Archives pour la catégorie 07- Fiction et prospective

– Billets dans lesquels j’imagine des situations ou des conversations fictives,
– Billets dans lesquels j’envisage des situations ou des conversations qui pourraient exister dans l’avenir.

Va-t-on entrer dans une longue nuit ?

Je vous préviens d’entrée de jeu : je suis furieux et je suis écoeuré. Ces quelques lignes reflètent sans doute mon état d’esprit du moment. Et ce moment ne date pas d’aujourd’hui. Il a une ancienneté de quelques semaines. J’ai tu jusqu’au 1er tour des Législatives ce que j’avais à l’esprit et je ne suis pas trop intervenu car je ne partageais pas l’optimisme béat de certains des nôtres. Je sentais le vent mauvais souffler et pas dans notre intérêt. Les résultats de dimanche dernier ont prouvé que mes intuitions étaient fondées. Je suis navré de vous dire que j’ai les mêmes ce dimanche. Je pense même que ce soir sera encore pire pour nous !

*

Si nos électrices et électeurs désertent encore les urnes en ce second tour comme il semble bien que ce soit le cas, s’ils ne viennent pas en masse contre-balancer la vague Macron annoncée pour tenter de rectifier le tir et de réduire le raz-de-marée à une simple forte vague, alors ce soir ce sera un tsunami. Nous aurons grosso modo un ratio 70-30 dans la plupart des circos en faveur des candidat-e-s de Macron, quand ce ne sera pas davantage.

Je suis écoeuré. Et désespéré de constater cette irresponsabilité de nos propres électeurs d’il y a un mois.

Ils le veulent donc tant que ça le pouvoir absolu de Macron ?

Eh bien ils l’auront. Les uns semblent subjugués comme les illuminés d’une secte devant leur gourou, les autres sont d’incorrigibles idiots qui ne croient pas qu’il soit possible d’agir d’une quelconque manière contre ce qui s’annonce et ne réalisent donc pas que désertant les urnes, c’est eux, et eux seuls, qui vont être la cause du désastre. Ils sont vraiment à baffer !

Je ne parle pas des abstentionnistes de longue date qui n’ont pas davantage de raison de se prononcer cette fois-ci qu’ils n’en ont eue la fois – les fois – précédentes, au regard de ce qui, à leurs yeux, justifie leur choix d’abstention. Non, je parle de celles et ceux qui ont voté Mélenchon au 1er tour de la présidentielle. Ce sont 7 millions de personnes qui l’ont fait. Or seuls 2 millions ont soutenu des insoumis dimanche dernier. Vous le voyez le gigantesque écart ?

Oui, Mélenchon dans son discours de Marseille, jeudi soir, a eu raison de tancer vertement ces abstentionnistes-là. Car ils portent une immense responsabilité dans le funeste premier tour et s’ils ne changent pas d’avis aujourd’hui, s’ils ne votent pas pour les candidat-e-s France insoumise, alors ils seront complices de tout ce qui adviendra dans les prochains mois et années. Or, en France, le droit pénal punit autant les complices que les auteurs des crimes. Pour ma part je considèrerai que les abstentionnistes des Législatives mériteront la même rigueur dans le jugement à leur égard.

A cause d’eux, c’est nous tous, par millions, par dizaines de millions, qui allons déguster comme jamais !

Quand bien même nous, INSOUMIS-E-S ne pouvions désormais plus prétendre obtenir une majorité fut-elle relative, et donc encore moins diriger le gouvernement, tout cela parce que celles et ceux qui ont mis Mélenchon si haut en avril n’ont pas daigné confirmer leur vote au 1er tour des Législatives, nous pouvions encore amoindrir la force de Macron en lui opposant un groupe constitué de très nombreux députés insoumis et en refusant d’élire systématiquement les candidats Macron, même contre des candidats LR.

Or, je pressens que les résultats de ce soir seront encore plus nets que dimanche dernier. Encore plus violents. Encore plus cruels. Encore plus incompréhensibles. Et peut-être même inattendus pour le nouveau pouvoir. Macron pourrait bien avoir 450 députés, voire plus encore, si les électrices et électeurs français jeunes et populaires qui avaient défendu leurs intérêts et les nôtres en même temps que l’intérêt général en votant Mélenchon au 1er tour de la Présidentielle se désintéressent du scrutin législatif et refusent d’y prendre leur part. S’ils refusent le funeste projet que Macron envisage de mettre en oeuvre, qu’ils soutiennent nos candidats insoumis-e-s partout où il y en a encore qui sont en lice. S’il n’y en a pas, qu’ils votent contre les candidats de Macron, sauf là où l’opposant est encore plus détestable : je pense à Éric Ciotti à Nice par exemple…

Il ne faudra pas venir pleurer demain et les jours d’après, les semaines d’après, les mois et les années d’après si la France entre ce soir dans ce régime du parti unique du Président et d’une armée de député-e-s dont les deux caractéristiques seront d’une part la nullité crasse qu’on a commencé à discerner ces derniers jours pour nombre d’entre eux, et d’autre part – et surtout – la volonté de « finir le travail » pour normaliser complètement la France ; c’est-à-dire en faire un pays totalement soumis aux multinationales, au capitalisme le plus cruel et à l’atlantisme le plus écervelé. Cette normalisation, c’est-à-dire l’effacement complet, définitif de l’oeuvre du CNR a commencé dès les années 70 avec Pompidou et Giscard. Mitterrand a pris sa part du travail, surtout dans son second mandat. Puis Chirac a continué, quoique de façon timide. Puis Sarkozy a accéléré massivement, suivi par Hollande qui a fait une grosse partie du travail restant.

Macron a été désigné par les véritables décideurs pour aller au bout du bout. Et il va s’y employer, quand bien même il se carboniserait en peu de temps. Ne doutez pas que l’oligarchie saura trouver un autre pantin pour lui succéder le jour où Macron sera devenu nuisible à ses intérêts. Ce même pantin, homme ou femme, sera adoubé de la même façon que Macron, et le peuple marchera avec elle ou avec lui comme il le fait aujourd’’hui avec le Jupiter élyséen.

Au terme de son mandat, si celui-ci va à son terme, je doute qu’il demeure un hôpital public, une école publique, des transports publics, des régies publiques de l’eau.

Et il n’y aura sans doute plus non plus de statut de la fonction publique, sinon en droit, du moins en pratique. Celui-ci aura été réduit à peau de chagrin après externalisation et privatisation des derniers services publics et placardisation des “refuzniks” (ceux des fonctionnaires qui n’accepteront pas de passer dans le privé). Il y a déjà eu l’expérience de La Poste et de France Telecom. Ils savent faire. Ils sont rodés. Et ils n’attendent que ça !

Il n’y aura plus de CDI non plus bien évidemment mais seulement des contrats à la tâche, entièrement décidés par les employeurs, lesquels se trouveront sous pression soit de leurs actionnaires, soit de leurs donneurs d’ordres, soit de la concurrence…

Le Pôle Emploi sera remplacé par UBER SAS.

Les loi HARTZ (du nom du ministre du Travail allemand de Gerard Schröder) serviront de modèles pour refaçonner le droit du travail en France. Et comme ces lois ne vont pas assez loin aux yeux des intégristes du capital qui pullulent autour de Macron, eh bien nous innoverons avec des dispositions encore plus ambitieuses… On attend avec impatience les jobs à 1 euro de l’heure…

La politique fiscale sera celle que les mandataires de Macron exigent depuis des décennies : un impôt sur les plus riches (ou sur ceux qui « créent des richesses » comme ils disent) ramené à presque plus rien pour que les employeurs ne soient pas dissuadés d’embaucher…

Mais comme la lutte contre le terrorisme coûtera de plus en plus cher, il faudra bien que des impôts rentrent quand même dans les caisses de l’État. Donc le petit peuple sera mis à contribution – saigné serait plus juste – bien plus encore qu’aujourd’hui. Là encore, ils ont expérimenté le modèle en Grèce. C’est à notre tour d’y passer… Cela va commencer avec l’augmentation de la TVA et de la CSG en attendant d’autres idées « innovantes » pour faire casquer les plus nombreux…

Pour réduire la dette, je ne doute pas qu’ils ont bien des choses à vendre. Et comme ce seront leurs amis qui les achèteront, quand ils nous l’expliqueront, ce sera forcément pour nous montrer quel cercle vertueux ces politiques incarneront… Je serais curieux de découvrir la liste de tout ce qui va être mis en vente dans les prochaines années… Je pense que l’on pourra dire que dans le périmètre de l’État ou de la sphère publique “Tout doit disparaître”…

Vous avez bien saisi également que notre régime politique va aller au bout de ses pires dispositions et tout ce qui, dans la 5e République, ne correspondrait pas aux desiderata de Macron, sera réformé. Ils pourront aisément changer la constitution vu la majorité qu’ils auront et les dispositions de ce peuple qui va lui offrir un triomphe. Et n’escomptez pas qu’il vous organise un référendum. La majorité République en marche sera telle qu’ils pourront prétendre avoir toute légitimité. Après tout, les député-s REM seront bien élu-e-s. Ils ne vont pas faire un putsch ! Voyez-vous, le régime de la 5e République va peut-être évoluer mais pas vraiment dans le sens que nous souhaitons…

Il est amusant de constater qu’alors que l’Allemagne ou nos voisins européens sont si souvent cités comme références, en matière de régime politique, l’Allemagne n’est plus si géniale que cela à leurs yeux… Et oui ! Car si nous avions le système politique qu’a l’Allemagne, jamais il n’y aurait une force de 400 ou 450 députés Macron. En Allemagne, il y a une large influence du scrutin proportionnel. Au Royaume-Uni, même si le mode de scrutin majoritaire à un seul tour est très contestable au plan démocratique, il y a une coutume de longue date qui veut que les exécutifs en exercice qui se sentent contestés anticipent les élections générales et redonnent la parole au peuple pour qu’il décide des nouvelles orientations. Cela vaut aussi à un certain degré en Italie et en Espagne. Il n’y a que la France qui cumule, avec son régime mixte, à la fois les inconvénients du régime présidentiel et du régime parlementaire sans avoir aucun de leurs avantages…

Question diplomatie, la France deviendra le fer de lance de l’impérialisme de l’empire occidental et le principal bras armé de l’OTAN. Et nous verrons sous peu revenir les soldats des États-Unis dans des bases permanentes en France.

Nous irons plus loin encore dans le nucléaire et dans la dévastation de notre écosystème terrestre.

La menace de rébellion ouverte du peuple est néanmoins prégnante depuis des années si bien que l’État a largement équipé d’armes en tout genre sa police, sa gendarmerie et son armée. Ces armes sont clairement destinées à empêcher une révolte massive qui pourrait dériver en insurrection révolutionnaire.

Au delà des armes, il y a l’arsenal juridique. Déjà, depuis des années, le droit s’est enrichi de toute une série de dispositions de nature à protéger le système contre un soulèvement d’ampleur révolutionnaire. Et la prétendue lutte contre le terrorisme sert depuis 2001 de prétexte à ce que sans cesse le droit soit modifié dans le sens de l’ordre et de la sécurité. Nous perdons chaque année des libertés et chaque année, de nouvelles menaces justifient pour le pouvoir de nouvelles restrictions. Les actes terroristes sans cesse renouvelés servent bien évidemment les États qui ensuite réussissent sans difficulté à pousser plus loin le régime policier avec l’assentiment du peuple. Il faut bien lutter contre les terroristes ma bonne dame ! Et puis si l’on n’a rien à se reprocher, on n’a rien à craindre n’est-ce pas ?

Combien de millions d’abrutis ont ce discours-là ?

Combien de millions d’abrutis pensent encore que l’état d’urgence sert vraiment la lutte contre les terroristes qui tuent par dizaines, par centaines, par milliers ?

Combien ignorent – ou refusent de croire – que la plupart des victimes de l’état d’urgence sont des militants politiques et syndicaux ?

Combien ont l’esprit assez vif pour comprendre que demain, avec un état d’urgence devenu loi ordinaire, ce sont les opposants politiques de Macron qui seront ciblés comme ennemis d’État ?

On n’est plus dans un film américain cette fois mais dans la vraie vie ! Au point que la France, cette grande et belle démocratie, si exemplaire, a été pointée du doigt récemment par Amnesty Internationale qui d’habitude dénonce plutôt des dictatures… Pourtant c’est passé comme une information de troisième ordre… Pas de vague !

Il y a quelques années, Henri Amouroux écrivait un livre intitulé « 40 millions de Pétainistes ». Il expliquait pourquoi Pétain avait été si bien accueilli par le peuple français.

Je comprends que les Français de 2017, bien que très différents de ceux de 1940 à certains égards, ont toujours au coeur ce même esprit de Munich.

*

Il faudra que certains d’entre nous, citoyen-ne-s Français-e-s, Insoumis-e-s mais pas que…, attaché-e-s à l’oeuvre du Conseil National de la Résistance (c’est-à-dire une France libre, un peuple souverain, un régime politique démocratique, un régime économique et social juste) sans regarder les étiquettes politiques anciennes, oeuvrions de concert pour rendre possible un retour des Jours Heureux.

Il nous faut un nouveau Conseil National de la Résistance. Aussi longtemps que l’on restera dans nos pré-carrés électoraux et politiciens habituels, nous perdrons collectivement.

 

Entre peur, raison et détermination

1/ Mon billet écrit ce 28 avril, avant l’intervention de Jean-Luc Mélenchon dans le numéro 26 de la Revue de la semaine

Je suis de plus en plus inquiet. J’ai peur. Oui, je vous l’avoue : j’ai peur. Mais je ne suis pas gouverné par elle. Je réfléchis, j’analyse et je m’interroge. Et surtout, je me prépare à résister et surtout oui surtout à contre-attaquer. La France insoumise est notre plus précieux outil de reconquête.

En attendant d’aller plus avant dans cette reconquête que nous avons déjà bien entamée, je vais vous dire ce qui me fait si peur aujourd’hui.

D’un côté on a, avec Macron, le symbole, la caricature, le summum, le point paroxystique de tout ce que les Insoumis abhorrent, de tout ce contre quoi nous ne cessons de lutter depuis des décennies, voire depuis des siècles. Certains parlent de lutte des classes, d’autres de lutte du peuple contre les oligarchies.

De l’autre, on a, avec Le Pen, la représentante d’idées parfois nauséabondes faites de racisme, d’égoïsme, de xénophobie et de préférence exacerbée pour les Français, surtout s’ils sont blancs et catholiques. Elle attise la haine des Français contre d’autres Français et contre les étrangers présents sur notre sol ou pouvant y arriver. Tout ceci, à nos yeux, fait d’elle non pas une adversaire mais une ennemie. C’est le discours officiel de notre camp et nous y adhérons.

