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Analyses de résultats électoraux et prospective électorale

Le PS est En Marche. Objectif Fusion – Objectif Tune – Par Baloo Kâa le 28/04/2017

Objectif Tune

Il m’arrive très souvent de me dire que les hommes politiques se foutent vraiment de nous et pensent que, comme nous n’avons aucun pouvoir d’analyse et de discernement, ils peuvent se permettre les plus gros enfumages en toute tranquillité. C’est un peu le cas, une nouvelle fois avec Cambadélis qui a été nettement plus prompt à prendre la décision de tout mettre en œuvre pour soutenir Macron qu’à mettre en place une procédure d’exclusion de certains élus socialistes qui ne respectaient pas la charte de la Belle Alliance Populaire et même les statuts du parti. En effet, deux jours après la qualification de Macron pour le second tour de la présidentielle, le PS annonce qu’il va éditer quatre millions de tracts, plus des milliers d’affiches, payés par le PS, pour faire barrage au FN . En réalité, les tracts estampillés PS-Social Ecologie appellent à voter Macron pour se la jouer défenseur de la République en danger face au péril FN. Ca sent vraiment le réchauffé cette histoire. Le PS nous sert la même soupe depuis Mitterrand et le pire, c’est que ça marche pratiquement à tous les coups.

Ne doit-on pas considérer, dès lors, que le laxisme de Cambadélis envers les déserteurs et sa promptitude à soutenir la nouvelle sociale- démocratie libérale incarnée par Macron ne sont, en fin de compte, que la deuxième phase d’une habile manœuvre préparée de longue date par un fin stratège ?

La manœuvre n’avait-elle pas pour but premier d’empêcher le PS de se faire déborder sur sa gauche par la France Insoumise et comme but second de mettre en orbite le jeune Macron censé incarner le renouveau en politique, et tant pis si le PS devait pour cela être sacrifié ?

Si c’était le cas, et cela semble l’être, la manœuvre a réussi ; le PS est grillé. Que dis-je grillé ? Il est carbonisé.

La suite de cette stratégie consistait donc à trouver une parade pour que les sociaux-démocrates et les sociaux-libéraux qui avaient réussi à gangrener le parti puissent partir en toute sérénité une fois qu’ils auraient réussi leur mission de créer un PS bis de droite mais qui ne s’appellerait surtout pas PS puisque la vocation première des gens comme Valls et Hollande était de tuer le Parti qui les nourrit depuis toujours. Nous assistons donc clairement à la mise à feu du troisième étage de la fusée qui devrait permettre au mouvement En Marche, de devenir le grand mouvement de centre droit où les anciens socialos et les anciens chiraquiens pourront se refaire une santé tout en continuant à mener une vie paisible en espérant obtenir de nouveaux mandats.

Voilà, ces gens là, qui se prétendent de gauche pour tromper les citoyens n’ont aucune reconnaissance, aucune moralité non plus. C’est la loi du marché qui prime depuis longtemps sur l’idéologie au sein de ce parti qui n’a plus rien de socialiste. Seuls quelques milliers de militants, voire quelques milliers de sympathisants veulent encore croire que leur parti aspire à défendre le peuple, comme tout bon parti de gauche doit normalement le faire. Ils refusent obstinément de voir la réalité en face et se rangent docilement derrière la ligne du parti en n’ayant pas la lucidité pour comprendre que les dirigeants qui tiennent la baraque socialiste les amènent vers l’abime électoral et idéologique qui scellera la mort de leur parti.

A cet égard, L’image des trois singes se cachant les yeux, les oreilles et la bouche pour ne rien voir, ne rien entendre et ne rien dire leur correspond parfaitement. Par naïveté, par bêtise, par manque de courage ou tout simplement par militantisme aveugle et jusqu’au-boutiste, ils sont les complices passifs de tout ce qui se passe de moche au PS et se dirigent comme leur animal totem, le mouton, vers le précipice.

Sur la forme et sur le fond, demandez-vous aussi, pourquoi la CFDT, (syndicat collabo par excellence, toujours prêt à se coucher devant le Medef) est toujours si proche du PS, toujours si proche de ceux qui, au gouvernement, se sont proclamés réformistes socialistes ou socialistes progressistes. Qui se ressemble s’assemble, la formule est bien connue et ils en apportent la meilleure preuve. Leurs réformes n’ont de cesse d’aider, par tous les moyens possibles et imaginables, le grand patronat sans jamais rien exiger de lui en retour et d’ailleurs, le patronat ne donne rien en retour, bien au contraire. Voyant que le chantage à l’emploi et à la compétitivité a fonctionné plus qu’il ne l’aurait espéré, le Medef en demande toujours plus.

Son discours est simple et totalement décomplexé, il exige de l’état que ce dernier libéralise à outrance le marché du travail à base de Loi Macron, de loi El Khomri et de toutes les autres qui sont déjà dans les tiroirs, pour leur permettre de prospérer tranquillement avec comme effet directement lié, de faire porter aux contribuables, toutes ces aides que les patrons perçoivent et aux salariés, tous les efforts et les sacrifices à consentir. En gros, c’est tout bénef pour le grand patronat mais pas pour les petits patrons et encore moins pour les salariés.

Pour être le plus synthétique possible, voilà comment on peut présenter ce que sont réellement les réformistes, progressistes socialistes. Ils prétendaient apporter le progrès et le mieux vivre à la population avec leurs réformes mais après cinq années de gestion de la France, ils affichent un bilan tellement désastreux que Hollande, leur chef emblématique, n’a même pas eu le courage de venir le défendre, de peur de se retrouver laminé par le peuple. C’est donc Hamon qui est venu endossé l’habit du «socialiste de gauche» pour promettre un futur désirable et un revenu universel à tous ceux qui ne comprennent pas que ces formules ne sont que des éléments de langage destinés à séduire quelques brebis égarées ou à rassurer des socialistes désemparés.

Ces gens là ont en réalité, une façon très spéciale de considérer le progrès social. Neuf millions de pauvres et de précaires dont des millions de chômeurs, des riches encore plus riches, des classes moyennes qui peuvent du jour au lendemain venir grossir le rang des classes modestes, c’est donc ça le revers de ce qu’ils osent appeler, avec d’autres dans le camp des «Républicains (je parle ici du parti de droite), le progrès social.

A ce niveau là, on devrait plutôt parler de désespoir social. Quelle réussite cette société ! L’injustice sociale rime avec progrès social pour les ultra-libéraux et pour les sociaux-démocrates mais ça ne les gêne pas vraiment puisque les électeurs continuent malgré tout à réclamer ce rapport sado masochiste qu’ils doivent apprécier au final.

Pendant des années, sournoisement, discrètement, ils ont donc avancé leurs pions en jouant de postures et de déclarations quand ils étaient dans l’opposition sous Chirac et sous Sarkozy. Ils se présentaient comme le solide rempart qui empêcherait les dérives et les excès du libéralisme et du capitalisme mondialisé, allant même jusqu’à tenir des discours enflammés où la finance était désignée comme l’ennemi invisible. Cet ennemi contre lequel il faudrait lutter sans relâche, eux, les valeureux socialos, ils étaient prêts à le combattre. Cet ennemi, c’était l’Hydre, pas le monstre à neuf têtes de la mythologie grecque, mais le monstre à neuf têtes des plus puissants milliardaires qui tiennent la France sous leur coupe au niveau médiatique, économique et financier. Rien ne peut se faire sans eux, ils sont le pouvoir réel. Ils sont le pouvoir qui décide et choisit quel candidat sera chargé de défendre au mieux leurs intérêts et de les servir sans aucun scrupule. Ils avaient déjà soutenu Hollande en 2012 car ils avaient bien compris qu’avec lui président, ils n’auraient qu’à claquer des doigts pour obtenir tout ce qu’ils demanderaient. Et quand on regarde le bilan, ils ont beaucoup demandé et ont tout obtenu. Tellement obtenu qu’ils en ont grillé leur fusible serviteur.

Il fallait donc en trouver un autre. Pouvaient-ils espérer meilleur prétendant que ce jeune loup aux dents longues qui pilotait à l’Elysée le programme économique de Hollande comme conseiller puis au ministère de l’Economie ensuite? Assurément, c’était le meilleur choix pour eux et en plus il était adoubé par tonton Rotschild. Un tonton comme ça dans sa manche, c’est toujours utile sur un CV et ça ouvre bien des portes surtout quand on vise l’Elysée.

L’ambitieux Macron a-t-il donc délibérément trahi celui qui lui a ouvert les portes du palais pour devenir Calife à la place du Calife ou bien est-ce une stratégie machiavélique organisée par un cabinet noir, des éminences grises élyséennes ou un Hollande grand amateur de coups tordus ? Nous ne le saurons sûrement jamais.

Ce que l’on a par contre pu constater avec le grand manitou de Solférino, pendant la campagne électorale, c’est que toutes les désertions des élus socialistes vers le mouvement de Macron n’ont été suivies d’aucune sanction. Pendant que les rats et les éléphants, quittaient le navire, Cambadélis jouait tranquillement avec sa marionnette, le petit Benoit, qui était bien content d’avoir enfin un rôle important au sein du Parti Socialiste. Le rôle de l’idiot utile un peu écolo et gauchiste sur les bords lui allait comme un gant. Il faut quand même lui reconnaître ce talent. Ce talent qui était apparu lors du casting réussi d’une Belle Alliance Populaire et qui lui avait en effet donné au final le premier rôle d’une farce à laquelle il allait se prêter à merveille. Il était tellement investi dans son rôle qu’il en est presque arrivé à nous faire oublier que ce n’était qu’une farce.

Cette triste farce, à laquelle la France Insoumise est aujourd’hui sommée de venir participer sous peine d’être frappée du sceau de l’infamie par les organisateurs de cette manipulation grossière.

Qui sont-ils pour exiger quoi que ce soit sur ce sujet quand ils ne sont même pas capables de réclamer une action en justice pour faire condamner Marine LePen suite à ces propos révisionnistes sur le Vel D’Hiv ? Qui sont-ils pour exiger de Jean Luc Mélenchon qu’il se positionne contre le Front National alors que depuis 2002, les médias laissent pratiquement libre antenne à ce parti qui est un jour démocratique et un autre jour, un danger pour la république ? Quelle crédibilité et quelle légitimité ont-ils tous pour exiger quoi que ce soit alors que ce sont eux qui depuis des années jouent aux apprentis sorciers avec le FN ? Ils n’en ont aucune, que ce soit dit. Que tous ces donneurs de leçons du PS et alliés du PS qui ont, par leurs stratégies ridicules, permis ce second tour entre Macron et LePen ne viennent pas essayer, en plus, de se donner le beau rôle de la responsabilité et de l’honneur en accusant les leaders et les militants de la France Insoumise, qui combattent partout et tout le temps le FN, d’être des irresponsables qui seraient les coupables tout désignés d’une éventuelle victoire du FN s’ils ne votent pas pour Macron le 7 mai. Dans sa déclaration du 23 avril au soir, Benoit Hamon endossait la responsabilité de la défaite de son parti, c’était bien la moindre des choses au vu du résultat sanction que venait de lui infliger le peuple. Par contre, il ne s’est pas attribué, même en partie, la responsabilité d’une stratégie qui impose à tout le monde ce second tour qui apparemment leur fait si peur aujourd’hui. Pourtant sa responsabilité et celle de son parti sont entières. Ils savaient tous au PS, que le combat était perdu et qu’il fallait absolument sauver le candidat qui était le plus proche de leurs idées. Ce candidat, c’était Macron et devant la «menace» Mélenchon, ils ont décidé, en conscience, de se maintenir pour faire barrage à celui que Hollande osait même dépeindre comme un dictateur. Qu’ils assument donc seuls, leurs choix, leurs erreurs ou leurs stratégies.

La survie du PS passant maintenant par une alliance ou une fusion avec le mouvement de Macron, tout le monde s’active pour que cette alliance soit une alliance de gouvernement, d’où l’importance pour eux de cette victoire contre LePen. Tous ces politiciens malfaisants et ces serviteurs médiatiques de l’oligarchie doivent donc comprendre que leurs menaces et leurs pressions ne servent à rien et n’impressionnent pas ceux qui, au sein du mouvement insoumis ne veulent pas participer à cette mascarade. En conscience, Benoit Hamon et le PS ont décidé de se maintenir et ont de fait éliminé la France Insoumise. En conscience, les insoumis voteront comme bon leur semblent puisque c’est l’esprit même de cette démocratie participative pratiquée dans ce mouvement.

Contrairement à beaucoup de femmes et d’hommes, qui, dans d’autres partis, parlent un peu partout de démocratie participative sans jamais la mettre en pratique dans leurs actes politiques quotidiens, dans cette France Insoumise, elle est de mise et le leader porte parole de ce mouvement laisse libre choix à tous les militants de décider de leur vote.

C’est vraiment un drôle de dictateur ce Mélenchon !

Le mouvement France Insoumise et ses militants pour une très grande majorité ne se soumettront jamais à un quelconque diktat d’une pensée portée par des gens qui se vendent au plus offrant pour un mandat ou une bonne place.

Il faudra dorénavant, que tous ces dominants qui dirigent le pays, comprennent qu’ils ne pourront plus faire abstraction de cette nouvelle donne politique car leur logiciel est aujourd’hui obsolète. Des millions de français se sont regroupés dans un mouvement populaire de grande ampleur qui veut proposer un autre modèle de société. Et cette alternative crédible à l’ultra libéralisme mondialisé qui accroit chaque jour un peu plus des inégalités, ils sont bien décidés à batailler ferme pour y arriver.

La contestation nationaliste faisait déjà trembler une partie de la classe politique mais maintenant qu’un peuple insoumis se dresse et vient lui aussi contester la légitimité des sociaux-démocrates et du parti des républicains de droite à gouverner, tout le monde craint LE tsunami qui pourrait bouleverser complètement la vie des français et redessiner le paysage politique.

