Archives pour la catégorie 12- De l’Union Européenne

Textes d’analyse, réflexions, propositions et critiques sur la question de l’Union Européenne actuelle ou des autres formes de rassemblement des peuples européens. Ces publications pourront être de ma plume ou d’autres auteurs dont j’estime qu’ils sont utiles au débat.

La souveraineté, fantôme de l’élection présidentielle ? – Par Bruno GUIGUE

Ce billet a été publié par son auteur, Bruno GUIGUE, sur sa page Facebook. On le trouve ici.

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Le moins qu’on puisse dire, c’est que la campagne électorale relègue à l’arrière-boutique les questions essentielles. Quel rôle jouera la France dans le monde de demain ? Va-t-elle rendre le pouvoir au peuple, ou le laisser entre les mains de l’oligarchie ? Va-t-elle restaurer sa souveraineté, ou se résigner à sa disparition ? Que ces questions soient quasiment absentes du débat est révélateur. A leur place, des politiciens drogués à la “com” et des médias serviles nous servent une soupe insipide où surnagent quelques grumeaux faits d’histoires de pognon, de mises en examen, de costumes à 3 000 euros, sans oublier les postures ridicules et les tirades alambiquées du candidat dont il faudrait être frappé d’une profonde cécité pour ne pas voir qu’il a été adoubé par la caste dominante.

 

La souveraineté est une question que la plupart des candidats, manifestement, mettent un soin particulier à éluder. En dépit de leurs différences, Emmanuel Macron, François Fillon et Benoît Hamon, pour ne citer qu’eux, s’accommodent fort bien de cette chape de plomb qui étouffe la délibération démocratique et tétanise l’action publique dans notre pays. Il n’y a qu’à les écouter ! Que ce soit au plan économique, diplomatique ou stratégique, ce vieux pays qu’est la France serait condamné à suivre les vents dominants. Il n’aurait qu’à descendre la pente de cette merveilleuse mondialisation qui rapproche les peuples et répand ses bienfaits, notre nation se laissant glisser dans l’indifférenciation à laquelle la convie le modèle européen, comme si cette libéralisation à marche forcée était une nécessité historique.

 

Pour la caste nourrie au lait maastrichtien, l’appartenance à l’Union européenne est à la fois providentielle et irréversible. M. Hamon est sans doute plus fédéraliste que M. Fillon, et M. Macron davantage encore, mais cette différence est négligeable. Dans une belle unanimité, les trois larrons de l’eurobéatitude chantent les louanges de la supranationalité et communient dans le dogme de la libre concurrence. L’euro est responsable du déclin industriel français, mais peu importe. Ils s’obstinent à y voir un atout dans la compétition économique mondiale. Jamais à court d’une idée saugrenue, M. Hamon croit tellement à ses vertus qu’il veut doter l’Europe d’un nouveau machin qu’il a baptisé “parlement de la zone euro”. Comme la supranationalité est un fiasco, on vous la ressert au carré en guise de remède ! Une chose est sûre : pièce maîtresse de la mondialisation capitaliste, “l’union économique et monétaire” instituée par le funeste traité de Maastricht continuera de sévir si l’un de ces trois candidats l’emporte le 7 mai.

 

Rien d’étonnant, donc, si pour nos pieds nickelés l’appartenance de la France à l’OTAN est aussi un article de foi qu’ils ne songent même pas à interroger. Le dogme atlantiste est si profondément enraciné, du PS aux « Républicains », que la pérennité de cette alliance militaire va de soi, comme s’il était vital pour la France de servir les ambitions de Washington. Les velléités d’indépendance de M. Fillon, sur ce plan, furent de courte durée. D’abord favorable au dialogue avec Moscou, il a mis de l’eau dans son vin au moment où l’administration Trump a viré de bord dans la foulée de la démission de Michael Flynn, conseiller à la sécurité nationale contraint de quitter ses fonctions en raison de ses accointances moscovites. On croyait que pour M. Fillon, il fallait dialoguer avec la Russie pour rééquilibrer notre diplomatie, mais il vient de déclarer que la Russie est un “pays dangereux”. Même revirement sur la Syrie. Après avoir condamné le soutien apporté par la France aux islamistes armés, il dénonce en Bachar Al-Assad un menteur invétéré et un dictateur abominable. Comprenne qui pourra. Plus atlantiste que l’alliance atlantique elle-même, M. Macron, lui, n’a pas cette subtilité. Adorateur d’une Amérique imaginaire, il s’est payé le luxe de faire la leçon au nouveau président américain, lui reprochant de brader les valeurs libérales (entendez, le libre-échangisme cher à l’oligarchie) qui constitueraient le patrimoine commun de la France et des Etats-Unis depuis La Fayette.

 

Ce sera donc du côté des autres candidats, et non de cette troïka, que l’on pourra entendre un discours sur la souveraineté qui ne se résume pas à son abandon en rase campagne.

 

C’est notamment le cas avec Marine Le Pen, dont la présence au second tour est prophétisée par des instituts de sondage dont nous ne doutons pas qu’ils sauront capter avec finesse le moindre frémissement de l’opinion avec leur efficacité coutumière. Si jamais elle est élue, Mme Le Pen entend renégocier les traités européens. En cas d’échec de ces négociations (ce qui est plus que probable), la nouvelle présidente organisera dans les six mois un référendum sur la sortie de l’UE. De même, en politique étrangère, la candidate du FN a toujours dénoncé l’alignement de Paris sur l’agenda américain, que ce soit en Syrie ou en Ukraine, et elle plaide avec ferveur, à juste titre, pour une reprise du dialogue avec Moscou.

 

La classe politique euro-boboïsée ayant laissé au FN le monopole du discours sur la souveraineté, il n’est pas surprenant que ce parti ait occupé l’espace qu’on lui abandonnait si généreusement. Mais de quelle souveraineté s’agit-il ? Contrairement à ce que croient certains, Marine Le Pen ne veut pas rompre avec l’alliance atlantique. A la différence de MM. Mélenchon et Asselineau, elle prévoit le retrait de la France du commandement intégré, et non la sortie pure et simple de l’OTAN. A ses yeux, la France fait partie d’un monde occidental dont il faut préserver à tout prix l’identité menacée. Peut-être l’élection de Donald Trump a-t-elle convaincu Mme Le Pen, en outre, que la France devait rester l’alliée des Etats-Unis. Renouant avec la tradition atlantiste de l’extrême-droite européenne, le FN demeure prisonnier de son occidentalisme.

 

Son attitude pro-israélienne en fournit aussi l’illustration. Lorsque la résistance palestinienne réplique à l’envahisseur sioniste, le FN ne se prive jamais de dénoncer le “terrorisme”. Dans une interview accordée à “Haaretz” en avril 2002, Jean-Marie Le Pen avait exprimé son admiration pour Ariel Sharon, louant son efficacité dans la lutte contre les organisations palestiniennes. Répondant en expert israélien à cet expert français des guerres coloniales, Ariel Sharon avait déclaré à son tour que si on lui avait confié, à lui, la direction de l’armée française, il aurait “gagné la guerre d’Algérie”. Bref, si le FN était sincèrement attaché à l’auto-détermination des nations, il soutiendrait le peuple palestinien. Manifestement, ce n’est pas le cas.

