Archives pour la catégorie 09- Lettres ouvertes

En route vers le désastre ! Mélenchon et sa France insoumise foncent dans le mur en klaxonnant !

Voter "citoyen" pour que ça change | Au commencement était ...
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Jean-Luc Melenchon, tu as signé la fin de ton parcours politique national. Si tes amis Bompard, Coquerel, Obono, Autain et quelques autres doivent jubiler ces dernières heures, je fais le pari que ça doit aussi rire à gorge déployée dans quelques salons feutrés ainsi que dans quelques bureaux de très hauts dirigeants… Parce que tes choix de ces dernières semaines et de ces derniers jours, comme de ces dernières heures, montrent, de la manière la plus éclatante qui soit, que tu n’es plus un danger pour eux. Il n’y a qu’à entendre les griots des medias pour saisir que tu es devenu présentable et qu’ils ont fait de toi le fou du roi !

Tu préfères donc les conseils de Manuel Bompard à ceux de Djordje Kuzmanovic. Tu préfères la compagnie de tes amis socialistes de toujours à celle des Insoumis et du peuple. Tu oses même mépriser celles et ceux qui t’ont rejoint depuis deux ans en affirmant sans ciller :

« que finisse cette longue solitude pour moi d’avoir été séparé de ma famille intellectuelle et affective. (…) Parce que si chaleureuse qu’aient été les rencontres qui m’ont permis de construire avec d’autres cette force (LFI), mes amis, vous nous manquez ».

Les Insoumis ne sont donc que quantité négligeable à tes yeux ?

Ils apprécieront !

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Exigeons la démission du Président Macron et l’organisation d’une nouvelle élection présidentielle

Pour signer cette pétition, c’est ici.

Ce texte a également été publié sur Le Grand Soir. Voir ici.

Nous invitons tous les citoyens français à signer cette pétition qui exige la démission du Président Macron et l’organisation d’une nouvelle élection présidentielle.

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Message en forme de lettre ouverte à M. le Président de la République et à M. le Premier Ministre à propos des ordonnances de réforme du code du travail – Le 31/08/2017

Je vous invite à lire jusqu’au bout…

Messieurs Macron et Philippe, vous êtes vraiment incorrigibles. Nous sommes si nombreux à attendre de vous que vous changiez la donne dans ce pays. Vous vous étiez engagés à le faire. Vous nous aviez promis de réformer ce pays en profondeur. Et à vous écouter, on a le désagréable sentiment que vous n’êtes pas déterminés à aller aussi loin dans la réforme. Vous allez faire semblant de réformer, sans oser les véritables réformes qui s’imposent et que le pays attend depuis si longtemps !

Non, il est manifeste, au regard des annonces du jour, que vous n’avez pas le courage d’oser. Oser réformer en profondeur ce code du travail sclérosé, qui est un frein si puissant à l’embauche et à la « confiance » des patrons, l’une et l’autre étant pourtant indissolublement liées, la première étant conditionnée par la seconde…

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Lettre ouverte à Benoît HAMON – «Hamon, le PS te lâche, lâche le PS !» Par Vincent Christophe LE ROUX

« Hamon, le PS te lâche, lâche le PS ! » disait Sam Karmann samedi dernier place de la République, dans sa prise de parole en clôture de la marche pour la 6e.

Il t’a ainsi interpellé parce que la situation est historique.

Benoît, tu peux être, par les décisions que tu vas prendre, un grand responsable politique qui pourrait, demain, servir le pays et notre peuple, ou être ce candidat d’un parti moribond que l’élection présidentielle de 2017 aura fait expirer, un candidat qui aura été personnellement humilié par la raclée historique qui lui aura été infligée.

Oui, Benoît, depuis des semaines, on voit bien que tu ne décolles pas. Et depuis quelques jours, on voit même que tu as commencé à dévisser. Voilà que les premiers sondages te mettent désormais derrière Mélenchon. Dis-toi bien que tu ne vas plus cesser de t’effriter, comme nous sommes des milliers à l’avoir prédit. Parce que tu incarnes le PS, quoi que tu dises et quoi que tu fasses. Ce PS qui est le parti qui gouverne depuis 5 ans et qui nous a mis tant de cendres dans la bouche par sa politique de la terre brûlée. Ce parti qui ne peut que disparaître.

Benoît, l’aile droite du PS, tu l’as bien compris, ne veut pas de toi. Elle te désavoue. Elle te quitte et le fait savoir.  Jamais plus, elle ne sera avec toi sauf si, tel un Tsipras, tu vas à Canossa et renies tout ce que tu as dit et tout ce en quoi tu crois. Or, il semble précisément que tu aies commencé à cheminer sur la voie du renoncement et du parjure.

Benoît, malgré cela, malgré les premiers reniements que tu leur as concédés, une partie du PS t’a déjà quitté, et les autres vont suivre. Quant aux socialistes les plus à gauche, ils commencent, eux aussi, à rompre les rangs car ils perçoivent assez bien, aujourd’hui, la nasse dans laquelle tu es, et dans laquelle tu les mets tous.

Benoît, le vote utile auquel le PS était si attaché, eh bien il n’est plus à votre avantage. La roue a tourné depuis 2012. Et le PS en porte seul la responsabilité.

Benoît, tu es donc coincé entre Macron et Mélenchon et tu ne pourras pas changer l’Histoire en train de s’écrire. Tu ne pourrais que la gêner et, en gelant les voix qui viendront sur ta candidature, rendre possible la victoire de Fillon ou de Macron.

Benoît, tu ne seras pas le prochain Président de la République, et j’imagine que tu le sais.

Si tu te maintiens envers et contre tout, tu vas connaître une humiliation dont tu n’as pas idée. Or tu ne mérites pas un tel châtiment. Certes, tu n’es pas innocent de tout ce que le peuple français reproche, à juste titre, au PS, mais tu n’es pas non plus le principal responsable de nos malheurs. Alors pourquoi devrais-tu subir sur ton propre nom la punition impitoyable qui va s’abattre sur le PS que tu représentes ?

Benoît, tu ne veux pas te retirer parce que, si tu le faisais, tu signerais immédiatement l’acte de décès et non plus seulement l’arrêt de mort du PS ?

Sans doute. Mais si tu ne le fais pas, le PS ne survivra pas pour autant. Parce que tu seras battu d’une façon qui s’apparentera à ce qu’a subi Gaston Defferre en 1969. Et le score qu’il obtint – 5,1% – emporta la SFIO. Tu le sais, j’imagine… C’est cela le spectre qui te guette.

Je le pressens depuis des années : le score du PS dépassera largement celui, pourtant déjà historiquement bas, de Rocard aux Européennes de 1994 (presque 14%) pour s’approcher dangereusement de celui de Defferre en 1969 (5,1%). À moins que le peuple français ne soit encore plus cruel et fasse que tu ne sois même pas remboursé des frais de campagne… Devras-tu alors quémander quelques sous auprès du pantin des banques et de la finance pour ne pas être ruiné ? Quel funeste destin !

Benoît, tu sais, sans aucun doute, que ta victoire est impossible. Je suis convaincu aussi que tu as même conscience que tu ne seras pas au second tour et que tu crains le score qui peut être le tien au soir du 23 avril. Mais tu agis pour l’après 7 mai penses-tu. Tu t’efforces de maintenir en vie le PS pour qu’après le 7 mai il y ait un outil de reconquête à gauche ?

Benoît, nous l’avons, cet outil. Il est neuf. Il est moderne dans sa conception et dans les modalités de son fonctionnement. Il a déjà une force de 320 000 membres venant de tous horizons mais ayant une volonté inébranlable de permettre le progrès en France, en Europe et dans le monde. Cet outil, bien sûr, c’est le mouvement citoyen « La France insoumise ». La France insoumise, c’est ce front du peuple que nous avons, avec Jean-Luc Mélenchon, tenté de bâtir avec le Front de Gauche. Nous avons échoué à atteindre l’objectif mais grâce à ce que nous avons fait alors, nous avons malgré tout construit des bases qui ont servi pour la France insoumise. Ces milliers, ces dizaines de milliers de militant-e-s, pas forcément engagé-e-s dans des partis, qui se désespéraient depuis des années, de ne pouvoir rejoindre le Front de Gauche qui n’était qu’un cartel de partis, ont massivement investi la France insoumise et ce sont eux qui font d’elle ce qu’elle est.

Nous ne nous battons pas QUE pour un homme ; nous nous battons avant tout pour des idées et un projet de renouveau, pour le pays et au-delà.

Mélenchon n’est qu’un de nous. Certes, il marche devant nous. Mais nous sommes juste derrière lui. Certains disent même qu’ils sont à côté de lui.

Mélenchon est notre représentant le plus éminent, le plus prestigieux, le plus talentueux, le plus enthousiasmant. Mais il n’est que le premier d’entre nous. Car nous tous, nous toutes, INSOUMIS-E-S que nous sommes, nous avons bien l’intention, ferme, déterminée, résolue, d’agir pour le bien de tous, et de prendre nos responsabilités, aujourd’hui comme hier et comme demain.

320 000 personnes engagées dans la France insoumise, c’est déjà exceptionnel ! Mais ce chiffre énorme n’est rien en comparaison de ce que le peuple français peut offrir. Il n’attend que cela d’ailleurs, mais il est vrai qu’en son sein, beaucoup hésitent, car beaucoup craignent d’être déçus et trompés. Sauf que le projet de notre candidat repose sur un point essentiel et lui seul le propose de manière aussi aboutie : le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple.

