Archives pour la catégorie 13- Diplomatie et géopolitique

Textes d’analyse, réflexions, propositions et critiques sur les questions de diplomatie, de géopolitique, de défense, de stratégie…

Plan B : le Plan de Sortie de l’UE et de l’euro – Par le collectif Citoyens Souverains

Avant-propos de Vincent Christophe Le Roux : Le texte de ma tribune introductive à la proposition de #PlanB collectivement rédigée par le Collectif Citoyens Souverains dont je fais partie est accessible ici sur Le Grand Soir qui l’a publié hier, 23 novembre 2017, en plus d’être reproduit ci-dessous et d’être également sauvegardée dans la sections « Mes articles » de ma page Facebook (ici).

Quant à la proposition de Plan B du Collectif Citoyens Souverains, vous la trouverez ici.

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John Fitzgerald Kennedy, le destin brisé d’une autre Amérique – Mon hommage au président assassiné

John F. Kennedy

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Il y a 54 ans, JFK était assassiné à Dallas, au Texas.

John Fitzgerald KENNEDY était le Président des États-Unis élu en novembre 1960 et ayant pris ses fonctions le 20 janvier 1961. Il était le Président des États-Unis qui avait commencé à réorienter la politique de son pays pour en faire, au plan diplomatique et international, une puissance au service de la paix et de la coexistence pacifique et au plan interne, il avait entamé un processus visant à mieux répartir les richesses. Il signa alors son arrêt de mort.

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À Jean-Luc Mélenchon – Le 23/09 à 21h05 – À propos des menaces de guerre en Corée du Nord

Quand Vladimir Poutine et Xi Jinping vont faire prendre l’air, eux aussi, à leurs bombardiers et à leurs chasseurs de défense aérienne, pour rappeler gentiment à l’Empire que celui-ci ne fera pas régner sa loi dans leur jardin – car ils ne peuvent rester sans réagir face à de telles provocations – on va rigoler… Peut-être pour la dernière fois…

Je parle des démonstrations de force militaire impériales au ras des moustaches de la Corée du Nord, et donc de la Chine et de la Russie…

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Nombreux liens vers des vidéos sur la géopolitique et la défense vues par Jean-Luc Mélenchon et la France insoumise

I/ Une géopolitique et une défense au service de la paix – Colloque de la France insoumise avec Jean-Luc Mélenchon, Djordje Vuk Kuzmanovic et d’autres intervenants – IRIS* le 31/03/2017

* L’IRIS est l’Institut des Relations Internationales et Stratégiques. Il s’agit d’un établissement de recherche et d’enseignement supérieur dépendant de l’université de Paris XIII – Villetaneuse. Son site internet est ici. Sa page Facebook est ici.

Il est présidé par Pascal Boniface (voir ici ce que Wikipedia dit de lui pour le présenter ; voir ici son blog hébergé sur Mediapart et ici sa page Facebook).

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Lien vers la vidéo 1/2 dans laquelle on assiste successivement aux interventions suivantes :

1/ Introduction de 15 minutes de Djordje Vuk Kuzmanovic, chargé depuis des années des questions de géopolitique, de défense, de diplomatie auprès de Jean-Luc Mélenchon (sans doute Djordje occupera-t-il les fonctions de ministre de la Défense, ou de ministre des Affaires étrangères dans le gouvernement que nommera Mélenchon si le candidat de la France insoumise et du projet l’Avenir en commun est élu Président de la République, à moins qu’il ne soit désigné à d’autres fonctions éminentes, comme ambassadeur, ou représentant spécial du Président Mélenchon dans des organisations internationales ou des organisations françaises à vocation internationale).