Alors, fusion, alliance de circonstances, désintégration du PS ? Encore quelques jours de patience, le dénouement est imminent.

 

Jean-Luc Mélenchon, nous avons encore besoin de toi et nous te voulons à la première place du combat !

Couv soutien JLM

APPEL SOLENNEL À JEAN-LUC MÉLENCHON POUR QU’IL SE PORTE CANDIDAT AUX ÉLECTIONS LÉGISLATIVES

APPEL À TOUS LES INSOUMIS ET À TOUTES LES INSOUMISES POUR QUE CET APPEL SOIT SIGNÉ EN MASSE ET QUE JEAN-LUC MÉLENCHON SACHE QUE NOUS VOULONS QU’IL SOIT ENCORE NOTRE PREMIER REPRÉSENTANT

Nous remercions du fond du coeur notre candidat Jean-Luc Mélenchon qui a porté si haut notre parole et défendu si bien notre projet.

Jean-Luc Mélenchon ne sera pas notre nouveau Président de la République le 7 mai. Mais l’Histoire ne s’arrête pas à cette apparente défaite.

Ce qui semble, aux yeux de certains, être une « contre-performance » inaugure en fait une victoire prochaine.

Si vous étudiez les résultats locaux du 1er tour, vous constaterez que Jean-Luc Mélenchon est arrivé en tête dans 67 circonscriptions et qu’il est 2ème dans 167 autres, ce qui signifie déjà que nous avons 234 chances sérieuses d’emporter un siège le 18 juin.

Il est en tête dans de nombreuses grandes villes, et dans beaucoup de villes symboliques comme Marseille, Lille, Toulouse, Grenoble mais aussi dans bien des villes « populaires » de la région Ile de France. Ce qui signifie que nous pourrions transformer le paysage municipal aux prochaines élections municipales en 2020…

Et il a obtenu plus de 12,5% des inscrits dans plus de 400 circonscriptions, ce qui signifie qu’avec un score identique au 1er tour des Législatives, nous pourrions nous maintenir dans plus de 400 circonscriptions au 2nd tour.

Entre celles que nous gagnerions presque à coup sûr, celles que nous pouvons gagner, et celles où sans gagner on est sûr de peser très lourdement sur le résultat final, on a toutes les raisons d’espérer que ces élections législatives soient un calvaire, un chemin de croix pour celui ou celle qui sortira des urnes le 7 mai. Qui pourrait bien se trouver crucifié-e le 18 juin… Désolé d’employer ces métaphores mais elles sont bien parlantes je trouve !

La France insoumise a désormais une base très solide. Sur ces fondations, nous devons construire la suite. Nous devons rester mobilisé-e-s pour la séquence électorale suivante qui décidera de notre destin. Soit nous abandonnons la scène au vainqueur du 7 mai et alors nous subirons de nouvelles souffrances, de nouvelles régressions en plus de risquer la guerre externe et peut-être civile.

Soit nous comprenons la situation dans laquelle nous sommes entrés, qui, d’une certaine façon, correspond à ce délitement que nous avions perçu et décrit depuis longtemps.

La 5e République agonise. Elle ne correspond plus du tout au contexte politique, social, démographique, culturel de notre pays.

Depuis l’origine, chaque fois, le second tour de l’élection présidentielle faisait s’affronter les deux candidats en tête mais ceux-ci étaient toujours largement en tête, si bien que les reports de voix pouvaient se faire assez facilement et que les vaincus acceptaient leur défaite.

Cette fois, les écarts sont si faibles que le système apparaît sous sa noire réalité, illégitime. Mais nous devons faire avec. Nous aurions pu espérer peut-être faire annuler les opérations électorales sur la base des nombreuses irrégularités constatées mais manifestement les preuves ont manqué ou bien tout avait été bien mis sous contrôle, sur ce point aussi, par la caste oligarchique.

Quoi qu’il en soit, le Conseil Constitutionnel a proclamé les résultats définitifs et il ne sert donc plus à rien de ressasser ces irrégularités. Cela nous maintient dans la colère et l’aigreur et nous empêche de nous engager dès maintenant dans le travail à accomplir aujourd’hui : mener une campagne législative qui s’avère victorieuse.

Nous devons surgir en tête. Nous le pouvons. Cette « croyance » n’est pas une illumination mais une analyse rationnelle des résultats électoraux de dimanche. Nous n’aurons sans doute pas nous-même une majorité absolue de 289 sièges nous laissant entièrement libres mais nous pouvons déjà gagner une majorité relative, c’est-à-dire être en tête.

Et cela nous mettrait en situation de former le gouvernement et ainsi nous contraindrions, en respectant les règles constitutionnelles, le ou la Président-e sorti-e des urnes le 7 mai à une cohabitation.

Vous saisissez ? Le chef de l’État se verrait donc désavoué d’entrée de jeu, au tout début de son mandat. Car un Président sans majorité ne peut former de gouvernement « à lui », et ne peut donc rien faire. C’est toute la subtilité de cette constitution qui est d’essence monarchique mais à une condition : qu’il y ait adéquation entre le Président et la majorité, sans quoi le Président n’est qu’une potiche car même le « domaine réservé » est une création coutumière qui peut très bien être dénoncée et contestée par un gouvernement qui ne serait pas décidé à jouer le jeu.

Je n’ai pas besoin de vous dire que si cette hypothèse se vérifiait, si le 18 juin prochain, date du 2ème tour des élections législatives, c’est la France insoumise qui obtenait le plus grand nombre de député-e-s, et que c’est donc elle qui serait appelée à former le gouvernement, nous entrerions dans une période inédite car le chef de l’État serait de fait démonétisé comme disent certains, c’est-à-dire totalement délégitimé d’office.

Et d’un autre côté, une majorité et donc un gouvernement France insoumise devant traiter avec un Président Macron ou une Présidente Le Pen, avouez que ce serait une situation cocasse.

Et l’on peut penser que pareille situation ne serait pas viable. La crise de régime ouverte éclaterait bien vite car les « mandants » du Président Macron ne tolèreraient pas de se faire ainsi dévitaliser d’office.

Quant à nous, nous aurions tout intérêt à ne rien concéder pour que rapidement la crise surgisse et que le peuple soit amené à la trancher. Il y aurait donc probablement dissolution de l’Assemblée Nationale. Le Président ne démissionnerait sans doute pas, espérant que les nouvelles élections législatives lui donnent cette fois une majorité. Mais je crois que si nous gérons bien la situation au gouvernement, nous serions, NOUS, en situation de les emporter de nouveau, mais cette fois avec une majorité bien plus claire. Ce second désaveu du Président conduirait sans doute à sa démission forcée ou à sa « potichisation » définitive… emportant de fait le régime !

Cette campagne électorale a montré que certaines personnalités autour de Jean-Luc Mélenchon ont pris de l’envergure et sont aujourd’hui en situation de tenir la dragée haute à nos adversaires. Si en 2012, on ne voyait que Jean-Luc Mélenchon, c’est parce que les medias refusaient de discuter avec d’autres que lui. En 2017, Jean-Luc Mélenchon a imposé une diversité de paroles et ainsi, le peuple français a pu découvrir Alexis Corbière, Raquel Garrido, Charlotte Girard, Gabriel Amard, Djordje Vuk Kuzmanovic et d’autres encore.

Contrairement à ce que disent certains, fort heureusement de moins en moins nombreux depuis quelques temps, la France Insoumise, ce n’est pas QUE Jean-Luc Mélenchon. Nous avons bien des talents pour animer ce mouvement aujourd’hui et demain. Et il n’y a pas non plus que ceux que j’ai cités plus haut. Partout dans nos territoires, il y a des gens compétents, engagés, déterminés. Et je ne doute pas que les élections législatives à venir mettront cette réalité méconnue en évidence.

Cela étant dit, je pense que nous avons encore besoin de Jean-Luc Mélenchon. Je ne me projette pas en 2022, date du terme du prochain mandat présidentiel si le calendrier n’est pas bousculé ou chamboulé d’ici là.

C’est ICI ET MAINTENANT que nous avons besoin de lui. Bien sûr, il prendra sa décision en toute liberté. C’est le premier des Insoumis et personne ne le blâmera de vouloir passer la main, remettre le flambeau.

Mais puisqu’il n’a pas encore exprimé une telle décision, je pense que nous pouvons tenter de lui faire passer un message. Nous avons bien le droit, nous aussi, d’exprimer notre préférence. Et cette préférence consiste en ce que nous voudrions qu’il mène avec nous ce combat législatif. Pas seulement d’une position en retrait mais en étant lui-même, une fois de plus, le « général en chef ».

Au vu des résultats électoraux de ce premier tour, il y a de nombreuses circonscriptions où Jean-Luc Mélenchon est assuré d’être élu le 18 juin s’il se portait candidat.

Certains pourraient dire que lorsqu’on est candidat à une élection présidentielle, on ne peut ensuite l’être à une législative. En droit, rien ne l’empêche. Et si l’on considère la chose d’un point de vue politique, il n’y a pas davantage d’obstacle. Notre projet est de changer la France et de contribuer à changer l’Europe et le monde. Nous pensions pouvoir le faire via l’élection présidentielle. Les résultats nous privent de cette possibilité. Mais la suite peut changer la donne. Avec une majorité et un gouvernement, c’est bien nous qui déterminerions et conduirions la politique de la nation. Nous devons donc tout faire pour parvenir à nous propulser à cette responsabilité.

Et il n’y aurait bien sûr aucune honte à n’être « que » la force gouvernementale et parlementaire puisque nous sommes partisans de faire disparaître la Présidence de la République.

Pour mener l’action gouvernementale, je pense que Jean-Luc Mélenchon serait le mieux placé. Personne ne saurait le contester vu que jusqu’à dimanche c’est bien lui qui était de fait en première place. Je ne vois pas pourquoi nous contesterions aujourd’hui cette primauté.

Pour que Jean-Luc Mélenchon puisse être nommé Premier ministre, il faut que nous emportions la majorité, fut-elle relative, le 18 juin. Et il faut que lui-même soit un de ces député-e-s élu-e-s le 18 juin.

Et si nous ne parvenions pas à avoir la majorité relative, si nous n’étions que 2ème ou 3ème, rien ne nous serait plus utile que d’avoir Jean-Luc Mélenchon à l’Assemblée, comme président du groupe de la France insoumise.

On m’a objecté que cela était impossible puisqu’il est député européen et qu’il existe un non-cumul de ces deux mandats. Je le sais bien mais rien n’empêche Jean-Luc Mélenchon de démissionner de son mandat de député européen pour être député à l’Assemblée Nationale où, dans le contexte actuel, il serait bien plus utile selon moi.

Voilà, ami-e-s et camarades insoumis-e-s ce que je voulais vous dire. Ce billet a pour objet d’une part de demander solennellement à Jean-Luc Mélenchon de se porter candidat aux élections législatives dans la circonscription de son choix, et de vous demander, à vous tous, à vous toutes, d’appuyer cette demande, par tout moyen à votre convenance.

Jean-Luc Mélenchon et toute la France insoumise doivent savoir que nous tenons à ce qu’il soit encore notre principal leader.

Merci de votre attention. Salutations insoumises.

Nous sommes plus de 7 millions à avoir voté JLM

 

Les sanglots longs des violons de l’automne…

“Le passé n’est qu’un prologue” disait Shakespeare…

Ami-e-s, camarades, vous savez que ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort. Nous ne sommes pas morts. Bien au contraire. Nous n’avons pas encore réussi à accomplir notre rêve ce dimanche. Jean-Luc Mélenchon ne sera pas notre Président de la République le 7 mai. Et, du coup, je vois déjà pas mal d’insoumis-e-s se projeter déjà en 2022, au terme régulier du prochain mandat présidentiel que la séquence électorale 2017 va ouvrir.

Personnellement, je trouve cela à la fois puéril, ridicule et désespérant. Nous ne pouvons attendre cinq ans de plus. Et je n’imagine pas que le peuple attendra cinq ans de plus pour prendre son destin en mains.

Que ce soit sous une présidence de Marine Le Pen, ou sous une présidence d’Emmanuel Macron, lequel n’agira que « par délégation » de qui on sait (en gros, il fera le spectacle sur le devant de la scène et signera les parapheurs), la crise de régime ne tardera pas. Car ce qu’ils promettent, l’une comme l’autre, ne peut que jeter dans la colère des millions de Français.

Et puis, gardons bien à l’esprit qu’en juin, il y aura des élections législatives. Elles seront fondamentales. Plus qu’elles ne l’ont jamais été !

Car en 5e République, pour que le Président de la République soit le monarque républicain que nous dénonçons, encore faut-il qu’il ait une majorité qui lui soit favorable, ce qui lui permet d’avoir un gouvernement à sa botte. Sans majorité absolue, pas de gouvernement viable. Ils seront contraints de s’entendre avec d’autres qui risquent de ne pas leur faciliter la tâche.

Et lorsqu’on étudie les résultats de ce premier tour, on constate qu’en divers endroits, c’est Mélenchon qui est en tête, parfois avec une grosse avance sur le suivant, et que Macron est relégué à la 3ème place. La France est divisée en quatre forces de poids à peu près équivalent autour de 20%.

JAMAIS une élection présidentielle n’a donné de tels résultats. Les écarts ont toujours été bien plus conséquents entre les deux premiers et les suivants. Et si, par exemple en 1995, le 3ème (Balladur) n’était qu’à moins de 2 points du 2ème (Chirac), ces deux-là se réunirent au second tour pour ne former qu’une seule force. Donc rien de comparable à ce qui se passe aujourd’hui.

J’ai écrit, dans un billet publié hier, que j’étais convaincu qu’une grande coalition allait naître aux Législatives autour de Macron. Parce que le PS d’une part, les centristes de l’autre, mais aussi quelques-uns du parti de droite « Les Républicains » allaient se jeter à corps perdu dans cette arche de Noe. C’est évident et a priori cela représente un poids certain. Sur le papier en tout cas !