Donc, c’est chacun de nous qui est appelé à prendre sa part de l’œuvre collective, pas seulement aujourd’hui dans la campagne, mais aussi et surtout demain dans la reconquête du progrès.

Et nous ne le ferons pas seuls ! Nous avons besoin de toutes les bonnes volontés.

Benoît, le PS doit disparaître du paysage politique français et il disparaîtra, quoi que tu dises, quoi que tu fasses pour t’y opposer ! Tiens cela pour acquis ! Ce n’est pas une vérité révélée, ni une vision mais une intime conviction basée sur l’histoire et sur une certaine conscience politique…

Mais toi, Benoît, tu peux encore avoir une utilité pour le pays plutôt que te te perdre dans une élection qui ne peut être pour toi qu’un Waterloo.

Benoît, si tu as, au fond de ton coeur, et de ton âme de combattant politique, la grandeur que doivent avoir les « hommes d’État »,

Si tu veux t’élever de ta position actuelle de candidat destiné à mordre la poussière à celle d’un grand responsable politique conscient de l’Histoire en train de s’écrire et préférant aller dans son sens que de freiner son avènement,

Si tu perçois le danger immense que courent notre pays et notre peuple, mais aussi notre continent et notre monde si, au second tour de la prochaine élection présidentielle, il nous faut choisir entre deux de ces trois-là : Fillon, Macron ou Le Pen,

Si tu as encore le sens de la réalité, et si tu as encore un minimum de dignité,

Alors, Benoît, prend rapidement la décision qui s’impose.

Épargne-toi le pire et épargne-nous le pire.

Benoît, ne te laisse pas manœuvrer ou embrigader par des logiques d’appareil quand nous avons à faire face, tous ensemble, à de tels dangers. Ne sois pas le jouet de ceux qui n’ont d’autre but que de faire échouer Mélenchon, le seul qui puisse aujourd’hui être le primus inter pares qui agira pour sauver la République en faisant chuter la 5e et en permettant que soit instaurée la 6e,

qui restaurera les droits et libertés en même temps que l’égalité des Français-e-s,

qui contribuera très activement à sauver la paix de l’Europe et du monde en nous retirant des organisations bellicistes et dangereuses, en construisant de nouvelles solidarités européennes et mondiales,

qui oeuvrera avec beaucoup d’autres, en France, en Europe et dans le monde, pour que l’humanité puisse non seulement survivre longtemps encore, ce qui est loin d’être acquis au regard des dangers qui planent sur l’écosystème global, mais pour qu’elle vive mieux demain qu’hier.

Benoît, pour que les jours heureux reviennent, nous avons besoin que Jean-Luc Mélenchon soit élu Président de la République. Et nous avons besoin de nous y mettre tous, pour le faire élire d’abord, pour mener l’action de reconquête ensuite. L’un ne va pas sans l’autre.

Benoît, toi aussi tu peux être utile à ton pays et nous aider dans l’œuvre colossale à accomplir.

Et les citoyen-ne-s socialistes aussi ont leur rôle à jouer dans cette entreprise révolutionnaire.

Certes, TOUS les dirigeants socialistes, petits ou grands, nationaux ou locaux, qui portent la responsabilité de la situation calamiteuse que nous vivons, ne peuvent que dégager, de gré ou de force.

Mais au-delà de ces quelques centaines ou milliers de dirigeants qui doivent tomber avec le système, il y a des dizaines de millions de Français, et parmi eux beaucoup de Socialistes, qui peuvent agir de concert avec nous, nationalement et localement, pour le bien public, pour l’intérêt général, pour l’indépendance de notre pays, et pour la souveraineté de notre peuple.

Chacun doit prendre sa part dans cette reconstruction. Toi aussi ! Les Socialistes sincèrement socialistes aussi !

Benoît, ne maintiens pas ta candidature au premier tour.  Retire-la. Fais-le vite ! Et viens mettre ta bonne volonté et ton énergie au service de la grande et noble cause que nous servons avec Jean-Luc Mélenchon et la France insoumise. Avec toi, ce sont des dizaines de milliers, des centaines de milliers de personnes qui ajouteront leurs forces aux nôtres.

Benoît, plutôt qu’une défaite humiliante que tu ne mérites pas mais dont l’occurrence est garantie, tu auras pris ta part dans notre  victoire collective. Ce ne sera pas seulement celle de Jean-Luc Mélenchon, ni même celle de la France insoumise. Ce sera la nôtre à tous, qui que nous soyons ! Ce sera celle de la France. Ce sera celle du peuple français tout entier qui pourra de nouveau espérer en des jours meilleurs, puis les voir advenir avant cinq ans.

Et pour toi ou « les tiens », ce serait autrement plus glorieux que de rester dans l’Histoire comme les derniers des Mohicans, ces « malgré-nous » qui auront incarné, à leur corps défendant, l’éradication électorale du Parti Socialiste…

« Le PS te lâche, lâche le PS », Benoît !

Sept mois après la première, deuxième lettre ouverte à Jean-Luc Mélenchon

Le 21 juin 2014, il y a donc sept mois, je publiais une amicale lettre ouverte à Jean-Luc Mélenchon dans laquelle, après avoir dit beaucoup d’autres choses, je l’appelais à devenir le rassembleur du peuple et non pas à demeurer le chef d’un parti. Sept mois plus tard, je pourrais réécrire presque tout ce que j’avais écrit alors ! Je vous invite à lire ou relire cette première lettre avant d’attaquer celle-ci.

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Quelques semaines à peine après la publication de cette lettre ouverte, vous annonciez, lors du Remue-Méninges de septembre 2014, votre décision de quitter la co-présidence du PG. Martine Billard, l’autre titulaire de la fonction, faisait de même.

Je me suis alors réjoui ayant eu le sentiment d’avoir été entendu même si je n’ai pas la forfanterie de croire que l’expression de mes espérances, dans la lettre ouverte de juin, y soit pour quoi que ce soit…

Dans la foulée, vous avez créé le M6R qui est parti très fort. Depuis il a tendance à stagner. Ce n’est pas mon propos ici que d’en examiner les raisons. On le fera ailleurs et en d’autres temps.

Non, ce soir, je veux donner une suite à cette première lettre ouverte. Car depuis quelques mois, j’ai la désagréable impression que vous vous êtes remis dans la peau d’un chef de parti. Or ce n’est pas cela que les militants du PG, à mon sens, attendent de vous. Et ce n’est pas cela non plus, je crois, que le peuple français attend de vous. Vous aviez été très bien inspiré en septembre dernier. Vous vous devez, à mon sens, de revenir à cette inspiration-là.

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Je me plains, ces derniers temps, que vous ne cessiez de parler de votre « ami » Pierre Laurent en qui vous dîtes trouver du « talent ». Pas une seule parole désobligeante à son encontre ne sort de votre bouche. Jamais. Alors que lui ne rate pas une occasion, et depuis déjà bien longtemps, d’être au mieux désagréable… au pire de faire preuve de muflerie, sinon dans les mots qu’il emploie, du moins dans le sens du message qu’il diffuse à votre encontre.

Jean-Luc, arrêtez donc les mots aimables envers ce fourbe qui n’a pas tout à fait le même projet que vous – quel euphémisme ! – qui a déjà trahi le FdG il n’y a pas si longtemps, et le retrahira… Pire, il prend un plaisir sadique à vous défier ou à vous désavouer immédiatement après que vous ayez parlé. Ce n’est pas une saine concurrence, ça ressemble davantage à l’élève qui veut surpasser le maître mais qui n’en a pas les talents et qui, le sachant, se montre sous les traits détestables du frustré, du jaloux, de l’envieux.

Quand je vois cette lutte à fleurets mouchetés entre vous et lui, il me revient en mémoire un autre duel politique que j’ai bien connu : celui qui opposa entre 1993 et 1995, Jacques Chirac et Édouard Balladur.

Le premier était, a priori, le « gentil » de l’histoire, celui qui était abusé  par le second, censé être pourtant son « ami de trente ans », lequel « ami » remplissait à merveille son rôle de traître, cornaqué qu’il était par tous les requins et apprentis salopards de sa cour des miracles, notamment « les deux Nicolas », Bazire et Sarkozy, l’éminence grise du Cardinal et le nain hydrocéphale.

