Archives pour la catégorie 10- De l’écologie et de la transition vers un autre mode de vie

Textes d’analyse, réflexions, propositions et critiques sur la question de l’écosocialisme

IRMA et après ?

IRMA restera-t-elle dans l’Histoire comme un cyclone de “fin du monde” ?

J’oscille entre effroi, empathie, compassion et colère…

Je suis terrifié de ce que nous allons apprendre dans quelques heures…

Bien que nous ayons été prévenus depuis des années sur la certitude que les phénomènes météorologiques dévastateurs allaient non seulement se multiplier mais aussi gagner en intensité au point d’atteindre des valeurs d’ampleur jamais vue dans l’histoire humaine, on est toujours choqué lorsqu’on assiste en direct à ce phénomène, même si l’on est soi-même à plusieurs milliers de kilomètres de l’évènement.

Et j’ajoute que notre ressentiment contre ce que nous appelons souvent l’Empire est basé sur la nocivité des dirigeants de ce pays, aussi bien pour les Américains eux-mêmes que pour le monde entier. Nous savons le mal qu’ils font depuis deux siècles.

Mais c’est le peuple ici qui est victime car, contrairement aux dirigeants, lui n’a pas à sa disposition tout ce qu’il faut pour affronter sans danger le monstre et pour pouvoir ensuite recommencer à vivre une fois celui-ci évaporé.

Les Américains ordinaires qui vont être violemment touchés par IRMA, ceux qui vont mourir ou être gravement blessés, ceux qui vont tout perdre ou perdre beaucoup de leur vie d’avant, dans ces quelques heures de furie climatique d’ampleur biblique, ne sont pas tous des “salauds” au point que l’on se désintéresse d’eux pour la seule raison que depuis trop longtemps leurs dirigeants, eux, sont de vrais salauds !

Non, même si leurs dirigeants sont un peu là à cause d’eux, nous savons bien, nous, combien les dirigeants savent se hisser au pouvoir y compris contre la volonté générale. Cela est vrai aux États-Unis comme ailleurs mais sans doute encore plus aux États-Unis qu’ailleurs ! Les maîtres de l’Empire ne sont pas là où ils sont par la seule volonté authentique et consciente du peuple américain.

Alors, permettez-moi, sans que ce soit une formidable incohérence, de ressentir aujourd’hui cette peur qui m’assaille de découvrir demain l’ampleur des ravages causés par IRMA en Floride et ailleurs aux États-Unis, et de ressentir un sentiment d’empathie et de compassion sincère face au désastre qui s’annonce, sans que je ne renie rien de ma vision géopolitique quant à ce qu’est le régime états-unien et au caractère maléfique de tant des décisions qu’il met en oeuvre.

Oui, les Américains aussi méritent notre empathie et notre compassion. Pas plus que les autres victimes évidemment, mais pas moins.

La différence entre les Caraïbes qui ont été ciblées par IRMA ces derniers jours et la nouvelle cible aux États-Unis, tient à une question démographique. Dans les îles des Caraïbes, ce sont quelques centaines de milliers de personnes qui ont été au coeur du phénomène puisque les îles les plus peuplées (Haïti, Porto-Rico, St-Domingue) étaient aux lisières d’IRMA et non au coeur. Les États-Unis en revanche, et la Floride en particulier, vont la prendre de plein fouet et dans son point le plus violent. Ce sont cette fois des millions de personnes qui deviennent des cibles. Les chiffres sont éloquents : 6 millions de personnes ont été évacuées et 36 millions sont situées dans la zone où il ne faudrait pas être… Vous avez bien lu : 36 millions de personnes !

Il ne peut que se produire des drames jamais vus auparavant, du moins dans ce pays !

Et je n’oublie pas Cuba, et ses 12 millions de Cubains. Eux aussi ont pris IRMA presque de plein fouet. Et je suis affolé de ce qui va en résulter !

J’ignore quelle sera l’étendue des dévastations à Cuba et en Floride, notamment dans ce chapelet d’îles que l’on appelle les « Keys » dont la hauteur n’est pas supérieure à quelques dizaines de centimètres par rapport au niveau de la mer et qui se trouvent exactement au coeur de la ligne du passage du monstre.

Si la côte Est et notamment la mégapole de Miami n’étaient pas dans la zone la plus dangereuse, en revanche toute la côte Ouest et de nombreuses villes dont certaines très peuplées étaient exactement sur la ligne de passage d’Irma.

Les dommages seront sans aucun doute d’ampleur historique, pour ne pas dire biblique. On a déjà vu les ravages dans les Caraïbes. Il est inespéré que le bilan humain soit si faible comparé à l’aspect cataclysmique du phénomène en cause. Pour autant que ce bilan annoncé soit authentique !

Outre que plus de 6 millions de personnes ont été évacuées, ce sont 36 millions d’Américains qui sont dans la zone directement frappée. Car il n’y a pas que la Floride. Plusieurs autres États vont être touchés de plein fouet.

Avec un tel nombre de personnes cibles, cet ouragan ne peut que semer la mort et la désolation sur son passage et rester dans l’Histoire comme l’un des pires jamais connus.

Au-delà de la force des vents absolument folle, c’est la montée du niveau de la mer qui inquiète le plus les autorités des États-Unis et les services de météo et de sécurité civile. J’ai consulté divers organes de presse (CNN, USA Today, Miami Times, des journaux de Tampa et de Naples) et on parle de niveaux de hauteur d’eau pouvant atteindre 15 pieds soit plus de 4,5 mètres de haut dans les zones les plus proches du littoral. Imaginez ce que cela signifie d’avoir entre 2 et 4,5 mètres d’eau dans les rues, dans son jardin… Toutes les habitations n’ont pas deux étages…

J’ai lu sur le site de CNN un article expliquant que plus de la moitié des victimes des ouragans, cyclones et tempêtes tropicales depuis 50 ans ont perdu la vie en raison non pas des vents mais de cette montrée des eaux. Car comme avec un tsunami l’eau arrive avec une force exceptionnelle et détruit beaucoup de constructions sur son passage et charrie avec elle non seulement les débris de ce qu’elle a détruit mais tout ce qui est sur son passage (voitures, bateaux, panneaux, arbres entiers déracinés…) et propulse tous ces « projectiles » sur les constructions qu’elle frôle ou traverse, ce qui ne fait qu’accentuer le phénomène dévastateur comme on a pu le constater avec le tsunami meurtrier d’Asie du Sud-est il y a quelques années.

Bien évidemment, aux États-Unis, beaucoup de constructions sont plus solides que dans les pays moins développés et en Floride, beaucoup sont conçues pour résister aux cyclones. Mais ce n’est pas le cas de toutes les constructions car bien des habitants pauvres ne disposent pas d’habitations solides. Ce sont eux qui vont perdre le plus, comme toujours !

Une telle situation ne peut donc que laisser imaginer le pire. Heureusement, il semble que beaucoup aient fui ou se soient mis à l’abri. Mais comme avec la tragédie de Katrina à la Nouvelle Orléans, on risque de découvrir après coup que ce sont les plus aisés qui ont pu fuir et que les pauvres ont dû rester.

Espérons malgré tout que ce phénomène, tout à fait exceptionnel dans son intensité comme dans sa taille (IRMA est à peu près de la taille de la France et son oeil est de l’ordre de 40 à 50 km) ne le sera pas aussi par le nombre de victimes.

Mais avec autant de personnes touchées, on peut penser qu’il y aura quelques conséquences politiques majeures. Et plus le bilan (matériel et humain) sera lourd, plus ces conséquences seront significatives.

Ce à quoi nous assistons m’inspire aussi de la colère parce qu’il ne fait aucun doute, selon les scientifiques, que si la nature a toujours connu cyclones, ouragans, inondations et autres phénomènes climatiques destructeurs, l’action de l’homme depuis un siècle a changé l’ampleur de ces phénomènes en les multipliant et surtout en augmentant fortement leur caractère dévastateur.