Mais pour autant, depuis que Marine Le Pen a pris la responsabilité de son parti, elle l’a fait quelque peu évoluer. Le FN de Marine n’est plus le FN de Jean-Marie. En tout cas pour la vitrine. Et c’est tout le problème. Nous, nous savons ce qu’il y a derrière. Nous savons que le FN officiel dissimule dans ses arrière-boutiques le pire de la France : les milices armées qui n’attendent que le jour J pour défiler dans nos villes et y faire “leur” nettoyage (depuis le temps qu’ils attendent ce jour…), les gros cons lobotomisés qui n’ont aucun esprit et aucun coeur, qui ne voient l’autre (que celui-ci soit noir, arabe, chinois, musulman ou je ne sais quoi) que comme un ennemi de l’intérieur contre lequel il faudrait mettre en oeuvre une attaque préventive afin d’éviter qu’il ne “détruise” la France, la “civilisation occidentale”, “nos valeurs”… Tout cela, nous le savons et nous le craignons.

De même, nous savons aussi, parce que le FN a dirigé des communes dans les années 90 et 2000 et qu’il en dirige aujourd’hui, qu’il n’y a pas que les étrangers ou les Français non blancs et non catholiques qui sont leurs cibles. Tout ce qui concourt à la culture, à l’éducation, au vivre-ensemble est suspect à leurs yeux. Et ils adoptent donc toujours des décisions réactionnaires car ils ne tolèrent pas l’évolution de la civilisation au plan des moeurs comme ils ne tolèrent pas non plus l’avènement de droits nouveaux pour les citoyens. Quant au respect des droits de l’homme (au sens d’être humain), ils méprisent cette philosophie qu’ils désignent comme droit-de-l’hommisme signifiant que pour eux ce n’est pas quelque chose qui mérite d’être pris en considération. Le féminisme est absent de leur idéologie. De même que la conscience environnementale ou celle du respect que l’on devrait aux animaux.

Tout cela étant dit, il y a bien d’autres sujets, fondamentaux, sur lesquels le discours de Marine Le Pen et de certains de ses proches paraît bien plus républicain qu’on ne le dit. J’ai bien dit “paraît”. Ne venez pas me faire un mauvais procès… Je ne fais pas la propagande du FN. Mais je dis ma peur que son discours porte bien plus loin qu’on ne le croit, surtout quand il faut choisir entre lui et celui de Macron et de son monde…

Dans cette vidéo, Marine Le Pen joue sur le rassemblement du peuple contre l’oligarchie et ce discours étayé, truffé d’exemples concrets, est un discours qui ne peut que porter, hélas !

Les sondeurs nous assurent d’une victoire écrasante de Macron. Et pourtant, dans le même temps, on nous presse de toutes parts de ne pas faire un autre choix que celui de voter pour Macron. N’y aurait-il pas comme une incohérence ? Si Macron est en situation de gagner à coup sûr, à quoi bon voter pour lui ? Ne serait-ce pas parce que sa victoire ne peut être acquise que si l’immense majorité des électrices et électeurs de Mélenchon se reportent sur lui ?

Cruelle question, n’est-ce pas pour nos ennemis ? Parce que oui, je considère Macron et son monde comme nos ennemis… de classe mais pas que. Par leur action atlantiste et européiste à outrance, lui et son monde pourraient être dénoncés comme une “anti-France” mais fort heureusement cette expression n’est pas des nôtres donc je ne l’utiliserai pas. Mais d’autres que moi ont pu évoquer certaines décisions de Macron qui seraient de nature à être regardées comme des actes de haute trahison…si l’incrimination de ce crime suprême contre l’État et contre le peuple français n’avait pas été supprimée par Sarkozy il y a quelques années…

Et ce crime pourrait aussi être établi par d’autres décisions stratégiques du Président Hollande, de ses deux Premiers ministres Ayrault et Valls, et de pas mal de ses ministres ou conseillers…

Jusqu’à preuve du contraire, Marine Le Pen n’est pas coupable de crime de ce genre. On dit, depuis deux décennies, que son parti est anti-Républicain et qu’il est un danger majeur pour la République. On le dit aussi “fasciste” mais alors pourquoi ne l’a-t-on jamais interdit et dissout comme on a dissout les ligues fascistes dans les années 30 ? Soit parce qu’on n’a aucune preuve concrète d’une telle accusation, soit parce que ce parti sert l’oligarchie comme épouvantail. Sauf que les moineaux ont de moins en moins peur. Ils se sont tellement habitués à sa présence que certains y ont fait leur nid…

Comme ceux qui hurlent au danger FN depuis des années non seulement l‘ont laissé en vie mais en outre ont nourri la bête avec leurs politiques anti-sociales d’une part, et leurs calomnies contre les alternatives populaires républicaines d’autre part, ils n’ont plus aucune crédibilité aujourd’hui pour crier une nouvelle fois “au feu”. Si la maison brûle, c’est à cause d’eux, et d’eux seuls !

Je me range au côté de celles et ceux qui refusent de voir dans le FN un parti “fasciste”. les mots ont un sens et tous ceux qui utilisent ce terme à contre-temps ou à mauvais escient devraient retourner étudier l’Histoire des fascismes…

Sans doute le FN est-il un parti détestable mais je ne crois plus qu’il menace la République. Il existe depuis des décennies et jamais il n’a intenté quoi que ce soit contre elle. Quand il a accédé au pouvoir, ce fut par les urnes. Et chaque fois qu’il fut battu, il se plia à la démocratie.

Quant à certaines de ses propositions politiques les plus détestables, ce sont des Républicains du RPR ou de l’UMP puis des “Socialistes” qui les ont mises en oeuvre. Jamais on ne les a pour autant définis eux comme des fascistes ou comme des menaces contre la République.

Je ne défends pas le FN mais une certaine raison qui semble s’être égarée dans quelques esprits fébriles ces derniers jours.

Si l’on ne voulait pas se retrouver dans la situation qui est celle où le FN est aux portes du pouvoir, il fallait agir pour améliorer la vie des Français ordinaires, faire progresser leurs salaires, améliorer leurs conditions de vie, perfectionner la démocratie, défendre la souveraineté nationale et populaire, refuser d’être le nouveau caniche des États-Unis, refuser l’hostilité ouverte à la Russie, défendre la voix de la France dans la monde.

Au lieu de tout cela, nos gouvernants, depuis 2002, n’ont eu de cesse de libéraliser l’économie et la société et donc de jeter de plus en plus de Français dans la pauvreté ou la précarité tout en laissant un tout petit nombre s’enrichir chaque jour davantage. Les politiques mises en place ont contribué à ce que des gens déjà fragilisés affrontent d’autres gens encore plus malheureux. Si les idées d’extrême droite font s’opposer les nationaux aux étrangers et les nationaux entre eux quel que soit le pays en cause, les politiques libérales ont exactement le même effet. Comment peut-on aujourd’hui convaincre que Le Pen serait pire que Macron ? C’est impossible. Personne ne peut plus gober les éternelles mises en garde.

En outre, aujourd’hui, je regrette de constater que c’est Macron qui nous menace d’une guerre civile et d’une guerre générale bien plus que Marine Le Pen.

Et nous qui soutenons Mélenchon et la France insoumise avons été très sensibles en particulier à son discours sur la paix. Nous sommes tous effrayés de la menace de guerre généralisée que l’OTAN fait peser sur l’Europe et sur le monde.

Plus encore que les questions économiques qui nous divisent, la question géopolitique est la plus fondamentale entre toutes car si la guerre éclate pour de bon en Europe, à cause de nouvelles provocations contre la Russie, ou parce que la Russie finirait par réagir une bonne fois pour toutes aux menaces de plus en plus ouvertes que l’OTAN fait peser sur elle, plus rien d’autre ne compterait et nous serions tous décimés par milliers, par dizaines de milliers, peut-être même dans des proportions bien plus grandes encore. Personne n’ignore les dévastations des conflits mondiaux précédents.

Or Marine Le Pen, depuis des années, s’est engagée à nous sortir de l’OTAN. Et elle ne cesse de dénoncer le bellicisme états-unien et otanien. On peut lui reprocher, et nous l’avons fait à juste titre, d’être allée rencontrer Poutine mais cela a une signification puissante en termes de géopolitique. Elle a fait passer un message : elle ne sera pas le larbin, le caniche des États-Unis et de l’OTAN. Et elle apaisera la relation entre la France et la Russie. Quels que puissent être nos convictions personnelles, aussi bien quant au FN, que quant à ce qu’il faut faire en France, ou encore quant à notre diplomatie, nous tous avons intérêt à la paix et à une relation apaisée avec la Russie. Mélenchon n’a cessé de le dire lui-même !

Enfin, quand elle parle de souveraineté, elle vient au coeur du problème politique, celui-là même qui, selon de nombreux intellectuels, explique pour l’essentiel les raisons de la montée du FN depuis des années et son maintien à un très haut niveau.

Le FN a, pour une large part, endossé à lui seul, le discours “souverainiste”. Il ne fut, pendant de longues années, contesté par personne. Tout le monde, de gauche à droite, était pro-européen et donc pro-Union européenne. Alors même que le peuple ne cessait de subir, chaque jour davantage, les ravages de l’action de l’UE. Les politiques mises en oeuvre dans le cadre de l’UE ont détruit nos emplois, démantelé notre industrie, sinistré notre démocratie, instillé la haine entre les peuples et voilà maintenant qu’elles menacent même la paix.

Il est plus que temps – il y a urgence – à en sortir. Jean-Luc Mélenchon, très vite après avoir déclaré sa candidature début 2016, a décidé de faire évoluer son discours sur le sujet et plutôt que de “changer l’Europe”, sempiternel slogan devenu complètement creux et perçu comme une véritable escroquerie, il a choisi d’abord de prôner la “désobéissance” aux traités puis carrément la “sortie” de ceux-ci.

C’est dès lors qu’il a commencé à être entendu par le peuple français. Ce n’est pas seulement à cause de l’intérêt de ses propositions économiques et sociales, ou des nouvelles idées révolutionnaires en termes d’écologie, qu’il a gagné le plus de soutiens selon moi. C’est parce qu’il a changé le discours que nous portions sur l’UE. Nous avons enfin osé assumer de dire que l’UE était devenue néfaste. Qu’elle nous opprimait en plus de nous martyriser. Evidemment les expériences chypriote d’abord, grecque ensuite, ont aidé à ce que le discours soit compris. Et puis 2005 résonnait de plus en plus fortement dans toutes nos têtes, surtout depuis que 2005 avait été “concrétisée” par le scélérat Traité de Lisbonne puis par la duperie de Hollande. Après le scélérat Traité de Lisbonne, plusieurs autres accords tout aussi scélérats furent adoptés. Et le président de la Commission européenne, ancien Chancelier du paradis fiscal Luxembourgeois, avec sa fameuse saillie, a ouvertement dit au monde ce que c’était que cette construction européenne. Dès lors, l’immense majorité des yeux se sont dessillés. Il n’y a plus que quelques naïfs indécrottables (j’aurais pu dire “idiots”) pour croire encore que l’UE est bienfaitrice.

Jean-Luc Mélenchon a adopté un discours sans doute habile pour gérer la contradiction qui demeurait entre ceux qui voulaient se libérer de l’UE et ceux qui craignaient encore les conséquences d’une sortie. En outre, ce discours basé sur une stratégie en deux temps, permettait de discuter avec nos partenaires, et plusieurs sommets du plan B nous ont permis de faire se rapprocher les uns et les autres au plan des mouvements de gauche européens.

Certains auraient préféré un discours assumé de sortie. J’en étais et pourtant j’ai adhéré aussi au discours de Mélenchon. Car il avait notamment le mérite de nous faire gagner du temps et de ne pas dévoiler tout notre jeu. Je suis convaincu que Mélenchon avait des cartes à jouer et certaines stratégies à mettre en oeuvre qu’il n’avait pas rendues publiques.

Et puis les partisans acharnés de la sortie avaient un candidat en la personne d’Asselineau. Ils ont pu le choisir. Hélas pour lui, en plus de tout ce qu’on peut lui reprocher, sa stratégie de sortie par l’article 50 était peu convaincante.

Jean-Luc Mélenchon, avec le plan B, avait annoncé la couleur. Soit on nous entend, soit nous sortons de l’UE. Et si nous sortons, nous ne sortirons sans doute pas seuls !

Aujourd’hui, Jean-Luc Mélenchon est un des non qualifiés pour le second tour. On a manqué de peu de réussir ce défi. Mais l’Histoire ne s’arrête pas au 23 avril, ni au 7 mai, quel que soit le résultat final. Je m’en suis déjà expliqué dans plusieurs billets publiés depuis lundi auxquels je renvoie.

Aujourd’hui, je voulais vous parler de ma crainte quant au résultat final du 7 mai. Oui, j’ai un puissant pressentiment que le candidat donné gagnant de longue date risque, au final, de subir le même rejet massif que Clinton il y a quelques mois.

Nous savons ce que représente Le Pen. Nous savons combien elle dissimule sans doute ses véritables intentions. Mais avec un discours tel que celui que l’on entend dans le message qu’elle a diffusé à l’intention des Insoumis, et son habileté à se présenter du côté du peuple et des salariés, quand l’autre a choisi son camp (les banques, le CAC40, les membres de la caste oligarchique), qu’il a derrière lui tout le musée des horreurs du PS, des medias, du show-bizz, sans oublier que c’est le favori de Merkel, de Juncker et de tous les pouvoirs extérieurs à notre pays qui nous subjuguent depuis tant d’années, à le voir et à l’entendre multiplier les provocations, convaincu qu’il est de sa victoire certaine, je pense de plus en plus que Marine Le Pen peut tout à fait finir par lui passer devant, sinon dans les sondages, du moins dans les urnes.

Si j’avais envie de voter pour elle – ce qui n’est pas le cas puisque je choisis l’abstention – je ne le dirais à personne pour que les sondeurs et les medias ne voient pas venir la chose, mais je mettrais son bulletin à elle dans l’urne le 7 mai. Je crois bien que c’est ce qui nous guette. Que la même surprise qui a joué aux États-Unis joue cette fois en France, parce que les mêmes causes ont toutes les chances de produire les mêmes effets.

Macron est trop détesté par le peuple pour qu’il puisse être élu. Sauf à truquer massivement les opérations électorales !

Le “front républicain” a trop l’apparence d’un sauve-qui-peut du système pour que la majorité du peuple joue encore ce jeu-là. Sauf à truquer massivement les opérations électorales !

Entre l’abstention qui sera forcément massive, sans aucun doute record pour une présidentielle, le nombre de bulletins blancs et nuls qui va exploser, et le vote pour Le Pen qui va inévitablement progresser nettement, je commence à discerner que dimanche 7 mai au soir les résultats ne seront pas ceux que l’on dit aujourd’hui.