Il serait préférable que vous ne soyez pas le Chirac de l’histoire et que Pierre Laurent ne soit pas le Balladur…  Encore que, à bien y réfléchir, vu comment l’histoire a fini pour ces deux-là, vous auriez peut-être intérêt finalement à être ce « Chirac » envoyant « Balladur » mordre la poussière…

Savez-vous que certains disent que Chirac a en fait manipulé Balladur ? Ceux qui avancent cette thèse – que je fais mienne – prétendent que Chirac, connaissant bien son « ami », l’ayant vu à l’oeuvre dans différentes responsabilités depuis les années 60, avait eu la prescience que Balladur, ce grand bourgeois attiré irrésistiblement, comme tant d’autres, par le prestige et l’autorité que vous confère le pouvoir institutionnel, ne résisterait pas à l’appel de ce pouvoir en mars 1993. Les mêmes ajoutent que Chirac ayant été candidat deux fois à l’élection présidentielle et ayant échoué deux fois à cette élection après avoir gouverné, avait compris que l’on ne peut rassembler le peuple à une telle élection après avoir forcément déplu à une partie importante de ce peuple au cours des années de gouvernement. Selon eux, Chirac avait donc intégré la leçon et savait qu’ayant gouverné deux ans pour les seuls intérêts de la classe privilégiée, Balladur ne pourrait que perdre l’élection présidentielle deux ans plus tard… Chirac a été présenté partout comme le gars qui fut « trahi » par tous ses « amis » et y compris par ceux qui lui devaient tout. Et il n’y avait pas que Balladur qui devait sa carrière à Chirac ! Chirac a effectivement été « trahi » ! Mais ce qui est intéressant, c’est que la probabilité est grande que cet animal politique qu’était Chirac ait joué une partie d’échecs avec son « ami de trente ans » et qu’il réussit l’échec et mat ! En lui « laissant » Matignon après qu’il ait mené lui-même, bien plus que Balladur, la campagne victorieuse des élections législatives de mars 1993, il permit au stratagème de se réaliser. Balladur sauta à pieds joints dans le piège machiavélique que Chirac lui avait préparé. Trop heureux et trop fier de redevenir un gouvernant de premier plan, convaincu que lui serait bien meilleur et plus aimé par les Français que Chirac, étant sans cesse adulé par sa cour et par les medias (rappelez-vous cette époque de « Balladuromania » médiatique), il s’imaginait pouvoir passer sans difficulté de Matignon à l’Élysée… Raté ! Pendant ce temps, le prétendu « naïf », le prétendu « trahi » par les siens, le prétendu « abandonné de tous », le prétendu « candidat pour l’éternité », réputé « seul » dans son hôtel de ville, ne rongeait peut-être pas son frein tant que ça. Il n’est pas si irréaliste de penser que bien au contraire, Chirac se fendait la gueule ! Ravi de voir le piège se refermer sur « Sa Courtoise Suffisance », surnom que Le Canard Enchaîné avait donné au Premier ministre rival de Chirac !

Bref, cette histoire a un peu de sel aujourd’hui, vous ne trouvez pas ?

Pourquoi ai-je rappelé cet épisode de notre histoire politique ? Parce que je vois en vous un animal politique sans doute aussi malin, rusé et intrépide que pouvait l’être Chirac. Que cette analogie ne vous soit pas désobligeante car j’ai pour vous bien plus d’estime que je n’en ai pour Chirac. Mais je veux dire par là, en comparant la concurrence entre Chirac et Balladur à celle qui transparaît de votre relation avec Pierre Laurent, que vous êtes, sans aucun doute, bien plus malin que votre « ami » qui, lui, n’est pas « de trente ans »…

J’ai donc idée que vous saurez gérer cette concurrence. Voyez, j’ai usé du verbe « gérer », qui est neutre et ne contient aucune connotation agressive ou méprisante envers votre « ami »… En fait, j’aurais tout aussi bien pu dire « désamorcer » ou « court-circuiter », ou même, pourquoi pas, « liquider » si j’avais voulu me faire plus piquant !

Pierre Laurent, en effet, me fait penser à la grenouille de la fable de La Fontaine, celle qui voulait se faire aussi grosse que le boeuf et qui en creva. Par contre, l’analogie s’arrête là car je n’aurai pas l’indélicatesse de vous comparer à un boeuf…

Pierre Laurent ne sera JAMAIS élu Président de la République. Il pourrait peut-être être nommé à Matignon si le capitaine de pédalo devenait un Machiavel en herbe. Car un tel coup de Jarnac, sans aucun doute, déstabiliserait toute l’Autre Gauche qui deviendrait un champ de bataille, tant Pierre Laurent inspire, au gré de ses interventions et goujateries, le dégoût, le mépris, le désaveu, la colère, l’exaspération, la défiance…

Lui et d’autres vous reprochent d’être trop « clivant » et pour cette raison, il se croit plus à même de rassembler le peuple que vous. Mais veut-il vraiment rassembler le peuple ou ne cherche-t-il pas seulement à rassembler la Gauche ? La question mérite d’être posée car voilà une autre différence entre vous et lui, me semble-t-il !

Quant au clivage dont il vous accuse, c’est assez amusant car lui aussi clive… N’en a-t-il pas conscience ? Il a, comme vous, ses amis mais il a aussi, comme vous, ses adversaires et ses ennemis résolus. Et puis, malgré ce trait de votre personnalité qu’il dénonce une nouvelle fois, vous avez su rassembler presque quatre millions de suffrages il y a deux ans, vous ! Pierre Laurent aurait-il fait mieux en clivant moins ? Voilà une autre question qui mérite d’être posée puisqu’il y revient… Je crains fort pour lui que la réponse ne lui soit pas très favorable…

Non ! Pas plus que Pierre Laurent, aucun communiste ne sera jamais élu Président de la République car jamais il ne franchirait le premier tour. Les Français ne voteront jamais majoritairement pour un ou une candidat-e de ce parti. Plus vite, nous aurons intégré cette réalité et mieux armés nous serons pour l’affronter.

Et il en va de même des seconds couteaux et des troisièmes larrons qui s’y voient déjà… Je ne citerai aucun nom pour ne blesser personne…

Il ne s’agit pas d’élire un représentant falot ou un simple mandataire des volontés du peuple, mais un combattant, un guerrier, car c’est bien une guerre qu’il faudra mener contre la finance, contre les oligarchies coaliséées, contre l’Empire, ses suppôts, ses vassaux et ses porte-flingues. Pour assumer cette responsabilité, il est préférable d’être solidement expérimenté, pour ne pas être pris de court le jour venu. Il est indispensable aussi d’être suffisamment intelligent, malin, rusé pour savoir s’opposer à tous ceux, très puissants, qui se mettront en travers de notre chemin. Il est également utile d’avoir le talent pour faire passer les idées. Et il est plus adapté à la situation d’avoir quelqu’un qui se dit, depuis des années, déterminé à déplacer les montagnes et qui a montré des preuves de sa vaillance et de sa témérité, plutôt qu’un autre qui, au contraire, a prouvé qu’il avait d’autres exigences, d’autres références, d’autres valeurs que celles de servir l’intérêt général. Quand on préfère défendre ses intérêts particuliers, on n’est pas crédible ensuite quand on prétend vouloir défendre l’intérêt général. Et quand on n’a pas su dire non au PS, on ne saura pas dire non à l’Empire… On transigera. On négociera. On capitulera pourvu qu’on sauve quelques élus et le parti…

Et imaginez-vous le peuple français supporter plus que quelques secondes les discours de cet homme ?

« Mal nommer les choses, c’est ajouter aux malheurs du monde » disait Camus. Moi j’assume de dire que Pierre Laurent est un boulet. Peut-être serait-il excellent pour une responsabilité secondaire mais en aucun cas pour celle de chef de l’État.

Il nous faut un caractère bien trempé, comme le vôtre ! Pour cela, il nous faut quelqu’un qui a su rompre les rangs, à temps, avec les Solfériniens. Il nous faut quelqu’un qui n’a pas, à son passif récent, d’avoir préféré sauver ses élus au prix d’alliances avec ceux que nous combattions, plutôt que de se battre à nos côtés.

Pierre Laurent peut dire ce qu’il veut mais non seulement c’est un nain à côté de vous, mais en outre c’est un handicap pour nous tous, pas un talent. Puisqu’il ne le sait pas, ou qu’il feint de l’ignorer, il faut le lui rappeler, chaque jour qui passe…

Je ne vous demande pas de vous déchirer publiquement avec lui, car ce serait du plus mauvais effet, et totalement contre-productif. Mais quand il vous gifle, il faut que des militants qui vous soutiennent lui rendent coup pour coup. Vous serez vous-même, et resterez, au-dessus de la mêlée. Nous, en revanche, nous pouvons assumer cette sale besogne. Vous paraîtrez ainsi tel « le roi de France ignorant les querelles du duc d’Orléans »… pour reprendre une autre formule célèbre.

Par contre, s’il est plus intelligent de ne pas répliquer vous-même et de laisser d’autres s’en charger pour vous, j’insiste pour que vous cessiez les mots doux à son sujet. Je pense que la bonne conduite à tenir est de l’ignorer, de vous libérer de lui et du PCF, de tailler la route en suivant VOTRE intuition et en écoutant VOS amis les plus sincères, qui ne sont pas forcément ceux qui vous cajolent le plus ou vous dressent des couronnes chaque jour…

Les Français ne sont pas tous ignares, idiots ou irréfléchis et vous le savez. D’ailleurs, c’est ce que vous commencez à dire ces derniers temps dans vos passages médiatiques. Ils voient le spectacle politique. Ils savent qui est digne des hautes responsabilités et qui ne l’est pas. Certes, on a le sentiment, aujourd’hui, qu’ils ont davantage au coeur la rage et la défiance généralisée que la confiance et la bienveillance. Mais peut-on les en blâmer ?