Mais d’un autre côté, la campagne de Mélenchon a connu une dynamique exceptionnelle et rien ne dit que l’échec du 1er tour l’interrompe. C’est à nous de maintenir la pression. C’est à nous de rester mobilisés. C’est à nous de tenir la rue et les places. C’est à nous de continuer encore et encore à présenter notre projet, à l’expliquer, à donner envie aux 10 millions d’abstentionnistes que nous n’avons pas su convaincre. Oui, il y a eu plus de 10 millions d’abstentionnistes à ce 1er tour. C’est donc un réservoir considérable de nouveaux soutiens.

Je n’ignore pas que lors des élections législatives, il y a toujours eu une démobilisation de celles et ceux dont le candidat n’avait pas gagné la présidentielle. Mais ceci s’explique par le fait que jusqu’ici les écarts étaient tels que personne ne pouvait rationnellement imaginer inverser ou même seulement contrarier aux Législatives le résultat de la présidentielle. Cette fois-ci, tout est différent.

Et rappelons-nous aussi que bien souvent les projections en termes de sièges imaginées au soir du 2nd tour de la présidentielle, ou au soir du 1er tour des élections législatives, ne se sont pas vérifiées. Notamment parce qu’il est arrivé assez souvent que le second tour des Législatives atténue, module, corrige les résultats du 1er tour. Il y a donc bien des cartes à jouer. Et ce que nous ne devons surtout pas faire, c’est nous disperser et « rentrer à la maison » pour « cultiver notre jardin » ! Bien que cette activité soit très profitable soit-dit en passant…

Nous sommes insoumi-e-s, nous sommes donc des combattants et un premier échec, très partiel, ne doit pas nous faire entrer en hibernation en attendant des jours meilleurs. C’est à nous de les faire advenir. Et c’est donc à nous de mener le combat dans cette nouvelle séquence.

Macron est à 24%, Le Pen à 21%, Fillon (qui se met en retrait) et Mélenchon à plus ou moins 20%.

Le scénario de ces Législatives n’est donc pas écrit, quoi que puissent en dire les relais médiatiques de Macron. Les circonstances électorales du moment que nous vivons sont tout à fait inédites. Donc, oui, tout est encore possible.

Un Président sans majorité ne peut rien. C’est une potiche. Même en 5e République ! Il n’est surpuissant, je le répète, que s’il peut s’appuyer sur une majorité et sur un gouvernement en découlant.

NOUS, à la France insoumise, nous devons tout faire pour priver le prochain Président de cette majorité. Le Pen, si c’est elle, ne pourra jamais avoir une majorité. Et si c’est Macron, malgré la grande coalition probable, il n’est pas certain du tout qu’il obtienne une majorité. Car la grande coalition rassemblera largement des gens que le peuple ne veut plus voir !

Macron lui-même peut faire illusion et sembler paraître neuf, innocent, différent, comme Hollande, en 2012, donna à beaucoup d’ignorants et de naïfs l’illusion qu’il était de gauche… Macron peut sembler un homme “neuf” à celles et ceux qui ne s’intéressent pas à la politique, mais tous ceux qui l’appuieront et qui constitueront les piliers de sa campagne législative, ne pourront bénéficier de cette image fraîche de l’innocence. On retrouvera le pire de ce qu’on a connu avec Hollande. Et je prévois de nouveaux coups de balai en juin. Le dégagisme qui a déjà éjecté Hollande, puis Sarkozy, puis Juppé, puis Valls, puis Fillon et Hamon, ne vas pas s’arrêter…

Une grosse partie de la droite ne se ralliera pas à Macron et cherchera à obtenir le plus grand nombre possible de députés sous son propre nom.

Donc, de fait, eux et nous serons des « alliés objectifs » comme on dit pour barrer la route à une majorité Le Pen ou Macron.

On a bien vu que la campagne Fillon a stagné et le résultat du 1er tour le confirme.

On a bien vu que la campagne Le Pen n’a pas eu le succès escompté, même si Marine Le Pen a réussi l’essentiel : accéder au 2nd tour.

Donc, le paysage politique qui sera celui de la France au soir du 2nd tour des Législatives est totalement impossible à décrire aujourd’hui.

Mélenchon a été notre brillant candidat. Il nous a mis en situation de peser de manière décisive sur la suite. Il nous a fait gagner 3 millions de suffrages supplémentaires par rapport à 2012. On a presque doublé notre score !

On a des milliers de groupes d’appui et des dizaines de milliers de militant-e-s bien moins formatés et disciplinés que ceux des partis. Mais pas moins éveillés qu’eux !

Plutôt que de nous projeter aujourd’hui en 2022, voyons ce qu’il est possible de faire dès maintenant.

Je suis de ceux qui pensent que MÉLENCHON DOIT ABSOLUMENT ÊTRE CANDIDAT LUI-MÊME AUX ÉLECTIONS LÉGISLATIVES.

Il l’avait été en 2012, à Hénin Beaumont, et avait échoué tant certains de nos prétendus camarades et alliés lui avaient savonné la planche.

Il y a de nombreux territoires, et donc incontestablement de nombreuses circonscriptions, où Mélenchon a obtenu dimanche des scores inattendus, bien plus haut qu’on ne l’aurait imaginé. Il a donc toutes ses chances d’être élu député. Surtout si on s’y met tous. Notre force sera irrépressible.

Avec Jean-Luc Mélenchon député à l’Assemblée nationale, quelle que soit la majorité qui sortira des urnes en juin, tout serait différent par rapport à une situation où il n’y serait pas. En disant cela, je ne fais injure à aucun leader de la France insoumise. Nous avons pu constater, au cours de cette campagne, que bien des proches de Jean-Luc Mélenchon ont donné le meilleur d’eux-mêmes, se sont dévoués, se sont « épaissis ». Il y en a qui aujourd’hui ont gagné leurs galons d’officiers supérieurs et ils seront ceux qui nous conduiront vers les prochaines victoires qui ne manqueront pas d’arriver, bien plus vite que ne le craignent les oligarques qui croient avoir gagné…

Nous ne pouvons nous résoudre ni à considérer que Mélenchon a fait son temps et que cette élection présidentielle était son dernier combat, ni à renvoyer son avènement en tant que Président de la République à la prochaine élection présidentielle que le calendrier fixe aujourd’hui à 2022. NOUS AVONS ENCORE BESOIN DE LUI, ICI ET MAINTENANT !

Et je pense que nous devons le convaincre qu’il doit prendre sa part du combat législatif en étant une fois encore celui qui marchera devant, celui qui nous représentera tous, celui qui pourra ensuite faire entendre notre voix à l’Assemblée, celui qui sera prêt à toute éventualité, puisque la crise de régime ne manquera pas de survenir très vite. Bien avant que le mandat 2017-2022 n’arrive à son terme régulier.

Je pense que nous devons tous, toutes, faire passer ce message à Jean-Luc Mélenchon et à tous ses proches: Raquel Garrido, Alexis Corbière, Gabriel Amard, Charlotte Girard, Djordje Vuk Kuzmanovic et celles et ceux qui ont animé la campagne.

On ne lâche rien, les insoumi-e-s !

On a perdu la première bataille, mais on n’a pas perdu la guerre comme dirait l’autre…

« Nous sommes le matin neuf qui se lève » disait poétiquement Jean-Luc Mélenchon dimanche soir.

Et notre défaite de dimanche a bien des allures de victoire prochaine. À l’inverse, l’apparente victoire de Macron ressemble fortement à celle de ce roi grec antique du nom de Pyrrhus…

 

Le jour d’après… La victoire à la Pyrrhus du candidat de la caste oligarchique et du « kapo » du système

Mes ami-e-s, mes camarades,

La crise de régime ne saurait tarder. Nous devons être prêts. Et donc ne surtout pas nous démobiliser. Et encore moins nous disputer.

Je me permets de mettre en garde contre les « bilans » qui voudraient tenter d’expliquer notre échec en pointant certaines insuffisances de notre candidat, de notre projet, ou de notre stratégie. Je ne dis pas que nous devons taire ce qui nous semble devoir être dit et analysé, mais je nous appelle collectivement à faire preuve de la plus grande responsabilité. Toute défaite nécessite d’être étudiée sérieusement. Nous devons collectivement tâcher de comprendre ce qui nous a manqué. Il ne s’agit pas de cacher sous le tapis ce qui peut nous sembler être la cause de notre échec. Mais si ce bilan raisonné doit être fait, qu’il le soit avec le plus grand esprit de responsabilité. Attention à ce que nous dirons. Nous ne devons surtout pas faire quoi que ce soit qui puisse conduire à entamer notre nouvelle force ou à nous diviser.

Parce que je suis de ceux qui pensent qu’un jour prochain, bien avant que ne se termine le prochain quinquennat, NOUS, la France insoumise, pourrions être appelés, comme un recours ultime, à la tête du gouvernement de la France. Je ne sais pas dans quelles conditions cela pourrait se produire mais je suis certain que ça se produira. Nous le sommes tous d’ailleurs. Mélenchon a plusieurs fois dit, et beaucoup d’autres avec lui, que la question n’est pas de savoir « si » nous gouvernerons un jour ce pays mais « quand » ! Les résultats d’hier le confirment on ne peut plus clairement. Nous ne gouvernerons pas ce pays dès le mois de mai 2017 mais nous pourrions être dans cette situation dans quelques semaines, dans quelques mois.

Pour le moment, la crise de régime n’est pas encore confirmée. Certes, nous percevons bien déjà les multiples indices de sa présence, mais pour l’instant cette crise politique demeure larvée. On la sent poindre mais elle n’est pas encore ouverte. Les élections se sont tenues, deux candidats ont été sélectionnés, l’un d’eux sera élu dans deux semaines, puis investi. Un Premier ministre sera nommé puis un gouvernement pour aller jusqu’à la séquence électorale suivante, celle des élections législatives. Tout semble fonctionner normalement. Business as usual dirait l’autre… Et pourtant ! Qui ne voit pas que nous nous rapprochons du terme de ce régime ?

En 5e République, lorsque le Président a une majorité « à lui », fût-elle remuante ou « frondeuse », l’Exécutif a, contre les députés à l’Assemblée Nationale, tous les pouvoirs de contrainte puisqu’il dispose, via la constitution, de ce que les juristes désignent sous le vocabulaire de « mécanismes de rationalisation du parlementarisme ». Parmi ces mécanismes constitutionnels : le vote bloqué (le gouvernement impose un vote unique sur plusieurs articles d’un projet de loi, ce qui contraint à choisir en bloc sans pouvoir valider l’un et refuser l’autre), le vote en urgence (qui réduit fortement le temps du débat parlementaire), et in fine la possibilité de faire adopter un texte sans vote (le fameux mécanisme de l’article 49-3). Lorsque la majorité est favorable au Président de la République, le Premier ministre est toujours, sinon en droit du moins en pratique, un « assistant » du Président, un « chef d’orchestre » qui ne fait que faire jouer la partition écrite par le seul Président.

Or ce que dit la constitution (en son article 21), c’est que c’est le Premier ministre – et non le Président de la République – qui « détermine et conduit la politique de la nation ». Donc, si le Premier ministre se soumet au Président et n’assume pas son rôle constitutionnel, c’est pour des raisons politiques. C’est parce que le Premier ministre est nommé et révoqué par le Président. Donc si un Premier ministre ne se soumettait pas, le Président pourrait le révoquer. Et cela fut fait plusieurs fois depuis 1958. Le Premier ministre tire sa légitimité de l’investiture que reçoit le gouvernement à l’Assemblée Nationale lors du vote suivant la déclaration de politique générale, mais il la tire aussi et surtout du Président de la République. Ainsi, un Président ne peut maintenir en fonction un Premier Ministre contre la volonté de l’Assemblée Nationale mais il faut comprendre que l’Assemblée Nationale ne peut désavouer directement le Premier ministre. C’est le gouvernement en tant qu’organisme collégial qui peut être soumis à une motion de censure, pas le seul Premier ministre. Et ceci ne s’est produit qu’une seule fois depuis 1958 [1]. En revanche, même un Premier ministre qui a la faveur de l’Assemblée peut être démis de ses fonctions par le Président de la République.

Il n’y a qu’en période de cohabitation que le Premier ministre retrouve la faculté d’exercer vraiment tous les pouvoirs constitutionnels de sa fonction. Parce que, en période de cohabitation, la majorité à l’Assemblée Nationale n’est pas favorable au Président de la République et ce dernier se retrouve donc dépourvu de la plupart de ses pouvoirs.

La constitution fait du Président de la République un arbitre. C’est le texte même de la constitution qui le dit en son article 5. Certes le Président de la République dispose de certains pouvoirs propres mais la plupart de ceux-ci ne trouvent réellement à s’appliquer que si le Premier ministre et les membres du gouvernement lui sont favorables.

Je ne peux ici entrer dans les détails qu’il serait pourtant utile de décrire, mais il faut savoir que si le Président de la République est surpuissant en 5e République dans un contexte « normal » où il y a adéquation entre lui et la majorité à l’Assemblée Nationale (ce qui nous conduit à juste titre à dénoncer le caractère monarchique du régime), sa capacité d’action devient en revanche tout à fait secondaire en période de cohabitation. Traditionnellement, on considère qu’il ne conserve que ce que l’on appelle le « domaine réservé » qui recoupe la diplomatie et la défense. Mais si lors des trois périodes précédentes de cohabitation (1986-1988, 1993-1995 et 1997-2002), les premiers ministres (respectivement Chirac, Balladur et Jospin) acceptèrent ce principe, c’est bien parce qu’ils refusaient d’ouvrir une crise de régime et qu’ils ont donc accepté plus ou moins de bonne volonté ledit principe. Ils auraient pu rendre la vie impossible au Président et déclencher de fait une crise ouverte. Ils s’y sont tous refusé.