Je crois cela d’autant plus que les discours de ces derniers jours ne peuvent que donner la rage à un nombre inestimable d’électrices et d’électeurs tout à fait Républicains, et démocrates, tout à fait humanistes, tout à fait étrangers au racisme, mais qui perçoivent bien que Macron est celui qui nous infligera sans doute les pires souffrances en plus de nous menacer comme jamais de nous entraîner dans la ou les prochaines guerres de l’OTAN et des Etats-Unis. Il a été très clair aussi bien sur les questions économiques et sociales, que sur la question démocratique ou sur la géopolitique. La seule différence avec la “blitzkrieg” que promettait Fillon, c’est que Macron a dissimulé ses véritables intentions. Mais il fera ni plus ni moins ce que Gattaz, Parisot, tout le CAC40, les lobbys de Bruxelles lui commanderont de faire. Et contrairement à Fillon qui semblait vouloir desserrer l’étau atlantiste (j’ai bien dit encore “semblait”), Macron, lui, assume d’avoir un projet qui s’inscrit totalement dans l’UE, dans l’OTAN et dans “l’amitié avec les Etats-Unis” comme ils disent. On a bien compris ! Là aussi, Macron fera exactement ce que les puissances impérialistes « occidentales », USA en tête, lui commanderont de faire. Ce ne sera plus le Président de la République mais le “gouverneur” d’une nouvelle province des États-Unis.

C’est ça que vous voulez ?

Alors, Macron, bien moins pire que Le Pen ? Bien plus démocrate ? Bien plus Républicain ?

Permettez-moi d’avoir les plus gros doutes sur le sujet.

On sait d’où il vient. On sait qui il est. On sait qui il représente. On sait quels intérêts il sert.

“Le Pen est notre ennemi” disait-on tandis que Macron n’est qu’un adversaire. Là aussi j’ai de gros doutes. Et je crains fort qu’à vouloir nous donner à Macron, pour éviter Le Pen à coup sûr, on ne précipite, voyez-vous, sa victoire à elle !

Alors que faire ? Je l’ignore hélas. Notre choix entre deux destins aussi sombres ne peut être un choix. Comment choisir entre deux bourreaux ?

Je ne changerai donc pas mon vote. Ce sera l’abstention. Car je refuse d’avoir participé si peu que ce soit à l’avènement de Macron en me soumettant au prétendu “barrage” au FN qui risque de prendre l’eau de toutes parts.

Et je ne peux me résoudre à soutenir Marine Le Pen, même si je pourrais considérer que certaines de ses propositions sont bien plus proches de ma philosophie que celles de Macron. Alors on me reproche de faire le jeu du FN en refusant de prendre part au vote.

Ainsi pour éviter Le Pen, il faudrait donner le maximum de légitimité à Macron ? Celui qui ne va pas manquer de nous renvoyer au XIXe siècle ?

Non, désolé. Je ne peux pas. Ni l’une, ni l’autre.

Ce système constitutionnel est pourri, vérolé, honteusement confiscatoire. Car quelle que soit la personne qui sortira des urnes le 7 mai, l’élu-e ne le sera qu’avec au maximum 24% des suffrages exprimés au 1er tour et 18,19% des électeurs inscrits. Il / Elle n’aura donc aucune légitimité pour présider la France. Celle que lui offrira le second tour sera purement fictive.

Quand on subit un système électoral aussi inique, on ne peut le cautionner d’une quelconque manière en votant au second tour. On le rejette violemment et pour cela, seule l’abstention est admissible à mes yeux. Car même le bulletin blanc n’a pas l’effet escompté de délégitimation. D’une part, parce que il n’est pas un suffrage exprimé et n’a donc aucun effet ni juridique, ni politique ; d’autre part, parce que voter, quel que soit le contenu de l’enveloppe, c’est participer au processus électoral et donc le légitimer.

Pour moi, la 5e République n’est plus légitime. L’élection présidentielle n’est plus légitime. Le mode de scrutin n’est plus légitime. Donc j’en tire la conséquence en refusant de m’impliquer dans ce système inique.

Que ce soit Le Pen ou Macron qui sorte des urnes le 7 mai, de toute façon, on est certain d’en prendre plein la tronche. A ceci près que Macron a une petite chance d’avoir une majorité en juin alors que je ne vois pas la possibilité que Le Pen en obtienne une car, à cette date, chacun retournera dans son camp, et soutiendra les candidats de son parti préféré. Et qui sait ce que seront devenus mi juin le PS et Les Républicains…

Et en ce qui nous concerne à la France insoumise, pèse sur nos épaules la mission historique de sauver la République et la paix. C’est un défi gigantesque. Mais si on échoue…

2/ Mise à jour de 18h00 suite à l’intervention de Jean-Luc Mélenchon

Jean-Luc Mélenchon est intervenu dans le cadre du numéro 26 de la revue de la semaine. Il a dit pratiquement tout ce que je voulais entendre. Je ne vais pas commenter autrement que par un remerciement et une gratitude très appuyés.

J’ai particulièrement vibré à la conclusion :

« Ça va bien. Ma santé est bonne. Je ne me retire pas de la vie politique. Je ne pars pas en retraite. Je ne suis pas dépressif. Je suis au combat et j’y reste. Et je crois que je vais encore diriger la manoeuvre pour les élections législatives qui arrivent parce qu’il faut encore transformer tout ça en une force conquérante. Je compte sur vous. À bientôt.« 

Il sera donc des nôtres (ce dont je ne doutais pas) mais surtout il sera à la tête de la campagne et candidat lui-même (ce dont je n’étais pas certain).

Il nous regonfle d’espoir et de motivation. Notre détermination n’a jamais été aussi forte.

J’en reparlerai prochainement…

3/ Mise à jour de 20h35 suite à l’intervention de Nicolas Dupont-Aignan

Ce soir, Nicolas Dupont-Aignan, ancien Président de Debout la République qu’il a transformé en Debout la France il y a quelques années, a annoncé officiellement, au JT de 20h sur France 2 avoir conclu un accord de gouvernement avec Marine Le Pen. Il n’en a pas donné les détails mais il s’est engagé à la soutenir et à faire campagne avec elle pour ce second tour de la présidentielle. Il annonce que, pour lui, elle n’est pas d’extrême-droite et que, grâce à lui, elle va faire évoluer son projet et y intégrer certaines idées de son propre projet à lui. Il a, par la même occasion, appelé la droite et donc les électrices et électeurs des “Républicains” à voter pour cette “nouvelle alliance” (selon ses propres termes).

Cette situation nouvelle pourrait bien, selon moi, faire basculer le scrutin. Certes le score de Nicolas Dupont-Aignan est faible mais les presque deux millions de personnes qui l’ont choisi ne peuvent se trouver surpris par le choix annoncé ce soir. Quiconque a suivi NDA depuis des années, et quiconque a suivi notamment la transformation de son parti Debout la République en Debout la France n’a pu manquer de constater la droitisation de son discours et de ses propositions. De la même manière, le rapprochement entre DLF et le FN était de plus en plus évident. Ce soir, il est confirmé officiellement et solennellement. Les instances dirigeantes de DLF ont, dit-il, validé cet accord entre Marine Le Pen et lui.

À noter : NDA a cité nommément “Marine Le Pen” avec qui il s’était entendu et avec qui il a conclu cet accord de gouvernement et n’a jamais, dans son intervention de ce soir, évoqué le “Front national”. Il semble vouloir faire la distinction. Sans doute s’imagine-t-il le Premier ministre naturel de Marine Le Pen si elle est élue le 7 mai. Et sans aucun doute, si cette élection intervenait, Marine Le Pen la devrait pour beaucoup à NDA et serait donc contrainte de nommer NDA à Matignon en vue de préparer les élections législatives.

Ce qui semble incohérent, c’est qu’à la question de Laurent Delahousse pour savoir si aux Législatives il y aurait des candidatures communes entre le FN et DLF, NDA a clairement dit non et a expliqué que les Français auraient alors à choisir entre les deux projets.

Il est clair que tout cela n’est pas clair… Il faudra suivre de près ce qui va être rendu public dans les prochains jours. Notamment le contenu précis de l’accord de gouvernement.

Mais il me semble que cette situation, inattendue pour les uns mais prévisible pour les autres, pourrait être de nature à convaincre de nombreux “Républicains” (je parle du parti LR) de basculer dans le camp Le Pen – Dupont-Aignan.

Cela donne encore plus de chances à Marine Le Pen de l’emporter le 7 mai.

Macron va avoir de plus en plus de mal à s’en sortir…

Je ne peux que m’en réjouir. Mais si vous avez bien compris tout ce que j’ai dit dans ce billet, je ne peux en conséquence que voir mes craintes renforcées que Le Pen réussisse son coup cette fois-ci !

Je ne me résoudrai pas à voter Macron pour autant.

Ce second tour est vraiment la pire des saloperies de l’histoire de la 5e République.

 

Jean-Luc Mélenchon, nous avons encore besoin de toi et nous te voulons à la première place du combat !

Couv soutien JLM

APPEL SOLENNEL À JEAN-LUC MÉLENCHON POUR QU’IL SE PORTE CANDIDAT AUX ÉLECTIONS LÉGISLATIVES

APPEL À TOUS LES INSOUMIS ET À TOUTES LES INSOUMISES POUR QUE CET APPEL SOIT SIGNÉ EN MASSE ET QUE JEAN-LUC MÉLENCHON SACHE QUE NOUS VOULONS QU’IL SOIT ENCORE NOTRE PREMIER REPRÉSENTANT

Nous remercions du fond du coeur notre candidat Jean-Luc Mélenchon qui a porté si haut notre parole et défendu si bien notre projet.

Jean-Luc Mélenchon ne sera pas notre nouveau Président de la République le 7 mai. Mais l’Histoire ne s’arrête pas à cette apparente défaite.

Ce qui semble, aux yeux de certains, être une « contre-performance » inaugure en fait une victoire prochaine.

Si vous étudiez les résultats locaux du 1er tour, vous constaterez que Jean-Luc Mélenchon est arrivé en tête dans 67 circonscriptions et qu’il est 2ème dans 167 autres, ce qui signifie déjà que nous avons 234 chances sérieuses d’emporter un siège le 18 juin.

Il est en tête dans de nombreuses grandes villes, et dans beaucoup de villes symboliques comme Marseille, Lille, Toulouse, Grenoble mais aussi dans bien des villes « populaires » de la région Ile de France. Ce qui signifie que nous pourrions transformer le paysage municipal aux prochaines élections municipales en 2020…

Et il a obtenu plus de 12,5% des inscrits dans plus de 400 circonscriptions, ce qui signifie qu’avec un score identique au 1er tour des Législatives, nous pourrions nous maintenir dans plus de 400 circonscriptions au 2nd tour.

Entre celles que nous gagnerions presque à coup sûr, celles que nous pouvons gagner, et celles où sans gagner on est sûr de peser très lourdement sur le résultat final, on a toutes les raisons d’espérer que ces élections législatives soient un calvaire, un chemin de croix pour celui ou celle qui sortira des urnes le 7 mai. Qui pourrait bien se trouver crucifié-e le 18 juin… Désolé d’employer ces métaphores mais elles sont bien parlantes je trouve !

La France insoumise a désormais une base très solide. Sur ces fondations, nous devons construire la suite. Nous devons rester mobilisé-e-s pour la séquence électorale suivante qui décidera de notre destin. Soit nous abandonnons la scène au vainqueur du 7 mai et alors nous subirons de nouvelles souffrances, de nouvelles régressions en plus de risquer la guerre externe et peut-être civile.

Soit nous comprenons la situation dans laquelle nous sommes entrés, qui, d’une certaine façon, correspond à ce délitement que nous avions perçu et décrit depuis longtemps.

La 5e République agonise. Elle ne correspond plus du tout au contexte politique, social, démographique, culturel de notre pays.

Depuis l’origine, chaque fois, le second tour de l’élection présidentielle faisait s’affronter les deux candidats en tête mais ceux-ci étaient toujours largement en tête, si bien que les reports de voix pouvaient se faire assez facilement et que les vaincus acceptaient leur défaite.

Cette fois, les écarts sont si faibles que le système apparaît sous sa noire réalité, illégitime. Mais nous devons faire avec. Nous aurions pu espérer peut-être faire annuler les opérations électorales sur la base des nombreuses irrégularités constatées mais manifestement les preuves ont manqué ou bien tout avait été bien mis sous contrôle, sur ce point aussi, par la caste oligarchique.

Quoi qu’il en soit, le Conseil Constitutionnel a proclamé les résultats définitifs et il ne sert donc plus à rien de ressasser ces irrégularités. Cela nous maintient dans la colère et l’aigreur et nous empêche de nous engager dès maintenant dans le travail à accomplir aujourd’hui : mener une campagne législative qui s’avère victorieuse.

Nous devons surgir en tête. Nous le pouvons. Cette « croyance » n’est pas une illumination mais une analyse rationnelle des résultats électoraux de dimanche. Nous n’aurons sans doute pas nous-même une majorité absolue de 289 sièges nous laissant entièrement libres mais nous pouvons déjà gagner une majorité relative, c’est-à-dire être en tête.

Et cela nous mettrait en situation de former le gouvernement et ainsi nous contraindrions, en respectant les règles constitutionnelles, le ou la Président-e sorti-e des urnes le 7 mai à une cohabitation.

Vous saisissez ? Le chef de l’État se verrait donc désavoué d’entrée de jeu, au tout début de son mandat. Car un Président sans majorité ne peut former de gouvernement « à lui », et ne peut donc rien faire. C’est toute la subtilité de cette constitution qui est d’essence monarchique mais à une condition : qu’il y ait adéquation entre le Président et la majorité, sans quoi le Président n’est qu’une potiche car même le « domaine réservé » est une création coutumière qui peut très bien être dénoncée et contestée par un gouvernement qui ne serait pas décidé à jouer le jeu.

Je n’ai pas besoin de vous dire que si cette hypothèse se vérifiait, si le 18 juin prochain, date du 2ème tour des élections législatives, c’est la France insoumise qui obtenait le plus grand nombre de député-e-s, et que c’est donc elle qui serait appelée à former le gouvernement, nous entrerions dans une période inédite car le chef de l’État serait de fait démonétisé comme disent certains, c’est-à-dire totalement délégitimé d’office.

Et d’un autre côté, une majorité et donc un gouvernement France insoumise devant traiter avec un Président Macron ou une Présidente Le Pen, avouez que ce serait une situation cocasse.

Et l’on peut penser que pareille situation ne serait pas viable. La crise de régime ouverte éclaterait bien vite car les « mandants » du Président Macron ne tolèreraient pas de se faire ainsi dévitaliser d’office.

Quant à nous, nous aurions tout intérêt à ne rien concéder pour que rapidement la crise surgisse et que le peuple soit amené à la trancher. Il y aurait donc probablement dissolution de l’Assemblée Nationale. Le Président ne démissionnerait sans doute pas, espérant que les nouvelles élections législatives lui donnent cette fois une majorité. Mais je crois que si nous gérons bien la situation au gouvernement, nous serions, NOUS, en situation de les emporter de nouveau, mais cette fois avec une majorité bien plus claire. Ce second désaveu du Président conduirait sans doute à sa démission forcée ou à sa « potichisation » définitive… emportant de fait le régime !