 

De même, son islamophobie (qui n’a rien à voir avec la lutte, parfaitement légitime, contre l’islamisme radical) vise à désigner un bouc-émissaire. Mais elle sert aussi la thèse du “choc des civilisations”. Elle érige la différence culturelle en frontière infranchissable, comme si la souveraineté était celle d’un peuple français dont le FN détiendrait le code génétique. C’est la limite du discours identitaire, qui suppose la définition a priori d’une identité nationale dont on a envie de demander : qui a déposé le brevet ? C’est pourquoi le nationalisme identitaire divise au lieu de rassembler. La souveraineté n’appartient à personne, elle est construite et non reçue. “Est Français celui qui le veut”, disait de Gaulle. Le malheur de l’extrême-droite, c’est qu’elle a une longue histoire et que tout le monde n’est pas amnésique. Ce parti fut le seul à défendre obstinément le régime d’apartheid sud-africain, ne l’oublions pas. Il a peut-être changé, mais son héritage colonialiste lui colle aux semelles.

 

Loin de ces confusions délétères, le programme de la “France insoumise” se réclame, lui, d’un “indépendantisme français” qui renoue avec les meilleures traditions de la gauche populaire, celle de 93, de la Commune et de la Résistance. “L’Europe, on la change ou on la quitte”, a déclaré M. Mélenchon. Il veut renégocier les traités européens (plan A). En cas d’échec, la France “désobéira aux traités” et refondera l’Europe avec les pays qui partagent ses priorités (plan B). Ce scénario alternatif, on l’a dit, présente un avantage et un inconvénient. L’avantage, c’est qu’il signifie clairement le refus de l’Europe des banquiers. L’inconvénient, c’est qu’il élude la question de la sortie de l’UE. Ce n’est pas pour rien que les dogmes libéraux sont inscrits dans le marbre des traités européens. Ils sont la raison d’être de l’Union, et pour les jeter aux orties, il faudra sortir de l’UE. On ne peut restaurer la souveraineté qu’en rompant avec une institution dont la fonction est de soustraire l’économie à la délibération démocratique. Si M. Mélenchon est élu, de toutes façons, la “force des choses”, comme disait Saint-Just, imposera cette rupture malgré la frilosité de ses amis.

 

Pour restaurer la souveraineté nationale, le candidat propose aussi aux Français de dire adieu à l’OTAN, cette machine de guerre mise au service d’une Amérique d’autant plus agressive que plane sur sa tête l’ombre menaçante de son déclin. Pour la “France insoumise”, le choix est clair. Quitter l’OTAN, ce n’est pas seulement quitter le commandement intégré, mais l’alliance atlantique elle-même. Consommer cette rupture, c’est mettre fin à l’alignement de la France, se donner les moyens d’une diplomatie planétaire, faire entendre une voix indépendante sur la scène mondiale. Le dialogue avec la Russie, la refonte de nos relations avec l’Afrique, la reconnaissance de la Palestine, la révision de notre politique en Syrie, enfin, seront à l’ordre du jour. Aucune force politique n’est exempte d’insuffisances, mais l’ambition dont témoigne “l’indépendantisme français” est de bon augure.

 

La question de la souveraineté n’est pas une question accessoire. C’est la question essentielle. Lorsqu’une nation n’est pas souveraine, le peuple qui l’incarne ne l’est pas, et un peuple qui n’est pas souverain est à la merci des puissants. Restaurer cette souveraineté et rendre la parole au peuple, c’est la même chose. Il reste vingt jours, désormais, pour remettre cette question au centre des débats, vingt jours pour faire de la souveraineté autre chose qu’un fantôme, vingt jours pour mettre en lumière la différence entre ceux qui s’accommodent de la dépossession du peuple français, ceux qui se croient patriotes parce qu’ils désignent des bouc-émissaires, et ceux qui veulent faire de la souveraineté restaurée la cinglante défaite de l’oligarchie.

 

(Ce texte est la version modifiée d’une chronique parue dans le numéro d’avril 2017 d’ « Afrique-Asie »)

 

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Oui, la France insoumise est prête pour la sortie de l’Union Européenne et de l’euro ! – Par le collectif « Citoyens pour un peuple souverain » – Copyright Marianne le 30/03/2017

Le collectif Citoyens pour un Peuple souverain (dont je fais partie) est un soutien de la France insoumise de Jean-Luc Mélenchon. Son site web est à retrouver ici. Sa page Facebook est ici.

Cette tribune (accessible ici sur Marianne) est une réponse à celle rédigée par Coralie DELAUME et Aurélien BERNIER publiée dans Marianne le 23/03/2017.

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Réponse en toute amitié à Aurélien Bernier et Coralie Delaume publiée dans Marianne.

Notre stratégie : être prêts à tous les cas de figure

Dans leur article sur le site de Marianne, Aurélien Bernier et Coralie Delaume demandent à la France insoumise de rompre avec le mythe réformiste de « l’Europe sociale » et s’inquiètent d’une réorientation de notre discours sur les traités européens. Notre collectif Citoyens pour un Peuple Souverain s’étant précisément constitué afin de contribuer, au sein de la France insoumise, au Plan de sortie de l’UE, nous estimons être les mieux placés pour pouvoir répondre à leurs inquiétudes.

Le point essentiel à nos yeux est le suivant : le Plan de sortie de l’Union Européenne et de l’euro est prêt à l’emploi. Qu’importe donc s’il n’est encore pour certains camarades qu’une hypothèse de travail, puisque nous estimons que la réalité le rendra inéluctable.

Ce Plan, dont les détails sont rendus publics sur le site des universités populaires de la France insoumise, se décline en trois grands axes : le rétablissement de barrières douanières aux frontières du pays, le retour au Franc et un moratoire sur la dette. Comme tant d’autres insoumis, nous le popularisons dans des conférences citoyennes dans tout le pays. La philosophie est très simple : si les autres gouvernements refusent de nous suivre, nous mènerons à l’échelle de notre pays une politique écologique et sociale en attendant que d’autres pays veulent nous rejoindre. Et comme nous sommes internationalistes, nous tendrons la main à tous les pays du Monde – sans d’ailleurs privilégier l’échelon européen et notamment nous proposerons une alliance d’égal à égal aux pays africains francophones à qui nous rendrons leur souveraineté monétaire en abolissant le franc CFA.

Le déroulé du Plan de Sortie

Notre Plan de sortie pourra se déclencher à deux étapes : soit immédiatement après notre élection au cas où les pays de l’Eurogroupe refuseraient toute discussion, soit à l’issue d’éventuelles négociations dont les résultats seront dans tous les cas soumis à référendum, avec une sortie de l’UE en cas de vote contre. Immédiatement, nous réquisitionnerons la Banque de France pour imprimer des Francs, tout en continuant à utiliser durant la période de transition l’ancienne monnaie européenne au taux de 1 franc = 1 euro sur le territoire nationale. La dévaluation du Franc et la réévaluation de l’euromark qui s’ensuivront redonneront de la compétitivité à nos entreprises, même si il est à noter que nous ne faisons pas de cet « avantage concurrentiel » un des objectifs de notre politique car nous ne sommes pas dans une logique de compétition entre capitalismes nationaux. Notre programme prévoit en effet de transformer intégralement notre modèle économique en relocalisant notre économie et en instaurant une réindustrialisation écologique (éoliennes, photovoltaïque, économie de la mer…) grâce à un plan d’investissement massif et à l’instauration de barrières douanières ciblées.

Ainsi, les premières cibles de notre protectionnisme écologique et social seront les entreprises qui délocalisent, comme par exemple Whirlpool pour laquelle notre candidat aux législatives François Ruffin se bat. Notre objectif n’est donc pas de favoriser le capitalisme français mais l’intérêt des travailleurs qui sont sous notre juridiction (et nos alliés éventuels). L’effet multiplicateur de notre programme de relance de 100 milliards d’euros (devenus des Francs) sera alors renforcé, puisque les consommateurs achèteront en priorité des produits fabriqués en France ou dans les pays qui auront choisi de s’allier avec nous.