Pourquoi dis-je cela ? Eh bien parce que la constitution fait du Président de la République le « chef des armées » (article 15) mais fait du Premier ministre le « responsable de la défense nationale » (article 21) et que c’est le gouvernement, on l’a déjà dit plus haut, qui « détermine et conduit la politique de la nation » mais qu’en outre c’est encore « le gouvernement » qui « dispose de l’administration et de la force armée » (article 20). Ces éléments textuels de la constitution sont donc tout à fait antagonistes et susceptibles de voir les deux têtes de l’Exécutif s’opposer frontalement. Relisez ces dispositions constitutionnelles : le Président est le chef des armées et préside les conseils et comités supérieurs de la défense nationale mais le Gouvernement dispose de l’administration (donc de l’appareil diplomatique) et de la force armée (donc de l’armée). Et c’est le Gouvernement qui détermine et conduit la politique de la nation or la défense et la diplomatie relèvent bien, évidemment, de la politique de la nation. Donc si le Président est le chef des armées et préside les organes délibératifs de la défense nationale, on peut aussi considérer qu’il est quelque peu lié à la politique de la nation définie en matière de diplomatie et de défense par le gouvernement…

Par ailleurs, le Président est l’autorité constitutionnelle qui « accrédite les ambassadeurs et les envoyés extraordinaires auprès des puissances étrangères » tandis que « les ambassadeurs et les envoyés extraordinaires étrangers sont accrédités auprès de lui » (article 14). Pour autant, il ne s’agit que d’autoriser des personnes à exercer une fonction, pas de décider du fond qui relève du gouvernement.

Si le Président dispose de pouvoirs propres (nomination du Premier ministre, droit de dissolution de l’Assemblée Nationale, droit d’organiser un référendum sur certains sujets), ceux-ci n’ont pas non plus d’effet direct quant au fond de ce qui est décidé. En effet, si le Gouvernement détermine et conduit la politique de la nation et que le Premier ministre « dirige » l’action du gouvernement, le Président lui « assure, par son arbitrage, le fonctionnement régulier des pouvoirs publics et assure la continuité de l’État » ce qui donne forcément lieu à interprétation quant aux modalités concrètes de mise en œuvre de ce principe. Rien n’est dit par le texte. Il en est de même lorsque la constitution dispose que le Président « est le garant de l’indépendance nationale, de l’intégrité du territoire et du respect des traités. »

Tous ces éléments constitutionnels disent bien que le Président n’est pas du tout le chef. D’ailleurs, de 1958, date de la mise en œuvre de la constitution, à 1962, date à laquelle fut adopté le nouveau mode d’élection du Président de la République, seule la personnalité exceptionnelle de De Gaulle lui donnait le pouvoir suprême qui était le sien. Sa légitimité politique, juridique, était faible comparé à celle des députés élus au suffrage universel. C’est bien l’élection du Président de la République au suffrage universel qui a changé fondamentalement la donne puisque le Président était désormais soutenu par des millions de Français tandis que les députés l’étaient au mieux par quelques dizaines de milliers de Français. Ce mode d’élection du Président conduisit à ce que les candidats défendent un projet politique qui ensuite constituait en quelque sorte la trame, le cadre de la politique qui allait être mise en œuvre par les gouvernements du Président élu. L’élection législative perdait son rôle majeur pour n’être plus qu’une occasion de confirmer le choix fait lors de la présidentielle.

Le passage au quinquennat et l’inversion du calendrier électoral en 2002 (la présidentielle étant organisée avant les législatives) accentuèrent encore la présidentialisation du régime.

Donc, arrivés à ce point de ce billet, vous avez compris qu’un Premier ministre de cohabitation pourrait fort bien s’opposer frontalement au Président de la République jusqu’à déclencher une crise ouverte.

Le Président de la République, parmi ses pouvoirs propres, détient celui de promulguer les lois. Les interprétations varient à ce sujet. Certains considèrent que la disposition constitutionnelle impose au Président de la République de promulguer les lois votées par le Parlement (dans les 15 jours dit le texte de l’article 10) ne laissant au Président que la possibilité prévue par l’alinéa 2 de l’article 10, à savoir demander une seconde délibération de la loi (c’est-à-dire de remettre le texte en discussion au Parlement). D’autres considèrent que le Président ayant le pouvoir de promulguer les lois, il a aussi celui de refuser cette promulgation. Mais il faut avouer que cette interprétation-là est très contestée. En tout cas, si ce cas se présentait un jour, il ouvrirait de fait une confrontation majeure entre d’un côté le Président et de l’autre le gouvernement et la majorité à l’Assemblée.

Rappelons que ce refus de promulgation ne s’est presque jamais produit. Seul le président Mitterrand usa de ce « droit » lors du 1er gouvernement de cohabitation avec Chirac (1986-1988) à propos de certaines ordonnances.

Pour résumer, si, au terme des élections législatives à venir, le Président de la République élu le 7 mai n’obtient pas une majorité à l’Assemblée Nationale, il ne pourra que désigner un Premier ministre issu de la majorité sortie des urnes. Il y aura donc, d’entrée de jeu, un gouvernement de cohabitation. Ceci ne s’est jamais produit à ce jour. Chaque fois qu’il y eut cohabitation, c’est après l’exercice d’un mandat présidentiel : en 1986, ce fut après 5 ans de présidence Mitterrand ; de même en 1993 après 5 ans d’exercice de présidence Mitterrand ; et en 1997 ce fut après deux ans d’exercice de présidence Chirac. S’il n’y eut pas 5 ans cette fois-là, c’est que Chirac élu en 1995 conserva l’Assemblée qui avait été élue en 1993, et qu’il anticipa d’un an, via la dissolution de 1997, le terme du mandat de cette Assemblée. Jamais une assemblée élue directement après l’élection présidentielle ne conduisit à une cohabitation. En revanche, en 1988, après la réélection de Mitterrand, celui-ci dissout l’Assemblée élue en 1986 puisqu’elle ne lui était pas favorable et il obtint une majorité… toute relative, ce qui conduisit le Premier ministre d’alors, Michel Rocard, à faire un usage répété de l’article 49-3. Car déjà, la majorité comprenait bien des « frondeurs » que l’Exécutif dut contraindre à rentrer dans le rang.

Mais en 2017, au regard des circonstances politiques du moment, ce type d’hypothèse – que le Président élu n’obtienne pas de majorité à l’Assemblée Nationale – est tout à fait envisageable car la France est désormais non pas coupée en deux mais divisée entre quatre forces politiques à peu près égales, autour de 20%.

La « force » politique représentée par Macron, outre son assise populaire constatée lors de ce premier tour, ne repose que sur les soutiens qui lui sont venus de personnalités du PS, du centre ou de la droite. Et il est évident que ces personnalités-là ne vont toujours être en phase les unes avec les autres. Le PS va tenter sans aucun doute de « tenir » Macron mais qu’ils y parviennent n’est pas certain, pour user d’un euphémisme…

En outre, il y a fort à parier que le PS en tant que parti va disparaître. Parce que les 6% de Hamon ne peuvent constituer un socle de résistance à la volonté évidente des « macroniens » de faire table rase de ce parti et de construire autre chose. Et je perçois que ce que ces gens ont en tête, c’est une « grande coalition » à la française. On y est presque !

Du côté de la droite, il va y avoir de violents règlements de comptes et le « nouveau » parti « Les Républicains » n’y survivra sans doute pas. Entre ceux qui voudront à tout prix jouer le jeu de Macron, et ceux qui s’y refuseront absolument, sans compter les explications de gravure suite aux affaires qui ont handicapé le candidat de la droite, je crois bien que le parti de la droite va exploser lui aussi.

Une des conséquences de ce premier tour de l’élection présidentielle 2017 sera donc la fin des deux forces politiques qui ont occupé le devant de la scène depuis des décennies. D’une certaine façon, les électeurs ont pratiqué le dégagisme ! Après Sarkozy et Hollande, Juppé et Valls, c’est au tour du PS et de Fillon de voir leur tête rouler dans le panier…

Du côté de Le Pen, vu qu’elle était donnée bien plus haut qu’elle n’est aujourd’hui, on peut dire qu’elle s’est effritée. Mais elle est néanmoins toujours là et tellement présente qu’elle a, de nouveau, dépassé dans les urnes, notre propre mouvement. Il faut donc considérer, me semble-t-il, que c’est une force bien établie en France, certes qui fluctue mais reste toujours à un point très haut. On doit traiter ce problème autrement qu’en répétant en boucle des anathèmes sur le fascisme de Marine Le Pen et de son parti. Cela fait bien longtemps que ça ne porte plus.

Je suis de ceux qui pensent que ce n’est pas par racisme que plus de sept millions de Français ont, une nouvelle fois, soutenu Le Pen. Mais parce qu’ils ont le sentiment qu’elle porte une volonté de défense de la France, de la nation française, de son indépendance. Tout cela est le résultat de l’abandon par la « gauche » depuis longtemps de certains combats. Mélenchon, depuis sa déclaration de candidature, a fait un énorme travail de reconquête idéologique et le résultat qu’il a obtenu atteste qu’il a été largement entendu. Ce sont trois millions de voix supplémentaires que nous avons obtenues par rapport à 2012. On n’est pas loin d’avoir doublé notre score antérieur. Nous sommes mortifiés d’avoir échoué à arriver en 2ème place mais la base est là et elle est solide. Après 2012, on nous avait promis que jamais on ne retrouverait nos quatre millions d’électeurs. Et de fait, nous les avons non seulement retrouvés mais on en a gagné des millions d’autres. Sans doute que quelques jours de campagne de plus nous auraient fait passer la barrière. Alors ne nous morfondons pas. Oui nous avons perdu une bataille comme dirait l’autre mais nous n’avons pas encore perdu la guerre. Et nous sommes mêmes dans une position bien plus enviable aujourd’hui que nous l’étions en avril 2012. Nous devons donc rester engagés, mobilisés, rassemblés et continuer le combat sans rien lâcher.

Je reviens à la question des Législatives. Les résultats d’hier prouvent que nous sommes en situation de gagner beaucoup de député-e-s en juin. Parce que les élections législatives ne sont pas soumises aux mêmes règles qu’une élection présidentielle. Contrairement à une présidentielle où seuls les deux candidats arrivés en tête au 1er tour sont admis au 2nd, à une législative, ce sont tous les candidats ayant obtenu 12,5% des inscrits qui le sont. Et il y a donc une garantie, au regard des scores obtenus par Mélenchon dans des dizaines de circonscriptions, que nous ayons des candidats en lice au second tour des législatives et pas mal d’entre eux en situation d’être élus.

Nous devons tout faire pour que le nombre des Insoumis élus en juin soit le plus important possible. Il ne s’agit pas de « prendre des places », mais de représenter notre peuple dans l’Assemblée Nationale. Il s’agit d’être dans la place si j’ose dire pour connaître de l’intérieur ce qui sera débattu et pour pouvoir chaque fois prendre le peuple à témoin et organiser non seulement la résistance bien sûr, mais bien plus que cela, la contre-offensive !

Comme je le rappelais plus haut, la France est désormais divisée en quatre forces. En moyenne, cela nous met à 20% mais dans le détail, nous sommes parfois bien plus haut que cela. Donc il y a beaucoup de territoires où nous sommes en situation de peser très lourdement, voire de l’emporter dès juin. Et puis il y aura d’autres élections dans les prochaines années où nous pourrons être élus à la tête de villes, de départements ou de régions, non pas via des alliances pourries avec des partis, mais par nous-mêmes !

Quatre forces à plus ou moins 20% en moyenne, cela signifie que l’on ne peut prévoir aujourd’hui qui obtiendra une majorité en juin. On peut même penser, très sérieusement, qu’aucune force n’obtiendra de majorité absolue (289 sièges sur 577). La force qui arrivera en tête n’aura donc qu’une majorité relative, c’est-à-dire qu’elle sera la première mais qu’à elle seule, elle n’aura pas le nombre requis de députés pour faire adopter les lois. Il faudra donc qu’elle s’entende avec d’autres. C’est la raison pour laquelle les « Républicains » se mettent déjà en ordre de marche pour les législatives. Certains vont faire la grande coalition, d’autres se placer en situation de défier Macron (Cf les propos de Laurent Wauquiez et de Nathalie Kosciusko-Morizet).

Le Pen aura un groupe de députés plus important qu’aujourd’hui mais sans doute bien plus faible que ce que les 21% obtenus par Marine Le Pen hier laissent présager. S’il y avait un scrutin proportionnel, le FN pourrait espérer peu ou prou une centaine de députés mais avec un scrutin majoritaire à deux tours, il ne peut en espérer que bien peu sur son seul nom. Si le FN s’allie avec une partie de la droite, en revanche, les choses seront très différentes, sauf qu’une telle alliance très à droite renforcerait le camp Macron qui se verrait rejoint en masse par les centristes et une partie de la droite (la tendance Juppé en quelque sorte).

On ne peut imaginer un groupe important de députés FN parce que les candidats du FN n’ont pas grand chose à voir avec leur leader. Le plus souvent, ce sont des caricatures, pour rester gentil… Et la garantie de voir des triangulaires (3 candidats en lice au second tour des Législatives de juin), voire des quadrangulaires (4 candidats en lice) empêchera une marée FN à l’Assemblée.

Quant à « En Marche », je suis impatient de voir comment ce mouvement va pouvoir confirmer aux Législatives ce qu’il a obtenu avec le personnage de Macron à ce premier tour. Je suis certain que personne n’ignore chez eux les faiblesses qui sont les leurs, l’absence de notoriété de leurs candidats et le rôle dominant des caciques du PS.