2/ de 15 minutes et 25 secondes à 34 minutes et 25 secondes : Michel Goya, colonel en retraite de l’Armée de terre française, ancien directeur de l’IRSEM (Institut de Recherche Stratégique de l’École Militaire ; voir ici le site internet de cet institut, ici ce que Wikipedia dit de lui pour le présenter, et ici sa page Facebook), docteur en Histoire contemporaine, professeur d’Histoire militaire et de la guerre à Science Po, auteur de nombreux ouvrages et blogueur (voir ici ce que Wikipedia dit de lui pour le présenter et voir ici son blog “La voie de l’épée”). Michel Goya dresse l’état des lieux de l’armée française.

3/ de 34 minutes et 25 secondes à 38 minutes : de nouveau Djordje Vuk Kuzmanovic reprend la parole et explique qu’Éric Coquerel (coordonnateur du Parti de Gauche) et Sophie Rauszer, qui travaille au Parlement européen et qui s’occupe des questions européennes au sein de la France insoumise, auraient tous deux dû intervenir à cet instant mais se trouvaient bloqués dans un train. Il était prévu que Sophie Rauszer fasse un exposé sur l’Europe de la défense.

4/ de 38 minutes à 50 minutes et 10 secondes : Jean-Charles Hourcade (voir ici ce que Wikipedia dit de lui pour le présenter et ici sa page Facebook) est ingénieur, ancien élève de l’École Polytechnique et Télécom, membre de l’Académie de Technologie, ancien salarié de Thomson-CSF où il a travaillé à la direction de la Stratégie de l’entreprise dont il était vide-président, il a dirigé jusqu’en 2016 le Fonds d’intervention public France Brevets dont la fonction est de valoriser la valorisation des brevets issus de la recherche et de l’industrie française. Il suit les questions relatives à l’industrie et aux entreprises au sein de l’équipe de campagne de la France insoumise. Il a co-animé le livret thématique “Produire en France”

5/ de 51 minutes et 15 secondes à 1 h 10 minutes et 34 secondes : Jean-Pierre Brat, (voir ici sa page Facebook) délégué syndical CGT centrale depuis 1992 et de la fédération nationale des travailleurs d’État. Il a travaillé aux manufactures d’État de Saint-Étienne, puis aux arsenaux de Saint-Chamond. Il est entré à 15 ans, comme apprenti, aux arsenaux d’État et a connu toutes les évolutions et les dérives de cette industrie nationale passant d’une entreprise d’État à une société privée dont le siège est à… Amsterdam !

6/ de 1 h 10 minutes et 34 secondes à 1 h 24 minutes et 11 secondes : Djordje reprend la parole et se présente : porte-parole de Jean-Luc Mélenchon pour les questions de géopolitique et de défense, ancien humanitaire, ancien officier de réserve ayant été en opérations extérieures, actuellement analyste géopolitique. Il présente les grandes lignes de notre vision de la géopolitique et de notre projet.

7/ Lien vers la vidéo 2/2 : intervention de Jean-Luc Mélenchon (1 h 6 minutes)

Pour aller plus loin

Vidéo de l’université populaire de la France insoumise sur la stratégie internationale

Livret thématique “Une France indépendante au service de la paix”

Les autres livrets thématiques détaillant le projet L’Avenir en commun de la France insoumise

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II / Journée Défense du Parti de Gauche le 1er février 2014

Pour cette journée, Djordje Vuk Kuzmanovic était, déjà, un des principaux organisateurs.

Après l’intervention introductive de Jean-Luc Mélenchon, alors co-président du Parti de Gauche, on assiste à trois tables rondes :

1ère table ronde : La place de la France dans le monde

Introduction de Jean-Luc Mélenchon

Intervention de Pascale Boniface : La France à l’épreuve de la puissance et de l’Occidentalisme

Intervention de Benoist Bihan : La souveraineté nationale, cœur et enjeu de la stratégie de défense de la France

Intervention de l’Amiral Jean Dufourcq : Vulnérabilités stratégiques et posture militaire

Intervention de Chloé Maurel : L’ONU d’hier à demain: bilan, enjeux et perspectives pour une ONU plus forte et plus démocratique

Intervention de l’Amiral Gaucherand : Défense européenne et défense nationale: De la nécessaire cohérence entre objectifs diplomatiques et capacités militaires

2ème table-ronde : Des armées et des citoyens

Intervention du Général Pierre-Dominique d’Ornano : Institution ou société de service ?

