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Discours qui ont fait l’Histoire de la République, qui ont apporté à l’Histoire de la République et discours qui ont contribué à faire progresser l’humanité. Seront ici accessibles des discours de personnalités d’exception.

Discours de Jean-Luc Mélenchon à l’occasion de la Marche pour la 6e République, place de la République à Paris, le 18 mars 2017

Place de la Rép' le 18-03-2017 - Photo de Stéphane Burlot
Photo de Stéphane Burlot

Discours à écouter ici

Retranscription faite par Vincent Christophe Le Roux

* * * * *

JLM place de la Rép' le 18-03-2017

Je savais que vous seriez là !

Je savais qu’elle est inépuisable, la vague qui nous porte, génération après génération, de la Bastille à la République.

Écoutez ! Écoutez, vous tous, cette clameur qui monte de nos rangs. Ce son n’a pas de nom, comme le bruit du vent dans les feuilles, comme celui de la pluie sur le pavé.

Ce son n’a pas de nom mais il est un signal : celui de la force du peuple quand il surgit dans son Histoire !

Ce rugissement qui passe sur nos fils, c’est celui du lion de bronze au pied du monument dont l’auteur a voulu qu’il symbolise le suffrage universel, celui qui, bientôt, va parler et fixer notre destin.

Nos voix montent vers cette femme que voici : Marianne, la République, la République inachevée tant que le peuple n’est pas souverain dans son pays en tout et pour tout !

Regardez-la ! Elle porte fièrement le bonnet des affranchis, celui de la liberté retrouvée, celui de la servitude rompue.

À notre tour, nous épousons son insoumission, nous la faisons nôtre.

Nous avons marché, une fois de plus, de la Bastille à la République. De la Bastille où commencent tous les élans de la liberté du peuple de France puisque c’est là que fut abattu, pour la première fois, le symbole de la monarchie et de la caste des privilégiés. Parce que c’est là-bas qu’a été brûlé le dernier trône des Rois. Parce que c’est là-bas que s’est faite la première manifestation féministe pour arracher le droit de vote des femmes.

Et c’est là-bas qu’il y a cinq ans nous avons entrepris ce que nous poursuivons aujourd’hui avec constance et cohérence, avec confiance et patience, et jusqu’à la victoire !

Dans nos rangs, passent aussi les ombres des pauvres visages de l’humanité humiliée : les noyés de la Méditerranée, les suicidés au travail, les morts d’abandon dans la rue, tous ceux qui souffrent de ce monde écœurant où l’accumulation des uns se nourrit de la détresse sans fin des autres !

Ces autres, nous sommes leur revanche ! Nous sommes leurs sourires d’avant, nous sommes leur dignité intacte et l’espérance lumineuse des jours meilleurs !

Puissants de la Terre, puissants de la Terre, nous voici ! Nous sommes, une nouvelle fois, au rendez-vous de notre Histoire ! Le jour anniversaire du commencement de la glorieuse Commune de Paris qui inventa la République sociale !

Sur cette place, devant le monument édifié pour le centenaire de la révolution de 1789 qui a fait de nous un peuple un et indivisible, non du fait de nos ancêtres, de notre couleur de peau, ni même de notre parler, mais de l’horizon qui nous rassemble pour toujours : Liberté-Égalité-Fraternité !

Et nous ne voulons rien d’autre que cesse le mensonge et l’hypocrisie qui consiste à écrire la devise sur tous les frontons de France et, ensuite, agir exactement à son contraire !

Nous voici pour proposer la 6e République sur cette place où fut annoncée la 5e dont nous voulons tourner la page !

Sur cette place où naguère le peuple de Paris s’est assemblé après les attentats et les crimes destinés à le terroriser et à le diviser. En vain ! La force du peuple a gardé son unité, la force du peuple assemblé a tout surmonté !

Sur cette place encore où se retrouvaient, après chaque manifestation contre la loi El Khomri, les assemblées de Nuit Debout qui ont, jour après jour, au prix du rêve, dessiné l’épure d’un monde nouveau où de telles lois ne feraient plus la loi parce que nos vies méritent mieux qu’elles.

Une fois de plus, de Bastille à République, un fil rouge unit les boulevards l’un à l’autre. C’est celui de nos luttes et de nos engagements, de nos drapeaux toujours tenus haut.

Une fois de plus, nous le proclamons, sans nous, rien n’a de sens en France !

Nous voici non pour nous, non pour cet instant, mais par vertu, pour toi, notre peuple ! Et par amour, pour toi, notre France !

Peuple de France, et toi, le monde qui nous regarde si souvent étonné, nous sommes la révolution citoyenne toujours recommencée comme la passion de ce peuple pour les droits universels des êtres humains et des citoyens qu’ils veulent être.

Ces droits, qu’il a proclamés le premier, et qu’on voit dans cette déclaration que tient, ici devant vous, la Marianne de bronze.

Aujourd’hui, tant de gens sont venus, et parfois de si loin ! Oh, combien nous avions besoin de sentir notre force ! Elle est notre liberté. Elle est le feu qui brûle en nous et ne s’éteindra jamais. Elle est le recours dont dispose la France en toutes circonstances et d’abord son peuple de travailleurs.

De cette montée en masse, je prends la part de sympathie et d’encouragement personnel qu’elle comporte évidemment. Mais cela ne doit faire perdre de vue à personne que nous ne sommes pas là pour un personnage mais pour un programme, que ceci n’est pas seulement un évènement extraordinaire à l’intérieur d’une campagne électorale comme jamais on n’en a vu. Ceci est une manifestation politique, une insurrection citoyenne contre la monarchie présidentielle.

Nous sommes venus ici, de partout, proposer à notre peuple de mettre fin à la monarchie présidentielle et à sa collusion intime avec les puissances de l’argent qui la subjuguent et la dominent !

Toute la situation nous invite à la ferveur que nous exprimons. Si tant de gens se sont rassemblés aujourd’hui, c’est qu’ils savent. Ils savent combien l’heure est grave pour leur pays ! Entre l’extrême-droite qui voudrait la nation ethnique, et les serviteurs de l’argent-roi qui n’en finissent plus de vouloir détruire l’État et les services publics, le pays, sans nous, serait menacé de dislocation.

À partir de cette place, nous voulons proposer une issue positive que contient notre bulletin de vote. Une sortie de l’impasse où l’ont enfermé, depuis au moins dix ans, des dirigeants frivoles qui n’ont pas d’autre vision du monde que ce dogme grossier d’après lequel le marché et la finance seraient, en dernière analyse, les seuls régulateurs légitimes de la civilisation humaine. Là où nous disons : c’est la fraternité, c’est l’amour, c’est le soin des autres qui est la raison d’être de la société !

C’est au nom de ce dogme, et de leur incapacité personnelle à tenir tête à quoi que ce soit, et à faire quoi que ce soit d’autre que de céder toujours à ceux qui semblent le plus forts, c’est au nom de cela qu’ils ont perpétré la pire des forfaitures en démocratie : la trahison du vote du peuple, la négation de sa volonté, l’inversion de sa décision.

En 2005, et en 2012, contre le vote des Français, contre leur volonté clairement exprimée, Messieurs Sarkozy et Hollande, présidents successifs de la 5e République, ont donné, sans aucune légitimité, l’accord de la patrie pour une organisation de l’Union européenne qui confisque la souveraineté du peuple et le soumet à la souveraineté de l’argent.

Dans cette construction, tous les pouvoirs ont été confiés à une banque centrale totalement indépendante, dont l’unique mission est la protection de la rente.

Cette construction interdit l’harmonisation sociale et l’harmonisation fiscale entre les pays. Elle organise, de cette façon, une compétition sans fin entre les peuples et dans les nations, de sorte que, partout, sont encouragés les nationalismes les plus aveuglés et les xénophobies les plus absurdes.

L’échec de cette construction éclate sous les yeux du présent.

La profonde aspiration des peuples de toute l’Europe à la paix – régime de la bienveillance – et au progrès social – régime du soin des autres – ces sentiments sont, depuis, totalement dévoyés.

Il faut donc que TOUT soit désobéi et rediscuté !

Pour finir, c’est au peuple et à lui seul, une nouvelle fois, que sera demandé, le moment venu, par une consultation populaire référendaire, ce qu’il voudra faire à propos de ce que j’aurais négocié en son nom. Et pour le futur, quoi qu’il arrive, tous les traités qui, d’une manière ou d’une autre, visent à déléguer telle ou telle part de la souveraineté du peuple comme parfois cela est nécessaire, tous ces traités seront automatiquement soumis à l’approbation référendaire du peuple !

D’ores et déjà, la parole de la France ayant été engagée de façon inconsidérée, je dis que si vous m’élisez, JE NE SIGNERAI PAS LE CETA !

Ni l’accord de libre-échange avec le Canada – et le peuple canadien est notre ami – ni aucun traité de libre-échange avec qui que ce soit, car cela n’aboutit qu’à tout détruire. Et chaque fois qu’il faudrait aliéner nos normes sociales et nos normes environnementales, j’en fais le serment, la réponse, ce sera : Non !

Si tant de décisions destructrices ont pu être prises sans que jamais nous n’ayons eu notre mot à dire, c’est parce que la constitution de la 5e République en donnait les moyens.

Faisons la part des choses, le temps étant passé. Cette constitution avait été taillée sur mesure pour un homme exceptionnel, dans des conditions exceptionnelles, pour faire face à un contexte exceptionnel !

Ce temps est révolu mais il en reste un texte qui ne doit pas tomber dans certaines mains car il offre à la monarchie présidentielle des moyens incroyables de pouvoir absolu. L’un après l’autre, ces pouvoirs ont été utilisés. Qui pourrait oublier ici, comment, contre l’avis du peuple mobilisé, et du Parlement garrotté, a été déclenché le feu de l’article 49-3 de la constitution à six reprises : trois fois pour imposer la loi Macron, trois fois pour imposer la loi El Khomri ! C’est par ce moyen de violence incroyable, dans une grande démocratie, qu’a été renversé, de fond en comble, tout l’ordre public social de notre République !

J’en déduis que si je suis élu, il faudra, tout de suite, abroger la loi Macron, abroger la loi El Khomri.

La nouvelle constitution devrait rendre intouchable la trame fondamentale de l’ordre public social républicain. Il ordonne que soit placée au sommet de la hiérarchie des normes la loi voulue par le peuple, et que les autres accords, de branche ou d’entreprise, ne puissent qu’améliorer la loi ! On ne doit plus supporter qu’il soit possible d’édicter un code du travail par entreprise sous la menace du chômage, pas davantage qu’on imaginerait un code de la route par rue sous la dictée des chauffards !

La nouvelle constitution doit être sociale d’abord ! Elle doit permettre de répliquer aux ravages des politiques de délocalisation dont une sur deux, compte tenu de la compétition de tous contre chacun, s’opère à l’intérieur de l’Union européenne qui était sensée nous protéger.  Et contre le pillage, le saccage des entreprises, il nous faut encadrer la liberté aujourd’hui absolue qui est celle des actionnaires, qu’il s’agisse de personnes ou de fonds financiers, qui sont autant de parasites et de sangsues posés sur le corps productif. Pour cela, les travailleurs doivent recevoir des droits constitutionnels qui les rendent citoyens dans l’entreprise puisque la République qui a vaincu les monarques dans la cité les y a laissés serfs !

Il faut qu’ils aient le droit de remontrance et de défiance contre les décisions qui mettent en danger la pérennité de l’outil de production.

Il faut qu’ils aient le droit de préemption en coopérative, c’est-à-dire le droit de devenir pleinement et légitimement les propriétaires de l’outil de travail quand celui qui le possède prétend le vendre.

J’ai commencé ma démonstration du grand changement qu’il faut opérer dans l’organisation de notre démocratie par ces questions sociales. Oui, j’ai voulu balayer tout de suite l’idée que faire une constitution, ce serait au fond s’occuper de choses assez abstraites qui ne concerneraient que l’organisation des pouvoirs publics.

Non ! Écrire une constitution, c’est décrire le type de société dans laquelle on veut vivre en disant quels sont les droits que l’on se reconnaît les uns envers les autres, et les uns envers les autres avec la nature.

Notre projet est celui d’une société bienveillante et douce pour ses membres, une société pacifique et démocratique, soucieuse de la dignité de chacun et des moyens d’y pourvoir, une société qui veut vivre dans l’harmonie entre ses membres, qui ne supporte pas la misère et la pauvreté au milieu de l’opulence ! Une société qui trouve enfin le chemin de son harmonie avec l’écosystème naturel, notre patrie commune à nous tous, les êtres humains.

En convoquant une assemblée pour écrire cette constitution, nous utilisons une méthode qui, de fait, met fin au règne des hommes et des femmes providentiels, des comités d’experts de toute sorte qui, sans cesse, se substituent à l’intelligence collective que forme le peuple tout entier.

Il ne peut pas être question que, comme en 1958 cela fut fait, un comité d’amis rédige un texte qui convienne au chef et le propose ensuite au peuple comme un plébiscite personnel. Dans ces conditions, c’est une assemblée qui doit être constituante. Elle doit prendre le temps de faire son travail en écoutant ses membres et en écoutant surtout, beaucoup, le pays lui-même !

Il y a urgence ! Il y a urgence à abolir la monarchie présidentielle actuelle. Écoutez-moi, je sonne l’alerte. Mesure-t-on bien aujourd’hui les dangers que ce texte permet si son usage tombait en certaines mains d’apprentis-sorciers ?

L’article 16 de la constitution actuelle donne des pouvoirs spéciaux, absolus, au Président de la République, sans contrôle pendant trente jours.

L’article 35 donne la possibilité au gouvernement d’envoyer des troupes sans vote du Parlement pendant quatre mois.

L’article 36 permet au conseil des ministres de décréter l’état de siège pour douze jours et de transférer le pouvoir aux militaires.

[On entend des huées dans la foule]

C’est le transfert qu’on hue, c’est pas les militaires hein ! Eux ils servent et ils obéissent comme c’est leur rôle. Pour la patrie.

L’article 13 donne au Président le droit de nommer aux plus hautes fonctions civiles et militaires.

J’arrête là une liste que je pourrais allonger. Beaucoup de ces dispositions ont déjà été utilisées. Mais j’alerte : elles pourraient être de nouveau utilisées dans d’autres circonstances, et pour d’autres objectifs.

Françaises, Français, ne confiez pas – fut-ce pour une période transitoire – à des gens déterminés à en faire l’usage qu’ils vous annoncent déjà, quand ils se prosternent devant l’ethnie ou devant l’argent !

Dans l’ambiance actuelle de l’Europe, et dans l’ambiance actuelle de la France, est-il raisonnable qu’un tel pouvoir personnel soit ainsi placé hors d’atteinte ?

Les gens ici assemblés proposent à la France d’y mettre fin. Je vous propose au contraire de maintenir en toutes circonstances une capacité d’intervention directe du peuple, en sorte qu’à tout moment, et du moment qu’en seraient réunies des conditions qui seraient à fixer – comme le nombre des pétitionnaires – un référendum puisse être organisé qui autorise la fin du mandat de n’importe quel élu, du maire, du conseiller général et bien sûr, aussi, du Président de la République !

À nous qui sommes les témoins et les porte-parole de la force du peuple, voici notre maxime : quel que soit le problème, la solution est le peuple !

On observe, à juste raison, que depuis 1958, ce peuple qui était alors rural est devenu massivement urbain. On observe qu’il s’est mélangé toujours et davantage par vagues successives. Et nous sommes de ceux qui se réjouissent de la part de bonheur que tout ceci apporte dans notre vie collective.

Mais après que tant de cupidité, tant d’exaltation absurde du pouvoir de la richesse, qui ne se concentre qu’au prix de la misère des autres, bref, notre peuple a été divisé, notre peuple a été éparpillé, notre peuple a été éclaté par ses statuts précaires, ses aller-retour entre un chômage de masse et une activité provisoire. Et tout cela a marqué les esprits, tout cela nous a fait maintes fois perdre de vue ce qui, pourtant, nous était commun.

Écrire une constitution ensemble, c’est d’abord décréter que nous sommes, qui que nous soyons, égaux en droits, et que c’est ensemble que nous nous reconnaissons mutuellement des droits. De la sorte, en écrivant la constitution, c’est le peuple lui-même qui se refonde et s’amalgame en un tout pour redevenir la République une et indivisible !

Pour qu’il en soit ainsi, et pour que nous décidions, chacun avec son point de vue, avec son histoire, et sa propre trajectoire, pour que chacun puisse apporter librement sa contribution à la réflexion collective, il faut, par-dessus tout, protéger la liberté absolue de conscience des êtres humains que nous sommes !

Bien sûr, c’est l’affaire de la laïcité. L’État et les églises doivent être rigoureusement séparées. Il n’y a besoin pour cela… il n’y a besoin pour cela que d’appliquer la loi. Sans excès d’impatience. Sans mélanger ce qui tient de la loi et ce qui tient des convictions personnelles. Mais avec la tranquille assurance de ceux qui savent qu’en toutes hypothèses, chacun d’entre nous serait en première ligne si la liberté d’un seul d’entre nous était mise en cause, quel qu’en soit le contenu.

Au fond, il faut que la loi s’applique. Et il faut pour cela, d’abord, et avant maints bavardages, qu’elle s’applique partout, à tout le monde. Et dans les mêmes conditions ! En particulier, tous les territoires de la République doivent bénéficier de la bienfaisante laïcité de l’État. C’est pourquoi tous les régimes concordataires, ceux d’Alsace-Moselle, ceux de Guyane, et ceux de tous les autres territoires concernés, seront tous abrogés.

Entrer encore davantage dans les devoirs que nous fixe la liberté… La liberté de conscience a un pendant évident, une liberté humaine fondamentale, celle de disposer entièrement et absolument de soi. Il est donc temps… il est donc temps d’inscrire dans la constitution le droit à l’avortement car le corps de chaque femme… car le corps de chaque femme lui appartient absolument et exclusivement ! Cette liberté doit être inscrite dans la constitution pour ne plus jamais être soumise à des soubresauts électoraux comme ceux qu’on a pu observer en maints pays, en Pologne ou aux États-Unis avec les résultats que l’on sait !

Notre pays n’est pas protégé contre de telles infamies. Il s’agit d’un droit inaliénable, et la constitution doit le proclamer solennellement.

C’est dans le même état d’esprit et avec, au cœur et dans la conscience, d’abord l’idée de ce qu’est la dignité humaine à laquelle chacun d’entre nous aspire du plus profond de son être, c’est en pensant à cela que je défends personnellement – la Constituante en disposera – que l’on inscrive, dans la loi fondamentale, le droit au suicide assisté.

Et quand vient le moment de se mesurer… quand vient le moment de se mesurer à ce contre quoi on ne peut plus rien, sinon d’opposer sa liberté de décider d’éteindre la lumière, alors il faut la main secourable qui vous y aide. Ultime liberté qui donne son sens à une vie vraiment humaine.

Ces droits individuels sont nouveaux, bien sûr, comme le sont les circonstances et les moyens qui ont permis qu’ils émergent. On ne pouvait pas bien sûr plaider pour la liberté et la neutralité du net avant qu’il existe ! Mais puisqu’il existe, alors c’est une liberté fondamentale et il faut la garantir !

L’œuvre constituante doit répondre aux défis de son temps et d’abord à celui qui est lancé à toute la communauté humaine, et qui met en cause la pérennité de la civilisation elle-même.

Pour l’heure, le plus grand de tous les défis, et la plus grande responsabilité avant toute chose pour une grande nation techniquement avancée comme la nôtre, c’est que le changement climatique est commencé et qu’il faut savoir si on y répond chacun pour soi ou tous ensemble.

Certes, nous n’avons pas besoin de changer la constitution pour mettre en place la planification écologique, passer au 100% d’énergies renouvelables, sortir du nucléaire, et rompre avec l’abominable agriculture chimique qui, aujourd’hui, empoisonne et malforme les générations qui viennent.

Mais si on n’en a pas besoin pour tout cela parce que la loi y pourvoira, nous avons cependant le devoir de nous fixer une règle générale impérative qui nous oblige à changer nos manières de produire, et d’échanger, et de consommer ! Cette règle, c’est la règle verte ! Elle vaut bien mieux, et plus utilement que leur prétendue règle d’or qui est la seule vertu qu’ils honorent ! On se guérit d’un mal d’argent, on ne se guérirait pas de la destruction de notre monde !

La règle verte, c’est ne plus prendre à la nature davantage que ce qu’elle peut reconstituer. Ce défi technique et scientifique est la clé du nouvel humanisme dont nous portons les couleurs. Nous devons décider d’avancer, une fois pour toutes, le plus loin possible dans la compréhension de ce qui compte aujourd’hui comme jamais on ne s’en était rendu compte dans le passé.

Nous devons décider qu’il existe des biens communs inaliénables ; que l’air et l’eau sont ces biens communs, comme le savoir, les arts et la culture qui améliorent ce qu’il y a d’humain en nous.