Les Français hurlent, différemment certes, mais de manière répétée depuis trente ans au moins, leur soif de progrès et ne le voient jamais venir. Quant à celles et ceux qui le leur proposent, ils ne sont pas jugés crédibles. Nous avons de bonnes raisons de comprendre pourquoi. Nous-mêmes, le PG, n’avons pas géré au mieux les évènements de ces deux dernières années. Et je ne dirai rien du Front de Gauche…

Si nous végétons à un étiage oscillant entre un score à moins de 5% (cf les résultats de la toute récente élection législative partielle dans le Doubs hier dimanche 1er février 2015) à plus ou moins 10% quand il s’agit d’évaluer les intentions de vote en votre faveur,  ce n’est sans doute pas du fait de l’insuffisance ou de l’inopportunité de notre projet, mais beaucoup plus en raison de l’indigestion que notre alliance avec le PCF, parti de l’establishment,  engendre chez les Français.

On pourrait aussi causer de l’attitude et de certains votes des députés du Front de Gauche, tous communistes…

Jean-Luc, je suis de  ceux qui pensent – et je suis loin d’être le seul ! – que votre destin est de dépasser le PG et le Front de Gauche, fut-il élargi prochainement à une partie d’EELV et de la gauche du PS. Votre rôle, quand bien même certains le refusent, est de demeurer celui qui marche devant. C’est d’être la locomotive qui tire le train.

Que des journalistes ou de faux amis, du PCF ou d’ailleurs, tentent de vous discréditer, de vous tenir en laisse, de vous empêcher d’exister à la hauteur du rôle que l’Histoire pourrait vous confier, cela ne doit pas vous intimider et vous amener à rentrer dans le rang. Or, quand vous affirmez que « votre personne ne sera jamais un obstacle« , c’est ce que vous donnez le sentiment de faire… Accepter de ne pas être celui que vous êtes pourtant bel et bien depuis 2012 aux yeux de la majorité, à savoir notre représentant naturel pour l’élection présidentielle à venir, c’est « désespérer Billancourt », pour user à nouveau d’une formule célèbre…

Ce n’est pas parce que je suis au PG et que vous en avez été le co-président que je dis ça. Si j’avais été dans un autre parti, j’aurais dit exactement la même chose dans les mêmes circonstances. Et si une personnalité de « mon » parti n’était pas à la hauteur mais tentait de concurrencer une autre personnalité d’ailleurs que j’aurais jugé plus apte, j’aurais, sans le moindre doute, sans la moindre hésitation, soutenu la seconde plutôt que la première… La fidélité doit être offerte à des idées plus qu’à des personnes. Les personnes en bénéficieront aussi longtemps qu’elles-mêmes seront fidèles à ces idées…

Aujourd’hui, en 2015, comme c’était déjà le cas en 2012, aucune autre personnalité ne peut rivaliser avec vous. Si elle existe, elle ne s’est pas encore fait connaître du public, ni des militants…

Donc c’est vous ! Certes, ce n’est peut-être pas votre souhait de repartir au feu car je veux bien croire que s’il y a des joies et des satisfactions à être le candidat du peuple, et peut-être demain le Président de la République, il y a aussi bien des contraintes à souffrir, bien des souffrances à endurer, bien des risques à courir, bien des privations à accepter, et donc bien des raisons de refuser d’y retourner. Mais quand on a la possibilité de faire l’Histoire, on ne le refuse pas !

C’est votre devoir de combattant politique d’assumer ce rôle. Vous nous avez fait espérer en 2012 et vous ne pouvez plus nous abandonner en chemin. D’ailleurs, je ne crois pas vraiment que vous soyez dans cet état d’esprit. Je ne crois pas que vous vous battiez comme vous le faîtes, comme un lion pourrait-on dire, pour ensuite céder la place à un « zèbre », aussi gracieux que soit cet animal… Après avoir fait le plus gros travail depuis des années, vous laisseriez la place à un second couteau ? M’enfin ! Ce ne serait pas conforme à la volonté populaire. Car si vous êtes loin devant dans les sondages de bonnes opinions, ce n’est pas du seul fait de votre volonté. C’est aussi le résultat de la nôtre… C’est parce que c’est vous que l’on veut, parce que il n’y a que vous qui nous paraissez suffisamment déterminé, suffisamment informé, suffisamment « rugueux » pour défier toutes les puissances internes et extérieures, et en même temps, j’en suis convaincu, capable de devenir le rassembleur du peuple sur un projet ambitieux qui pourrait être une adaptation à notre époque du programme du Conseil National de la Résistance. Le mouvement qui vous portera à la Présidence de la République devra, de toute façon, rassembler très au-delà de la Gauche. Ce devra être un « CNR 2.0 » pour parler le langage contemporain tout en ayant à l’esprit cette maxime « les pieds sur terre et la tête dans les étoiles ».

Car le peuple français jugera aussi, le jour J, les capacités à gouverner, à résister, à répliquer et, pour paraphraser une citation de Marcel Sembat (en en changeant juste quelques termes), à « introduire l’idée de progrès par effraction dans le cerveau de ceux qui ne savent pas le concevoir ».

Notre projet est, sinon le meilleur dans l’absolu (il mérite, selon les cas, d’être précisé, réorienté, réaffirmé) mais au moins la base la plus solide et la plus crédible à partir de laquelle nos pourrons passer de la résistance à la reconquête.

Alors, je vous en conjure, plutôt que de discuter dans des arrières-cours, ou dans les bureaux feutrés des sièges des partis politiques, d’alliances électorales avec tel ou tel parti, telle ou telle organisation politique, syndicale, associative, reprenez votre rôle qui n’est pas d’être le chef d’un parti, d’un clan, pas même d’une coalition.

Votre rôle n’est pas d’incarner la Gauche mais de représenter le peuple. Je ne doute pas que vous en ayez et l’étoffe et les épaules… Vous en avez déjà le talent. Reste à en avoir l’envie et à le montrer, donc à l’assumer publiquement ! Dès maintenant. Sans attendre 2017 ou 2016 ! Plus de fausse pudeur vis-à-vis de ces autres « talents » que vous dîtes voir autour de vous. Certes, il en existe mais pour des seconds rôles, pas pour l’auguste responsabilité qui vous échoit à nos yeux de militants de la Sixième République et de la révolution citoyenne.

« L’ennemi n’est pas celui qui te fait face, l’épée à la main, ça c’est l’adversaire. L’ennemi c’est celui qui est derrière toi, un couteau dans le dos ». Thomas Sankara

Cher Jean-Luc, je vous adresse un chaleureux salut militant et plein d’encouragements pour la suite…

Lettre ouverte d’un militant de base du Parti de Gauche à Nicolas Dupont-Aignan, Président de Debout la France

Avant-propos

Au lendemain de sa victoire aux élections législatives en Grèce, Syriza, la « Coalition de la Gauche radicale », a conclu un  accord de gouvernement avec le parti « ANEL » (« les Grecs indépendants ») de Panos Kamménos. Ce parti est défini comme « souverainiste » et est classé à droite. D’où des réactions très vives de certains…

Pourquoi un tel accord a priori contre nature ? Cet accord permet à Syriza d’obtenir une majorité absolue des sièges au Parlement, alors qu’il lui en manquait deux pour atteindre le seuil fatidique de 151 sièges et que ni le PASOK (le parti socialiste grec), ni le KKE (le parti communiste grec), ne voulaient permettre à Alexis Tsipras, le leader de Syriza et nouveau Premier ministre grec, et à Syriza elle-même, d’atteindre, grâce à l’apport de leurs députés, ce seul fatidique des 151 sièges.  Le nouveau Premier ministre grec a alors cherché avec qui il pouvait s’entendre, ne serait-ce que partiellement, pour pouvoir obtenir cette majorité absolue, sans donner le signe d’un afadissemnt de sa volonté de lutter contre ceux qui humilient son pays et martyrisent son peuple. Et de fait, malgré de grandes différences, voire de profondes oppositions entre Syriza et Panos Kamménos sur beaucoup de sujets de politique intérieure, ces deux partis se rejoignaient sur la nécessaire rupture avec l’austérité, et l’indispensable bras de fer à engager avec l’UE et avec le gouvernement d’Angela Merkel. Alexis Tsipras ,et sans doute l’état-major de Syriza avec lui, ont donc jugé possible et utile de s’accorder avec ce petit parti souverainiste de droite car, en l’état des forces politiques au sortir de ces élections, l’ANEL et son leader Panos Kamménos ne seront pas en situation de peser sur les principaux choix de Syriza et de Tsipras mais ils pourront, ensemble, opposer un front solide face à leurs ennemis communs. Je considère donc, pour ma part, que c’est la moins mauvaise des solutions, au regard des réalités actuelles. Certes, il aurait été préférable de passer un accord avec le KKE, parti communiste grec, qui est plus proche de Syriza que ANEL de Panos Kamménos. Mais la fin de non recevoir du KKE mettait un terme à cette éventualité. Et négocier avec les centristes de To Potami aurait été mettre un doigt dans la gueule du crocodile vu qu’ils sont européistes et, si j’ai bien saisi, pas si hostiles que ça à l’austérité…

Nicolas Dupont-Aignan, Président de Debout la France étant l’invité, ce lundi 26 janvier 2015, de Jean-Jacques Bourdin, dans le cadre de la Matinale de RMC, l’animateur a saisi l’occasion de poser à son invité une question politicienne sur ce sujet. Il a ainsi demandé à Nicolas Dupont-Aignan, dont le parti Debout la France est le plus proche parent de l’allié inattendu de Syriza, si « politiquement, [il] pourrait passer un accord avec le Front de gauche de Mélenchon ». Et Nicolas Dupont-Aignan répondit : « Si c’est pour sauver la France et si c’est sur un programme intelligent de création de richesses, pourquoi pas ? »

Voici une réponse que j’adresse à Nicolas Dupont-Aignan suite à sa main tendue. Elle n’engage que moi, militant très ordinaire du PG et sans responsabilité particulière au sein de mon parti. Elle ne représente que ma vision et n’engage en rien mon parti. Si j’emploie le « nous », c’est parce que je crois, malgré tout que d’autres que moi pourraient se retrouver dans ce que j’écris. D’où aussi mon choix de recourir à une lettre ouverte car si cette réaction est personnelle, je suis convaincu que beaucoup de militants et de citoyens pourraient avoir envie de dire leur propre sentiment sur la question qui a justifié cette lettre.