Comme Mélenchon l’a souvent dit dans ses discours, hier, les ouragans dévastaient quelques cabanes de pêcheurs sur une plage. Désormais, elles frappent de gigantesques métropoles qui ont été construites dans des zones peut-être trop dangereuses. Et ce sont des équipements humains tels que des centrales nucléaires qui se trouvent devenues être des cibles. Avec les immenses dangers pour l’humanité tout entière et pas seulement les gens du coin qui en découlent si un incident majeur (pour ne pas dire “accident”) se produit du fait du passage du phénomène climatique extrême !

C’est donc largement l’homme qui est responsable. Il aurait pu ne pas l’être et depuis des années qu’il est mis en garde, il aurait pu réorienter certaines de ses habitudes. Mais il ne l’a pas fait. Et il ne semble pas vouloir le faire. Ou seulement à la marge.

Les tragédies ne peuvent donc que devenir plus nombreuses et plus meurtrières dans l’avenir.

Les Américains prendront-ils enfin conscience qu’il se passe chose de tout à fait anormal s’agissant du changement climatique ? S’ils sont vraiment meurtris une nouvelle fois, à cause d’IRMA, après l’avoir été de manière exceptionnelle avec KATRINA, contraindront-ils leurs dirigeants à réorienter leur politique ?

J’en doute hélas. Car cette prise de conscience ne suffira pas. Encore faudrait-il non seulement qu’ils prennent conscience de la véritable nature de leur “gouvernement”mais qu’ils décident de faire une nouvelle “révolution” pour reprendre le pouvoir aux oligarchies qui le confisquent et aux forces de “l’appareil de sécurité nationale” qui assure la sauvegarde de ce régime.

 

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Démission d’EELV – Par Enzo POULTRENIEZ – Le 23/02/2017

Avant-propos de Vincent Christophe Le Roux : Je relaie ici ce billet d’un désormais ex-acteur d’EELV. Ce militant et responsable du parti écologiste claque la porte et explique pourquoi en un billet court mais bien ciselé. On perçoit la déception, ‘amertume, la colère, la tristesse et en même temps la grandeur d’âme de ce citoyen engagé.
VOus pouvez trouver son billet sur sa page Facebook. C’est ici.
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« On est aisément dupé par ce qu’on aime » (Molière, Tartuffe)

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En novembre 2010, j’avais franchi le pas après de long mois de réflexion. Une nouvelle force politique émergeait, novatrice, ouverte, foisonnante d’idées. Pleine de défauts certes, mais aussi bourrée de sincérités, de bonnes volontés, d’envies de construire un chemin.

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Ce parti, c’était l’héritier d’un mouvement politique mondial, d’une histoire, d’innombrables luttes environnementales, sociales, culturelles, démocratiques.

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J’avais 20 ans quand j’ai commencé à écrire ce chapitre de ma vie. Cet engagement n’était ni cynique, ni vaniteux. Il me prenait aux tripes. J’y consacrais mes soirées, mes week-ends. Plus que de raison. Parce que pour changer la vie, on ne peut pas être raisonnable.

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En un peu plus de six ans, j’ai rencontré à EELV des personnes formidables. Des petites mains qui agissent avec humilité et patience. Des grandes gueules qui savent trouver l’énergie de faire bouger les lignes. Des esprits vifs qui vous bluffent par la finesse et la fulgurance de leurs idées. J’y ai noué des amitiés fidèles et durables. J’y ai aussi trouvé l’amour. Pour tout cela, je ne dirai jamais assez merci.

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Bien sûr j’ai aussi croisé le chemin de quelques cyniques. Ces tartufes de l’écologie qui pérorent dans les gazettes aux cris de « responsabilité », « écologie positive », « pragmatisme ». Des opportunistes, il y en a dans toute organisation. Le tout c’est de savoir contrôler la gangrène, et agir à temps.

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Pendant cinq ans, j’ai exploré tous les recoins de cet engagement. J’ai endossé des responsabilités internes qui m’ont amenées à toucher du doigt l’élaboration d’une doctrine politique et la construction de rapports de force. J’ai accompagné des élus-es dans la construction de politiques publiques innovantes, dans des batailles épuisantes face aux inerties et aux conservatismes. J’ai dirigé des campagnes pour tenter de convaincre les citoyennes et citoyens de l’importance de ce en quoi je croyais. Ce en quoi je crois toujours. Même si tout n’a pas toujours été à la hauteur de mes espérances, je suis fier d’avoir essayé et d’avoir mis du sens dans ce que je faisais.

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Si je me sens obligé d’écrire tout ça ce soir, c’est que cet engagement a été trahi. Ces heures sacrifiées, ces pompes usées, ces montagnes russes de sentiments, on vient de leur cracher au visage.

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Depuis quelques mois, je m’étais éloigné, sans trop rien dire. J’avais ressenti un besoin de prendre le temps de respirer, après cinq années d’engagement total. Totalitaire parfois aussi.
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J’avais de gros doutes sur certaines orientations prises, et une méfiance solide vis-à-vis du candidat désigné. Mais je restais convaincu que l’organisation respecterait l’héritage de l’écologie politique, et nos engagements. Les temps étaient durs, mais il serait temps de reconstruire sur l’intelligence collective plus tard. Après tout l’écologie, c’est le temps long.

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Ce soir, ce candidat a décidé de se saborder lui-même, en direct, sans attendre le vote de celles et ceux qui l’avaient désigné. Sans même leur accorder la primeur de son annonce.

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Ce soir, je pense à celles et ceux qui se sont se engagés-es dans une campagne compliquée, qui y ont cru avec sincérité. Celles et ceux qui ont voté Jadot pour affirmer l’autonomie de l’écologie politique. Celles et ceux qui ont cru qu’en votant pour l’ouverture de discussions avec Hamon et Mélenchon, il y aurait des discussions avec Hamon ET Mélenchon. On est aisément dupé par ce qu’on aime.

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Je pense aussi à mes amis-es qui se sont battus-es de l’intérieur pour garder la tête haute, et qui connaisse pour la deuxième fois, quelques mois après Cosse, une nouvelle forfaiture. J’ai du respect pour leur tristesse et leur désarroi sincère, autant que j’ai du mépris pour les tartufes qui viennent d’immoler l’écologie politique, sans cérémonial.

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S’engueuler ou se réconcilier, perdre ou gagner, être minoritaire ou être majoritaire, ce sont des choses que l’on peut attendre et accepter d’un engagement politique. Se faire humilier, mépriser, cracher au visage, non.

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C’est ce qui m’amène aujourd’hui à clore le chapitre commencé il y a six ans et demi. Avec de la peine et des regrets, parce que démissionner c’est aussi renoncer. Mais sans remords. Je ne peux supporter que l’on dévoie mon engagement. C’est une question de dignité. D’orgueil peut-être aussi.

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Je souhaite à toutes celles et tous ceux qui resteront pour se battre de l’intérieur de garder la tête haute et les yeux ouverts, et de ne jamais oublier le sens de leur engagement. C’est essentiel.

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J’espère que nos chemins se recroiseront, s’il reste un chemin.