Mais ces biens communs – l’air, l’eau – ils doivent être la propriété collective de la nation. C’est à elle qu’il revient d’en assurer la protection et d’en faire payer la réparation à ceux qui les détruisent !

Allez ! Avançons encore plus avant !

Au total, c’est un état d’esprit nouveau qu’il faut construire. Nous devons admettre pour de bon que la biosphère est un tout qui doit être respecté comme tel. Nous devons donc admettre et inscrire dans notre constitution que nous interdisons le brevetage du vivant. Et sans doute faudra-t-il aussi, proclamer comme une règle pour toujours, comme une preuve de notre amélioration collective, la règle que les animaux ne sont pas des choses et que la preuve de notre humanité consciente se constate quand nous décidons de faire respecter ce principe.

Je ne peux quitter cette place et finir ce que j’ai à dire sans vous demander de la regarder. La Marianne de bronze qui est là tient au bout de ses doigts un rameau d’olivier. Pensez-y ! Pensez-y FORT ! C’est le symbole de la paix !

Vous tous ici, et vous qui nous écoutez, à cet instant, entendez quel est notre devoir commun : la paix est un bien précieux qu’il faut chérir et protéger.

En Europe et dans le monde, les guerres s’étendent, les armes s’amoncellent, les tensions de domination s’exaspèrent sur toutes les mers, sur tous les continents. Des dirigeants belliqueux se font face, en Europe aussi !

Nous, en France, nous avons un rôle utile et décisif à jouer pour construire et organiser la paix dorénavant menacée. Nous ne devons pas accepter que, selon la formule calamiteuse de l’actuel Président de la République, l’Europe se relance par la défense ! Car l’Europe de la défense, c‘est l’Europe de la guerre !

L’Europe de la défense ? Mais contre qui ? Mais avec qui ? Pour quoi faire ?

Nous connaissons trop bien les engrenages qui, d’un mot après l’autre, entraînent jusqu’à des points où plus personne ne contrôle rien ! Notre Histoire en est entièrement remplie et nos peuples en ont été suffisamment martyrisés pour que nous soyons devenus vigilants !

La France doit être une puissance IN-DÉ-PEN-DAN-TE politiquement et militairement. Elle doit refuser d’être entraînée par des systèmes d’alliance automatique dans des conflits qui pourraient surgir ici ou là et dont, au fond, elle n’aurait rien à connaître d’autre que de tenter de les empêcher !

Nous voulons la paix et donc nous sortirons de l’OTAN si cette responsabilité nous est confiée.

La France, à notre initiative, tendra la main à tous les peuples qui refuseront de s’aligner derrière l’un ou l’autre des empires qui dominent aujourd’hui le monde.

La France construira une alliance non-alignée, PACIFIQUE, œuvrant à la paix en toutes circonstances.

Mais si tel doit être le chemin que nous prenons, alors, bien sûr, il faut commencer par retirer de la constitution cette disposition, dangereuse et absurde, qui permet à un homme seul de décider d’une guerre.

Il le faut pour que la France sorte de l’escalade belliqueuse dans laquelle elle est entraînée depuis dix ans, et où ses armes ont été engagées d’une façon bien dangereuse et bien hasardeuse, sans qu’on ne sache jamais comment ce qui a été commencé pourrait se finir bien, pour la raison qu’on en avait aucune espèce d’idée en commençant !

Notre marche prouve que nous sommes capables de diriger le pays. Nous sommes capables de faire de notre pays le point d’appui pour les grands défis que l’humanité universelle doit relever.

Pour la part qu’il m’en reviendrait, j’y suis préparé.

Notre marche aujourd’hui, notre volonté de construire une nouvelle France en construisant sa 6e République, est en continuité avec cette pensée fondamentale exprimée par le grand Jaurès :

« La démocratie politique se résume en une idée centrale, ou encore une idée unique : la souveraineté politique du peuple. Dans le passé, il a fallu, souvent, que la France traverse de grandes épreuves pour se montrer, ensuite, capable de se ressaisir. C’est souvent par le tumulte et le fracas que tout s’est brisé et que tout fut, ensuite, à reconstruire. »

Nous lui proposons, cette fois-ci, un grand et profond changement radical acquis tranquillement, pacifiquement, démocratiquement, par la délibération collective d’une assemblée composée de membres élus ou bien tirés au sort parmi les Français.

Ô toi, mon peuple, il faut que tu changes tout si tu ne veux pas que tout change contre toi !

Il faut faire cette révolution citoyenne si vous ne voulez pas subir un coup d’État ethnique ou un coup d’État financier, ou les deux à la fois !

C’est donc à lui, à VOUS, d’opérer la séparation radicale de l’État, de la démocratie, de nos devoirs d’humanité d’une part, d’avec l’argent d’autre part.

Les gens, les gens, écoutez, c’est maintenant qu’il faut montrer ce que vaut le peuple souverain. Il faut que les bulletins de vote donnent le coup de balai, qu’ils les fassent tous, sans exception, dégager !

Il y a un nouveau mot d’ordre qui est né après « Résistance », c’est « Dégagez ! »

Dégagez pour que soient abolis les privilèges de la finance, ceux de la caste insolente qui occupe tous les pouvoirs et se les répartit, ceux de la monarchie présidentielle et de toutes les suites dorées du capital !

Voyez grand, peuple français, voyez grand pour votre patrie.

Vous ne le ferez jamais si bien qu’en lisant les poètes qui ont chanté la France et qui vous aident, vous autres, nous autres en particulier.

J’achève mon propos, moi aussi, avec Victor Hugo. Je vous offre ce texte comme un message personnel, pour toujours, et comme signal de la gratitude que j’éprouve à cet instant, comme à tant d’autres auparavant, pour l’honneur que vous m’avez fait de me désigner comme votre porte-parole.

Qu’à travers moi, chaque petite Française, chaque petit Français, surtout s’il vient de loin, sache qu’il n’est plus grand cœur que celui de ce pays, qu’il n’est pas vrai qu’il se soit voué à la haine, et qu’il est toujours disponible pour la main tendue, le secours, la protection mutuelle, la joie, le bonheur d’être ensemble.

Allez, parle Victor Hugo :

« Aujourd’hui, pour toute la Terre, la France s’appelle révolution. Et, désormais, ce mot – révolution – sera celui de la civilisation jusqu’à ce qu’il soit remplacé par le mot « harmonie ».

Harmonie comme ce « phi » que nous avons choisi pour symboliser qui nous sommes à cette heure dans l’Histoire.

Phi

Oui, dit Victor Hugo, « tous, tant que nous sommes, grands et petits, puissants et méconnus, illustres ou obscurs, dans toutes nos œuvres, bonnes ou mauvaises, quelles qu’elles soient – poèmes, drames, romans, histoire, philosophie –, à la tribune des assemblées comme devant les foules du théâtre, comme dans le recueillement des solitudes, oui pour tout, oui toujours, oui pour combattre les violences, les impostures, oui pour réhabiliter les lapidés et les accablés, oui pour conclure logiquement et marcher droit, oui pour consoler, oui pour secourir, oui pour relever, pour encourager, pour enseigner, oui pour panser en attendant qu’on guérisse, oui pour transformer la charité en fraternité, l’aumône en assistance, la fainéantise en travail, l’oisiveté en utilité, l’iniquité en justice, la populace en peuple, la canaille en nation, les nations en humanité, la guerre en amour, le préjugé en examen, les frontières en soudures, les limites en ouvertures, les ornières en rails, les sacristies en temples, l’instinct du mal en volonté de bien, la vie en droits, les rois en hommes. Oui pour ôter des religions l’enfer, et des sociétés le bagne. Oui pour être frères du misérable, du serf, du fellah, du prolétaire, du déshérité, de l’exploité, du trahi, du vaincu, de l’enchaîné, du sacrifié, du forçat, de l’ignorant, du sauvage, de l’esclave, du nègre, du condamné et du damné, oui nous sommes tes fils, République ! »

[Sont alors chantés deux couplets de la Marseillaise. Puis Jean-Luc Mélenchon reprend la parole]

On a dit parfois qu’au motif que je me présente devant tous, j’aurais oublié d’où je viens et qui je suis, et quelle est ma patrie dans le temps. Alors, ce jour anniversaire de la Commune de Paris, c’est à nous maintenant, pour ceux qui la connaissent, d’entonner, à la mémoire des nôtres, ce chant pour la liberté : l’Internationale !

[On entend alors l’Internationale a capella puis Jean-Luc Mélenchon reprend la parole]

Que chacun d’entre nous fasse ce qu’il a à faire. Pour ma part, je prendrai, de tout mon cœur et de toutes mes forces, la part de tâche qui m’est dévolue. Et je compte bien que chacun d’entre vous en fasse autant.

VIVE LA RÉPUBLIQUE !

VIVE LA FRANCE !

18 mars 2017

130 000 personnes pour la 6e Rép' le 18 mars 2017 place de la Rép' - vue d'en haut

Photo ci-dessus de Nicolas Taffoureau

130 000 personnes pour la 6e Rép' le 18 mars 2017 place de la Rép'

 

130 000 personne pour la 6e Rép' le 18 mars 2017 place de la Rép' - c'est une insurrection citoyenne contre la monarchie présidentielle

 

Les plus grands discours (selon moi) de Jean-Luc Mélenchon

Parmi les centaines de discours délivrés depuis des années par Jean-Luc Mélenchon, il y a ceux qui nous font vibrer au moment où ils sont prononcés mais que le temps passant finit par effacer, et puis il y a ceux qui marqueront l’Histoire.
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Dans cette seconde catégorie, je classe entre autres (liste évidemment non exhaustive et sans doute subjective ) :

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celui de la Bastille le 18 mars 2012 sur l’indispensable changement de régime politique et institutionnel avec l’avènement d’une 6e République sociale et authentiquement démocratique ;

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celui du Prado à Marseille le 14 avril 2012 axé sur l’ouverture nécessaire de la France envers le Sud et les peuples de la Méditerranée ;

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celui de la Porte de Versailles du 19 avril 2012 en clôture de la campagne électorale pour l’élection présidentielle (dans lequel Jean-Luc Mélenchon prononce son serment : « (…)Sur mon honneur, jamais je ne me dédierai du drapeau que vous m’avez confié, du message que vous m’avez demandé de porter, de la grande et noble cause que nous avons fait vivre ensemble. Ni à vendre, ni à acheter, ni à domestiquer. Avec mes camarades, nous serons ET POUR TOUJOURS, la force AUTONOME, INDÉPENDANTE, EXIGEANTE, QUI NE SE MARCHANDE PAS, qui ne tripote rien sur les coins de bistrot, qui ne s’arrangera avec PERSONNE D’AUTRE QU’AVEC LE PEUPLE LUI-MÊME ET AVEC SON PROPRE PROGRAMME ! ») ;

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celui du 21 septembre 2012 au Panthéon en l’honneur du 220e anniversaire de la fondation de la République française ;

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celui du 11 novembre 2013 sur la guerre et la paix à Barbaste en Lot-et-Garonne ;

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– celui du 29 août 2015 en clôture du Remue-méninges du Parti de Gauche axé sur la géopolitique, la paix, la souveraineté et l’indépendantisme français ;

celui du 9 décembre 2015 aux Invalides à Paris sur le nouvel indépendantisme français ;

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celui du 17 décembre 2016 au Lamentin (Martinique) axé sur la géopolitique, la paix et l’outre-mer ;

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celui de Florange le 18 janvier 2017 axé sur la question de l’industrie et du monde ouvrier ;

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celui de Champagney le 4 février 2017 sur la fin de l’esclavage ;

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celui du 5 février 2017 à Lyon et à Paris (en hologramme) sur les quatre nouvelles frontières de l’humanité : la mer, le virtuel, l’espace et le savoir ;

Discours de Jean-Luc Mélenchon en clôture du Remue-Méninges édition 2014 du Parti de Gauche

Discours de Jean-Luc Mélenchon en clôture du Remue-méninges du Parti de Gauche

Le 24 août 2014. Campus de Saint-Martin d’Hères (Grenoble)

JLM au RM 2014 par Thierry Montchartre

Photo prise par Thierry Monchatre au Remue-Méninges 2014. Merci à lui pour ce très beau cliché.

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Discours de Jean-Luc Mélenchon en clôture du Remue-méninges du Parti de Gauche

Le 24 août 2014. Campus de Saint-Martin d’Hères (Grenoble)

Retranscription faite par Vincent Christophe LE ROUX (PG 44, Comité de St-Nazaire)

Mon cœur se tourne vers ceux des nôtres qui sont absents et, en particulier, Bruno Leprince, notre éditeur, notre ami et camarade qui, en venant ici, a perdu la vie.

L’esprit est toujours le plus fort. Et l’esprit se transmet. Et sa vision, qui porte loin, illumine les cœurs et les esprits en sorte que jamais, jamais, le fil que nous portons ne sera rompu dans l’Histoire. Et, en tout cas, par moi moins que par n’importe quel autre.

Non, je ne pars pas en retraite ! Je suis un être humain doté d’un cerveau sous ses cheveux. Et, avec ce cerveau, j’ai assez appris de la vie pour savoir que, parfois, à l’issue de la mêlée, il faut savoir prendre du recul.

J’ai pris du recul, quelle nouvelle ! Et on m’a déclaré en retraire et dépressif. Je ne le suis pas. Je n’en dirai rien car après tout, il y a déjà longtemps que j’ai pu mesurer à quel point l’industrie de l’information et [celle] du spectacle avaient fusionné profondément. Néanmoins je me permets, un peu ironiquement, de dire que j’ai été fort surpris de découvrir tant de pages consacrées à mon « blues » et à mes « états d’âme » alors que d’habitude je n’ai droit à rien quant à mes idées. Si l’on voulait se préoccuper davantage de mes idées et moins de ma personne, comme je serais content et comme vous-mêmes vous le seriez !

Et, enfin, [applaudissements] je ne peux m’empêcher de m’amuser d’apprendre, de l’aveu du rédacteur en chef du site internet du site d’Hexagones – auquel j’avais donné une interview d’une heure ; qui en avait tiré une bande-son et une bande écrite – que ceux qui ont commenté mes états d’âme… – vous savez que l’avantage du net est que l’on sait exactement qui a consulté et qui n’a pas consulté l’interview – n’est-il pas frappant que ceux qui m’ont commenté ne m’aient ni écouté, ni lu ?

Eh bien vous découvrez là une autre forme de pratique de l’information qui ne consiste pas à donner à connaître, mais à inventer. Pourquoi pas ! Moi, j’ai toujours été ami de la poésie ! [rires dans le public] Mais je voudrais qu’on aille à d’autres qu’à moi pour cet exercice. D’autant que je crois que nos idées – je ne veux pas dire impunément « mes » idées, ce sont les nôtres ! – ont fait leur chemin. Et le constat politique que nous avions fait, l’indication – oserais-je dire l’injonction – que nous faisions s’est trouvée entièrement vérifiée par les faits.

Les politiques d’austérité, que les scrogneugneu de toute l’Europe nous vendent comme un courage – qu’ils s’appliquent d’ailleurs rarement à eux-mêmes ! – sont en fait une obstination aveuglée dont le seul but est que les comptes des grands établissements bancaires du vieux continent restent en ordre et en équilibre. Et le reste, l’immense souffrance humaine qui s’accumule, les indiffère.

Je suis obligé de souligner que nous avons eu raison quand nous avons dit que ce n’est pas une politique que de faire des coupes budgétaires ; qu’en réduisant la présence de l’État dans la société, en désorganisant les administrations publiques par des coupes sauvages, en réduisant sans cesse la masse de liquidités mises en circulation par la consommation populaire, en réduisant les investissements qui résultent de l’incapacité qu’ont les collectivités locales à intervenir – puisque leurs budgets sont en régression – on ne fait rien d’autre que de creuser le déficit puisqu’on ralentit l’activité et, donc, on diminue la ressource fiscale, on augmente le chômage donc on diminue tout ce que le travail de chacun peut apporter de richesse à tous.

Eh bien, c’est ce pronostic – hélas, hélas, mille fois hélas – qui s’est vérifié. Et c’est cela qui, maintenant, conduit à cette situation inouïe – que je vais décrire dans un instant – qui est le paysage politique auquel vous êtes confrontés vous autres, citoyens dignes et humbles, qui vous donnez le mal de penser l’avenir de votre pays et voyez ces gesticulations sans signification qui se déroulent sur le devant de la scène politique.

Mais le peuple a été consulté. La société française a été assommée, mise à contribution d’une manière inouïe, comme jamais elle ne l’avait été. Un plan d’austérité qui, au total, transvase 90 milliards de l’économie réelle, des biens des Français, vers la petite caste, prétentieuse et arrogante, qui prétend savoir, mieux que tout le monde, comment l’économie de la patrie peut se développer et qui, au bout du compte, à peine six mois après qu’aient commencé les versements de l’État vers leurs poches, n’ont montré qu’une chose : l’investissement dans notre pays a reculé ; c’est-à-dire la projection vers le futur, les machines à changer… Rien n’a été fait ! Mais, cependant, ils ont augmenté la part qu’ils se sont versée, par les profits et la part de dividendes, de 30%. Quelle impudence scandaleuse ! Il faut qu’il y en ait qui portent haut et fort cette parole.

Regardez, Français, pendant que vous souffrez, pendant que vous vous acharnez au travail, regardez ! Eux se gavent, vous méprisent, vous ignorent. Et alors que vous avez fait un geste si puissant dans la direction de ceux dont on vous avait dit que votre avenir était dans leurs mains, eux ont saisi ce que vous avez donné pour le mettre dans leurs poches ! C’est une honte ! [applaudissements]

Le peuple a parlé. Deux élections ont eu lieu. Le peuple a parlé. Eh bien moi, je ne suis pas un homme politique comme les autres. Et vous n’êtes pas des citoyens comme les autres. Lorsqu’un tel désastre s’avance, je ne passe pas ma soirée à faire des commentaires sur la victoire que je serais sensé avoir remportée. Je pourrais, comme un petit boutiquier, avoir dit, le soir des élections municipales : « je suis heureux parce qu’à Grenoble, nous avons fait la démonstration que notre ligne était la bonne. » J’aurais pu dire, le soir des élections européennes : « Oui, j’ai eu un meilleur score, dans ma circonscription, que la fois d’avant. Oui, nous sommes la seule force de gauche qui n’a pas reculé en voix au milieu de toutes les autres. » Mais c’eut été indigne de penser le futur de cette façon. À partir de sa boutique, sa popote, son petit supermarché politique où l’on range les rayons d’une manière ou d’une autre pour les rendre plus affriolants aux consommateurs. Non, il fallait montrer ce que nous ressentions ! La peine, le chagrin, de voir la France, notre bien aimée, montrée de cette façon et présenter ce visage au monde.

60% d’abstention ! C’est-à-dire le peuple qui, massivement, fait une insurrection froide et, revenant peut-être à ce qui s’est passé, en l’an 400 avant notre ère, lorsque le peuple décide de ne plus participer à rien et se retire sur l’Aventin jusqu’à ce que les patriciens cèdent et finissent par lui reconnaître ce qui est le plus important, le pouvoir et, en particulier, le droit de veto sur les décisions que les puissants prenaient.

60% d’abstention ! Alors que sur tous les tons, des medias, parfois fort complaisants, avaient mis en scène la poussée de l’extrême droite, l’avaient annoncée et, pour ainsi dire encouragée, et même cajolée, le peuple français s’est dit : « puisque c’est comme ça, nous ne nous en mêlons pas. Débrouillez-vous ! » Si bien que le peuple, se mettant en grève civique, a laissé l’extrême droite s’installer en tête de la représentation politique de notre pays. Et devant un évènement d’une portée pareille, aucun faux semblant n’est acceptable. Il faut d’abord montrer, avec autant d’énergie qu’on le peut, qu’aucun d’entre nous n’acceptera que continue ce jeu glauque, pervers et dangereux pour la République, qui consiste à encourager l’extrême droite, à faciliter sa percée en rêvant d’un deuxième tour aux élections présidentielles où qui que ce soit qui se trouverait en face serait élu automatiquement, sans avoir besoin de rien dire ni de rien faire. Y’en a par-dessus la tête du vote utile et du chantage qui nous prend pour des animaux alors que nous sommes équipés d’un cerveau ! [applaudissements]

La leçon, il faut l’entendre ! On me dit : « Ah, vous autres, du Parti de Gauche, vous devez enfin comprendre qu’il faut rassembler la Gauche. » Je vais vous dire que si nous suivions ce conseil, nous aggraverions le mal. Pourquoi ?