Intervention d’Alain Joxe : La stratégie capacitaire eurotan de « sécurité-défense » : répression de toute eurodémocratie sociale

Intervention de Yann Le Pollotec : Ni privatisation des armées, ni privatisation de la guerre. Le monopole de la violence armée doit procéder uniquement du peuple français

Intervention de Djordje Kuzmanovic : Pour un retour au service national et militaire ?

3ème table-ronde : Objectifs stratégiques et moyens

Intervention du Général Vincent Desportes : Les conséquences stratégiques de la Loi de Programmation Militaire 2014-2019

Intervention de Jean-Claude Hourcade : Industrie de défense et souveraineté nationale

Intervention de Jean-Philippe Immarigeon : Cyberguerre et Big Datas : l’erreur américaine de la stratégie totale

Intervention de Laurent Henninger : Pour une révolution française dans les affaires militaires

Puis Jean-Luc Mélenchon fit un discours de clôture.

C’était donc il y a trois ans déjà ! Et quand on connaissait Jean-Luc Mélenchon, Djordje Vuk Kuzmanovic et celles et ceux qui travaillaient avec eux, on savait qu’un jour, le premier serait reconnu comme celui qui est le plus digne à devenir Président de la République, c’est-à-dire chef des armées françaises et voix suprême de l’esprit d’indépendance de notre République, et que le second serait alors un de ses plus proches conseillers, quelle que puisse être la forme que prendrait cette mission d’assistance et de conseil du chef de l’État.

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III/ Journée “Pour un nouvel indépendantisme français” – Invalides le 9 décembre 2015.

Cette nouvelle journée consacrée à la géopolitique que la France, redevenue souveraine et indépendante, internationaliste et humaniste, devrait promouvoir et mettre en oeuvre quand Jean-Luc Mélenchon sera Président de la République, fut organisée conjointement par les Cahiers de la Revue de Défense Nationale et par Djordje Vuk Kuzmanovic.

Plusieurs intervenants prirent la parole dont Jean-Philippe Immarigeon (voir ici), Chloé Maurel (voir ici) et le colonel Michel Goya (voir ici) tous trois déjà cités puisqu’ils étaient présents au colloque du 31 mars 2017, mais aussi le colonel Jérôme Pellistrandi (voir ici) à propos de la Revue de la Défense nationale.

Jean-Luc Mélenchon prononça un autre très grand discours sur les questions de politique étrangère, de diplomatie, de défense, de géopolitique et de géostratégie. Il présentait alors la contribution programmatique qu’il avait développée suite à la demande des Cahiers de la Défense Nationale. C’est ainsi que parut dans leur revue un ensemble d’articles sur le “Nouvel indépendantisme français”. On peut le lire gratuitement en ligne en allant ici ou acheter en ligne cet ouvrage en cliquant ici (136 pages, 14 euros).

 

La souveraineté, fantôme de l’élection présidentielle ? – Par Bruno GUIGUE

Ce billet a été publié par son auteur, Bruno GUIGUE, sur sa page Facebook. On le trouve ici.

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Le moins qu’on puisse dire, c’est que la campagne électorale relègue à l’arrière-boutique les questions essentielles. Quel rôle jouera la France dans le monde de demain ? Va-t-elle rendre le pouvoir au peuple, ou le laisser entre les mains de l’oligarchie ? Va-t-elle restaurer sa souveraineté, ou se résigner à sa disparition ? Que ces questions soient quasiment absentes du débat est révélateur. A leur place, des politiciens drogués à la “com” et des médias serviles nous servent une soupe insipide où surnagent quelques grumeaux faits d’histoires de pognon, de mises en examen, de costumes à 3 000 euros, sans oublier les postures ridicules et les tirades alambiquées du candidat dont il faudrait être frappé d’une profonde cécité pour ne pas voir qu’il a été adoubé par la caste dominante.