Nos bonnes résolutions pour notre santé ne serviront à rien si nous ne changeons pas d’agriculture – Le 08/01/2017

Par Maxime de Rostolan (fondateur de l’association Fermes d’Avenir et de Blue Bees) et Tristan Lecomte (Président de Fermes d’avenir).
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Fermes d’Avenir lance une pétition pour une agriculture libérée des produits chimiques, des OGM et des lobbies, en harmonie avec l’Homme et la Nature, réconciliant notre alimentation et notre santé.
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Lien vers l’article publié sur le Huffington Post.
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Le début d’année est une période propice aux bonnes résolutions, au premier rang desquelles on place en général celle d’adopter un style de vie plus sain: faire du sport, mieux s’alimenter et éviter les excès en tous genres. Ceci est tout à fait noble et utile, si l’on se tient à ces vœux pieux. Mais ce n’est certainement pas suffisant et cela n’aura pas d’impact réel sur notre santé et notre vie, si on ne s’attaque pas en premier lieu à l’une des causes majeures du développement des maladies et de la malbouffe en France: notre agriculture.
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Aujourd’hui, la grande majorité des aliments que nous consommons, plus de 95% en moyenne, sont contaminés avec un nombre croissant de produits phytosanitaires. Un fruit aussi simple qu’une pomme subit en moyenne 36 traitements chimiques, nous rappelle l’INRA. Le problème est que ces produits synthétiques sont des perturbateurs endocriniens, qui, même ingérés à faibles doses mais sur de longues périodes, peuvent générer chez les consommateurs, génération après génération, des maladies comme le cancer, des malformations congénitales, des problèmes d’infertilité, des problèmes neurologiques et globalement un système immunitaire affaibli.
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Le problème de l’utilisation des pesticides ne se limite donc pas aux agriculteurs qui les utilisent. Eux sont touchés de plein fouet par la toxicité de ces produits comme le révèlent toutes les études épidémiologiques (notamment celle publiée par l’Association de Recherche sur le Cancer en France et qui a démontré que les agriculteurs et viticulteurs avaient 2.6 fois plus de risques d’être victimes d’une tumeur cérébrale par exemple).
Plus largement, l’utilisation de ces produits chimiques pollue de manière chronique notre environnement, ces produits de synthèse étant persistants, c’est-à-dire qu’ils ne se dissolvent pas dans la nature comme les composants naturels. Ils sont à l’origine des algues vertes par exemple, via le phénomène d’eutrophisation, c’est-à-dire d’asphyxie de toute forme de vie dans l’eau, quand on utilise trop de fertilisants azotés, par exemple.
Avec l’agriculture chimique, que l’on appelle poliment « l’agriculture conventionnelle », on est ainsi en train de s’empoisonner en contaminant tous les milieux naturels, et en hypothéquant l’avenir des générations futures, qui naîtront dans un écosystème déjà totalement pollué et infertile.
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Ainsi, pour 2017, si l’on veut agir très concrètement pour sa santé, celle de nos agriculteurs, et plus largement les générations futures et toute forme de vie sur Terre, il est grand temps de se mobiliser pour une autre agriculture. Une agriculture biologique, agro-écologique, tout aussi productive et bien plus savoureuse, saine et sûre que la « conventionnelle ». Cette agriculture existe déjà à travers de multiples fermes dans toute la France, mais celles-ci couvrent à ce jour moins de 5% des terres agricoles. La pétition lancée par l’association Fermes d’Avenir a l’ambition de nous mobiliser pour plébisciter cette forme d’agriculture, celle de demain. Libérée des produits chimiques, des OGM et des lobbies en tous genres, une agriculture qui travaille en harmonie avec l’Homme et la Nature, et réconcilie notre alimentation avec notre santé. Le mouvement de fond pour une agriculture et une alimentation saines est déjà en marche, il nous suffit à présent de le soutenir par ce genre de pétitions pour le développer à une échelle bien plus significative. Nous avons le pouvoir de réellement changer l’agriculture et le monde, c’est la bonne nouvelle de ce début d’année. Prenons nos responsabilités et signons, l’association Fermes d’Avenir emploiera toute son énergie pour porter le message aux élus et… futurs élus !
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La pétition défend 10 propositions de lois soutenues par un plaidoyer très complet qui argumente chacune de ces avancées pour une agriculture d’avenir. Si vous en êtes convaincu, vous êtes invités à signer cette pétition et la faire circuler, au nom de votre santé, de vos papilles, des agriculteurs et des générations futures.
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Une autre agriculture est possible et souhaitable, il faut l’encourager en se mobilisant et en mobilisant des fonds, des formations et en réorientant les dispositifs d’aides agricoles vers l’agriculture de demain, qui nourrit proprement la Terre et les Hommes, face à une agriculture chimique d’aujourd’hui, qui détruit nos écosystèmes et notre santé.
À tous donc, pour bien démarrer l’année sous le signe d’une santé retrouvée, nous vous donnons rendez-vous sur www.changeonslagriculture.org.
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Une 6e République, pourquoi ? Vidéos de Besançon, l’insoumise

 

Épisode 1 du 20/02/2016 : La Ve a raison de nos vies

Épisode 2 du 21/02/2016 : La Ve une monarchie présidentielle

Épisode 3  à venir

Nouvelle séquence du Front de Gauche ou nouvelle histoire ?

J’ai lu le billet intitulé « Front de Gauche : quelle nouvelle séquence ? » publié le 18 juillet 2014 sur le blog « Plaidoyer républicain » par le militant du Parti de Gauche Arnaud Guvenatam.

Ce billet est accessible ici : http://plaidoyer-republicain.fr/front-de-gauche-quelle-nouvelle-sequence/

Il m’a inspiré des éléments de réponse à lire ci-dessous.

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Aujourd’hui, et depuis déjà quelques mois, il devient évident qu’il y a une ligne de fracture entre deux visions et cette fracture ne cesse de croître. De plus en plus irrémédiablement.

Pour ma part, quand je lis ce genre d’article émanant d’un militant du PG, je me demande si nous sommes vraiment dans le même parti…

Suis-je donc devenu si radical pour que je trouve si creuses, si mièvres, si insipides, les réflexions, interrogations et conclusions qui sont subodorées par cet auteur ?

Suis-je donc devenu si enragé que je me sente si étranger à tous les partisans des accords pourris et des rassemblements inconséquents et pour que je ressente aussi vivement le fossé océanique entre ceux qui voient les choses comme l’auteur de ce billet et ceux qui ont la ferme intention de ne plus rien céder ?

On m’a déjà reproché de me « sectariser », de me « bunkeriser à la façon du NPA » mais le NPA a de bonnes raisons de ne céder sur rien. Le NPA avait raison de refuser d’entrer au FdG en ce sens qu’il pressentait que le PCF allait agir comme il l’a fait. Il nous l’avait dit. Nous avions voulu croire qu’il n’en serait rien. Nous avons eu tort. Eux avaient eu raison !

On m’a déjà objecté maintes fois que si l’on veut accéder au pouvoir autrement que suite à une révolution inattendue, il faut rassembler. Sans blague ? Je n’en avais pas idée… Mais rassembler ne peut signifier céder sur l’essentiel. Rassembler ne peut supposer que nous baissions la tête, que nous rentrions dans le rang et que nous passions des accords foireux avec des gens qui ne pensent qu’à nous annihiler et à faire le contraire de ce que nous voulons faire nous-mêmes. Oui, il faut bien sûr rassembler. Oui, il faut bien sûr tendre la main. Oui, bien sûr, il faut savoir « mettre de l’eau dans son vin ». Tout cela, nous ne l’ignorons pas. Mais pour rassembler, il faut aussi incarner, non pas « les plus purs » ou « les plus vertueux », comme certains le disent avec mépris, mais les plus déterminés à tenir tête et à être inflexibles, intraitables, incorruptibles sur ce qui fait notre raison d’être.

« Tout compromis repose sur des concessions mutuelles, mais il ne saurait y avoir de concessions mutuelles lorsqu’il s’agit de principes fondamentaux » GANDHI.