Cette campagne électorale a montré que certaines personnalités autour de Jean-Luc Mélenchon ont pris de l’envergure et sont aujourd’hui en situation de tenir la dragée haute à nos adversaires. Si en 2012, on ne voyait que Jean-Luc Mélenchon, c’est parce que les medias refusaient de discuter avec d’autres que lui. En 2017, Jean-Luc Mélenchon a imposé une diversité de paroles et ainsi, le peuple français a pu découvrir Alexis Corbière, Raquel Garrido, Charlotte Girard, Gabriel Amard, Djordje Vuk Kuzmanovic et d’autres encore.

Contrairement à ce que disent certains, fort heureusement de moins en moins nombreux depuis quelques temps, la France Insoumise, ce n’est pas QUE Jean-Luc Mélenchon. Nous avons bien des talents pour animer ce mouvement aujourd’hui et demain. Et il n’y a pas non plus que ceux que j’ai cités plus haut. Partout dans nos territoires, il y a des gens compétents, engagés, déterminés. Et je ne doute pas que les élections législatives à venir mettront cette réalité méconnue en évidence.

Cela étant dit, je pense que nous avons encore besoin de Jean-Luc Mélenchon. Je ne me projette pas en 2022, date du terme du prochain mandat présidentiel si le calendrier n’est pas bousculé ou chamboulé d’ici là.

C’est ICI ET MAINTENANT que nous avons besoin de lui. Bien sûr, il prendra sa décision en toute liberté. C’est le premier des Insoumis et personne ne le blâmera de vouloir passer la main, remettre le flambeau.

Mais puisqu’il n’a pas encore exprimé une telle décision, je pense que nous pouvons tenter de lui faire passer un message. Nous avons bien le droit, nous aussi, d’exprimer notre préférence. Et cette préférence consiste en ce que nous voudrions qu’il mène avec nous ce combat législatif. Pas seulement d’une position en retrait mais en étant lui-même, une fois de plus, le « général en chef ».

Au vu des résultats électoraux de ce premier tour, il y a de nombreuses circonscriptions où Jean-Luc Mélenchon est assuré d’être élu le 18 juin s’il se portait candidat.

Certains pourraient dire que lorsqu’on est candidat à une élection présidentielle, on ne peut ensuite l’être à une législative. En droit, rien ne l’empêche. Et si l’on considère la chose d’un point de vue politique, il n’y a pas davantage d’obstacle. Notre projet est de changer la France et de contribuer à changer l’Europe et le monde. Nous pensions pouvoir le faire via l’élection présidentielle. Les résultats nous privent de cette possibilité. Mais la suite peut changer la donne. Avec une majorité et un gouvernement, c’est bien nous qui déterminerions et conduirions la politique de la nation. Nous devons donc tout faire pour parvenir à nous propulser à cette responsabilité.

Et il n’y aurait bien sûr aucune honte à n’être « que » la force gouvernementale et parlementaire puisque nous sommes partisans de faire disparaître la Présidence de la République.

Pour mener l’action gouvernementale, je pense que Jean-Luc Mélenchon serait le mieux placé. Personne ne saurait le contester vu que jusqu’à dimanche c’est bien lui qui était de fait en première place. Je ne vois pas pourquoi nous contesterions aujourd’hui cette primauté.

Pour que Jean-Luc Mélenchon puisse être nommé Premier ministre, il faut que nous emportions la majorité, fut-elle relative, le 18 juin. Et il faut que lui-même soit un de ces député-e-s élu-e-s le 18 juin.

Et si nous ne parvenions pas à avoir la majorité relative, si nous n’étions que 2ème ou 3ème, rien ne nous serait plus utile que d’avoir Jean-Luc Mélenchon à l’Assemblée, comme président du groupe de la France insoumise.

On m’a objecté que cela était impossible puisqu’il est député européen et qu’il existe un non-cumul de ces deux mandats. Je le sais bien mais rien n’empêche Jean-Luc Mélenchon de démissionner de son mandat de député européen pour être député à l’Assemblée Nationale où, dans le contexte actuel, il serait bien plus utile selon moi.

Voilà, ami-e-s et camarades insoumis-e-s ce que je voulais vous dire. Ce billet a pour objet d’une part de demander solennellement à Jean-Luc Mélenchon de se porter candidat aux élections législatives dans la circonscription de son choix, et de vous demander, à vous tous, à vous toutes, d’appuyer cette demande, par tout moyen à votre convenance.

Jean-Luc Mélenchon et toute la France insoumise doivent savoir que nous tenons à ce qu’il soit encore notre principal leader.

Merci de votre attention. Salutations insoumises.

Nous sommes plus de 7 millions à avoir voté JLM

 

« Si le populisme de gauche n’assume pas de briser le mur européen, il raconte des histoires aux enfants » – Entretien avec Christophe VENTURA* – Le Vent Se Lève

* Christophe VENTURA anime Mémoire des luttes

Source : ici (blog Le Vent Se Lève)

Christophe Ventura

Construire un peuple par Chantal Mouffe et Iñigo ErrejónDans le cadre de la sortie de l’édition française du livre Construire un peuple (en librairie le 7 avril), dialogue entre Chantal Mouffe (philosophe théoricienne du populisme de gauche) et Íñigo Errejón (co-fondateur et stratège de Podemos), nous nous sommes entretenus avec Christophe Ventura, qui a mené la publication de cette édition. Christophe Ventura est animateur de l’association Mémoire des Luttes et l’un des fondateurs du groupe de réflexion politique et intellectuel Chapitre 2. Qu’est ce que le populisme de gauche ? Quelle est sa stratégie ? Quelles sont les différences entre Bernie Sanders, Jeremy Corbyn, Jean-Luc Mélenchon et Podemos ? Comment comptent-ils contrer l’hégémonie du populisme de droite ? Emmanuel Macron est-il populiste ? Ces mouvements ont-ils un tabou sur la question européenne ? Doivent-ils prôner la sortie de l’UE ? Nous lui avons posé toutes ces questions.

LVSL : Vous vous intéressez de près à la question du populisme en Europe. Et plus particulièrement au « populisme de gauche », théorisé par Chantal Mouffe. Pourquoi ce concept vous semble-t-il pertinent aujourd’hui ?

Christophe Ventura : Je pense qu’il faut s’intéresser à ce terme de « populisme de gauche » car, d’une manière générale, la notion de populisme est utile pour comprendre ce qui se joue, dans une séquence historique donnée, au sein d’une société. Le populisme est avant toute chose un « moment » dans la vie d’une démocratie devenue totalement oligarchique, et qui entre en crise. Ainsi, ce « moment » annonce l’arrivée ou l’éclatement d’une crise de régime. Sur ce point, je converge beaucoup avec Chantal Mouffe. Nous sommes dans un « moment » populiste. A quoi correspond-il ? Pour résumer : à l’activation d’un vaste mouvement d’opinion et de mobilisation destituant dans la société, à une désaffiliation de la population avec ses organisations et institutions de représentation habituelles. Il s’agit d’une dynamique qui, plus que de se situer dans le cadre des références politiques du moment antérieur, cherche à destituer les pouvoirs en place, leurs représentants et leurs symboles : classes politiques et institutions notamment.

Chantal Mouffe, JLM et autresChantal Mouffe, juste à gauche de Jean-Luc Mélenchon, et Christophe Ventura, celui qui attire leur regard avec son téléphone portable, lors de la marche pour la VIe République du 18 mars 2017.

Ce phénomène nous oblige à concevoir l’action politique, mais aussi intellectuelle et sociale, différemment, à rechercher des stratégies distinctes par rapport à nos habitudes d’organisation. Car, en effet, ce type de dynamique contestataire n’appartient ni au camp de la gauche, ni à celui de la droite a priori. Elle devient en revanche l’objet d’une bataille hégémonique entre ces deux familles pour l’orienter vers la gauche – et à ce moment contribuer à re-signifier cette gauche auprès d’une masse de gens pour qui elle ne veut plus rien dire parce que, pour eux, elle est associée aux mêmes politiques économiques et sociales que la droite – ou vers la droite – et à ce moment-là renforcer le sentiment de rejet de l’autre dans la société, et protéger dans le même temps les intérêts des puissants. Un exemple pour illustrer : le Brésil. En 2013-2014, c’est exactement ce type de phénomène qui a fini par éclater – avec une captation par la droite de la rue – contre le gouvernement de centre gauche de Dilma Roussefftandis que se préparaient les festivités onéreuses de la Coupe du monde de football (2014) et que l’onde de choc de la crise économique et financière mondiale commençait à se faire sentir dans le pays (chômage, montée de la précarité, des inégalités). Je me souviens d’une analyse du journaliste uruguayen Raúl Zibechi dans laquelle il décrit avec minutie comment, « pour la première fois depuis cinquante ans, l’hégémonie dans les rues brésiliennes appartient aujourd’hui à la droite » [1].

Là-bas, la gauche a perdu la bataille. Empêtrée dans la gestion du pouvoir, confrontée à la crise économique, affectée par des scandales de corruption, significativement bureaucratisée et ayant perdu son lien avec les mouvements sociaux, elle a pensé qu’il suffirait de faire valoir son bilan – pourtant le meilleur pour le pays depuis des décennies – et de proclamer ses valeurs pour gagner un sujet alors en construction dans la rue qui se mobilisait initialement contre la cherté de la vie, l’augmentation du prix des transports, les gâchis financiers et la corruption en période de restriction économique. C’était une erreur.

« Emmanuel Macron n’est jamais autre chose que le candidat du libéralisme économique en France. »

L’emploi du terme « populisme » peut faire sursauter à gauche. En effet, beaucoup y voient un concept vide, voire méprisant vis-à-vis du peuple, utilisé par les élites pour discréditer les candidats de gauche radicale qui s’adressent aux catégories populaires. Par exemple, Jean-Luc Mélenchon refusait cette étiquette en 2012, car pour lui c’était alors une façon de l’assimiler au FN. Ça ne semble plus être le cas aujourd’hui : il se montre plus ouvert à cette appellation, même s’il ne l’endosse pas directement. Pourquoi, selon vous, ce terme à autant de mal à être assumé à gauche ?

Il y a trois raisons à cela.

Premièrement, si certains à gauche refusent d’employer le terme, c’est parce que ce mot est plastique, élastique, qu’on peut tout mettre dedans. De fait, comme vous le dites, il est repris par le système pour disqualifier tous ceux qui le contestent… et ce système le fait en utilisant lui-même une stratégie populiste, comme l’explique par exemple Emmanuel Macron lorsqu’il affirme « Si être populiste, c’est parler au peuple de manière compréhensible sans passer par le truchement des appareils, je veux bien être populiste » [2](Journal du dimanche, 19 mars 2017).

Donc, cela pose un problème à gauche. En gros, si toi-même tu utilises le mot que les médias utilisent pour te disqualifier, tu passes tes journées à expliquer que tu as une autre acception du mot mais tu es incompréhensible pour le commun des mortels. Ça c’est une première critique. Par exemple, celle de Jean-Luc Mélenchon.

PlantuIl faudrait ajouter une troisième critique venue de la gauche. Celle consistant à souligner que le peuple, en tant que catégorie, n’existe pas  – ce que disent en fait Laclau et Mouffe qui rappellent qu’il est toujours une construction – et qu’il n’est jamais majoritairement de gauche, mais largement en faveur de la conservation de l’ordre économique et social – même s’il peut dans le même temps souhaiter un coup de balai de sa classe politique – du fait de ses structures sociologiques (paysans et classes populaires attachées aux logiques de propriété, classes moyennes désireuses de mobilité et d’ascension, aspiration au mode de vie bourgeois, etc.) et religieuses (poids ou résilience culturelle de ces dernières dans les classes populaires notamment).La seconde critique consiste à dire que le populisme, même de gauche, est toujours, in fine, un autoritarisme parce qu’il se construit contre les institutions, les corps intermédiaires, et reconnait le rôle d’individus leaders et de stratégies discursives (c’est-à-dire le fait de construire un type de discours qui va articuler des demandes au départ hétérogènes dans la société, puis identifier un adversaire, pour ensuite engendrer la formulation d’une nouvelle frontière politique dans cette dernière entre un « nous » et un « eux » [3]) comme médiations pour la (re)construction du politique. En effet, dans sa dimension théorique, le populisme, selon les travaux de Chantal Mouffe ou d’Ernesto Laclau, postule que les stratégies discursives et le rôle des individus –  ou d’une lutte singulière – coagulent et orientent le sens de la dynamique populiste vers le progrès ou la réaction, vers la construction d’un peuple de gauche ou de droite au sein de la population.

Dialogue entre Chantal Mouffe et Jean-Luc Mélenchon le 21 octobre 2016 à la Maison de l’Amérique latine, animé par Christophe Ventura, et où il est notamment question du populisme de gauche.

Que répondez-vous à ces critiques ?

Ce sont des débats très sérieux et les arguments ne manquent pas mais, de mon point de vue, le populisme est, au fond, la méthode par laquelle se reconstruit le politique à partir d’une crise de la politique. Au bout du processus se trouve la formation d’une volonté collective, d’un peuple mobilisé en politique. Il peut être de droite, de gauche, du centre. Symptôme initial d’un dysfonctionnement de la démocratie, le populisme contribue à la revivifier, à réinstaller un équilibre entre la société et cette dernière, à « reloader » la démocratie représentative en y imposant ou ré-imposant une présence et une représentation des classes populaires et de leurs exigences. Plus qu’un projet idéologique ou politique de long terme, c’est peut-être ici sa véritable fonction.

Bien sûr, il ne s’agit pas d’adopter des interprétations mécanistes ou maximalistes de la théorie populiste. Chaque société est différente et même dans les phases de mouvement destituant, les structures sociales et institutionnelles conservent plus ou moins de légitimité, de résilience, de fonction auprès des populations. Ainsi, le scénario français n’est pas celui de l’Espagne, de la Suède ou de l’Amérique latine.

Christophe Ventura lors de notre entretien, dans les locaux de l’association Mémoire des Luttes.

Christophe Ventuta lors de l'entretienUne fois tout cela posé, le populisme n’est, effectivement, pas en soi progressiste. S’il n’insuffle pas ou ne s’appuie pas sur des aspirations existantes dans la société qui visent la transformation de la structure sociale, il servira les groupes dominants. Passer par l’étape du populisme de gauche en France aujourd’hui, c’est se demander comment inclure dans la mobilisation politique et intellectuelle des tas de gens, en particulier dans les nouvelles générations, qui ne se retrouvent pas dans les organisations, pour faire un chemin qui, à la fin, nous amène à redécouvrir la gauche, en quelque sorte. Donc moi je n’oppose pas non plus, de ce point de vue-là, ceux qui se disent juste de gauche par rapport à ceux qui se disent populistes de gauche. Je pense que ce sont des dynamiques qui permettent de se retrouver in fine.

Je pense que la grille populiste doit être envisagée comme une boîte à outils utile pour notre travail politique et qu’on ne peut pas nier l’existence du phénomène. Pour toutes ces raisons, je pense qu’il faut assumer la notion de populisme et ne pas laisser ce mot à la définition que veulent en imposer les dominants.

Outre Jean-Luc Mélenchon, un autre candidat a décidé de se présenter à la présidentielle sans se baser sur un appareil partisan, en allant directement au contact du peuple : il s’agit d’Emmanuel Macron. Pour le politologue Gaël Brustier, Emmanuel Macron incarne « le populisme des élites » [4]. Comment analysez-vous le « phénomène Macron » dans le cadre du populisme ?