Nous n’avons aucune intention de nous rassembler avec Manuel Valls et Monsieur Hollande ! [applaudissements] Ni aujourd’hui, ni demain ! [les applaudissements continuent] Ce n’est pas leur personne qui est en cause, c’est leur politique. Leur politique a déjà conduit à un désastre civique. Ce qui s’est passé aux élections européennes est d’une gravité exceptionnelle dont l’entière responsabilité revient au Président de la République et à Manuel Valls. Non seulement pour avoir mis en place cette politique qui ne mène nulle part, sinon à la souffrance, à la destruction des grandes et des petites choses, des petites choses qui font le bonheur de tous les jours : la possibilité de prévoir qu’on part en vacances et puis devoir constater qu’on ne peut pas partir en vacances ; prévoir l’année qui vient et, soudain, se voir fauché dans ses projets parce que le chômage est là.

Il l’est comme jamais ! Cinq millions de chômeurs ! Puisque vous savez qu’ils retirent ses statistiques ceux qui ont travaillé 72 heures dans un mois. Savez-vous, Mesdames, Messieurs les puissants ce que rapportent 72 heures au SMIC ? Croyez-vous que l’on puisse vivre de cela ? Croyez-vous que l’on puisse organisez sa vie de famille, élever ses enfants dans la dignité avec de tels moyens ? Eh bien, pourtant, des millions de nos compatriotes, aujourd’hui, s’efforcent de le faire avec si peu de moyens. Mais eux sont indifférents à tout cela. Si bien qu’ils ne peuvent rien comprendre à la colère du grand nombre. Non seulement cette politique irresponsable nous mène dans le mur mais cette manière inouïe de vous regarder dans les yeux pour vous dire : « eh bien dorénavant, ce sera comme auparavant ! » Et voilà pourquoi, quoi que vous votiez, ils s’en fichent !

Quel est le régime absurde qui rend possible une telle attitude, que même les monarques n’avaient pas sous l‘Ancien régime ? Et quand ils l’avaient, il leur en cuisait ! Eh bien, il va leur en cuire, c’est le souhait que je fais.

Mais les critiques que j’ai adressées, en votre nom, si souvent ont valu qu’on me jette tant de pierres, ou que l’on dénonce mon ton excessif, mes manières trop brutales, car, dans ce monde-là, voyez-vous, on doit parler à mi-voix, sans bouger trop les traits. Il ne faut pas être trop méditerranéen dans leur monde !

Et maintenant, voilà que la critique vient de l’intérieur, si bien que nous avons le paysage suivant. Le Président de la République s’est engagé sur un programme et il nous dit ouvertement qu’il n’en tiendra pas une ligne. Vous le sanctionnez, il vous dit qu’il a très bien reçu le message, la preuve, il va continuer ! [rires et applaudissements mêlés]. Et il en choisit un pire que l’autre ! Après quoi vous dîtes : « eh bien si c’est comme ça, nous nous en allons. » La majorité gouvernementale a explosé ; les Verts ont quitté le gouvernement ; quarante députés n’ont pas voté la confiance au Premier Ministre ; toute une série d’entre eux n’ont pas voté le budget. Et ainsi va la France, quarante députés nous refusent la confiance mais il ne se passe rien. Et ce sont des députés de la majorité. La moitié de la coalition fiche le camp et que se passe-t-il ? Rien ! Le chômage explose, que va-t-il faire ? Rien non plus ! C’est-à-dire la même chose qu’avant ! Il a donc divisé la Gauche, divisé sa majorité et voilà maintenant qu’il aura réussi à diviser son gouvernement !

Mme Duflot a-t-elle dit autre chose de l’intérieur que ce que nous disions de l’extérieur ? Mais c’est ici même, à Grenoble, voilà tantôt deux ans, que vous avez crié tous, en cadence, « pas de muselière et nous en sommes fiers ! »[1] Eh bien Madame Duflot a retiré sa muselière. Nous la félicitons ! [applaudissements]

Je ne voudrais surtout pas qu’on dise que je suis revenu à mes excès de langage puisque, paraît-il, dire la vérité est excessif. Je vais me contenter de dire, à propos de François Hollande, juste ce que disent ses amis ministres, actuels ou anciens. Voici ce que dit Cécile Duflot : « Il n’a su être le Président de personne. » En effet, on n’en est pas loin ! « Ce n’est pas une question de tempérament, c’est la conséquence d’une succession de choix souvent inattendus et, parfois » – elle est aimable – « incohérents entre eux ». Elle ajoute que « le récit de la lutte sans fin contre la dette est un discours d’affichage non suivi d’effet » – en effet, si vous réduisez la dépense publique et que vous coupez, forcément la dette augmente – « on devait tenir le 3% de déficits, on ne l’a pas fait et François Hollande passe son temps à fixer des objectifs qu’il ne peut pas tenir ». « L’effet » dit-elle – elle, pas nous qui sommes plus modérés – « est dévastateur ! » [rires dans le public]

Là-dessus, voici maintenant deux ministres, et non des moindres, qui vont se réunir cet après-midi pour tailler en pièces la politique du gouvernement auquel ils participent [rires dans le public], notamment le ministre de l’économie qui a dit : « Aujourd’hui, la réduction à marche forcée des déficits est une aberration économique. » Vous voyez ? Ce n’est pas moi qui parle, ce serait excessif ! Là, c’est modéré. [rires dans le public] « Car elle aggrave le chômage [applaudissements] ; une absurdité financière, une absurdité financière car elle rend impossible le rétablissement des comptes publics et un sinistre politique car elle jette les Européens dans les bras des partis extrémistes. » Par conséquent, il accuse la politique du Premier ministre du gouvernement dont il est membre d’aggraver le chômage, d’être une absurdité financière, de rendre impossible le redressement des comptes publics, de jeter les Français dans les bras des extrémistes et il qualifie la politique du Président de la République de sinistre politique. Mais qu’est-ce que vous voulez que j’ajoute à ça moi ? [rires dans le public]

Et même, triomphe total que je savoure avec gourmandise, le quotidien du Parti Socialiste, Libération, et son hebdomadaire, Le Nouvel Observateur, qui, après m’avoir couvert d’opprobre, se convertit enfin à son métier, c’est-à-dire observer les faits et en rendre compte, si bien que voici Monsieur Joffrin qui est le pape du socialisme modéré et l’organisateur du bal, voilà ce qu’il dit cet homme : « Une saine colère populaire sanctionnera un jour la politique aberrante » [Mélenchon : aaaah ! ] « imposée depuis bientôt sept ans » [Mélenchon : mais que ne l’avez-vous dit plus tôt ?] « par la classe dirigeante européenne. Sept ans d’austérité, sept ans de malheur ! ». Et attention, maintenant c’est du pur mélenchonisme, c’est dire la violence de la conversion ! [rires dans le public]. Moi, je ne parle plus comme ça, je trouve ça trop… vous allez voir ! Il dit, Laurent Joffrin, « par dogmatisme, par avidité, l’oligarchie continentale a passé outre, jugeant que les intérêts de la finance, c’est-à-dire les siens, devaient l’emporter sur ceux du peuple. » [applaudissements]

Alors vous voyez qu’il n’est pas vrai que le Parti de Gauche est hostile aux journalistes, nous les acclamons ! [rires et applaudissements mêlés]

Ah mes amis, vous voyez ? Pourquoi j’ai commencé par dire à quel point nous avons besoin d’éducation, d’élever le niveau de confiance et d’abord le nôtre même ! Il faut avoir les nerfs, la patience mais jamais renoncer au travail intellectuel qui nous permet de voir juste dans la confusion des faits car l’heure vient toujours où la lumière est plus forte que l’ombre, où l’idée avance, passant d’un cerveau à l’autre, jusqu’au plus réticent, comme vous le voyez ! [rires dans le public] pour ne rien dire de ceux qui, n’ayant jamais eu de cerveau, n’ont pas changé d’avis ! [rires et applaudissements mêlés].

Je le dis parce que tel n’est pas notre cas. On me dit « Rassembler la Gauche », j’ai répondu « Je ne crois pas que ce soit la bonne idée ». Alors que faut-il faire ? Car si nous ne faisons rien, si nous nous contentons de faire notre petite soupe et que nous allons d’un colloque à l’autre parmi ceux qui pensent un peu comme nous, qui ne votent pas comme nous dans les assemblées mais quand même, et celui-ci et celle-là, si sympathique – c’est vrai ! – que faisons-nous ? Rien ! Absolument rien. Nous étalons le spectacle de l’impuissance et de l’incapacité à penser le futur. Nous étalons le spectacle de gens qui ne sont bons qu’à parler. La question ce n’est pas de parler, c’est d’agir ! Et si on parle, il faut que la parole soit une action. Et c’est ce que j’essaie de faire en ce moment en m’adressant à vous et à ceux qui nous écoutent.

Mon discours n’est pas celui d’un homme qui se met à la retraite ni qui est déprimé. C’est un appel au combat ! Peuple français, il faut te mêler de cette affaire ! Il faut te mêler de cette affaire ! Car sinon, que va-t-il se passer ? Alors évidemment parmi vous, il y a tant de naïfs ! Comme je m’inquiète ! Il pourrait se passer quelque chose de surprenant ! Que François Hollande tienne une de ses promesses ! [rires dans le public] Évènement qui serait d’une portée considérable ! Ou ou ou ou qu’il respecte sa propre pensée ! Je ne veux pas lui suggérer mais juste lui rappeler qu’en 2006, dans son livre « Devoir de vérité »… « Devoir de vérité »… écrit avec Edwy Plenel, voici ce qu’il disait : « Je préconise un exercice de vérification démocratique au milieu de la législature. [dans le public on entend des applaudissements mais aussi des « hein hein » ou des « excellent ! »] Si, d’aventure, à l’occasion de cette vérification, une crise profonde se produisait où des élections interviendraient contredisant l’élection présidentielle, nous en tirerions toutes les conséquences en quittant la présidence. » [applaudissements nourris dans le public].

Bon, compte tenu de ce que nous savons, il est vraisemblable que l’on va titrer partout que j’appelle à la démission de François Hollande. Mais vous, qui êtes plus subtils, vous avez entendu que je vous ai rappelé que FRANÇOIS HOLLANDE envisageait la démission du titulaire de la fonction, pas moi !

Mais, allons au bout de cette affaire. Si nous disions que notre projet est de rassembler la Gauche, ce serait une formule creuse qui ferait plaisir à cette génération qui a connu les efforts pour la rassembler, mais c’était sur une ligne de rupture. Et ce n’est pas moi qui vais vous dire qu’il ne faut rassembler personne. Enfin quand même ! Nous en avons rassemblé quatre millions dans une élection et puis surtout nous avons rassemblé la plus grande partie de l’autre Gauche, je dis « la plus grande partie » dans le respect de ceux qui n‘ont pas voulu mais qui voudront peut-être la prochaine fois se joindre à nos efforts. Par conséquent, ce n’est pas nous qui allons défaire le Front de Gauche. Mes ami-e-s, c’est nous qui l’avons créé ! C’est notre œuvre ! Je vous rappelle qu’il a fallu du temps pour que l’idée du Front de Gauche avance assez pour être acceptée. Mais ce n’était pas le cas au début. Je vous rappelle qu’on faisait semblant. Vous le savez bien vous autres. Le Front de Gauche, c’est une réalité, c’est un point d’appui. Pour des milliers de gens, c’est l’unique bien commun qu’ils ont, ils n’appartiennent à aucun parti. Ils ne sont ni au Parti Communiste ni au Parti de Gauche. Ils ne sont dans aucun parti. Pour eux, le seul repère, c’est le Front de Gauche ! Ils se disent Front de Gauche. Ils vont voter Front de Gauche. Ils ont des drapeaux Front de Gauche. C’est leur espoir. On ne va pas aller leur dire « tout cela est fini ». Non ! Il y a une discussion. Il faut être grand garçon, grande fille. Il faut accepter qu’il y ait des discussions. Il ne faut pas faire que chaque fois qu’on a une discussion sérieuse, on dise « c’est une bisbille », « c’est une querelle de chefs », mais chef de quoi ? Ou c’est une lutte pour les places. Quelles places ? Jusqu’à la victoire, il n’y aura que des coups à prendre ! Je préviens tout le monde. Par conséquent ceux qui se seraient trompés et seraient venus pour des places se sont trompés de porte. Y’a que des coups à prendre ! C’est la lutte ! Y’a pas de lutte de places. A plus forte raison dans notre petit parti. Ce n’est pas ça le sujet ! Respectez la dignité d’un débat politique. Nous sommes dans une situation dangereuse. Il est important de discuter avec sérieux, jusqu’au bout, des questions de la stratégie. Nous avons eu cette discussion aux élections municipales. Ce n’est pas se complaire dans la dispute mais essayer d’en tirer l’enseignement.

Mes ami-e-s, le problème qui nous est posé N’EST PAS de rassembler la Gauche, c’est de fédérer le peuple ! [applaudissements] car le peuple, à l’heure actuelle, à l’heure actuelle, le peuple se désintéresse de la Gauche et de la Droite. Ce que vous entendez tous les jours, autour de vous, qui vous fait saigner le cœur, c’est quand on vous dit : « la Gauche et la Droite c’est pareil ! » Parce que vous, vous savez ce qu’il nous en a coûté d’être de Gauche, fidèles à nos valeurs, dans nos communes, dans nos entreprises. Et cette ignominie qui consiste à être assimilés à François Hollande, c’est à lui que nous la devons. Non ! Nous continuons à être les héritiers de cette tradition. Nous sommes les héritiers de la Gauche. Nous n’en sommes pas les gestionnaires.

Et maintenant, il s’agit de projeter l’ambition à un autre niveau en sachant par où commencer. Si nous ne faisons rien, en 2017, prochaine élection présidentielle si François Hollande ne s’en va pas avant, comme il avait imaginé de le faire dès 2006, s’il ne s’en va pas avant, il y aura une élection. Alors ça suffit l’hypocrisie qui consiste à dire « je ne m’occupe pas des élections ». Eh bien en démocratie, on doit s’occuper des élections. Et c’est un devoir de penser à ce qui va se passer. Parce que le cycle de cinq ans est très court. Il faut penser à ce que l’on va faire. Parce que, dîtes, ça va déjà être assez pénible de supporter ça encore deux ans et demi, avec des gens qui se battent comme s’ils étaient seuls au monde pour allonger l’âge de départ à la retraite – alors Nicolas Sarkozy avait dit 62 ans, François Hollande met ça à 66 ans, arrivent M. Fillon, M. Juppé, tous les autres de l’UMP, alors ceux-là ils ont trouvé, encore plus loin, 65 ans [il y a ici manifestement une erreur car l’affirmation est incohérente] ; et quelles idées ils ont à proposer à la France ? Encore plus de coupes budgétaires, c’est-à-dire la même chose, parce qu’ils font entre eux une sorte d’escalade pour savoir lequel va être le plus scrogneugneu, le plus coupeur de budgets, le plus coupeur d’avantages sociaux. Que va-t-il se passer ? Alors il pourrait se passer ce qui s’est passé aux Européennes c’est-à-dire que ne voyant rien venir qui puisse changer le cours de la vie, une masse immense du peuple dise « nous nous en désintéressons ». C’est pourquoi je dis notre projet n’est PAS de rassembler notre famille politique mais de fédérer le grand nombre. Comment pouvons-nous faire ? Par quel bout commencer ?

Eh bien le bout le plus important est celui qui consiste à dire « Prenez le pouvoir ». On ne peut régler aucun des problèmes de notre temps sans la participation populaire de masse. Le régime de la monarchie présidentielle ne peut plus durer. C’est une aberration qui écarte de la scène politique des millions de personnes. Il faut reprendre le pouvoir pour décider de ce qu’on fait de notre vie. Pour décider, nous-mêmes, si, oui ou non, on décide de supprimer les communes, les départements, l’essentiel des régions qu’on connaît aujourd’hui, pour décider quels sont les droits qui sont reconnus au peuple. C’est le moment de le faire ! Est-ce que nous sommes vraiment tous égaux ? Est-ce que nous avons un devoir de solidarité ou est-ce que nous décidons que la règle de vie, c’est chacun pour soi comme l’impose le régime néo-libéral ? Eh bien les Français pourraient décider que c’est chacun pour soi mais que du moins on puisse avoir cette discussion et qu’on puisse trancher. Pour ça, il faut changer la règle du jeu. Il faut changer la règle du jeu c’est-à-dire la constitution.

Qu’on ne vienne pas me dire que c’est une question trop technique. Vous avez vu, on me reproche d’être trop intellectuel pour le peuple ! Parce que ceux qui parlent méprisent tellement les gens les prennent pour des buses. Ils pensent que les Français ne comprennent pas les grands sujets. C’est le peuple le plus politique du monde que le peuple français ! Il comprend tout, tout ! Y’a aucun sujet hors de sa portée. [applaudissements]

Il faut changer la règle du jeu. C’est le plus grand commun dénominateur que nous pouvons avoir avec TOUS les Français, TOUTES les Françaises, quelle que soit leur opinion. De leur dire, maintenant le moment est venu de faire nous-mêmes, ce qui a été fait sans cesse sans nous. La constitution de la 5e République, qui n’a plus de 5e République que le nom, a été changée vingt fois, vingt-et-une même je crois, dont les dix-huit dernières fois sans l’avis du peuple français. Ça suffit ces méthodes-là ! Il est temps d’en passer à une autre étape où le peuple, se saisissant de lui-même pour se définir, dire quels sont ses droits, quelle est l’organisation des pouvoirs publics, devient le maître et le souverain dans sa propre patrie.

Voilà pourquoi nous avons changé notre dispositif. Non parce que je serais déprimé. Ni parce que Martine Billard en aurait marre de la tâche qu’elle accomplissait avec tant de brio. Mais parce qu’il faut adapter sans cesse la forme de l’organisation à la forme du combat politique. Nous ne gérons pas une bureaucratie. Le Parti de Gauche est un instrument de combat et rien d’autre ! Et ni elle, ni moi n’avons de plans de carrière. C’est fait. Merci ! Donc, ce n’est pas le sujet pour nous. Le sujet, c’est sortir de la nasse. Pas nous personnellement, sortir le pays de la nasse.

La France doit mettre sa puissance, celle de son peuple éduqué, celle de ses moyens matériels gigantesques, au service des grands défis qui accablent la civilisation humaine. Ça va mal tourner si on laisse faire ! Ça va mal tourner en Europe, parce que le risque de la guerre généralisée existe du fait de l’irresponsabilité de la politique agressive des États-Unis d’Amérique qui ont étendu l’OTAN et son armada jusqu’aux frontières de la Russie et s’étonne que celle-ci ne se laisse pas faire, provoquant une escalade que l’on n’avait pas connue du temps où c’était l’Union soviétique et qu’on est en train de connaître aujourd’hui depuis que, paraît-il, c’est le paradis démocratique en Russie. Faut-il être stupide pour aller soutenir un gouvernement dans lequel il y a des néonazis ? C’est une aberration ! Ce n’est pas la politique de la France de faire ça ! La politique de la France, c’est de s’avancer sur la scène, de parler aux Russes et de leur dire : « Bien, quelles sont les conditions auxquelles vous seriez prêts à souscrire du moment que votre sécurité serait garantie pour que les peuples qui se trouvent dans cette région du monde, eux aussi, aient le droit à s’autodéterminer ? » C’est une discussion où l’on met la vérité sur la table. Quelle autre méthode que celle du dialogue ? La force et la violence. Nous sommes pour le dialogue. Contre la guerre. Contre la violence. Contre les néonazis dans les gouvernements, de même qu’on est contre les gouvernements qui envahissent leurs voisins.

Eh bien, où est passée la « Communauté internationale » pendant ce temps ? Où est-elle passée pendant qu’était martyrisée la population de Gaza ? [applaudissements] Je veux dire mes félicitations, je veux dire mes félicitations, à la jeunesse de ma patrie qui a su se mobiliser en défense des malheureux victimes de crimes de guerre à Gaza. Ils l’ont fait avec une discipline parfaite alors que, de tous côtés, on les poussait aux excès. Ils ont su se tenir dignes et incarner, mieux que personne, les valeurs fondatrices de la République française. Ces valeurs sont que nous sommes toujours du côté du faible et de l’humilié parce que nos valeurs sont Liberté-Égalité-Fraternité, pas la paix aux uns, la guerre aux autres [applaudissements]. Nous ne croyons pas aux peuples supérieurs aux autres. Nous croyons que les droits de tous les êtres humains sont égaux. Ceux qui ont incarné la France républicaine, c’est ceux qui défendaient, en mémoire du passé où déjà nous avons vu de petites communautés humaines être massacrées du seul fait de leur appartenance à une communauté, en fidélité à ces combats du passé, en souvenir des meurtres de masse qui ont été commis dans le passé, en fidélité, nous nous sommes portés aux avant-postes, oui, du soutien à cette malheureuse population et nous avons dénoncé les crimes commis contre elle. Et nous avons le cœur soulevé de voir des écoles bombardées, des hôpitaux détruits, des ports, des aéroports et tous les moyens qui permettraient à cette population de se redéployer vers le futur. Oui, nous le dénonçons ! Oui, nous le dénonçons ! Nous n’avons peur de personne. N’essayez pas de nous faire baisser les yeux ! Peine perdue !