Rappelez-vous le serment de la Porte de Versailles prononcé par Jean-Luc Mélenchon le 19 avril 2012 :

 » NI À VENDRE, NI À ACHETER, NI À DOMESTIQUER ! Avec mes camarades, nous serons ET POUR TOUJOURS la force AUTONOME, INDÉPENDANTE, EXIGEANTE, QUI NE SE MARCHANDE PAS, qui ne tripote rien sur les coins de bistrot, qui ne s’arrangera avec PERSONNE D’AUTRE QU’AVEC LE PEUPLE LUI-MÊME ET AVEC SON PROPRE PROGRAMME ! « 

Ce serment fut alors et demeure aujourd’hui notre promesse solennelle adressée au peuple de France. Nous, au Parti de Gauche, lui avons été très majoritairement fidèles. D’autres aussi, se sentant engagés par ce serment, lui ont fait honneur, alors même qu’ils ne sont pas au PG ou même au FdG. Mais d’autres encore, à l’inverse, ont choisi, depuis, d’autres voies. Ils portent une immense responsabilité dans notre échec collectif mais il est maintenant contreproductif de ressasser ce fait établi et de ronger notre frein en nous parlant à nous-mêmes. Une seule chose sera salvatrice, pour nous, le Parti de Gauche, pour nous, militant-e-s résolu-e-s et conséquent-e-s de feu le Front de Gauche : rompre les rangs de cette force dont nous ne contrôlons plus le cours, reprendre notre liberté et ouvrir un autre livre avec celles et ceux qui le voudront et ils sont déjà nombreux, très nombreux. Oui, il existe déjà beaucoup de monde qui trépigne d’impatience, au PG bien sûr, mais pas que… Ce n’est pas une scission que je préconise. Ce n’est pas une séparation. C’est l’écriture d’une nouvelle histoire.

Je suis encore militant du PG et donc j’attends avant tout de mon parti qu’il rompe les rangs du Front de Gauche qui est devenu une coquille vide, une étoile morte, et pire, un symbole même de la trahison, de la mesquinerie, de la médiocrité de ceux qui s’en sont servis pour leur propre intérêt égoïste quand son essence même était de poursuivre et de satisfaire l’intérêt général.

Reconnaissons la liberté à ceux qui veulent suivre un autre chemin, de l’emprunter. Mais ne nous soumettons plus à ce carcan électoraliste. Nous vomissons cet esprit politicien arriviste et si réducteur alors grandissons-nous en méprisant ceux-là et en nous inspirant plutôt de ces géants qui ont fait la plus belle Histoire. Inspirons-nous en, apprenons d’eux mais pensons librement, par nous-mêmes, en renouant avec le meilleur de ce qui s’est fait avant nous, mais en ouvrant aussi notre propre chemin, en donnant naissance à nos propres innovations.

« Dans la lutte, le plus important n’est pas ceux qui partent et qui nous quittent, mais uniquement ceux qui restent, car c’est avec eux que nous ferons la révolution » Che GEVARA

« Ceux qui s’appliquent trop aux petites choses deviennent ordinairement incapables des grandes » François de LA ROCHEFOUCAULD – Maximes.

Nous, nous refusons de céder un pouce à ce régime honni qu’est la 5e République et incarnons la possibilité d’un avenir radicalement alternatif où le peuple sera aux commandes de son destin et où les élu-e-s ne seront que des représentant-e-s aux pouvoirs strictement encadrés, pour des durées fortement réduites, et avec, toujours, la possibilité de révoquer celui ou celle qui ne serait plus légitime. Nous devons donc commencer d’urgence à agir dans cet esprit de démocratie jusqu’au bout au sein même de notre parti sinon le peuple aura beau jeu de nous reprocher un jeu de dupes.

Nous, nous refusons de céder un pouce à ce système européen devenu dictatorial, impérialiste, belliqueux, oppresseur, régressif et même quasi fasciste. Alors défendons haut et fort la sortie de l’Union européenne. Pour ensuite, immédiatement après, entrer en pourparlers avec les peuples d’Europe et du monde, et avec leurs gouvernements, en vue de commencer à reconstruire un ou plusieurs nouveaux regroupements fondés sur des bases, des principes et des valeurs radicalement différents de ceux qui gouvernent l’Europe et le monde aujourd’hui.

Nous, nous refusons de nous aligner sur les détestables logiques capitalistes, qui voient croître sans cesse les égoïsmes et qui sont destructrices du lien social et des progrès de civilisation qui avaient été enregistrés depuis des décennies.

Nous, nous refusons de nous soumettre à l’inéluctable destruction de l’écosystème terrestre or c’est pourtant à ce tragique destin que nous nous destinons si nous ne changeons pas au plus vite nos modes de vie et que nous ne substituons pas à nos actuels schémas de pensée des alternatives radicales.

« Lorsque l’homme aura coupé le dernier arbre, pollué la dernière goutte d’eau, tué le dernier animal et pêché le dernier poisson, alors il se rendra compte que l’argent n’est pas comestible. » Proverbe indien.

« Nos problèmes résultent de l’action des hommes. Donc ils peuvent être résolus par les hommes. Et les hommes peuvent être aussi grands qu’ils le veulent. Aucun problème lié au destin des hommes n’est insoluble au regard des capacités des êtres humains. L’intelligence et l’esprit humains ont souvent permis de trouver des solutions à ce qui paraissait pourtant totalement impossible. Et nous pensons que nous pouvons accomplir cela une fois de plus. » John Fitzgerald KENNEDY, discours à l’université de Washington D.C., le 10 juin 1963

Nous, nous avons commencé à bifurquer dans nos têtes. Certes le chemin sera long mais nous avons l’honneur de nous y être engagés. La philosophie écosocialiste est ainsi porteuse de bien des ruptures et source de bien des espoirs mais elle n’est pas la seule. Beaucoup d’autres alternatives commencent à se faire jour, ici ou là, reposant sur d’autres philosophies, que ces idées nouvelles s’apparentent à des refondations d’idées intemporelles ou qu’il s’agisse de réflexions totalement innovantes.

Sur ces quatre thématiques que j’ai évoquées, qui englobent en fait tous les sujets de la vie publique : institutions, diplomatie, économie et société, nous, au Parti de Gauche, avec d’autres qui marchent à nos côtés, qui tendent à nous rejoindre ou qui ont quelques longueurs d’avance sur nous, nous avons entrepris cette révolution philosophique. Nous sommes certes peu nombreux mais l’histoire nous apprend que les révolutions coperniciennes ne conduisirent pas à des unanimités, à des consensus, ni même à des majorités sans un long et pénible travail de conviction, d’information, d’éducation.

C’est la principale tâche qui est devant nous. Il ne s’agit pas de délivrer un savoir, de donner la becquée, de nous prendre pour les maîtres instruits et « sachants » face à leurs élèves ignorants et « apprenants ». Il s’agit plutôt d’être des passeurs d’idées. Notre mission, à nous, les militant-e-s en général, à ceux du Parti de Gauche en particulier puisque nous prétendons incarner la révolution citoyenne, est essentiellement d’éduquer le peuple et de lui transmettre notre culture, de lui donner les outils pour qu’il s’émancipe, se libère des boulets, des contraintes et des destins écrits d’avance. Et d’ouvrir un débat dans toute la société.

« L’Education est l’arme la plus puissante que vous pouvez utiliser pour changer le Monde. » Nelson MANDELA

« Un individu conscient et debout est plus dangereux pour le pouvoir que dix mille individus endormis et soumis » GANDHI

« Nous ne sommes que des utopistes, certes sympathiques mais rêveurs, irréalistes, qui aurions perdu le contact avec la réalité » nous reprochent certains avec un peu de délicatesse. D’autres, plus abrupts, nous dénoncent comme de « dangereux utopistes ». Mais nous assumons aussi cette part de rêve et de poésie car nous avons entendu et médité un des messages de SAINT-EXUPÉRY quand il faisait dire à son Petit Prince : « Fais de ta vie un rêve et de ce rêve une réalité. »

Et d’autres poètes ont su exprimer cette idée que l’utopie est salvatrice car source d’espoir en un demain plus heureux qu’aujourd’hui.