Certaines mesures protectionnistes sont d’ailleurs prévues dans notre programme dans tous les cas de figure, puisque par exemple à notre arrivée au pouvoir « nous augmenterons immédiatement les droits de douane pour les pays aux droits sociaux limités(travail des enfants, absence de droits syndicaux, etc). Nous prendrons des mesures de rétorsion commerciales contre les paradis fiscaux ». Il s’agit là de mesures profondément internationalistes, puisqu’elles favorisent la constitution d’Etats sociaux dans toutes les parties du Monde (sans d’ailleurs privilégier l’échelon européen).

Nos différences avec les projets concurrents de sortie de l’UE (comme celui du FN par exemple) portent donc en premier lieu sur les objectifs, mais pas seulement. Nous assumons également que tout projet de « Frexit par la gauche » implique une confrontation avec le capitalisme mondialisé, et ses valets français, et donc un rapport de force exigeant le soutien de la population. Cette confrontation nécessite de se libérer des marchés financiers, notamment via un contrôle des changes et des capitaux afin de se protéger des attaques spéculatives, ainsi que de nous financer auprès de la Banque de France renationalisée. Nous avons également prévu un moratoire de la dette publique, à partir d’un audit citoyen, afin de déterminer quelles en sont les parties illégitimes sur lesquelles nous pourrions faire défaut. Peu nous importe alors si jamais les marchés nous réclament des taux d’intérêts plus élevés, puisque nous sommes déterminés à aller jusqu’au bout de la confrontation et à rompre avec la mondialisation néolibérale et son système financier que nous jugeons illégitime. Cette position nous distingue clairement de celle de Marine Le Pen qui estime notamment que rembourser la dette serait « un devoir éthique pour un Etat de droit», et se retrouve ainsi menacée de mise en faillite de la France si jamais elle arrivait au pouvoir.

Notre Plan de sortie, dont nous n’avons donné ici qu’un bref aperçu, est ainsi pensé pour s’appliquer dans tous les cas de figure, et parer à toute éventualité.

Mais alors, d’où vient l’impression de malaise ?

Certes, certains économistes de la France insoumise cités par Aurélien Bernier et Coralie Deleaume croient réellement que notre Plan de sortie n’aura pas besoin d’être utilisé, ni d’ailleurs que les marchés nous attaqueront. Il ne s’agit pas pour eux d’un double discours tactique, mais d’une conviction profonde sur la possibilité de réformer l’Europe, qui paraît à notre collectif absolument illusoire. Mais qu’importent ces illusions, puisque de toute façon le Plan est prêt à l’emploi et que la réalité le rendra inéluctable!

Pour faire une métaphore éclairante, supposons un individu s’apprêtant à sauter dans le vide en se munissant d’un parachute. Imaginons également qu’une voix divine ait assuré à notre individu qu’au moment où il sautera dans les airs, il se mettra miraculeusement à flotter et qu’il n’aura donc pas besoin d’activer son parachute. Vous aurez beau tenter d’argumenter avec lui, sa conviction intime restera inébranlable tant qu’il n’aura pas fait sa propre expérience du saut dans les airs. La divergence relève ici de la croyance personnelle et, étant profondément laïques, nous ne nous lui demanderons pas de changer son intime conviction… Du moment qu’il adopte un comportement rationnel en prenant son parachute « au cas où » ! Cette garantie nous suffit. Et a fortiori, puisque le programme de la France insoumise prévoit un référendum sur le résultat d’éventuelles négociations qui permettra au peuple français de trancher si nécessaire. Que demander de plus ?

Pour mesurer le chemin parcouru depuis la campagne du Front de Gauche en 2012, il faut revenir au diagnostic parfaitement posé par Aurélien Bernier dans son livre La gauche radicale et ses tabous. Pendant des décennies, depuis le tournant de la rigueur de François Mitterrand au nom de la construction européenne, le mythe réformiste de « l’Europe sociale » a littéralement ensorcelé les consciences de gauche, du PS à LO, en passant par les Verts, le PCF et le NPA. Le tournant européiste de la gauche a de plus été accentué par le choix malheureux de Jean-Pierre Chevènement, héraut du souverainisme de gauche, de tendre la main aux « républicains de droite » y compris libéraux. Ainsi s’était longtemps installée à gauche l’idée que la défense de la souveraineté nationale conduirait inéluctablement à l’abandon des idéaux de gauche. Pourtant, le flambeau de la sortie de l’UE et de l’euro « par la gauche » a été brillamment repris au sein du Front de Gauche, et notamment par la plate-forme alternative Clarté et Courage Politique qui reçut en mars 2015 le soutien de plus de 45% des membres du Parti de Gauche de Jean-Luc Mélenchon. Quelques mois plus tard, la crise grecque devait confirmer cette analyse et la rendre de plus en plus évidente auprès des militants de la gauche radicale.

Ainsi, une nouvelle génération militante a émergé et a compris qu’au fond, peu importait si certains camarades refusaient de croire à l’inéluctabilité de la sortie, du moment qu’ils étaient prêts à préparer ce scénario et à laisser la réalité trancher. Nous avons également obtenu dans le cadre des contributions programmatiques de la France insoumise une avancée qui avait été refusée en Juillet 2015 par la direction du PG, à savoir que le résultat d’éventuelles négociations dans le cadre du Plan A soit soumis à référendum. Par conséquent le peuple français aura la possibilité de refuser les aménagements éventuellement obtenus, et ainsi d’enclencher automatiquement notre Plan de sortie. Que de chemin parcouru depuis 2012 !

Voilà pourquoi tout en rejetant tout comme Aurélien Bernier et Coralie Delaume le mythe réformiste de « l’Europe sociale », nous estimons qu’à un mois du premier tour l’urgence est de continuer à préparer tous les scénarios possibles dans le cadre de la France Insoumise, y compris avec ceux qui ne sont pas persuadés de l’inéluctabilité du scénario de sortie. Coralie et Aurélien, rejoignez-nous, vous serez accueillis à bras ouverts!

 

Renversez la table, M. Mélenchon, ou résignez-vous à la défaite ! – Par Bruno GUIGUE le 24/04/2017

Je signe ce billet en forme de lettre ouverte à Jean-Luc Mélenchon écrit par Bruno Guigue

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On vous dira que ce n’est pas vrai, mais vous pouvez, si vous le voulez, créer la surprise le 23 avril. Vous pouvez, si vous vous en donnez les moyens, porter très haut la “France insoumise” et contribuer à bâtir cette force dont la vraie gauche, celle qui défend le peuple sous les crachats, a tant besoin dans un pays ravagé par l’égoïsme des nantis et miné par la résignation des humbles.

Mais pour y parvenir, il faut faire des choix clairs, compris de tous. C’est le moment ou jamais ! Vous pouvez représenter, demain, la principale force de gauche, reléguant un parti socialiste vermoulu à la place subalterne qu’il mérite, comme la SFIO des années 60. Si vous laissez passer cette occasion historique, en revanche, la classe qui se croit supérieure parce qu’elle détient le capital continuera de tenir le haut du pavé avec le concours de ses larbins de la vraie droite et de la fausse gauche.

Alors, allez droit au but, et tapez fort ! Vous n’y échapperez pas. L’enjeu essentiel, c’est la restauration de la souveraineté nationale, sans laquelle la révolution citoyenne que vous appelez de vos vœux restera lettre morte. Allez jusqu’au bout de vos idées, ne décevez pas les espoirs que vous suscitez, levez les équivoques dont souffre encore votre campagne. Parlez au peuple, et parlez peuple. Dites que, si vous êtes élu, vous proposerez aux Français, par référendum, la sortie de l’Union européenne.