Si nous avons quelque chose à dénoncer, c’est ceux de nos compatriotes qui ont cru bien inspiré d’aller manifester devant l’ambassade d’un pays étranger ou d’aller servir sous ses couleurs, les armes à la main. Si nous avons quelque chose à dénoncer, c’est cela. La France a un devoir de militer pour la paix. Elle doit s’engager de toute sa force pour la paix. Et non pas voter des blancs-seings à la violence et à la brutalité ! Nous ne baisserons pas les yeux.

Je voudrais dire au CRIF que ça commence à bien faire les balayages avec le rayon paralysant qui consiste à traiter tout le monde d’antisémite dès qu’on a l’audace de critiquer l’action d’un gouvernement. Il n’y aurait donc qu’un seul et unique gouvernement au monde. Qu’il soit de gauche ou d’extrême droite, aucun d’entre nous n’aurait le droit de le critiquer sans être aussitôt accusé de racisme. C’est insupportable ! Nous en avons assez ! Je veux vous le dire. J’en ai assez de voir que vous m‘accusiez d’antisémitisme. J’en ai assez de voir que vous écrivez dans vos documents que le Parti de Gauche aurait manifesté sa « haine de l’Occident » – s’il vous plaît ! –, « des Juifs » – incroyable ! – Mais vous savez qui est là ? Vous savez qui parle à cette tribune ? – et enfin, pour terminer, « de la République ». Non ! La République, c’est le contraire des communautés agressives qui font la leçon au reste du pays. La patrie est à égalité à tous ses membres, tous ses enfants. Nous ne permettrons pas, nous ne permettrons pas, qu’à la faveur de quelques excès de quelques énergumènes, tous les musulmans de France soient montrés du doigt. De la même manière que nous n’avons jamais permis que l’on montre du doigt les juifs, les catholiques, les protestants et, surtout, la masse de ceux qui n’ont aucune religion et demandent aux autres de bien vouloir leur ficher la paix à un moment ! [applaudissements]

Pourquoi la France doit-elle se ressaisir ? Parce que, je viens de le dire, on voit que la puissance dominante – les États-Unis d’Amérique qui ont des raisons très profondes de craindre le futur – c’est-à-dire le moment où le dollar cesserait d’être la monnaie de réserve universelle et que viendrait à se percer, d’un seul coup, la bulle de ces milliards de milliards de milliards de dollars qui circulent et qui servent aux transactions internationales. C’est de ça dont ils ont peur ! Et c’est pourquoi ils préfèreraient la guerre généralisée à une paix qui viendrait à mettre en cause leur hégémonie et leur empire. Le dire, ce n’est pas être belliqueux avec les belliqueux, contre les belliqueux. C’est dire la vérité de ce qui est en cours. Les États-Unis d’Amérique sont préoccupés d’avoir vu surgir, dans la zone où se produit le 25% de la richesse du monde – l’Europe – une monnaie commune qui pouvait contrebattre sa puissance. Ils en étaient là, cherchant à affaiblir l’économie européenne de toutes les manières possibles. Et ils y sont parvenus. Y compris avec cette politique stupide de sanctions économiques contre la Russie dont les premières victimes sont les pays européens. Et ils pensaient, par ce moyen de la pression, intimider ces puissances émergentes que l’on voit dans le monde.

Eh bien, cet été, il s’est produit un grand évènement, un très grand évènement passé inaperçu. Les pays que l’on nomme BRICS – c’est-à-dire le Brésil, l’Inde, la Russie, la Chine et l’Afrique du Sud – qui représentent presque 50% du total de l’humanité, et 28% de la richesse totale du monde – mais la richesse réelle, car dans la richesse on compte les maniements de monnaie qui n’ont aucune contrepartie matérielle – qui produisent donc bien plus, si l’on regarde ce que les êtres humains consomment et utilisent, eh bien ces cinq pays ont décidé de constituer l’équivalent du Fonds Monétaire International et de la Banque Mondiale. Si bien que ce jour-là, à Fortaleza, au Brésil, les États-Unis viennent de perdre, pour la deuxième fois, un de ses instruments les plus puissants qu’est [l’ensemble] FMI et Banque mondiale. C’est pourquoi le monde est en danger. Comment la grande puissance va-t-elle réagir ? Et nous, nous devons, plus que jamais, être la France qui porte une parole de paix, d’égalité. Une nouvelle alliance mondiale, altermondialiste – c’est-à-dire pour un autre ordre du monde – qui permette à notre pays de faire valoir ce qu’il est vraiment, c’est-à-dire présent sur les cinq continents, ou, en tout cas, dans les mers qui servent les cinq continents, notre pays qui a sa plus longue frontière commune avec le Brésil, et qui, de toutes les façons possibles, partage avec les BRICS davantage qu’avec les États-Unis d’Amérique, notamment la passion du futur, le goût de régler les problèmes du quotidien, et ainsi de suite. Mais par-dessus tout, l’idée de l’égalité.

Voilà ce que la France devrait être en train de faire à cette heure ! Une France indépendante, une France souveraine, une France qui n’est pas à la remorque des États-Unis d’Amérique, où l’on ne voit pas son monarque qui décide tout seul, un mois après avoir été élu, d’aller signer, à Chicago, un texte inepte où il donne à l’OTAN le système de la dissuasion nucléaire française et la démantèle ! Mes ami-e-s et camarades, vous pensez ce que vous voulez de la dissuasion, mais la chose la plus incroyable n’est-elle pas que le Président de la République, en signant l’accord pour qu’il y ait des batteries anti-missiles en Europe, décide que dorénavant les Français accepteraient des agressions partielles sans que la réplique soit totale. Mes ami-e-s, c’est la fin de la dissuasion ! On n’en a pas parlé une seconde dans ce pays, c’est incroyable !

Mais, par-dessus tout, il faut que j’aille à ce qui est le plus important, le plus fondamental, notre responsabilité d’êtres humains, notre responsabilité d’êtres humains. Maintenant, nous comprenons tragiquement que nous sommes tous semblables puisque nous dépendons tous du même écosystème, le seul qui permette notre vie. Ainsi, l’intuition des biens communs du communisme, du socialisme qui dit que c’est avec les autres qu’on se débrouille, du républicanisme qui dit que c’est tous ensemble qu’il faut penser ce qui est bon pour tous, est confirmé. Mais il ne faudrait pas que ce soit confirmé juste avant le désastre total !

Mes ami-e-s, cette année – ça tombe toujours au mois d’août maintenant ! – depuis le 19 août, date d’heureuse mémoire [anniversaire de JLM], il se trouve que notre terre est entrée en dette écologique. C’est-à-dire que dorénavant, nous consommons et nous jetons plus que ce que la planète peut recycler et reproduire. C’est une tragédie ! L’arrivée du jour du remplacement est de plus en plus éloignée dans l’année. Dans les années 70, c’était à la mi-décembre. Maintenant, nous en sommes à la mi-août ! Et la conséquence, vous la voyez ! Ce productivisme effréné a une conséquence sur le dérèglement du climat.

Savez-vous que, cet été, s’est tenu un congrès de météorologistes et que ceux-ci nous disent, de la manière la plus claire qui est : « dorénavant le changement climatique est commencé ! ». Ce n’est pas une menace, quelque chose qui pourrait se produire. Non, c’est quelque chose qui est commencé ! Et les effets du changement climatique ne sont pas proportionnels au niveau du réchauffement. C’est-à-dire que les conséquences sont mille fois plus étendues que le degré de réchauffement. Chaque fois que l’atmosphère se réchauffe d’un degré, l’évaporation progresse de sept points. Cela signifie que le mouvement de l’eau vers l’air, puis de l’eau dans l’air vers l’eau, s’accélère. Et ce cycle s’accélère, provoquant des phénomènes climatiques extrêmes. Ah ! Ceux qui disent « Après nous, le déluge ! » ne croient pas si bien dire ! Il va beaucoup pleuvoir, lamentablement au même endroit, tandis que d’autres n’en verront plus la couleur. Nous sommes entrés dans ce cycle. Eh bien, dans ce cycle, il faut que l’on ouvre une issue. En 2015, il y aura un sommet sur le climat en France. Françaises, Français, je vous appelle à vous impliquer dans les débats que les partis, les associations, les organisations vont lancer, pour que vous preniez pleinement conscience de ce qui est en train de se faire. Nous ne pouvons pas agir si tout le monde ne comprend pas bien ce qui est en cause [applaudissements]. Souvent, les gens ne comprennent pas de quoi il est question et pourquoi les évènements pourraient être extrêmes.

Voyez-vous, cette réunion des météorologues dit : « Autrefois, les marins croisaient, de manière exceptionnelle, des vagues de vingt mètres. Aujourd’hui les marins croisent, d’une manière moins exceptionnelle, des vagues de quarante mètres. »

Mes chers ami-e-s, des vagues, il y en a toujours eu. Des tremblements de terre, il y en a toujours eu. Des tsunamis, il y en a toujours eu. Mais, autrefois, les vagues du tsunami passaient sur des cabanes de pêcheurs. Dorénavant, elles passent sur des centrales nucléaires. 75% de la population habite à moins de 100 km d’une côte. Si la mer monte d’1,40 mètre comme on le prévoit d’ici la fin du siècle dans les évaluations optimistes, optimistes, cela signifie que 200 millions de personnes vont devoir se déplacer, sans oublier les installations qui vont avec. Voilà le défi qui est lancé à toute l’humanité. Et c’est là que vous voyez la classe dirigeante irresponsable que nous avons. À l’échelle du monde comme à l’échelle du pays. À l’échelle du monde, que font-ils ? Rien. Piller. Vous savez quoi ? Il y en a qui ont trouvé une bonne idée. Peut-être qu’en entendant mon discours, ils vont dire « Ah, tiens ! C’est pas mal ce que dit Mélenchon. On va acheter des actions dans les sociétés de parapluie. » [rires dans le public]. D’autres diront : « Mmmhhh, si on vendait des bouées de sauvetage, ça serait pas mal ! ». Eh bien, ce que je vais vous dire, c’est presque aussi ridicule. L’élévation du niveau de la mer augmente la pression sur les fonds marins. Cela provoque la remontée de la glace qui s’y trouve et qui contient, en quantité extrêmement importante, des gaz à effet de serre, du méthane. Les glaçons remontent, ils flottent et ensuite ils fondent. Et le méthane part dans l’effet de serre. Eh bien, il y en a qui ont dit : « y’a du méthane ? On va le ramasser pour le vendre. » Voilà ce qu’ils ont décidé. Et en Europe, qu’a-t-on décidé ? De tout reporter à 2030. Le reste ? Cosmétique.

Et on a inventé les droits à polluer. C’est-à-dire un trafic, un commerce, qui engendre toutes sortes de spéculations, qui consiste à vendre le droit de polluer. Et si on pollue moins on a donc des droits qu’on peut vendre à d’autres pour qu’ils polluent plus. Et ainsi de suite. Irresponsabilité des classes dirigeantes.

C’est pourquoi le coup de balai dont nous avons parlé doit être aaaaaample, laaaarge, profoooooond. Tous dehors ! Chassez-les tous ! Ils sont bons à rien. Ils ont mené l’économie à la catastrophe, la planète au désastre. Et regardez-les ! À peine leur donne-t-on quelque chose qu’ils se le prennent pour eux. Leur cupidité est sans fin, je vous l’ai dit tout à l’heure. Quand, vous, vous tirez la langue parce que vos salaires diminuent, eux ont augmenté de 30% le leur ! Vous savez, ceux qui vous disent sans arrêt : « regardez vous ne travaillez pas assez ! » – si, si, record du monde pour ce qui est du travail – «  il faut travailler plus longtemps » – ah bon ? Vous voulez qu’on ait la productivité de la Grèce ? Eh ben, donnez-nous le rythme de vie qu’ils avaient ! Tout était renversé. Combien de fois nous a-t-on parlé de ces travailleurs allemands si sérieux tandis que nous ne faisons rien ! C’est bien connu hein ? Combien de fois a-t-on comparé la France pour la traîner dans la boue, la montrer du doigt ? Toujours la France « à la traîne ». La France « lanterne rouge ». La France « dernier wagon ». Toujours des mots méprisants pour le pays. Pourquoi ils font ça ? Pour vous briser les reins. Pour que vous doutiez de vous. Pour que vous vous disiez : « Eh bien on ne peut rien faire, on est déjà si mal ! » Non ! Ce n’est pas vrai. Mais EUX, ils se gavent plus que les autres. Le patronat du CAC40 s’est gavé plus que celui d’Allemagne et d’Angleterre. Alors, nous commençons à nous dire, nous autres, Français, puisque vous trouvez toujours des ouvriers qui coûtent moins cher, nous allons commencer à essayer de trouver des patrons qui nous coûtent moins cher. [applaudissements]

C’est trop ! C’est irresponsable ! Pourquoi ? Parce que cette masse d’argent qui est donnée à quelques-uns, qui en font des usages souvent tout à fait déraisonnables, comme de le placer dans des objets financiers tellement compliqués qu’eux-mêmes ne savent plus ce qu’il y a dedans, cette masse considérable de richesses qui est le résultat du travail de tant de monde, elle devrait pouvoir être affectée aux investissements pour changer le modèle de production.

Mes ami-e-s, pour faire la planification écologique, c’est-à-dire pour réorganiser la production et l’échange, dans des conditions telles que la date de la dette écologique puisse être retardée dans l’année progressivement jusqu’au moment où nous respecterons la capacité de la planète à se reconstituer, il faut des investissements considérables. Et il faut donc choisir où va l’argent. Ou bien dans la poche de quelques-uns, ou bien dans le bien commun. Chaque fois qu’on investira, ce sera du travail, de l’invention, de l’imagination et nous pourrons, de cette façon-là, concilier la relance de l’activité sans sombrer dans le productivisme. C’est-à-dire faire exactement le contraire de ce que fait François Hollande qui donne quarante milliards à des gens qui n’en ont pas besoin en leur disant « produisez n’importe quoi, n’importe comment, n’importe où, du moment que ce n’est pas cher et que, grâce à la publicité, vous aurez créé des besoins bidon ». C’est ça le productivisme ! [applaudissements]

Et nous, c’est le contraire. Nous nous adressons aux jeunes qui ont envie de mettre leur immense imagination au service du pays. Et à tous les autres ! Ingénieurs, techniciens, tous ces gens avec qui nous pourrons dire, si le peuple le décide, et notamment s’il décide de l’inscrire dans sa nouvelle constitution, que la règle verte est dorénavant la règle des Français.

La règle verte, c’est : « on ne produit plus rien, on ne fait plus rien qui ne soit, en même temps, un acte par lequel nous permettons à la nature de reconstituer ce qu’on lui aura pris. » Les techniciens de notre pays sont capables d’inventer les machines et les process de production qui permettent de tenir cet objectif. Ils ont relevé TOUS les défis techniques. Par conséquent, c’est à leur imagination que nous nous adressons. Et quand nous dénonçons le patronat cupide et incapable du CAC40 qui a amené le pays dans l’état où il est, nous ne le confondons PAS avec ces milliers de gens à qui on a dit, parce qu’ils étaient auto-entrepreneurs – c’est-à-dire auto-esclaves – qu’ils seraient des patrons. Nous ne les confondons pas avec ces équipes d’artisans ou de petites entreprises. Nous savons très bien que ce n’est pas la même chose. Mais comme d’habitude, comme dans le monde paysan, les gros sa cachent derrière les petits. Et c’est d’ailleurs souvent comme ça dans la vie !

C’est pourquoi le discours que je suis en train de faire vous permet de voir comment, si nous changions la règle du jeu en changeant la constitution, plus personne n’aurait ce droit magique de n’en faire qu’à sa tête pendant cinq ans, en méprisant tout le monde, y compris sa propre majorité.

Deuxièmement, que si, par hasard, celui ou elle que vous auriez désigné-e à telle ou telle fonction, se croyait autorisé-e à faire ce qui lui passe par la tête, vous pourriez le sanctionnant en faisant, comme c’est le cas au Venezuela, comme c’est le cas dans plusieurs pays d’Amérique Latine, des référendums révocatoires [applaudissements]. C’est-à-dire qu’au lieu d’attendre de savoir si François Hollande estime qu’il a été suffisamment démenti par les votes populaires, eh bien vous en auriez l’initiative. Mais ça vaudrait aussi pour le maire, ça vaudrait aussi pour le député, ça vaudrait aussi pour les sénateurs. Ça vaudrait pour tout le monde !

Pour tout pouvoir qui vient du peuple, il faut concilier la stabilité des institutions – il faut qu’il y en ait car la démocratie, c’est de l’organisation du débat, ce n’est pas l’assemblée générale permanente, c’est une organisation qui doit déboucher sur la mise en œuvre des décisions – mais en même temps il faut que la capacité d’intervention révolutionnaire du peuple soit à tout moment préservée. Le référendum révocatoire, c’est dire quand un tant de % – je ne sais pas %, 3%, 10% – des électeurs inscrits le demandent en marquant leur nom et leur numéro d’électeur, eh bien un référendum révocatoire est convoqué et on décide si celui ou celle à qui la demande est adressée doit garder sa fonction ou pas.

Voilà UNE idée – parmi combien d’autres ! – mais qui montre qu’on peut parfaitement concilier, d’une manière responsable et sérieuse, l’initiative populaire et la stabilité des institutions.

De la même manière, il faut dire, dans l’entreprise, pourquoi certains ont tous les droits et d’autres aucun. Pourquoi Alsthom peut être dépecé et vendu, Alcatel quasiment mis dans la main de Goldman Sachs, et combien d’autres entreprises qui mettent en cause l’indépendance technique de la France ! Et même son indépendance militaire quand on voit que ce gouvernement a vendu une part des actions de la société qui produit le char Leclerc – vous pensez ce que vous voulez du char Leclerc mais moi je préfère qu’on décide quand on en produit ou quand on n’en produit pas, plutôt que d’y mettre des actionnaires privés, comme ça vient d’’être décidé, notamment une famille de capitalistes allemands, il fallait y penser !, qui, elle, va maintenant avoir intérêt à vendre des chars. Tandis que quand c’est la propriété de l’État, figurez-vous qu’on est plus mesuré dans leur usage ! [applaudissements] D’abord, parce que ça coûte à tout le monde. Donc la défense nationale et ses instruments de fonctionnement doivent appartenir à la patrie et au peuple et à personne d’autre ! On ne peut pas faire un commerce privé des armes et de la mort. [applaudissements]

Pourquoi tout cela est-il possible sans que jamais le peuple n’ait son mot à dire ? Êtes-vous d’accord pour qu’on vende le câble qui permet de faire les liaisons internet, comme cela est en train de se faire ? Parce qu’Alcatel a déposé 27 000 brevets à Goldman Sachs en garantie d’un emprunt d’un milliard et demi que l’État aurait dû consentir à cette entreprise, Alcatel, parce qu’elle vient d’entreprises qui avaient été nationalisées auparavant et qui sont donc le fruit du travail des Français, de leurs ingénieurs, de leurs chercheurs, de leurs travailleurs qui n’appartiennent PAS à cette petite caste qui fait de l’argent avec tout et finira par vider le pays de toute sa capacité de production et d’invention.

Voilà mes ami-e-s ce qui ne peut plus durer ! Et voilà pourquoi, quand on change la règle du jeu c’est-à-dire la constitution, ou quand on élit une assemblée constituante, quand on décide de tout ça – oui, il faut élire une assemblée constituante avec des gens qui ne sont pas déjà élus dans une autre assemblée et qui ne seront ensuite élus nulle part, comme ça, ils font le travail et ils rentrent à la maison comme Cincinnatus. Voilà !

Alors comment va-t-on s’y prendre ?

Il fallait, pour pouvoir mener cette tâche et y mettre toute l’énergie dont on a besoin, qu’on voit bien que ce n’est pas une affaire de parti. C’est-à-dire que ce n’est pas une occasion dont se saisirait le Parti de Gauche pour s’emparer d’un thème. Nous savons que nombreux sont ceux qui pensent comme nous, qu’il faut une 6e République parce que celle-ci est un bricolage inepte qui ne fonctionne pas ! Et peut-être qu’il y a des débats pour savoir si elle doit être parlementaire ou présidentielle. Mais nous pensons une chose en commun, je crois. C’est le peuple qui doit décider. Je ne dis pas que toute la bataille politique doive se résumer à la bataille pour la constituante. Mais c’est une bataille révolutionnaire, centrale ! Y a-t-il plus révolutionnaire que de changer de fond en comble les institutions et l’énoncé des droits du peuple ?