Macron Président n’aura pas de majorité sauf à organiser aux Législatives cette grande coalition à laquelle tant aspirent. Mais s’il fait cela, il montrera à tous qu’il n’est que l’arme du système. Cette évidence semble ne pas encore avoir été détectée par des millions de Français. Vu qu’à ce premier tour, il y avait en concurrence contre Macron, trois candidat sérieux (Fillon, Le Pen, Mélenchon) certains ont été mystifiés. Mais si, comme je le pense, aux Législatives, Macron organise cette grande coalition, cela nous donnera, à nous la France insoumise, beaucoup de grain à moudre.

Il ne faut donc pas sourire tant que ça à l’hypothèse a priori saugrenue de voir la France insoumise progresser encore aux Législatives et surgir en tête de ces prochaines élections. Et si cela advenait, cela signifierait que le Président Macron devrait désigner un Premier ministre de chez nous ou dissoudre l’Assemblée venant d’être élue… Dans les deux cas, la crise de régime serait alors ouverte pour de bon.

Parce que de toute façon, même si la France insoumise était en tête des Législatives, elle n’aurait pas de majorité absolue à elle seule. Et elle serait donc obligée de compter sur le soutien de députés concurrents pour faire adopter son projet, éventualité totalement fantaisiste. En revanche, notre majorité relative se verrait inévitablement confrontée à une majorité absolue d’hostilité. Car tous les autres, bien qu’adversaires les uns par rapport aux autres, seraient évidemment d’accord entre eux pour s’opposer à nous et donc bloquer notre action.

Dans tous les cas, la France va devenir ingouvernable. Elle vient donc d’entrer dans une période où la crise de régime ne peut qu’éclater à bref délai. Et je fais le lien avec ce que je disais au tout début de ce billet, nous devons donc être prêts. Mélenchon, son équipe et nous-mêmes étions prêts hier. Nous le sommes donc aujourd’hui. Nous devons l’être demain. Cela suppose à mon sens une condition absolue : ne pas nous démobiliser, ne pas nous disperser. Chacun de nous fera ce qu’il veut le 7 mai. Ce n’est pas de cela dont je parle. Ce que j’évoque ici, c’est la survie de notre mouvement la France insoumise. Les presque 450 000 signataires sur jlm2017.fr et les plus de sept millions d’électeurs doivent rester rassemblés et mobilisés pour la nouvelle phase qui s’ouvre.

Comme l’a dit Mélenchon hier soir, nous sommes le matin neuf qui se lève !

On a tous pris un sérieux coup sur la tronche. Mais on est là ! Nous sommes vivants. Nous sommes lucides. Nous ne sommes ni couchés, ni vaincus. Le système médiatique et constitutionnel nous a empêchés cette fois de l’emporter mais ledit système, au-delà de la jubilation qui doit être la sienne d’avoir réussi son pari, n’ignore pas quelle est notre force collective depuis hier. Et pour filer la métaphore sismologique, la caste oligarchique n’ignore pas que la terre a fortement tremblé sous ses pieds, et que les répliques du séisme ressenti hier ne vont pas cesser, et que leur intensité ne va pas décroître. Le magma est remonté très haut dans la cheminée. L’explosion n’a pas encore eu lieu. La roche a résisté malgré la chaleur intense à laquelle elle est confrontée. Elle n’a pas cédé. Elle s’est seulement ramollie mais précisément, cela signifie que les nouveaux degrés qui seront atteints dans les prochaines semaines auront inéluctablement l’effet escompté.

Aujourd’hui n’est pas encore à nous mais demain ne peut manquer de l’être !

Note

[1] En octobre 1962, l’Assemblée Nationale a renversé le gouvernement Pompidou qui avait proposé la révision de la constitution pour que le Président de la République soit désormais élu au suffrage universel direct et non plus par un collège électoral de grands élus, disposition choisie en 1958. Cette réforme fut adoptée in fine par référendum organisé par le Président De Gaulle via l’article 11 de la constitution

 

« Si le populisme de gauche n’assume pas de briser le mur européen, il raconte des histoires aux enfants » – Entretien avec Christophe VENTURA* – Le Vent Se Lève

* Christophe VENTURA anime Mémoire des luttes

Source : ici (blog Le Vent Se Lève)

Christophe Ventura

Construire un peuple par Chantal Mouffe et Iñigo ErrejónDans le cadre de la sortie de l’édition française du livre Construire un peuple (en librairie le 7 avril), dialogue entre Chantal Mouffe (philosophe théoricienne du populisme de gauche) et Íñigo Errejón (co-fondateur et stratège de Podemos), nous nous sommes entretenus avec Christophe Ventura, qui a mené la publication de cette édition. Christophe Ventura est animateur de l’association Mémoire des Luttes et l’un des fondateurs du groupe de réflexion politique et intellectuel Chapitre 2. Qu’est ce que le populisme de gauche ? Quelle est sa stratégie ? Quelles sont les différences entre Bernie Sanders, Jeremy Corbyn, Jean-Luc Mélenchon et Podemos ? Comment comptent-ils contrer l’hégémonie du populisme de droite ? Emmanuel Macron est-il populiste ? Ces mouvements ont-ils un tabou sur la question européenne ? Doivent-ils prôner la sortie de l’UE ? Nous lui avons posé toutes ces questions.

LVSL : Vous vous intéressez de près à la question du populisme en Europe. Et plus particulièrement au « populisme de gauche », théorisé par Chantal Mouffe. Pourquoi ce concept vous semble-t-il pertinent aujourd’hui ?

Christophe Ventura : Je pense qu’il faut s’intéresser à ce terme de « populisme de gauche » car, d’une manière générale, la notion de populisme est utile pour comprendre ce qui se joue, dans une séquence historique donnée, au sein d’une société. Le populisme est avant toute chose un « moment » dans la vie d’une démocratie devenue totalement oligarchique, et qui entre en crise. Ainsi, ce « moment » annonce l’arrivée ou l’éclatement d’une crise de régime. Sur ce point, je converge beaucoup avec Chantal Mouffe. Nous sommes dans un « moment » populiste. A quoi correspond-il ? Pour résumer : à l’activation d’un vaste mouvement d’opinion et de mobilisation destituant dans la société, à une désaffiliation de la population avec ses organisations et institutions de représentation habituelles. Il s’agit d’une dynamique qui, plus que de se situer dans le cadre des références politiques du moment antérieur, cherche à destituer les pouvoirs en place, leurs représentants et leurs symboles : classes politiques et institutions notamment.

Chantal Mouffe, JLM et autresChantal Mouffe, juste à gauche de Jean-Luc Mélenchon, et Christophe Ventura, celui qui attire leur regard avec son téléphone portable, lors de la marche pour la VIe République du 18 mars 2017.

Ce phénomène nous oblige à concevoir l’action politique, mais aussi intellectuelle et sociale, différemment, à rechercher des stratégies distinctes par rapport à nos habitudes d’organisation. Car, en effet, ce type de dynamique contestataire n’appartient ni au camp de la gauche, ni à celui de la droite a priori. Elle devient en revanche l’objet d’une bataille hégémonique entre ces deux familles pour l’orienter vers la gauche – et à ce moment contribuer à re-signifier cette gauche auprès d’une masse de gens pour qui elle ne veut plus rien dire parce que, pour eux, elle est associée aux mêmes politiques économiques et sociales que la droite – ou vers la droite – et à ce moment-là renforcer le sentiment de rejet de l’autre dans la société, et protéger dans le même temps les intérêts des puissants. Un exemple pour illustrer : le Brésil. En 2013-2014, c’est exactement ce type de phénomène qui a fini par éclater – avec une captation par la droite de la rue – contre le gouvernement de centre gauche de Dilma Roussefftandis que se préparaient les festivités onéreuses de la Coupe du monde de football (2014) et que l’onde de choc de la crise économique et financière mondiale commençait à se faire sentir dans le pays (chômage, montée de la précarité, des inégalités). Je me souviens d’une analyse du journaliste uruguayen Raúl Zibechi dans laquelle il décrit avec minutie comment, « pour la première fois depuis cinquante ans, l’hégémonie dans les rues brésiliennes appartient aujourd’hui à la droite » [1].

Là-bas, la gauche a perdu la bataille. Empêtrée dans la gestion du pouvoir, confrontée à la crise économique, affectée par des scandales de corruption, significativement bureaucratisée et ayant perdu son lien avec les mouvements sociaux, elle a pensé qu’il suffirait de faire valoir son bilan – pourtant le meilleur pour le pays depuis des décennies – et de proclamer ses valeurs pour gagner un sujet alors en construction dans la rue qui se mobilisait initialement contre la cherté de la vie, l’augmentation du prix des transports, les gâchis financiers et la corruption en période de restriction économique. C’était une erreur.

« Emmanuel Macron n’est jamais autre chose que le candidat du libéralisme économique en France. »

L’emploi du terme « populisme » peut faire sursauter à gauche. En effet, beaucoup y voient un concept vide, voire méprisant vis-à-vis du peuple, utilisé par les élites pour discréditer les candidats de gauche radicale qui s’adressent aux catégories populaires. Par exemple, Jean-Luc Mélenchon refusait cette étiquette en 2012, car pour lui c’était alors une façon de l’assimiler au FN. Ça ne semble plus être le cas aujourd’hui : il se montre plus ouvert à cette appellation, même s’il ne l’endosse pas directement. Pourquoi, selon vous, ce terme à autant de mal à être assumé à gauche ?

Il y a trois raisons à cela.

Premièrement, si certains à gauche refusent d’employer le terme, c’est parce que ce mot est plastique, élastique, qu’on peut tout mettre dedans. De fait, comme vous le dites, il est repris par le système pour disqualifier tous ceux qui le contestent… et ce système le fait en utilisant lui-même une stratégie populiste, comme l’explique par exemple Emmanuel Macron lorsqu’il affirme « Si être populiste, c’est parler au peuple de manière compréhensible sans passer par le truchement des appareils, je veux bien être populiste » [2](Journal du dimanche, 19 mars 2017).

Donc, cela pose un problème à gauche. En gros, si toi-même tu utilises le mot que les médias utilisent pour te disqualifier, tu passes tes journées à expliquer que tu as une autre acception du mot mais tu es incompréhensible pour le commun des mortels. Ça c’est une première critique. Par exemple, celle de Jean-Luc Mélenchon.

PlantuIl faudrait ajouter une troisième critique venue de la gauche. Celle consistant à souligner que le peuple, en tant que catégorie, n’existe pas  – ce que disent en fait Laclau et Mouffe qui rappellent qu’il est toujours une construction – et qu’il n’est jamais majoritairement de gauche, mais largement en faveur de la conservation de l’ordre économique et social – même s’il peut dans le même temps souhaiter un coup de balai de sa classe politique – du fait de ses structures sociologiques (paysans et classes populaires attachées aux logiques de propriété, classes moyennes désireuses de mobilité et d’ascension, aspiration au mode de vie bourgeois, etc.) et religieuses (poids ou résilience culturelle de ces dernières dans les classes populaires notamment).La seconde critique consiste à dire que le populisme, même de gauche, est toujours, in fine, un autoritarisme parce qu’il se construit contre les institutions, les corps intermédiaires, et reconnait le rôle d’individus leaders et de stratégies discursives (c’est-à-dire le fait de construire un type de discours qui va articuler des demandes au départ hétérogènes dans la société, puis identifier un adversaire, pour ensuite engendrer la formulation d’une nouvelle frontière politique dans cette dernière entre un « nous » et un « eux » [3]) comme médiations pour la (re)construction du politique. En effet, dans sa dimension théorique, le populisme, selon les travaux de Chantal Mouffe ou d’Ernesto Laclau, postule que les stratégies discursives et le rôle des individus –  ou d’une lutte singulière – coagulent et orientent le sens de la dynamique populiste vers le progrès ou la réaction, vers la construction d’un peuple de gauche ou de droite au sein de la population.

Dialogue entre Chantal Mouffe et Jean-Luc Mélenchon le 21 octobre 2016 à la Maison de l’Amérique latine, animé par Christophe Ventura, et où il est notamment question du populisme de gauche.

Que répondez-vous à ces critiques ?

Ce sont des débats très sérieux et les arguments ne manquent pas mais, de mon point de vue, le populisme est, au fond, la méthode par laquelle se reconstruit le politique à partir d’une crise de la politique. Au bout du processus se trouve la formation d’une volonté collective, d’un peuple mobilisé en politique. Il peut être de droite, de gauche, du centre. Symptôme initial d’un dysfonctionnement de la démocratie, le populisme contribue à la revivifier, à réinstaller un équilibre entre la société et cette dernière, à « reloader » la démocratie représentative en y imposant ou ré-imposant une présence et une représentation des classes populaires et de leurs exigences. Plus qu’un projet idéologique ou politique de long terme, c’est peut-être ici sa véritable fonction.

Bien sûr, il ne s’agit pas d’adopter des interprétations mécanistes ou maximalistes de la théorie populiste. Chaque société est différente et même dans les phases de mouvement destituant, les structures sociales et institutionnelles conservent plus ou moins de légitimité, de résilience, de fonction auprès des populations. Ainsi, le scénario français n’est pas celui de l’Espagne, de la Suède ou de l’Amérique latine.

Christophe Ventura lors de notre entretien, dans les locaux de l’association Mémoire des Luttes.

Christophe Ventuta lors de l'entretienUne fois tout cela posé, le populisme n’est, effectivement, pas en soi progressiste. S’il n’insuffle pas ou ne s’appuie pas sur des aspirations existantes dans la société qui visent la transformation de la structure sociale, il servira les groupes dominants. Passer par l’étape du populisme de gauche en France aujourd’hui, c’est se demander comment inclure dans la mobilisation politique et intellectuelle des tas de gens, en particulier dans les nouvelles générations, qui ne se retrouvent pas dans les organisations, pour faire un chemin qui, à la fin, nous amène à redécouvrir la gauche, en quelque sorte. Donc moi je n’oppose pas non plus, de ce point de vue-là, ceux qui se disent juste de gauche par rapport à ceux qui se disent populistes de gauche. Je pense que ce sont des dynamiques qui permettent de se retrouver in fine.