 

La souveraineté est une question que la plupart des candidats, manifestement, mettent un soin particulier à éluder. En dépit de leurs différences, Emmanuel Macron, François Fillon et Benoît Hamon, pour ne citer qu’eux, s’accommodent fort bien de cette chape de plomb qui étouffe la délibération démocratique et tétanise l’action publique dans notre pays. Il n’y a qu’à les écouter ! Que ce soit au plan économique, diplomatique ou stratégique, ce vieux pays qu’est la France serait condamné à suivre les vents dominants. Il n’aurait qu’à descendre la pente de cette merveilleuse mondialisation qui rapproche les peuples et répand ses bienfaits, notre nation se laissant glisser dans l’indifférenciation à laquelle la convie le modèle européen, comme si cette libéralisation à marche forcée était une nécessité historique.

 

Pour la caste nourrie au lait maastrichtien, l’appartenance à l’Union européenne est à la fois providentielle et irréversible. M. Hamon est sans doute plus fédéraliste que M. Fillon, et M. Macron davantage encore, mais cette différence est négligeable. Dans une belle unanimité, les trois larrons de l’eurobéatitude chantent les louanges de la supranationalité et communient dans le dogme de la libre concurrence. L’euro est responsable du déclin industriel français, mais peu importe. Ils s’obstinent à y voir un atout dans la compétition économique mondiale. Jamais à court d’une idée saugrenue, M. Hamon croit tellement à ses vertus qu’il veut doter l’Europe d’un nouveau machin qu’il a baptisé “parlement de la zone euro”. Comme la supranationalité est un fiasco, on vous la ressert au carré en guise de remède ! Une chose est sûre : pièce maîtresse de la mondialisation capitaliste, “l’union économique et monétaire” instituée par le funeste traité de Maastricht continuera de sévir si l’un de ces trois candidats l’emporte le 7 mai.

 

Rien d’étonnant, donc, si pour nos pieds nickelés l’appartenance de la France à l’OTAN est aussi un article de foi qu’ils ne songent même pas à interroger. Le dogme atlantiste est si profondément enraciné, du PS aux « Républicains », que la pérennité de cette alliance militaire va de soi, comme s’il était vital pour la France de servir les ambitions de Washington. Les velléités d’indépendance de M. Fillon, sur ce plan, furent de courte durée. D’abord favorable au dialogue avec Moscou, il a mis de l’eau dans son vin au moment où l’administration Trump a viré de bord dans la foulée de la démission de Michael Flynn, conseiller à la sécurité nationale contraint de quitter ses fonctions en raison de ses accointances moscovites. On croyait que pour M. Fillon, il fallait dialoguer avec la Russie pour rééquilibrer notre diplomatie, mais il vient de déclarer que la Russie est un “pays dangereux”. Même revirement sur la Syrie. Après avoir condamné le soutien apporté par la France aux islamistes armés, il dénonce en Bachar Al-Assad un menteur invétéré et un dictateur abominable. Comprenne qui pourra. Plus atlantiste que l’alliance atlantique elle-même, M. Macron, lui, n’a pas cette subtilité. Adorateur d’une Amérique imaginaire, il s’est payé le luxe de faire la leçon au nouveau président américain, lui reprochant de brader les valeurs libérales (entendez, le libre-échangisme cher à l’oligarchie) qui constitueraient le patrimoine commun de la France et des Etats-Unis depuis La Fayette.

 

Ce sera donc du côté des autres candidats, et non de cette troïka, que l’on pourra entendre un discours sur la souveraineté qui ne se résume pas à son abandon en rase campagne.

