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« Si le populisme de gauche n’assume pas de briser le mur européen, il raconte des histoires aux enfants » – Entretien avec Christophe VENTURA* – Le Vent Se Lève

* Christophe VENTURA anime Mémoire des luttes

Source : ici (blog Le Vent Se Lève)

Christophe Ventura

Construire un peuple par Chantal Mouffe et Iñigo ErrejónDans le cadre de la sortie de l’édition française du livre Construire un peuple (en librairie le 7 avril), dialogue entre Chantal Mouffe (philosophe théoricienne du populisme de gauche) et Íñigo Errejón (co-fondateur et stratège de Podemos), nous nous sommes entretenus avec Christophe Ventura, qui a mené la publication de cette édition. Christophe Ventura est animateur de l’association Mémoire des Luttes et l’un des fondateurs du groupe de réflexion politique et intellectuel Chapitre 2. Qu’est ce que le populisme de gauche ? Quelle est sa stratégie ? Quelles sont les différences entre Bernie Sanders, Jeremy Corbyn, Jean-Luc Mélenchon et Podemos ? Comment comptent-ils contrer l’hégémonie du populisme de droite ? Emmanuel Macron est-il populiste ? Ces mouvements ont-ils un tabou sur la question européenne ? Doivent-ils prôner la sortie de l’UE ? Nous lui avons posé toutes ces questions.

LVSL : Vous vous intéressez de près à la question du populisme en Europe. Et plus particulièrement au « populisme de gauche », théorisé par Chantal Mouffe. Pourquoi ce concept vous semble-t-il pertinent aujourd’hui ?

Christophe Ventura : Je pense qu’il faut s’intéresser à ce terme de « populisme de gauche » car, d’une manière générale, la notion de populisme est utile pour comprendre ce qui se joue, dans une séquence historique donnée, au sein d’une société. Le populisme est avant toute chose un « moment » dans la vie d’une démocratie devenue totalement oligarchique, et qui entre en crise. Ainsi, ce « moment » annonce l’arrivée ou l’éclatement d’une crise de régime. Sur ce point, je converge beaucoup avec Chantal Mouffe. Nous sommes dans un « moment » populiste. A quoi correspond-il ? Pour résumer : à l’activation d’un vaste mouvement d’opinion et de mobilisation destituant dans la société, à une désaffiliation de la population avec ses organisations et institutions de représentation habituelles. Il s’agit d’une dynamique qui, plus que de se situer dans le cadre des références politiques du moment antérieur, cherche à destituer les pouvoirs en place, leurs représentants et leurs symboles : classes politiques et institutions notamment.

Chantal Mouffe, JLM et autresChantal Mouffe, juste à gauche de Jean-Luc Mélenchon, et Christophe Ventura, celui qui attire leur regard avec son téléphone portable, lors de la marche pour la VIe République du 18 mars 2017.

Ce phénomène nous oblige à concevoir l’action politique, mais aussi intellectuelle et sociale, différemment, à rechercher des stratégies distinctes par rapport à nos habitudes d’organisation. Car, en effet, ce type de dynamique contestataire n’appartient ni au camp de la gauche, ni à celui de la droite a priori. Elle devient en revanche l’objet d’une bataille hégémonique entre ces deux familles pour l’orienter vers la gauche – et à ce moment contribuer à re-signifier cette gauche auprès d’une masse de gens pour qui elle ne veut plus rien dire parce que, pour eux, elle est associée aux mêmes politiques économiques et sociales que la droite – ou vers la droite – et à ce moment-là renforcer le sentiment de rejet de l’autre dans la société, et protéger dans le même temps les intérêts des puissants. Un exemple pour illustrer : le Brésil. En 2013-2014, c’est exactement ce type de phénomène qui a fini par éclater – avec une captation par la droite de la rue – contre le gouvernement de centre gauche de Dilma Roussefftandis que se préparaient les festivités onéreuses de la Coupe du monde de football (2014) et que l’onde de choc de la crise économique et financière mondiale commençait à se faire sentir dans le pays (chômage, montée de la précarité, des inégalités). Je me souviens d’une analyse du journaliste uruguayen Raúl Zibechi dans laquelle il décrit avec minutie comment, « pour la première fois depuis cinquante ans, l’hégémonie dans les rues brésiliennes appartient aujourd’hui à la droite » [1].

Là-bas, la gauche a perdu la bataille. Empêtrée dans la gestion du pouvoir, confrontée à la crise économique, affectée par des scandales de corruption, significativement bureaucratisée et ayant perdu son lien avec les mouvements sociaux, elle a pensé qu’il suffirait de faire valoir son bilan – pourtant le meilleur pour le pays depuis des décennies – et de proclamer ses valeurs pour gagner un sujet alors en construction dans la rue qui se mobilisait initialement contre la cherté de la vie, l’augmentation du prix des transports, les gâchis financiers et la corruption en période de restriction économique. C’était une erreur.

« Emmanuel Macron n’est jamais autre chose que le candidat du libéralisme économique en France. »

L’emploi du terme « populisme » peut faire sursauter à gauche. En effet, beaucoup y voient un concept vide, voire méprisant vis-à-vis du peuple, utilisé par les élites pour discréditer les candidats de gauche radicale qui s’adressent aux catégories populaires. Par exemple, Jean-Luc Mélenchon refusait cette étiquette en 2012, car pour lui c’était alors une façon de l’assimiler au FN. Ça ne semble plus être le cas aujourd’hui : il se montre plus ouvert à cette appellation, même s’il ne l’endosse pas directement. Pourquoi, selon vous, ce terme à autant de mal à être assumé à gauche ?

Il y a trois raisons à cela.

Premièrement, si certains à gauche refusent d’employer le terme, c’est parce que ce mot est plastique, élastique, qu’on peut tout mettre dedans. De fait, comme vous le dites, il est repris par le système pour disqualifier tous ceux qui le contestent… et ce système le fait en utilisant lui-même une stratégie populiste, comme l’explique par exemple Emmanuel Macron lorsqu’il affirme « Si être populiste, c’est parler au peuple de manière compréhensible sans passer par le truchement des appareils, je veux bien être populiste » [2](Journal du dimanche, 19 mars 2017).

Donc, cela pose un problème à gauche. En gros, si toi-même tu utilises le mot que les médias utilisent pour te disqualifier, tu passes tes journées à expliquer que tu as une autre acception du mot mais tu es incompréhensible pour le commun des mortels. Ça c’est une première critique. Par exemple, celle de Jean-Luc Mélenchon.

PlantuIl faudrait ajouter une troisième critique venue de la gauche. Celle consistant à souligner que le peuple, en tant que catégorie, n’existe pas  – ce que disent en fait Laclau et Mouffe qui rappellent qu’il est toujours une construction – et qu’il n’est jamais majoritairement de gauche, mais largement en faveur de la conservation de l’ordre économique et social – même s’il peut dans le même temps souhaiter un coup de balai de sa classe politique – du fait de ses structures sociologiques (paysans et classes populaires attachées aux logiques de propriété, classes moyennes désireuses de mobilité et d’ascension, aspiration au mode de vie bourgeois, etc.) et religieuses (poids ou résilience culturelle de ces dernières dans les classes populaires notamment).La seconde critique consiste à dire que le populisme, même de gauche, est toujours, in fine, un autoritarisme parce qu’il se construit contre les institutions, les corps intermédiaires, et reconnait le rôle d’individus leaders et de stratégies discursives (c’est-à-dire le fait de construire un type de discours qui va articuler des demandes au départ hétérogènes dans la société, puis identifier un adversaire, pour ensuite engendrer la formulation d’une nouvelle frontière politique dans cette dernière entre un « nous » et un « eux » [3]) comme médiations pour la (re)construction du politique. En effet, dans sa dimension théorique, le populisme, selon les travaux de Chantal Mouffe ou d’Ernesto Laclau, postule que les stratégies discursives et le rôle des individus –  ou d’une lutte singulière – coagulent et orientent le sens de la dynamique populiste vers le progrès ou la réaction, vers la construction d’un peuple de gauche ou de droite au sein de la population.

Dialogue entre Chantal Mouffe et Jean-Luc Mélenchon le 21 octobre 2016 à la Maison de l’Amérique latine, animé par Christophe Ventura, et où il est notamment question du populisme de gauche.

Que répondez-vous à ces critiques ?

Ce sont des débats très sérieux et les arguments ne manquent pas mais, de mon point de vue, le populisme est, au fond, la méthode par laquelle se reconstruit le politique à partir d’une crise de la politique. Au bout du processus se trouve la formation d’une volonté collective, d’un peuple mobilisé en politique. Il peut être de droite, de gauche, du centre. Symptôme initial d’un dysfonctionnement de la démocratie, le populisme contribue à la revivifier, à réinstaller un équilibre entre la société et cette dernière, à « reloader » la démocratie représentative en y imposant ou ré-imposant une présence et une représentation des classes populaires et de leurs exigences. Plus qu’un projet idéologique ou politique de long terme, c’est peut-être ici sa véritable fonction.

Bien sûr, il ne s’agit pas d’adopter des interprétations mécanistes ou maximalistes de la théorie populiste. Chaque société est différente et même dans les phases de mouvement destituant, les structures sociales et institutionnelles conservent plus ou moins de légitimité, de résilience, de fonction auprès des populations. Ainsi, le scénario français n’est pas celui de l’Espagne, de la Suède ou de l’Amérique latine.

Christophe Ventura lors de notre entretien, dans les locaux de l’association Mémoire des Luttes.

Christophe Ventuta lors de l'entretienUne fois tout cela posé, le populisme n’est, effectivement, pas en soi progressiste. S’il n’insuffle pas ou ne s’appuie pas sur des aspirations existantes dans la société qui visent la transformation de la structure sociale, il servira les groupes dominants. Passer par l’étape du populisme de gauche en France aujourd’hui, c’est se demander comment inclure dans la mobilisation politique et intellectuelle des tas de gens, en particulier dans les nouvelles générations, qui ne se retrouvent pas dans les organisations, pour faire un chemin qui, à la fin, nous amène à redécouvrir la gauche, en quelque sorte. Donc moi je n’oppose pas non plus, de ce point de vue-là, ceux qui se disent juste de gauche par rapport à ceux qui se disent populistes de gauche. Je pense que ce sont des dynamiques qui permettent de se retrouver in fine.

Je pense que la grille populiste doit être envisagée comme une boîte à outils utile pour notre travail politique et qu’on ne peut pas nier l’existence du phénomène. Pour toutes ces raisons, je pense qu’il faut assumer la notion de populisme et ne pas laisser ce mot à la définition que veulent en imposer les dominants.

Outre Jean-Luc Mélenchon, un autre candidat a décidé de se présenter à la présidentielle sans se baser sur un appareil partisan, en allant directement au contact du peuple : il s’agit d’Emmanuel Macron. Pour le politologue Gaël Brustier, Emmanuel Macron incarne « le populisme des élites » [4]. Comment analysez-vous le « phénomène Macron » dans le cadre du populisme ?

Je pense que Gaël Brustier fait une analyse extrêmement pertinente de ce qu’est le « macronisme ». Macron, c’est le populisme des élites, le transformisme, ou alors, pour le dire encore autrement, un populisme de « l’extrême-centre ». C’est l’inverse d’un trou noir. Il aspire la non-matière pour en faire de la matière. C’est un candidat du vide, au départ, qui aspire de tous les côtés du système qui veut survivre. Il est populiste dans ce sens-là. Il incarne la stratégie, la méthode, la médiation pour tous ces courants-là. Il mène une mission de sauvetage du système et de repositionnement des élites au centre du pouvoir. Emmanuel Macron est celui que le système choisit pour recréer du consentement dans la société  – notamment ses parties les plus intégrées économiquement et socialement – autour du consensus du système.

Macron correspond tout à fait à ce qui s’est passé avec Mauricio Macri en Argentine [Cela sera détaillé dans un entretien avec Christophe Ventura au sujet de l’Amérique latine à paraître très prochainement sur LVSL, NDLR]. Il y a du Macri dans le Macron ! Macri, en Argentine, c’est le prototype du macronisme. C’est exactement le même genre : l’attitude, le positionnement, le discours. Un candidat sans programme. Ou plus exactement si, un programme : le candidat.

MacronS’il fallait résumer le cas Macron, on pourrait dire qu’il fait l’opération suivante : il offre –  c’est ce qu’il a dit dans son discours du 4 février à Lyon –  à différents courants en France, qui vont du gaullisme jusqu’aux sociaux-démocrates, en passant par le centre gauche, le centre droit, les chrétiens-démocrates, etc., la promesse d’être le point d’équilibre pour garantir la continuité de la démocratie-libérale, au sens politique du terme. C’est ce qu’il offre de manière visible à ces courants-là. Mais ce qu’il ne dit pas, et qui est en réalité le coagulant de tout ça, c’est en réalité le libéralisme économique, et son approfondissement. Même s’il ne fait pas campagne là-dessus, il n’est jamais autre chose que le continuateur de son mentor François Hollande. Il n’est jamais autre chose que le candidat du libéralisme économique en France, de l’actualisation de son modèle de société  – l’ubérisation  -, dans une version moins brutale que ce que propose Fillon.

Au-delà de ses démêlés, Fillon fait peur à une partie de ses propres troupes, y compris du patronat, à la différence de Macron. Il fait peur parce qu’il promet au pays l’affrontement ; avec les syndicats, la gauche, le monde du travail, etc. C’est tellement brutal : 500 000 fonctionnaires à la poubelle. Macron ça n’est pas ça. Il temporise. Donc même une partie de la droite et du patronat préfère Macron parce qu’il est le garant d’une sorte de stabilité molle et qu’il est un modernisateur du libéralisme dans la société. Fillon est trop dur pour eux.