Cette mystification supranationale, cette supercherie néolibérale n’a que trop duré. C’est un carcan imposé aux peuples par une oligarchie cupide, et vous le savez. Ne faites pas semblant de croire qu’elle est réformable, car elle ne l’est pas. N’accréditez pas l’idée qu’on puisse la changer, car c’est impossible. Ne laissez pas au Front national le privilège de l’avoir compris avant les autres et d’être presque seul à le dire. Ne lui faites pas ce cadeau !

Ce n’est pas pour rien que les dogmes libéraux sont inscrits dans le marbre des traités européens. Pour s’en débarrasser, il faut quitter l’UE. On ne peut restaurer la souveraineté populaire qu’en restaurant la souveraineté nationale. Mais on ne peut restaurer la souveraineté nationale qu’en rompant les amarres avec une institution supranationale dont la fonction est de soustraire l’essentiel à la délibération démocratique.

En jetant aux orties l’Europe des banquiers, vous provoquerez un tsunami idéologique, vous scellerez la réconciliation entre la gauche et la souveraineté. Ce faisant, vous sauverez la gauche et vous sauverez la souveraineté. Mais si vous refusez de le faire, vous tuerez la gauche en la livrant aux socialistes qui pourrissent tout ce qu’ils touchent, et vous livrerez la souveraineté au FN qui en fera un usage conforme à son ADN droitier.

Manifestez donc, face au carcan européiste, la même intransigeance que celle dont vous faites preuve face au carcan atlantiste. Pour restaurer la souveraineté de la France, vous voulez que la France quitte l’OTAN. Contrairement à Marine Le Pen, vous ne voulez pas seulement quitter le commandement intégré, mais l’alliance atlantique elle-même. Vous avez raison, et vous êtes l’un des rares, avec François Asselineau, à le dire haut et fort.

En consommant cette rupture, vous mettrez fin au scandaleux alignement de la France. Vous ferez entendre une voix indépendante sur la scène mondiale. Vous conduirez cette diplomatie souveraine, élargie aux cinq continents, qui est la vocation de notre pays. Ce défi lancé à l’impérialisme vous honore, mais si vous voulez qu’on prenne votre ambition au sérieux, montrez la même radicalité face à cette Union européenne qui est le temple de l’ordolibéralisme.

L’expérience grecque a montré qu’un compromis avec les Pères Fouettard de l’oligarchie se solde toujours par une capitulation du faible devant le fort. Ne laissez pas ces rapaces miner tout espoir de changement, coupez-leur l’herbe sous le pied en annonçant qu’il n’y aura aucune négociation, aucun compromis, que la France veut recouvrer sa liberté et qu’elle nouera ensuite, avec qui elle veut, les coopérations qu’elle jugera utiles.

Vous voulez relancer l’économie, redistribuer les revenus, rétablir les droits sociaux, réformer la fiscalité, réguler la finance. Ce beau projet a un prix qui est celui de la rupture avec le système oligarchique, la déconnexion avec ses instruments privilégiés que sont l’UE et l’OTAN.

Renversez la table, M. Mélenchon, ou résignez-vous à la défaite !

 

La France insoumise de Mélenchon doit rompre avec le fantôme de « l’Europe sociale » – Par Coralie DELAUME et Aurélien BERNIER – Marianne le 23/03/2017

Article accessible ici
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Coralie Delaume est essayiste. Elle anime notamment le blog l’Arène nue. Elle a publié avec David Cayla l’essai La fin de l’Union européenne, Michalon (janvier 2017).
Aurélien Bernier est essayiste. Il a publié publié plusieurs ouvrages dont La gauche radicale et ses tabous : pourquoi le Front de gauche échoue face au Front national (Seuil, 2014) et plus récemment La démondialisation ou le chaos (Utopia, octobre 2016).

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Coralie Delaume et Aurélien Bernier interpellent Jean-Luc Mélenchon sur la question européenne et sa radicalité « euro-compatible » qui rappelle selon eux « l’Europe sociale » des socialistes.

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Il y a eu la crise grecque de 2015. Elle est d’ailleurs sur le point de refaire surface puisque les créanciers du pays sont en désaccord sur presque tout, en particulier sur ce qu’il convient de faire de la dette – insoutenable – de ce pays. Il y aura bientôt le Brexit, dont le déclenchement officiel est prévu le 29 mars, et dont on n’a aucune idée de la manière dont la France s’y prépare. Pourtant, notre pays a d’énormes intérêts dans l’affaire, lui qui dégage avec le Royaume-Uni son excédent commercial le plus élevé (12 milliards d’euros en 2015). Il y a bien sûr les conséquences de la « crises des dettes souveraines » et de la crise de l’euro du début des années 2010 qui n’en finissent pas de ricocher. Il y a enfin l’entêtement de la bruxellocratie, qui n’envisage, face à cela, que de renforcer indéfiniment l’austérité, quand elle n’est pas occupée à avouer son impuissance (« Merde, que voulez-vous que nous fassions ? », disait Jean-Claude Junker au Parlement européen le 1er mars) ou à insulter les pays d’Europe du Sud ( « On ne peut pas dépenser tous l’argent dans l’alcool et les femmes, et ensuite appeler à l’aide », affirmait Jeroen Dijsselbloem, président de l’Eurogroupe le 21 mars).

Dans ce contexte, nous imaginions que la question de l’Union européenne serait naturellement centrale dans la campagne présidentielle, d’autant plus que l’UE est le carcan à l’intérieur duquel se dessinent toutes les politiques économiques des États membres. Les traités en vigueur forment en effet une véritable « constitution économique de l’Europe » de l’aveu de nombreux spécialistes.

Par ailleurs, après l’échec spectaculaire d’un gouvernement de gauche radicale, celui d’Alexis Tsipras en Grèce, et la démonstration faite à son corps défendant par Syriza qu’on ne reforme pas l’Europe « de l’intérieur », nous espérions que la France insoumise oserait prendre à son compte la contestation de l’austérité constitutionnalisée, et éviterait d’offrir au Front national le monopole de la radicalité en matière de rupture avec l’Union européenne.

Jean-Luc Mélenchon laisse le champ libre à Marine Le Pen

Pour l’instant, il semble que nous nous soyons en partie fourvoyés. Lors du débat télévisé du 20 mars entre cinq candidats à l’élection présidentielle, c’est Marine Le Pen qui s’en est prise avec le plus de vigueur au libre-échange et aux politiques antisociales de l’Union européenne. C’est elle qui a évoqué la problématique de la désindustrialisation du pays. C’est elle encore qui a évoqué la probable délocalisation de l’usine Whirlpool d’Amiens en Pologne, et donc, en filigrane, la problématique du dumping social au sein du Marché unique. Brillant sur bien des sujets, Jean-Luc Mélenchon lui a laissé le champ libre sur celui-ci, pourtant primordial.

Mais il y a pire. La campagne de la France insoumise avait débuté sur l’air de « l’Europe, on la change ou on la quitte ». Or, en l’espace de quelques jours, des porte-paroles de Jean-Luc Mélenchon ont multiplié les déclarations alambiquées dans les médias et contribué à renforcer le flou autour sur la stratégie « plan A – plan B ».