C’est pourquoi je pense que nombreux seront ceux qui voudront s’associer dans ce combat. C’est pourquoi j’ai dit, après en avoir longuement discuté avec les camarades, qui voyaient bien combien il y a d’inconvénients à changer notre dispositif… D’abord c’est nouveau donc on change et deuxièmement, ils préfèreraient que je sois le co-président du parti même si la réalité n’est pas tout à fait celle-là. Nous sommes un collectif comme vous le savez et ça se voit. Mais c’est mieux. Néanmoins, je ne serais pas, et nous ne serions pas, à la hauteur du moment politique si nous ne nous avancions pas. Il faut s’avancer et il faut fédérer le peuple. Donc, pour ça, il faut mettre en débat, en MOUVEMENT le peuple lui-même. C’est-à-dire que je ne vous propose pas d’organiser des colloques sur la 6e République – il y en aura – mais nous allons faire plus ! Nous allons faire plus grand si nous pouvons. Nous allons nous inspirer des méthodes de travail de nos camarades espagnols. C’est au peuple lui-même qu’on va demander de faire le travail.

Pendant quelques temps, chacun, peut-être, mettra dans sa poche sa carte de parti auquel il est légitimement fier d’appartenir et se projettera dans un mouvement plus grand que nous tous, plus grand que chacun d’entre nous, dans un mouvement où il n’y aura pas de président, qui pourrait avoir un comité d’initiatives et qui, ensuite, se propagerait dans tout le pays, et où tous ceux qui le voudraient pourraient s’associer directement, personnellement et s’impliquer directement et personnellement pour cette grande tâche.

On me dit « ah c’est une façon que vous avez trouvée pour parler de 2017 ». Oui, en effet, je le reconnais ! En 2017, ce ne sera pas une élection, ce sera une insurrection. Et nous allons y travailler. [applaudissements] Et comme nous avons vu que le cratère pouvait s’ouvrir du mauvais côté du volcan, nous allons travailler à ce que l’énergie passe du bon côté. Et après, le peuple français décidera.

Et puis, oui, nous avons un candidat : la 6e République ! [applaudissements] Sur cette base, on peut s’entendre. Moi, j’avais déjà dit, pendant la dernière campagne que je le ferai. Bon, je n’ai pas été élu ; il s’en est fallu de pas beaucoup [rires]. Oui mais, attendez les ami-e-s. Vous êtes terribles parce que vous avez été déçu-e-s. Moi j’en revenais pas qu’on fasse quatre millions de voix. Au début, je me disais : « mais ils sont fous, qu’est-ce qui leur prend ? » Mais non, c’est eux qu’ont raison ! C’est comme ça qu’il faut voir la vie. Il faut aller de l’avant. Et je me dis : Regardez ! En 2002, vous vous souvenez ? Le jour de l’année de naissance du vote utile [rires]. Là, bon appétit avec ce qu’ils vous annoncent ! La dernière fois, c’était Chirac ou l’extrême droite. La prochaine fois il paraît que ça va être l’extrême droite ou la quasi-extrême droite. Alors ouf ! Bon, Monsieur Hollande pense qu’il va se faufiler, là, au milieu. Mais je reviens sur 2002. Mes ami-e-s, l’extrême droite a été présente au deuxième tour avec combien de voix à votre avis ? 4,8 millions ! Nous on a déjà trouvé les quatre premiers millions. Il faut être capable de les fédérer de nouveau. Et combien d’autres en plus !

Je vous parle avec le plus grand sérieux. Si nous n’agissons pas, si nous ne nous mettons pas en mouvement, vous ne pourrez pas dire « je ne sais pas », « je ne savais pas ». Nous autres, qui sommes ici dans cette salle, nous parlons aux dizaines de milliers qui sont en train de nous écouter et nous leur disons : « Nous, nous marchons devant. Nous ouvrons la voie, nous prenons toutes les peines, nous prenons toutes les charges. Nous sommes dévoués. Nous vous épuiserons, comme disait Jaurès, par notre dévouement. Nous vous épuiserons par notre dévouement. Mais mettez-vous en mouvement ! Occupez-vous-en ! Saisissez-vous de cette situation ! Ou sinon, en France, rouera le pire. Comme c’est en train de se dessiner en Europe. Mais cette situation n’a rien d’inéluctable. Nous pouvons la retourner. Les jours heureux sont à portée de main du fait de notre immense capacité à imaginer et à inventer.

Regardez, vous êtes à Grenoble. Y’a pas meilleur endroit pour parler de ça ! À Grenoble, la révolution a commencé un an avant la Révolution. En 1788, le peuple est monté sur les toits pour empêcher les gardes du roi de disperser les élus du Parlement qui avaient, auparavant, fait fusionner les ordres. Tout ça aura lieu un an après. Et les députés qui étaient là, comme d’aucuns que je connais et que ne veux pas nommer, quand le roi leur a dit « bon, tout ça, ça suffit maintenant, tout le monde rentre à la maison ». Bon, ils s’en sentaient pas trop d’aller affronter la troupe. C’est le peuple qui, en montant sur les toits, jette des tuiles sur la troupe et aussi font un signe aux députés pour leur dire « vous avez intérêt à continuer à faire ce pourquoi vous êtes là et pas vous sauver ».

Je ne vous invite pas à monter sur les toits pour jeter des tuiles mais c’est un exemple à méditer [rires et applaudissements].

Au demeurant, c’est ci qu’il y a eu la capitale de la résistance armée des Français contre les Allemands et les Nazis. Quatre mille hommes et femmes sur le plateau voisin [le Vercors]. Toute l’armée allemande s’était concentrée pour exterminer les nôtres. Et la bataille a été rude entre des gens, pour une bonne part, quasi désarmés, en face d’une armée suréquipée. Les Nazis prirent otage la population qui était rendue responsable et pilonnèrent les villages, massacrant la population. Comme le font, chaque fois, les très puissants qui se sentent les mains libres. Mais la résistance, inébranlable, a tenu le choc. Et Grenoble s’est libérée par elle-même. Ce sont les résistants, francs-tireurs et partisans, qui ont libéré Grenoble. [applaudissements] C’est vrai, c’est vrai qu’ils ont eu l’appui du premier régiment, bataillon de choc, des parachutistes qui avait été créé où s’il vous plait ? En Afrique du Nord et qui est parti de Staoueli, village à côté d’Alger où était ma famille. [applaudissements]

Grenoble est restée fidèle tranquillement, à cette tradition et, dans les années 60, c’est ici qu’on a commencé à inventer une autre façon de vivre en ville, une autre manière de répartir, une autre manière de faire vivre le lien de la population au pouvoir local. Dois-je prolonger le trait ? Oui ! C’est ici, à Grenoble, qu’une nouvelle page de la gauche a été ouverte. Une gauche, en tout cas un mouvement citoyen puissant s’est levé. Regardez les détails.

Au premier tour, on n’était pas si bien placés dans les quartiers populaires. Et puis nos ami-e-s font leurs beaux résultats. Et à ce moment, es ami-e-s, mes camarades, voilà le moment de bonheur. Soudain, partout, ceux qui ne s’intéressaient plus à rien, dont on disait : « Pff, ils ne comprennent rien ! Rien ne les intéresse !» Ce n’est pas vrai. Aussitôt, ils se sont dit « on a vu la faille, on passe ». Ils venaient, par centaines, au local, demander tout, n’importe quoi, un autocollant, un tract, un foulard, quelque chose. Qu’est-ce que je peux faire demandaient-ils à nos camarades ? Et nos ami-e-s ne savaient que dire. Eh ben nous distribuons des tracts, nous faisons du porte-à-porte. Du porte-à-porte, on en fait ; et ça ne paie pas toujours ! Et là, soudain, le feu a pris de tout côté. Des milliers de braves gens ont montré, en quelques heures, qu’ils avaient tout compris, tout suivi, tout entendu, et qu’ils voulaient en être !

Voici la glorieuse révolution citoyenne à laquelle j’espère que les Français vont se décider. Les Françaises et les Français n’ont pas d’autre issue que celle-là ! Sinon une souffrance interminable. Et une souffrance sans objet. Car la dette en Europe ne sera PAS remboursée. Jamais ! Je vous le dis pour la raison suivante : elle est inremboursable. Parce qu’il y faudrait plusieurs générations. Elle ne sera pas remboursée. Les gens souffrent pour rien. Leur énergie serait bien plus utilement appliquée à produire autrement autre chose.

Bref, à Grenoble, alors que tous les états-majors s’étaient conjurés contre « l’araignée rouge » parce que vous savez qu’ils sont toujours très élégants dans les rapports avec les personnes. Moi, vous connaissez le sort auquel je suis soumis, les ami-e-s, et les adjectifs auxquels j’ai droit, mais alors les femmes, c’est deux fois pire ! Alors, elle, Élisa MARTIN, c’était « l’araignée rouge » et puis PIOLLE, c’était une sorte de bolchévique déguisé en vert ; ah moins, ah moins, ah moins… que ce ne soit un agent des paradis fiscaux ! Et, navigant d’une calomnie à l’autre, d’une caricature à l’autre, à quoi sont-ils arrivés les uns et les autres ? À rien !

J’ai noté que ceux qui nous faisaient des leçons de regroupement pour le second tour ne se sont pas regroupés. Eh bien, nous nous sommes passés d’eux ! Et vous avez vu que nous l’avons emporté de cette façon. Non pas en rassemblant la gauche, ce qui eut été totalement piteux, mais en fédérant le peuple. Grenoble a apporté la démonstration concrète de ce que ça veut dire. Des équipes de citoyens politisés qui se mettent au service du pays et de leurs semblables pour prendre le pouvoir ensemble. C’est cette tâche que je vous propose.

Nous ne sommes pas résignés. Nous ne coulerons pas avec François Hollande. La France républicaine, et l’idéal républicain et progressiste, ne seront pas enterrés avec François Hollande et sa bande de copains de promotion. Ni avec les occupants lamentables de la rue de Solférino. Ni avec aucun de ceux qui nous injurient au lieu d’essayer de répondre et de penser aux signaux d’alarme que nous leur envoyons. Aussi bien, comme nos camarades de Podemos, nous faisons notre une formule qui, dorénavant, est notre ligne stratégique. Nous avons bien compris le message des élections européennes et des élections municipales. Le message qui vient du PEUPLE qui en a par-dessus la tête du système, de la caste, de l’oligarchie. Et ce PEUPLE nous a dit : le système n’a pas peur de la Gauche parce que la Gauche lui mange dans la main, le système a peur du peuple et c’est pourquoi NOUS décidons de mettre le peuple en mouvement.

[1] On peut réentendre ce passage de la muselière en allant sur le lien ci-après. C’est de la 19ème minute passée de 25 secondes jusqu’à la 20è minute passée de 20 secondes :

http://www.jean-luc-melenchon.fr/2012/08/24/meeting-de-cloture-du-remue-meninges-du-parti-de-gauche/

& http://www.dailymotion.com/video/xt3a2o_meeting-de-cloture-du-remue-me-ninges-2012-du-parti-de-gauche_news#from=embediframe

 

 

Quand Jaurès parle… Rien que des pépites. Extrait du film « Jaurès, naissance d’un géant »

Lien : http://www.youtube.com/watch?v=JfkZpGF7ZPQ

L’extrait ci-dessous est à 1h15 minutes

* * * * *

« S’il ne faut compter que sur la seule minorité exemplaire des socialistes de naissance pour vaincre le capitalisme, excusez-moi mais nous risquons d’attendre et même d’attendre longtemps.

S’organiser collectivement, politiquement, syndicalement, c’est rompre avec l’aliénation, c’est résister au matraquage des puissances de l’argent et de la presse qui lui est affidée. Et c’est un effort considérable ! Aussi, à chaque fois qu’un ouvrier ou un intellectuel s’engage contre le capital, et rejoint le camp des opprimés, je ne lui demande pas ce qu’il pensait hier, mais je le félicite d’abord de combattre avec nous, la bourgeoisie.

Citoyens, camarades je suis aujourd’hui devant vous parce que la République est en danger. Elle agonise. Elle a certes brisé la monarchie, apporté des libertés nouvelles, instauré la laïcité dans les écoles mais la voilà sous la domination de grands groupes capitalistes, industriels et financiers. C’est la République des Solage, c’est la République des exploiteurs !

Le capital achète les représentants du suffrage universel. Il en fait ses valets. Seul le combat pour briser le capital sauvera la République !

Alors, sur ce point, j’ai changé ! Je croyais que de réforme en réforme, le socialisme l’emporterait mais la sinistre affaire de Panama m’a fait voir que les réformes doivent être arrachées par la lutte des classes, relayées au Parlement par un puissant groupe socialiste. Mais seule l’appropriation collective des moyens de production mettra fin à l’exploitation de l’homme par l’homme, à la sujétion de l’homme à l’homme, à l’horrible lutte de l’homme contre l’homme.

Sans la République, le socialisme est impuissant mais sans le socialisme, la République est vide !

Certains vous disent « Jaurès est un idéaliste ». Je ne sépare pas l’idée de sa mise en œuvre. Avec Marx, je crois que toutes les réformes qui pourront être arrachées au capital doivent l’être. Et j’estime pour ma part que la journée de huit heures, le droit syndical, l’instruction gratuite et laïque de tous les enfants, sont autant d’étapes vers le socialisme. Mais pour cela, les ouvriers doivent s’organiser syndicalement mais aussi et surtout politiquement. Alors, être idéaliste avec Marx, ça me va !

Discours d’Alexis Tsipras lors de la rencontre publique du 3 février 2014

« Amis et camarades,

C’est un vrai plaisir pour moi qu’une des premières étapes de notre campagne pour les européennes et pour ma candidature au nom du Parti de la Gauche Européenne, se déroule ici à Paris. Le Paris des grandes luttes sociales, des grandes révolutions et des grands bouleversements.

Une révolution similaire, pacifique, un grand bouleversement est nécessaire pour les peuples d’Europe aujourd’hui. Parce que l’Union Européenne a besoin d’une réorientation radicale de ses politiques. Cela nécessite un grand changement du rapport des forces, quelque chose qui constituera un premier pas vers un virage radical à gauche. Pour sa refondation. Et pour son retour aux valeurs de solidarité, de démocratie et de cohésion sociale.

Nous sommes aujourd’hui ici, tous et toutes ensemble, compagnons de route de ce grand, difficile, mais aussi fascinant voyage de l’espoir et du changement.

  • Pour changer l’Europe.
  • Pour changer notre vie.
  • Et afin de changer l’Europe il faut l’immerger de nouveau dans les principes et les valeurs des Lumières.

Dans les impératifs politiques de la Révolution Française. Dans le radicalisme, toujours pertinent aujourd’hui, du gouvernement Herriot – le gouvernement de coalition du peuple de la Gauche. Qui, au début des années ’20, a mené la bataille contre les Banquiers voraces. Contre «le mur de l’argent» que la Banque de France avait bâti face aux réformes économiques et sociales de son gouvernement. Et, aujourd’hui, un nouveau «mur de l’argent» est bâti en Europe par le néolibéralisme et son « gros bras » – la soi-disante «Banque Centrale Européenne» Qui est seulement la réplique parfaite de la Bundesbank. Un «mur de l’argent» qui ne stabilise pas mais, au contraire, menace la zone euro. Et favorise les antagonismes nationaux. Economiques et aussi sociaux. Desquels sont sorties deux guerres sanglantes pour l’Europe.

Elles ont éclaté, la première il y a exactement 100 ans. En 1914. Et la deuxième, il y a 75 ans. En 1939.

Nous devons reconstruire l’Europe. En démolissant ce nouveau mur de division. Entre le Nord riche avec les excédents commerciaux. Et le pauvre Sud avec les déficits commerciaux. Entre créanciers et emprunteurs

En démolissant le nouveau mur européen qui divise nos sociétés. En sociétés des « deux tiers ». C’est-à-dire, en sociétés dont les deux tiers souffrent en permanence à cause de l’austérité, Se trouvant à la limite de la survie.

Et au même moment, Un tiers se comporte comme s’il n’y avait pas de crise. Il s’enrichit par et pendant la crise. Beaucoup pensent que nous sommes excessivement optimistes ou, même, des marchands de mots.

Ils nous disent : vous n’êtes pas capables de gagner face à de si énormes adversaires, les banques et les marchés. Mais nous le savons bien que nous pouvons envahir la Bastille du néolibéralisme global, qu’est l’actuelle Europe néolibérale. Tout ce qu’il faut c’est profiter de la sagesse de l’expérience collective, accumulée par des années de luttes sociales des peuples d’Europe. Tout ce qu’il faut c’est d’évaluer de manière critique les leçons des gouvernements importants de la Gauche au 20ème siècle.

Comme, par exemple, le Front Populaire en 1936. Ou le gouvernement du «programme commun de la Gauche» en 1981. Aujourd’hui, certainement, les conditions de 1981 sont, malheureusement, renversées.

Les socialistes rejettent leurs mandats progressistes. Et, au contraire, ils sont les «co-managers» du consensus néolibéral, ensemble avec Madame Merkel. Or, nous sommes obligés de leur demander avec force:

Aux côtés de quelle Europe êtes-vous?

Êtes-vous avec l’Europe des marchés et du capital, ou avec l’Europe de peuples? L’Europe de l’austérité qui divise entre Nord et Sud, par quelque frontières virtuelles au long du Rhin, ou avec l’Europe de la cohésion sociale et de la solidarité qui unit tous les peuples ? C’est ça le dilemme. Et ce dilemme est symbolisé aujourd’hui en Europe, d’un côté par Mme Merkel et ses soutiens et, de l’autre côté, par SYRIZA et le Parti de la Gauche Européenne. Et quand on arrive à ce dilemme, on ne peut pas être à bord de deux bateaux à la fois. Qui propose de le faire finira dans les eaux. Notre but est de réunifier l’Europe, cette Europe que le néolibéralisme aujourd’hui divise. Unies

Toutes les forces de la Gauche partout. Parce que ce qui compte pour la gauche aujourd’hui c’est tout ce qui unit. Et nous, pour réunifier l’Europe, il faut d’abord unir nos forces. Nous l’avons fait en Grèce grâce à SYRIZA. Et cette unité a créé une, inattendue même pour nous, dynamique sociale et politique, autosuffisante et forte. Nous pouvons, tous et toutes ensemble, changer l’Europe. Nous pouvons travailler pour une Europe démocratique, sociale et écologique.

Avec des priorités:

  • L’arrêt immédiat de l’austérité et l’annulation des memoranda. Pour arrêter la redistribution la plus violente des revenus, de la richesse et du pouvoir, contre le monde du travail et en faveur du capital.
  • La refondation démocratique de la zone euro. Afin que la Banque Centrale Européenne devienne un véritable banque centrale, à savoir, un créancier de dernier ressort pas seulement pour les banques mais aussi pour les Etats.
  • Une Conférence Européenne sur la Dette. Pour une solution collective et solidaire au surdettement dans la zone euro.
  • Un «New Deal» européen. Pour le développement équilibré et durable du Continent
  • La transformation écologique de la production
  • La réforme du «cadre» européen sur l’immigration

Chers amis, Chers camarades.

Permettez-moi d’avouer quelque chose que je crois profondément. Si le gouvernement de François Hollande était différent, toute l’Europe aujourd’hui serait différente. Mais, au lieu d’être le contrepoids et l’obstacle face au néolibéralisme et «l’Europe allemande», le gouvernement Hollande fonctionne comme le multiplicateur politique du gouvernement Merkel. Et comme défenseur de la politique la plus à droite que l’Europe n’ait jamais subi. Parce que dans la photo de famille de la droite Européenne, plus à droite de Madame Thatcher se trouve Madame Merkel. Et encore plus à droite est Mr. Scheuble.

Ça fait seulement quelques jours que François Hollande lui-même a annoncé des coupes budgétaires de 50 milliards d’euros pour la période 2015 – 2017. C’est-à-dire, austérité qui conduira à la récession, et réduira la – déjà faible – croissance de la France. Et, puisque l’économie française a un poids spécial en Europe. L’austérité de Mr. Hollande est, pour tous nous dans la zone euro, encore une poussée dans la récession.

Est-il possible que Mr Hollande n’ait rien entendu du débat international sur l’échec de l’austérité en Grèce ? Il ne voit pas que, la seule chose que l’austérité arrive à faire, est d’approfondir la crise économique en nourrissant la récession? Et de créer, en même temps un problème de Démocratie? Parce que du chômage, de la pauvreté et de la difficulté à survivre surviennent la peur et le désespoir. Et, malheureusement, ouvrent les oreilles de plus en plus de personnes au discours politique étroit et diviseur de l’extrême droite populiste.

De l’extrême droite populiste, qui ne représente pas une solution mais, au contraire, est un plus grand danger encore pour les peuples de l’Europe. Avec un programme politique tellement intolérant qui se limite à l’immigration et au recul de l’intégration de la démocratie dans l’Union Européenne. Qui dirige la peur générale de la crise vers «l’autre», vers l’étranger, vers le frère. Les fascistes et les racistes, qui cherchent les votes de ces parties de la population touchées fortement par l’austérité, prétendent que l’immigration est une dimension cruciale de la crise. Faisant ainsi innocente l’austérité néolibérale.