* * * * *

Monsieur Dupont-Aignan,

Vous avez émis, ce lundi, une proposition de partager le gouvernement de la France avec le Front de Gauche. C’est une proposition inédite, mais que l’on peut comprendre, quand on étudie votre parcours,  quand on connaît votre philosophie politique et que l’on suit de près l’actualité.

Mais s’il est possible de la comprendre, il est très difficile, pour ne pas dire impossible, aujourd’hui, d’y donner suite. Je vais essayer de vous expliquer pourquoi.

Cela va vous paraître paradoxal mais je dirais qu’il y a un préalable nécessaire, indispensable. Non pas que vous viriez à gauche, car ce serait une demande insensée de notre part, vu que vous avez toujours été de droite. En outre, il n’est pas dans notre habitude de réclamer de nos « alliés » qu’ils nient ou remettent en cause ce qu’ils sont. Bon, si vous décidiez de vous rallier à nous, nous vous accueillerions et nous vous ferions une place. Mais en général, nos alliés sont naturellement, politiquement parlant, très proches de nous, même si l’on peut parfois se disputer sur tel ou tel sujet. Il ne viendrait par exemple à l’idée de personne d’envisager de nous allier avec, par exmple, l’UMP en leur demandant de renier ce qu’ils sont et de communier civilement avec nous dans l’écosocialisme, d’exprimer la volonté de mettre à bas le capitalisme et d’embrasser notre objectif de substituer une 6e République du peuple à cette 5e République devenue celle des oligarques. Nous choisissons de nous allier avec celles et ceux avec qui nous partageons quand même, d’entrée de jeu, l’essentiel et avec qui il est possible de passer des compromis acceptables sans compromission.

Pourtant, certains d’entre nous voient plus grand. Certains d’entre nous aspirent à un « rassemblement du peuple ». Ceci devrait vous parler n’est-ce pas ? Le « rassemblement du peuple  a toujours été aussi la volonté du général de Gaulle, puis de ceux qui se sont prétendus, à tort ou à raison, ses héritiers. Mais c’est aussi tout autant l’objectif des révolutionnaires, qui aspirent à ce que le peuple se dresse, uni, contre les oligarques, contre les maîtres, contre les tyrans. En fait, que l’on parle de « rassemblement du peuple » ou de « lutte des classes », on parle en fait de la même chose : les 99% contre les 1%. L’intérêt général contre les intérêts particuliers. C’est ainsi que personnellement je vois les choses.

Donc, si certains à droite et à gauche, un peu moins au centre, refusent, par principe, de parler avec leurs adversaires, et refusent toute hypothèse d’action commune, il y a aussi des militants et des citoyens, à gauche, à droite, au centre ou ailleurs, qui pensent que se parler est utile à tous et que parfois, agir ensemble, pourrait mieux faire avancer l’intérêt général.  Comme ce fut le cas sous l’Occupation et la Résistance avec le CNR. Je vais y revenir plus loin.

Ces propos liminaires avaient pour but de vous montrer que je ne fais pas partie des gauchistes sectaires, bien que je sois de gauche. Je ne rejette pas, par principe, l’idée de débattre, de discuter, d’échanger, voire même d’agir avec des militants ou des personnalités qui ne partageraient pas ma vision, mes analyses, mes rêves et mes projets. Sinon, nous resterions en vase clos, au risque de nous scléroser. La contradiction, le clivage, le débat même, et surtout avec ceux qui défendent des convictions et des propositions opposées aux vôtres, sont utiles à tous. J’ai appris de Jean-Luc Mélenchon que le clivage favorise bien plus la démocratie que le consensus.  Mais à l’inverse, s’il y a un temps pour le clivage, il y en a un aussi pour le rassemblement. Et je ne parle pas ici de cette « unité nationale » qui est soit une fumisterie, soit une escroquerie pour attraper les gogos, soit pire, un ferment de dictature et de pensée unique sacralisée.

Si débattre, échanger, se contredire, argumenter et contre-argumenter est toujours possible et est même nécessaire entre adversaires ou concurrents, en revanche, gouverner ensemble, c’est tout autre chose, vous en conviendrez. Il est indispensable de partager les mêmes valeurs et les mêmes dégoûts. Il est nécessaire d’être prêts à appliquer les mêmes principes fondamentaux même si l’on peut se différencier sur les mesures d’application de ces principes. Il est plus que préférable de caresser les mêmes rêves. Et là, je ne suis pas convaincu, malgré quelques proximités entre vous et nous, que ce minimum existe pour que nous puissions envisager un gouvernement commun entre vous et le Front de gauche.

Je pourrais dire, sur le ton de la boutade, et usant du paradoxe : « Redevenez un authentique gaulliste et on pourra discuter… »

Curieux comme suggestion non ? L’homme de gauche, le démocrate exigeant et ambitieux que je suis, qui a bien des raisons de critiquer le général de Gaulle et son oeuvre, vous appelle à redevenir « gaulliste ». Il y a deux idées derrière cette suggestion.

D’une part, il y a l’idée que le gaullisme authentique, ou l’idée que je m’en fais sur la base de mon éducation, de ma culture et de mon expérience politique,  n’était pas le mal absolu que certains décrivent. Certes il y a beaucoup à dire de la personne et de l’oeuvre du Général, et nous le faisons, au Parti de Gauche et au Front de Gauche. Nous ne nous privons pas, au Front de Gauche, de dénoncer ce qui nous semble devoir l’être : « sa » constitution, par exemple, qui permet toutes les déviances antidémocratiques que nous connaissons. Sur ce point, nous n’ignorons pourtant pas que le texte initial a été si souvent modifié que l’oeuvre même du Général ne peut être seule en cause. La pratique des hommes qui lui ont succédé a eu ses impacts nuisibles. Les nombreuses révisions ont dénaturé cette loi fondamentale. Cela est vrai. Mais nous pensons aussi que le texte initial, dans ses grands principes, portait en lui-même tous les risques que François Mitterrand a brillamment décrits dans « Le coup d’état permanent », avant hélas d’oublier son génial réquisitoire et de se complaire, à son tour, dans ces jeux de pouvoir et cette forme d’autoritarisme que la loi fondamentale de notre pays rendait possible. Certes le Général lui-même, bien qu’ayant gouverné avec autoritarisme, a toujours respecté la volonté populaire exprimée électoralement, puisque nous savons tous qu’il démissionna le jour même où, pour la première fois, il fut désavoué. Ses successeurs n’eurent pas les mêmes préventions. Le système est donc pernicieux puisqu’il permet les abus. Montesquieu disait « Tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser » et c’est pourquoi il ajoutait peu après que pour conjurer ce risque, il fallait « que le pouvoir arrête le pouvoir ». C’est-à-dire qu’il était indispensable, selon lui, de créer des contrepouvoirs et des contrepoids. On en est très loin avec cette constitution. D’où notre volonté de la changer.

Le Général est aussi critiquable pour bien d’autres raisons mais cette lettre n’a pas pour objet de dresser  un réquisitoire contre lui. Car à l’inverse des critiques que je peux lui faire, et que mon parti ou mes camarades peuvent lui adresser, j’ai aussi, personnellement, envers lui, une certaine admiration pour une bonne partie de sa vie ou de son oeuvre. De son action pendant la Résistance, de son bref passage au gouvernement provisoire en 1944, de sa présidence de 1958 à 1969, il nous reste des trésors, surtout quand on compare cette époque à notre temps, à tout ce que lui, et d’autres avec lui, avaient rendu possible, qui a été détruit, dévasté, annulé depuis. Au temps du général de Gaulle, nous étions libres, indépendants, souverains. Au temps du général de Gaulle, nous étions écoutés, respectés, pris pour exemple. Au temps du général de Gaulle, nous parlions au monde entier, à toutes les puissances, Ouest et Est, mais aussi aux Non-alignés.  Nous parlions d’égal à égal avec l’Allemagne et même avec l’URSS et les Etats-Unis. Au temps du général de Gaulle, la Communauté européenne ne nous imposait rien qu’on n’ait voulu et clairement accepté. Au temps du général de Gaulle, notre politique étrangère n’était pas conditionnée à celle de l’Empire états-unien. Au temps du général de Gaulle, nous étions d’ailleurs sortis du commandement militaire intégré de l’OTAN et avions dit aux forces armées états-uniennes installées sur notre sol de rentrer chez elles. Au temps du général de Gaulle, nous osions exprimer notre désaccord avec le bellicisme d’Israël. Et oui, à l’époque, nous le faisions… Au temps du général de Gaulle, nous avions une politique économique et sociale, sans doute imparfaite, mais bien plus conforme à l’intérêt général et aux intérêts des Français ordinaires que celle qui nous est imposée, contre notre gré, depuis les années 70. Au temps du général de Gaulle, nous n’obéissions pas aux marchés et nous n’allions pas prendre nos instructions auprès de la chancellerie d’Allemagne. Le général avait eu cette formule savoureuse : « la politique de la France ne se fait pas à la corbeille ». Bref, nous savons bien ce que nous avons perdu depuis son départ.