Je pense que Gaël Brustier fait une analyse extrêmement pertinente de ce qu’est le « macronisme ». Macron, c’est le populisme des élites, le transformisme, ou alors, pour le dire encore autrement, un populisme de « l’extrême-centre ». C’est l’inverse d’un trou noir. Il aspire la non-matière pour en faire de la matière. C’est un candidat du vide, au départ, qui aspire de tous les côtés du système qui veut survivre. Il est populiste dans ce sens-là. Il incarne la stratégie, la méthode, la médiation pour tous ces courants-là. Il mène une mission de sauvetage du système et de repositionnement des élites au centre du pouvoir. Emmanuel Macron est celui que le système choisit pour recréer du consentement dans la société  – notamment ses parties les plus intégrées économiquement et socialement – autour du consensus du système.

Macron correspond tout à fait à ce qui s’est passé avec Mauricio Macri en Argentine [Cela sera détaillé dans un entretien avec Christophe Ventura au sujet de l’Amérique latine à paraître très prochainement sur LVSL, NDLR]. Il y a du Macri dans le Macron ! Macri, en Argentine, c’est le prototype du macronisme. C’est exactement le même genre : l’attitude, le positionnement, le discours. Un candidat sans programme. Ou plus exactement si, un programme : le candidat.

MacronS’il fallait résumer le cas Macron, on pourrait dire qu’il fait l’opération suivante : il offre –  c’est ce qu’il a dit dans son discours du 4 février à Lyon –  à différents courants en France, qui vont du gaullisme jusqu’aux sociaux-démocrates, en passant par le centre gauche, le centre droit, les chrétiens-démocrates, etc., la promesse d’être le point d’équilibre pour garantir la continuité de la démocratie-libérale, au sens politique du terme. C’est ce qu’il offre de manière visible à ces courants-là. Mais ce qu’il ne dit pas, et qui est en réalité le coagulant de tout ça, c’est en réalité le libéralisme économique, et son approfondissement. Même s’il ne fait pas campagne là-dessus, il n’est jamais autre chose que le continuateur de son mentor François Hollande. Il n’est jamais autre chose que le candidat du libéralisme économique en France, de l’actualisation de son modèle de société  – l’ubérisation  -, dans une version moins brutale que ce que propose Fillon.

Au-delà de ses démêlés, Fillon fait peur à une partie de ses propres troupes, y compris du patronat, à la différence de Macron. Il fait peur parce qu’il promet au pays l’affrontement ; avec les syndicats, la gauche, le monde du travail, etc. C’est tellement brutal : 500 000 fonctionnaires à la poubelle. Macron ça n’est pas ça. Il temporise. Donc même une partie de la droite et du patronat préfère Macron parce qu’il est le garant d’une sorte de stabilité molle et qu’il est un modernisateur du libéralisme dans la société. Fillon est trop dur pour eux.

Il y a donc aujourd’hui dans la campagne présidentielle française trois populismes qui s’affrontent. Il y a le populisme de droite : Le Pen (nationaux contre mondialistes) ; le populisme de l’extrême centre : Macron (les libéraux des deux rives du système contre les ennemis du système) ; et le populisme de gauche (Mélenchon). Et pour la première fois dans l’histoire de la Vè République, il devient tout à fait probable que l’un de ces candidats – y compris Marine Le Pen –  devienne président en lieu et place des candidats des grands partis de gouvernement traditionnels issus du bipartisme. C’est inédit !

Aujourd’hui, la forme que prend en France la crise du centre du système politique et de ses organisations (les partis), celle que prend leur effritement et leur éloignement des classes populaires confirment l’émergence, à la périphérie de ce système, de mouvements qui vont tenter de devenir de plus en plus centraux. De ce point de vue-là, chacun dans leur genre est populiste. Ils sont des produits de ce « moment » populiste.

« Aujourd’hui, ce qui l’emporte en Europe, c’est l’effondrement des valeurs de solidarité. (…) Mais, plus se mettent en place des politiques qui sanctionnent les marchés financiers et les puissants, et plus se recréent les conditions d’un retour à la solidarité dans la société. »

On voit qu’il y a une approche différente entre le populisme de gauche anglo-saxon, incarné par Jeremy Corbyn et Bernie Sanders, qui s’appuie sur les appareils partisans de la gauche traditionnelle, et celui de Podemos et de Jean-Luc Mélenchon qui, quant à eux, ont décidé d’agir en dehors du cadre des partis, et ont tendance à délaisser le mot « gauche » pour le mot « peuple ». Comment analysez-vous cette différence de stratégie ?

Est-ce qu’il s’agit vraiment de différences de stratégie ou sommes-nous en présence de variantes d’un même phénomène qui pousse dans des engrais différents ? Je pense que c’est plutôt ça. Le populisme anglo-saxon de gauche émerge au sein et contre des structures qui n’ont pas disparues : les Démocrates et le Labour.

En ce qui concerne Jeremy Corbyn, je pense qu’il fait du populisme de gauche au sens de la méthode, d’ailleurs son entourage le revendique depuis peu. C’est assez clair lorsqu’il mobilise et organise un « peuple de gauche » contre l’appareil du parti. A l’intérieur, à travers son appel aux adhésions individuelles massives et à l’extérieur, avec le mouvement « Momentum » qu’il a inspiré et qui lui est directement lié. Mais il le fait d’un point de vue assez singulier, qui n’a pas d’équivalent, puisqu’il a été propulsé à la tête de ce qu’il y a de plus traditionnel comme parti social-démocrate européen : le Labour. C’est tout à fait nouveau. Il a été envoyé au quartier général d’une structure qui est tout sauf une force populiste et qui, malgré son arrivée, n’a pas été encore transformée. Il faut attendre pour en savoir plus dans son cas.

Colère du peupleDans les sociétés plus latines (en Espagne par exemple), qui sont aussi plus brutalement affectées par les effets de la crise économique et sociale, et où il y a des crises de régime politique, ce phénomène prend corps en dehors du système des partis établis, du centre du système politique.

Podemos s’est beaucoup intéressé au populisme pour savoir comment construire une méthode, une stratégie, qui permette de sortir une gauche en crise de la confidentialité politique. « Comment forger des instruments permettant de reconstruire une base sociale qui, en expansion permanente, doit devenir majoritaire politiquement et investir une nouvelle identité politique ? » C’est ça qu’ils appellent populisme. Et la réponse, à travers les outils de Laclau et de Mouffe, c’est construire une stratégie discursive qui va privilégier la construction d’un discours sur des thématiques rassembleuses et fédératrices plutôt que sur des mots d’ordre d’organisation qui font référence à des habitus politiques prédéterminés, en particulier ceux de la gauche. Par exemple la question de la reconquête, de la récupération des droits. Ce sont des thématiques larges, mais qui vont permettre d’agglomérer des populations dont l’affiliation au clivage droite-gauche ne suffit pas ou ne suffit plus. Ça permet donc de construire ce bloc socio-politique offensif.

Le groupe fondateur de Podemos a beaucoup travaillé ces questions à partir d’expériences latino-américaines de terrain, puisque, pour la plupart, ils ont fait les campagnes de Bolivie, du Venezuela, etc. Mais ils n’ont jamais décidé de s’auto-définir comme « populistes de gauche », même si dans les faits, ils en font. Il y a dans Podemos un intérêt pour le sujet, mais l’adhésion au concept est l’objet d’un débat intense, en particulier entre Pablo Iglesias et Íñigo Errejón. Errejón est plutôt contre l’emploi de ce concept – « populisme » oui, mais pas « de gauche » – tandis qu’Iglesias est plutôt pour. C’est d’ailleurs l’un des objets du livre Construire un peuple [5].

En France, nous sommes un peu entre les deux scénarios. Jean-Luc Mélenchon pense qu’au-delà de la gauche, il faut fédérer le peuple, dont de larges pans sont touchés par les mêmes maux. Selon lui, le référent « gauche » est brouillé car ceux qui s’en réclament font, lorsqu’ils arrivent au pouvoir, des politiques nocives contre les intérêts populaires et ressemblent à ceux qu’ils prétendent combattre (les riches, les importants, les dominants, les détenteurs du bon goût, les tricheurs, etc.).

ImpressionDe gauche à droite : Jeremy Corbyn, Pablo Iglesias, Jean-Luc Mélenchon et Bernie Sanders.

Lorsqu’on regarde la victoire de Donald Trump et du Brexit, ainsi que les scores de l’extrême-droite en Europe qui augmentent continuellement, tandis que le populisme de gauche n’a pas encore réussi à prendre le pouvoir ou à gagner une élection, cela vous fait-il penser que le populisme de droite est en train de l’emporter sur son versant de gauche ou bien pensez-vous que le populisme de gauche a juste un train de retard à rattraper ?

Je pense qu’aujourd’hui l’hégémonie du populisme est à droite. C’est indéniable. On ne peut pas se cacher derrière son petit doigt. Aujourd’hui, ce qui l’emporte en Europe, ce sont des logiques d’ultra-concurrence entre tous. Ce qui l’emporte en Europe, c’est l’effondrement des valeurs de solidarité. Tout ce qui renvoie à l’idée de solidarité entre les gens s’effondre. Et, j’ai envie de dire, c’est un peu « Dieu pour tous ». Donc le populisme de gauche part avec cet inconvénient.

Mais la question est de savoir si le populisme de gauche peut être un instrument utile pour fissurer cette hégémonie-là. Parce que la réponse de la gauche social-démocrate, par rapport à ce problème, est un échec cuisant. Toute la stratégie d’une gauche d’accompagnement, qui consiste à dire « ce système est comme il est, mais on va lui donner un visage humain », est ruineuse. C’est ça qui ruine la gauche. Donc le populisme de gauche peut intervenir comme une tentative pour essayer de déjouer l’hégémonie du populisme de droite, notamment sur une question qui est essentielle et qui n’est pas simple à régler : comment constituer la communauté politique ?

Au fond, la différence entre populisme de gauche et populisme de droite est là. Le populisme de droite affirme que ce qui fonde le peuple, c’est l’ethnie. Il développe une vision essentialisée et statique du peuple tandis que ce que propose le populisme de gauche comme principe fondateur, c’est le politique et les logiques dynamiques, conflictuelles, indéterminées et transformatrices que cela induit.

Trump et Farage          Donald Trump et Nigel Farage, le leader de l’UKIP,                            le parti britannique pro-Brexit,                     le 12 novembre 2016 à la Trump Tower.

Aujourd’hui, la version de droite est hégémonique, parce que notre difficulté c’est aussi la question économique. Plus le mal-être économique se propage dans toutes les couches de la société et plus il est difficile d’affirmer et de construire la solidarité entre elles. Le malheur ne rend pas plus aimant… Mais, plus se mettent en place des politiques qui sanctionnent les marchés financiers et les puissants, et plus se recréent les conditions d’un retour à la solidarité dans la société.

« La bataille culturelle hégémonique au sein de la gauche sur l’Europe ne fait que commencer. »

Il existe peut-être un tabou qui pourrait expliquer le piétinement du populisme de gauche : le fait que malgré l’échec de Syriza en Grèce, les tenants de cette stratégie peinent à tenir un discours de vraie rupture vis-à-vis de l’Union européenne ; Jeremy Corbyn a même fait campagne pour leRemain au Royaume-Uni. L’échec actuel du populisme de gauche en Europe ne vient-il pas du fait qu’il existe dans ses rangs un tabou sur la question de l’Union européenne ?

Si, indéniablement. Cela fait partie des tabous de ce courant-là. Pourtant, si des forces populistes de gauche – auxquelles ne se réfère pas Syriza explicitement –  n’assument pas de briser le mur européen, alors elles racontent des histoires aux enfants car les propositions qu’elles portent –  égalité, justice sociale, souveraineté politique – ne sont pas applicables dans le cadre du système européen. Ce faisant, elles laissent ainsi le champ libre aux populistes de droite qui ont bâti une cohérence retorde dans leur rejet de l’UE, à partir de la question de l’immigration et en promettant plus de social pour les seuls nationaux. Ils disent « L’Europe et l’euro nous privent de souveraineté et nous appauvrissent, l’UE promeut la mobilité du travail intra-européen et l’immigration qui minent notre Etat social. Sauver notre Etat social passe par la sortie de l’euro, la fermeture des frontières, l’arrêt des migrations, la préférence nationale ».

Aux forces populistes de gauche de montrer la « roublardise » de ces positions qui cherchent à récupérer de la souveraineté pour ensuite mieux la contrôler et la réduire dans la société, renforcer le patronat national dans la concurrence internationale et discipliner le salariat en lui offrant quelques miettes sur le dos des immigrés et des plus pauvres réprimés. Mais en maintenant toujours plus exploité ce salariat, par des patrons nationaux revigorés ! Une sorte de modèle d’« exploitation patriote » en somme ! Car l’histoire est là pour le montrer. Chaque fois que ces forces ont pris le pouvoir, le discours social a servi à capter les masses populaires durant la phase de conquête de l’État. Chaque fois qu’elles ont gouverné, elles ont servi de chiens de garde au capital et écrasé les revendications populaires.

TsiprasAlexis Tsipras, le premier ministre grec qui a échoué dans son bras de fer avec l’Union européenne.

Et je passe sur l’État social dont le manque de ressources provient, avant toute chose, et de manière massive et surdéterminante, des politiques d’austérité, de la montée des inégalités sociales et fiscales.

Sur l’Europe donc, aux forces populistes de gauche de montrer le chemin d’un autre modèle, de prouver que l’Union européenne n’a pas le monopole de l’Europe.

C’est dans cet esprit que vous avez lancé Chapitre 2, un groupe de réflexion et d’action politique et intellectuelle qui « se donne comme objectif stratégique de gagner la bataille hégémonique au sein de la gauche sur les questions européennes ». Vous affirmez justement que « l’Union européenne n’a pas le monopole de l’Europe et qu’elle est désormais incapable de mener à bien sa propre démocratisation ». Faut-il donc un Frexit (sortie de la France de l’UE) ?

Effectivement. On a fondé Chapitre 2 pour cela. Partant du constat que j’ai développé juste avant, la bataille culturelle hégémonique au sein de la gauche sur l’Europe ne fait que commencer. Donc, il faut avoir des outils pour le faire et c’est à ça qu’on veut se consacrer. Concernant le Frexit, la question est de savoir dans quelles conditions il interviendrait, dans le cadre de quelle coalition politico-sociale et pour servir quel projet ? En soi, un Frexit ne répond à rien, ce n’est pas un fétiche. Un Frexit peut tout à fait – et ce serait hélas le cas aujourd’hui en fonction du rapport de forces actuel dans la société – déboucher sur un projet réactionnaire et dangereux pour les classes populaires. Un Frexit n’offrirait des perspectives que s’il était conduit par une certaine France, celle qui va puiser dans le meilleur de son histoire. Celle qu’il faut, c’est le moins que l’on puisse dire, réanimer tandis que dominent plutôt ses forces les plus sombres. Il n’y a pas que l’Europe qui va mal. C’est la double peine. Pour moi, l’affrontement et la rupture – qu’il faut assumer –  doivent s’inscrire dans la construction de nouvelles bases authentiquement coopératives pour une construction continentale.