Ce fut d’abord le cas du responsable des questions économiques, Liem Hoang Ngoc. Invité de la matinale sur France Inter le 13 mars 2017, ce dernier a cru bon d’affirmer que le programme du mouvement avait été élaboré « dans un cadre euro-compatible ». On se croirait revenus vingt ans en arrière, lorsque Robert Hue déclarait le Parti communiste français « euro-constructif ».

Voilà en tout cas de quoi rassurer ceux qui ont pu craindre un tournant anti-Union européenne de la France insoumise. A ceux-là, l’économiste rappelle certes que les traités « sont inapplicables en l’état ». Mais il les rassure aussitôt en affirmant qu’il respectera peu ou prou critères de Maastricht. Mieux, il rompra avec le hollandisme tout en faisant – c’est là le tour de force – du hollandisme ! Liem Hoang Ngoc dit en effet prévoir « un déficit moyen de 3,5 % du PIB au cours du quinquennat c’est à dire pas plus que ce qu’Hollande a fait » au cours du sien. Enfin, il vend la mèche : « en fin de quinquennat, nous prévoyons un désendettement à 2,5 % du PIB. Les marchés n’ont aucune raison de spéculer contre notre politique ». C’est plus clair ! Il s’agit donc, une fois de plus, de « rassurer les marchés » auprès desquels on continuera d’emprunter. Et pour demeurer un emprunteur solvable, on œuvrera à se désendetter. On est ébouriffé par tant d’audace…

Quatre jours plus tard, c’est au tour de Jacques Généreux de s’exprimer à l’occasion d’un débat avec Thomas Piketty, soutien de Benoît Hamon, organisé par le journal Politis. Face à un public manifestement ravi des convergences entre les deux économistes, il introduit en ces termes la stratégie « plan A – plan B » : « L’intention de la France n’est pas de détruire l’Union européenne, n’est pas de sortir de l’Union européenne, c’est de sauver l’Union européenne dont nous sommes absolument persuadés que si elle continue telle qu’elle est là, elle est condamnée non seulement à l’échec (…) mais surtout à l’explosion de la pire des manières ». D’emblée, on est saisi d’un doute affreux. Car l’Union européenne, ce n’est pas l’Europe. Si l’Europe est un ensemble de pays situés sur un même continent, l’Union est un ensemble de règles, un montage juridique. Dès lors, pourquoi fétichiser à ce point un édifice institutionnel connu pour être intrinsèquement porteur d’une grave érosion démocratique ?

L’impossible « réorientation » européenne

Comment les choses se passeront-elles si Jean-Luc Mélenchon est élu ? Simplement nous dit Jacques Généreux. Tout d’abord, la France insoumise au pouvoir prendra des mesures unilatérales qui désobéiront aux traités comme, par exemple, le contrôle des capitaux. Tout en continuant à financer sa dette sur les marchés, donc, ainsi qu’on l’a vu avec Liem Hoang Ngoc. Voilà qui promet d’être compliqué.

Pendant ce temps là, la France demandera l’ouverture de négociations avec les pays de l’Union pour refondre les textes européens, tout en continuant à désobéir. Car selon l’économiste « personne ne peut nous mettre dehors […] et donc on peut rester autant qu’on veut en n’appliquant plus les dispositions des traités ». On resterait dans les traités tout en sortant des traités. On désobéirait à des règles tout en restant dans l’Union européenne, qui n’est elle-même qu’un ensemble règles. Les mystère s’épaissit, et l’on souhaite bien du courage pour convaincre les électeurs.

Au mois de juin dernier, nous avions été conjointement auditionnés par la France insoumise dans le cadre de l’élaboration du programme de Jean-Luc Mélenchon pour 2017. Jacques Généreux nous avait présenté ce scénario, et nous lui avions déjà fait plusieurs objections qui rendent cette présentation du « plan A – plan B » très complexe à appréhender. Nous avions en particulier soulevé le caractère central de la question juridique, alors que le droit européen prime actuellement sur les droits nationaux, et que l’ordre juridique communautaire est inscrit au cœur de la Constitution française. Nous avions ensuite fait observer qu’il est inenvisageable que l’Allemagne et d’autres pays du Nord et de l’Est (Finlande, Pays Baltes…) acceptent une « réorientation » dans le sens d’un surcroît de « solidarité » communautaire. Plutôt que de mettre en place une union de transferts, ils préféreront rompre. Y compris si le social-démocrate Martin Schultz remplace Angela Merkel à Berlin puisqu’il gouvernerait probablement en « Grand coalition » avec la CDU, comme le SPD le fait depuis des années.

Politiquement, on comprend que le problème soit délicat. Une rupture décidée par la France serait un tsunami, alors même que notre pays a longtemps dominé l’Europe et s’est trouvé à l’avant-garde du processus d’intégration. Il existe sans doute, dans l’esprit des dirigeants de la France insoumise, le souci de se laisser le temps de démontrer à la population l’inanité de tout projet de réorientation de l’Europe, ne serait-ce que pour légitimer la rupture. On peut même supposer qu’existe le désir tacite de pousser d’autres pays à rompre les premiers pour n’avoir pas à assumer la responsabilité historique de la fin de l’Union.

Mais à ce stade ce calcul nous semble dangereux, car il risque de décrédibiliser toutes les promesses économiques ambitieuses portées par Jean-Luc Mélenchon. Comment fait-on pour relancer une économie intégrée au Marché unique et dotée de l’euro alors qu’on ne peut plus avoir de politique monétaire (c’est la Banque centrale européenne qui la conduit), ni de politique de change, ni de politique budgétaire (en raison de l’existence du Pacte de stabilité, du TSCG, du Two Pack, du Six Pack etc.), ni de politique industrielle (les règles relatives à la concurrence non faussée figurant dans les traités l’interdisent), ni de politique commerciale (puisque c’est une compétence exclusive de l’Union) ? En désobéissant sans pouvoir s’appuyer sur une base juridique solide ? Comment croire qu’une telle stratégie puisse s’inscrire dans le temps nécessaire aux négociations souhaitées avec les « partenaires européens » ? Comment penser que les fameux marchés continueront comme si de rien n’était à accorder leur confiance ?

Malgré la détermination de la France insoumise que nous ne remettons pas en cause, la radicalité « euro-compatible », rappelle décidément trop « l’Europe sociale », cette stratégie éculée du Parti socialiste pour justifier ses pires renoncements : on peut l’évoquer en boucle, elle n’adviendra pas avant des décennies. Ce plan n’est pas plus crédible que la réaffirmation de la « souveraineté populaire » sans récupération d’une part substantielle de la souveraineté nationale, qui n’est que l’autre nom, après tout, de la liberté d’un peuple à disposer de lui-même, en somme de la démocratie. Tout cela, si la gauche ne le dit pas, Marine Le Pen le dira. Hélas d’ailleurs, elle le fait déjà, avec le succès que l’on sait.