Il y a donc aujourd’hui dans la campagne présidentielle française trois populismes qui s’affrontent. Il y a le populisme de droite : Le Pen (nationaux contre mondialistes) ; le populisme de l’extrême centre : Macron (les libéraux des deux rives du système contre les ennemis du système) ; et le populisme de gauche (Mélenchon). Et pour la première fois dans l’histoire de la Vè République, il devient tout à fait probable que l’un de ces candidats – y compris Marine Le Pen –  devienne président en lieu et place des candidats des grands partis de gouvernement traditionnels issus du bipartisme. C’est inédit !

Aujourd’hui, la forme que prend en France la crise du centre du système politique et de ses organisations (les partis), celle que prend leur effritement et leur éloignement des classes populaires confirment l’émergence, à la périphérie de ce système, de mouvements qui vont tenter de devenir de plus en plus centraux. De ce point de vue-là, chacun dans leur genre est populiste. Ils sont des produits de ce « moment » populiste.

« Aujourd’hui, ce qui l’emporte en Europe, c’est l’effondrement des valeurs de solidarité. (…) Mais, plus se mettent en place des politiques qui sanctionnent les marchés financiers et les puissants, et plus se recréent les conditions d’un retour à la solidarité dans la société. »

On voit qu’il y a une approche différente entre le populisme de gauche anglo-saxon, incarné par Jeremy Corbyn et Bernie Sanders, qui s’appuie sur les appareils partisans de la gauche traditionnelle, et celui de Podemos et de Jean-Luc Mélenchon qui, quant à eux, ont décidé d’agir en dehors du cadre des partis, et ont tendance à délaisser le mot « gauche » pour le mot « peuple ». Comment analysez-vous cette différence de stratégie ?

Est-ce qu’il s’agit vraiment de différences de stratégie ou sommes-nous en présence de variantes d’un même phénomène qui pousse dans des engrais différents ? Je pense que c’est plutôt ça. Le populisme anglo-saxon de gauche émerge au sein et contre des structures qui n’ont pas disparues : les Démocrates et le Labour.

En ce qui concerne Jeremy Corbyn, je pense qu’il fait du populisme de gauche au sens de la méthode, d’ailleurs son entourage le revendique depuis peu. C’est assez clair lorsqu’il mobilise et organise un « peuple de gauche » contre l’appareil du parti. A l’intérieur, à travers son appel aux adhésions individuelles massives et à l’extérieur, avec le mouvement « Momentum » qu’il a inspiré et qui lui est directement lié. Mais il le fait d’un point de vue assez singulier, qui n’a pas d’équivalent, puisqu’il a été propulsé à la tête de ce qu’il y a de plus traditionnel comme parti social-démocrate européen : le Labour. C’est tout à fait nouveau. Il a été envoyé au quartier général d’une structure qui est tout sauf une force populiste et qui, malgré son arrivée, n’a pas été encore transformée. Il faut attendre pour en savoir plus dans son cas.

Colère du peupleDans les sociétés plus latines (en Espagne par exemple), qui sont aussi plus brutalement affectées par les effets de la crise économique et sociale, et où il y a des crises de régime politique, ce phénomène prend corps en dehors du système des partis établis, du centre du système politique.

Podemos s’est beaucoup intéressé au populisme pour savoir comment construire une méthode, une stratégie, qui permette de sortir une gauche en crise de la confidentialité politique. « Comment forger des instruments permettant de reconstruire une base sociale qui, en expansion permanente, doit devenir majoritaire politiquement et investir une nouvelle identité politique ? » C’est ça qu’ils appellent populisme. Et la réponse, à travers les outils de Laclau et de Mouffe, c’est construire une stratégie discursive qui va privilégier la construction d’un discours sur des thématiques rassembleuses et fédératrices plutôt que sur des mots d’ordre d’organisation qui font référence à des habitus politiques prédéterminés, en particulier ceux de la gauche. Par exemple la question de la reconquête, de la récupération des droits. Ce sont des thématiques larges, mais qui vont permettre d’agglomérer des populations dont l’affiliation au clivage droite-gauche ne suffit pas ou ne suffit plus. Ça permet donc de construire ce bloc socio-politique offensif.

Le groupe fondateur de Podemos a beaucoup travaillé ces questions à partir d’expériences latino-américaines de terrain, puisque, pour la plupart, ils ont fait les campagnes de Bolivie, du Venezuela, etc. Mais ils n’ont jamais décidé de s’auto-définir comme « populistes de gauche », même si dans les faits, ils en font. Il y a dans Podemos un intérêt pour le sujet, mais l’adhésion au concept est l’objet d’un débat intense, en particulier entre Pablo Iglesias et Íñigo Errejón. Errejón est plutôt contre l’emploi de ce concept – « populisme » oui, mais pas « de gauche » – tandis qu’Iglesias est plutôt pour. C’est d’ailleurs l’un des objets du livre Construire un peuple [5].

En France, nous sommes un peu entre les deux scénarios. Jean-Luc Mélenchon pense qu’au-delà de la gauche, il faut fédérer le peuple, dont de larges pans sont touchés par les mêmes maux. Selon lui, le référent « gauche » est brouillé car ceux qui s’en réclament font, lorsqu’ils arrivent au pouvoir, des politiques nocives contre les intérêts populaires et ressemblent à ceux qu’ils prétendent combattre (les riches, les importants, les dominants, les détenteurs du bon goût, les tricheurs, etc.).

ImpressionDe gauche à droite : Jeremy Corbyn, Pablo Iglesias, Jean-Luc Mélenchon et Bernie Sanders.

Lorsqu’on regarde la victoire de Donald Trump et du Brexit, ainsi que les scores de l’extrême-droite en Europe qui augmentent continuellement, tandis que le populisme de gauche n’a pas encore réussi à prendre le pouvoir ou à gagner une élection, cela vous fait-il penser que le populisme de droite est en train de l’emporter sur son versant de gauche ou bien pensez-vous que le populisme de gauche a juste un train de retard à rattraper ?

Je pense qu’aujourd’hui l’hégémonie du populisme est à droite. C’est indéniable. On ne peut pas se cacher derrière son petit doigt. Aujourd’hui, ce qui l’emporte en Europe, ce sont des logiques d’ultra-concurrence entre tous. Ce qui l’emporte en Europe, c’est l’effondrement des valeurs de solidarité. Tout ce qui renvoie à l’idée de solidarité entre les gens s’effondre. Et, j’ai envie de dire, c’est un peu « Dieu pour tous ». Donc le populisme de gauche part avec cet inconvénient.

Mais la question est de savoir si le populisme de gauche peut être un instrument utile pour fissurer cette hégémonie-là. Parce que la réponse de la gauche social-démocrate, par rapport à ce problème, est un échec cuisant. Toute la stratégie d’une gauche d’accompagnement, qui consiste à dire « ce système est comme il est, mais on va lui donner un visage humain », est ruineuse. C’est ça qui ruine la gauche. Donc le populisme de gauche peut intervenir comme une tentative pour essayer de déjouer l’hégémonie du populisme de droite, notamment sur une question qui est essentielle et qui n’est pas simple à régler : comment constituer la communauté politique ?

Au fond, la différence entre populisme de gauche et populisme de droite est là. Le populisme de droite affirme que ce qui fonde le peuple, c’est l’ethnie. Il développe une vision essentialisée et statique du peuple tandis que ce que propose le populisme de gauche comme principe fondateur, c’est le politique et les logiques dynamiques, conflictuelles, indéterminées et transformatrices que cela induit.

Trump et Farage          Donald Trump et Nigel Farage, le leader de l’UKIP,                            le parti britannique pro-Brexit,                     le 12 novembre 2016 à la Trump Tower.

Aujourd’hui, la version de droite est hégémonique, parce que notre difficulté c’est aussi la question économique. Plus le mal-être économique se propage dans toutes les couches de la société et plus il est difficile d’affirmer et de construire la solidarité entre elles. Le malheur ne rend pas plus aimant… Mais, plus se mettent en place des politiques qui sanctionnent les marchés financiers et les puissants, et plus se recréent les conditions d’un retour à la solidarité dans la société.

« La bataille culturelle hégémonique au sein de la gauche sur l’Europe ne fait que commencer. »

Il existe peut-être un tabou qui pourrait expliquer le piétinement du populisme de gauche : le fait que malgré l’échec de Syriza en Grèce, les tenants de cette stratégie peinent à tenir un discours de vraie rupture vis-à-vis de l’Union européenne ; Jeremy Corbyn a même fait campagne pour leRemain au Royaume-Uni. L’échec actuel du populisme de gauche en Europe ne vient-il pas du fait qu’il existe dans ses rangs un tabou sur la question de l’Union européenne ?

Si, indéniablement. Cela fait partie des tabous de ce courant-là. Pourtant, si des forces populistes de gauche – auxquelles ne se réfère pas Syriza explicitement –  n’assument pas de briser le mur européen, alors elles racontent des histoires aux enfants car les propositions qu’elles portent –  égalité, justice sociale, souveraineté politique – ne sont pas applicables dans le cadre du système européen. Ce faisant, elles laissent ainsi le champ libre aux populistes de droite qui ont bâti une cohérence retorde dans leur rejet de l’UE, à partir de la question de l’immigration et en promettant plus de social pour les seuls nationaux. Ils disent « L’Europe et l’euro nous privent de souveraineté et nous appauvrissent, l’UE promeut la mobilité du travail intra-européen et l’immigration qui minent notre Etat social. Sauver notre Etat social passe par la sortie de l’euro, la fermeture des frontières, l’arrêt des migrations, la préférence nationale ».

Aux forces populistes de gauche de montrer la « roublardise » de ces positions qui cherchent à récupérer de la souveraineté pour ensuite mieux la contrôler et la réduire dans la société, renforcer le patronat national dans la concurrence internationale et discipliner le salariat en lui offrant quelques miettes sur le dos des immigrés et des plus pauvres réprimés. Mais en maintenant toujours plus exploité ce salariat, par des patrons nationaux revigorés ! Une sorte de modèle d’« exploitation patriote » en somme ! Car l’histoire est là pour le montrer. Chaque fois que ces forces ont pris le pouvoir, le discours social a servi à capter les masses populaires durant la phase de conquête de l’État. Chaque fois qu’elles ont gouverné, elles ont servi de chiens de garde au capital et écrasé les revendications populaires.

TsiprasAlexis Tsipras, le premier ministre grec qui a échoué dans son bras de fer avec l’Union européenne.

Et je passe sur l’État social dont le manque de ressources provient, avant toute chose, et de manière massive et surdéterminante, des politiques d’austérité, de la montée des inégalités sociales et fiscales.

Sur l’Europe donc, aux forces populistes de gauche de montrer le chemin d’un autre modèle, de prouver que l’Union européenne n’a pas le monopole de l’Europe.

C’est dans cet esprit que vous avez lancé Chapitre 2, un groupe de réflexion et d’action politique et intellectuelle qui « se donne comme objectif stratégique de gagner la bataille hégémonique au sein de la gauche sur les questions européennes ». Vous affirmez justement que « l’Union européenne n’a pas le monopole de l’Europe et qu’elle est désormais incapable de mener à bien sa propre démocratisation ». Faut-il donc un Frexit (sortie de la France de l’UE) ?

Effectivement. On a fondé Chapitre 2 pour cela. Partant du constat que j’ai développé juste avant, la bataille culturelle hégémonique au sein de la gauche sur l’Europe ne fait que commencer. Donc, il faut avoir des outils pour le faire et c’est à ça qu’on veut se consacrer. Concernant le Frexit, la question est de savoir dans quelles conditions il interviendrait, dans le cadre de quelle coalition politico-sociale et pour servir quel projet ? En soi, un Frexit ne répond à rien, ce n’est pas un fétiche. Un Frexit peut tout à fait – et ce serait hélas le cas aujourd’hui en fonction du rapport de forces actuel dans la société – déboucher sur un projet réactionnaire et dangereux pour les classes populaires. Un Frexit n’offrirait des perspectives que s’il était conduit par une certaine France, celle qui va puiser dans le meilleur de son histoire. Celle qu’il faut, c’est le moins que l’on puisse dire, réanimer tandis que dominent plutôt ses forces les plus sombres. Il n’y a pas que l’Europe qui va mal. C’est la double peine. Pour moi, l’affrontement et la rupture – qu’il faut assumer –  doivent s’inscrire dans la construction de nouvelles bases authentiquement coopératives pour une construction continentale.

C’est ce à quoi il faut travailler, se préparer. Il faut inclure un maximum de gens dans un raisonnement : un gouvernement minimalement progressiste ne pourra pas mettre en place ses propositions dans le cadre de l’UE. Pour le faire, il devra s’affranchir de facto de l’UE, de son système.

A partir de là, nos forces doivent progressivement articuler un maximum de demandes démocratiques, sociales, économiques et écologiques existantes dans la société pour construire un rapport de forces permettant d’imposer un pouvoir transformateur et d’orienter l’inéluctable et nécessaire rupture vers une perspective positive.

Christophe Ventura2Europe, année zéro. C’est là où nous en sommes. Chapitre 2 veut contribuer à la reconstruction, à tous les niveaux où il faut le faire. Admettons que la tâche est rude et incertaine. C’est pour cela qu’elle vaut la peine d’être relevée.

Propos recueillis par Flavien Ramonet.

[1] : « La nouvelle droite brésilienne », Mémoire des luttes, 19 avril 2016.

[2] : « Macron : « Appelez-moi populiste si vous voulez » », Journal du dimanche, 19 mars 2017.

[3] : Peuple/caste ; 99%/1% ; souverainistes/mondialistes ou « partisans d’une société ouverte » selon qu’on soit au FN ou François Hollande et Emmanuel Macron.

[4] : Gaël Brustier, « Emmanuel Macron, le signe que nous approchons du stade terminal de la crise de régime », Slate, 20 janvier 2017

[5] : Chantal Mouffe et Íñigo Errejón, Construire un peuple. Pour une radicalisation de la démocratie, Éditions du Cerf, Paris, 2017.