Nous savons donc bien ce que nous devons au général de Gaulle et à ceux qui l’ont assisté pendant qu’il était à la tête de notre pays. Nous savons aussi ce que nous devons au CNR qui ne fut pas que l’œuvre du Général. Le CNR fut aussi très largement inspiré par la gauche, et en particulier par les communistes. Aussi éloignés qu’ils pouvaient êtres les uns des autres, ils travaillèrent ensemble. Certes, l’heure était exceptionnelle et justifiait que l’on néglige certains désaccords pour œuvrer ensemble à l’essentiel. Nous n’en sommes pas encore à un tel degré de gravité. Aussi cruel que puisse être notre temps, il n’est évidemment pas comparable aux années de la seconde guerre mondiale. Et l’idée d’un gouvernement de « rassemblement populaire » n’est sans doute pas d’actualité. Peut-être le sera-t-elle un jour prochain. Chacun avisera et adaptera ses choix et son discours à cette situation si elle se présente.

D’autre part, il y a l’idée que vous devriez revenir à ce « gaullisme » dont j’évoquais ci-dessus quelques traits saillants, ce qui sous-entend que vous l’auriez abandonné. C’est en effet ma conviction attristée. Je m’en explique maintenant.

Depuis deux ans, vous avez choisi de vous situer plus à droite que jamais. Depuis deux ans au moins, vous avez cherché à concurrencer le FN, pour soi-disant le réduire, mais tout démontre que, pour l’instant, vous avez échoué. C’est le FN qui se développe et c’est Debout la France qui végète et qui ne connaît pas plus de succès que Debout la République.

Mon avis est que de pratiquer la surenchère avec le FN et sa représentante, aussi bien dans le langage que vous employez parfois, que dans certaines des propositions que vous présentez, ne vous sert pas. Non seulement, vous n’y gagnez rien, mais vous y avez perdu beaucoup. C’est toujours le même problème en politique. Quand on réforme sa « ligne » et qu’on se décale vers un bord, pour des raisons politiciennes et pas pour des convictions sincères, on gagne peut-être un peu auprès de ces électeurs de qui on se rapproche, mais on perd aussi beaucoup parmi ceux qui vous avaient choisi pour ce que vous étiez et ce que vous disiez AVANT. Or, ce que l’on gagne d’un côté, ne surpasse jamais ce que l’on perd de l’autre. Pour la bonne raison que les nouvelles « cibles » de la droite extrême que vous cherchez à convaincre douteront toujours de la sincérité de votre évolution et vous trouveront toujours trop « gauchiste », trop « républicain », trop « démocrate », trop « immigrationniste », trop « droits-de-l’hommiste » tandis que celles et ceux, dont vous avez décidé de vous éloigner, ou que vous croyiez pouvoir maintenir auprès de vous malgré votre évolution contraire à leurs principes et à leur philosophie, se sentent floués, trompés et en tirent les conséquences en vous quittant. C’est bien ce qui s’est passé dans votre parti depuis des mois, voire depuis un à deux ans. Je vais y revenir plus loin.

Vous avez aussi adopté certains des raisonnements du FN et emprunté certains de ses mots. Vous avez tendu la main à Marine Le Pen et n’avez pas été convaincant du tout quand vous avez expliqué ensuite que c’était pour la piéger. Du coup, vous vous êtes éloigné des valeurs de la République en rendant possible, au moins dans vos paroles, une telle alliance anti-républicaine. Il ne s’agit pas de parler avec Marine Le Pen mais à ses électeurs. Ce n’est pas du tout la même chose !

Vous avez usé, de plus en plus souvent ces derniers mois, ce que vous ne faisiez pas hier, d’un vocabulaire de réactionnaire qui ne vous ressemble pas. Vous avez, par exemple, agressé la laïcité en décembre dernier dans votre diatribe en faveur des crèches dans les lieux publics, et vous avez heurté de front la fraternité de notre devise républicaine en ayant, plusieurs fois de suite, en 2014, prononcé des mots qui lui sont étrangers, notamment quand vous avez stigmatisé les populations Rom et dit que leur destin était de repartir en Roumanie. Honte à vous qui vous prétendez Républicain social !

Je disais que vous aviez perdu pas mal de militants ces derniers mois. Oui, bien des militants de Debout la République vous avaient demandé de ne pas changer le nom de votre parti, de ne pas faire cette erreur stratégique, de ne pas le droitiser, mais au contraire de faire en sorte de le situer au coeur d’un rassemblement du peuple encore à construire. Au mieux, vous les avez ignorés. Mais parfois, vous ou vos cadres, les ont violentés par des mots et par des menaces. Beaucoup qui vous avaient exhorté à ne pas vous engager sur cette voie périlleuse et sans issue, et qui avaient menacé de quitter votre famille si vous refusiez de les entendre, ont fini par concrétiser leurs menaces puisque au lieu de les entendre, vous vous êtes enfermé dans vos certitudes de faire le bon choix. Vous deviez pourtant savoir que beaucoup de vos militants étaient des gens qui ne se sentaient pas de droite, et qui vous avaient rejoint parce que, bien qu’étant originaire de la droite, vous aviez su, tel De Gaulle, vous dépasser et parler à tous. Debout la République incarnait cela, ce rassemblement du peuple au-delà des étiquettes et du clivage droite-gauche. Le changement de Debout la République en Debout la France est très lourd de sens. Et vous ne pouvez pas l’ignorer. Certes un Républicain défend aussi la France mais ne parler que de « la France » et effacer le terme « République », c’est exprimer très clairement un message. Car si la France est certes millénaire, les Républicains considèrent que la grande révolution de 1789 constitue la césure qui symbolise l’essence même du peuple français. La France existait bien avant la République mais il n’y avait pas de peuple, juste des sujets. C’est la France républicaine qui a engendré la nation française et c’est la France républicaine qui est aujourd’hui la fierté de son peuple. Les gigantesques manifestations suite aux tragiques évènements des 7 et 8 janvier derniers en attestent. Le peuple français est républicain, au-delà de ses divergences habituelles. Il n’y a que quelques nostalgiques de la monarchie et de la dictature pour penser autrement…

Donc effacer du nom de votre parti le mot « République » était un très mauvais présage. Car il ne s’agissait pas que du changement d’un mot. Cela ne faisait qu’entériner de fait une course à droite amorcée il y a deux ans !

Et ce message a été entendu aussi bien par les militants les plus à droite de DLR, qui poussaient en ce sens depuis longtemps, et qui se sont sentis ragaillardis et renforcés, face aux militants dont le cœur penchait à gauche qui, logiquement, se trouvaient, eux, comme des étrangers dans leur propre famille. Je le sais parce que je connais des militants de ce qui était DLR. Je connais pas mal de militants de gauche qui vous avaient rejoint pour ce que vous disiez notamment sur l’Europe et sur l’euro, quand nous, au Front de Gauche, ne les attirions pas à cause de notre difficulté à assumer certaines ruptures en matière européenne.

Il y a même une importante personnalité de DLR qui, à plusieurs occasions, a éveillé votre attention sur l’inopportunité, la dangerosité, la nocivité, de droitiser DLR. Cet homme était un militant et un cadre très précieux pour vous et pour votre parti. Il était suivi et écouté très au-delà de DLR. Il a d’abord pris ses distances en vous conservant son respect. Sans doute espérait-il que vous reviendriez à ce que vous incarniez auparavant. Mais il a été déçu. Parce que vous l’avez déçu, come vous avez déçu une cohorte de gens. Il en a alors tiré les conséquences en s’éloignant davantage. Comme vous avez accentué peu à peu cette droitisation dénoncée par certains des vôtres, la rupture de ces militants avec vous et avec le nouveau parti que vous avez créé devenait inéluctable. Peut-être que certains militants de votre mouvement, les plus à droite, se sont félicité de ces départs. Peut-être même ont-ils eu alors le même jugement que celui prêté à un certain Lénine : « le parti se renforce en s’épurant ». C’es parfois vrai mais pas ici. Quelle bêtise dans ce cas ! Quelle erreur fondamentale !

Vous avez alors connu une vague de départs importante de militants, notamment de ces « républicains sociaux » de DLR qui refusèrent de cautionner cette droitisation, qui refusèrent de se retrouver dans un parti droitisé à outrance. Debout la France qui succédait à Debout la République, c’était anciennement le mouvement de Charles Pasqua et de Philippe de Villiers, soit un représentant de la droite dure et un monarchiste catholique quasi intégriste. Déjà, rien que ça, c’est tout à fait symbolique, ça pose un parti… C’est en fait un puissant révélateur de la profonde mutation que vous avez portée.  Même le RPR, voyez-vous, pourrait être perçu comme plus attaché que vous à la République puisque lui avait décidé d’inscrire ce terme de « République » dans son appellation, à la suite d’ailleurs des partis gaullistes qui l’avaient précédé.