 

C’est notamment le cas avec Marine Le Pen, dont la présence au second tour est prophétisée par des instituts de sondage dont nous ne doutons pas qu’ils sauront capter avec finesse le moindre frémissement de l’opinion avec leur efficacité coutumière. Si jamais elle est élue, Mme Le Pen entend renégocier les traités européens. En cas d’échec de ces négociations (ce qui est plus que probable), la nouvelle présidente organisera dans les six mois un référendum sur la sortie de l’UE. De même, en politique étrangère, la candidate du FN a toujours dénoncé l’alignement de Paris sur l’agenda américain, que ce soit en Syrie ou en Ukraine, et elle plaide avec ferveur, à juste titre, pour une reprise du dialogue avec Moscou.

 

La classe politique euro-boboïsée ayant laissé au FN le monopole du discours sur la souveraineté, il n’est pas surprenant que ce parti ait occupé l’espace qu’on lui abandonnait si généreusement. Mais de quelle souveraineté s’agit-il ? Contrairement à ce que croient certains, Marine Le Pen ne veut pas rompre avec l’alliance atlantique. A la différence de MM. Mélenchon et Asselineau, elle prévoit le retrait de la France du commandement intégré, et non la sortie pure et simple de l’OTAN. A ses yeux, la France fait partie d’un monde occidental dont il faut préserver à tout prix l’identité menacée. Peut-être l’élection de Donald Trump a-t-elle convaincu Mme Le Pen, en outre, que la France devait rester l’alliée des Etats-Unis. Renouant avec la tradition atlantiste de l’extrême-droite européenne, le FN demeure prisonnier de son occidentalisme.

 

Son attitude pro-israélienne en fournit aussi l’illustration. Lorsque la résistance palestinienne réplique à l’envahisseur sioniste, le FN ne se prive jamais de dénoncer le “terrorisme”. Dans une interview accordée à “Haaretz” en avril 2002, Jean-Marie Le Pen avait exprimé son admiration pour Ariel Sharon, louant son efficacité dans la lutte contre les organisations palestiniennes. Répondant en expert israélien à cet expert français des guerres coloniales, Ariel Sharon avait déclaré à son tour que si on lui avait confié, à lui, la direction de l’armée française, il aurait “gagné la guerre d’Algérie”. Bref, si le FN était sincèrement attaché à l’auto-détermination des nations, il soutiendrait le peuple palestinien. Manifestement, ce n’est pas le cas.

 

De même, son islamophobie (qui n’a rien à voir avec la lutte, parfaitement légitime, contre l’islamisme radical) vise à désigner un bouc-émissaire. Mais elle sert aussi la thèse du “choc des civilisations”. Elle érige la différence culturelle en frontière infranchissable, comme si la souveraineté était celle d’un peuple français dont le FN détiendrait le code génétique. C’est la limite du discours identitaire, qui suppose la définition a priori d’une identité nationale dont on a envie de demander : qui a déposé le brevet ? C’est pourquoi le nationalisme identitaire divise au lieu de rassembler. La souveraineté n’appartient à personne, elle est construite et non reçue. “Est Français celui qui le veut”, disait de Gaulle. Le malheur de l’extrême-droite, c’est qu’elle a une longue histoire et que tout le monde n’est pas amnésique. Ce parti fut le seul à défendre obstinément le régime d’apartheid sud-africain, ne l’oublions pas. Il a peut-être changé, mais son héritage colonialiste lui colle aux semelles.

 

Loin de ces confusions délétères, le programme de la “France insoumise” se réclame, lui, d’un “indépendantisme français” qui renoue avec les meilleures traditions de la gauche populaire, celle de 93, de la Commune et de la Résistance. “L’Europe, on la change ou on la quitte”, a déclaré M. Mélenchon. Il veut renégocier les traités européens (plan A). En cas d’échec, la France “désobéira aux traités” et refondera l’Europe avec les pays qui partagent ses priorités (plan B). Ce scénario alternatif, on l’a dit, présente un avantage et un inconvénient. L’avantage, c’est qu’il signifie clairement le refus de l’Europe des banquiers. L’inconvénient, c’est qu’il élude la question de la sortie de l’UE. Ce n’est pas pour rien que les dogmes libéraux sont inscrits dans le marbre des traités européens. Ils sont la raison d’être de l’Union, et pour les jeter aux orties, il faudra sortir de l’UE. On ne peut restaurer la souveraineté qu’en rompant avec une institution dont la fonction est de soustraire l’économie à la délibération démocratique. Si M. Mélenchon est élu, de toutes façons, la “force des choses”, comme disait Saint-Just, imposera cette rupture malgré la frilosité de ses amis.