Crédits :

  • photo d’Emmanuel Macron : Eric Feferberg / AFP
  • dessin des quatre leaders populistes de gauche : Arnaud Tracol pour l’Obs
  • photo de l’homme qui brandit une pancarte : Charles Platiau/Reuters

De 1995 à 2017… L’histoire serait-elle sur le point de rejouer une pièce similaire ? Sans doute en partie, mais en partie seulement j’espère…

Je crois depuis longtemps que ce que personne n’attend (à part NOUS les insoumis) va se produire…

Je me rappelle très bien de l’année 1995 où Chirac a devancé le candidat dont tous les medias disaient qu’il pouvait « être élu dès le 1er tour » et que Chirac devait « se retirer » pour rendre cette victoire possible, parce que Chirac « n’avait aucune chance de figurer au second tour ».

Chirac, comme Mélenchon jusqu’à janvier dernier, était donné à plus ou moins 10% jusqu’en janvier 1995 (il s’était déclaré candidat le 4 novembre 1994 via une interview dans La Voix du Nord).

Selon les medias, qui étaient alors en pâmoison devant Jacques Delors (avant que celui-ci ne décide finalement de ne pas être candidat et le dise lors de l’émission 7/7 d’Anne Sinclair le 11 décembre 1994, provoquant le désarroi, la détresse, la déprime de presque tous les mediacrates) «Chirac n’avait aucune chance ». Tout se jouerait forcément, selon eux, entre Delors et Balladur, deux candidats « responsables », « réalistes », « raisonnables », « modérés »… Vous connaissez leur vocabulaire, n’est-ce pas ! 😉 Tous les sondages disaient la même chose…

Selon ces medias, Chirac « allait faire perdre la droite » incarnée, naturellement selon eux, par Balladur. Et il ne cherchait là qu’à « se mettre en valeur » et à « perturber » le jeu électoral normal. À les entendre, Chirac aurait eu un « ego » surdimensionné et ce n’est que par « malveillance » envers son « ami de trente ans » qu’il agissait, pour ne pas rendre possible qu’un autre que lui l’emportât… N’avez-vous pas le sentiment d’avoir entendu à peu près le même genre d’arguments ces derniers mois à l’encontre de Mélenchon ? 😉

Pour le « cercle de la raison » de l’époque, Balladur était le dirigeant qu’il fallait à la France. Et Alain Minc, qui parla le premier de ce « cercle de la raison », était d’ailleurs un de ses principaux soutiens. Comme c’est curieux !

Or, pour Chirac, pour les chiraquiens, et pour beaucoup d’autres au-delà, Balladur incarnait, jusqu’à la caricature, la droite libérale et atlantiste, le système oligarchique, la caste, le grand patronat, et tout ce qui était détestable aux yeux des Français.

Vous avez peut-être oublié – ou les plus jeunes l’ignorent car c’est de l’histoire ancienne (et pas le genre de trucs qui font la grande histoire…) – mais Sarkozy, déjà, était son principal soutien… Et, déjà, il était tel que celui qu’on aura à subir une décennie plus tard ! Même aux yeux d’une partie de la droite, il était une tête à claques ! Et même dans le camp Balladur, il y avait beaucoup de gens qui ne pouvaient pas le voir en peinture ! Pourtant, ils ont dû se le fader !

Le candidat Chirac d’alors, comme son projet (lequel était largement inspiré par Philippe Séguin et par Emmanuel Todd) était de nature « gaullisme social » et « indépendantisme ». Ce qu’il avait défendu dans sa campagne n’avait pas grand-chose à voir avec l’action de Balladur comme Premier ministre et le projet que ce dernier portait pour l’avenir. Il incarnait une autre droite, beaucoup moins détestable que celle rangée derrière Balladur. Je trouve, sur ce point, matière à comparaison en ce sens que Mélenchon incarne, depuis des années, une autre gauche que celle qui a été au pouvoir, une gauche moins détestable précisément, une gauche moins atlantiste, moins libérale…

Nous connaissons la fin de cette histoire : Balladur finit 3ème et ne fut donc même pas présent au second tour ! Les medias avaient eu raison sur un point mais un seul : Chirac avait bien empêché Balladur d’accéder au pouvoir suprême ! Mais ils avaient eu tort de penser et de répéter, sur tous les tons, y compris les plus insultants et les plus odieux, que Chirac n’avait qu’une seule chose à faire : se retirer, se soumettre, se rallier. 😉

Or Chirac avait eu raison de tenir tête, de ne pas plier, de ne pas se rallier, de défendre ce en quoi il croyait (qui était d’ailleurs très différent de ce que portait Balladur, aussi bien sur l’économie, la société que la géopolitique…). 😉

Les seuls combats que l’on est sûr de perdre sont ceux qu’on ne mène pas.

Celui qui combat peut perdre, mais celui qui ne combat pas a déjà perdu.

Chirac commença à grimper dans les sondages en janvier 1995, à la suite de ses discours qui attiraient de plus en plus de monde… Tiens, tiens… 😉

Dès qu’il se déclara officiellement candidat, en janvier 1995, Balladur commença, lui, à dégringoler de son piédestal. Dans une séquence télé absolument inimaginable tellement elle incarnait l’esprit monarchique (il faut revoir cette vidéo où Balladur, Premier ministre, parle, assis à son bureau de Matignon, l’air grave, comme un dauphin qui considère que devenir Président de la République est naturel pour lui, que c’est même un dû, et que faire campagne ne sert à rien vu qu’il est déjà élu, à écouter les medias et les sondages). Tiens, tiens… 😉

C’est pourtant lui qui fut désavoué par le peuple et c’est Chirac, que tout le monde ou presque voyait et décrivait comme le « nul » qui ne pouvait gagner, qui lui passa devant, avant de l’emporter au 2nd tour…

J’ai bien le sentiment que cette histoire est sur le point de se répéter. D’ailleurs, le phénomène a déjà commencé. Tout le monde le voit… Sauf que, cette fois, en lieu et place de Balladur, on a Macron, et que Chirac est à trouver en Mélenchon… Tandis que Hamon joue un peu – mais un peu seulement – le rôle de Jospin en 1995. Oui, un peu seulement car Jospin finit en tête au 1er tour de 1995 et ne perdit qu’au second tour, ce que Hamon ne réitèrera pas.

Les guignols de l’info en faisaient des tonnes alors sur la montée de Chirac dès le début de 1995 et le tassement – puis la descente – de Balladur, jusqu’au jour de février où l’on assista au croisement des courbes entre les deux candidats de la droite… Ceci se produisit d’ailleurs très peu de temps après la déclaration de candidature de Sa Courtoise Suffisance (surnom qui était donné à Balladur par le Canard enchaîné) comme quoi les Français avaient bien saisi qui était Balladur, ce qu’il voulait, ce (et ceux) qu’il représentait…

Je me souviens notamment de cette « discussion » entre les marionnettes de Philippe Alexandre et de Serge July, tous deux hallucinés par pareille situation politique, totalement inattendue, totalement anachronique à leurs yeux… On était dix ans avant 2005 et déjà ils affûtaient leurs arguments contre les « populistes » et les « démagogues » menaçant de détrôner les seuls candidats « acceptables » à leurs yeux !

Je me souviens aussi de certains commentaires du genre : « l’hypothèse d’un Chirac se hissant au second tour cesse d’être jugée ridicule et impossible pour devenir envisageable et crédible ».

Et oui ! Comme pour Mélenchon aujourd’hui, finalement ! 😉

Et, comme en 1995, je pense que la fin de l’Histoire en 2017 sera favorable à celui qui ne pouvait que « perdre » et « empêcher son camp de gagner »…

Certes, en 1995, le FN n’exerçait pas la même pression qu’aujourd’hui. Mais tout de même, il finit 4ème à 15% des voix (4 571 000 suffrages). Beaucoup de commentateurs expliquèrent alors  que c’est grâce à la candidature de Philippe de Villiers (qui obtint presque 1,5 million de voix soit 4,74% des suffrages exprimés) que Le Pen fut privé du 2nd tour. Il est délicat de l’affirmer avec certitude car on ne peut dire exactement comment se seraient répartis les électeurs de De Villiers s’il n’avait pas été candidat. Un certain nombre auraient sans doute choisi Le Pen mais pas tous. Certains seraient allés avec Chirac, d’autres avec Balladur ou un autre candidat, et d’autres encore se seraient réfugiés dans l’abstention ou le vote blanc et nul.

Mais cette force du FN en 2017, bien que supérieure aujourd’hui à celle qu’elle était alors en 1995, ne me semble pas de nature à empêcher le surgissement de Mélenchon au second tour.

Je pense même, de plus en plus, que le second tour fera s’affronter Le Pen et Mélenchon. Parce que les deux candidats que sont Macron et Fillon qui, aujourd’hui, dépassent Mélenchon dans les sondages, vont s’effondrer ou en tout cas s’effriter suffisamment pour que Mélenchon crée la surprise. Macron parce que c’est une bulle mediatique sans aucune assise populaire comme on commence à s’en rendre compte, y compris en haut lieu, et Fillon parce que ses affaires le plombent aux yeux des siens et que son projet ultra-réactionnaire a bien été perçu comme tel par les Français. Fillon, le croque-mort ne peut susciter l’adhésion.

En outre, je crois vraiment, et de plus en plus, que cette partie de l’électorat du FN qui choisissait Le Pen à défaut de trouver à gauche une vraie parole de rébellion, et de vraies propositions de révolution citoyenne, vont désormais se tourner vers Mélenchon, ce qui réduira d’autant l’assise de Le Pen. Parce que l’essentiel de l’électorat de Le Pen est composé de gens qui votent avec leurs pieds, et qui expriment un message de colère. Or il semble que ces temps-ci, Mélenchon incarne mieux que personne, et surtout bien mieux que Le Pen, la volonté irréductible de pratiquer le dégagisme !

Le positionnement de Mélenchon, désormais hors parti, parlant à tous, ne représentant plus seulement la gauche, ne se souciant plus des étiquettes ou des affinités mais des idées, et le fond de son projet (l’intérêt général humain) comme son esprit (l’insoumission et l’indépendantisme) parlent de plus en plus – et de mieux en mieux – à certains Français plutôt classés à droite et à beaucoup de ces gaullistes sociaux dont nous nous rapprochons sur bien des sujets. Cela a déjà commencé. Nous le constatons.

Enfin, je crois aussi que Mélenchon va attirer à lui des millions de nouveaux électeurs venus de nulle part sinon de l’abstention de longue durée. Cela a déjà commencé. Nous le voyons. Nous rejoignent déjà, ou nous disent qu’ils voteront pour Mélenchon, de plus en plus de citoyens écoeurés par la politique mise en œuvre depuis des années et par ceux qui la font.

Une fois que Mélenchon aura été élu, à la surprise de beaucoup, je tiens par contre à ce que la suite de l’histoire de 1995 ne se répète pas… Et que le nouveau Président de la République tienne ses engagements, contrairement à celui élu en 1995.

Je tiens à ce que le Président Mélenchon ne nomme pas à Matignon une personne qui le conduira – et le convaincra – à changer de discours et à remettre en cause ses engagements de campagne parce que « maintenant qu’on est au pouvoir, on ne peut plus ni parler, ni agir comme avant », parce que « il faut du temps pour que les choses se fassent », parce que « nous ne pouvons brusquer nos partenaires européens » etc. etc. etc. bref tous ces arguments bidons que l’on nous sert toujours pour justifier une reddition sans jamais la reconnaître…

C’est bien ce qui s’est produit en 1995 avec un Premier ministre Juppé qui a décidé que sa politique ne respecterait pas l’esprit – et encore moins la lettre – du projet chiraquien, parce que « le déficit du budget était calamiteux », parce qu’il fallait « d’abord réduire la dette », parce qu’il fallait d’abord « créer des richesses avant de les partager » etc. etc. etc. tous ces arguments que l’on connait si bien mais qui étaient précisément ceux que le candidat Chirac avait violemment dénoncés pendant sa campagne quand c’est Balladur qui les utilisait…

Ah ! Si Chirac, au lieu de nommer Juppé – le fils prodigue qui n’avait rien apporté en termes d’idées à la campagne – avait choisi Séguin – qui lui en était un pilier – tout aurait été différent !

Mais embarqué sur le navire piloté par Juppé, et manifestement sous l’emprise affective ou intellectuelle de celui que certains appelaient « Amstrad » (du nom de très anciens ordinateurs…), Chirac ne pouvait qu’aller à l’écueil !

Le navire sombra en 1997. Juppé voulut la dissolution de l’Assemblée Nationale, il l’a eue ! Chirac lui fit ce plaisir. Mais en fait de dissolution de l’Assemblée Nationale, c’est le gouvernement Juppé, et Juppé lui-même, qui furent dissous… Je me suis souvent amusé à dire que Chirac avait dissous Juppé en 1997. Beaucoup pensent qu’il ne vit rien venir… Si ce « il » est Juppé, c’est évident ! Par contre, je ne m’aventurerais pas à affirmer que Chirac était inconscient de ce qui se tramait… Je pense même que l’animal politique qu’était Chirac (ce que n’était pas Juppé) a eu conscience que le peuple rejetait massivement la politique de Juppé et que, ne pouvant peut-être pas, pour nombre de raisons, se défaire de lui de sa propre volonté, il remit aux Français le soin de l’y contraindre… Comme en plus Juppé la voulait sa dissolution, ça tombait à pic !

Bref, j’espère que nous ne rééditerons pas ce genre « d’expérience hasardeuse » pour reprendre les termes ironiques de Jospin au sujet de la dissolution ! Le prochain Premier ministre devra impérativement être une personne du premier cercle de Mélenchon, et une personne qui aura une volonté politique en tous points égale à la sienne. La moindre différence entre eux sera évidemment utilisée contre nous tous. Nous savons d’expérience que tous les binômes de l’Exécutif de la 5e République (je parle hors périodes de cohabitation) ont fini par se contredire, se concurrencer, se défier ou s’opposer.