C’est ce à quoi il faut travailler, se préparer. Il faut inclure un maximum de gens dans un raisonnement : un gouvernement minimalement progressiste ne pourra pas mettre en place ses propositions dans le cadre de l’UE. Pour le faire, il devra s’affranchir de facto de l’UE, de son système.

A partir de là, nos forces doivent progressivement articuler un maximum de demandes démocratiques, sociales, économiques et écologiques existantes dans la société pour construire un rapport de forces permettant d’imposer un pouvoir transformateur et d’orienter l’inéluctable et nécessaire rupture vers une perspective positive.

Christophe Ventura2Europe, année zéro. C’est là où nous en sommes. Chapitre 2 veut contribuer à la reconstruction, à tous les niveaux où il faut le faire. Admettons que la tâche est rude et incertaine. C’est pour cela qu’elle vaut la peine d’être relevée.

Propos recueillis par Flavien Ramonet.

[1] : « La nouvelle droite brésilienne », Mémoire des luttes, 19 avril 2016.

[2] : « Macron : « Appelez-moi populiste si vous voulez » », Journal du dimanche, 19 mars 2017.

[3] : Peuple/caste ; 99%/1% ; souverainistes/mondialistes ou « partisans d’une société ouverte » selon qu’on soit au FN ou François Hollande et Emmanuel Macron.

[4] : Gaël Brustier, « Emmanuel Macron, le signe que nous approchons du stade terminal de la crise de régime », Slate, 20 janvier 2017

[5] : Chantal Mouffe et Íñigo Errejón, Construire un peuple. Pour une radicalisation de la démocratie, Éditions du Cerf, Paris, 2017.

Crédits :

  • photo d’Emmanuel Macron : Eric Feferberg / AFP
  • dessin des quatre leaders populistes de gauche : Arnaud Tracol pour l’Obs
  • photo de l’homme qui brandit une pancarte : Charles Platiau/Reuters

De 1995 à 2017… L’histoire serait-elle sur le point de rejouer une pièce similaire ? Sans doute en partie, mais en partie seulement j’espère…

Je crois depuis longtemps que ce que personne n’attend (à part NOUS les insoumis) va se produire…

Je me rappelle très bien de l’année 1995 où Chirac a devancé le candidat dont tous les medias disaient qu’il pouvait « être élu dès le 1er tour » et que Chirac devait « se retirer » pour rendre cette victoire possible, parce que Chirac « n’avait aucune chance de figurer au second tour ».

Chirac, comme Mélenchon jusqu’à janvier dernier, était donné à plus ou moins 10% jusqu’en janvier 1995 (il s’était déclaré candidat le 4 novembre 1994 via une interview dans La Voix du Nord).

Selon les medias, qui étaient alors en pâmoison devant Jacques Delors (avant que celui-ci ne décide finalement de ne pas être candidat et le dise lors de l’émission 7/7 d’Anne Sinclair le 11 décembre 1994, provoquant le désarroi, la détresse, la déprime de presque tous les mediacrates) «Chirac n’avait aucune chance ». Tout se jouerait forcément, selon eux, entre Delors et Balladur, deux candidats « responsables », « réalistes », « raisonnables », « modérés »… Vous connaissez leur vocabulaire, n’est-ce pas ! 😉 Tous les sondages disaient la même chose…

Selon ces medias, Chirac « allait faire perdre la droite » incarnée, naturellement selon eux, par Balladur. Et il ne cherchait là qu’à « se mettre en valeur » et à « perturber » le jeu électoral normal. À les entendre, Chirac aurait eu un « ego » surdimensionné et ce n’est que par « malveillance » envers son « ami de trente ans » qu’il agissait, pour ne pas rendre possible qu’un autre que lui l’emportât… N’avez-vous pas le sentiment d’avoir entendu à peu près le même genre d’arguments ces derniers mois à l’encontre de Mélenchon ? 😉

Pour le « cercle de la raison » de l’époque, Balladur était le dirigeant qu’il fallait à la France. Et Alain Minc, qui parla le premier de ce « cercle de la raison », était d’ailleurs un de ses principaux soutiens. Comme c’est curieux !

Or, pour Chirac, pour les chiraquiens, et pour beaucoup d’autres au-delà, Balladur incarnait, jusqu’à la caricature, la droite libérale et atlantiste, le système oligarchique, la caste, le grand patronat, et tout ce qui était détestable aux yeux des Français.

Vous avez peut-être oublié – ou les plus jeunes l’ignorent car c’est de l’histoire ancienne (et pas le genre de trucs qui font la grande histoire…) – mais Sarkozy, déjà, était son principal soutien… Et, déjà, il était tel que celui qu’on aura à subir une décennie plus tard ! Même aux yeux d’une partie de la droite, il était une tête à claques ! Et même dans le camp Balladur, il y avait beaucoup de gens qui ne pouvaient pas le voir en peinture ! Pourtant, ils ont dû se le fader !

Le candidat Chirac d’alors, comme son projet (lequel était largement inspiré par Philippe Séguin et par Emmanuel Todd) était de nature « gaullisme social » et « indépendantisme ». Ce qu’il avait défendu dans sa campagne n’avait pas grand-chose à voir avec l’action de Balladur comme Premier ministre et le projet que ce dernier portait pour l’avenir. Il incarnait une autre droite, beaucoup moins détestable que celle rangée derrière Balladur. Je trouve, sur ce point, matière à comparaison en ce sens que Mélenchon incarne, depuis des années, une autre gauche que celle qui a été au pouvoir, une gauche moins détestable précisément, une gauche moins atlantiste, moins libérale…

Nous connaissons la fin de cette histoire : Balladur finit 3ème et ne fut donc même pas présent au second tour ! Les medias avaient eu raison sur un point mais un seul : Chirac avait bien empêché Balladur d’accéder au pouvoir suprême ! Mais ils avaient eu tort de penser et de répéter, sur tous les tons, y compris les plus insultants et les plus odieux, que Chirac n’avait qu’une seule chose à faire : se retirer, se soumettre, se rallier. 😉

Or Chirac avait eu raison de tenir tête, de ne pas plier, de ne pas se rallier, de défendre ce en quoi il croyait (qui était d’ailleurs très différent de ce que portait Balladur, aussi bien sur l’économie, la société que la géopolitique…). 😉

Les seuls combats que l’on est sûr de perdre sont ceux qu’on ne mène pas.

Celui qui combat peut perdre, mais celui qui ne combat pas a déjà perdu.

Chirac commença à grimper dans les sondages en janvier 1995, à la suite de ses discours qui attiraient de plus en plus de monde… Tiens, tiens… 😉

Dès qu’il se déclara officiellement candidat, en janvier 1995, Balladur commença, lui, à dégringoler de son piédestal. Dans une séquence télé absolument inimaginable tellement elle incarnait l’esprit monarchique (il faut revoir cette vidéo où Balladur, Premier ministre, parle, assis à son bureau de Matignon, l’air grave, comme un dauphin qui considère que devenir Président de la République est naturel pour lui, que c’est même un dû, et que faire campagne ne sert à rien vu qu’il est déjà élu, à écouter les medias et les sondages). Tiens, tiens… 😉

C’est pourtant lui qui fut désavoué par le peuple et c’est Chirac, que tout le monde ou presque voyait et décrivait comme le « nul » qui ne pouvait gagner, qui lui passa devant, avant de l’emporter au 2nd tour…

J’ai bien le sentiment que cette histoire est sur le point de se répéter. D’ailleurs, le phénomène a déjà commencé. Tout le monde le voit… Sauf que, cette fois, en lieu et place de Balladur, on a Macron, et que Chirac est à trouver en Mélenchon… Tandis que Hamon joue un peu – mais un peu seulement – le rôle de Jospin en 1995. Oui, un peu seulement car Jospin finit en tête au 1er tour de 1995 et ne perdit qu’au second tour, ce que Hamon ne réitèrera pas.

Les guignols de l’info en faisaient des tonnes alors sur la montée de Chirac dès le début de 1995 et le tassement – puis la descente – de Balladur, jusqu’au jour de février où l’on assista au croisement des courbes entre les deux candidats de la droite… Ceci se produisit d’ailleurs très peu de temps après la déclaration de candidature de Sa Courtoise Suffisance (surnom qui était donné à Balladur par le Canard enchaîné) comme quoi les Français avaient bien saisi qui était Balladur, ce qu’il voulait, ce (et ceux) qu’il représentait…

Je me souviens notamment de cette « discussion » entre les marionnettes de Philippe Alexandre et de Serge July, tous deux hallucinés par pareille situation politique, totalement inattendue, totalement anachronique à leurs yeux… On était dix ans avant 2005 et déjà ils affûtaient leurs arguments contre les « populistes » et les « démagogues » menaçant de détrôner les seuls candidats « acceptables » à leurs yeux !

Je me souviens aussi de certains commentaires du genre : « l’hypothèse d’un Chirac se hissant au second tour cesse d’être jugée ridicule et impossible pour devenir envisageable et crédible ».

Et oui ! Comme pour Mélenchon aujourd’hui, finalement ! 😉

Et, comme en 1995, je pense que la fin de l’Histoire en 2017 sera favorable à celui qui ne pouvait que « perdre » et « empêcher son camp de gagner »…

Certes, en 1995, le FN n’exerçait pas la même pression qu’aujourd’hui. Mais tout de même, il finit 4ème à 15% des voix (4 571 000 suffrages). Beaucoup de commentateurs expliquèrent alors  que c’est grâce à la candidature de Philippe de Villiers (qui obtint presque 1,5 million de voix soit 4,74% des suffrages exprimés) que Le Pen fut privé du 2nd tour. Il est délicat de l’affirmer avec certitude car on ne peut dire exactement comment se seraient répartis les électeurs de De Villiers s’il n’avait pas été candidat. Un certain nombre auraient sans doute choisi Le Pen mais pas tous. Certains seraient allés avec Chirac, d’autres avec Balladur ou un autre candidat, et d’autres encore se seraient réfugiés dans l’abstention ou le vote blanc et nul.

Mais cette force du FN en 2017, bien que supérieure aujourd’hui à celle qu’elle était alors en 1995, ne me semble pas de nature à empêcher le surgissement de Mélenchon au second tour.

Je pense même, de plus en plus, que le second tour fera s’affronter Le Pen et Mélenchon. Parce que les deux candidats que sont Macron et Fillon qui, aujourd’hui, dépassent Mélenchon dans les sondages, vont s’effondrer ou en tout cas s’effriter suffisamment pour que Mélenchon crée la surprise. Macron parce que c’est une bulle mediatique sans aucune assise populaire comme on commence à s’en rendre compte, y compris en haut lieu, et Fillon parce que ses affaires le plombent aux yeux des siens et que son projet ultra-réactionnaire a bien été perçu comme tel par les Français. Fillon, le croque-mort ne peut susciter l’adhésion.

En outre, je crois vraiment, et de plus en plus, que cette partie de l’électorat du FN qui choisissait Le Pen à défaut de trouver à gauche une vraie parole de rébellion, et de vraies propositions de révolution citoyenne, vont désormais se tourner vers Mélenchon, ce qui réduira d’autant l’assise de Le Pen. Parce que l’essentiel de l’électorat de Le Pen est composé de gens qui votent avec leurs pieds, et qui expriment un message de colère. Or il semble que ces temps-ci, Mélenchon incarne mieux que personne, et surtout bien mieux que Le Pen, la volonté irréductible de pratiquer le dégagisme !

Le positionnement de Mélenchon, désormais hors parti, parlant à tous, ne représentant plus seulement la gauche, ne se souciant plus des étiquettes ou des affinités mais des idées, et le fond de son projet (l’intérêt général humain) comme son esprit (l’insoumission et l’indépendantisme) parlent de plus en plus – et de mieux en mieux – à certains Français plutôt classés à droite et à beaucoup de ces gaullistes sociaux dont nous nous rapprochons sur bien des sujets. Cela a déjà commencé. Nous le constatons.

Enfin, je crois aussi que Mélenchon va attirer à lui des millions de nouveaux électeurs venus de nulle part sinon de l’abstention de longue durée. Cela a déjà commencé. Nous le voyons. Nous rejoignent déjà, ou nous disent qu’ils voteront pour Mélenchon, de plus en plus de citoyens écoeurés par la politique mise en œuvre depuis des années et par ceux qui la font.

Une fois que Mélenchon aura été élu, à la surprise de beaucoup, je tiens par contre à ce que la suite de l’histoire de 1995 ne se répète pas… Et que le nouveau Président de la République tienne ses engagements, contrairement à celui élu en 1995.

Je tiens à ce que le Président Mélenchon ne nomme pas à Matignon une personne qui le conduira – et le convaincra – à changer de discours et à remettre en cause ses engagements de campagne parce que « maintenant qu’on est au pouvoir, on ne peut plus ni parler, ni agir comme avant », parce que « il faut du temps pour que les choses se fassent », parce que « nous ne pouvons brusquer nos partenaires européens » etc. etc. etc. bref tous ces arguments bidons que l’on nous sert toujours pour justifier une reddition sans jamais la reconnaître…

C’est bien ce qui s’est produit en 1995 avec un Premier ministre Juppé qui a décidé que sa politique ne respecterait pas l’esprit – et encore moins la lettre – du projet chiraquien, parce que « le déficit du budget était calamiteux », parce qu’il fallait « d’abord réduire la dette », parce qu’il fallait d’abord « créer des richesses avant de les partager » etc. etc. etc. tous ces arguments que l’on connait si bien mais qui étaient précisément ceux que le candidat Chirac avait violemment dénoncés pendant sa campagne quand c’est Balladur qui les utilisait…

Ah ! Si Chirac, au lieu de nommer Juppé – le fils prodigue qui n’avait rien apporté en termes d’idées à la campagne – avait choisi Séguin – qui lui en était un pilier – tout aurait été différent !

Mais embarqué sur le navire piloté par Juppé, et manifestement sous l’emprise affective ou intellectuelle de celui que certains appelaient « Amstrad » (du nom de très anciens ordinateurs…), Chirac ne pouvait qu’aller à l’écueil !

Le navire sombra en 1997. Juppé voulut la dissolution de l’Assemblée Nationale, il l’a eue ! Chirac lui fit ce plaisir. Mais en fait de dissolution de l’Assemblée Nationale, c’est le gouvernement Juppé, et Juppé lui-même, qui furent dissous… Je me suis souvent amusé à dire que Chirac avait dissous Juppé en 1997. Beaucoup pensent qu’il ne vit rien venir… Si ce « il » est Juppé, c’est évident ! Par contre, je ne m’aventurerais pas à affirmer que Chirac était inconscient de ce qui se tramait… Je pense même que l’animal politique qu’était Chirac (ce que n’était pas Juppé) a eu conscience que le peuple rejetait massivement la politique de Juppé et que, ne pouvant peut-être pas, pour nombre de raisons, se défaire de lui de sa propre volonté, il remit aux Français le soin de l’y contraindre… Comme en plus Juppé la voulait sa dissolution, ça tombait à pic !