Quelques mots à Jacques GÉNÉREUX – Par Vincent Christophe LE ROUX le 10/03/2017

Jacques Généreux m’a fait l’immense honneur, en ce vendredi 10 mars 2017, d’accepter l’invitation que je lui avais adressée (via Facebook) il y a un certain temps déjà…
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Je lui ai écrit ces quelques lignes pour le saluer et pour lui dire deux ou trois choses…
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Jacques, je suis très honoré que tu aies accepté mon invitation, camarade.
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Je suis un lecteur assidu de tes ouvrages, même si certains m’ont échappé à ce jour. Mais à 42 ans, j’espère avoir encore quelques années à vivre et donc le temps de les découvrir dans les mois et années à venir…
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Évidemment la « trilogie » était une oeuvre à marquer les esprits. J’ai beaucoup apprécié aussi le « socialisme néomoderne » parce qu’on y trouve d’autres développements que l’économie pure, fusse-t-elle, grâce à toi, expliquée en termes accessibles à tous. Et tout ce qui est dit sur les aspects humains, sociaux, relationnels dans ce livre-là m’a beaucoup fait réfléchir. Un grand moment !
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« Nous on peut » fut aussi un ouvrage explosif pour moi, dans le bon sens du terme !
Le tout dernier que tu as publié il y a quelques jours (Les bonnes raisons de voter Mélenchon) que j’ai pu acheter avant même le 1er mars, date officielle de sa sortie (merci à mon libraire préféré, la Librairie Durance à Nantes) est purement génial… J’ai particulièrement savouré l’intro et le chapitre sur l’UE…
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Je vais te dire quelque chose : je suis, depuis désormais deux ans au moins, partisan de la sortie de l’UE et donc du plan B. Car, à l’instar de Lordon, je pense que nous y parviendrons de toute façon inéluctablement. Je fais partie de ceux qui, au PG, se sont battus pour le texte « alternatif » lors du dernier congrès. Je sais que tu n’y étais pas du tout favorable. Je ne t’en veux pas. Tu avais une stratégie et elle ne correspondait pas à la nôtre puisque nous considérions que nous devions accélérer et parler plus clairement que nous ne le faisions alors.
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Je ne te cache pas ma joie profonde de vous voir – Jean-Luc, toi et les autres – vous rapprocher autant de nos positions d’alors, depuis un an… Parce que mes camarades et moi pensons que pour convaincre une majorité de Français le 23 avril et le 7 mai, nous devons avoir un discours clair sur l’UE or nous ne l’avions pas il y a plus d’un an. Entre autre cause, à cause de qui on sait… Ce problème est réglé depuis que Jean-Luc a choisi de ne plus avoir de comptes à rendre à ces alliés d’hier…
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Jacques, si mes camarades et moi sommes partisans du plan B (c’est-à-dire avant même le plan A en quelque sorte), nous ne sommes pas pour autant butés et nous ne rejetons pas votre stratégie duale qui a aussi sa finesse, parce que non seulement nous en comprenons les tenants et aboutissants, mais parce que, depuis quelques temps, vous lui avez donné plus de consistance et de crédibilité.
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Le plan A, tel qu’il était exposé il y a encore quelques mois, était tout à fait insuffisant à nos yeux car il se limitait à prévoir une négociation avec nos partenaires et nous savons tous quel est le contexte politique dans chacun des pays de l’UE, nous connaissons tous les règles qui conditionnent les évolutions des traités même si le fait politique peut parfois brusquer, voire contrer, certaines règles et certains principes.
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Mais se contenter de dire que nous allions « désobéir » sans expliquer à quoi nous allions désobéir, ni dire comment et quelles seraient les suites de cette désobéissance, cela ne permettait pas de comprendre ce que vous aviez vraiment en tête, et donc cela n’était pas de nature à convaincre de vous suivre sur cette voie.
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Depuis quelques mois, Jean-Luc a réorienté son discours pour ne plus parler de « désobéissance » mais de « sortie des traités ». La différence est énorme car nous envisageons donc de sortir de l’UE et le plan B est là pour ça. Très bien.
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Dans ton livre, le chapitre 5 expose très bien la question et tu as eu l’occasion, avec Sophie Rauszer il y a quelques jours, lors de l’université populaire sur la question européenne, de dire clairement quelle était la stratégie, de la détailler, et de montrer que nous avons bien l’intention de ne pas nous laisser faire.
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Ce qui nous donne du poids et de la crédibilité, ce qui fait qu’aujourd’hui (contrairement à il y a encore quelques mois) je vous trouve – Jean-Luc, toi et les autres – bien plus crédibles et convaincants, c’est que tu n’hésites plus à expliquer que nous n’attendrons pas l’éventuelle mise en oeuvre du plan B pour prendre les mesures conservatoires nécessaires, y compris en désobéissant chaque fois que nécessaire aux dispositions contraires à notre projet.
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Cela, c’est percutant, incisif et ça fait pencher la balance du bon côté. Grâce à cette détermination que vous avez annoncée de ne plus tolérer ce qui est intolérable, et d’appliquer d’office, avant même que soit engagée toute discussion avec nos partenaires, les mesures que vous jugerez nécessaires, eh bien je crois que vous allez enfin convaincre pas mal de sceptiques qui ne croient pas que Jean-Luc soit vraiment déterminé à bousculer l’UE.
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C’est cela qui m’importe au plus haut point et qui importe aux yeux de mes principaux camarades, nous qui oeuvrons depuis deux ans pour obtenir de nos représentants principaux (Jean-Luc, toi et les personnalités qui vous entourent) que vous disiez enfin ce que nous jugions indispensable de dire.
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Nous savons qu’il y a des gens qui ont peur des perspectives qu’entraînerait la sortie de l’UE, et le système et la grande presse font tout pour alimenter ces peurs au lieu de faire une oeuvre utile d’information et d’éducation. Heureusement que nous avons Frédéric Lordon et Aurélien Bernier pour faire ce travail pédagogique. Je pourrais aussi citer Sapir qui, depuis plus d’un an, publie des billets plutôt sympas et en soutien de Jean-Luc.
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Si les « inquiets » existent, ils sont, à nos yeux, bien moins nombreux que les autres, je veux dire que ceux qui n’ont pas peur de la sortie, qui ont compris à quel point l’UE est détestable et pourquoi et comment elle empêche tout progrès économique, social et géopolitique.

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Si, en 2005, 55% des Français ont dit non au TCE, cela signifie clairement que le peuple a compris, lui ! Et ce faisant, c’est à l’UE dans son ensemble qu’il a dit NON puisque le TCE reprenait tous les traités qu’il regroupait en un seul. On ne peut valablement dire que le peuple qui a dit NON n’a dit NON qu’à tel ou tel aspect du traité. Le NON est exclusif. Le traité a été rejeté en bloc et donc, sur un plan juridique, il n’a plus aucune valeur. Le fait qu’il ait été rhabillé autrement ne change rien à cela.

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Donc tout ce qui a été fait depuis est une « forfaiture » comme cela a été dit. On pourrait d’ailleurs tout rayer d’un seul trait de plume et considérer tout ce qui s’est fait depuis (Traité de Lisbonne, TSCG, MSE…) comme nul et non avenu puisque constitutionnellement c’est illégal vu que nous avons dit NON et que nos dirigeants sont passés outre pour aller plus loin, plus vite, plus fort.

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Je pense donc que la priorité n’est pas de vouloir rassurer les inquiets par un discours de modération. Ce n’est pas eux qui nous feront gagner. 2005 est la preuve concrète que le peuple a compris depuis longtemps, qu’il est en avance sur ses représentants…

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Ce sont donc les millions de gens qui veulent que l’on règle la question de l’UE qu’il faut attacher à nous et donc par exemple détacher du FN ou de l’UPR.

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Aurélien Bernier, Frédéric Lordon et d’autres sont convaincus que le FN vit de cela, de nos insuffisances pendant si longtemps sur le sujet de l’UE. Et je suis certain qu’ils visent juste !

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Si l’on veut dévitaliser le FN, c’est NOUS qui devons porter le fer contre l’UE. À notre façon. Nous devons le faire avec notre vision et notre philosophie humaniste, internationaliste, mais nous devons montrer que Jean-Luc ne sera pas un nouveau Tsipras et que la France insoumise ne sera pas une nouvelle Syriza.

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Je vous dis donc merci, en particulier à toi, à Jean-Luc et à Sophie, d’avoir le discours que vous avez aujourd’hui.