C’est dans les gênes mêmes de ce régime qui était bancal dès le 1er jour puisque le Président était désigné comme un simple arbitre alors que celui qui l’était alors était un personnage exceptionnel ne pouvant évidemment pas se contenter d’un tel rôle secondaire… Et la constitution répartissant les pouvoirs entre les deux têtes de l’Exécutif n’avait pas séparé clairement les choses, donnant par exemple au président la qualité de chef des armées mais au Premier ministre la responsabilité de diriger la politique de défense de la nation. Et qui était le chef du gouvernement ? Le Premier ministre bien sûr. C’est ce que dit le texte de la constitution qui ajoute que c’est lui (et donc pas le Président de la République) qui fixe la politique de la nation. Mais le chef du gouvernement, n’est-ce pas d’abord le Président de la République puisque c’est lui qui nomme le Premier ministre et les ministres, que c’est lui qui donne les grandes orientations, que c’est lui qui peut dissoudre l’Assemblée, que c’est lui qui peut recourir au référendum ?

Bref, en raison du contexte dans lequel ce texte a été élaboré, et en raison aussi et surtout des contradictions entre les rédacteurs, eh bien il fut choisi un compromis. De Gaulle se disait qu’il ne prendrait pas grand risque à concéder certains pouvoirs au Premier ministre puisque tant que lui serait à la tête de l’État, n’importe quel Premier ministre devrait être à ses ordres, sinon en droit, du moins dans les faits. Et c’est bien ce qui s’est passé…

Et pas que sous De Gaulle d’ailleurs ! En effet, ce principe fut valable sous tous les Présidents de la République, à tel point que la relation entre les deux têtes de l’Exécutif fut parfois des plus orageuses… Doit-on rappeler la relation entre le président Pompidou et le Premier ministre Chaban-Delmas ? Ou celle entre le président Giscard et son Premier ministre Chirac ? Ou encore celle entre le Président Mitterrand et son Premier ministre Rocard ?

Et même quand l’orage n’était pas là, on peut dire au minimum que le système mediatique ou politique a tout fait, parfois avec succès, pour saboter la confiance qui pouvait exister à l’origine entre le Président et son Premier ministre. Cela s’est produit entre De Gaulle et Michel Debré, puis entre De Gaulle et Pompidou, puis entre Giscard et Barre, puis entre Mitterrand et Fabius, puis entre Chirac et Juppé. Inutile que je cause ici de la relation entre Sarkozy et Fillon… Même Hollande et Valls ont alimenté cette histoire éternelle…

On ne peut avoir deux têtes à l’Exécutif. Soit on en a une seule, soit on a une collégialité, mais mettre deux personnes au sommet du pouvoir et leur conférer des pouvoirs « croisés » voire contradictoires, c’est mettre d’entrée de jeu la discorde dans la maison commune. Or, ainsi que l’a dit le président Lincoln, certes en d’autres circonstances (à savoir celles qui précédaient la guerre de Sécession) « une maison dans laquelle règne la discorde ne peut pas tenir debout ».

J’ai pleine confiance en Mélenchon pour choisir la bonne personne pour Matignon. Mais j’ai aussi quelques inquiétudes quand je suis depuis des années tel ou telle de son entourage direct… Je crains fort qu’il n’y ait, dans cet entourage, quelques Yannis Varoufakis,  ou autres du genre de ceux qui, à Syriza, ont amené Tsipras à renier ses engagements pour rester dans l’UE…

Pourquoi voter pour Mélenchon au 2nd tour s’il n’y est pas présent ? Quelques arguments – Par Vincent Christophe Le Roux

Je suggère une idée… certes non conforme au Droit constitutionnel mais qui pourrait avoir son effet malgré tout…

Plutôt qu’un bulletin personnalisé, je préconise de mettre dans l’urne un bulletin exactement IDENTIQUE à celui du 1er tour.

Pourquoi ?

Petit scénario de fiction : si Mélenchon est absent du 2nd tour, forcément, un nombre de Français-e-s pro-Mélenchon qui se chiffrera en millions ne se retrouvera en aucun des deux candidats du second tour.

D’autre part, bien des Français n’ayant pas choisi Mélenchon au 1er tour, se retrouveront dans la même situation de déception, dont on ne peut identifier quelles conséquences elle aura…

Ce sont donc en fait plusieurs dizaines de millions d’électrices et d’électeurs qui ne se retrouveront dans aucun des deux finalistes et qui ne voudront EN AUCUN CAS soutenir l’un d’eux, fut-ce pour éliminer le pire des deux, comme le veut la pratique du second tour dans ce régime détestable de la 5e République.

Ces dizaines de millions d’électrices et d’électeurs n’ayant plus leur candidat, se répartiront en 5 catégories : ceux qui voteront pour le candidat A, ceux qui voteront pour le candidat B, ceux qui s’abstiendront, ceux qui voteront blanc et ceux qui voteront nul.

On peut donc présager que le risque est très important de voir :

  • D’une part, l’abstention croître massivement,
  • D’autre part, le nombre de bulletins blancs et nuls augmenter considérablement, ce qui fera chuter massivement le nombre et le pourcentage de suffrages exprimés.

Or plus important sera le nombre d’abstentionnistes et le nombre de bulletins blancs et nuls, et plus sera réduite la base ou l’assiette électorale que les deux candidats en lice se partageront.

Il est tout à fait envisageable ainsi que le nombre de suffrages exprimés au second tour (en cumulé pour les deux candidats) ne soit supérieur que de peu à celui cumulé des abstentionnistes et des bulletins blancs et nuls.

Et il est probable – surtout si l’abstention est massive et que le nombre de bulletins blancs et nuls explose – que le nombre de suffrages s’étant porté sur la vainqueur se révèle inférieur au nombre cumulé des abstentionnistes et des bulletins blancs et nuls.

Notre constitution et notre droit électoral ne s’opposent pas à ce que soit validée l’élection au second tour du candidat arrivant en tête, quel que soit le nombre des abstentionnistes et des bulletins blancs et nuls, quand bien même le nombre de suffrages exprimés en faveur du gagnant serait inférieur soit au nombre cumulé des abstentionnistes et des bulletins blancs et nuls, soit au seul nombre des abstentionnistes ou des bulletins blancs et/ou nuls.

Le principe est que l’élection est acquise à la majorité absolue des suffrages exprimés (or ne sont comptés, dans les suffrages exprimés, ni les abstentions ni les bulletins blancs et nuls). Donc, du seul fait de la présence de seulement deux candidats, l’un d’eux obtient forcément la majorité absolue des suffrages exprimés.

Sachez que l’hypothèse où le gagnant au second tour aurait obtenu un nombre de suffrages en sa faveur inférieur au nombre des abstentionnistes cumulé ou non à celui des bulletins blancs et/ou nuls, ne s’est encore jamais produite car l’abstention au second tour a toujours été contenue. Mais on s’est approché de très près de cette hypothèse en 1969 car l’abstention au second tour a alors été très haute. C’est à cette occasion en effet qu’elle a connu son point paroxystique pour une élection présidentielle, avec 31,15%, soit presque 9 200 000 abstentionnistes.

Évidemment, le contexte politique était exceptionnel. De Gaulle avait démissionné avant le terme de son mandat (prévu en 1972), suite au référendum raté sur la réforme du Sénat et la régionalisation, et le second tour opposait Pompidou le gaulliste à Poher le centriste, deux candidats de la droite. Au 1er tour, pour la gauche, il y avait 4 candidats :

– le candidat du PCF Jacques Duclos qui avait obtenu 21,27% des voix soit un peu plus de 4 808 000 personnes ;

– les socialistes d’alors s’étaient partagés entre Gaston Deferre pour la SFIO, qui avait fait le score calamiteux de 5,1% représentant un peu plus de  1 133 000 personnes, et Michel Rocard, pour le PSU, qui avait obtenu 3,61% soit un peu plus de 816 000 personnes ;

– Alain Krivine, pour la Ligue communiste, avait obtenu lui 1,06% soit 239 106 personnes.

Ainsi, le président élu, Pompidou, le fut avec un peu plus de 11 064 000 voix tandis que l’on compta un peu plus de 9 189 000 abstentionnistes et presque 1 303 800 blancs et nuls. L’abstention au 1er tour était de 22,41% soit un peu plus de 6 614 000 personnes, tandis que les blancs et nuls représentaient 1,29% soit 295 036 bulletins. L’abstention fit un bond de 10% si bien que 2,6 millions de personnes qui avaient voté au 1er tour ne le firent pas au 2nd.  Quant au nombre de bulletins blancs et nuls, il fut multiplié par plus de 4.

In fine, le nombre cumulé des abstentionnistes et des blancs et nuls fut de 10 492 845, à comparer aux 11 064 371 suffrages exprimés en faveur du gagnant. Le président élu n’avait donc obtenu qu’un peu plus de 500 000 suffrages de plus que le nombre cumulé de tous ceux qui refusaient cette mascarade !

Par la suite, cette situation ne s’est jamais reproduite et les écarts furent toujours bien plus conséquents. Même en 2002, dans le contexte du second tour Chirac – Le Pen, où l’abstention perdit presque 8 points entre le 1er et le 2nd tour. Certes, le nombre de bulletins blancs et nuls augmenta en étant à peu près multiplié par 2, mais le nombre de suffrages exprimés en faveur de Chirac fut très nettement supérieur au nombre cumulé des abstentionnistes et des blancs et nuls : 25,5 millions de voix pour Chirac, 10 millions de suffrages « gelés » entre abstentionnistes et blancs et nuls.

Si la situation de 1969 ne s’est donc jamais renouvelée, je crois bien que l’élection à venir est, par le contexte dans lequel elle s’inscrit, susceptible non seulement de rééditer ce qui s’est produit en 1969, mais plus encore, de dépasser celle de 1969 s’agissant de l’écart entre le gagnant au second tour et le nombre des suffrages non exprimés…

Oui, je crois vraiment que le 7 mai 2017, il y a une possibilité qui est loin d’être théorique, que le nombre de suffrages pour le vainqueur soit inférieur à celui des votes de refus ne se portant pas sur son adversaire. Je crois vraiment que la situation est telle que tous ceux qui ne se retrouveront pas dans les deux candidats au second tour obtiendront ensemble un nombre de voix supérieur à celui du gagnant, ce qui ne s’est encore jamais vu. Et donc, même si en droit, comme je l’ai expliqué au début de ce billet, rien ne s’oppose à ce que l’élection soit validée, en revanche le fait politique tout à fait inédit et en tous points exceptionnel que serait une telle situation électorale, ne manquerait pas d’avoir de très puissants effets et ce à très court délai. Ce serait, à n’en pas douter, un nouveau coup de boutoir dans ce régime totalement gangréné de la 5e République.

Dans quel contexte électoral une telle hypothèse se concrétiserait-elle ?

Eh bien, par exemple, si le nombre de suffrages qui se sont portés au premier tour sur le ou les candidats finissant 3ème et 4ème  est très proche du nombre de suffrages obtenu par le second candidat qualifié pour le second tour.

Si le candidat arrivé 3ème suit de très près le candidat arrivé avant lui, ce dernier sera admis au 2nd tour et pas le 3ème. C’est la règle simple du régime de la 5ème République, indépendamment de l’écart entre le 2ème et le 3ème. Donc la règle vaudra qu’il y ait une différence de millions de voix ou d’une seule voix.

Si l’écart en nombre de voix entre le 2ème et le 3ème est très faible (mais ça marche aussi entre le 2ème et le 4ème), outre les probables contestations extrêmement vives auxquelles nous ne manquerons pas d’assister, et qui seront à coup sûr d’une intensité que jamais encore nous n’avons connue en France, les électrices et électeurs du candidat arrivé 3ème, et éventuellement les électrices et électeurs du candidat arrivé 4ème si l’écart est très restreint, risquent fort de ne pas accepter facilement la défaite. Quel que soit leur choix électoral pour le second tour, qu’ils préfèrent s’abstenir ou voter massivement blanc ou nul, je pressens que le nombre cumulé de ces « expressions » électorales en forme d’insurrection « de seconde frappe » (par analogie au vocabulaire employé pour la force nucléaire)  sera supérieur au nombre de suffrages exprimés en faveur du gagnant du second tour. Et alors là, il me semble que la France entrera pour de bon dans une période de troubles majeurs…

Le droit prime le fait en théorie. Et c’est très souvent le cas en pratique. Pourtant il peut arriver, dans certaines circonstances, que le fait prenne l’ascendant sur le droit et que le droit soit écarté, négligé, oublié, interprété… Parce que si le droit est le reflet d’une volonté prétendument commune à un moment donné (avec tous les guillemets nécessaires au regard de ce que nous savons du caractère de plus en plus fictif du principe selon lequel la loi serait l’expression de la volonté générale), le fait vient parfois bouleverser le droit. Et il va sans dire qu’un contexte révolutionnaire ou insurrectionnel est de nature à mettre certains aspects du droit de côté ou à inventer un autre droit, fut-il transitoire et « illégal »…

Pourquoi dis-je cela ? Est-ce pour appeler les Françaises et les Français à la rébellion ouverte ? Oui, si on considère l’aspect politique. En soutenant Jean-Luc Mélenchon et son projet, il est clair que j’aspire à la rébellion contre le système, contre le régime, contre les oligarques, contre les medias etc. etc. En faisant campagne pour Mélenchon, comme tous ceux qui y prennent leur part, j’appelle les électrices et électeurs français à se rebeller mais à le faire pour l’instant par un bulletin de vote, de manière PACIFIQUE, raisonnable, sereine, tranquille, bien que déterminée.

Mais si Mélenchon ne devait pas être présent au second tour, il y aura un choix à faire par nous tous qui allons le soutenir au premier tour ; et j’appelle chacun à y réfléchir dès aujourd’hui.