Vous me direz que choisir d’avoir le mot de « République » dans le nom de son parti ne suffit pas pour faire de ce parti un mouvement authentiquement républicain, et vous aurez raison. Le RPR d’ailleurs abandonna bien vite l’idée de la République puisqu’il cautionna sa disparition ou sa mise en servitude dans l’Union européenne. Et le Parti socialiste, autre exemple, n’a plus rien de socialiste depuis une date antédiluvienne, à tel point que le Général lui-même, en faisait déjà le constat pour s’en plaindre quand il affirmait « ne pas aimer les socialistes parce qu’ils ne sont pas socialistes ! » Mais cela étant dit, les symboles ont une certaine utilité car quand ils ne sont pas foulés aux pieds, ils disent beaucoup.

Or vous avez choisi d’effacer le terme « République » du nom de votre parti. Vous auriez pu, si vous teniez absolument à ce que le mot de « France » apparaisse désormais dans le nom de votre parti, choisir par exemple « Debout la République française ». Les critiques auraient sans doute été bien moins nombreuses et les départs de militants beaucoup plus exceptionnels. Car la symbolique n’aurait pas été forcément mauvaise. Mais vous avez choisi de faire disparaître ce terme, pourtant si essentiel à ce que nous sommes, nous le peuple français : une République. Vous avez fait un calcul stratégique, politicien, mais c’est la plus grave erreur que vous ayez faite. Elle vous emportera, vous et votre nouveau parti. Car si la France sera sans doute, un jour prochain, gouvernée par une forme de CNR remis au goût du jour, ce ne sera pas sous la direction d’un parti de droite tel que le vôtre. Le CNR n’était pas à droite, même si le général de Gaulle, lui, était un homme de droite. Sauf qu’il sut s’extraire de sa condition pour rassembler le peuple jusqu’aux communistes. Le projet du CNR reposait, je ne vous l’apprendrai pas, sur une nature transpartisane et son essence était l’intérêt général du peuple, pas l’intérêt particulier de la droite ou de la gauche. Encore moins un fond de commerce réactionnaire et quasi raciste, ce que vous tendez à devenir, sinon dans la réalité, du moins dans la signification de certains de vos discours.

« Redevenir gaulliste » ainsi que je le disais ci-dessus, implique donc que vous reveniez à l’esprit et à la lettre du programme du CNR. Vous en étiez assez proche il y a quelques années mais vous vous en êtes éloigné en frayant avec le FN. A croire que ce parti néofasciste, raciste et xénophobe, peuplé d’égoïstes, de réactionnaires en tout genre et de personnages sordides (nervis, miliciens, jeunes et moins jeunes souvent décérébrés et déculturés, parfois incapables même de s’exprimer correctement et d’user de la raison dans leurs arguments mais addicts à la baston de ceux qu’ils n’aiment pas) vous a contaminé.

Et malgré ce discours aujourd’hui très hostile à votre encontre, je ne fus pas toujours un adversaire. Je vous ai suivi pendant des années, de loin certes, mais je m’intéressais à vous, à votre mouvement politique, à votre discours, à vos livres, et j’avais quelques relations avec certains des vôtres. Je pensais qu’un jour, le peuple se rassemblerait sur l’essentiel et que vous et votre parti, vous pourriez être de ce rassemblement, avec d’autres, dans la logique d’un nouveau CNR. Je ne voix plus cela possible aujourd’hui, prenant acte de votre cheminement personnel qui vous a attiré dans une case dont vous aurez le plus grand mal à sortir.

Vous comprendrez, au terme de cette lettre ouverte, que vous avez bien du chemin à faire pour revenir vers la République, son esprit, son essence et sa philosophie, avant qu’il soit possible d’envisager un chemin commun entre vous et nous.

Ce n’est pas du sectarisme de notre part mais la mise en oeuvre d’une exigence inflexible, celle que le rassemblement, s’il doit se faire un jour, se fasse sur des bases claires, républicaines, démocratiques, humanistes. Nous sommes de gauche alors nous portons l’exigence d’une République sociale. Mais une telle exigence n’est pas réservée à la Gauche. Bien des gens de droite et du centre ou de nulle part la font leur. La constitution elle-même dispose, en son article 1er que « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale ». Avec notre devise nationale, voilà qui constitue l’esprit de la République française, par delà les préférences partisanes des uns et des autres.

 Voyez-vous, je disais plus haut que vous ne deviez pas voir du sectarisme dans notre refus de répondre positivement à votre proposition de gouverner avec nous. En effet, nous ne faisons que constater qu’au regard de vos prises de position depuis des mois, nous ne saurions trouver un terrain d’entente.

Or, comme sous la Résistance, un certain nombre de militants du Front de Gauche, dont je suis, sont prêts à travailler sincèrement au rassemblement des Français, par delà les étiquettes, mais c’est à la condition que l’on s’entende sur un projet de progrès économique, social, républicain, démocratique, dans la droite ligne du CNR. Or ce n’est pas cela, ce n’est plus cela, que vous défendez vous-même aujourd’hui. Et si vous vous en rapprochez parfois sur certains aspects, vous vous en éloignez aussi beaucoup trop, à nos yeux, sur certains sujets, ceux-là mêmes qui vous ont fait précisément vous droitiser.

Un autre homme originaire de la droite, qui plus est ancien proche de Charles Pasqua, ce qui devrait le condamner définitivement et irrémédiablement à mes yeux, à savoir François Asselineau, est pourtant beaucoup plus fidèle que vous à l’esprit et à la lettre du CNR. En témoigne son projet présidentiel pour l’élection de 2012 qui, en adaptant formidablement bien cette œuvre à notre temps, lui reste fidèle. Vous devriez vous en inspirer car cela vous permettrait de « redevenir gaulliste » Cet homme, François Asselineau, me semble en effet bien plus sincèrement gaulliste que vous. Tant par tout ce qu’il dénonce que par l’ampleur des révolutions qu’il propose par rapport à ce que nous connaissons de notre système économique, social, financier, politique, diplomatique, culturel actuel.

Et puis, je vous invite également à vous intéresser à l’un des combats majeurs de notre époque, que François Asselineau, pour sa part, ignore complètement : l’indispensable bifurcation écologique dont, sauf erreur, jamais je ne vous ai entendu parler. Nous-mêmes l’appelons « écosocialisme ». Alors je veux bien admettre que ce terme-là ne soit pas le plus apte à vous séduire mais oubliez-le un instant car derrière ce mot – et c’est bien là l’essentiel – il y a toute une philosophie reposant sur la raison et sur la conscience des dangers pesant sur notre écosystème, et il y a tout un projet de révolution positive, un projet ambitieux pour notre pays, de nature à faire repartir son économie, son activité, un projet de nature à refaire de notre pays un exemple à suivre pour un « développement durable » diront les uns, les écologistes de droite, pour rendre possible le « bien vivre » préfèreront dire les autres, de la Gauche qui ne se renie pas, dont nous faisons partie. Voici un immense, un magnifique projet de société à cinquante ans au moins, de nature à faire de notre pays un phare pour le monde, et ça des gaullistes authentiques pourraient l’embrasser avec enthousiasme et le porter avec nous…

Monsieur Dupont-Aignan, puissent ces lignes vous inspirer.

Je vous prie d’agréer…

Lettre ouverte à Jean-Luc Mélenchon

Cher camarade coprésident du Parti de Gauche, je ne suis qu’un militant ordinaire du PG. Je n’ai donc aucun titre à faire valoir. Je ne suis dépositaire d’aucune fonction, d’aucun mandat représentatif. Ma parole n’engage donc que moi-même. Certain-e-s la considèreront donc pour quantité négligeable. Sans doute ont-ils raison ! Je suis humble et donc, je ne crois pas que ce que je pense et dise ait une importance démesurée. Et pourtant, je suis un citoyen engagé, un militant et la vie de mon pays et du monde m’importent. J’ai donc des idées sur ce qu’il convient de faire et de ne pas faire. Et je me sens renforcé quand je sens qu’autour de moi, d’autres partagent aussi bien mes attentes, mes espérances que ma rage. Mais ce n’est pas parce que j’ai des idées que je postule à des fonctions pour les défendre moi-même. Je n’use que de mon droit d’expression. Ce dernier est celui de tout citoyen et a fortiori de tout militant engagé. Mais je continue, pour l’instant, à espérer que nos représentant-e-s, locaux ou nationaux, sachent et veuillent nous représenter. Donc vous incarnez pour moi notre avenir. J’avoue avoir encore confiance en vous et espérer encore que vous incarnerez la République Française sous peu. Avec d’autres !

Voilà deux ans que nous subissons, au sein du Front de Gauche, les pires avanies et que nous ne cessons de nous discréditer aux yeux du plus grand nombre. Le PG a su tenir la tranchée mais une partie du PC, et pas la moindre, a fait un autre choix qui nous a largement desservis tous. Aujourd’hui, il semble que cette partie du PC, qui nous a déjà fait tant de tort depuis deux ans, accélère sa soumission au PS sous couvert de « négociation ». NOUS NE POUVONS LE TOLERER DAVANTAGE.