« L’avenir n’est pas ce qui va arriver mais ce que nous allons en faire. » Henri BERGSON

« L’utopie n’est pas l’irréalisable, mais l’irréalisé. » Theodore MONOD

« L’utopie est la vérité de demain. » Victor HUGO

L’effroyable mer de plastique – Newsletter de l’Institut de Protection de la Santé Naturelle – 28 avril 2014

Vous le savez sûrement, il existe dans le Pacifique Nord, entre Hawaï et la Californie, un « septième continent », un immense espace de 3,5 millions de km2 de déchets en plastique [1]. C’est 6 fois la surface de la France et plus de 100 fois celle de la Belgique ! Et ce   continent, observé pour la première fois en 1997, ne cesse de croître. Des experts ont même considéré que le traitement d’une telle masse de déchets est quasi impossible (trop cher et trop risqué). Il faudrait donc attendre que les plastiques se désagrègent, ce qui prendra entre 500 et 1000 ans minimum.

Même si de nouvelles découvertes viennent bouleverser les médecines naturelles et nous permettent de vivre plus vieux, je n’en verrai pas la fin. Et vous non plus, ni vos enfants ou vos petits-enfants.

Si vous habitez loin du Pacifique et que ce problème vous semble étranger, sachez que les autres mers ne sont pas en reste. En méditerranée, on compterait près de 250 milliards de micro-plastiques tandis que, selon Greenpeace, à l’échelle de la Terre, environ 1 million d’oiseaux et 100 000 mammifères marins meurent chaque année de l’ingestion de plastiques. Irrémédiablement, ces plastiques se retrouvent dans nos assiettes : ingurgités par les petits poissons qui les prennent pour du plancton, ils finissent dans le ventre des gros que nous pêchons avant de les mettre dans nos assiettes.

Une piste ingénieuse

Contre ce désastre, des ingénieurs américains ont développé une piste intéressante. Ils ont trouvé un moyen de transformer des sacs plastique en carburant, notamment en « biodiesels » ou en gaz naturel. L’étude a été menée par le Centre de Technologie Durable de l’Illinois (Illinois Sustainable Technology Center). Selon les chercheurs, l’opération produit bien plus d’énergie qu’elle n’en coûte et permet de recycler 80 % des produits concernés, qu’il s’agisse de sacs plastique, d’emballages ou d’autres plastiques domestiques.

Rien qu’aux Etats-Unis, selon l’agence de protection de l’environnement, 100 milliards de sacs plastique sont jetés tous les ans et 13 % seulement sont recyclés. Le reste est jeté dans des décharges ou dans la nature et ils finissent dans les lacs et les rivières. L’étude menée par le ISTC est donc une excellente nouvelle puisque, si elle est suivie d’effet, on recyclera tous les ans des milliards de sacs plastique pour en tirer de l’énergie. Tant mieux ! Cela permettra peut-être de limiter la croissance de l’effroyable 7e continent.

Augustin de Livois

Source

[1] www.notre-planete.info

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Entretien de Paul Ariès avec Jean-Luc Mélenchon autour de la règle verte (pour l’éco-socialisme)

La parution de ton livre La règle verte (Pour l’éco-socialisme) est un événement politique et théorique dont on ne prendra clairement conscience que sur le long terme. Il devrait faire taire ceux qui te soupçonnent d’être un faux écologiste, un croissanciste honteux. Cet ouvrage et l’organisation des premières assises de l’éco-socialisme par le Parti de gauche en décembre 2012 témoignent que ces débats  ne sont plus désormais marginaux. Ton livre est aussi une invitation à poursuivre le débat et à construire de nouveaux concepts (à lire dans le Sarkophage / La vie est à nous).

Question : Lors de la campagne présidentielle, La Vie est à nous !/le sarkophage a relayé l’appel de Paul Ariès et Jacques Testart « Pour un Front de gauche antiproductiviste et objecteur de croissance »…Comment cet appel a-t-il été perçu au sein du Front de Gauche ?

De nombreux écologistes étaient déjà convaincus par le programme du Front de Gauche. Mais cet appel a été un révélateur et un catalyseur. Il a rendu compte d’une convergence inattendue. Il a prouvé qu’un dialogue exigeant pouvait aboutir sur un point d’accord. Ce qui était spectaculaire c’était que des courants partant de si loin l’un de l’autre puissent se retrouver sur un bout de chemin commun. C’était une audace politique très forte des auteurs dans cette  mouvance écologiste et antiproductiviste

L’appel mettait en avant quatre thèmes liant les questions sociales et environnementales : sortir de l’appauvrissement des peuples, construire une société post-extractiviste, sortir du capitalisme et construire une société du bien vivre. Ces quatre thèmes sont toujours centraux qui veut le progrès humain.

Question : Apparue pendant la campagne, ta proposition de « règle verte », place volontairement la barre très haut, comme principe constitutionnel s’opposant à la règle d’or libérale. Peux-tu revenir sur tes motivations et les conséquences de cette règle verte ?

J’ai avancé cette idée de règle verte pour la première fois à Clermont-Ferrand le 14 mars puis quatre jours plus tard à la Bastille. A ce moment de la campagne, nous combattions la règle d’or que Nicolas Sarkozy venait de graver dans le traité européen. Cette règle d’or nous posait une question fondamentale : pourquoi et pour qui veut-on gouverner ? Avec quel horizon ? Nicolas Sarkozy proposait un horizon d’austérité pour plaire aux marchés financiers. Nous devions tracer un horizon de progrès humain. Et le 1er enjeu pour l’humanité aujourd’hui est préserver l’écosystème qui rend la vie humaine possible sur la planète. Voici comment est née l’idée de centraliser la « règle verte ». Mon idée était aussi de l’ordre de la cohérence doctrinale. Je ne voulais pas d’une planification écologique sans fil conducteur, soumise aux aléas du moment où se prennent les décisions, ou bien aux lubies des prescripteurs d’ordre. En ce sens la règle d’or est aussi un repère objectif qui nous met à l’abri des injonctions subjectives. Ainsi la rège verte protège la liberté.
C’est donc un fil conducteur dans la conduite de la planification écologique. Concrètement il s’agit de produire en soldant la dette écologique. C’est-à-dire de ne pas consommer plus de ressources que l’écosystème ne peut en reproduire sur une période équivalente, ni de rejeter plus de déchets qu’il ne peut en absorber. Autour de ce paradigme, nous pouvons repenser l’ensemble du système de production, de consommation et d’échange. C’est effectivement une pratique révolutionnaire.

Question : nous partageons la même conviction qu’on ne change pas la société en culpabilisant les gens. Mais ne faudrait-il davantage rappeler en quoi notre mode de vie est tributaire de siècles d’esclavagisme, de colonialisme et de néo-colonialisme ?

Le mode de vie actuel des Français, comme de la majorité des habitants de cette planète, est tributaire d’un système qui porte un nom : le capitalisme. Ce système a mis ses pas dans une structure sociale plus ancienne encore, le productivisme. La nuisance intrinsèque du productivisme n’est pas apparu tout de suite. C’est pourquoi le mythe du développement infini des forces productives a eu la vie si longue. L’esclavagisme, le colonialisme et le néo-impérialisme sont les modalités violentes d’expansion de ce système à diverses époques. Si nous voulons changer les choses, c’est le principe même du système d’accumulation productiviste qu’il faut combattre. La repentance est injuste : nous ne sommes pas coupables mais victimes.

Par contre, nous pouvons apprendre de cet adversaire. Le capitalisme sait susciter le désir avec la publicité. Nous devons nous aussi esthétiser les valeurs que nous proposons en alternative. Nous devons donner envie. Voila pourquoi je ne crois pas à l’écologie punitive. Et voilà pourquoi nous proposons une réponse politique nouvelle, concrête et positive avec l’écosocialisme. Pour montrer que le progrès humain reste possible à condition de rompre avec le système actuel. Notre bataille politique est ainsi une bataille culturelle. C’est aussi une des raisons pour lesquelles je parle si souvent d’histoire, d’amour ou de poésie.