Évidemment, chacun fera bien ce qu’il veut car nous sommes libres et insoumis. Ne voyez pas dans la suggestion que je vais vous faire une quelconque « consigne de vote ». Vous n’avez pas besoin de moi pour décider en toute liberté de ce qu’il sera judicieux de faire.

Pour autant, nous pouvons en discuter entre nous, échanger des arguments, pour que chacun ait matière à réflexion et que ces semaines de réflexion nous permettent à tous, collectivement, de faire le bon choix, le meilleur choix.

Certains d’entre vous allez me reprocher d’imaginer un scénario totalement hypothétique, voire farfelu. D’autres me reprocheront sans doute de ne pas croire assez dans les chances de Mélenchon puisque j’évoque l’hypothèse de son absence au second tour.

Il n’en est rien. Sur le premier point, j’ai dit plus haut que c’était une hypothèse donc par définition une éventualité non certaine. Mais oui, je la crois non seulement possible mais probable, cette hypothèse (à savoir un nombre de suffrages pour le gagnant inférieur au nombre cumulé des votes blancs et nuls et du nombre des abstentionnistes) dans le cas où Mélenchon serait absent du 2nd tour. Quant au second point, la probabilité que Mélenchon soit au second tour précisément, eh bien, voyez-vous, je la crois très très haute. Parce que depuis que Mélenchon a déclaré sa candidature il y a un an et demi, en raison d’une part de la stratégie de conquête du pouvoir qu’il a adoptée, et en raison, d’autre part,  du projet qu’il porte, je ne cesse depuis un an de dire que nous tenons le bon bout. Je le crois plus que jamais chaque jour qui passe.

Je suis de ceux qui pensent que c’est nous qui allons être la plus grosse surprise. Je ne dis pas « la » surprise car je pressens qu’il y en aura quelques autres… Mais oui, le surgissement inattendu de Mélenchon au second tour sera un évènement cataclysmique pour le système et tous ses acteurs.

Cela étant dit, si la réalité me déjugeait, nous devrions mettre en oeuvre ensemble et de manière coordonnée, planifiée, une stratégie de réaction. Un plan B en quelque sorte, plutôt que de nous éparpiller entre diverses stratégies. Et donc, il faut le concevoir dès maintenant, et en parler !

Les uns préconiseront d’éliminer l’un des deux candidats, comme on l’a vécu en 2012. Pour moi – et je sais que nous serons des millions à penser de même – il n’en sera pas question, quels que soient les deux candidats restant en lice au second tour, si le nôtre n’est pas l’un d’eux.

D’autres se jetteront pour la première fois dans l’abstention ou y retourneront.

D’autres encore se déplaceront pour voter mais choisiront le bulletin blanc ou nul en faisant preuve de malice et d’ingénuité quant à l’ornement du bulletin de vote ou au contenu de l’enveloppe…

Mais vous savez bien que ni les abstentionnistes, ni les bulletins blancs et nuls n’auront le moindre effet sur la validité de l’élection. C’est ce que j’ai expliqué en première partie de ce billet.

Pour ma part, je discerne une hypothèse – et une seule – où bien que Mélenchon soit absent du second tour, nous pourrions contribuer très activement à ce que le « fait » subvertisse le droit, comme je l’ai évoqué plus haut.

Si tous les électeurs s’étant portés sur Mélenchon au premier tour se déplacent pour aller voter au second, même s’il n’y est plus officiellement candidat, et déposent dans l’enveloppe, non pas un bulletin blanc ni un bulletin orné de je ne sais quelle décoration, annotation, ou inscription, mais un bulletin « Jean-Luc Mélenchon » exactement identique à celui utilisé au premier tour et respectant les conditions de validité (sans aucune marque ou signe distinctif), certes ce bulletin sera jugé « nul ». Mais si ce sont des millions de bulletins de ce type qui sont mis dans les urnes (pour celles et ceux qui n’ont pas le malheur de voter sur une machine), je pense que cette masse considérable de bulletins uniformes en faveur de Jean-Luc Mélenchon aurait des conséquences inévitables.

Surtout si, comme je le pressens et comme je l’ai expliqué au début de ce billet, l’abstention est massive et que les blancs et nuls voient leur nombre exploser.

Nous pourrions alors tout à fait finir avec un nombre de bulletins « nuls » jamais vu depuis la première élection présidentielle au suffrage universel de la 5e République, en 1965.

Certes, comme je l’ai déjà dit, tout bulletin « Jean-Luc Mélenchon » au second tour sera « nul » si Mélenchon n’est pas présent au second tour. Et il est évident qu’aucun décompte officiel ne sera fait du nombre exact de ces bulletins qui seront noyés dans le nombre total des bulletins nuls.

Sauf que nous sommes nombreux à soutenir activement Mélenchon. Plus de 280 000 signataires. 4 millions de personnes se sont portées sur son nom en 2012. On a pu en perdre une partie depuis (je n’en dirai pas plus…) mais je crois aussi que l’on en a gagné beaucoup. L’un dans l’autre, je ne doute pas que nous aurons bien plus de suffrages en 2017 qu’en 2012. Je parle bien sûr en voix, pas en %.

Donc, si nous, les Insoumis-e-s, nous les soutiens actifs de Mélenchon, nous, les électrices et électeurs qui avons l’intention de voter pour Mélenchon au 1er et au 2nd tours, nous nous répartissons dans un maximum de bureaux de vote, nous serons en mesure de comptabiliser le nombre de ces bulletins de vote « Jean-Luc Mélenchon » mis dans les urnes alors même que notre candidat, dans l’hypothèse d’étude, ne serait plus candidat à ce second tour.

Ce que je crois possible, et que je pense donc que nous devrions tenter, c’est bien que le nombre de bulletins « nuls » en faveur de Jean-Luc Mélenchon dépasse le nombre de suffrages exprimés obtenu par le gagnant du second tour.

Cela n’invalidera certes pas le résultat en droit, mais délégitimera totalement, dès le premier jour, le nouvel élu, quel qu’il soit.

Même si cet aspect des choses que j’ai développé dans ce billet n’a pas été discuté entre nous au sein du collectif « Citoyens pour un peuple souverain » et que l’argument que je mets en avant ici n’a pas été envisagé dans cet appel que nous avons publié il y a quelques semaines, il est possible que la raison de voter Mélenchon y compris dans un second tour auquel il ne pourrait légalement participer, trouve, avec l’argument que j’avance ici, une raison d’être supplémentaire.

Et comme derrière la présidentielle, il y aura les législatives, nous aurions alors marqué très fortement les esprits. Notre force électorale serait toujours là au lieu de disparaître au second tour, et nous aurions dit, de la manière la plus claire qu’il soit, combien demain ne pourrait se faire sans nous !

Parce que même si Mélenchon n’était pas élu, nous devrions rester engagés pour les Législatives. Contrairement à la pratique qui veut que les élections législatives confirment toujours le résultat  de l’élection présidentielle, là encore en raison du contexte politique et international tout à fait exceptionnel en 2017, il n’est pas certain du tout que pour la première fois, le Président élu n’obtienne pas de majorité.

Il y a aujourd’hui en France 4 forces politiques : le FN, la droite, les représentants du système (Macron et ce qui restera du PS) et la France insoumise. Nous ignorons encore quelle sera la représentativité de ces quatre forces mais on peut dire à peu près sans se tromper que chacune obtiendra entre 20 et 25%. Donc prédire les résultats d’une élection législative dans le cadre du mode de scrutin majoritaire à deux tours avec un tel contexte est impossible. Ce qui est certain me semble-t-il, c’est que quel que soit le gagnant, il aura du mal à obtenir une majorité.

Nous devrons donc rester mobilisés même si Mélenchon est élu. Mais dans l’hypothèse où il ne le serait pas, nous devrions tout faire pour empêcher le gagnant d’avoir une majorité et donc voter massivement pour les candidats présentés par la France insoumise.

La force populaire que nous avons commencée à faire naître en 2012 grâce à Mélenchon, puis que nous avons tentée de faire grandir avec le Front de Gauche, est toujours là, malgré le sabotage dudit Front de Gauche par certains de nos alliés d’hier. Non seulement, cette force est toujours là mais nous sommes convaincus, par millions, qu’elle est bien plus puissante encore aujourd’hui qu’elle ne l’était il y a 5 ans, contrairement à ce qu’en disent les sondages et les meRdias. Nous en avons de nombreux signes.

La France insoumise, ce mouvement citoyen, est ce que le Front de Gauche n’était pas. Et la France insoumise parle à tous les Français, pas seulement à la Gauche.

J’ignore ce que les leaders de ce mouvement tenteront d’en faire demain mais NOUS, citoyen-ne-s engagé-e-s qui lui donnons vie, nous avons notre mot à dire. Sans nous, la France insoumise n‘est rien. C’est donc à nous de faire en sorte que sous une forme ou sous une autre, que Mélenchon soit élu Président de la République ou qu’il soit battu dans les urnes, au premier ou au second tour, ce mouvement survive et qu’ensemble nous nous rassemblions pour ce qui sera soit une glorieuse période de reconquête, soit une nouvelle période de résistance encore plus acharnée et résolue que celle où nous sommes en ce moment.

L’Alternative ! Y croire et agir soi-même pour la rendre possible… La leçon de l’effet papillon

Avant-propos : Bien que publié sur mon blog intitulé « Vive la Sixième République et la première véritable démocratie », ce billet n’a rien à voir avec la thématique évoquée par le titre de ce blog.

« La » politique, tout comme celles et ceux qui la font dans l’Union €uropéenne, dans les États et les collectivités locales, me fatiguent, m’écœurent, me désespèrent. Après 22 ans d’engagement, je suis près de la saturation et je frise vraiment  l’overdose.

J’ai déjà laissé entendre que j’allais quitter cette scène-là (bien que je n’ai jamais été autre chose qu’un simple militant). Oui, ça ne saurait tarder car ça devient vraiment indispensable. C’est une question de santé psychique et d’équilibre personnel mais pas que…

Ce n’est pas de l’égoïsme. Il ne s’agit pas, pour moi, de me recroqueviller sur moi, sur ma vie, sur mon entourage, et de ne plus penser qu’à moi. NON !

Il s’agit  d’une révolte qui atteint son point d’explosion. La politique étant ce qu’elle est et celles et ceux qui la font étant ce qu’ils sont, je vire ANARCHISTE ! Et moi qui, il y a quelques années, regardait avec une certaine distanciation les adeptes de ce que l’on appelle « l’autogestion », je commence sérieusement à les comprendre aujourd’hui… J’ai mis le temps mais il y a des gens plus lents que d’autres…

Et il s’agit aussi de clairvoyance. Car le monde dans lequel on vit, ce monde détestable que nous subissons et que, hélas, nous contribuons à maintenir, fut-ce à nos dépens et à notre insu, n’est pas un monde durable. En plus d’être cruel, barbare, injuste, irrationnel, il est à durée déterminée car il ne perdurera pas encore très longtemps. L’humanité, si elle ne change pas radicalement son mode d’habiter la terre, et son mode de vivre ensemble, court à l’extinction à bref délai (au sens des temps historiques).

Or il existe des alternatives. D’ailleurs, depuis des années, une telle prise de conscience de cela grandit dans les têtes et il en résulte des alternatives concrètes, des ruptures radicales, des « radicalités concrètes » comme disent certains de mes camarades du parti que j’ai quitté il y a quelques semaines… Celles auxquelles je pense ne sont pas seulement les leurs…

Une idée nouvelle a souvent besoin d’infuser dans nos têtes avant d’avoir des effets concrets. De même qu’une graine plantée ne commencer à germer que plusieurs semaines plus tard et la plante en résultant mettra encore des semaines, voire des mois ou même des années à éclore…

Nous sommes pris entre le marteau et l’enclume. Aucune alternative profitable et durable ne saurait être mise en œuvre dans l’affolement et la précipitation. Il faut y réfléchir, il faut étudier les risques et les bénéfices à en tirer. Il faut préparer sérieusement la sortie du monde actuel et l’entrée dans un autre. Ça prend nécessairement du temps.

Or, du temps, nous en avons de moins en moins… Le sablier se vide. Les aiguilles tournent et se rapprochent inexorablement du terme. Certain-e-s ont déjà écrit qu’il était « minuit moins cinq »… Et ce ne sont pas, hélas, que des Cassandre. Des faits objectifs fondent rationnellement leurs craintes. Nous pouvons nous sauver nous-mêmes si nous prenons la mesure de ce qui se joue, si nous cessons enfin de tergiverser, de remettre à demain des décisions radicales que nous devrons de toute façon prendre mais qui, demain, seront plus difficiles qu’elles ne le seraient aujourd’hui.

Je suis de plus en plus convaincu, ainsi que des milliers d’autres que moi, des millions même, que la ou les solution(s) ne viendront pas d’en haut. Dans les sphères dirigeantes, on ne veut pas, on nous mystifie, on nous abuse, on nous ment, on nous trompe, on nous spolie, on nous violente, on nous dresse les uns contre les autres et on nous refuse le droit de décider librement de notre destin.

Il nous faut comprendre et prendre conscience que nous ne ferons rien au plan « macro » car tout est sous contrôle des oligarchies qui disposent de tous les moyens de renseignement et de réaction pour nous dompter et nous maintenir dans cette forme de « servitude volontaire » pour reprendre les termes de La Boétie ou dans ce « consentement » qui nous est extorqué après avoir été « fabriqué » (cf. ce qu’en dit Noam Chomsky).

Non, ce n’est pas au plan « macro » que nous réussirons à inverser la course folle. Non, ce n’est pas au niveau général de l’État, de l’Union européenne ou de quelque union alternative que ce soit, et encore moins au niveau global mondial, que nous changerons le monde.