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La question européenne, c’est le nerf de la guerre. C’est ce sujet qui nous fera gagner ou perdre l’élection, puisque selon ce que nous dirons et ferons sur ce sujet, nous pourrons faire tout le reste…ou pas ! Notre crédibilité se joue là.

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Un dernier point, à propos de ton livre « La déconnomie ». Je ne l’ai pas encore lu. Je le ferai sous peu. Par contre, je t’ai écouté en parler ici ou là sur quelques vidéos (ici, ici, ici, ici et encore ici) et je ne pense pas que la ligne d’attaque que tu as choisie dise tout de cette situation folle que tu décris et dénonces.

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Certes, il y a sans aucun doute une part d’erreur, de bêtise, d’illusion, d’égarement (quels que soient les qualificatifs qu’on donne à la chose que tu étudies), mais je crois qu’il n’y a pas QUE cela. Ce que ne dit pas le titre que tu as choisi, et qui apparemment ne figure pas dans le livre puisque, lorsque tu l’as commenté ici ou là, tu ne l’as pas évoqué et que tu en es resté à l’aspect « déconnant » de l’économie mondiale, c’est l’explication qui passerait par dire que ce qui se produit est aussi largement le résultat de choix faits en conscience et non par erreur, de choix faits par quelques-uns pour aboutir précisément à la situation que nous connaissons où un tout petit nombre a tout et l’immense masse des humains rien ou si peu !

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Les années que nous vivons ne sont pas QUE le résultat d’erreurs de politique économique ou d’un aveuglement des dirigeants pour des théories insensées. Mon avis, c’est que les dirigeants de nos pays savaient ce qu’il adviendrait et qu’ils l’ont voulu car loin de défendre NOS intérêts, ils servent les intérêts des dominants. On est comme au temps des « patrons voleurs » aux États-Unis dans les années de la fin du XIXe siècle où le capitalisme triomphant avait rendu multi-milliardaires quelques-uns et miséreux tous les autres, ce qui conduisit, en quelques décennies, au krak de 1929, à la Grande Dépression puis finalement à la Seconde guerre mondiale, aubaine des capitalistes…

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Ce n’était pas plus une « erreur » de diagnostic ou de remède qu’aujourd’hui. L’accaparement des richesses, la captation du « sang » de l’économie par ce 1% au détriment des 99%, était non pas seulement le résultat inéluctable d’une politique mais bien l’objectif poursuivi.

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Il est dommage que tu n’aies pas aussi abordé cet aspect. Parce que à critiquer les « erreurs » sans jamais oser dire qu’elles dissimulent en fait des volontés très conscientes de ceux qui nous dirigent, on prête le flanc à être perçu, soi-même, comme quelqu’un s’arrangeant avec la réalité…

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Merci de m’avoir lu jusqu’ici. Je t’adresse un salut insoumis !

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« La fin de l’Union Européenne » – Un constat implacable par Lenny Benbara le 04/01/2017

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Lien vers l’article sur Le Vent Se Lève 
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coralie-delaume-et-david-cayla
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Dans vos librairies le 5 janvier, « la fin de l’Union Européenne » est le produit de la collaboration de Coralie Delaume, essayiste et blogueuse, et de David Cayla, maître de conférence en économie à l’université d’Angers et membre des économistes atterrés, que nous avions par ailleurs interviewé sur le protectionnisme. Les deux auteurs nous livrent une analyse à la fois lucide et brillante de ce qu’est devenue l’Union Européenne.
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Tout y est. L’ouvrage est découpé en six chapitres très aboutis. Le premier fait l’analyse des référendums qui ont eu lieu les dernières années, la façon dont les peuples disent de plus en plus « Non » à l’Union Européenne, et les conséquences importantes que ces scrutins auront. Le second revient sur la crise grecque et les leçons qu’on peut tirer de l’échec d’Alexis Tsipras. Dans ce chapitre, la façon dont la BCE a montré toute son « indépendance » orientée et sa puissance de feu contre la Grèce est magistralement décrite. Le troisième expose, à partir de l’histoire longue et de façon accessible aux néophytes de l’économie, la manière dont le marché unique européen et l’euro ont produit de la divergence entre les économies européennes, au profit du bassin rhénan.
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Ensuite, le quatrième montre admirablement comment « Europe » et « dumping » sont devenus de parfaits synonymes à partir du cas du Luxembourg, paradis fiscal au cœur de l’Europe, et de l’Irlande, qui est devenu le grand centre d’accueil des multinationales qui veulent échapper à l’impôt. Le chapitre suivant nous offre une analyse intéressante de la façon dont les institutions supranationales se sont mutuellement renforcées, notamment grâce à la CJUE, cette institution méconnue qui pratique un coup d’État juridique permanent. Enfin, le dernier chapitre s’attarde sur le rôle de l’Allemagne, la manière dont elle est devenue aujourd’hui quasi-omnipotente en Europe, et la situation de servitude volontaire dans laquelle nous nous sommes plongés vis à vis d’elle.
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L’ouvrage est donc très complet sans être trop long pour autant. L’analyse est précise et concise. Ce livre-bilan est néanmoins implacable. L’Union Européenne est aujourd’hui dans une impasse, car elle a voulu se construire comme une fédération à partir de méthodes impérialistes, c’est-à-dire à la fois en dépit des peuples et contre eux. Le « fédéralisme furtif » des technocrates de Bruxelles, celui des conciliabules et des couloirs du Berlaymont, est arrivé à ses limites. Le processus de détricotage a d’ores et déjà commencé avec la suspension de facto de Schengen et de la convention de Dublin, la révolte croissante des pays de la périphérie vis à vis du cœur économique de l’UE, le chaos de la crise migratoire, la prise de distance des pays scandinaves, ou encore le Brexit, qui met fin au mythe de l’irréversibilité de la construction européenne. Bref, la fin de l’Union Européenne a bel et bien commencé.
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A l’appui, de nombreuses citations de responsables européens totalement désabusés. Ainsi, les plus farouches européens auraient déjà renoncé à leur projet : « L’Europe comme nous l’avions imaginée, c’est fini. L’Europe que nous avions voulue, nous ne la connaîtrons jamais. Et les États-Unis d’Europe, il ne faut plus y penser » a déclaré François Hollande, le 23 juillet 2016. Le malade est donc en état de mort clinique. Nos deux auteurs nous invitent à le débrancher afin d’arrêter les frais.
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Cette lecture a été tout à fait stimulante. Nous avons beaucoup apprécié la finesse de l’analyse et sa maturité. L’aspect juridique, que nous maitrisons encore assez mal, est très bien développé. On se rend compte, à l’exposé des méthodes de la CJUE, que c’est bien ici que se jouent les principes de la démocratie. David Cayla, pour sa part, montre très bien comment l’Union Européenne s’est construite en mettant les peuples en concurrence, en fragilisant les modèles sociaux, et en détruisant petit à petit toutes les protections des travailleurs.
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Nous aurions néanmoins aimé que les auteurs mettent davantage en avant des propositions concrètes. Car nous croyons précisément, ainsi que le montre cet ouvrage, que la mort de l’Union Européenne est déjà actée dans les têtes, et qu’à l’heure du démarrage de la campagne présidentielle, il est temps de mettre en débat des propositions et une vision politique pour sortir de cette ornière. On nous rétorquera surement que cela ne relève pas de la responsabilité des auteurs de ce ouvrage.
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Hormis cette petite réserve, c’est un livre qui vous fera réellement réfléchir, et qui vous apportera un matériau riche et dense, tout en étant agréable à lire. Le moment est venu que nous sortions des interminables débats identitaires pour enfin mettre les grands sujets sur la table, ceux qui engagent le destin de la nation tout entière. A lire absolument donc. Courrez chez votre libraire – vous pouvez aussi faire trois clicks et aller sur Amazon, pour les plus feignants – !
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Crédit photo : Margot l’Hermite

Sortir de l’UE par l’article 50 du Traité sur l’Union européenne est-elle la bonne stratégie ?