Question : Quelles différences fais-tu entre la croissance, avec laquelle tu as pris tes distances lors de la présidentielle et ta relance écologique ? Que penses-tu de la « rilance » (rigueur et relance) ?

Pendant la campagne, j’ai toujours pris soin de parler de « relance de l’activité » et non de la croissance. Le problème de la « croissance », c’est qu’elle repose sur le PIB, un indicateur productiviste qui ne mesure nullement le bien être humain.

Au contraire, notre modèle repose sur une relance des activités socialement utiles et écologiquement responsables. Nous ne visons pas la croissance, nous visons le progrès humain. Par exemple, les activités d’éducation, de santé doivent croître. Et d’autres productions, y compris industrielles, devront également croître pour permettre à tous d’avoir un logement par exemple. Par contre, nous disons que les activités les moins utiles, comme la publicité, et les plus polluantes, comme la production d’énergie, notamment fossiles et nucléaires doivent très fortement et rapidement décroître.
Quant à la « rilance », ce terme a été popularisé par Christine Lagarde, directrice-générale du FMI pour vendre l’austérité avec le sourire. Je suis clairement en désaccord. Nous n’avons rien à gagner à nous engager dans cette voie. Le droit au bonheur, le bien-vivre résument bien mieux notre philosophie.

Question : Il existe une écologie des pauvres qui n’a pas toujours conscience d’elle-même et qui surtout n’a pas vraiment le droit de cité en France. Nous avons organisé le Forum mondial de la pauvreté avec Emmaus pour dire que rien ne sera possible si on n’écoute pas les milieux et cultures populaires …Le parti de gauche a-t-il vocation à être l’un des vecteurs essentiels de cette écologie des pauvres ?

Nous avons commencé notre part de ce travail avec le thème de la planification écologique. Pendant la campagne, nous avons réuni des salariés d’une dizaine d’entreprises menacées lors d’un Forum sur l’industrie et la planification écologique. Tous leurs projets alternatifs s’inscrivaient dans une dimension écologique. Bien sûr, il y a encore beaucoup à faire mais les choses avancent de façon formidable. Voyez ces salariés de Fralib qui veulent produire du thé en coopérative à partir des productions locales ! Voyez ces ouvriers de Florange se battre pour réduire les émissions de CO² avec le projet ULCOS ! Ces projets sont concrets. Ils viennent des salariés eux-mêmes. Ils inventent en marchant. Avec ces projets, ils font bien plus pour l’écologie que bien des penseurs des beaux quartiers. La classe ouvrière est la classe d’intérêt général écologique car en elle réside les principaux leviers tant démocratiques que productifs de la transition écologique.
L’autre grand chantier est effectivement celui qui lie la lutte écologique et la lutte pour abolir la précarité et la pauvreté. Là encore, nous avançons. Pour ne prendre qu’un seul exemple, aujourd’hui, tout le monde a compris que la rénovation des bâtiments profitera d’abord à ceux qui ne peuvent plus payer les factures de chauffage. Et là encore, le Parti de Gauche mène ce combat. Nous proposons une tarification progressive de l’électricité, du gaz et de l’eau pour sanctionner le mésusage mais avec une véritable gratuité pour les premières tranches, vitales.

Il y a beaucoup à faire. Nous prenons les sujets les uns après les autres et faisons des propositions radicales mais concrètes. L’alliance entre la lutte pour le partage des richesses, les impératifs écologiques, et j’ajoute l’exigence de la souveraineté populaire, est un déflagrateur qui peut être extrêmement puissant. La Révolution citoyenne que je défends propose de fusionner les trois.

Question : Tu as cité largement sur ton Blog Pepe Mujica, le président de l’Uruguay. Pourquoi ?  Que penses-tu de la manière dont l’Amérique du Sud porte un nouveau socialisme du Buen Vivir tant au niveau des mouvements sociaux que des appareils politiques jusqu’au sommet des Etats ?

C’est en Amérique latine que la gauche a commencé à se réinventer. Ils tâtonnent, mais ils agissent. Jean-Marc Ayrault et Michel Sapin méprisent ces gouvernements. Pourtant, il ferait mieux de faire le dixième de ce qu’ils font ! Nous avons beaucoup à apprendre d’eux. C’est vrai en matière de démocratie avec les assemblées constituantes ou le référendum révocatoire. C’est vrai pour ce qui concerne le partage des richesses. C’est aussi vrai en matière écologique. C’est Raphaël Correa en Equateur qui a posé avec force la question de la non-exploitation du pétrole avec le projet Yasuni-ITT. C’est Evo Morales qui a mis en avant la question du tribunal international de justice climatique. Et l’Uruguay de Pepe Mujica veut produire 90% de son électricité grâce aux énergies renouvelables d’ici 2015. C’est autrement plus ambitieux que de fermer une seule centrale nucléaire sur 19 d’ici à 2017 comme le prévoit le gouvernement PS-EELV en France.

Question : Le parti de gauche soutient la nécessité d’une planification écologique contre ceux qui pensent qu’il serait possible de résoudre les menaces dans le cadre du système. L’idée de planification n’est-elle pas disqualifiée par le passé ? Comment concilier la liberté individuelle, l’émancipation des personnes avec la loi écologique et l’imposition de l’intérêt général ?

C’est une question fondamentale avec laquelle il ne faut pas biaiser. La planification à la soviétique a échoué faute de démocratie. Pour autant, rejeter l’idée de planification serait stupide. Aujourd’hui, le temps court de la finance domine tout. Nous devons reconquérir la maîtrise du temps long. Le laisser faire conduit au désastre à grande vitesse. Voila pourquoi il faut planifier.

Notre planification écologique sera citoyenne. Les objectifs seront fixés par le peuple, directement ou via ses représentants en fonction de l’intérêt général. Mais cela ne suffit pas. Il faut impliquer à chaque étape les usagers, les salariés, les associations écologistes ou de consommateurs. Enfin, la planification écologique devra nécessairement être centralisée pour ce qui touche aux principes fondamentaux et aux réseaux nationaux. Mais nous sommes partisans d’une planification qui s’adapte à l’échelle des enjeux. Par exemple, vouloir planifier la gestion du cycle de l’eau à une autre échelle qu’un bassin versant n’aurait pas de sens.

Quant à la liberté individuelle, il ne peut être question de mettre en place une police des mœurs écolos. Revenez a ce que j’ai dit de la règle verte ! Au-delà, seule l’éducation est une solution durable et acceptable. En République, on ne peut miser que sur la vertu des citoyens. Et sur la force de la loi. La loi a le droit de fixer des limites, y compris dans la sphère privée, à condition que l’intérêt général soit en jeu. Par exemple, la loi punit l’inceste. Elle interdit aussi l’usage de certains produits toxiques même dans le jardin de votre propriété.

Question : Pour satisfaire les besoins sociaux fondamentaux ne faut-il pas interroger la thèse classique sur les faux et les vrais besoins ? Comment éviter toute définition scientifique ou moraliste des besoins légitimes au profit d’une seule définition démocratique ? La planification écologique peut-elle se contenter d’un surcroit de démocratie actuel ? Le rôle des experts ne devrait-il pas être de montrer qu’il existe toujours des alternatives ?