Nous ne pourrons le faire, à mon sens, qu’au niveau « micro », localement, dans notre foyer, dans notre famille, dans notre entourage immédiat, dans notre quartier, dans notre ville et peu à peu, en remontant la « hiérarchie » des institutions, en les pervertissant par l’essaimage et la généralisation par capillarité des alternatives concrètes. Quand les gens qui vivent à côté de nous sans nous connaitre forcément, sans nous comprendre a priori, et même peut-être sans nous approuver, verront ce que nous réussissons à obtenir par nos alternatives de vie, et quand ils verront combien cela nous épanouit et nous illumine sans que ça ne les desserve eux-mêmes ou que ça ne leur nuise d’une quelconque façon, ils s’intéresseront à nous et à nos choix. Ils chercheront à nous comprendre en nous questionnant et en tentant, à leur tour, la grande Alternative. Et les résultats venus, ils seront alors eux aussi de bons pédagogues et d’efficaces abeilles pollinisant à leur tour de nouvelles contrées…

Ami-e-s et camarades, concitoyen-ne-s, émancipez-vous ! Décolonisez vos imaginaires ! Brisez les chaînes de la servitude volontaire ! Osez cheminer dans l’inconnu et naviguer vers d’autres rives…

« L’homme ne peut découvrir de nouveaux océans tant qu’il n’a pas le courage de perdre de vue la côte. » André GIDE

« Un autre monde existe, il est dans celui-ci. Soyons courageux. Allons le chercher. » Paul ÉLUARD

« On ne change jamais les choses en combattant la réalité existante. On le fait en inventant un autre modèle qui rend, de fait, l’ancien obsolète. » Busckminster FULLER (architecte, designer inventeur et auteur états-unien 1895-1983)

« L’avenir n’est pas ce qui va arriver mais ce que nous allons en faire. » Henri BERGSON

Breaking News : Le dernier compte-rendu des écoutes de la N.S.A.

Avant-propos

Nous avons reçu ce texte il y a quelques heures, de la part d’une source anonyme. Cette source nous dit qu’il s’agit de la retranscription des écoutes que la N.S.A. a organisées cette nuit à la B.C.E. La N.S.A. aurait ainsi enregistré la conversation qui s’est tenue au sommet entre les trois membres directeurs de la « Troïka » : le Président de la B.C.E. Mario Draghi, la directrice du F.M.I. Christine Lagarde, et le Président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker. Ces trois dirigeants européens se sont enfermés dans la salle de réunion sécurisée de la B.C.E. dans les minutes qui ont suivi l’annonce qu’a faite Alexis Tsipras. Le Premier ministre grec a en effet annoncé publiquement qu’il allait organiser, dès dimanche 5 juillet, un référendum pour demander au peuple Grec s’il approuvait les demandes exprimées par la Troïka. Après avoir procédé à quelques vérifications d’usage, nous jugeons cette retranscription authentique. Et c’est pourquoi nous avons décidé de la publier in extenso.

L’une des preuves solides et convaincantes de l’authenticité de cette conversation est l’adresse IP avec laquelle notre source nous l’a fait parvenir. Comme cette source réclame l’anonymat – et on peut le comprendre ! -, nous respectons sa demande et ne divulguerons pas son nom. Mais sachez que nous le connaissons. Car l’adresse IP trace l’envoi et est comme une signature. Sauf à imaginer – ce qui est toujours possible – qu’un autre ait utilisé l’ordinateur de notre source pour lui porter tort. Sur ce point précis, le doute subsiste. Mais si c’est bien le propriétaire de l’ordinateur utilisé qui a envoyé le courriel qui nous a été adressé, alors cela témoigne de quelques frictions au plus haut niveau des « institutions européennes » pour reprendre la formule chère à Alexis Tsipras, alors que l’Europe est sur le point de vivre des évènements historiques… Jugez par vous-même. Au milieu d’une joute verbale parfois feutrée, parfois plus vive, toujours faite d’insolence et de provocations, souvent mâtinée d’un esprit libertin, on perçoit – si ce qui est dit est vrai bien sûr – que des évènements de portée historique sont  déjà en cours et que l’Histoire va encore s’accélérer dans les prochains jours.

*   *   *

Jean-Claude Juncker : Si Tsipras réussit son coup, on est morts !

Christine Lagarde : Tu crois que j’ai une chance d’éviter la taule ?

Mario Draghi : Oui, si tu es gentille avec eux…

Christine Lagarde : Oh, tu me prends pour qui ? Tu crois que je passe sous la table aussi facilement ?

Jean-Claude Juncker : Allez, Christine, ce n’est pas à nous que tu vas la faire, celle-là ! Nous savons bien que tu as déjà offert quelques gourmandises à Nicolas Sarkozy…

Christine Lagarde : Oui, mais c‘était pour prendre la tête du FMI et pouvoir ensuite avancer nos pions. Vous savez bien que DSK était un sale gauchiste pervers et sexomanique dont il fallait se libérer…

Jean-Claude Juncker : Si l’on pouvait revenir au sujet du moment… Donc, vous avez quelle idée pour qu’on se sorte de ce merdier dans lequel Tsipras vient de nous mettre ?

Silence…

Jean-Claude Juncker : Oh, oh ! Vous m’avez entendu ? J’ai parlé là ! Y’a quelqu’un dans l’avion ?

Mario Draghi : Mais mon pauvre Jean-Claude, tu ne te rends pas compte que cette fois, tout fout le camp ? Tu ne vois donc pas que notre règne touche à sa fin ? Tu n’as pas compris que tout le monde va s’apercevoir très vite que nous ne pilotons pas l’avion, que ce n’est pas nous qui décidons. Nous ne sommes que des exécutants. Et comme dans la mafia ceux qui échouent finissent mal, notre sort à nous est désormais scellé. Chacun va toucher du doigt que nous ne sommes que des tigres de papier. Si nous avons pu en imposer depuis quelques années aux chefs d’État et de gouvernement ainsi qu’aux ministres des pays membres de notre Union, notamment des PIGS du Club Méd’, ce n’est que parce que nous avons eu à affronter des lâches, des traîtres à leur peuple et des amis dévoués aux nôtres… Mais maintenant que nous avons un ennemi en fonction, cela va se voir que nous ne sommes que des pantins. Donc, je repose la question : que faire maintenant ? Vous avez une idée ? C’est le moment car notre maison €uropéenne brûle !

Christine Lagarde : Vous voulez que je change d’attitude avec Alexis ?

Mario Draghi : Que veux-tu dire Christine ?

Jean-Claude Juncker : Qu’elle veut se mettre au grec… Non, en fait qu’elle va se faire le Grec. Ou plutôt qu’elle va s’envoyer le Grec…

Christine Lagarde : Et alors, t’es jaloux ? Tu as toujours refusé que je te le fasse… Alors pourquoi tu la ramènes ? Il faut qu’on amène Alexis à revenir dans notre camp. Parce que je te signale que si on organise un nouveau putsch en Grèce, ça va se voir cette fois ! Et au cas où tu l’aurais oublié, je te rappelle, en passant, que maintenant Alexis et Vladimir sont des potes. Si on s’attaque à Alexis, on s’attaque à Vladimir. Tu te sens les épaules assez larges pour cela ? Pas moi !

Et puis, j’ai toujours détesté la vodka et le froid sibérien tandis que l’ouzo, le raki, le retsina, les olives, les maisons blanchies à la chaux et aux volets bleus des îles grecques, la grande Bleue partout, tout cela me fait rêver depuis que j’étais une jeune fille innocente. Et il se trouve que c’est un Grec qui m’a déniaisée et j’en garde un souvenir gourmand, surtout après tous les nuls et les beaufs que je me suis envoyés depuis. Tu sais, les golden boys qui pullulent au FMI, ils se la jouent tous comme Beckam ou George Clooney mais ce sont de vrais lapins… Aussi inaptes à l’amour qu’ils sont inaptes à comprendre autre chose que des chiffres… Ils montent en tension aussi vite que leurs actions grimpent en bourse les jours de spéculation maximale, mais ils retombent aussi vite également, comme lors d’un krach ! Et chaque fois je suis restée sur ma faim. À quoi bon avoir un dieu grec sur soi si on l’a déjà perdu après trois minutes… Vu ce que je subis depuis des mois, j’ai besoin de me détendre et Alexis, c’est quand même autre chose que le nabot français que j’ai dû m’avaler pour être là où je suis… Oui, désolé pour le jeu de mots un peu vulgaire mais c’est passé tellement mal que je n’ai pas envie de jouer à la prude que je ne suis pas ! Je peux être une bourgeoise, je ne suis pas pour autant une coincée du bas-ventre…

Mario Draghi : Mais putain, vous m’entendez ou pas tous les deux ? Christine, je n’en ai rien à cirer de tes histoires de fesses ; on n’est pas dans un salon libertin ici. On n’est pas là pour causer de nos conquêtes sexuelles ou de je ne sais quelle nuit d’amour succédant à des agapes orgiaques… Et toi, Jean-Claude, tu crois qu’ils te réservent un sort heureux si tu tombes dans leurs mains ? Tu crois que l’on viendra nous sauver ? Tu penses sérieusement que nos amis américains viendront nous exfiltrer ? Tu ne connais donc rien à l’histoire… Qu’est-ce qu’on fout maintenant pour sauver notre cul ?

Jean-Claude Juncker : Ecoute Mario, n’ai-je pas bien mérité leur reconnaissance avec la sortie que j’ai faite sur la démocratie qui ne peut jouer contre les traités européens ? Ne me suis-je pas engagé totalement envers leur cause quand j’ai dirigé le Luxembourg et permis à leurs milliards de rester bien à l’abri et hors de tout contrôle des peuples ? Je suis un de leurs plus fidèles et plus dévoués serviteurs. Et plus que cela, je ne suis pas un simple caniche, j’ai bossé dur et j’ai réussi à remporter la plupart des batailles que j’ai menées pour eux. Les missions qu’ils m’ont confiées, je les ai menées à bien, presque toutes. Je n’ai pas à rougir et je suis convaincu qu’ils me sauveront, moi…

Mario Draghi : Parce que nous, on était des plantes vertes décoratives à ton avis ? Qui a permis de saigner la Grèce depuis des années ? Qui a le plus violé la souveraineté populaire en Grèce, en Espagne, en Italie, au Portugal, à Chypre, en France… ? Qui a le plus agi dans l’ombre pour désamorcer les révoltes populaires ? Qui a tenu d’une main de fer les noyaux des quelques banquiers centraux qui avaient des velléités de faire sécession ? Désolé, Monsieur le Président du paradis fiscal luxembourgeois mais moi non plus je n’ai pas démérité… Et je mérite autant que toi la considération de nos maîtres. Sauf que je suis peut-être un peu plus lucide que toi sur leurs intentions à notre égard. Tu as déjà vu le film « La firme » ? Tu sais avec le beau gosse scientologue qui te fait tant rêver à de délicieuses nuits d’amour ? Non ? Tu devrais, crois-moi !

Christine Lagarde : Arrêtez les copains ! On ne va quand même s’engueuler entre nous ! Ce n’est vraiment pas le moment qu’on se foute sur la gueule ! Nous devons décider d’un plan de riposte. J’ai pris les devants pour une fois.

J’ai déjà parlé à Manuel Valls. Il me prête son Falcon. Demain, je file à Athènes et je vais faire vivre quelques jours de délice à notre jeune premier de Grèce… Je m’en vais te le déniaiser et en faire un capitaliste atlantiste comme on les aime… Je vous le promets. Et pendant que je lui ferai passer ces heures agréables, il vous revient à vous de préparer la suite. Pendant son absence, vous devez renverser le pouvoir en place. Méfiez-vous surtout de Zoé Constantopoulou qui est à la tête de la Vouli car c’est une Margaret Thatcher de gauche. Aussi déterminée que l’était notre chère Miss Maggie et aussi brute de décoffrage, sauf qu’avec elle, c’est nous qui sommes les cibles !

Mario Draghi : Ok. Tu veux bien t’occuper du jeune kouros grec. Mais es-tu certaine de tes charmes ? Crois-tu vraiment qu’il risque de se laisser corrompre ? Tu as vu son épouse ? Je ne veux pas te blesser mais je doute qu’il soit prêt à se laisser griser. Tu en imposes habillée et perlée mais une fois dévêtue…

Christine Lagarde : C‘est parce que tu ne connais rien aux femmes Mario !

Mario Draghi : Oui, ça doit être ça ! Sophia Loren, Ornella Muti, Claudia Cardinale, Caterina Murino, Stefania Sandrelli , Isabella Rossellini, Monica Bellucci, Gina Lollobrigida, ne doivent pas incarner la féminité telle que tu t’en fais l’idée sans doute…

Christine Lagarde : Parce que tu les as toutes connues de près ?

Mario Draghi : Quand on le C.V. qui est le mien, on réussit toujours à séduire. Et puis, j’ai quand même plus d’atouts que le nabot auquel tu as goûté, ou que l’ectoplasme actuel de l’Élysée qui a fait passer sous la table la belle Julie Gayet après quelques autres …

Jean-Claude Juncker : Bon, Mario, je croyais que tu te foutais des histoires de fesses de Christine !

Mario Draghi : Quand on me cherche on me trouve mais oui, je confirme que je m’en bas les ouïes. Donc, si elle réussit à lui faire boire le filtre magique et qu’Alexis Tsipras lui tombe dans les bras, pendant ces quelques heures où il sera, de fait, en situation d’empêchement de gouverner, nous devons en profiter pour reprendre le contrôle de la Grèce, et nous méfier en effet de la madone de la Vouli. Ok, on connaît l’objectif. La question, c’est comment fait-on ?

Jean-Claude Juncker : On rapatrie en Grèce quelques-unes de nos forces actuellement en Ukraine et en Syrie ?

Mario Draghi : Non, mais tu as fumé quoi, toi ? « Nos » forces ? Ce n’est pas nous qui les commandons. Tu as oublié le deal qu’on a passé avec Joe Biden ?