Car, dans tous les autres champs, l’extrême droite est entièrement néolibérale. Et c’est pour ça que son fonctionnement politique est celui de la force en réserve tactique du néolibéralisme. C’est un rôle qui, en Grèce, a été prouvé. Avec l’organisation neo-nazie “Aube Dorée” qui prétend d’être une force anti système, alors qu’elle est en réalité le bras armé du système. C’est pour cette raison là que, à part Mme Merkel, Mme Lepen doit se féliciter de l’austérité imposée par Mr. Hollande. Car ça lui offre le carburant dont elle a besoin pour répandre son obscurité partout en Europe.

Le 25 mai, le vrai dilemme est très clair: D’un côté, les dirigeants politiques de la crise. Ceux qui appliquent le consensus néolibéral. La politique de la peur, de la récession et du recul de la Démocratie en Europe

La droite, ensemble avec les socio-démocrates de Mr. Hollande et de Mr. Schulz.

Et de l’autre côté, les peuples d’Europe. Qui, indépendamment de leur origine idéologique ou leur préférence partidaire, chacun et chacune, nous regardent: la Gauche Européenne de l’espoir et du changement

Et c’est pour cette raison que nous adressons à chaque citoyen actif, chaque démocrate, progressiste, de gauche, social-démocrate et socialiste. Pour participer aux élections. Pour voter. Parce que si ils ne votent pas, autres vont voter à leur place. Parce que ce sont les simples mathématiques de l’urne.

Voter avec son esprit et avec son cœur. La Gauche Européenne est la seule force crédible de pouvoir alternative au néolibéralisme des conservateurs et de la social-démocratie. Venir avec nous pour remplacer la peur par l’espoir. Venir avec nous pour reconstruire l’Europe de la démocratie et des droits humains.

Amis et camarades, aujourd’hui, avec votre présence combative, vous avez donné de l’espoir au changement, vous avez donné de la force à la démocratie, vous avez donné de la perspective à la Gauche Européenne

Le 25 Mai nous serons la surprise heureuse et positive.

Nous serons haut pour lever aussi haut le drapeau de la Démocratie en Europe

Salut et merci à tous et à toutes »

Discours sur la guerre et la paix – Jean-Luc MÉLENCHON le 11 novembre 2013 à Barbaste (Lot et Garonne)

Nota : apparaissent en majuscules les patronymes ainsi que les termes sur lesquels Jean-Luc MÉLENCHON a appuyé le ton.

*

Mes chers concitoyens, et pour beaucoup d’entre vous mes chers camarades, et toi Madame le Maire, Bernadette JAYLES, que je voulais saluer, le conseil municipal avec qui j’ai eu l’honneur ce matin de partager ce petit moment émouvant auquel je voue une fidélité que les circonstances et les hasards de la vie ont rendue quasi constante, sinon les années où, stupidement, le Parlement européen, qui n’en est pas à une bêtise près, est convoqué le 11 novembre pour d’ineptes travaux, au moment où, au contraire, on devrait être tous à réfléchir à ce qui s’est produit pendant ces quatre terribles années de 1914 à 1918.

C’était pour moi comme un devoir puisque c’était le dernier 11-Novembre de ce mandat de député que j’accomplis en votre nom. C’était le dernier 11-Novembre de ce mandat-ci de Bernadette, qui est une amie. Je lui ai demandé si elle me permettait de m’associer à la cérémonie, elle m’a dit que oui, et sans plus de façons, me voici !

*

C’est cent ans après ! Quand on regarde ces monuments – peut-être est-ce le fait de l’âge qui est venu sur moi – je les vois d’un autre œil que lorsque j’étais jeune homme où l’esprit antimilitariste des années 60, de la fin des années 60, nous faisait un peu regarder de haut ces commémorations. Le temps passant, on regarde autrement ces listes interminables d’hommes qui ont été tués. Et soudain, c’est comme si c’était aujourd’hui ! Un million trois cent mille tués. Cinq cent mille dans l’immédiat après-guerre. Presque deux millions d’hommes.

On dit « les hommes » parce que c’est eux qui pataugeaient dans la boue des tranchées ; c’est eux qui souffraient le martyre, qui appelaient leur mère lorsqu’ils étaient blessés et abandonnés ; c’est eux qui écrivaient ces lignes poignantes qu’on lit encore aujourd’hui. Mais les femmes ! Les femmes, mes chers concitoyens, dont les noms ne sont pas sur les monuments aux morts, et ne nous sont évoqués que de loin… Cette angoisse permanente du fils qui est parti et qu’on ne reverra peut-être pas, qu’on ne revoyait souvent pas ! 20% des hommes entre 19 et 27 ans ont été tués. 19 et 27 ans…des enfants !  Qu’on me pardonne, pour ceux de mes concitoyens qui ont 19 ans, sont majeurs, et votent. À l’époque, ils ne votaient pas !

Les femmes qui portaient sur leur dos tout : la famille à faire vivre, les travaux à accomplir, et l’arrière du front qui était le pays immense, dont 20% de la population, au final, a été appelé sous les drapeaux. C’était une guerre totale. Leur nom n’est pas là !

Les femmes ! Quand l’homme courageux, la tête dure, le fils, avait un jour ou l’autre, une fois par panique, une fois par peur, une autre fois par raison politique, refusé d’obéir et que, classé déserteur, il avait été fusillé, séance tenante, dans des jugements dont personne ne discute aujourd’hui qu’ils étaient sommaires et n’avaient rien à voir avec la justice. Ensuite, l’opprobre venait au village. Et c’était alors à elles de porter ce qui était alors considéré comme une honte, puisqu’on disait, dans les villages, pour terroriser tout le monde, « il a déserté », « il n’a pas fait son devoir » et les autres, qui AVAIENT FAIT leur devoir, approuvaient.

Mais j’ai lu, et j’ai observé que, tout au long de cette terrible histoire, ceux qui ont survécu n’ont jamais accepté que l’on flétrisse ceux qui avaient été fusillés. J’y reviendrai dans un instant. Mais c’est ces souffrances psychologiques, morales, autant que physiques, que je veux évoquer et qu’il faut faire, avec d’autant plus de force qu’aujourd’hui, souvent, on peut avoir, dans la plus jeune génération et peut-être dans une opinion que l’on a convenablement conditionnée, fini par croire qu’une guerre n’était pas vraiment une guerre. Surtout si elle a lieu chez les autres ! Surtout si on peut se la jouer à domicile dans des jeux vidéo. Et qu’on finisse par être au point de s’étonner qu’un soldat soit tué en Afghanistan parce qu’il est Français, en oubliant que voilà maintenant bien des années qu’on tue, tous les jours, des centaines de gens sur place.

Il faut se rappeler que la guerre est le mal absolu, l’échec total, et qu’elle est TOUJOURS le résultat d’un enchainement de circonstances qu’il faut apprendre à analyser, à comprendre, pour pouvoir les repérer lorsqu’elles se répètent dans l’Histoire. C’est ce qui, dans la communauté humaine, s’appelle l’expérience. Alors le souvenir de la victoire de 1918, la joie d’avoir vaincu les empires centraux, la satisfaction de voir l’Alsace et la Lorraine rejoindre la patrie et être libérées de l’oppression allemande, ne doivent pas faire que le souvenir de 1914-1918 soit enfoui dans une sorte d’unanimisme, sans contenu, et qu’en quelque sorte ce soit une anesthésie qui prépare une amnésie générale. On ne se souviendrait de rien. Et l’on irait, les uns les autres, répétant que l’effort fut magnifique, que la patrie fut unie, ce qui n’est pas vrai !

Les hommes obéirent et ceux qui désobéissaient étaient fusillés ! Voilà la vérité ! Et pour que la guerre puisse éclater, il a fallu assassiner JAURÈS ! Car quelques jours seulement avant que la guerre fût déclarée, il y avait à Paris d’immenses manifestations ouvrières ! Le 29 juillet, on manifeste à Paris. On manifeste dans plusieurs grandes villes de France. Jusqu’au tiers de la population est dans la rue, sous les drapeaux ROUGES pour ne pas vouloir de la guerre ! Et c’est pourquoi c’est dans le début de la guerre, l’année 1914, que l’on fusille le plus de mutins. Demandez-vous pourquoi ! Ceux qui étaient aux armées, ceux qu’on envoyait les premiers au front, étaient ces hommes-là, qui avaient manifesté quelques semaines avant et qui portaient en eux, intacts, le discours et les raisonnements de Jean JAURÈS et de l’Internationale Socialiste, qui était à l’époque la seule organisation du mouvement ouvrier et qui, dans ces circonstances, manifesta une faillite terrifiante ! Je dis la seule, peut-être suis-je injuste parce que j’oublierais les mouvements anarchistes, bien organisés eux aussi, mais je ne veux pas, à l’occasion de ces paroles, blesser qui que ce soit ! Mon discours est destiné à appeler à la réflexion, à rentrer en soi-même pour faire les repérages utiles.

Donc, disais-je, c’est parce que cette population éduquée, ces militants, sont là qu’on en fusille autant. Car parmi les premiers mutins, il y a ceux qui ne VOULAIENT PAS la guerre, qui en avaient compris l’essence ! Ce monde était terrible ! On ne le dit jamais. C’est seulement en 1916 qu’on a interdit le travail de nuit des femmes et des enfants ! Quand la guerre éclate, il y a à peine trente ans que l’école est obligatoire. La première manifestation pour la journée de huit heures a eu lieu en 1906. Et la journée de huit heures ne sera imposée qu’en 1919. Après la guerre ! C’étaient des années de surexploitation et ce capitalisme de cette époque, il faut l’appeler par son nom, c’est lui qui a provoqué la guerre ! Jean JAURÈS a eu LA formule indépassable depuis… « Le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée porte l’orage » ! C’est à cette cause profonde qu’est due la guerre. Et nous ne devons pas accepter que d’une façon ou d’une autre, reprenant les propos du président Nicolas SARKOZY, on vienne maintenant, en le citant, accepter l’idée que cette guerre résulterait d’une fatalité. Il n’y a AUCUNE fatalité à la guerre ! Mais il faut y réfléchir car la paix n’est pas l’état de nature. La paix est une construction politique, dont les conditions doivent être réunies pour qu’elle puisse être durable. Et la guerre, aussi, est un résultat politique. Ce n’est pas un état de nature.

En la circonstance, le capitalisme allait de crise en crise. De 1816 à 1929, la statistique ne permettait pas de repérer – en tout cas celle dont je disposais – de repérer jusqu’à la guerre de 1914. Mais il y a 14 crises du capitalisme. Si l’on s’en tient seulement à ce fait… Qu’est-ce qu’une crise ? Vous le savez tous ! Des chômeurs en nombres innombrables, une surproduction inouïe, qui fait voir d’un côté une production sociale gigantesque et une base de consommation extrêmement étroite. Des marchandises et des richesses comme il n’y en a jamais eu le reste du temps et des pauvres comme il n’y en a jamais le reste du temps. Évidemment c’est le terrain propice à toutes les manipulations. Le système, mécaniquement, va chercher un bouc émissaire et une appellation qui permette de regrouper tout le monde sous la même bannière. Dans l’année 1914, c’est le nationalisme qui permet de regrouper tout le monde sous la même bannière, le patron et l’ouvrier, celui qui va mourir et celui qui va faire mourir les autres ! Mais ensuite, le système s’est sophistiqué parce qu’à la fin de la guerre, le mot d’ordre que TOUT LE MONDE partage, qu’on soit de droite ou de gauche, c’est « plus jamais ça ! ». Et tous se méfient, à partir de là, des effets terrifiants du nationalisme. On sait qu’on aura beaucoup de mal, s’il le fallait, à ramener les gens au front. C’est alors qu’on a commencé à produire les théories qui permettaient de désigner un bouc émissaire pour préparer la guerre suivante, ce fut le juif, « l’ennemi de l’intérieur ». Si je fais toutes ces références, ce n’est pas pour m’étendre sur quelque chose que beaucoup d’entre vous connaissent, qui est la responsabilité mécanique du fonctionnement d’un système qui conduit à l’affrontement.

Le capitalisme de cette époque est différent de celui de la nôtre. Mais les traits similaires s’observent très facilement. A-t-il cessé d’être régulièrement en crise ? Non, il l’est davantage qu’avant ! Et dans des conditions de cycle de plus en plus rapprochées. Depuis 1973, il y a eu autant de crises qu’il y en avait eu du début du capitalisme à l’année 1929 ! Depuis 1992, les trois quarts de ces crises ont eu lieu. Les crises du capitalisme s’accélèrent, leur violence s’approfondit et les oppositions qu’elles mettent en scène sont SOUS NOS YEUX ! SOUS NOS YEUX !

De même qu’avant l’année terrible de la guerre, on voyait le capitalisme allemand, le capitalisme français se confronter, le capitalisme anglais, parce que la base sur laquelle se distribuaient les marchandises était trop étroite et qu’il fallait, sans cesse, « conquérir de nouveaux…marchés » disait-on, déjà, à l’époque ! Savez-vous, Mesdames, Messieurs, que le niveau d’extraversion de ce modèle économique était tel, les échanges internationaux étaient d’une telle intensité, on l’oublie aujourd’hui, que le niveau d’échange dans le monde des marchandises qui était celui de 1913, n’a pas été récupéré avant les années 70 du siècle précédant, c’est-à-dire avant 1970 ! Le niveau des échanges qui prévalait en 1913 n’a été retrouvé dans le monde que dans les années 70 de ce siècle, du siècle précédent.

C’est dire à quel point la compétition était féroce pour s’ouvrir à de nouveaux marchés. Diriez-vous qu’aujourd’hui ce n’est pas le cas ? Le chef de l’État lui-même dit « désormais ce ne sont plus des compétitions militaires, ce sont des guerres économiques ! ». A-t-il pesé ses mots ? A-t-il oublié qu’il n’y a jamais eu autre chose que des guerres économiques ? Pour des raisons d’intérêt ! Mais surtout, si ce sont des guerres économiques, alors que fait-on pour préparer la paix ? Car la guerre n’est PAS l’objectif, n’est PAS la situation que nous acceptons ! Qu’il s’agisse d’économie ou de forces armées ! C’est bien pourquoi on voit qu’une nouvelle fois la question posée est celle de la compétition entre les personnes, entre les nations, ou de la solidarité et de la coopération ! Ce sont deux modèles politiques différents ! Avec des objectifs, des méthodes, un vocabulaire et des gouvernements différents !

De la même manière que la responsabilité de l’Allemagne dans la responsabilité de la guerre de 1914 est avérée, aussi bien elle occupait l’Alsace et la Lorraine, aussi bien elle donnât les apparences d’un gouvernement qui, comme celui de la France, aurait recherché l’apaisement, mais en vérité c’est bien l’Allemagne qui déclare la guerre à la France.  Il y a bien des mécanismes particuliers, qui ne doivent rien à la nationalité allemande, mais à la situation politique, à la situation économique, qui pousse ce peuple, souvent, à avoir des gouvernants qui n’entretiennent avec leurs voisins que des rapports de violence sur une base économique. Mais c’est exactement ce que nous avons sous les yeux ! C’est le gouvernement conservateur allemand d’aujourd’hui qui dicte à toute l’Europe une politique néfaste qui oppose tout le monde à tout le monde !

La guerre économique qui se livre sous nos yeux, quelle est-elle ? C’est le dumping social ! Pourquoi peut-on payer des ouvriers moins chers à tel endroit qu’à tel autre ? Et est-ce qu’en répétant tous les jours à tout le monde, que nous sommes en compétition avec le monde entier, comment s’étonner qu’après les gens pensent, tout naturellement, que l’ennemi c’est l’autre ?! Celui qui vous prend votre pain, le plombier polonais, l’ouvrier de l’arsenal qu’on fait venir de tel ou tel pays, les travailleurs délégués qui viennent aujourd’hui, comme vous le savez, mettant à profit la directive « services », dite « Bolkenstein » si vous vous en souvenez, qui EST en application. On FAIT venir en France des travailleurs qui sont payés à des tarifs qui ne sont pas ceux des travailleurs français ! Alors en dressant les uns contre les autres sans cesse et en expliquant en plus de tout ça que parmi vous il y a des suspects, de religion musulmane, alors on crée TOUTES les conditions de tensions entre les peuples et dans notre peuple. Et on exagère ce rôle, merveilleux, qu’auraient premièrement le libre-échange, deuxièmement la libre compétition, troisièmement l’ouverture des frontières. Fadaises ! Qui sont sensées produire des miracles qui n’ont pas lieu, des bienfaits qu’on ne voit jamais tandis qu’on voit s’empiler les malheurs.

*

J’ai voulu faire ce rappel économique, dont je vous prie d’excuser la longueur, pour rappeler qu’il n’y a pas de part à la fatalité. Il y a des mécanismes qui produisent des effets politiques et économiques et c’est eux qu’il faut apprendre à discerner À TEMPS, pour être capable, à temps, de s’y opposer.

C’est pourquoi tout à l’heure, quand je vais repartir, pour aller à Toulouse, avant d’aller à Tarbes et à Pau, dans les deux jours qui vont suivre, je vais m’arrêter à Fourtic [département du Lot et Garonne] puisqu’on m’a dit qu’il y a un monument aux morts sur lequel est écrit « À nos camarades morts pour le capitalisme mondial ».

La guerre de 1914-1918 n’a pas d’origine dans un intérêt général. Elle a une origine dans la compétition entre les capitalismes européens. J’imagine que dans cette salle des citoyens de toutes opinions, sans doute majoritairement de gauche – je vois beaucoup de rouge et j’en remercie ceux qui l’arborent – mais d’autres aussi, sans doute des moins rouges, peut-être des plus rouges aussi !, je ne sais pas mais c’est à tous que je m’adresse. Pour animer la flamme, il faut bien le faire de temps à autre, même si vous n’avez pas besoin de moi pour cela. De la réflexion, de l’expérience, du savoir et de l’importance particulière que pour ma part je mets à cet exercice dans le contexte dans lequel nous sommes.

Notre monde est dangereux. Non pas pour les raisons superficielles qui sont évoquées régulièrement, qui voudraient que la France soit à la traîne, qu’elle soit en déclin et tout ça ! Ce qui n’est pas vrai d’une manière générale. Notre pays est plus riche qu’il ne l’a jamais été de son histoire. Jamais il n’a eu autant de jeunes gens instruits, jamais il n’a eu un tel niveau de qualification. Mais c’est surtout pace que ce discours décliniste, qui est un des terreaux de l’extrême droite bien connu – autrefois ils appelaient ça la décadence des mœurs, d’ailleurs ils appellent ça la décadence des mœurs aujourd’hui – mais c’est le déclin, c’est la forme modernisée, euphémisée, entretient mécaniquement, et par revers, une idée inverse qu’on ne serait bon que quand on est en tête, quand on domine, quand on écrase, quand on impressionne, quand on détruit. Non, il y a un autre ordre possible de la vie des êtres humains, qui s’appelle la coopération, le partage et surtout le partage du savoir. La bêtise aussi se partage très facilement mais le savoir à cette vertu, comme la bêtise, que plus on le partage, plus il s’accroît. C’est pourquoi chacun d’entre nous, mes chers compatriotes, est appelé lui-même à devenir une frontière contre la bêtise par sa capacité, celle que nous avons chacun d’entre nous, à rappeler les principes au nom desquels nous agissons.

Mais ça nécessite qu’on ait une réflexion un peu plus avancée du point de vue des discours qu’ont tenu les nôtres. Pour en faire aussi l’expérience. J’ai dit tout à l’heure qu’il ne faut pas accepter que la commémoration se transforme en amnésie générale. Bien sûr qu’il faut célébrer l’unité dans la souffrance ! Mais il faut réfléchir. Aujourd’hui, il n’y aura pas de parole qui blessera l’un ou l’autre. Tous sont partis. Il faut donc réfléchir. Et nous aussi ! C’est donc maintenant comme homme de gauche que je veux réfléchir à voix haute.

*

Si la guerre était une guerre d’origine capitaliste comme le disaient tous ceux qui nous ont précédé dans ce combat, Jean JAURÈS n’a pas attendu juillet 1914 pour dire que le capitalisme portrait la guerre comme la nuée porte l’orage, c’était une donnée que portait toute la Gauche. Néanmoins des débats la traversaient. Des débats sur le fond et des débats sur la tactique.