Je pense que la grille populiste doit être envisagée comme une boîte à outils utile pour notre travail politique et qu’on ne peut pas nier l’existence du phénomène. Pour toutes ces raisons, je pense qu’il faut assumer la notion de populisme et ne pas laisser ce mot à la définition que veulent en imposer les dominants.

Outre Jean-Luc Mélenchon, un autre candidat a décidé de se présenter à la présidentielle sans se baser sur un appareil partisan, en allant directement au contact du peuple : il s’agit d’Emmanuel Macron. Pour le politologue Gaël Brustier, Emmanuel Macron incarne « le populisme des élites » [4]. Comment analysez-vous le « phénomène Macron » dans le cadre du populisme ?

Je pense que Gaël Brustier fait une analyse extrêmement pertinente de ce qu’est le « macronisme ». Macron, c’est le populisme des élites, le transformisme, ou alors, pour le dire encore autrement, un populisme de « l’extrême-centre ». C’est l’inverse d’un trou noir. Il aspire la non-matière pour en faire de la matière. C’est un candidat du vide, au départ, qui aspire de tous les côtés du système qui veut survivre. Il est populiste dans ce sens-là. Il incarne la stratégie, la méthode, la médiation pour tous ces courants-là. Il mène une mission de sauvetage du système et de repositionnement des élites au centre du pouvoir. Emmanuel Macron est celui que le système choisit pour recréer du consentement dans la société  – notamment ses parties les plus intégrées économiquement et socialement – autour du consensus du système.

Macron correspond tout à fait à ce qui s’est passé avec Mauricio Macri en Argentine [Cela sera détaillé dans un entretien avec Christophe Ventura au sujet de l’Amérique latine à paraître très prochainement sur LVSL, NDLR]. Il y a du Macri dans le Macron ! Macri, en Argentine, c’est le prototype du macronisme. C’est exactement le même genre : l’attitude, le positionnement, le discours. Un candidat sans programme. Ou plus exactement si, un programme : le candidat.

MacronS’il fallait résumer le cas Macron, on pourrait dire qu’il fait l’opération suivante : il offre –  c’est ce qu’il a dit dans son discours du 4 février à Lyon –  à différents courants en France, qui vont du gaullisme jusqu’aux sociaux-démocrates, en passant par le centre gauche, le centre droit, les chrétiens-démocrates, etc., la promesse d’être le point d’équilibre pour garantir la continuité de la démocratie-libérale, au sens politique du terme. C’est ce qu’il offre de manière visible à ces courants-là. Mais ce qu’il ne dit pas, et qui est en réalité le coagulant de tout ça, c’est en réalité le libéralisme économique, et son approfondissement. Même s’il ne fait pas campagne là-dessus, il n’est jamais autre chose que le continuateur de son mentor François Hollande. Il n’est jamais autre chose que le candidat du libéralisme économique en France, de l’actualisation de son modèle de société  – l’ubérisation  -, dans une version moins brutale que ce que propose Fillon.

Au-delà de ses démêlés, Fillon fait peur à une partie de ses propres troupes, y compris du patronat, à la différence de Macron. Il fait peur parce qu’il promet au pays l’affrontement ; avec les syndicats, la gauche, le monde du travail, etc. C’est tellement brutal : 500 000 fonctionnaires à la poubelle. Macron ça n’est pas ça. Il temporise. Donc même une partie de la droite et du patronat préfère Macron parce qu’il est le garant d’une sorte de stabilité molle et qu’il est un modernisateur du libéralisme dans la société. Fillon est trop dur pour eux.

Il y a donc aujourd’hui dans la campagne présidentielle française trois populismes qui s’affrontent. Il y a le populisme de droite : Le Pen (nationaux contre mondialistes) ; le populisme de l’extrême centre : Macron (les libéraux des deux rives du système contre les ennemis du système) ; et le populisme de gauche (Mélenchon). Et pour la première fois dans l’histoire de la Vè République, il devient tout à fait probable que l’un de ces candidats – y compris Marine Le Pen –  devienne président en lieu et place des candidats des grands partis de gouvernement traditionnels issus du bipartisme. C’est inédit !

Aujourd’hui, la forme que prend en France la crise du centre du système politique et de ses organisations (les partis), celle que prend leur effritement et leur éloignement des classes populaires confirment l’émergence, à la périphérie de ce système, de mouvements qui vont tenter de devenir de plus en plus centraux. De ce point de vue-là, chacun dans leur genre est populiste. Ils sont des produits de ce « moment » populiste.

« Aujourd’hui, ce qui l’emporte en Europe, c’est l’effondrement des valeurs de solidarité. (…) Mais, plus se mettent en place des politiques qui sanctionnent les marchés financiers et les puissants, et plus se recréent les conditions d’un retour à la solidarité dans la société. »

On voit qu’il y a une approche différente entre le populisme de gauche anglo-saxon, incarné par Jeremy Corbyn et Bernie Sanders, qui s’appuie sur les appareils partisans de la gauche traditionnelle, et celui de Podemos et de Jean-Luc Mélenchon qui, quant à eux, ont décidé d’agir en dehors du cadre des partis, et ont tendance à délaisser le mot « gauche » pour le mot « peuple ». Comment analysez-vous cette différence de stratégie ?

Est-ce qu’il s’agit vraiment de différences de stratégie ou sommes-nous en présence de variantes d’un même phénomène qui pousse dans des engrais différents ? Je pense que c’est plutôt ça. Le populisme anglo-saxon de gauche émerge au sein et contre des structures qui n’ont pas disparues : les Démocrates et le Labour.

En ce qui concerne Jeremy Corbyn, je pense qu’il fait du populisme de gauche au sens de la méthode, d’ailleurs son entourage le revendique depuis peu. C’est assez clair lorsqu’il mobilise et organise un « peuple de gauche » contre l’appareil du parti. A l’intérieur, à travers son appel aux adhésions individuelles massives et à l’extérieur, avec le mouvement « Momentum » qu’il a inspiré et qui lui est directement lié. Mais il le fait d’un point de vue assez singulier, qui n’a pas d’équivalent, puisqu’il a été propulsé à la tête de ce qu’il y a de plus traditionnel comme parti social-démocrate européen : le Labour. C’est tout à fait nouveau. Il a été envoyé au quartier général d’une structure qui est tout sauf une force populiste et qui, malgré son arrivée, n’a pas été encore transformée. Il faut attendre pour en savoir plus dans son cas.

Colère du peupleDans les sociétés plus latines (en Espagne par exemple), qui sont aussi plus brutalement affectées par les effets de la crise économique et sociale, et où il y a des crises de régime politique, ce phénomène prend corps en dehors du système des partis établis, du centre du système politique.

Podemos s’est beaucoup intéressé au populisme pour savoir comment construire une méthode, une stratégie, qui permette de sortir une gauche en crise de la confidentialité politique. « Comment forger des instruments permettant de reconstruire une base sociale qui, en expansion permanente, doit devenir majoritaire politiquement et investir une nouvelle identité politique ? » C’est ça qu’ils appellent populisme. Et la réponse, à travers les outils de Laclau et de Mouffe, c’est construire une stratégie discursive qui va privilégier la construction d’un discours sur des thématiques rassembleuses et fédératrices plutôt que sur des mots d’ordre d’organisation qui font référence à des habitus politiques prédéterminés, en particulier ceux de la gauche. Par exemple la question de la reconquête, de la récupération des droits. Ce sont des thématiques larges, mais qui vont permettre d’agglomérer des populations dont l’affiliation au clivage droite-gauche ne suffit pas ou ne suffit plus. Ça permet donc de construire ce bloc socio-politique offensif.

Le groupe fondateur de Podemos a beaucoup travaillé ces questions à partir d’expériences latino-américaines de terrain, puisque, pour la plupart, ils ont fait les campagnes de Bolivie, du Venezuela, etc. Mais ils n’ont jamais décidé de s’auto-définir comme « populistes de gauche », même si dans les faits, ils en font. Il y a dans Podemos un intérêt pour le sujet, mais l’adhésion au concept est l’objet d’un débat intense, en particulier entre Pablo Iglesias et Íñigo Errejón. Errejón est plutôt contre l’emploi de ce concept – « populisme » oui, mais pas « de gauche » – tandis qu’Iglesias est plutôt pour. C’est d’ailleurs l’un des objets du livre Construire un peuple [5].

En France, nous sommes un peu entre les deux scénarios. Jean-Luc Mélenchon pense qu’au-delà de la gauche, il faut fédérer le peuple, dont de larges pans sont touchés par les mêmes maux. Selon lui, le référent « gauche » est brouillé car ceux qui s’en réclament font, lorsqu’ils arrivent au pouvoir, des politiques nocives contre les intérêts populaires et ressemblent à ceux qu’ils prétendent combattre (les riches, les importants, les dominants, les détenteurs du bon goût, les tricheurs, etc.).

ImpressionDe gauche à droite : Jeremy Corbyn, Pablo Iglesias, Jean-Luc Mélenchon et Bernie Sanders.

Lorsqu’on regarde la victoire de Donald Trump et du Brexit, ainsi que les scores de l’extrême-droite en Europe qui augmentent continuellement, tandis que le populisme de gauche n’a pas encore réussi à prendre le pouvoir ou à gagner une élection, cela vous fait-il penser que le populisme de droite est en train de l’emporter sur son versant de gauche ou bien pensez-vous que le populisme de gauche a juste un train de retard à rattraper ?

Je pense qu’aujourd’hui l’hégémonie du populisme est à droite. C’est indéniable. On ne peut pas se cacher derrière son petit doigt. Aujourd’hui, ce qui l’emporte en Europe, ce sont des logiques d’ultra-concurrence entre tous. Ce qui l’emporte en Europe, c’est l’effondrement des valeurs de solidarité. Tout ce qui renvoie à l’idée de solidarité entre les gens s’effondre. Et, j’ai envie de dire, c’est un peu « Dieu pour tous ». Donc le populisme de gauche part avec cet inconvénient.

Mais la question est de savoir si le populisme de gauche peut être un instrument utile pour fissurer cette hégémonie-là. Parce que la réponse de la gauche social-démocrate, par rapport à ce problème, est un échec cuisant. Toute la stratégie d’une gauche d’accompagnement, qui consiste à dire « ce système est comme il est, mais on va lui donner un visage humain », est ruineuse. C’est ça qui ruine la gauche. Donc le populisme de gauche peut intervenir comme une tentative pour essayer de déjouer l’hégémonie du populisme de droite, notamment sur une question qui est essentielle et qui n’est pas simple à régler : comment constituer la communauté politique ?

Au fond, la différence entre populisme de gauche et populisme de droite est là. Le populisme de droite affirme que ce qui fonde le peuple, c’est l’ethnie. Il développe une vision essentialisée et statique du peuple tandis que ce que propose le populisme de gauche comme principe fondateur, c’est le politique et les logiques dynamiques, conflictuelles, indéterminées et transformatrices que cela induit.

Trump et Farage          Donald Trump et Nigel Farage, le leader de l’UKIP,                            le parti britannique pro-Brexit,                     le 12 novembre 2016 à la Trump Tower.

Aujourd’hui, la version de droite est hégémonique, parce que notre difficulté c’est aussi la question économique. Plus le mal-être économique se propage dans toutes les couches de la société et plus il est difficile d’affirmer et de construire la solidarité entre elles. Le malheur ne rend pas plus aimant… Mais, plus se mettent en place des politiques qui sanctionnent les marchés financiers et les puissants, et plus se recréent les conditions d’un retour à la solidarité dans la société.

« La bataille culturelle hégémonique au sein de la gauche sur l’Europe ne fait que commencer. »

Il existe peut-être un tabou qui pourrait expliquer le piétinement du populisme de gauche : le fait que malgré l’échec de Syriza en Grèce, les tenants de cette stratégie peinent à tenir un discours de vraie rupture vis-à-vis de l’Union européenne ; Jeremy Corbyn a même fait campagne pour leRemain au Royaume-Uni. L’échec actuel du populisme de gauche en Europe ne vient-il pas du fait qu’il existe dans ses rangs un tabou sur la question de l’Union européenne ?

Si, indéniablement. Cela fait partie des tabous de ce courant-là. Pourtant, si des forces populistes de gauche – auxquelles ne se réfère pas Syriza explicitement –  n’assument pas de briser le mur européen, alors elles racontent des histoires aux enfants car les propositions qu’elles portent –  égalité, justice sociale, souveraineté politique – ne sont pas applicables dans le cadre du système européen. Ce faisant, elles laissent ainsi le champ libre aux populistes de droite qui ont bâti une cohérence retorde dans leur rejet de l’UE, à partir de la question de l’immigration et en promettant plus de social pour les seuls nationaux. Ils disent « L’Europe et l’euro nous privent de souveraineté et nous appauvrissent, l’UE promeut la mobilité du travail intra-européen et l’immigration qui minent notre Etat social. Sauver notre Etat social passe par la sortie de l’euro, la fermeture des frontières, l’arrêt des migrations, la préférence nationale ».

Aux forces populistes de gauche de montrer la « roublardise » de ces positions qui cherchent à récupérer de la souveraineté pour ensuite mieux la contrôler et la réduire dans la société, renforcer le patronat national dans la concurrence internationale et discipliner le salariat en lui offrant quelques miettes sur le dos des immigrés et des plus pauvres réprimés. Mais en maintenant toujours plus exploité ce salariat, par des patrons nationaux revigorés ! Une sorte de modèle d’« exploitation patriote » en somme ! Car l’histoire est là pour le montrer. Chaque fois que ces forces ont pris le pouvoir, le discours social a servi à capter les masses populaires durant la phase de conquête de l’État. Chaque fois qu’elles ont gouverné, elles ont servi de chiens de garde au capital et écrasé les revendications populaires.