Jean-Claude Juncker : De quel deal causes-tu là ?

Mario Draghi : Tu t’es encore endormi pendant la réunion ce jour-là ?

Jean-Claude Juncker : Pfff ! Tu m’as plutôt mis sur la touche, oui. Ta réunion, tu as dû la faire sans moi…

Christine Lagarde : Moi, je m’en souviens très bien Jean-Claude. Tu n’es pas venu car tu nous as dit que tu refusais de parler à un autre qu’au Président des États-Unis. Tu disais que le Vice-Président Biden n’était qu’un pot de fleurs. Pour toi, seul Barack Obama était en situation de décider pour son pays. Ça te revient maintenant ?

Jean-Claude Juncker : Oui, c’est vrai. J’ai bien fait d’ailleurs. Biden est absent de la scène politique et stratégique mondiale. Par contre, Obama… (il est interrompu)

Mario Draghi : C’est bien ce que je pensais. T’es vraiment toujours aussi con ! Combien de fois devra-t-on te réexpliquer la chose ? Le Président des États-Unis n’est qu’un pantin qui s’agite pour la galerie, qui fait croire à tout le monde que c’est lui qui dirige, mais en réalité, il ne fait que signer les parapheurs et tout est rédigé par d’autres. Il n’a même pas le droit de déplacer un mot ou de rajouter une virgule. Par contre, le Vice-Président des États-Unis, lui, est aux commandes. Ça n’a pas toujours été vrai dans l’histoire américaine, je te le concède ; certains vice-présidents ont été de vrais pantins (sous Roosevelt par exemple). Mais au début des années 80, tout a changé. C’est bien George Bush père qui dirigeait le pays que le clown Ronald Reagan faisait semblant de commander. Bon il est vrai aussi que sous Clinton, puis quand Bush père fut président, on en revint à un rôle négligeable du Vice-Président qui avait pour seule mission de présider à certaines réceptions du samedi après-midi, là où les épouses des dirigeants économiques et politiques cuisinent des cookies… Très célèbres ces réceptions aux États-Unis… Sauf qu’avec Bush fils, le monde a changé. C’est bien le Vice-Président Cheney qui tenait le pays, avec tous ses amis. Et il en est de même depuis que Barack Obama occupe la Maison-Blanche. Ce n’est pas lui qui gouverne, c’est bien Joe Biden. C’est pratique car le Vice-Président, aux États-Unis n’ayant officiellement aucun pouvoir, n’est pas limité par les textes constitutionnels. Tout ce que le Vice-Président fait, le Président le valide, le signe et donc en endosse la responsabilité sans pouvoir jamais se défausser par la suite… Génial comme verrouillage ! Et très bon système de chantage sur le Président qui voudrait un jour mener une politique différente de celle pour  laquelle on l’a mis là où il est… Les amis de JFK le savent bien… De toute façon, il y a quelques actes constitutionnels secrets, validés par la Cour suprême qui s’est réunie à huit-clos après le 11 Septembre, qui autorisent à peu près tout ce que le Vice-Président juge utile de faire… C’est donc Joe Biden qui peut seul décider des missions de « nos » forces… Et c’est donc à lui seul qu’il faut adresser notre demande si l’on veut que nos « conseillers pour l’instauration d’un régime démocratique » quittent le terrain où ils agissent aujourd’hui pour venir restaurer la démocratie en Grèce. Et moi, en tant que N°1 de la B.C.E., j’ai une certaine capacité à le convaincre… Tu as pigé cette fois, camarade ?

Jean-Claude Juncker : D’accord ! Bon et sinon, je dois faire quoi moi, maintenant ?

Christine Lagarde : Faire comme d’habitude. Tu fais très bien ton job. Tu continues à agir comme si c’est toi qui présidait la Commission. Peu importe que de plus en plus d’Européens aient compris que ce n’est qu’une illusion. On n’a pas le temps d’inventer un nouveau scénario pour jouer une nouvelle pièce de théâtre. Nous devons agir en Grèce. L’Espagne est déjà perdue pour nous et le Portugal va suivre son voisin. Quant à la France, je ne sais pas si elle n’est pas en voie de faire sécession. Il faut agir sur la Grèce. C’est là que tout se joue. C’est là que nous pouvons encore empêcher l’irréparable de survenir : que le peuple grec saisisse qu’il n’a pas besoin de nous… Salvador Allende avait commencé comme Alexis Tsipras et nos amis américains ont réagi avec conviction pour empêcher que nous perdions le Chili. Sauf qu’on ne peut plus réitérer cette expérience. Il faut agir plus finement. Le Chili était seul. La Grèce a des alliés et la Russie ne nous laissera pas renverser Tsipras… C’est pour ça que la seule solution, c’est d’amener Tsipras à faire son chemin de Damas… au sens de l’expression biblique !

Jean-Claude Juncker : Mais on tourne en rond là ! Toi, tu as ta mission. On a entendu ton dévouement à la cause… Mais Mario et moi, on joue quel jeu dans la partie en cours ?

Mario Draghi : Je pense que je devrais couper immédiatement les liquidités à la Grèce, comme je l’ai fait à Chypre. Sauf que si je fais cela, dans les heures qui suivent, ce sera la révolution en Grèce et elle ne nous sera sans doute pas favorable. Donc il faut jouer plus fin comme le dit Christine. Et puis, il y a le problème russe. Sans le soutien de Poutine à Tsipras, on pourrait faire parler la force mais là, on ne peut que se faire défoncer si on tente le coup. Il faudrait donc retourner Vladimir. Si je m’engageais à lever toutes les sanctions économiques que nous avons décidées il y a quelques mois  ?

Christine Lagarde : Mario, là c’est toi qui fait ton Juncker… Tu sais très bien, mieux que personne même, à quel point la Russie se moque de ces sanctions qui n’affaiblissent que l’Europe… Et si tu les levais, c’est à nos amis américains que tu devrais l’expliquer, car eux seuls ont un intérêt à ces sanctions…

Mario Draghi : Oui, c’est pas faux ! Je vais trouver autre chose…

Christine Lagarde : Et si on laissait tout simplement nos amis insurgés jeter leurs sauvages à Athènes et faire sauter quelques lieux emblématiques ? En général, ça marche à tous les coups. On ne parle plus politique mais sécurité et répression… (elle est interrompue)

Mario Draghi : Oui, quand le gouvernement en place est des nôtres… Il ne t’aura pas échappé que ce n’est plus le cas à Athènes !

Jean-Claude Juncker : Oui, mais nous avons notre petit Samaras qui est prêt à reprendre la chancellerie. Et le président de la Banque de Grèce qui fait du bon boulot depuis quelques temps pour rassembler les partisans et les acteurs du changement que nous voulons… Il faut que nous les aidions tous les deux.

Mario Draghi : Samaras n’est pas intéressé par notre cause. Il s’en moque. Tout ce qu’il veut, c’est le pouvoir pour lui, pour sa famille, pour son clan. Il n’est pas fiable.

Christine Lagarde : Justement, c’est mieux d’avoir un type comme lui. On le manœuvre assez facilement puisqu’il est transparent. On le paye et il dit – ou il fait – ce que nous lui ordonnons. Il n’a même pas d’orgueil. Il accepte les ordres comme un vulgaire petit employé obéissant docilement à son supérieur hiérarchique. La seule chose qu’il respecte, c’est la valise de billets qu’il recevra à chaque fois qu’il aura servi nos intérêts. C’est un bon gars à mes yeux !

Mario Draghi : Non, je ne suis pas d’accord. Il nous faut un type fiable dans les circonstances présentes. Nous allons à la catastrophe si nous comptons sur un Samaras qui se donnera toujours au plus offrant. Il nous faut un homme de paille… mais qui soit constitué d’ébène ! Si on mettait DSK à la tête d’un nouveau gouvernement grec ? Lui, au moins, on le connaît bien ; lui on sait qu’il est un dévot du capitalisme ; lui au moins ne nous trahira pas.

Christine Lagarde : T’es dingue ? Il passera 95% de son temps à forniquer avec tout ce qui lui passera sous les yeux. Ce n’est pas lui qui pourra remettre la Grèce dans le droit chemin. Je verrais plutôt un Georges Soros. Il est Grec, il est banquier, il est un mentor du président Obama…

Jean-Claude Juncker : Oui, mais il ne m’aime pas… (il est interrompu)

Mario Draghi : Non, mais ça, excuse-moi de te le dire aussi abruptement Jean-Claude, on s’en tape ! Ce n’est pas toi qui compte, c’est la firme ! Si tu dois subir Soros, tu le subiras… Il est vrai que ce choix-là serait particulièrement ingénieux. Décidément, Christine, tu me surprendras toujours !

Christine Lagarde (lui faisant un clin d’œil mutin) : Tu vois qu’il me reste aussi d’autres talents que ceux que tu refuses obstinément de connaître toi aussi…

Mario Draghi : Écoute, ma belle Christine, je te fais une promesse. Si nous gagnons la bataille que nous engageons, je t’honorerai le soir même. Ça te va ?

Christine Lagarde : À condition que ce soit avant la cuite que tu prendras et pas après…

Mario Draghi : Marché conclu ! Mais il faut quand même que l’on réussisse et ce n’est pas gagné…

Jean-Claude Juncker : Bon, je ne voudrais pas venir perturber vos gouleyants projets d’ébats amoureux, chère marquise Lagarde de Merteuil et cher vicomte Draghi de Valmont, mais ne comptez pas sur moi pour être votre Danceny…

Christine Lagarde : Sois rassurée mon chou. Il ne m’est jamais venu pareille idée à l’esprit. Car Danceny avait réussi à séduire Merteuil, si tu vois ce que je veux dire… L’esprit de la marquise était enivré à l’idée de déniaiser ce jeune puceau et tout son corps était enfiévré devant la perspective de l’étreinte avec lui. Qu’il y a-t-il de commun entre leur histoire et la nôtre ? Tu as 40 ans de plus que lui, tu as perdu ta virginité il y a un demi-siècle et crois-moi, ni mon esprit ni mon corps ne sont fébriles en te voyant…

Jean-Claude Juncker (s’adressant à Mario Draghi) : Elle est encore plus garce que je ne le pensais…

Mario Draghi : Tu l’as bien cherché mon ami ! Allez, je propose une trêve. Enfin, nous sommes comme les trois mousquetaires et nous avions prêté le serment de nos illustres ancêtres : un pour tous et tous pour un ! Alors ne ruinons pas ce bel engagement. Restons soudés contre les populistes qui veulent nous retirer le pouvoir que nous avons depuis toujours pour la seule raison que nous sommes les seuls à en être dignes !

Jean-Claude Juncker : L’histoire des mousquetaires veut qu’il y en ait quatre. Qui est le 4ème ?

Christine Lagarde : L’histoire s’écrit en marchant mon chou… Il sera bientôt là, le 4ème… Je vous l’amène dans quelques jours. Je vais lui faire oublier sa Constance, là encore sans jeu de mots ! Et lui faire renier sa reine, le peuple grec qu’il dit vouloir défendre jusqu’à la mort. Je lui promets un avenir plus doux… L’histoire voulut que ce fut un Gascon intrépide, têtu et fine lame qui jouât le rôle du 4ème mousquetaire et qui devînt même le plus illustre des 4. Je vous avoue que je ne contemplerais pas avec déplaisir que l’histoire se rejouât… Mon Alexis est de la trempe du comte Charles de Batz de Montesquiou.

Jean-Claude Juncker : Ah, parce qu’il est déjà « ton » Alexis ? Avant même que tu aies réussi à le mettre dans ton lit ?

Christine Lagarde : Aujourd’hui, il est encore « mon » Alexis en effet mais la semaine prochaine, il sera celui de vous tous, vous verrez !

Jean-Claude Juncker : Moi, je pense que tes neurones approchent vraiment le seuil de la fusion. Tu devrais prendre garde…

Mario Draghi : On parle, on parle mais on n’a toujours pas décidé ce que nous devons faire Jean-Claude et moi !

Jean-Claude Juncker : J’ai une idée, qui, vois-tu cher Mario, m’a été inspirée aussi par l’histoire de France, puisque tu nous en as rappelé une page. On garde Alexis au frais, loin du monde, loin d’Athènes, loin du pouvoir, et on met à sa place un sosie. J’ai déniché un gars qui pourrait faire l’affaire.

Mario Draghi : C’est qui ton type ? Il est connu ?

Jean-Claude Juncker : Non mais, là, j’déconne Mario ! C’était pour détendre car l’ambiance entre nous était un peu électrique je trouve ! Tu ne crois quand même pas que j’ai un sosie du jeune Premier sous la main. Et si je l’avais, ça ne suffirait pas. Il ne suffit pas d’avoir les traits de son visage et d’être capable de reproduire sa voix. Il faut aussi qu’il puisse être reconnu par ses proches…

Mario Draghi : Ok, t’as raison, c’est le moment de faire des vannes ! Sinon, quelque chose d’utile à proposer ?

Jean-Claude Juncker : Pas plus que toi cher confrère !

Mario Draghi : Eh bien si, justement. J’ai une idée qui va vous scotcher. Accrochez-vous !