Sur le fond d’abord, au congrès de Bâle de l’Internationale Socialiste, en 1912, il y a une discussion sur ce que la guerre pourrait produire. Il y a le débat entre ceux qui veulent s’y opposer absolument, à la tête desquels figure le grand JAURÈS, et ceux qui disent que le plus important est d’expliquer pourquoi elle pourrait avoir lieu. Certains même vont jusqu’à dire, comme August BÉBEL, qui est le fondateur du SPD allemand, « la guerre contient des potentialités révolutionnaires ». De la guerre, il peut sortir une révolution, et August BÉBEL dit même « la guerre qui s’annonce va prononcer la fin du capitalisme et le début d’une révolution mondiale ». Il n’avait pas tort, en effet, une révolution a résulté de cette guerre, celle qui a commencé en Russie en 1917. Mais ce regard qui revient à dire « faire la politique du pire » ou laisser s’accomplir le pire parce qu’il contient une potentialité révolutionnaire. Oui c’est vrai mais c’est le pire ! Et le pire n’est pas acceptable. Jean JAURÈS s’oppose à BÉBEL en expliquant que s’il y avait en effet un potentiel révolutionnaire dans la guerre, il y avait surtout la certitude de la barbarie. C’est-à-dire que les sociétés qui deviennent violentes, du fait même de la guerre, non seulement connaissent des destructions inouïes – on a vu le bilan à la fin, j’ai évoqué nos deux millions de morts, nos trois millions de blessés, nos six cent mille invalides – il  y a cette destruction immense, cette privation immense d’intelligence, de savoir-faire, d’amour que contiennent les disparus et ceux qui sont frappés par leur disparition, il y a les destructions matérielles, mais il y a l’inoculation dans la société  de la mentalité de guerre, de l’idée qu’un conflit peut se régler par la violence et non par la démocratie, et non par la discussion, et non par la souveraineté du peuple.

JAURÈS a raison et d’une façon générale je crois que cela nous fait leçon. Les politiques du pire ne conduisent jamais à rien d’autre qu’au pire ! Il faut donc que ce que nous incarnons dans le temps et dans l’Histoire soit d’abord, fondamentalement, un message universel, valable en toutes circonstances. En toutes circonstances, nous disons que la paix est préférable à la guerre. Et que pour que la paix ne soit pas la prolongation sans fin d’un monde injuste, il faut donc que les peuples puissent disposer librement d’eux-mêmes et pour cela qu’ils disposent des moyens de la démocratie qui permettent de penser leur futur.

Et il faut qu’il y ait un ordre international. C’est une des leçons qui fut tirée de la guerre de 1914 avec la création de la Société des Nations dont, très vite, l’impuissance a été discernée. La preuve, elle n’a pas empêché la Deuxième guerre mondiale. Comment aurait-elle pu l’empêcher ?! Et ensuite nous avons eu l’ONU qui a été créée. C’est très discutable. On peut avoir, entre nous, des débats approfondis et légitimes sur la valeur de cette ONU. Mais c’est tout ce que nous avons !  Et si nous n’avons pas un ordre international garanti par la communauté des nations, alors nous n’avons rien et nous avons la libre confrontation  qui, pour finir, donne toujours raison au plus fort !

C’est pourquoi, dans de multiples circonstances, le débat que je suis en train d’évoquer a lieu. Et j’invite chacun d’entre nous à y réfléchir en ne se trompant pas, là encore, de colère. L’impuissance de l’ONU, les difficultés à y décider quelque chose, nous les connaissons ! Alors il faudrait se donner pour objectif d’étendre les compétences de l’ONU, la démocratiser, donner la possibilité d’intervenir sur une base qui ne dépende pas toujours de la volonté des plus forts, mais aussi, en même temps, combattre tout ce qui vient, dans l’ordre international, se présenter comme une alternative à cet ordre juridiquement établi qui est celui de l’ONU. Ou l’ONU, ou le G20 ou le G8 ! Mais pas les deux en même temps ! Le G20, le G8, sont des organismes illégitimes qui pourtant prennent des décisions pour tous les pays. Vous l’avez tous entendu…G8, ça veut dire qu’il y a huit pays. G20…ça veut dire qu’il y en a vingt. Il y a 195 nations dans le monde. Alors à huit, on décide pour tous les autres. À vingt, on va décider pour tous les autres ? Non, il y a l’ONU !

Nous devons donc, sans cesse, combattre ces substituts d’ordre international et la captation par les plus puissants du pouvoir de la décision. C’est EUX qui imposent cet ordre injuste au monde, qui en font une règle à laquelle personne ne pourrait se soustraire.

Et deuxièmement, nous devons refuser les alliances militaires offensives, du type de l’OTAN, d’abord inventées dans le cadre de la guerre Froide, comme un système d’alliances pour contrebalancer – disait-on – l’alliance des pays organisés autour de l’Union Soviétique et des autres pays qu’on appelait « du camp socialiste » entre guillemets.  Admettons ! Je dis « admettons » quoi que les Français ne l’aient JAMAIS admis.

Je veux rappeler que la France, sous un gouvernement qui n’était pas de gauche, quitta le commandement militaire intégré et que la France, pas sous un gouvernement de gauche, expulsa toutes les bases Nord-américaines qui étaient sur notre territoire. Cet exemple, semble-t-il, n’est gère médité. Avec pleutrerie et servilité, on s’est précipité de nouveau dans le commandement militaire intégré – qui ne commande strictement rien mais qui intègre beaucoup – c’est-à-dire que les Nord-Américains font bien ce qu’ils veulent, le décident quand ils veulent, font une doctrine du fait qu’ils ne tiennent pas compte de ce que dit l’ONU. D’ailleurs nous le savons tous, s’ils tenaient compte de ce que dit l’ONU, ils en feraient respecter les décisions, en particulier celles qui s’appliquent à eux lorsque, comme c’est le cas chaque année, l’ONU, à la quasi unanimité, vote contre l’embargo sous lequel est maintenue l’île de Cuba.

L’OTAN donc disais-je intègre, organise, la défense mondiale et impose, par exemple, à toute l’Europe, une organisation singulière de sa défense qui l’intègre dans le cadre général décidé par les Nord-Américains. Cela s’appelle « smart defense », une défense intelligente paraît-il !

J’ai dit que les Français n’avaient pas accepté une première fois de renoncer à leur pouvoir de décision mais en quoi consiste ce pouvoir de décision ? C’est celui du peuple. La première règle républicaine, c’est la souveraineté populaire. Il n’y a pas de domaine où la souveraineté populaire ne doit pas pouvoir s’exercer. Je veux rappeler que toute la guerre de 1914-1918, qui s’est achevée par une victoire, il faut quand même le mentionner, s’est déroulée sous commandement du Parlement et de l’autorité politique. Et chaque fois que l’autorité politique s’est dégagée en faveur des militaires, chaque fois la situation a empiré. Et il a fallu recourir à des méthodes de violence inouïe contre les troupes. Donc, nous devons rester maîtres de nos propres décisions, si nous ne voulons pas être entraînés dans des conflits qui ne sont pas le nôtres et des guerres que nous désapprouvons. Car celle de 1914 a commencé par une pelée obscure entre  l’Autiche et la Serbie, qui de là passa aux Russes, des Russes aux Allemands, des Allemands aux Anglais et aux Français.  Il faut que le peuple puisse rester souverain dans ces sortes de circonstances. Et nous devons veiller – comprenez pourquoi vous m’entendez protester à chaque fois – à ce que le Parlement, qui représente le peuple français, assume la responsabilité des conflits dans lesquels la France est engagée et ses armées. Vous observerez que dans les deux derniers cas, ce ne fut PAS le cas.

Alors on peut considérer que c’est une question subsidiaire que de savoir si l’on autorise ou non une intervention armée au Mali. Pourquoi ? Ou que c’est une question secondaire de savoir si, oui ou non, on s’engage en Libye. Pourquoi ? Est-ce que les conséquences de ces conflits ne sont pas générales, sur tout le continent dans lequel elles ont lieu, y compris sur nous les Français ? Bien sûr que non, il n’y a pas de petite guerre. Toute guerre relève de la souveraineté populaire et de la souveraineté républicaine.

On ne peut donc accepter plus longtemps la servilité qui nous conduit à nous mettre à la remorque des Nord-Américains qui sont une puissance économiquement déclinante, donc belliqueuse, paranoïaque et agressive. Qui espionne la terre entière et pour quelles raisons ? Ce n’est pas Cuba, ni moi ! C’est eux ! Qui entretient des prisons privées et secrètes sur le continent européen ? Eux ! Qui a installé tant de milliers d’hommes de troupes, tant de navires de guerre dans la Méditerranée avec laquelle ils n’ont aucune frontière commune ? Les États-Unis d’Amérique !

On me dit « c’est de l’anti-américanisme primaire ». Soit, je ferai de l’anti-américanisme « supérieur » quand il y en aura. Non, je réagis comme la tradition républicaine de mon pays me commande de le faire.  Les Français ne peuvent pas être d’accord pour être dirigés par qui que ce soit à qui ils n’ont pas confié cette responsabilité. C’est pourquoi je suis si mal content du fait que le nouveau Président ait eu pour premier acte international, non seulement d’aller signer les ineptes communiqués du G20 – après tout ! – mais surtout qu’il ait été signer, à Chicago, au mois de mai dernier, peu de temps après son élection, le document dans lequel les Français acceptent l’installation des prétendus boucliers anti-missiles que les Nord-Américains proposent d’installer sur notre continent et qui privent les Français de leur propre décision, de leur propre défense et de leur propre protection.

S’il vous fallait rêver, mes chers compatriotes, un instant, quel système d’alliance nous conviendrait ? Eh bien, nous pourrions en imaginer un, très facilement : celui qui réunirait tous les peuples du monde qui seraient d’accord pour partager la défense de leur souveraineté nationale et de leur démocratie. Point final. Sans aucun but de conquête ni de gendarmerie mondiale. Et nous serions, à ce moment-là, plus facilement portés vers nos alliés les plus naturels que sont, en particulier, les pays émergents, que cet incroyable attelage qui s’appelle l’OTAN !

Avez-vous réfléchi à ce point que notre plus LONGUE frontière n’est pas avec l’Allemagne, ni avec la Belgique. Elle est avec le Brésil. Nous avons près de 800 km de frontière commune à partir de la Guyane. Les départements français des Caraïbes – j’ai bien dit les DÉPARTEMENTS, tous sont départements par la volonté populaire exprimée par des suffrages – sont dans les Caraïbes. Vus d’Europe, on les appelle « ultra-périphériques ». Vus d’Amérique, ils sont essentiellement centraux.  Comment considérons-nous cet autre ordre du monde ? Comme ultra-périphérique ou comme essentiellement central ? Pour nous, les Français, c’est central ! Notre pays est le deuxième territoire maritime du monde. Notre pays est présent aux alentours des cinq continents, aussi bien en face de l’Australie avec la Nouvelle Calédonie, qu’en face de l’Afrique, côté Est, La Réunion, Mayotte, et de l’autre côté dans l’Atlantique. Nous sommes un peuple qui n’est pas un peuple occidental. Nous ne sommes pas liés à l’Occident. L’Occident est une fumisterie idéologique qui regroupe des Occidentaux aussi peu convaincants que des Japonais ! Et des peuples d’Europe. Nous ne sommes pas une nation occidentale. Nous ne sommes pas décrits par notre religion, nous ne sommes pas décrits par notre couleur de peau. Nous ne sommes même pas décrits par la langue française puisque 19 pays l’ont en langue officielle ! Nous sommes une nation politique universaliste. Notre vocation est d’être universaliste. Il n’y a pas de France possible dans ses propres frontières uniquement, autrement, qu’en étant une nation universaliste.

Ainsi quand le président SARKOZY avait dit que le premier danger qui pesait sur le monde était la confrontation entre l’Occident et l’islam, en lien avec la théorie stupide du « choc des civilisations » de Samuel HUNTINGTON qui sert de fil conducteur à l’OTAN et au comportement des Nord-Américains, il disait une absurdité qui n’avait aucune conséquence pratique en France autre qu’une guerre interminable entre Français. Et nous, les Français, nous devons y réfléchir avec soin. Nous sommes la grande nation politique habituée aux guerres civiles. Trois siècles de guerre civile, ouverte ou larvée, pour des raisons de religion, entre catholiques et protestants. Les premières persécutions de juifs en France ont eu lieu en l’an 1000, à Rouen. Nous n’avons pas eu autre chose comme choix que d’être une nation universaliste et républicaine parce que tout le reste a été essayé, le massacre mutuel, les conversions de force, la réduction de la France à un seul profil. Rien de tout ça n’a marché. Pas davantage que ne marchera une Europe qui ne repose pas sur la volonté individuelle de chaque citoyen vérifiant son pouvoir donné à ses députés et à son parlement. Chaque fois qu’on essaye de faire un ensemble politique sans le consentement des peuples et de la communauté politique  qui est impliquée, on ne débouche que sur une guerre ou civile ou entre les nations.

Ça vaut la peine de parler de tout ça à l’anniversaire de 14-18 ! J’ai dit la politique du pire ne nous mène nulle part. La politique qui tourne le dos à un ordre international accepté, décrit et reconnu, ne nous mène nulle part sinon à la guerre. Repérons ce qui, dans notre présent, ressemble si fort au passé, avec des moyens de destruction immensément plus importants qu’ils ne l’étaient à l’époque. Mais à l’époque, pour la première fois, on a fait la guerre industrielle. Pour la première fois, on s’est battu dans les airs parce qu’on a vu arriver les premiers avions de combat. Pour la première fois, on a vu arriver les chars, on a vu arriver les gaz, on a vu arriver des populations entières mobilisées pour combattre, des jours et des mois durant, dans la boue, tenant une tranchée plutôt que de céder ou de discuter de quoi que ce soit. Pendant des mois, les soldats ont essayé, à leur façon, tels qu’ils étaient, pauvres hommes, de jeter des ponts.

L’Histoire a retenu ces fraternisations de Noël mais l’Histoire a retenu surtout que la première insurrection victorieuse contre la guerre, C’EST la révolution de 1917 en Russie et qu’aucun argument lié à l’Histoire qui en résulta ensuite ne peut nous faire oublier que la révolution russe de 1917, c’est d’abord la réponse du peuple qui ne veut plus de la guerre. Et les Russes l’ont arrêtée. Et à partir de là, s’est propagé d’un pays à l’autre, sans qu’on sache vraiment par quel moyen, cet esprit qu’il y en avait assez de s’entre-tuer et l’on a vu les scènes de fraternisation se multiplier et c’est comme ça que recommencent, à partir de 1916, 1917, les causes qui ont conduit de 16 à 17 en Russie, lesquelles travaillent aussi les tranchées françaises et les tranchées allemandes. Et c’est en 1916 à la fin, en 1917 jusqu’à la victoire, que l’on voit réapparaître les mutineries de masse et les fusillades de masse. Et c’est le moment où l’on redonne au traître à la patrie qu’a été ensuite le maréchal PÉTAIN, à l’époque général, le droit de recommencer les tribunaux militaires dont on avait suspendu l’autorisation dès lors qu’il était devenu évident que c’était un prétexte à terroriser et à mater. On avait rétabli que les condamnations à mort repassaient par le bureau du Président de la République en vue d’éventuelles grâces. Deux mille cinq cent personnes ont été condamnées à mort dans les tranchées. Six cent ont été fusillées. La différence, ce sont des commutations de peine, certains ont été envoyés au bagne, d’autres ont été punis de toutes les manières possibles, mais du moins on ne les fusillait plus. Et lorsque la tension, les punitions politiques recommencent dans les tranchées, on recommence à fusiller des soldats pour l’exemple. C’est ce qui m’a fait dire qu’à mes yeux, le grand JAURÈS, qui résistait le premier, a été le premier assassiné pour l’exemple. Et n’oublions pas qu’il a été assassiné par un militant d’extrême droite.

N’oublions pas que si le 29 juillet, il y  a une manifestation gigantesque à Paris contre la guerre, le même jour, le grand JAURÈS a fait convoquer le bureau permanent de l’Internationale socialiste pour avoir la discussion. Et dans cette discussion, c’est Rosa LUXEMBOURG qui représente le SPD allemand. Elle est si vive, elle a tellement confiance en elle, qu’elle va peut-être créer une illusion. JAURÈS et les autres pensent que les Allemands n’entreront pas en guerre mais le débat avait lieu.

J’ai dit tout à l’heure certains disaient « la guerre est une opportunité pour la révolution » et JAURÈS répond « il n’y a que la barbarie qui soit sûre ». Mais il y a un deuxième débat : « quelle est notre force à nous, à nous les gens ? C’est que nous sommes le grand nombre. Comment peut-on empêcher la guerre ? Est-ce qu’il y a un moyen d’empêcher la guerre ? OUI, il y a NOUS !  Et c’est la réponse que fait JAURÈS, avec Rosa LUXEMBOURG et avec le délégué à l’Internationale socialiste du parti anglais. Les trois proposent, au congrès de Bâle, que le congrès mette à l’ordre du jour la grève générale pour empêcher la guerre. Cette question est terrible à l’époque. Les états-majors de chaque armée considèrent que l’ennemi de l’intérieur est plus dangereux que l’ennemi qu’il y a en face, parce que le premier empêche d’affronter le second ! C’est la raison pour laquelle les Socialistes et le mouvement révolutionnaire de l’époque partout son pourchassés. Et, comme je vous l’ai dit tout à l’heure, qu’ils compteront parmi les premières victimes des exécutions.

Le débat a lieu et encore une fois les arguments les plus spécieux sont utilisés pour qu’aucune décision ne soit prise. Au congrès de Bâle, en 1912, on décide qu’il faudra que « tous les moyens » soient mis en œuvre pour empêcher la guerre, on ne dit pas lequel ! C’était, déjà, pour faire la « synthèse » de tous les points de vue et maintenir l’unité, fut-ce au prix de l’ambigüité, laquelle est toujours une préparation de la trahison. Une vieille phrase dit qu’on ne sort de l’ambiguïté qu’à ses dépends. Eh bien, tout dépend qui l’emporte. On aurait pu sortir de l’ambiguïté par la grève générale MAIS le congrès de Iéna de 1913 du SPD, le parti allemand, décide qu’on n’utilisera pas la grève générale comme moyen contre la guerre alors, à ce moment-là, JAURÈS sait que la guerre aura lieu. Parce que s’il n’y a pas la grève générale, il y aura la guerre. Pour la raison que les états-majors savent que l’ennemi n°1 pour eux est déjà domestiqué. Et c’est d’ailleurs le SPD allemand, lorsque la guerre est déclarée entre Autrichiens et Serbes, entre Russes et Autrichiens, c’est le SPD allemand qui prévient, dans la journée du 30 juillet, l’état-major et le gouvernement – le gouvernement plus directement qui prévient l’état-major – que le SPD ne provoquera pas de grève générale si la guerre a lieu. JAURÈS est assassiné le même jour.

Mes ami-e-s, mes camarades, mes chers concitoyens, réfléchissez à cet incroyable accomplissement de la nécessité historique sur des questions théoriques les plus abstraites qui, à un moment donné, se réalisent concrètement dans ce fait : qui résiste ? et qui cède ? Il faut avoir la volonté de FER de ceux qui sont prêts à tout perdre plutôt que de céder sur ce qui paraît essentiel pour protéger la paix et l’intérêt général et la nature républicaine de l’avenir en commun. JAURÈS en est mort et peu importe ce que l’on pourra dire après de ce qu’il aurait fait. Il est mort  et il a été assassiné ! Il a été assassiné pour faire taire les ouvriers français, pour faire taire les syndicalistes français et pour permettre que se fasse la sale besogne d’envoyer tout le monde au front se tirer les uns sur les autres. Mais la responsabilité à cette époque, dans nos rangs, du mouvement socialiste allemand ne peut pas être passée sous silence car sinon on n’apprend jamais rien. Sous prétexte d’amitié – bien sûr que nous sommes amis !, bien sûr que nous sommes frères avec les travailleurs, les syndiqués, les salariés et le peuple allemand – mais nous ne le sommes pas davantage aujourd’hui que nous ne l’étions alors de leurs capitalistes et de leur politique pourrie qui conduit cette Europe-ci, celle que nous avons sous les yeux, au même désastre politique que celui qui s’est amorcé en 1914 aussi bien qu’ensuite en 1939 ou 40.

Ce sont des mécanismes similaires qui sont à l’œuvre et lorsque je vois l’Internationale socialiste tomber à genoux au premier jour de l’attaque de la finance internationale contre la Grèce, je dis c’est un signal politique majeur qui a été donné à toute l’Europe. Et lorsque je vois nos camarades du SPD allemand entrer dans le gouvernement de Mme MERKEL, je sais qu’à partir de là c’est un désarmement unilatéral de ce qu’il reste de « gauche » en Europe dans le cœur le plus important de l’Europe actuelle puisque économiquement paraît-il le plus dominateur alors même que les causes qui travaillent en profondeur le reste des peuples travaillent aussi l’Allemagne où il y a plus de pauvres qu’en France, où les salaires sont plus bas en moyenne qu’ils ne le sont chez nous etc. etc.