TsiprasAlexis Tsipras, le premier ministre grec qui a échoué dans son bras de fer avec l’Union européenne.

Et je passe sur l’État social dont le manque de ressources provient, avant toute chose, et de manière massive et surdéterminante, des politiques d’austérité, de la montée des inégalités sociales et fiscales.

Sur l’Europe donc, aux forces populistes de gauche de montrer le chemin d’un autre modèle, de prouver que l’Union européenne n’a pas le monopole de l’Europe.

C’est dans cet esprit que vous avez lancé Chapitre 2, un groupe de réflexion et d’action politique et intellectuelle qui « se donne comme objectif stratégique de gagner la bataille hégémonique au sein de la gauche sur les questions européennes ». Vous affirmez justement que « l’Union européenne n’a pas le monopole de l’Europe et qu’elle est désormais incapable de mener à bien sa propre démocratisation ». Faut-il donc un Frexit (sortie de la France de l’UE) ?

Effectivement. On a fondé Chapitre 2 pour cela. Partant du constat que j’ai développé juste avant, la bataille culturelle hégémonique au sein de la gauche sur l’Europe ne fait que commencer. Donc, il faut avoir des outils pour le faire et c’est à ça qu’on veut se consacrer. Concernant le Frexit, la question est de savoir dans quelles conditions il interviendrait, dans le cadre de quelle coalition politico-sociale et pour servir quel projet ? En soi, un Frexit ne répond à rien, ce n’est pas un fétiche. Un Frexit peut tout à fait – et ce serait hélas le cas aujourd’hui en fonction du rapport de forces actuel dans la société – déboucher sur un projet réactionnaire et dangereux pour les classes populaires. Un Frexit n’offrirait des perspectives que s’il était conduit par une certaine France, celle qui va puiser dans le meilleur de son histoire. Celle qu’il faut, c’est le moins que l’on puisse dire, réanimer tandis que dominent plutôt ses forces les plus sombres. Il n’y a pas que l’Europe qui va mal. C’est la double peine. Pour moi, l’affrontement et la rupture – qu’il faut assumer –  doivent s’inscrire dans la construction de nouvelles bases authentiquement coopératives pour une construction continentale.

C’est ce à quoi il faut travailler, se préparer. Il faut inclure un maximum de gens dans un raisonnement : un gouvernement minimalement progressiste ne pourra pas mettre en place ses propositions dans le cadre de l’UE. Pour le faire, il devra s’affranchir de facto de l’UE, de son système.

A partir de là, nos forces doivent progressivement articuler un maximum de demandes démocratiques, sociales, économiques et écologiques existantes dans la société pour construire un rapport de forces permettant d’imposer un pouvoir transformateur et d’orienter l’inéluctable et nécessaire rupture vers une perspective positive.

Christophe Ventura2Europe, année zéro. C’est là où nous en sommes. Chapitre 2 veut contribuer à la reconstruction, à tous les niveaux où il faut le faire. Admettons que la tâche est rude et incertaine. C’est pour cela qu’elle vaut la peine d’être relevée.

Propos recueillis par Flavien Ramonet.

[1] : « La nouvelle droite brésilienne », Mémoire des luttes, 19 avril 2016.

[2] : « Macron : « Appelez-moi populiste si vous voulez » », Journal du dimanche, 19 mars 2017.

[3] : Peuple/caste ; 99%/1% ; souverainistes/mondialistes ou « partisans d’une société ouverte » selon qu’on soit au FN ou François Hollande et Emmanuel Macron.

[4] : Gaël Brustier, « Emmanuel Macron, le signe que nous approchons du stade terminal de la crise de régime », Slate, 20 janvier 2017

[5] : Chantal Mouffe et Íñigo Errejón, Construire un peuple. Pour une radicalisation de la démocratie, Éditions du Cerf, Paris, 2017.

Crédits :

  • photo d’Emmanuel Macron : Eric Feferberg / AFP
  • dessin des quatre leaders populistes de gauche : Arnaud Tracol pour l’Obs
  • photo de l’homme qui brandit une pancarte : Charles Platiau/Reuters

Comment l’élection présidentielle peut-elle bouleverser la politique française ? 1/2 – Par Simon FÉRELLOC

Ceux qui suivent attentivement la politique depuis plusieurs mois le savent : cette campagne présidentielle est totalement inédite ! Et elle l’est tout simplement parce qu’elle semble échapper à tout contrôle, à toute analyse mainstream, à tout scénario écrit à l’avance par d’obscurs « experts »… Or depuis quelques semaines, ces derniers répètent en boucle que l’élection est déjà jouée et qu’elle nous conduira à un second tour Macron-Le Pen, avec à l’arrivée une large victoire de l’ex-ministre de l’Économie.

Et c’est précisément cette certitude que le prochain président ne peut être que Macron qui me donne envie d’envisager un scénario différent, qui n’est évidemment pas certain, mais pas impossible non plus. Un scénario que j’avais envie de vous faire partager avec ce billet qui sera divisé en deux parties : une première portant sur le vainqueur possible de la présidentielle et une seconde sur l’inévitable recomposition politique qui suivra cette élection.

Quel président pour la France ?

Commençons d’abord avec les candidats issus des deux partis institutionnels : François Fillon et Benoît Hamon. Il y a quelques mois, nombreux étaient les analystes à vanter les vertus des primaires et à clamer que leurs vainqueurs y gagneraient non seulement leur légitimité, mais également de sérieuses chances de remporter cette course à l’Élysée.

Or, le seul bilan que l’on peut à présent tirer de ces « consultations citoyennes » est que non seulement la dynamique qu’elles créent n’est que temporaire, mais qu’en plus, loin d’unifier les différentes sensibilités derrière un candidat, elles ne font qu’exacerber les divisions en mettant en scène l’affrontement frontal entre les orientations des partis. Pire encore ! Elles ont obligé les candidats à se caricaturer, eux et leur programme afin de se différencier les uns des autres. C’est ce phénomène qui entraîne aujourd’hui la trahison de Hamon par l’aile droite du PS, et l’abandon de Fillon par les centristes. Ajoutez à cela les déboires judiciaires de ce dernier et la concurrence de Mélenchon à gauche, et vous obtiendrez 2 candidats incapables de convaincre au-delà de leur « noyau dur ». Soit entre 6 et 8% pour Hamon et autour de 15% pour Fillon.

Les primaires de chaque camp, en libérant un grand espace au centre, ont également permis à un autre candidat d’émerger : il s’agit d’Emmanuel Macron. La désignation des 2 candidats les plus « radicaux » de chaque camp a en effet permis au leader d’En Marche ! de ratisser large au centre-gauche comme au centre-droit, sur la base d’un programme flou mais à l’orientation « progressiste ». Ce qui lui permet de culminer aujourd’hui à 25% dans les sondages. Cependant si Macron suscite un relatif enthousiasme par sa volonté de rassembler les « progressistes » de la gauche, de la droite et du centre, il faut garder à l’esprit que ceci est également sa principale faiblesse. Effectivement, le fait d’engranger chaque semaine de nouveaux soutiens aussi hétéroclites qu’Alain Minc, Manuel Valls et Pierre Bergé risque non seulement, de mettre en lumière le manque de fond de son programme, mais aussi de le faire apparaître comme la dernière carte d’un système que les français sont si nombreux à rejeter. Résultat probablement autour de 20% au premier tour.

Parmi les 10 autres candidats, nombreux sont ceux qui critiquent régulièrement le candidat Macron pour cette forme de « compromis permanent » entre la droite et le PS. Parmi eux, on trouve notamment la candidate d’extrême-droite Marine Le Pen, qui occupe elle aussi une belle place dans les enquêtes d’opinion.

La présidente du Front National est incontestablement portée par une belle dynamique dont Emmanuel Macron est sans doute le premier responsable. En effet, sa campagne « et de gauche et de droite » permet à Marine Le Pen de ressortir son vieil « UMPS » et de se présenter à nouveau comme la candidate « antisystème » de cette élection, dans laquelle elle semble pouvoir réaliser son meilleur score.

Néanmoins, il y a quand même un phénomène capable d’enrayer la progression de l’eurodéputé : il s’agit de l’entre-soi. On le constate partout, Le Pen possède une solide base électorale (autour de 20% de l’électorat) mais a aussi de grandes difficultés à convaincre au-delà de ce cercle. Or, comme le confirme sa prestation lors du grand débat de TF1, sa campagne est axée sur ce fameux entre-soi qui consiste à rassurer sa base au lieu de convaincre les indécis. Et cette stratégie aura sans doute comme principale conséquence de renforcer le plafond de verre qui la tient éloignée du pouvoir ,et qui la bloquera probablement autour de 25% au premier tour, tout en l’empêchant de l’emporter au second.

Or, s’il y a bien un candidat qui a fait le choix de convaincre « les gens » et de ne pas rester dans « la tambouille des partis », c’est bien Jean-Luc Mélenchon. Fort de ses 350 000 soutiens en ligne, du succès de ses meetings, et de son excellente dynamique dans les sondages, le candidat de la France Insoumise pourrait très bien devenir la surprise de cette élection. D’autant plus que l’arme habituelle des socialistes, à savoir le vote utile, se retrouvera cette fois-ci, de son côté face à Benoît Hamon, et lui permettra peut être même de mobiliser une partie des électeurs de Macron venus de la gauche, jusque là tentés par le fameux « vote stratégique » contre l’épouvantail du Front National.

Il faut également tenir compte du fait que le statut de Mélenchon a changé depuis plusieurs mois. Au milieu des trahisons et de la bouillie qui caractérisent le paysage politique, le candidat de la France Insoumise incarne une certaine stabilité de candidat « droit dans ses bottes » assumant la rupture avec l’appareil socialiste. Enfin, par sa capacité à dépasser le simple « rassemblement de la gauche », le tribun dispose d’une sérieuse opportunité de séduire de nombreux abstentionnistes, qui constituent sans aucun doute la clé de la victoire lors de cette élection présidentielle qui le verra probablement dépasser la barre des 20% au premier tour.

À l’issue de cette analyse, on semble donc se diriger vers un second tour Mélenchon-Le Pen, qui devrait tourner à la victoire in extremis du premier, tant le rejet du FN est encore puissant dans la majorité de l’électorat. Cette victoire constituerait un séisme politique sans précédent et pourrait entraîner de nombreux pays européens à opter pour une nouvelle voie anti-austéritaire et ayant à coeur de rassembler le peuple d’en bas pour changer les règles du jeu démocratiques, sociales et écologiques.

De 1995 à 2017… L’histoire serait-elle sur le point de rejouer une pièce similaire ? Sans doute en partie, mais en partie seulement j’espère…

Je crois depuis longtemps que ce que personne n’attend (à part NOUS les insoumis) va se produire…

Je me rappelle très bien de l’année 1995 où Chirac a devancé le candidat dont tous les medias disaient qu’il pouvait « être élu dès le 1er tour » et que Chirac devait « se retirer » pour rendre cette victoire possible, parce que Chirac « n’avait aucune chance de figurer au second tour ».

Chirac, comme Mélenchon jusqu’à janvier dernier, était donné à plus ou moins 10% jusqu’en janvier 1995 (il s’était déclaré candidat le 4 novembre 1994 via une interview dans La Voix du Nord).

Selon les medias, qui étaient alors en pâmoison devant Jacques Delors (avant que celui-ci ne décide finalement de ne pas être candidat et le dise lors de l’émission 7/7 d’Anne Sinclair le 11 décembre 1994, provoquant le désarroi, la détresse, la déprime de presque tous les mediacrates) «Chirac n’avait aucune chance ». Tout se jouerait forcément, selon eux, entre Delors et Balladur, deux candidats « responsables », « réalistes », « raisonnables », « modérés »… Vous connaissez leur vocabulaire, n’est-ce pas ! 😉 Tous les sondages disaient la même chose…

Selon ces medias, Chirac « allait faire perdre la droite » incarnée, naturellement selon eux, par Balladur. Et il ne cherchait là qu’à « se mettre en valeur » et à « perturber » le jeu électoral normal. À les entendre, Chirac aurait eu un « ego » surdimensionné et ce n’est que par « malveillance » envers son « ami de trente ans » qu’il agissait, pour ne pas rendre possible qu’un autre que lui l’emportât… N’avez-vous pas le sentiment d’avoir entendu à peu près le même genre d’arguments ces derniers mois à l’encontre de Mélenchon ? 😉

Pour le « cercle de la raison » de l’époque, Balladur était le dirigeant qu’il fallait à la France. Et Alain Minc, qui parla le premier de ce « cercle de la raison », était d’ailleurs un de ses principaux soutiens. Comme c’est curieux !

Or, pour Chirac, pour les chiraquiens, et pour beaucoup d’autres au-delà, Balladur incarnait, jusqu’à la caricature, la droite libérale et atlantiste, le système oligarchique, la caste, le grand patronat, et tout ce qui était détestable aux yeux des Français.

Vous avez peut-être oublié – ou les plus jeunes l’ignorent car c’est de l’histoire ancienne (et pas le genre de trucs qui font la grande histoire…) – mais Sarkozy, déjà, était son principal soutien… Et, déjà, il était tel que celui qu’on aura à subir une décennie plus tard ! Même aux yeux d’une partie de la droite, il était une tête à claques ! Et même dans le camp Balladur, il y avait beaucoup de gens qui ne pouvaient pas le voir en peinture ! Pourtant, ils ont dû se le fader !