Notre démocratie est malade de la mise en avant permanente du « consensus » au nom de la « seule politique possible ». On peut toujours faire autrement ! Et les besoins sont effectivement une construction sociale et culturelle que nous pouvons faire évoluer collectivement. La force de la démocratie, c’est le clivage. Nous avons besoin des experts, et j’ajoute des médias, pour éclairer le débat, présenter les arguments. Mais ils ne doivent pas se substituer au peuple. Celui-ci est le seul souverain. Après avoir confronté les points de vue, le peuple tranche, par son vote, en fonction de ce qu’il croit être l’intérêt général. Cette méthode est imparfaite car la majorité peut toujours se tromper. Il faut l’assumer comme tel. Le vote est un outil de décision collective. Rien de plus.  Il n’institue aucune vérité. Mais voyons plus profondément. Nous devons articuler les espaces d’initiative citoyennes spontanées et inopinées avec des mécanismes institutionnels sans lesquels la volonté générale est impuissante. Un bon exemple est donné avec l’institution d’une procédure de referendum révocatoire d’initiative populaire. Il doit pouvoir s’appliquer à n’importe quel mandat moyennant une certaine quantité de signatures. Plus largement, une fois de plus, il faut agir tous azimuts : refonder l’Education, passer à la 6e République, démocratiser radicalement les médias, protéger les lanceurs d’alerte etc.

Question : La transition énergétique est-elle possible sans transformer nos modes de production et de consommation ? Ne faudrait-il pas repenser les services publics de l’énergie pour favoriser les circuits courts ? Combien défendre la notion d’égalité de service national et la nécessaire relocalisation ?

La lutte contre le réchauffement climatique impose de sortir progressivement des énergies carbonées. Dans le même temps, nous devons sortir du nucléaire qui est une énergie dangereuse et qui pose des problèmes insurmontables, notamment les déchets. Pour autant, nous manquerions à servir le progrès humain si nous proposions de revenir à la bougie. Il nous faut donc ouvrir un autre chemin. Comment ? Plusieurs pistes sont maintenant bien connues : les économies d’énergie, l’efficacité énergétique, les énergies renouvelables.

Pour cela, et pour réduire les pertes lors du transport d’électricité, il nous faut relocaliser la production d’électricité au plus près des besoins. Or, la situation n’est pas la même partout : en Alsace on peut faire de la géothermie, en Bretagne on peut utiliser les énergies de la mer etc. Donc il faut une organisation territorialisée. Mais dans le même temps, il faut une cohérence d’ensemble et il faut assurer l’égalité d’accès au service public. Car l’accès à l’énergie est un droit, pas un privilège. L’égalité passe par la péréquation tarifaire. La gratuité des premières tranches d’électricité que nous proposons vaudra dans tous le pays. Le pôle public de l’énergie que nous proposons sera donc nécessairement national et local.

Question : Face à la désindustrialisation et aux délocalisations, les salariés, leurs organisations et le gouvernement doivent-ils appeler au secours les grands patrons ? Comment porter autrement la reconversion industrielle ?

Les salariés n’appellent pas les grands patrons au secours. Nous pouvons nous passer des patrons pour produire mais eux ne peuvent pas se passer des ouvriers pour le faire. Avec la lamentable capitulation d’Ayrault devant Mittal, les ouvriers savent qu’ils ne peuvent compter que sur eux-mêmes pour défendre leurs emplois. Ils font des contre-propositions comme je l’ai dit, avec des projets précis et ambitieux. De plus en plus, ils imaginent de reprendre leurs entreprises en coopératives, sans patrons. Et quand ils appellent à l’aide, ils appellent le plus souvent l’Etat en tant que garant de l’intérêt général. Aujourd’hui, il s’agit d’arrêter le pillage et le saccage du pays. Dans ce combat, les salariés et les syndicats sont en première ligne. Nous les soutenons totalement.

Benoit Hamon n’a-t-il pas une partie de la solution économique que cherche Montebourg à travers une véritable économie sociale et solidaire ? Comment lier le recours en vogue de l’idée de nationalisation et celle d’autogestion ? Ne faudrait-il pas inventer un nouveau éco-socialisme municipal ?

Le Parti de Gauche met au cœur de son action ce que l’on appelle les radicalités concrètes. L’écosocialisme n’est pas une théorie abstraite pour harangue de salon. C’est d’abord une méthode pour régler des problèmes concrets. Le meilleur exemple, c’est le retour en régie publique de la gestion de l’eau dans l’agglomération que préside Gabriel Amard, secrétaire national du PG. Elle a permis de retrouver la maîtrise publique d’un bien commun, l’eau, mais aussi de réduire la facture des usagers de 25% et de diminuer les gaspillages. Ailleurs, nos élus et militants poussent aussi pour ces radicalités concrètes. Nous avons publié un premier Abécédaire des radicalités concrètes avec la ferme intention de proposer toutes ces idées dans le débat des élections municipales de l’an prochain.

Question : Que penses-tu des concepts de « buen vivir », d’anti-extractivisme et de pachamamisme que nous offrent les pays du sud ? Comment les décliner ici, et conformément à nos valeurs républicaines, humanistes et de laïcité ? Plus largement nos outils théoriques anciens sont-ils suffisants ?

Nous faisons face à des défis d’un genre nouveau, en particulier les défis écologiques. Nous devons inventer les réponses. Donc aussi le vocabulaire. C’est ce que nous avons fait avec la « planification écologique », la « règle verte » et maintenant en reprenant l’idée d’ »éco-socialisme ». L’exigence de « bien-vivre » et la critique de « l’extractivisme » entrent dans ce cadre. Pour autant, l’écologie n’efface pas la pertinence des idées et du vocabulaire du socialisme républicain. Au contraire, elle les refonde puissamment, en particulier l’idée qu’il existe un intérêt général, en l’occurrence, commun à l’humanité tout entière.

Cet intérêt général ne peut être que humain. Car il ne tombe pas du ciel. Il ne peut être défini que par la raison, qui est le propre des êtres humains. Cela ne veut pas dire que nous devons mépriser la biodiversité, les ressources naturelles : ce sont des composantes essentielles de notre écosystème. Marx lui-même disait que la nature était en quelque sorte « le corps inorganique » de l’Homme. Mais pour autant, ce qui nous occupe c’est la préservation de l’écosystème qui rend possible la vie humaine. La planète pourrait très bien continuer à tourner uniquement peuplée de cafards.

Puisque je suis sur ce point je veux souligner l’importance de penser dès aujourd’hui l’incontournable expansion vers les océans et les mers d’une humanité aujourd’hui composée de 7 milliards d’êtres humain et bientôt de 12 ! L’impensé ne sera pas maitrisé ou plus exactement c’est le règne des idées dominantes qui trouvera un nouvel espace d’application. La mer et les océans représentent 70 % de l’espace terrien. Ils sont moins connus que la surface de Mars ! 50% de notre population vit a moins de cent kilomètres d’une côte ! Eoliennes, hydroliennes tout peut aller en mer. L’aquaculture est l’unique perspective de ressources protéique abondantes à notre portée. La mer et les océans sont l’aventure concrète de l’humanité pour ce siècle-ci. Il faut en être conscient et y porter des politiques avant que celles-ci soient définies par le seul marché ! L’expansion humaine en mer est l’horizon de l’ère écosocialiste !

Question : Tu insistes avec raison sur l’idée que rien ne justifie d’opposer écologie et luttes sociales. Tu avances pour cela beaucoup de propositions pour partager les richesses mais tu parles beaucoup moins de la nécessaire réduction du temps de travail….

Je ne peux pas laisser dire que la question du temps de travail a été absente de notre campagne. Nous avons mené une rude bataille pour le retour à la retraite à 60 ans. C’est une réduction fondamentale du temps de travail tout au long de la vie. On ne peut pas faire comme si c’était une petite question alors que tant de salariés se sont mobilisés pour la gagner avant 1981 et pour la garder en 2010.

Ensuite, concernant la durée hebdomadaire, j’invite chacun à relire attentivement notre programme L’Humain d’abord. Nous défendons le plein rétablissement des 35 heures sans annualisation et en réalisant les embauches correspondantes. Dans mon discours de Lille sur l’emploi, j’ai même indiqué que revenir aux 35 heures pourrait créer 1,5 million d’emplois.