 

Pour restaurer la souveraineté nationale, le candidat propose aussi aux Français de dire adieu à l’OTAN, cette machine de guerre mise au service d’une Amérique d’autant plus agressive que plane sur sa tête l’ombre menaçante de son déclin. Pour la “France insoumise”, le choix est clair. Quitter l’OTAN, ce n’est pas seulement quitter le commandement intégré, mais l’alliance atlantique elle-même. Consommer cette rupture, c’est mettre fin à l’alignement de la France, se donner les moyens d’une diplomatie planétaire, faire entendre une voix indépendante sur la scène mondiale. Le dialogue avec la Russie, la refonte de nos relations avec l’Afrique, la reconnaissance de la Palestine, la révision de notre politique en Syrie, enfin, seront à l’ordre du jour. Aucune force politique n’est exempte d’insuffisances, mais l’ambition dont témoigne “l’indépendantisme français” est de bon augure.

 

La question de la souveraineté n’est pas une question accessoire. C’est la question essentielle. Lorsqu’une nation n’est pas souveraine, le peuple qui l’incarne ne l’est pas, et un peuple qui n’est pas souverain est à la merci des puissants. Restaurer cette souveraineté et rendre la parole au peuple, c’est la même chose. Il reste vingt jours, désormais, pour remettre cette question au centre des débats, vingt jours pour faire de la souveraineté autre chose qu’un fantôme, vingt jours pour mettre en lumière la différence entre ceux qui s’accommodent de la dépossession du peuple français, ceux qui se croient patriotes parce qu’ils désignent des bouc-émissaires, et ceux qui veulent faire de la souveraineté restaurée la cinglante défaite de l’oligarchie.

 

(Ce texte est la version modifiée d’une chronique parue dans le numéro d’avril 2017 d’ « Afrique-Asie »)

 

Oui, la France insoumise est prête pour la sortie de l’Union Européenne et de l’euro ! – Par le collectif « Citoyens pour un peuple souverain » – Copyright Marianne le 30/03/2017

Le collectif Citoyens pour un Peuple souverain (dont je fais partie) est un soutien de la France insoumise de Jean-Luc Mélenchon. Son site web est à retrouver ici. Sa page Facebook est ici.

Cette tribune (accessible ici sur Marianne) est une réponse à celle rédigée par Coralie DELAUME et Aurélien BERNIER publiée dans Marianne le 23/03/2017.

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Réponse en toute amitié à Aurélien Bernier et Coralie Delaume publiée dans Marianne.

Notre stratégie : être prêts à tous les cas de figure

Dans leur article sur le site de Marianne, Aurélien Bernier et Coralie Delaume demandent à la France insoumise de rompre avec le mythe réformiste de « l’Europe sociale » et s’inquiètent d’une réorientation de notre discours sur les traités européens. Notre collectif Citoyens pour un Peuple Souverain s’étant précisément constitué afin de contribuer, au sein de la France insoumise, au Plan de sortie de l’UE, nous estimons être les mieux placés pour pouvoir répondre à leurs inquiétudes.

Le point essentiel à nos yeux est le suivant : le Plan de sortie de l’Union Européenne et de l’euro est prêt à l’emploi. Qu’importe donc s’il n’est encore pour certains camarades qu’une hypothèse de travail, puisque nous estimons que la réalité le rendra inéluctable.