Le candidat Chirac d’alors, comme son projet (lequel était largement inspiré par Philippe Séguin et par Emmanuel Todd) était de nature « gaullisme social » et « indépendantisme ». Ce qu’il avait défendu dans sa campagne n’avait pas grand-chose à voir avec l’action de Balladur comme Premier ministre et le projet que ce dernier portait pour l’avenir. Il incarnait une autre droite, beaucoup moins détestable que celle rangée derrière Balladur. Je trouve, sur ce point, matière à comparaison en ce sens que Mélenchon incarne, depuis des années, une autre gauche que celle qui a été au pouvoir, une gauche moins détestable précisément, une gauche moins atlantiste, moins libérale…

Nous connaissons la fin de cette histoire : Balladur finit 3ème et ne fut donc même pas présent au second tour ! Les medias avaient eu raison sur un point mais un seul : Chirac avait bien empêché Balladur d’accéder au pouvoir suprême ! Mais ils avaient eu tort de penser et de répéter, sur tous les tons, y compris les plus insultants et les plus odieux, que Chirac n’avait qu’une seule chose à faire : se retirer, se soumettre, se rallier. 😉

Or Chirac avait eu raison de tenir tête, de ne pas plier, de ne pas se rallier, de défendre ce en quoi il croyait (qui était d’ailleurs très différent de ce que portait Balladur, aussi bien sur l’économie, la société que la géopolitique…). 😉

Les seuls combats que l’on est sûr de perdre sont ceux qu’on ne mène pas.

Celui qui combat peut perdre, mais celui qui ne combat pas a déjà perdu.

Chirac commença à grimper dans les sondages en janvier 1995, à la suite de ses discours qui attiraient de plus en plus de monde… Tiens, tiens… 😉

Dès qu’il se déclara officiellement candidat, en janvier 1995, Balladur commença, lui, à dégringoler de son piédestal. Dans une séquence télé absolument inimaginable tellement elle incarnait l’esprit monarchique (il faut revoir cette vidéo où Balladur, Premier ministre, parle, assis à son bureau de Matignon, l’air grave, comme un dauphin qui considère que devenir Président de la République est naturel pour lui, que c’est même un dû, et que faire campagne ne sert à rien vu qu’il est déjà élu, à écouter les medias et les sondages). Tiens, tiens… 😉

C’est pourtant lui qui fut désavoué par le peuple et c’est Chirac, que tout le monde ou presque voyait et décrivait comme le « nul » qui ne pouvait gagner, qui lui passa devant, avant de l’emporter au 2nd tour…

J’ai bien le sentiment que cette histoire est sur le point de se répéter. D’ailleurs, le phénomène a déjà commencé. Tout le monde le voit… Sauf que, cette fois, en lieu et place de Balladur, on a Macron, et que Chirac est à trouver en Mélenchon… Tandis que Hamon joue un peu – mais un peu seulement – le rôle de Jospin en 1995. Oui, un peu seulement car Jospin finit en tête au 1er tour de 1995 et ne perdit qu’au second tour, ce que Hamon ne réitèrera pas.

Les guignols de l’info en faisaient des tonnes alors sur la montée de Chirac dès le début de 1995 et le tassement – puis la descente – de Balladur, jusqu’au jour de février où l’on assista au croisement des courbes entre les deux candidats de la droite… Ceci se produisit d’ailleurs très peu de temps après la déclaration de candidature de Sa Courtoise Suffisance (surnom qui était donné à Balladur par le Canard enchaîné) comme quoi les Français avaient bien saisi qui était Balladur, ce qu’il voulait, ce (et ceux) qu’il représentait…

Je me souviens notamment de cette « discussion » entre les marionnettes de Philippe Alexandre et de Serge July, tous deux hallucinés par pareille situation politique, totalement inattendue, totalement anachronique à leurs yeux… On était dix ans avant 2005 et déjà ils affûtaient leurs arguments contre les « populistes » et les « démagogues » menaçant de détrôner les seuls candidats « acceptables » à leurs yeux !

Je me souviens aussi de certains commentaires du genre : « l’hypothèse d’un Chirac se hissant au second tour cesse d’être jugée ridicule et impossible pour devenir envisageable et crédible ».

Et oui ! Comme pour Mélenchon aujourd’hui, finalement ! 😉

Et, comme en 1995, je pense que la fin de l’Histoire en 2017 sera favorable à celui qui ne pouvait que « perdre » et « empêcher son camp de gagner »…

Certes, en 1995, le FN n’exerçait pas la même pression qu’aujourd’hui. Mais tout de même, il finit 4ème à 15% des voix (4 571 000 suffrages). Beaucoup de commentateurs expliquèrent alors  que c’est grâce à la candidature de Philippe de Villiers (qui obtint presque 1,5 million de voix soit 4,74% des suffrages exprimés) que Le Pen fut privé du 2nd tour. Il est délicat de l’affirmer avec certitude car on ne peut dire exactement comment se seraient répartis les électeurs de De Villiers s’il n’avait pas été candidat. Un certain nombre auraient sans doute choisi Le Pen mais pas tous. Certains seraient allés avec Chirac, d’autres avec Balladur ou un autre candidat, et d’autres encore se seraient réfugiés dans l’abstention ou le vote blanc et nul.

Mais cette force du FN en 2017, bien que supérieure aujourd’hui à celle qu’elle était alors en 1995, ne me semble pas de nature à empêcher le surgissement de Mélenchon au second tour.

Je pense même, de plus en plus, que le second tour fera s’affronter Le Pen et Mélenchon. Parce que les deux candidats que sont Macron et Fillon qui, aujourd’hui, dépassent Mélenchon dans les sondages, vont s’effondrer ou en tout cas s’effriter suffisamment pour que Mélenchon crée la surprise. Macron parce que c’est une bulle mediatique sans aucune assise populaire comme on commence à s’en rendre compte, y compris en haut lieu, et Fillon parce que ses affaires le plombent aux yeux des siens et que son projet ultra-réactionnaire a bien été perçu comme tel par les Français. Fillon, le croque-mort ne peut susciter l’adhésion.

En outre, je crois vraiment, et de plus en plus, que cette partie de l’électorat du FN qui choisissait Le Pen à défaut de trouver à gauche une vraie parole de rébellion, et de vraies propositions de révolution citoyenne, vont désormais se tourner vers Mélenchon, ce qui réduira d’autant l’assise de Le Pen. Parce que l’essentiel de l’électorat de Le Pen est composé de gens qui votent avec leurs pieds, et qui expriment un message de colère. Or il semble que ces temps-ci, Mélenchon incarne mieux que personne, et surtout bien mieux que Le Pen, la volonté irréductible de pratiquer le dégagisme !

Le positionnement de Mélenchon, désormais hors parti, parlant à tous, ne représentant plus seulement la gauche, ne se souciant plus des étiquettes ou des affinités mais des idées, et le fond de son projet (l’intérêt général humain) comme son esprit (l’insoumission et l’indépendantisme) parlent de plus en plus – et de mieux en mieux – à certains Français plutôt classés à droite et à beaucoup de ces gaullistes sociaux dont nous nous rapprochons sur bien des sujets. Cela a déjà commencé. Nous le constatons.

Enfin, je crois aussi que Mélenchon va attirer à lui des millions de nouveaux électeurs venus de nulle part sinon de l’abstention de longue durée. Cela a déjà commencé. Nous le voyons. Nous rejoignent déjà, ou nous disent qu’ils voteront pour Mélenchon, de plus en plus de citoyens écoeurés par la politique mise en œuvre depuis des années et par ceux qui la font.

Une fois que Mélenchon aura été élu, à la surprise de beaucoup, je tiens par contre à ce que la suite de l’histoire de 1995 ne se répète pas… Et que le nouveau Président de la République tienne ses engagements, contrairement à celui élu en 1995.

Je tiens à ce que le Président Mélenchon ne nomme pas à Matignon une personne qui le conduira – et le convaincra – à changer de discours et à remettre en cause ses engagements de campagne parce que « maintenant qu’on est au pouvoir, on ne peut plus ni parler, ni agir comme avant », parce que « il faut du temps pour que les choses se fassent », parce que « nous ne pouvons brusquer nos partenaires européens » etc. etc. etc. bref tous ces arguments bidons que l’on nous sert toujours pour justifier une reddition sans jamais la reconnaître…

C’est bien ce qui s’est produit en 1995 avec un Premier ministre Juppé qui a décidé que sa politique ne respecterait pas l’esprit – et encore moins la lettre – du projet chiraquien, parce que « le déficit du budget était calamiteux », parce qu’il fallait « d’abord réduire la dette », parce qu’il fallait d’abord « créer des richesses avant de les partager » etc. etc. etc. tous ces arguments que l’on connait si bien mais qui étaient précisément ceux que le candidat Chirac avait violemment dénoncés pendant sa campagne quand c’est Balladur qui les utilisait…

Ah ! Si Chirac, au lieu de nommer Juppé – le fils prodigue qui n’avait rien apporté en termes d’idées à la campagne – avait choisi Séguin – qui lui en était un pilier – tout aurait été différent !

Mais embarqué sur le navire piloté par Juppé, et manifestement sous l’emprise affective ou intellectuelle de celui que certains appelaient « Amstrad » (du nom de très anciens ordinateurs…), Chirac ne pouvait qu’aller à l’écueil !

Le navire sombra en 1997. Juppé voulut la dissolution de l’Assemblée Nationale, il l’a eue ! Chirac lui fit ce plaisir. Mais en fait de dissolution de l’Assemblée Nationale, c’est le gouvernement Juppé, et Juppé lui-même, qui furent dissous… Je me suis souvent amusé à dire que Chirac avait dissous Juppé en 1997. Beaucoup pensent qu’il ne vit rien venir… Si ce « il » est Juppé, c’est évident ! Par contre, je ne m’aventurerais pas à affirmer que Chirac était inconscient de ce qui se tramait… Je pense même que l’animal politique qu’était Chirac (ce que n’était pas Juppé) a eu conscience que le peuple rejetait massivement la politique de Juppé et que, ne pouvant peut-être pas, pour nombre de raisons, se défaire de lui de sa propre volonté, il remit aux Français le soin de l’y contraindre… Comme en plus Juppé la voulait sa dissolution, ça tombait à pic !

Bref, j’espère que nous ne rééditerons pas ce genre « d’expérience hasardeuse » pour reprendre les termes ironiques de Jospin au sujet de la dissolution ! Le prochain Premier ministre devra impérativement être une personne du premier cercle de Mélenchon, et une personne qui aura une volonté politique en tous points égale à la sienne. La moindre différence entre eux sera évidemment utilisée contre nous tous. Nous savons d’expérience que tous les binômes de l’Exécutif de la 5e République (je parle hors périodes de cohabitation) ont fini par se contredire, se concurrencer, se défier ou s’opposer.

C’est dans les gênes mêmes de ce régime qui était bancal dès le 1er jour puisque le Président était désigné comme un simple arbitre alors que celui qui l’était alors était un personnage exceptionnel ne pouvant évidemment pas se contenter d’un tel rôle secondaire… Et la constitution répartissant les pouvoirs entre les deux têtes de l’Exécutif n’avait pas séparé clairement les choses, donnant par exemple au président la qualité de chef des armées mais au Premier ministre la responsabilité de diriger la politique de défense de la nation. Et qui était le chef du gouvernement ? Le Premier ministre bien sûr. C’est ce que dit le texte de la constitution qui ajoute que c’est lui (et donc pas le Président de la République) qui fixe la politique de la nation. Mais le chef du gouvernement, n’est-ce pas d’abord le Président de la République puisque c’est lui qui nomme le Premier ministre et les ministres, que c’est lui qui donne les grandes orientations, que c’est lui qui peut dissoudre l’Assemblée, que c’est lui qui peut recourir au référendum ?

Bref, en raison du contexte dans lequel ce texte a été élaboré, et en raison aussi et surtout des contradictions entre les rédacteurs, eh bien il fut choisi un compromis. De Gaulle se disait qu’il ne prendrait pas grand risque à concéder certains pouvoirs au Premier ministre puisque tant que lui serait à la tête de l’État, n’importe quel Premier ministre devrait être à ses ordres, sinon en droit, du moins dans les faits. Et c’est bien ce qui s’est passé…

Et pas que sous De Gaulle d’ailleurs ! En effet, ce principe fut valable sous tous les Présidents de la République, à tel point que la relation entre les deux têtes de l’Exécutif fut parfois des plus orageuses… Doit-on rappeler la relation entre le président Pompidou et le Premier ministre Chaban-Delmas ? Ou celle entre le président Giscard et son Premier ministre Chirac ? Ou encore celle entre le Président Mitterrand et son Premier ministre Rocard ?

Et même quand l’orage n’était pas là, on peut dire au minimum que le système mediatique ou politique a tout fait, parfois avec succès, pour saboter la confiance qui pouvait exister à l’origine entre le Président et son Premier ministre. Cela s’est produit entre De Gaulle et Michel Debré, puis entre De Gaulle et Pompidou, puis entre Giscard et Barre, puis entre Mitterrand et Fabius, puis entre Chirac et Juppé. Inutile que je cause ici de la relation entre Sarkozy et Fillon… Même Hollande et Valls ont alimenté cette histoire éternelle…

On ne peut avoir deux têtes à l’Exécutif. Soit on en a une seule, soit on a une collégialité, mais mettre deux personnes au sommet du pouvoir et leur conférer des pouvoirs « croisés » voire contradictoires, c’est mettre d’entrée de jeu la discorde dans la maison commune. Or, ainsi que l’a dit le président Lincoln, certes en d’autres circonstances (à savoir celles qui précédaient la guerre de Sécession) « une maison dans laquelle règne la discorde ne peut pas tenir debout ».

J’ai pleine confiance en Mélenchon pour choisir la bonne personne pour Matignon. Mais j’ai aussi quelques inquiétudes quand je suis depuis des années tel ou telle de son entourage direct… Je crains fort qu’il n’y ait, dans cet entourage, quelques Yannis Varoufakis,  ou autres du genre de ceux qui, à Syriza, ont amené Tsipras à renier ses engagements pour rester dans l’UE…