À cause d’eux, le Front de Gauche est déjà mort aux yeux du peuple. On peut le regretter mais il est idiot de le nier. Je le regrette amèrement moi-même puisque, comme beaucoup d’autres, je lui ai donné pas mal de temps et d’énergie et que j’avais mis en lui beaucoup d’espoirs. En outre, je suis, avec d’autres, de ceux qui ont lancé l’appel pour les Assises du Front de Gauche. Le sort actuel de ce mouvement qui n’en est pas un vraiment ne me laisse donc pas insensible. Je suis heureux que le PG ait soutenu ces ASSISES lors de son CN du week-end dernier mais c’est hélas TROP PEU ET TROP TARD ! Désormais, le peuple français assimile le Front de Gauche à la Gauche qu’il conchie. Et ce n’est pas avec l’attitude de MM. Laurent et Chassaigne, entre autres, que cela va changer !

Donc, cher Jean-Luc, nous ne pouvons certes pas vous donner un ordre. Vous êtes libre d’agir et de parler à votre guise. Mais comme vous occupez une fonction non seulement tribunicienne mais aussi de coprésident d’un parti, chacun-e des membres de ce parti a le droit d’attendre de son principal porte-parole qu’il soit à l’unisson de ses troupes.

Dans votre dernier billet vous admettez avoir compris que l’électoralisme n’était pas une bonne idée. Dont acte ! Mais alors usez de votre influence pour conduire le PG vers autre chose.

Vous-même devez revenir à l’esprit de votre campagne présidentielle, et donc redevenir le rassembleur du peuple dans ses diverses sensibilités que vous aviez commencé à être, et ne plus œuvrer seulement comme n°1 d’un parti. C’est parce que vous vous étiez élevé au-dessus du PG, au-dessus du FdG et même au-dessus de la Gauche, que vous aviez été soutenu par près de 4 millions d’électeurs et d’électrices. Et c’est pour les raisons que nous savons, et dont j’ai dit ici quelques-uns des éléments les plus saillants, que le PG et le FdG ont tant perdu depuis…

Votre vocation est d’être élu Président de la République pour que vous soyez le dernier de ce régime honni, que vous permettiez d’instaurer la 6e République sociale, solidaire, écologique, populaire, universaliste, internationaliste, non impérialiste… Pour cela, vous devez rassembler très largement.

Le projet à porter est celui que vous avez porté au printemps 2012, certes augmenté et mis à jour. Notamment avec une véritable RUPTURE avec l’Union européenne. Le peuple de France doit retrouver sa SOUVERAINETÉ pleine et entière. Cela implique que nous sortions des institutions européennes, de l’euro et de l’OTAN.

Ce n’est pas mon propos ici que de faire l’inventaire de ce que nous devons faire. Vous devez le savoir très bien vous-même. Ce que je crois, c’est que vous renâclez à assumer la rupture, aussi bien avec l’UE qu’avec le PC car vous devez craindre que cela ne conduise qu’au désastre. Sauf que le désastre est là et plus nous attendons, plus nous allons perdre le peu de crédit qu’il nous reste.

Vous disiez, il y a quelques temps, que vous ne pouviez courir loin devant vos troupes car il y aurait alors une trop grande distance entre vous et elles. Je ne pense pas que ce jugement soit à la hauteur de la gravité de la situation que nous connaissons ni de votre vocation d’éclaireur, de messager et de voiture de tête du cortège du peuple en marche. Quand on a un moteur de fusée sous le capot, il est normal que l’on sème ses poursuivants qui n’ont eux qu’un faiblard deux temps… Sauf que votre crainte est infondée. Loin devant, vous ne serez pas seul. Beaucoup vous suivraient. Nous avons encore pas mal d’énergie pour mener la course d’autant plus que nous sommes distancés par le FN et qu’il n’y a pas d’autre alternative que d’accélérer et de rattraper le terrain perdu puis de les devancer avant de les laisser loin derrière. Qui veut aller loin ménage sa monture ne doit pas être de mise quand nous sommes si loin derrière les forces régressives. Vous citiez un vers de La Fontaine dans votre dernier billet, en écrivant « Rien ne sert de courir, il faut partir à point ». Permettez-moi de faire remarquer que bien que nous soyons partis à point, faute d’avoir couru, d’autres nous ont distancé sensiblement et il sera désormais plus long et pénible de réduire la distance entre eux et nous. Surtout si nous ne nous libérons pas de nos boulets, de nos chaînes, que constituent aujourd’hui le PC. Vous-même et le PG tout entier doivent se libérer, s’émanciper du PCF et oser leur dire : « Maintenant, y’a basta ! Oui, maintenant, ça suffit ! On ne marche plus avec vous puisque vous persistez dans votre stratégie dévastatrice. Vous souhaitez vous allier avec le PS ? Faîtes-le mais nous reprenons notre ENTIÈRE souveraineté et de même que nous ne souhaitons pas être assimilés d’une quelconque manière avec le PS et ses bagages accompagnés, nous ne voulons plus être perçus comme les alliés directs du PC. Nous rompons les rangs nous aussi ! »

Quoi que vous décidiez, cher Jean-Luc, de toute façon, vous aurez des alliés et des rivaux, des fidèles et des traitres, des convaincus et des sceptiques face à vous et autour de vous, des heureux et des déçus, des enthousiastes et des grognons. Il en va toujours ainsi. Sauf que le PG, votre garde prétorienne, attend de vous, je le crois, un langage clair. Elle n’attend pas que cela mais ce serait déjà un signe clair que nous allons repartir au front et que notre général en chef incarne bien ce que nous défendons, que lui au moins ne cèdera pas ou plus aux accords entre galonnés. Nous n’avons pas oublié votre serment de la porte de Versailles…

« Voici ce que je peux vous promettre, comme homme et comme militant :

Sur mon honneur, jamais je ne me dédierai du drapeau que vous m’avez confié, du message que vous m’avez demandé de porter, de la grande et noble cause que nous avons fait vivre ensemble.

NI À VENDRE, NI À ACHETER, NI À DOMESTIQUER !

Avec mes camarades du Front de Gauche, nous serons ET POUR TOUJOURS, la force AUTONOME, INDÉPENDANTE, EXIGEANTE, QUI NE SE MARCHANDE PAS, qui ne tripote rien sur les coins de bistrot, qui ne s’arrangera avec PERSONNE D’AUTRE QU’AVEC LE PEUPLE LUI-MÊME ET AVEC SON PROPRE PROGRAMME ! »

Demain vous parlez à la radio. Je vous supplie, cher Jean-Luc, d’assumer enfin la rupture, avec le PC, avec l’Union européenne. Il ne s’agit pas de détruire mais de rompre les rangs comme vous le dîtes si souvent, et à juste titre, à l’attention des Socialistes et des écologistes… Sauf qu’ici, c’est avec le PC et le FdG qu’il convient de rompre. Pour recréer du neuf, à partir du PG mais pas que…

Au début de l’histoire du PG et du FdG, vous étiez parmi ceux qui souhaitaient fonder un seul parti nouveau. Le PC a dit non et l’on a dû s’incliner. Par la suite, vous avez eu l’occasion, dans votre blog, de dire que vous suiviez avec intérêt la fondation d’Ensemble. Vous avez même été un peu plus loin et dit presque ouvertement que vous souhaitiez vous rapprocher d’Ensemble. Ensemble est divers et en son sein vous n’y avez pas que des alliés. Le PG, non plus, n’est pas uniformément perçu par Ensemble avec bienveillance. Ils ont parfois raison de nous opposer une certaine défiance. À cause de ce que nous sommes et/ou de ce que nous disons ou ne disons pas… Mais parfois, nous avons, nous-mêmes, raison contre eux. Cela dit, malgré nos divergences, je suis de ceux qui croient qu’Ensemble et le PG pourraient commencer à écrire, ensemble justement, une page nouvelle. En commençant par se rapprocher fortement puis en fusionnant.

La Gauche Anticapitaliste de Myriam Martin qui n’est pas pour rien dans la fondation d’Ensemble et qui est si souvent, pour ne pas dire toujours, un soutien loyal et fidèle, sur le temps long, du PG et de vous-même, devrait être le fer de lance, avec le PG, de cette évolution du paysage politique français. Le NPA pourrait nous rejoindre pour mener un combat radical contre nos ennemis communs. Le NPA, avec toutes les critiques légitimes qu’on peut lui adresser, avait finalement raison de douter de nous, ou de douter du PCF…

Enfin, le PG doit VRAIMENT évoluer dans son mode de fonctionnement. Il faut qu’il applique les préceptes de démocratie jusqu’au bout qu’il porte et on en est assez loin dans la vie quotidienne de ce parti.

Cela dit, en cohérence avec ce que je disais plus haut, à savoir que vous avez vocation à dépasser la Gauche, ce n’est pas à vous de vous salir les mains dans la cuisine politicienne. Nous allons nous charger de cette tâche, nous, les militant-e-s.

La seule chose dont on a besoin pour cela, c’est un CONGRES refondateur. Nous avons globalement le bon projet, qui nécessitera des évolutions et des mises à jour, mais il est là. Ce qu’il faut changer, c’est nos règles d’action et notre positionnement stratégique.

Puissiez-vous, de votre place de coprésident, agir en ce sens.

Demain soir, il y aura beaucoup de militant-e-s pour espérer vous entendre dire publiquement et solennellement ce genre de choses. Ne nous décevez pas !

Cher Jean-Luc, je vous adresse un salut militant très chaleureux.