Au-delà, la question des 32 heures est légitime, et pas seulement à cause du niveau du chômage. Mais, après les régressions sarkozystes, nous avions choisi d’insister sur l’urgence de reconstruire ce qui a été détruit.

Question : Si le capitalisme est intrinsèquement productiviste, peut-on imaginer un socialisme antiproductiviste ?

C’est le cœur du raisonnement qui nous amène à parler d’éco-socialisme. Aujourd’hui comme hier, le principal agent productiviste est le capitalisme. Il ne peut fonctionner sur une autre base. Mais face à lui, les grandes idéologies de gauche sont dans une impasse. Tout le monde a pu constater la faillite des pays soviétiques en matière écologique et démocratique. Mais personne ne veut voir l’impasse absolue dans laquelle s’enferme la social-démocratie. Le modèle social-démocrate repose sur l’idée qu’il faut augmenter la production et qu’ainsi, les miettes pour les travailleurs seront plus grosses. C’est une impasse stratégique car il n’existe plus de capital national qui accepte de passer des compromis avec les travailleurs. Le capital d’aujourd’hui est financier et transnational. Ensuite, c’est une impasse sociale car dans le système du libre-échange, la politique de l’offre considère le travail comme un coût qu’il faudrait diminuer. C’est le sens du ralliement de François Hollande à la politique de l’offre et à la « compétitivité ». La social-démocratie en est ainsi réduite à détruire l’Etat social qu’elle a elle-même construit au cours du 20e siècle. C’est enfin une impasse écologique car elle pousse à produire tout et n’importe quoi pour espérer redistribuer quelque chose. Le logiciel social-démocrate est donc totalement obsolète. Nous devons inventer autre chose, un écosocialisme qui parte des besoins humains et sociaux pour y apporter des solutions écologiques.

Question : Tu écris qu’il faut que la France redevienne la première nation maritime, tu appelles notamment à exploiter les océans avant que les capitalistes ne se les approprient. Le diable productiviste serait-il dans les détails ?

Il n’y a aucune contradiction. Je ne suis pas un productiviste qui se cache. Je crois au progrès humain. Je ne crois pas que la science soit productiviste par essence, pas plus que l’Etat d’ailleurs. Il y a une différence entre une découverte scientifique et ce que l’on décide d’en faire ou pas.

La question de la mer et des océans résume parfaitement mon état d’esprit. Je ne suis pas plus adepte d’un « capitalisme bleu » que du capitalisme vert. Quand je souhaite que la France soit la première nation maritime du monde, c’est une immense ambition de progrès pour l’humanité et une ambition écologiste. J’ai dit que les mers et les océans représentent 70% de la surface du globe. Aujourd’hui, cet espace est en train de devenir un égout à ciel ouvert. Et un lieu d’extractivisme sauvage et aveuglé ! L’éco-socialiste que je suis ne peut accepter ce saccage. Et un éco-socialiste français encore moins car notre pays dispose du deuxième espace maritime du monde, grâce à nos outre-mers. Nous avons une responsabilité immense. C’est aussi une formidable opportunité pour trouver des énergies renouvelables non carbonées, pour gérer autrement la ressource halieutique, pour découvrir et préserver les 85% de la flore et de la faune marines que nous ne connaissons même pas aujourd’hui… Mais oui, pour faire tout cela, il faudra de la science, de la technique, des navires comme il faudra des marins, des ingénieurs, des pêcheurs…

Question : Que penser de la remise en cause de la référence à la « gauche » qui vient tant de la droite (le fameux « ni gauche ni droite ») mais aussi de proches comme Jean-Claude Michéa qui se revendiquent du socialisme mais refusent radicalement ce qualificatif de gauche ?

Le problème n’est pas franco-français. En Amérique latine, nos camarades ne s’appellent plus « gauche » car, chez eux, la gauche, c’était la social-démocratie corrompue qui a pillé les pays et tiré sur le peuple. En Europe, nous sommes passés tout près de voir la « gauche » disparaître. Il s’en est fallu de peu. Face à la politique libéral du social-démocrate Schröder, Oskar Lafontaine a quitté le SPD. Et il a créé un parti dont le nom, Die Linke, avait un double-objectif : ne pas laisser l’idée de gauche s’éteindre et ne pas l’abandonner à ceux qui la reniait.

La création du Parti de Gauche et du Front de Gauche en France répond à la même logique. Nous n’avons pas de raison d’abandonner le label de « gauche » à François Hollande. Il usurpe déjà le terme de socialisme ! J’ajoute que l’usage du terme générique « gauche » a un atout : il permet de rassembler des cultures politiques très différentes, de l’écologie politique au communisme, en passant par le socialisme républicain.
Le clivage gauche/droite a encore du sens pour nombre de nos concitoyens. Mais c’est vrai que pour beaucoup d’autres, la « gauche », c’est le PS donc les sociaux-libéraux. Le PS bâtit tous ses chantages sur cette appropriation du label historique de notre courant dans l’histoire. Pour y remédier, pendant la campagne, nous avons mis en avant un autre clivage, celui entre le peuple et l’oligarchie. Nous devons continuer à marcher sur ces deux jambes pour que « gauche » redevienne synonyme de partisan du peuple. Comme en 1789. Comme cela n’aurait jamais dû cesser.

Question : Qu’aimerais-tu dire aux lecteurs de la Vie est à nous ! qui revendiquent être dans l’opposition face au gouvernement actuel et à sa politique antipopulaire et anti-écolo et qui affirment ne plus pouvoir voter socialiste y compris lors des élections municipales de 2014 ?

Le Front de Gauche lui-même dit qu’il est en opposition avec la politique social-libérale du gouvernement Ayrault. Si nous refusons d’être catalogué comme l’opposition au sens institutionnel du terme, c’est uniquement parce que cette catégorisation désigne les battus des élections. Or, nous n’avons pas perdu. Nous avons été floués de notre victoire contre la droite. Mais nous ne renonçons pas à obtenir notre dû. En ce sens, nous restons les ayants-droits de la victoire du 6 mai 2012.

Quant aux municipales, elles seront un mélange subtil entre un vote sanction national et des choix locaux. Pour sa part, le Parti de gauche a choisi l’autonomie et le rassemblement. Partout où c’est nécessaire, nos camarades construiront des listes autonomes. Partout où c’est possible, nous élargirons le front contre l’austérité.
Enfin pour tous ceux qui veulent changer le rapport de force à gauche, il y aura en juin 2014 des élections européennes. C’est une élection très importante. Après quatre ans d’austérité, toute l’Europe va voter le même jour ! Et en France, ce sont les seules élections nationales à la proportionnelle. Le Front de Gauche s’y présentera de façon autonome du PS. Et nous voulons passer en tête de la gauche !

Question : Le socialisme du Bien vivre  ne requiert-il pas une nouvelle stratégie politique ? Que répondrais-tu à ceux qui pensent que la gauche n’a pas encore assez tiré les leçons des tragédies et des impasses du 20e siècle et qui attendent que le PG affirme la primauté des mouvements sociaux dans le changement de société, loin de la verticale de tout-pouvoir ?

Nous avons tiré les leçons du passé. Aucun changement durable et profond n’est possible sans l’implication populaire. Le peuple doit prendre le pouvoir lui-même. Le Front de Gauche veut être l’outil pour cela, en devenant un véritable Front du peuple.
Pour autant, nous sommes des républicains. Nous croyons à la démocratie et aux élections. C’est pourquoi la révolution à laquelle nous aspirons est une révolution citoyenne. Elle met au centre de tout la conquête du pouvoir comme moyen pour régler les problèmes : dans le pays, mais aussi dans les entreprises. Et sur soi-même.