle non seulement les débris de ce qu’elle a détruit mais tout ce qui est sur son passage (voitures, bateaux, panneaux, arbres entiers déracinés…) et propulse tous ces « projectiles » sur les constructions qu’elle frôle ou traverse, ce qui ne fait qu’accentuer le phénomène dévastateur comme on a pu le constater avec le tsunami meurtrier d’Asie du Sud-est il y a quelques années.

Bien évidemment, aux États-Unis, beaucoup de constructions sont plus solides que dans les pays moins développés et en Floride, beaucoup sont conçues pour résister aux cyclones. Mais ce n’est pas le cas de toutes les constructions car bien des habitants pauvres ne disposent pas d’habitations solides. Ce sont eux qui vont perdre le plus, comme toujours !

Une telle situation ne peut donc que laisser imaginer le pire. Heureusement, il semble que beaucoup aient fui ou se soient mis à l’abri. Mais comme avec la tragédie de Katrina à la Nouvelle Orléans, on risque de découvrir après coup que ce sont les plus aisés qui ont pu fuir et que les pauvres ont dû rester.

Espérons malgré tout que ce phénomène, tout à fait exceptionnel dans son intensité comme dans sa taille (IRMA est à peu près de la taille de la France et son oeil est de l’ordre de 40 à 50 km) ne le sera pas aussi par le nombre de victimes.

Mais avec autant de personnes touchées, on peut penser qu’il y aura quelques conséquences politiques majeures. Et plus le bilan (matériel et humain) sera lourd, plus ces conséquences seront significatives.

Ce à quoi nous assistons m’inspire aussi de la colère parce qu’il ne fait aucun doute, selon les scientifiques, que si la nature a toujours connu cyclones, ouragans, inondations et autres phénomènes climatiques destructeurs, l’action de l’homme depuis un siècle a changé l’ampleur de ces phénomènes en les multipliant et surtout en augmentant fortement leur caractère dévastateur.

Comme Mélenchon l’a souvent dit dans ses discours, hier, les ouragans dévastaient quelques cabanes de pêcheurs sur une plage. Désormais, elles frappent de gigantesques métropoles qui ont été construites dans des zones peut-être trop dangereuses. Et ce sont des équipements humains tels que des centrales nucléaires qui se trouvent devenues être des cibles. Avec les immenses dangers pour l’humanité tout entière et pas seulement les gens du coin qui en découlent si un incident majeur (pour ne pas dire “accident”) se produit du fait du passage du phénomène climatique extrême !

C’est donc largement l’homme qui est responsable. Il aurait pu ne pas l’être et depuis des années qu’il est mis en garde, il aurait pu réorienter certaines de ses habitudes. Mais il ne l’a pas fait. Et il ne semble pas vouloir le faire. Ou seulement à la marge.

Les tragédies ne peuvent donc que devenir plus nombreuses et plus meurtrières dans l’avenir.

Les Américains prendront-ils enfin conscience qu’il se passe chose de tout à fait anormal s’agissant du changement climatique ? S’ils sont vraiment meurtris une nouvelle fois, à cause d’IRMA, après l’avoir été de manière exceptionnelle avec KATRINA, contraindront-ils leurs dirigeants à réorienter leur politique ?

J’en doute hélas. Car cette prise de conscience ne suffira pas. Encore faudrait-il non seulement qu’ils prennent conscience de la véritable nature de leur “gouvernement”mais qu’ils décident de faire une nouvelle “révolution” pour reprendre le pouvoir aux oligarchies qui le confisquent et aux forces de “l’appareil de sécurité nationale” qui assure la sauvegarde de ce régime.