Bref, j’espère que nous ne rééditerons pas ce genre « d’expérience hasardeuse » pour reprendre les termes ironiques de Jospin au sujet de la dissolution ! Le prochain Premier ministre devra impérativement être une personne du premier cercle de Mélenchon, et une personne qui aura une volonté politique en tous points égale à la sienne. La moindre différence entre eux sera évidemment utilisée contre nous tous. Nous savons d’expérience que tous les binômes de l’Exécutif de la 5e République (je parle hors périodes de cohabitation) ont fini par se contredire, se concurrencer, se défier ou s’opposer.

C’est dans les gênes mêmes de ce régime qui était bancal dès le 1er jour puisque le Président était désigné comme un simple arbitre alors que celui qui l’était alors était un personnage exceptionnel ne pouvant évidemment pas se contenter d’un tel rôle secondaire… Et la constitution répartissant les pouvoirs entre les deux têtes de l’Exécutif n’avait pas séparé clairement les choses, donnant par exemple au président la qualité de chef des armées mais au Premier ministre la responsabilité de diriger la politique de défense de la nation. Et qui était le chef du gouvernement ? Le Premier ministre bien sûr. C’est ce que dit le texte de la constitution qui ajoute que c’est lui (et donc pas le Président de la République) qui fixe la politique de la nation. Mais le chef du gouvernement, n’est-ce pas d’abord le Président de la République puisque c’est lui qui nomme le Premier ministre et les ministres, que c’est lui qui donne les grandes orientations, que c’est lui qui peut dissoudre l’Assemblée, que c’est lui qui peut recourir au référendum ?

Bref, en raison du contexte dans lequel ce texte a été élaboré, et en raison aussi et surtout des contradictions entre les rédacteurs, eh bien il fut choisi un compromis. De Gaulle se disait qu’il ne prendrait pas grand risque à concéder certains pouvoirs au Premier ministre puisque tant que lui serait à la tête de l’État, n’importe quel Premier ministre devrait être à ses ordres, sinon en droit, du moins dans les faits. Et c’est bien ce qui s’est passé…

Et pas que sous De Gaulle d’ailleurs ! En effet, ce principe fut valable sous tous les Présidents de la République, à tel point que la relation entre les deux têtes de l’Exécutif fut parfois des plus orageuses… Doit-on rappeler la relation entre le président Pompidou et le Premier ministre Chaban-Delmas ? Ou celle entre le président Giscard et son Premier ministre Chirac ? Ou encore celle entre le Président Mitterrand et son Premier ministre Rocard ?

Et même quand l’orage n’était pas là, on peut dire au minimum que le système mediatique ou politique a tout fait, parfois avec succès, pour saboter la confiance qui pouvait exister à l’origine entre le Président et son Premier ministre. Cela s’est produit entre De Gaulle et Michel Debré, puis entre De Gaulle et Pompidou, puis entre Giscard et Barre, puis entre Mitterrand et Fabius, puis entre Chirac et Juppé. Inutile que je cause ici de la relation entre Sarkozy et Fillon… Même Hollande et Valls ont alimenté cette histoire éternelle…

On ne peut avoir deux têtes à l’Exécutif. Soit on en a une seule, soit on a une collégialité, mais mettre deux personnes au sommet du pouvoir et leur conférer des pouvoirs « croisés » voire contradictoires, c’est mettre d’entrée de jeu la discorde dans la maison commune. Or, ainsi que l’a dit le président Lincoln, certes en d’autres circonstances (à savoir celles qui précédaient la guerre de Sécession) « une maison dans laquelle règne la discorde ne peut pas tenir debout ».

J’ai pleine confiance en Mélenchon pour choisir la bonne personne pour Matignon. Mais j’ai aussi quelques inquiétudes quand je suis depuis des années tel ou telle de son entourage direct… Je crains fort qu’il n’y ait, dans cet entourage, quelques Yannis Varoufakis,  ou autres du genre de ceux qui, à Syriza, ont amené Tsipras à renier ses engagements pour rester dans l’UE…

Pourquoi voter pour Mélenchon au 2nd tour s’il n’y est pas présent ? Quelques arguments – Par Vincent Christophe Le Roux

Je suggère une idée… certes non conforme au Droit constitutionnel mais qui pourrait avoir son effet malgré tout…

Plutôt qu’un bulletin personnalisé, je préconise de mettre dans l’urne un bulletin exactement IDENTIQUE à celui du 1er tour.

Pourquoi ?

Petit scénario de fiction : si Mélenchon est absent du 2nd tour, forcément, un nombre de Français-e-s pro-Mélenchon qui se chiffrera en millions ne se retrouvera en aucun des deux candidats du second tour.

D’autre part, bien des Français n’ayant pas choisi Mélenchon au 1er tour, se retrouveront dans la même situation de déception, dont on ne peut identifier quelles conséquences elle aura…

Ce sont donc en fait plusieurs dizaines de millions d’électrices et d’électeurs qui ne se retrouveront dans aucun des deux finalistes et qui ne voudront EN AUCUN CAS soutenir l’un d’eux, fut-ce pour éliminer le pire des deux, comme le veut la pratique du second tour dans ce régime détestable de la 5e République.

Ces dizaines de millions d’électrices et d’électeurs n’ayant plus leur candidat, se répartiront en 5 catégories : ceux qui voteront pour le candidat A, ceux qui voteront pour le candidat B, ceux qui s’abstiendront, ceux qui voteront blanc et ceux qui voteront nul.

On peut donc présager que le risque est très important de voir :

  • D’une part, l’abstention croître massivement,
  • D’autre part, le nombre de bulletins blancs et nuls augmenter considérablement, ce qui fera chuter massivement le nombre et le pourcentage de suffrages exprimés.

Or plus important sera le nombre d’abstentionnistes et le nombre de bulletins blancs et nuls, et plus sera réduite la base ou l’assiette électorale que les deux candidats en lice se partageront.

Il est tout à fait envisageable ainsi que le nombre de suffrages exprimés au second tour (en cumulé pour les deux candidats) ne soit supérieur que de peu à celui cumulé des abstentionnistes et des bulletins blancs et nuls.

Et il est probable – surtout si l’abstention est massive et que le nombre de bulletins blancs et nuls explose – que le nombre de suffrages s’étant porté sur la vainqueur se révèle inférieur au nombre cumulé des abstentionnistes et des bulletins blancs et nuls.

Notre constitution et notre droit électoral ne s’opposent pas à ce que soit validée l’élection au second tour du candidat arrivant en tête, quel que soit le nombre des abstentionnistes et des bulletins blancs et nuls, quand bien même le nombre de suffrages exprimés en faveur du gagnant serait inférieur soit au nombre cumulé des abstentionnistes et des bulletins blancs et nuls, soit au seul nombre des abstentionnistes ou des bulletins blancs et/ou nuls.

Le principe est que l’élection est acquise à la majorité absolue des suffrages exprimés (or ne sont comptés, dans les suffrages exprimés, ni les abstentions ni les bulletins blancs et nuls). Donc, du seul fait de la présence de seulement deux candidats, l’un d’eux obtient forcément la majorité absolue des suffrages exprimés.

Sachez que l’hypothèse où le gagnant au second tour aurait obtenu un nombre de suffrages en sa faveur inférieur au nombre des abstentionnistes cumulé ou non à celui des bulletins blancs et/ou nuls, ne s’est encore jamais produite car l’abstention au second tour a toujours été contenue. Mais on s’est approché de très près de cette hypothèse en 1969 car l’abstention au second tour a alors été très haute. C’est à cette occasion en effet qu’elle a connu son point paroxystique pour une élection présidentielle, avec 31,15%, soit presque 9 200 000 abstentionnistes.

Évidemment, le contexte politique était exceptionnel. De Gaulle avait démissionné avant le terme de son mandat (prévu en 1972), suite au référendum raté sur la réforme du Sénat et la régionalisation, et le second tour opposait Pompidou le gaulliste à Poher le centriste, deux candidats de la droite. Au 1er tour, pour la gauche, il y avait 4 candidats :

– le candidat du PCF Jacques Duclos qui avait obtenu 21,27% des voix soit un peu plus de 4 808 000 personnes ;

– les socialistes d’alors s’étaient partagés entre Gaston Deferre pour la SFIO, qui avait fait le score calamiteux de 5,1% représentant un peu plus de  1 133 000 personnes, et Michel Rocard, pour le PSU, qui avait obtenu 3,61% soit un peu plus de 816 000 personnes ;

– Alain Krivine, pour la Ligue communiste, avait obtenu lui 1,06% soit 239 106 personnes.

Ainsi, le président élu, Pompidou, le fut avec un peu plus de 11 064 000 voix tandis que l’on compta un peu plus de 9 189 000 abstentionnistes et presque 1 303 800 blancs et nuls. L’abstention au 1er tour était de 22,41% soit un peu plus de 6 614 000 personnes, tandis que les blancs et nuls représentaient 1,29% soit 295 036 bulletins. L’abstention fit un bond de 10% si bien que 2,6 millions de personnes qui avaient voté au 1er tour ne le firent pas au 2nd.  Quant au nombre de bulletins blancs et nuls, il fut multiplié par plus de 4.

In fine, le nombre cumulé des abstentionnistes et des blancs et nuls fut de 10 492 845, à comparer aux 11 064 371 suffrages exprimés en faveur du gagnant. Le président élu n’avait donc obtenu qu’un peu plus de 500 000 suffrages de plus que le nombre cumulé de tous ceux qui refusaient cette mascarade !

Par la suite, cette situation ne s’est jamais reproduite et les écarts furent toujours bien plus conséquents. Même en 2002, dans le contexte du second tour Chirac – Le Pen, où l’abstention perdit presque 8 points entre le 1er et le 2nd tour. Certes, le nombre de bulletins blancs et nuls augmenta en étant à peu près multiplié par 2, mais le nombre de suffrages exprimés en faveur de Chirac fut très nettement supérieur au nombre cumulé des abstentionnistes et des blancs et nuls : 25,5 millions de voix pour Chirac, 10 millions de suffrages « gelés » entre abstentionnistes et blancs et nuls.

Si la situation de 1969 ne s’est donc jamais renouvelée, je crois bien que l’élection à venir est, par le contexte dans lequel elle s’inscrit, susceptible non seulement de rééditer ce qui s’est produit en 1969, mais plus encore, de dépasser celle de 1969 s’agissant de l’écart entre le gagnant au second tour et le nombre des suffrages non exprimés…

Oui, je crois vraiment que le 7 mai 2017, il y a une possibilité qui est loin d’être théorique, que le nombre de suffrages pour le vainqueur soit inférieur à celui des votes de refus ne se portant pas sur son adversaire. Je crois vraiment que la situation est telle que tous ceux qui ne se retrouveront pas dans les deux candidats au second tour obtiendront ensemble un nombre de voix supérieur à celui du gagnant, ce qui ne s’est encore jamais vu. Et donc, même si en droit, comme je l’ai expliqué au début de ce billet, rien ne s’oppose à ce que l’élection soit validée, en revanche le fait politique tout à fait inédit et en tous points exceptionnel que serait une telle situation électorale, ne manquerait pas d’avoir de très puissants effets et ce à très court délai. Ce serait, à n’en pas douter, un nouveau coup de boutoir dans ce régime totalement gangréné de la 5e République.

Dans quel contexte électoral une telle hypothèse se concrétiserait-elle ?

Eh bien, par exemple, si le nombre de suffrages qui se sont portés au premier tour sur le ou les candidats finissant 3ème et 4ème  est très proche du nombre de suffrages obtenu par le second candidat qualifié pour le second tour.

Si le candidat arrivé 3ème suit de très près le candidat arrivé avant lui, ce dernier sera admis au 2nd tour et pas le 3ème. C’est la règle simple du régime de la 5ème République, indépendamment de l’écart entre le 2ème et le 3ème. Donc la règle vaudra qu’il y ait une différence de millions de voix ou d’une seule voix.

Si l’écart en nombre de voix entre le 2ème et le 3ème est très faible (mais ça marche aussi entre le 2ème et le 4ème), outre les probables contestations extrêmement vives auxquelles nous ne manquerons pas d’assister, et qui seront à coup sûr d’une intensité que jamais encore nous n’avons connue en France, les électrices et électeurs du candidat arrivé 3ème, et éventuellement les électrices et électeurs du candidat arrivé 4ème si l’écart est très restreint, risquent fort de ne pas accepter facilement la défaite. Quel que soit leur choix électoral pour le second tour, qu’ils préfèrent s’abstenir ou voter massivement blanc ou nul, je pressens que le nombre cumulé de ces « expressions » électorales en forme d’insurrection « de seconde frappe » (par analogie au vocabulaire employé pour la force nucléaire)  sera supérieur au nombre de suffrages exprimés en faveur du gagnant du second tour. Et alors là, il me semble que la France entrera pour de bon dans une période de troubles majeurs…

Le droit prime le fait en théorie. Et c’est très souvent le cas en pratique. Pourtant il peut arriver, dans certaines circonstances, que le fait prenne l’ascendant sur le droit et que le droit soit écarté, négligé, oublié, interprété… Parce que si le droit est le reflet d’une volonté prétendument commune à un moment donné (avec tous les guillemets nécessaires au regard de ce que nous savons du caractère de plus en plus fictif du principe selon lequel la loi serait l’expression de la volonté générale), le fait vient parfois bouleverser le droit. Et il va sans dire qu’un contexte révolutionnaire ou insurrectionnel est de nature à mettre certains aspects du droit de côté ou à inventer un autre droit, fut-il transitoire et « illégal »…

Pourquoi dis-je cela ? Est-ce pour appeler les Françaises et les Français à la rébellion ouverte ? Oui, si on considère l’aspect politique. En soutenant Jean-Luc Mélenchon et son projet, il est clair que j’aspire à la rébellion contre le système, contre le régime, contre les oligarques, contre les medias etc. etc. En faisant campagne pour Mélenchon, comme tous ceux qui y prennent leur part, j’appelle les électrices et électeurs français à se rebeller mais à le faire pour l’instant par un bulletin de vote, de manière PACIFIQUE, raisonnable, sereine, tranquille, bien que déterminée.

Mais si Mélenchon ne devait pas être présent au second tour, il y aura un choix à faire par nous tous qui allons le soutenir au premier tour ; et j’appelle chacun à y réfléchir dès aujourd’hui.

Évidemment, chacun fera bien ce qu’il veut car nous sommes libres et insoumis. Ne voyez pas dans la suggestion que je vais vous faire une quelconque « consigne de vote ». Vous n’avez pas besoin de moi pour décider en toute liberté de ce qu’il sera judicieux de faire.

Pour autant, nous pouvons en discuter entre nous, échanger des arguments, pour que chacun ait matière à réflexion et que ces semaines de réflexion nous permettent à tous, collectivement, de faire le bon choix, le meilleur choix.