Jean-Claude Juncker et Christine Lagarde moqueurs : Vas-y maître, on t’écoute…

Mario Draghi : Voilà ! En fait, ce n’est pas tant une idée qu’une information que je vous donne… Je ne vous l’avais pas dit mais j’ai eu une visio-conférence tout à l’heure avec John O Brennan, le directeur de la C.I.A., le général Philip Breedlove, commandant suprême de l’OTAN, et quelques autres types qui dirigent des commandos divers. Quelque chose est en train d’être organisé. Quelque chose de gros, de très gros. Quelque chose qui sera de nature à faire revenir le tumultueux fleuve grec dans son lit et à donner encore un avenir à notre Europe, l’Europe capitaliste et atlantiste, seule viable pour nos maîtres. Ils ne m’en ont pas dit beaucoup plus. Et vous savez qu’il est inutile de les interroger. Ils souhaitaient juste savoir si nous étions prêts, nous-mêmes, à Bruxelles et à Francfort, pour gérer les lendemains. Ils voulaient la certitude de pouvoir se reposer sur nos amis, présents dans tous les pays d’Europe, et connaître le stade de leur préparation. Sont-ils prêts à prendre la relève des gouvernements en place qui ne réussiraient pas à tenir leurs populations ? m’ont-ils demandé. Je leur ai répondu que oui, que nous y avons ardemment travaillé depuis des mois, et que nous sommes prêts pour le grand saut. Nous n’attendons que leur signal. Lorsque sera diffusé par les medias le message suivant « Nous avons commencé à gravir le Mont Olympe », sachez que les opérations auront commencé sur le terrain à Athènes et dans les grandes villes de la Grèce. Pour notre part, nous devrons attendre un autre message avant de passer à l’action dans les autres pays. Ce second message est celui-ci : « La Pythie de Delphes a parlé. Faisons s’accomplir son oracle ».

Jean-Claude Juncker : En clair, c’est la guerre en Europe que tu nous annonces ?

Christine Lagarde : Mais aurais-je le temps de passer quelques nuits d’amour avec mon Apollon ou est-ce pour demain ?

Mario Draghi : A priori, le feu d’artifice ne sera pas tiré avant quelques jours. Tu as donc tout le temps de t’enivrer avec ton Ulysse. D’ailleurs ils ont parlé de toi et ont dit que rien ne serait fait avant que la dinde ne fasse entendre son dernier chant… J’ai demandé de quel volatile de notre basse-cour ils parlaient et je fus peiné d’entendre alors ton nom…

Christine Lagarde : Oui, oui, chante beau merle !

Mario Draghi : Je ne suis pour rien dans ce qualificatif, tu sais. Je compatis à ta peine de te faire ainsi malmener, ma chère Christine. Mais je sais que tu es assez forte pour ne pas être touchée par leurs mots qu’ils voulaient blessants.

Christine Lagarde : Tu sais Mario, ce ne sont que des nuls. Qu’ils chantent donc les petits coqs de Washington et leurs galonnés de l’OTAN ! Quand je leur amènerai la tête d’Alexis Tsipras sur un plateau, ils verront qu’ils se sont trompés à mon sujet. Je vais leur rafraichir la mémoire et leur rejouer Agrippine !

Mario Draghi : Elle a mal fini tu sais !

Christine Lagarde : Je ne l’ignore pas mais je n’ai pas l’intention de rejouer chaque épisode de sa vie. Je vais adapter le remake à ma façon… Ce sera plutôt une fin à la manière de Cléopâtre s’en allant rejoindre son Antoine, qu’elle aura préalablement fait passer au 8ème ciel, après l’avoir transporté au 7ème !

Jean-Claude Juncker : Donc tout est en place pour la nouvelle partie sur le point de commencer ? Je ne sers donc définitivement à rien moi, c’est ça ?

Christine Lagarde : C’est ça ! Mais tu le savais déjà ! De peur que tu l’oublies, on te le répète tous les jours…

Mario Draghi : Non, Jean-Claude, non Christine, on ne peut pas dire ça, ce n’est pas exact. Toi aussi, Jean-Claude, tu as un rôle dans la partie qui s’annonce. Ce n’est pas un rôle de figurant. C’est un premier rôle car il faut un immense talent pour donner le sentiment à tous de sa propre médiocrité sans qu’elle existe vraiment. Tu es comme un gardien qui, par sa sérénité, et la reproduction fidèle de ses habitudes quotidiennes, permet qu’aucun soupçon ne s’éveille sur une action prochaine de notre part. Ta mission – que, contrairement à la série télévisée, tu n’as pas la possibilité de refuser – est de faire comme avant, sans rien changer à ton discours, ni à tes actes. C’est comme ça que tu permettras que personne ne se doute de quoi que ce soit… C’est un rôle de composition et toi seul peut le jouer.

Jean-Claude Juncker : Et toi, tu joues quel rôle dans le scénario que Washington a écrit ?

Mario Draghi : Tu connais le film Les tontons flingueurs ?

Jean-Claude Juncker : Bien sûr !

Mario Draghi : Bon, ben disons que je suis « Monsieur Fernand ».

Jean-Claude Juncker : Et qui jouera Raoul Volfoni ?

Mario Draghi : Tu veux vraiment que je te le dise ?

Jean-Claude Juncker : Du moment que tu ne me donnes pas de bourre-pif… Je te rappelle au passage que, aussi corniaud que je puisse te paraître, je ne suis pas l’idiot que tu crois. Moi aussi les dingues, j’les soigne. Moi aussi je suis capable de leur faire une ordonnance, et une sévère. Moi aussi je peux les éparpiller aux quat’coins d’Bruxelles, par petits bouts, façon puzzle ; parce que moi aussi, quand on m’en fait trop, j’correctionne plus, j’dynamite, j’disperse et j’ventile… Tu vois, je connais mes classiques !

Christine Lagarde : Alors tu sais aussi qu’il ne suffit pas de jouer les gros bras pour en imposer… Alors, tu sais aussi que « le terminus des prétentieux » pourrait bien t’accueillir les bras ouverts. Ta place y est déjà réservée d’ailleurs. Tu as de la chance car le séjour y sera plus doux qu’à la « maison mère »… Et oui, moi aussi, je connais mes classiques. Je n’ai pas appris que la finance à l’ENA.

Mario Draghi : Bon, je crois que nous nous sommes tout dit ?

Christine Lagarde : Pour ce soir. Mais on reste en contact et on se fait une bouffe bientôt, d’accord ?

Jean-Claude Juncker : Mais je croyais que tu devais faire comme Cléopâtre ?

Christine Lagarde : J’aviserai en fonction de l’évolution de la situation…

Jean-Claude Juncker : Alors, si on se donnait rendez-vous dans dix jours ?

Mario Draghi : Méfie-toi ! Patrick Bruel a des droits sur le titre de sa chanson d’ado attardé…

Jean-Claude Juncker : Je sais, mais je les lui ai achetés. Il avait besoin de liquidités depuis qu’il s’est fait soutirer, lors de sa dernière partie de poker, qu’il a encore perdue, les derniers dollars qu’il possédait… Tu veux que je les dépose dans tes coffres ?

Mario Draghi : Heu, comment te dire, Jean-Claude ? OXI ! Je crois qu’on va beaucoup l’entendre, ce mot, dans les prochains jours !

Christine Lagarde : Bon, allez, ciao la compagnie. Je file. Faut que je m’apprête moi, pour rendre irrépressible le désir de mon spartiate préféré… Et il y a du boulot. Je vais être en travaux pendant quelques heures. J’vous raconterai… Ou pas !

Jean-Claude Juncker : Ok, moi je vais à ma conf’ de presse habituelle du matin.

Mario Draghi : Ok, salut à vous les guerriers du capitalisme. Moi, je supervise depuis ma salle de contrôle à la B.C.E. Ces cons-là, ils croient tous que la B.C.E. est une banque… Ils ignorent tous que ce sigle cache en fait une tout autre signification : Bureau de Contrôle des Européens ! Je me marre !

Ci-dessous : de haut en bas : Mario Draghi (Président de la B.C.E.), Christine Lagarde (Directrice du F.M.I.), Jean-Claude Juncker (Président de la Commission européenne)

Mario Draghi

Christine Lagarde

Juncker halluciné

P$… J moins 2 avant la fin d’une époque. On va enfin changer de siècle !

Dimanche soir, nous vivrons une grande tristesse de voir la peste brune gagner du terrain et les réacs de l’UMP reprendre des positions perdues.
Mais nous aurons aussi une immense joie, celle de voir le Parti Sournois s’éteindre définitivement.

Les adeptes du Parti Salopard ne seront plus dimanche que les combattants d’une armée en déroute. Et ils le savent. Ils ont compris ce qui se trame.

Allez-y, élu-e-s socialistes, chougnez, pleurez, trépignez, suppliez. Quoi que vous fassiez et quoi que vous disiez, vous vivez vos derniers jours. Le peuple a compris qui vous êtes et ce que vous voulez. Le peuple a vu l’océan qui sépare vos engagements de campagne de la politique que vous décidez toujours une fois que vous avez accédé au pouvoir. Alors jamais plus le peuple ne vous fera confiance. Jamais plus il ne votera pour vous. Il n’y aura plus que vos obligés qui le feront. Et encore plus très longtemps car les obligés ne le sont que le temps que vous leur bénéficiez…

Nous connaissons vos menaces. Elles ne pèsent plus sur notre décision. Quel que soit le danger que nous aurons à affronter après votre décrépitude, nous avons compris qu’user à votre encontre du droit de grâce, c’est nous garantir de nouvelles souffrances. C’est nous assurer de nouvelles déceptions. C’est vous offrir de nouveau le pouvoir de nous nuire. Alors basta !

Vous nous avez trop trompés. Vous nous avez trop menti. Vous nous avez trop méprisé. Vous nous avez trop trahis. Vous nous avez trop violentés. Alors vous allez connaître le prix de la vengeance populaire. Dans deux jours, vous serez morts.

Nous aurons à affronter d’autres obstacles et d’autres dangers mais après votre trépas, le paysage politique sera plus lisible, surtout à gauche.

Ambiance fin de règne et débandade généralisée. De la crise de régime larvée à la crise ouverte… Soyons prêt-e-s !

Bon, je vous préviens que je n’y crois pas une seule seconde. Mais si la réalité venait à démentir mon scepticisme, si le 16 septembre, chose tout à fait exceptionnelle, une partie conséquente de la majorité parlementaire actuelle se désolidarisait de l’Exécutif et, non seulement refusait de voter la confiance, mais la lui refusait activement en votant contre, eh bien le gouvernement serait renversé. Enfin, sauf si… Je vais y revenir dans un instant !

Pour rappel, ceci ne s’est produit qu’une seule fois depuis 1958. C’était en octobre 1962, quand le gouvernement de Pompidou fut reversé par l’Assemblée parce que le projet de loi de révision constitutionnelle destiné à faire élire le Président de la République au suffrage universel (qui, jusque là, était élu par un « collège électoral » composé des députés et sénateurs, des maires et de quelques autres « grands élus ») souhaité par le général-Président de la République avait été refusé par les député-e-s. Il s’ensuivit logiquement une dissolution qui donna raison au Président contre les député-e-s qui avaient renversé le gouvernement et le référendum eut donc lieu qui confirma que le peuple souverain avalisait le projet de révision. La majorité d’alors, déjà, n’était donc plus représentative…

Si le gouvernement est ainsi renversé, il semble inéluctable que la dissolution intervienne à sa suite. Comment Hollande pourrait-il faire autrement ? Sauf à nommer un Premier ministre qui, cette fois, serait plus à gauche. Mais il ne veut pas de politique de gauche. Alors d’autres options deviennent envisageables…

La majorité actuelle peut exploser pour de bon, cette fois-ci, si une majorité de cette majorité (vous suivez ?) vote contre et/ou s’abstient. Mais même avec cela, rien ne garantit finalement que le gouvernement soit renversé car il peut très bien être sauvé des eaux par la droite… grâce à l’abstention bienveillante de l’UDI et d’une partie de l’UMP, voire à un vote positif de nombreux député-e-s de ces deux partis. Ceci n’est pas de la science fiction. Déjà, la fois dernière, une petite partie de la droite a agi ainsi et presque sauvé le gouvernement. Si cette fois un nombre plus important de député-e-s de la majorité  refusent la confiance et qu’un nombre  plus important de député-e-s UDI-UMP la vote ou s’abstient, il peut tout à fait se passer que le gouvernement a été investi par une nouvelle majorité… Nombre de député-e-s UDI-UMP sont prêts à voter la confiance à ce gouvernement qui est des leurs sans avoir leur étiquette partisane…

Quelle que soit la situation qui se présentera, ce gouvernement aura la plus faible légitimité de toute la 5e République. Or, même avec des institutions « monarchiques », je doute qu’une telle crise politique puisse perdurer longtemps. Et vis-à-vis des pays étrangers, nous serions ridicules et insignifiants.

Et si la dissolution intervient, je n’ose imaginer ce qui se passera. La droite est dans les choux. La « gauche » est morte et la gauche de la gauche moribonde. D’un autre côté, le système électoral est tel qu’il est difficile d’imaginer que le FN obtienne une majorité de député-e-s sur sa seule étiquette. On peut envisager une alliance entre le FN et une partie de l’UMP mais cela serait-il suffisant ? J’en doute car bien des leaders de l’UMP s’y opposeraient fortement. Peut-être même que la déclaration de candidature de Juppé, qui a précipité les choses, signifie justement que lui et d’autres ne tolèreront pas le virage à droite toute de l’UMP.

Ce qui me semble beaucoup plus envisageable est une alliance inédite entre le PS, l’UDI et une partie de l’UMP sur un contrat de majorité nouvelle, « excluant les extrêmes » et menant la politique que tous approuvent…

Le FN d’un côté, nous, de l’autre, serions mis hors jeu. En tout cas du jeu parlementaire. Nos dirigeants actuels pourraient peut-être se maintenir quelques semaines de plus, voire quelques mois, mais un tel contexte ne pourrait qu’envenimer les tensions et faire monter le magma au point que nous assistions à une déflagration dont nous n’avons pas idée.

Plus que jamais, Jean-Luc Mélenchon doit être prêt. Je suis certain qu’il l’est ! Mais nous aussi, nous le peuple souverain, devons être prêts à remplacer partout nos gouvernants actuels, pas que ceux du gouvernement national mais aussi celles et ceux des collectivités locales car je vois venir un effondrement généralisé non seulement du régime mais de tous les pouvoirs locaux.