Je vais vous dire à quoi me fait penser la sortie de l’UE par l’article 50 que prônent certains, notamment à l’UPR mais d’abord je reproduis ci-dessous le contenu de ce fameux article…
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Article 50
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1. Tout État membre peut décider, conformément à ses règles constitutionnelles, de se retirer de l’Union.
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2. L’État membre qui décide de se retirer notifie son intention au Conseil européen. À la lumière des orientations du Conseil européen, l’Union négocie et conclut avec cet État un accord fixant les modalités de son retrait, en tenant compte du cadre de ses relations futures avec l’Union. Cet accord est négocié conformément à l’article 218, paragraphe 3, du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne. Il est conclu au nom de l’Union par le Conseil, statuant à la majorité qualifiée, après approbation du Parlement européen.
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3. Les traités cessent d’être applicables à l’État concerné à partir de la date d’entrée en vigueur de l’accord de retrait ou, à défaut, deux ans après la notification visée au paragraphe 2, sauf si le Conseil européen, en accord avec l’État membre concerné, décide à l’unanimité de proroger ce délai.
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4. Aux fins des paragraphes 2 et 3, le membre du Conseil européen et du Conseil représentant l’État membre qui se retire ne participe ni aux délibérations ni aux décisions du Conseil européen et du Conseil qui le concernent. La majorité qualifiée se définit conformément à l’article 238, paragraphe 3, point b), du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne.
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5. Si l’État qui s’est retiré de l’Union demande à adhérer à nouveau, sa demande est soumise à la procédure visée à l’article 49.
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Outre que j’estime, pour une question de principe, que l’on n’a pas à négocier quoi que ce soit avec des tyrans, je suis convaincu que cette modalité de sortie est une folie en ce sens qu’elle ne peut que nous conduire à subir – deux ans durant – des coups extrêmement violents de la part de nos bourreaux, puisque ledit article 50 prévoit que l’État qui souhaite se retirer de l’UE doit négocier les modalités de sa sortie avec les institutions de l’UE et qu’il faut une approbation de l’accord par le Conseil et par le Parlement.
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Que se passe-t-il si l’accord n’est pas possible ?
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Le traité ne dit rien ! Et pour cause !
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Donc choisir de sortir « conventionnellement » – c’est-à-dire en respectant les procédures « constitutionnelles » de l’UE prévues par le traité – serait comme si une équipe de prisonniers, qui auraient, des mois durant, creusé secrètement un tunnel depuis leur cellule en vue de s’évader, auraient choisi de ressortir non pas à l’extérieur du camp dans lequel ils étaient tenus prisonniers mais seulement à l’extérieur du baraquement de cantonnement, en restant en plein cœur de la cour et qui, après être sortis du trou et avoir hurlé « Nous avons décidé de nous évader », viendraient négocier avec les matons et les kapos du camp, les conditions et modalités concrètes de l’accès à l’extérieur du camp.
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Faut-il vous expliquer ce que les « prisonniers en voie future d’évasion » subiraient de la part de leurs geôliers ?
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Pendant la période de deux ans prévue par les traités pour cette « négociation », que croyez-vous qu’il se passerait ?
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Réfléchissez-y ami-e-s et camarades partisans de la sortie…
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Quand on se libère, on ne respecte pas les règles posées par ceux qui vous ont emprisonné.
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Quand on se libère, on brise ses chaines, on ne demande pas la clé à nos matons.
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Quand on se libère, on est prêt à mettre hors d’état de nous nuire ceux qui nous ont privés de notre liberté, on ne discute pas avec eux des modalités de notre évasion et des conditions du retour à notre pleine liberté.
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Quand on se libère, il n’y a pas de période probatoire, pas de période d’essai ni de période intermédiaire.
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Dans la DÉCLARATION D’INDÉPENDANCE DES ÉTATS-UNIS D’AMÉRIQUE, il n’est pas écrit que le peuple américain allait négocier durant des mois avec la Couronne britannique les conditions et modalités de la liberté qu’il prenait et de la souveraineté pleine et entière qu’il se reconnaissait désormais sur leur territoire et sur le peuple qui l’habitait.
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Dans ce texte, voici ce qui était notamment écrit :
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« Lorsqu’une longue suite d’abus et d’usurpations, tendant invariablement au même but, marque le dessein de les soumettre au despotisme absolu, il est de leur droit et de leur devoir de rejeter un tel gouvernement et de pourvoir, par de nouvelles sauvegardes, à leur sécurité future.« 
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Et ceci : « Nous, les représentants des États-Unis d’Amérique, assemblés en Congrès général, publions et déclarons solennellement au nom et par l’autorité du bon peuple de ces Colonies, que ces Colonies unies sont et ont le droit d’être des États libres et indépendants ; qu’elles sont dégagées de toute obéissance envers la Couronne de la Grande-Bretagne ; que tout lien politique entre elles et l’État de la Grande-Bretagne est et doit être entièrement dissous ; que, comme les États libres et indépendants, elles ont pleine autorité de faire la guerre, de conclure la paix, de contracter des alliances, de réglementer le commerce et de faire tous autres actes ou choses que les États indépendants ont droit de faire.« 
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Imaginez un seul instant que les colonies britanniques aient décidé d’exprimer leur « volonté » d’indépendance mais soient demeurées des mois durant au sein de la Couronne britannique et n’aient pas rompu tous les liens de subordination qui les enchaînaient à elle.
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Pensez-vous que l’Angleterre aurait accepté in fine de voir partir ses sujets et de perdre la main sur la richesse de leur territoire et les folles espérances d’enrichissement qu’il avait fait naître ?
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Pensez-vous que la « négociation » aurait été fructueuse pour les Américains ?
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Pensez-vous que la Couronne britannique aurait été compréhensive et bienveillante envers les indépendantistes ?
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Croire cela, c’est vivre au pays des BISOUNOURS !
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Si une évasion de prisonniers ne peut se faire que par la ruse ou par la mise en oeuvre, par eux à l’encontre de leurs matons, d’une violence supérieure à celle que les matons sont capables d’exercer pour les dissuader de s’évader ou les en empêcher, quand il est question de démembrement d’une puissance géopolitique, il n’y a aucune place à la négociation. C’est le fait accompli qui joue et c’est souvent la violence de la fracture entre ceux qui partent et ceux qui refusent cette partition. Il est très rare que les choses se passent dans la joie et la bonne humeur. L’exemple de la partition de la Tchécoslovaquie est une des rares exceptions dans l’Histoire humaine qui a plus souvent connu des « guerres d’indépendance » que des séparations par consentement mutuel…
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C’est pourquoi, je considère que le jour même où le peuple français aura décidé, par référendum, de sortir de l’UE, la décision devra s’appliquer IMMÉDIATEMENT et dans TOUS ses effets.
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C’est avant ce jour J qu’elle aura dû être préparée, par le Président de la République qui aura organisé le référendum, par son gouvernement, par l’administration du pays, par les autorités civiles et militaires, par les économistes et les financiers, par les diplomates, par tous ceux qui auront à travailler en coulisse et souvent dans le plus grand secret, pour que cette sortie se fasse dans les meilleures conditions pour notre peuple.
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