Certains d’entre vous allez me reprocher d’imaginer un scénario totalement hypothétique, voire farfelu. D’autres me reprocheront sans doute de ne pas croire assez dans les chances de Mélenchon puisque j’évoque l’hypothèse de son absence au second tour.

Il n’en est rien. Sur le premier point, j’ai dit plus haut que c’était une hypothèse donc par définition une éventualité non certaine. Mais oui, je la crois non seulement possible mais probable, cette hypothèse (à savoir un nombre de suffrages pour le gagnant inférieur au nombre cumulé des votes blancs et nuls et du nombre des abstentionnistes) dans le cas où Mélenchon serait absent du 2nd tour. Quant au second point, la probabilité que Mélenchon soit au second tour précisément, eh bien, voyez-vous, je la crois très très haute. Parce que depuis que Mélenchon a déclaré sa candidature il y a un an et demi, en raison d’une part de la stratégie de conquête du pouvoir qu’il a adoptée, et en raison, d’autre part,  du projet qu’il porte, je ne cesse depuis un an de dire que nous tenons le bon bout. Je le crois plus que jamais chaque jour qui passe.

Je suis de ceux qui pensent que c’est nous qui allons être la plus grosse surprise. Je ne dis pas « la » surprise car je pressens qu’il y en aura quelques autres… Mais oui, le surgissement inattendu de Mélenchon au second tour sera un évènement cataclysmique pour le système et tous ses acteurs.

Cela étant dit, si la réalité me déjugeait, nous devrions mettre en oeuvre ensemble et de manière coordonnée, planifiée, une stratégie de réaction. Un plan B en quelque sorte, plutôt que de nous éparpiller entre diverses stratégies. Et donc, il faut le concevoir dès maintenant, et en parler !

Les uns préconiseront d’éliminer l’un des deux candidats, comme on l’a vécu en 2012. Pour moi – et je sais que nous serons des millions à penser de même – il n’en sera pas question, quels que soient les deux candidats restant en lice au second tour, si le nôtre n’est pas l’un d’eux.

D’autres se jetteront pour la première fois dans l’abstention ou y retourneront.

D’autres encore se déplaceront pour voter mais choisiront le bulletin blanc ou nul en faisant preuve de malice et d’ingénuité quant à l’ornement du bulletin de vote ou au contenu de l’enveloppe…

Mais vous savez bien que ni les abstentionnistes, ni les bulletins blancs et nuls n’auront le moindre effet sur la validité de l’élection. C’est ce que j’ai expliqué en première partie de ce billet.

Pour ma part, je discerne une hypothèse – et une seule – où bien que Mélenchon soit absent du second tour, nous pourrions contribuer très activement à ce que le « fait » subvertisse le droit, comme je l’ai évoqué plus haut.

Si tous les électeurs s’étant portés sur Mélenchon au premier tour se déplacent pour aller voter au second, même s’il n’y est plus officiellement candidat, et déposent dans l’enveloppe, non pas un bulletin blanc ni un bulletin orné de je ne sais quelle décoration, annotation, ou inscription, mais un bulletin « Jean-Luc Mélenchon » exactement identique à celui utilisé au premier tour et respectant les conditions de validité (sans aucune marque ou signe distinctif), certes ce bulletin sera jugé « nul ». Mais si ce sont des millions de bulletins de ce type qui sont mis dans les urnes (pour celles et ceux qui n’ont pas le malheur de voter sur une machine), je pense que cette masse considérable de bulletins uniformes en faveur de Jean-Luc Mélenchon aurait des conséquences inévitables.

Surtout si, comme je le pressens et comme je l’ai expliqué au début de ce billet, l’abstention est massive et que les blancs et nuls voient leur nombre exploser.

Nous pourrions alors tout à fait finir avec un nombre de bulletins « nuls » jamais vu depuis la première élection présidentielle au suffrage universel de la 5e République, en 1965.

Certes, comme je l’ai déjà dit, tout bulletin « Jean-Luc Mélenchon » au second tour sera « nul » si Mélenchon n’est pas présent au second tour. Et il est évident qu’aucun décompte officiel ne sera fait du nombre exact de ces bulletins qui seront noyés dans le nombre total des bulletins nuls.

Sauf que nous sommes nombreux à soutenir activement Mélenchon. Plus de 280 000 signataires. 4 millions de personnes se sont portées sur son nom en 2012. On a pu en perdre une partie depuis (je n’en dirai pas plus…) mais je crois aussi que l’on en a gagné beaucoup. L’un dans l’autre, je ne doute pas que nous aurons bien plus de suffrages en 2017 qu’en 2012. Je parle bien sûr en voix, pas en %.

Donc, si nous, les Insoumis-e-s, nous les soutiens actifs de Mélenchon, nous, les électrices et électeurs qui avons l’intention de voter pour Mélenchon au 1er et au 2nd tours, nous nous répartissons dans un maximum de bureaux de vote, nous serons en mesure de comptabiliser le nombre de ces bulletins de vote « Jean-Luc Mélenchon » mis dans les urnes alors même que notre candidat, dans l’hypothèse d’étude, ne serait plus candidat à ce second tour.

Ce que je crois possible, et que je pense donc que nous devrions tenter, c’est bien que le nombre de bulletins « nuls » en faveur de Jean-Luc Mélenchon dépasse le nombre de suffrages exprimés obtenu par le gagnant du second tour.

Cela n’invalidera certes pas le résultat en droit, mais délégitimera totalement, dès le premier jour, le nouvel élu, quel qu’il soit.

Même si cet aspect des choses que j’ai développé dans ce billet n’a pas été discuté entre nous au sein du collectif « Citoyens pour un peuple souverain » et que l’argument que je mets en avant ici n’a pas été envisagé dans cet appel que nous avons publié il y a quelques semaines, il est possible que la raison de voter Mélenchon y compris dans un second tour auquel il ne pourrait légalement participer, trouve, avec l’argument que j’avance ici, une raison d’être supplémentaire.

Et comme derrière la présidentielle, il y aura les législatives, nous aurions alors marqué très fortement les esprits. Notre force électorale serait toujours là au lieu de disparaître au second tour, et nous aurions dit, de la manière la plus claire qu’il soit, combien demain ne pourrait se faire sans nous !

Parce que même si Mélenchon n’était pas élu, nous devrions rester engagés pour les Législatives. Contrairement à la pratique qui veut que les élections législatives confirment toujours le résultat  de l’élection présidentielle, là encore en raison du contexte politique et international tout à fait exceptionnel en 2017, il n’est pas certain du tout que pour la première fois, le Président élu n’obtienne pas de majorité.

Il y a aujourd’hui en France 4 forces politiques : le FN, la droite, les représentants du système (Macron et ce qui restera du PS) et la France insoumise. Nous ignorons encore quelle sera la représentativité de ces quatre forces mais on peut dire à peu près sans se tromper que chacune obtiendra entre 20 et 25%. Donc prédire les résultats d’une élection législative dans le cadre du mode de scrutin majoritaire à deux tours avec un tel contexte est impossible. Ce qui est certain me semble-t-il, c’est que quel que soit le gagnant, il aura du mal à obtenir une majorité.

Nous devrons donc rester mobilisés même si Mélenchon est élu. Mais dans l’hypothèse où il ne le serait pas, nous devrions tout faire pour empêcher le gagnant d’avoir une majorité et donc voter massivement pour les candidats présentés par la France insoumise.

La force populaire que nous avons commencée à faire naître en 2012 grâce à Mélenchon, puis que nous avons tentée de faire grandir avec le Front de Gauche, est toujours là, malgré le sabotage dudit Front de Gauche par certains de nos alliés d’hier. Non seulement, cette force est toujours là mais nous sommes convaincus, par millions, qu’elle est bien plus puissante encore aujourd’hui qu’elle ne l’était il y a 5 ans, contrairement à ce qu’en disent les sondages et les meRdias. Nous en avons de nombreux signes.

La France insoumise, ce mouvement citoyen, est ce que le Front de Gauche n’était pas. Et la France insoumise parle à tous les Français, pas seulement à la Gauche.

J’ignore ce que les leaders de ce mouvement tenteront d’en faire demain mais NOUS, citoyen-ne-s engagé-e-s qui lui donnons vie, nous avons notre mot à dire. Sans nous, la France insoumise n‘est rien. C’est donc à nous de faire en sorte que sous une forme ou sous une autre, que Mélenchon soit élu Président de la République ou qu’il soit battu dans les urnes, au premier ou au second tour, ce mouvement survive et qu’ensemble nous nous rassemblions pour ce qui sera soit une glorieuse période de reconquête, soit une nouvelle période de résistance encore plus acharnée et résolue que celle où nous sommes en ce moment.

L’Alternative ! Y croire et agir soi-même pour la rendre possible… La leçon de l’effet papillon

Avant-propos : Bien que publié sur mon blog intitulé « Vive la Sixième République et la première véritable démocratie », ce billet n’a rien à voir avec la thématique évoquée par le titre de ce blog.

« La » politique, tout comme celles et ceux qui la font dans l’Union €uropéenne, dans les États et les collectivités locales, me fatiguent, m’écœurent, me désespèrent. Après 22 ans d’engagement, je suis près de la saturation et je frise vraiment  l’overdose.

J’ai déjà laissé entendre que j’allais quitter cette scène-là (bien que je n’ai jamais été autre chose qu’un simple militant). Oui, ça ne saurait tarder car ça devient vraiment indispensable. C’est une question de santé psychique et d’équilibre personnel mais pas que…

Ce n’est pas de l’égoïsme. Il ne s’agit pas, pour moi, de me recroqueviller sur moi, sur ma vie, sur mon entourage, et de ne plus penser qu’à moi. NON !

Il s’agit  d’une révolte qui atteint son point d’explosion. La politique étant ce qu’elle est et celles et ceux qui la font étant ce qu’ils sont, je vire ANARCHISTE ! Et moi qui, il y a quelques années, regardait avec une certaine distanciation les adeptes de ce que l’on appelle « l’autogestion », je commence sérieusement à les comprendre aujourd’hui… J’ai mis le temps mais il y a des gens plus lents que d’autres…

Et il s’agit aussi de clairvoyance. Car le monde dans lequel on vit, ce monde détestable que nous subissons et que, hélas, nous contribuons à maintenir, fut-ce à nos dépens et à notre insu, n’est pas un monde durable. En plus d’être cruel, barbare, injuste, irrationnel, il est à durée déterminée car il ne perdurera pas encore très longtemps. L’humanité, si elle ne change pas radicalement son mode d’habiter la terre, et son mode de vivre ensemble, court à l’extinction à bref délai (au sens des temps historiques).

Or il existe des alternatives. D’ailleurs, depuis des années, une telle prise de conscience de cela grandit dans les têtes et il en résulte des alternatives concrètes, des ruptures radicales, des « radicalités concrètes » comme disent certains de mes camarades du parti que j’ai quitté il y a quelques semaines… Celles auxquelles je pense ne sont pas seulement les leurs…

Une idée nouvelle a souvent besoin d’infuser dans nos têtes avant d’avoir des effets concrets. De même qu’une graine plantée ne commencer à germer que plusieurs semaines plus tard et la plante en résultant mettra encore des semaines, voire des mois ou même des années à éclore…

Nous sommes pris entre le marteau et l’enclume. Aucune alternative profitable et durable ne saurait être mise en œuvre dans l’affolement et la précipitation. Il faut y réfléchir, il faut étudier les risques et les bénéfices à en tirer. Il faut préparer sérieusement la sortie du monde actuel et l’entrée dans un autre. Ça prend nécessairement du temps.

Or, du temps, nous en avons de moins en moins… Le sablier se vide. Les aiguilles tournent et se rapprochent inexorablement du terme. Certain-e-s ont déjà écrit qu’il était « minuit moins cinq »… Et ce ne sont pas, hélas, que des Cassandre. Des faits objectifs fondent rationnellement leurs craintes. Nous pouvons nous sauver nous-mêmes si nous prenons la mesure de ce qui se joue, si nous cessons enfin de tergiverser, de remettre à demain des décisions radicales que nous devrons de toute façon prendre mais qui, demain, seront plus difficiles qu’elles ne le seraient aujourd’hui.

Je suis de plus en plus convaincu, ainsi que des milliers d’autres que moi, des millions même, que la ou les solution(s) ne viendront pas d’en haut. Dans les sphères dirigeantes, on ne veut pas, on nous mystifie, on nous abuse, on nous ment, on nous trompe, on nous spolie, on nous violente, on nous dresse les uns contre les autres et on nous refuse le droit de décider librement de notre destin.

Il nous faut comprendre et prendre conscience que nous ne ferons rien au plan « macro » car tout est sous contrôle des oligarchies qui disposent de tous les moyens de renseignement et de réaction pour nous dompter et nous maintenir dans cette forme de « servitude volontaire » pour reprendre les termes de La Boétie ou dans ce « consentement » qui nous est extorqué après avoir été « fabriqué » (cf. ce qu’en dit Noam Chomsky).

Non, ce n’est pas au plan « macro » que nous réussirons à inverser la course folle. Non, ce n’est pas au niveau général de l’État, de l’Union européenne ou de quelque union alternative que ce soit, et encore moins au niveau global mondial, que nous changerons le monde.

Nous ne pourrons le faire, à mon sens, qu’au niveau « micro », localement, dans notre foyer, dans notre famille, dans notre entourage immédiat, dans notre quartier, dans notre ville et peu à peu, en remontant la « hiérarchie » des institutions, en les pervertissant par l’essaimage et la généralisation par capillarité des alternatives concrètes. Quand les gens qui vivent à côté de nous sans nous connaitre forcément, sans nous comprendre a priori, et même peut-être sans nous approuver, verront ce que nous réussissons à obtenir par nos alternatives de vie, et quand ils verront combien cela nous épanouit et nous illumine sans que ça ne les desserve eux-mêmes ou que ça ne leur nuise d’une quelconque façon, ils s’intéresseront à nous et à nos choix. Ils chercheront à nous comprendre en nous questionnant et en tentant, à leur tour, la grande Alternative. Et les résultats venus, ils seront alors eux aussi de bons pédagogues et d’efficaces abeilles pollinisant à leur tour de nouvelles contrées…

Ami-e-s et camarades, concitoyen-ne-s, émancipez-vous ! Décolonisez vos imaginaires ! Brisez les chaînes de la servitude volontaire ! Osez cheminer dans l’inconnu et naviguer vers d’autres rives…

« L’homme ne peut découvrir de nouveaux océans tant qu’il n’a pas le courage de perdre de vue la côte. » André GIDE

« Un autre monde existe, il est dans celui-ci. Soyons courageux. Allons le chercher. » Paul ÉLUARD

« On ne change jamais les choses en combattant la réalité existante. On le fait en inventant un autre modèle qui rend, de fait, l’ancien obsolète. » Busckminster FULLER (architecte, designer inventeur et auteur états-unien 1895-1983)

« L’avenir n’est pas ce qui va arriver mais ce que nous allons en faire. » Henri BERGSON