Un désastre est en train de mûrir et ce désastre a son point de verrouillage, c’est la politique économique, ce sont les politiques d’austérité, c’est une Union européenne qui impose DE FORCE aux peuples des politiques dont ILS ne veulent pas ! Et lorsqu’ils ne veulent pas, lorsque leurs députés disent qu’ils ne veulent pas l’appliquer, comme ce fut le cas à Chypre, lorsqu’il ne s’est pas trouvé une seule voix dans le Parlement pour voter le plan décidé par l’Union européenne et la troïka, alors le banquier central, parce qu’il est indépendant, a décidé de supprimer à Chypre, toute circulation de la monnaie. C’est un acte de GUERRE qui a été commis par un banquier central mais c’est un petit pays alors on n’en parle pas ! Lorsque, enfin, ayant un sursaut de dignité, le Premier Ministre grec décide qu’il ne veut plus appliquer et qu’il va demander l’avis du peuple et provoquer un référendum, en 24 heures il est limogé et un autre prend sa place.

Ce sont des faits que vous avez eu sous les yeux mes chers concitoyens. N’écoutez pas les voix qui cherchent à vous endormir, que tout se passe dans un monde tranquille, où les choses finiront par s’arranger du moment qu’on se tait sur l’essentiel et qu’on s’arrange sur le reste en cachette.

Le SPD allemand, en 1913, à son congrès de Iéna, refuse la grève générale comme moyen d’arrêter la guerre. Iéna, 1913. Et le mouvement socialiste français, en juillet 1914, vote encore un amendement proposant la grève générale. Quel raisonnement fut opposé à ceux qui tenaient pour la grève générale ? Il avait sa cohérence comme toujours. Les mauvaises raisons ne se signalent pas par l’absence de raisonnement. On disait, du côté des Socialistes allemands, « oui mais vous comprenez, si nous décidons la grève générale, comme nous nous sommes très forts nous paralyserons tout en Allemagne mais vous, comme vous n’êtes pas très fort et que vous n’avez pas un syndicalisme très fort – disaient-ils à propos des Français – vous n’empêcherez rien ! Si bien que la grève générale aura un seul résultat, la défaite de l’Allemagne. Raison pour laquelle ces Socialistes-là, si spéciaux, ont décidé qu’ils ne feraient pas la grève générale. C’est-à-dire qu’on aurait la guerre ! Et ils ont quand même eu la défaite de l’Allemagne.

C’est pourquoi il faut toujours regarder à deux fois sur les raisonnements nationalistes qui se prétendent pleins de bonnes raisons et pleins d’intelligence. Il aura fallu un massacre immense pour que non pas la raison mais la force finisse par l’emporter et dans des conditions telles que les conditions de la guerre suivante ont été préparées instantanément. C’est le traité de Versailles où ceux qui avaient dominé parce qu’ils avaient gagné la guerre ont imposé des frontières et une organisation de l’espace géographique qui portait en lui-même de nouveaux conflits. À commencer avec les Allemands. Et deuxièmement parce que, comme la crise avait une origine dans les obstacles internes que rencontrait le capitalisme, il est clair qu’une fois que de nouveaux secteurs, de nouveaux pans entiers d’Europe échappaient au marché capitaliste – ce fut le cas avec l’URSS – et qu’aucune des contradictions de base du système n’avait été réglée, par conséquent tout était prêt pour que ça reparte. Et ça repart !

La crise majeure qui suit, elle est en 1929, c’est-à-dire à peine 15 ans ! 14-29. Tout ça va très vite mes ami-e-s. Très vite. La crise suivante a lieu en 1929 et elle prépare, vous le savez tous – je ne vous fais pas l’injure d’un cours d’histoire – de 29 directement à 1940 ! En transitant par les mêmes mécanismes d’embrigadement populaire pour opposer les peuples les uns aux autres, et les diviser en profondeur. Diriez-vous qu’ils ne sont pas à l’œuvre aujourd’hui ? Bien sûr que oui ! Et vous les avez sous les yeux.

*

Ce détour par l’Histoire est destiné à appeler chacun à réfléchir profondément sur les grandes questions politiques qui paraissent d’abord abstraites mais qui déterminent le cours stratégique de la lutte et des responsabilités que nous avons.

La première d’entre elles est de faire vivre le débat. Nous commémorons pour réfléchir. Pas pour arrêter de réfléchir ! Nous commémorons pour nous permettre de célébrer, c’est-à-dire en toute connaissance de cause, dire « pour finir, c’est JAURÈS qui avait raison ! ».

J’aurais préféré moi que François HOLLANDE ne se contente pas de le mentionner au détour d’une phrase et surtout qu’on n’aille pas chercher Charles PÉGUY à citer parmi ceux qui croyaient que c’était « la der des der », ne serait-ce que parce que  PÉGUY avait outrageusement insulté JAURÈS. Il l’avait traité, évidemment, de « trompette de la trahison », il l’avait traité « d’allié des Allemands ».

Qu’elle est terrible cette Histoire, mes ami-e-s, mes concitoyens, qui vous montrent comment les puissants pourchassent jusqu’à la mémoire de ceux qui nous représentent. Souvenez-vous qu’au procès pour l’assassinat de JAURÈS, son assassin fut acquitté. Et comme il a été acquitté, c’est la veuve de JAURÈS qui a payé les frais de justice. Jamais ils ne nous ont lâché. Pendant des années, on a vu, dans les caricatures, Jean JAURÈS hirsute, car évidemment tout tribun de gauche est une bête furieuse, qui ne se contrôle pas, qui est en colère, eux sont intelligents, ils sont subtils, ils sont fins ! Nous, nous sommes la variante de l’animalité ; nos femmes paraissent sur les barricades dépoitraillées, cheveux au vent, nos hommes sont avinés la plupart du temps, raison pour laquelle Jean JAURÈS est toujours représenté en caricature avec une bouteille de vin de messe dans la poche. Parce qu’en plus, à leurs yeux, nous sommes des hypocrites. On lui disait « comment Monsieur JAURÈS, vous êtes pour la laïcité mais vos enfants ont fait la communion. Vous êtes donc un hypocrite ». C’est-à-dire que dans un acte intime où Jean JAURÈS avait fait la preuve de sa tolérance et de son amour pour son épouse qui, elle, était croyante, c’est ça qu’on lui reproche à lui qui ne l’était pas. Vous voyez ? Tout est bon, quoi qu’on dise, quoi qu’on fasse, contre nous. Et chacun de nous le sait bien. Dans son entreprise, dans son environnement, la tête dure est toujours montrée du doigt. Et du matin au soir, on lui montre un miroir et on lui dit « tu vois comme tu as la tête dure et combien tu n’es pas belle, combien tu n’es pas beau ! ». À la fin, quelque chose du miroir finit par vous déteindre dessus  si vous n’êtes pas capable d’utiliser vous-même le contre poison qui est l’arme de la raison et la certitude d’avoir toujours une attitude déterminée par la raison et la connaissance.

Le savoir se suffit à lui-même, même au milieu des imbéciles ! Et surtout au milieu d’eux !

Ça m’amène à ce point puisque j’ai dit qu’il faut célébrer. Je viens à la question des fusillés pour l’exemple. Puis j’arrêterai mon propos.

J’ai lu que c’était une question douloureuse et qu’il fallait l’aborder avec un esprit de réconciliation. Je voudrais savoir pour qui elle est douloureuse. Je n’ai pas compris. Elle est douloureuse pour notre mémoire à tous. Un esprit de réconciliation ? Quelqu’un est fâché ? Qu’il le dise et qu’il dise pourquoi. Il n’est pas question de réconciliation. Il est question d’autre chose. Nous sommes un siècle après. Nous pouvons regarder ces évènements pour en tirer des leçons.

Pourquoi faut-il réhabiliter tous les fusillés ? Parce qu’on ne peut en même temps dire, comme l’a dit le chef de l’État, « les morts n’ont plus d’uniforme, ils sont tous traités avec respect »…sauf ceux-là ! La guerre charriait de tout : du courage, des fois de la lâcheté – oui, il y a des lâches – pas seulement parmi les fusillés mais parmi les fusillés il n’y avait pas que des lâches ! C’est même SARKOZY, Nicolas SARKOZY, Président de la République, qui a dit « je veux attester du fait que parmi ceux qui furent condamnés, tous n’étaient pas des lâches, bien loin de là ! ». En fait, nous n’en savons rien car ce ne sont pas des jugements qui ont été prononcés, mes chers concitoyens. Vous ne savez pas qui a été condamné pour quoi. Vous ne le savez pas. Une bonne partie des archives a disparu. Il y a eu au moins deux ou trois cas de ce qu’on appelait la décimation, qui vient de l’exemple des armées romaines, un-deux-trois-quatre-cinq-six-sept-huit-neuf-dix t’es mort !… un-deux-trois-quatre-cinq-six-sept-huit-neuf-dix, t’es mort ! Deux ou trois cas où l’on a procédé de cette manière pour réduire les mutins parce qu’on ne savait pas qui attraper ! Et quand il y avait une compagnie entière ou un groupe de soldats qui, tout d’un coup, ou ne voulaient plus sortir de la tranchée parce qu’on l’avait déjà fait sortir deux ou trois fois, surtout parce qu’il y avait dedans des têtes dures. Alors ils refusent de sortir. On ne peut pas fusiller tout le monde alors on en prend un au hasard – non pas au hasard ! – on prend la grande gueule, on prend le petit tribun, on prend celui qui donne du courage aux autres et qui leur dit « on va résister, on ne va pas se laisser faire, on ne veut pas mourir, on a peur ». Bien sûr on  a peur ! Ah ce n’est pas formidable d’avoir peur, surtout à la guerre, mais c’est humain non ? Et on a des raisons de ne pas vouloir mourir !

On a donc assassiné des gens. Il est bien possible qu’il y ait eu au milieu, ici ou là, il y a des gens qui ont été condamnés pour droit commun – très peu ! Sur tous les jugements, il y a un condamné pour viol. Et les autres ?

Nous devons prononcer la réhabilitation pleine et entière de TOUS les fusillés pour dire aux Français quelque chose d’important. On ne dit pas qu’il faut se soustraire au devoir. Écoutez, c’est extraordinaire, eux ont été fusillés, pas PÉTAIN ! Pourtant PÉTAIN les a fait fusiller pour l’exemple. Et lui, on ne l’a pas fusillé ! Je ne dis pas qu’il fallait le faire, il a été condamné puisque c’est un traître à la patrie pour collaboration avec l’ennemi. Mais quand même ! Alors on respecterait tous ceux qui sont tombés sauf ceux-là ? Non !

Et deuxièmement parce qu’on doit faire réfléchir notre peuple. Si l’on doit se soumettre tous au devoir commun lorsque le pays, par la voie de ses représentants, en a donné l’ordre, c’est ça la démocratie ; la démocratie ça ne vous impose pas de penser d’une manière ou d’une autre, c’est une manière de prendre une décision, ce n’est pas pareil ! Eh bien on accomplit son devoir mais dîtes donc, c’est très intéressant ça ! Est-ce que tout le monde accomplit son devoir, aujourd’hui, Monsieur le Président de la République, dans la guerre économique à laquelle vous voulez nous faire participer ? Ou est-ce que, comme d’habitude, les plus puissants ne sont pas les plus planqués ? Est-ce qu’ils ne sont pas ceux qui payent le moins l’impôt ? Est-ce qu’ils ne sont pas ceux qui démolissent les péages ? Bon, je ne vais pas m’étendre davantage sur le sujet puisque c’est la guerre dont nous parlons.

Mais enfin nous devons dire au peuple français, en toutes circonstances, il y a des principes intangibles. Et nous pouvons le dire maintenant, un siècle après, parce que nous ne blesserons plus personne individuellement comme peut-être nous l’aurions fait à d’autres moments. Mais à d’autres moments, d’abord les anciens combattants furent les premiers à demander la réhabilitation d’un certain nombre de fusillés. Alors nous, pris de pudeur que les intéressés ne connaissaient pas, nous refuserions d’en parler ? Non, il FAUT en parler ! Pour dire quoi ?

Premièrement : en TOUTES circonstances, il faut récuser les tribunaux spéciaux. En TOUTES circonstances, il ne peut y avoir d’autre justice que la justice telle que nous en avons délibérée. Il ne peut y avoir de pouvoirs spéciaux, à plus forte raison lorsqu’ils se présentent sous la forme de trois officiers instruisant sans défense, dont ce n’est pas le métier de faire les juges.

Deuxièmement que nous devons êtes vigilants face aux lanceurs d’alerte.  Et cesser de les maltraiter pour le seul fait qu’ils troublent notre tranquillité. Car enfin, ces lanceurs d’alerte-là, savaient qu’ils seraient fusillés. Je voudrais le rappeler à tout le monde. Ceux qui ont refusé d’obéir savaient qu’ils seraient fusillés. C’est donc avec une conscience particulièrement élevée qu’ils agissaient comme ils agissaient. Peut-être que les premiers ne le savaient pas mais les suivants si ! Car, comme vous l’avez peut-être appris, les exécutions se faisaient sur le front des troupes et la nouvelle était ensuite envoyée au village. C’est donc bien une politique de terreur qui était organisée.

Voilà ce que je voulais vous dire sur le sujet. Je crois qu’il faut les réhabiliter tous pour qu’on réfléchisse à ce que signifie le devoir d’obéissance. Ce n’est pas une question simple. Des fois, il faut désobéir. Et c’est à ce moment-là que vous êtes un être humain. Sinon vous êtes un rouage. Je ne dis pas « il faut désobéir par principe » mais je dis « il faut y réfléchir ». Quelles sont les règles d’action qui commandent nos vies ?

Oh je pourrais citer des exemples héroïques de la Deuxième guerre. Les « Justes » avaient-ils raison ou tort ? La question est tranchée. Ils avaient raison. Ils désobéissaient.

Mais l’expérience plus récente m’a confronté, comme militant politique, à des questions de cette sorte. Ceux qui désobéissent parce qu’ils fauchent un champ d’OGM en plein air, doivent-ils obéir ou désobéir ? Qui a raison dans cette circonstance ? Il y a une raison. On n’obéit pas à des ordres qui n’ont pas été délibérés par la souveraineté. Qui a décidé qu’on pouvait en faire en plein air ? Personne donc on peut désobéir.

Mais j’ai vu d’autres cas plus graves. Je me suis engagé profondément dans la lutte contre les dictatures de l’Amérique Latine. Lorsque nous avons fini par vaincre les dictateurs, et que nous avons enfin pu les traîner devant des tribunaux, pour les juger, nous avons vu des gens défiler à la barre et quand on leur demandait pourquoi ils avaient fait ce qu’ils avaient fait – des actes abjects, quelque chose que seule l’humanité est capable de faire parce que les animaux n’ont pas ce genre de comportement violent, cruel et sadique – Pourquoi avaient-ils torturé en masse leurs propres compatriotes ? Pourquoi en avaient-ils jeté depuis des hélicoptères avec des fers attachés aux pieds pour qu’ils se noient ? Pourquoi en avaient-ils torturé pendant des heures ? Pourquoi avaient-ils confisqué des enfants pour les distribuer ? – ces actes inhumains, barbares, fondamentalement barbares – qu’est-ce qu’ils répondaient, mes chers concitoyens, quel était leur argument à ce moment-là, confrontés à l’horreur de leur crime que peut-être ils ne voulaient plus voir ? Ils répondaient : « c’était le devoir d’obéissance ». Ils ont répondu : « c’était le devoir d’obéissance ». J’ai entendu, pendant le procès du général VIOLA, défiler je ne sais combien de militaires. Ce n’est pas à la fonction que je m’adresse mais aux hommes ! à l’individu qui est sous chaque uniforme, sous chaque responsabilité, à la personne humaine, à sa morale…

Devoir d’obéissance…devoir d’obéissance. Vous jetez des hommes à la mer ? Oui devoir d’obéissance. Vous les tabassez à l’électricité toute la journée ? Oui devoir d’obéissance. Devoir d’obéissance. Bien sûr, ce sont des crimes abominables. Vous croyez que parce qu’ils sont abominables, ils sont évidents ?  Que doit faire celui qui aiguille le train qui va vers le camp de la déportation ? Pas de pot, on sait où il est et on sait que c’est lui. Il doit empêcher le train d’arriver. Sinon, devoir d’obéissance.

L’obéissance est un acte conscient. J’obéis pour ma part aux lois parce que j’ai décidé de le faire, pas parce que j’ai peur de la punition. Parce que je crois que c’est la seule manière que nous avons de vivre ensemble. Je me soumets à la démocratie. 51 ont raison contre 49, ce n’est pas évident du tout mais j’accepte ! C’est pourquoi je respecte les lois qui sont décidées en dehors de moi. Mais mon devoir de conscience morale, d’être humain, avant toute chose, et de composante de l’humanité, s’impose à moi par-dessus tout.

Comme disait MONTESQUIEU, je ne vais pas vous citer ROBESPIERRE, MONTESQUIEU : « Avant que d’être Français, je suis un être humain ». ROBESPIERRE, lui, vous aurait dit : « Avant que d’être Français, nous sommes d’abord porteurs de droits universels ET citoyens ».

*

Il faut finir. Je vais le faire avec deux textes. Tous ces jours, je me chantais la chanson que vous connaissez : « Ils étaient usés à quinze ans…ils finissaient en débutants…et tout ce mois s’appelait décembre » hein ?

Et le refrain, vous le connaissez ?

« Pourquoi ont-ils tué JAURÈS ? Si par malheur il survivait…c’était pour partir à la guerre… c’était pour partir à la guerre. Demandez-vous, belle jeunesse, le temps de l’ombre, d’un souvenir, le temps de souffle d’un soupir, pourquoi ont-ils tué JAURÈS ? Pourquoi ont-ils tué JAURÈS ? »

Peut-être qu’après mon exposé, certains auront trouvé des réponses à la question, ou ils la connaissaient déjà ! Et moi, je veux faire vivre sa grande voix encore ! Le 31 juillet, c’est le dernier jour pour JAURÈS. L’après-midi, il va se prendre une balle dans la tête. Le restaurant Le Croissant d’or. Son assassin porte bien son nom, il s’appelle Raoul VILLAIN, hasard de l’Histoire mais en France c’est comme ça ! Celui qui a tiré sur ROBESPIERRE s’appelait MERDAT. Voilà !

Voilà ce qu’écrit JAURÈS. Tout est en train de partir en morceaux. Il le sait. Il le sait depuis un bon moment vous savez ! Moi j’ai lu des textes de lui. Je le vois quand il fait son voyage en Amérique Latine. Le bateau de son frère saute à Toulon. Tout le monde l’accuse : » Monsieur JAURÈS, c’est pas étonnant, c’est son frère qui a fait sauter un bateau »,  bon bref… Accusation absurde, grotesque. JAURÈS dit « les sangsues de la rumeur, les limaces de la rumeur », la calomnie. On connaît ça, ça ne s’est pas arrêté comme procédé ! Il est là dans cette angoisse. Il fallait quinze jours à cette époque-là pour arriver jusqu’à l’Argentine où il allait faire des discours magnifiques. Cette angoisse que la guerre éclate en Europe et que lui soit là-bas.  Déjà que sa vie personnelle est en miettes. Il dit à sa femme, avant de partir : « aimez-moi quand même un peu !». Il sait bien que ce n’est pas une vie qu’il a là, de courir partout. Vous savez ce qu’il allait faire en Argentine ? Chercher des sous pour l’Humanité. C’est vous dire que ça fait un moment que le problème des sous est posé !

Et là, il écrit dans l’Humanité. Et je les fais miennes et vous-mêmes aussi, quand vous entendrez ces lignes, vous les ferez vôtres. Voici ce qu’il dit, avant l’immense tuerie qui va avoir lieu, quelques heures avant d’être assassiné, il pensait ça. Et parce qu’il était, à ce moment-là, comme chacun de vous l’est, à sa façon, là où il est, femme, homme, le point d’appui des autres, celle ou celui vers lequel les autres se tournent pour savoir quoi faire. C’est une responsabilité que chacun d’entre vous doit accepter – je ne vous fais pas la leçon ! – et non pas subir. Nous avons à être fiers d’être la poutre sur laquelle les autres s’appuient. Si nous n’y sommes plus, alors il n’y a plus rien. C’est pour ça qu’ils l’ont tué. Pour qu’il n’y ait plus rien.

Voici ce qu’il disait :

« C’est à l’intelligence du peuple, c’est à sa pensée que nous devons aujourd’hui faire appel si nous voulons qu’il puisse rester maître de soi. Refouler les paniques, dominer les énervements et surveiller la marche des hommes et des choses pour écarter la race humaine de l’horreur de la guerre. Le péril est grand mais il n’est pas invincible si nous gardons la clarté de l’esprit, la fermeté du vouloir, si nous savons avoir à la fois l’héroïsme de la patience et l’héroïsme de l’action. La vue nette du devoir nous donnera la force de le remplir.  Ce qui importe avant tout, c’est la continuité de l’action. C’est le perpétuel éveil de la pensée et de la conscience ouvrière. Là est la vraie sauvegarde. Là est la garantie de l’avenir ».

Vive la République. Vive la France !