Ce Plan, dont les détails sont rendus publics sur le site des universités populaires de la France insoumise, se décline en trois grands axes : le rétablissement de barrières douanières aux frontières du pays, le retour au Franc et un moratoire sur la dette. Comme tant d’autres insoumis, nous le popularisons dans des conférences citoyennes dans tout le pays. La philosophie est très simple : si les autres gouvernements refusent de nous suivre, nous mènerons à l’échelle de notre pays une politique écologique et sociale en attendant que d’autres pays veulent nous rejoindre. Et comme nous sommes internationalistes, nous tendrons la main à tous les pays du Monde – sans d’ailleurs privilégier l’échelon européen et notamment nous proposerons une alliance d’égal à égal aux pays africains francophones à qui nous rendrons leur souveraineté monétaire en abolissant le franc CFA.

Le déroulé du Plan de Sortie

Notre Plan de sortie pourra se déclencher à deux étapes : soit immédiatement après notre élection au cas où les pays de l’Eurogroupe refuseraient toute discussion, soit à l’issue d’éventuelles négociations dont les résultats seront dans tous les cas soumis à référendum, avec une sortie de l’UE en cas de vote contre. Immédiatement, nous réquisitionnerons la Banque de France pour imprimer des Francs, tout en continuant à utiliser durant la période de transition l’ancienne monnaie européenne au taux de 1 franc = 1 euro sur le territoire nationale. La dévaluation du Franc et la réévaluation de l’euromark qui s’ensuivront redonneront de la compétitivité à nos entreprises, même si il est à noter que nous ne faisons pas de cet « avantage concurrentiel » un des objectifs de notre politique car nous ne sommes pas dans une logique de compétition entre capitalismes nationaux. Notre programme prévoit en effet de transformer intégralement notre modèle économique en relocalisant notre économie et en instaurant une réindustrialisation écologique (éoliennes, photovoltaïque, économie de la mer…) grâce à un plan d’investissement massif et à l’instauration de barrières douanières ciblées.

Ainsi, les premières cibles de notre protectionnisme écologique et social seront les entreprises qui délocalisent, comme par exemple Whirlpool pour laquelle notre candidat aux législatives François Ruffin se bat. Notre objectif n’est donc pas de favoriser le capitalisme français mais l’intérêt des travailleurs qui sont sous notre juridiction (et nos alliés éventuels). L’effet multiplicateur de notre programme de relance de 100 milliards d’euros (devenus des Francs) sera alors renforcé, puisque les consommateurs achèteront en priorité des produits fabriqués en France ou dans les pays qui auront choisi de s’allier avec nous.

Certaines mesures protectionnistes sont d’ailleurs prévues dans notre programme dans tous les cas de figure, puisque par exemple à notre arrivée au pouvoir « nous augmenterons immédiatement les droits de douane pour les pays aux droits sociaux limités(travail des enfants, absence de droits syndicaux, etc). Nous prendrons des mesures de rétorsion commerciales contre les paradis fiscaux ». Il s’agit là de mesures profondément internationalistes, puisqu’elles favorisent la constitution d’Etats sociaux dans toutes les parties du Monde (sans d’ailleurs privilégier l’échelon européen).

Nos différences avec les projets concurrents de sortie de l’UE (comme celui du FN par exemple) portent donc en premier lieu sur les objectifs, mais pas seulement. Nous assumons également que tout projet de « Frexit par la gauche » implique une confrontation avec le capitalisme mondialisé, et ses valets français, et donc un rapport de force exigeant le soutien de la population. Cette confrontation nécessite de se libérer des marchés financiers, notamment via un contrôle des changes et des capitaux afin de se protéger des attaques spéculatives, ainsi que de nous financer auprès de la Banque de France renationalisée. Nous avons également prévu un moratoire de la dette publique, à partir d’un audit citoyen, afin de déterminer quelles en sont les parties illégitimes sur lesquelles nous pourrions faire défaut. Peu nous importe alors si jamais les marchés nous réclament des taux d’intérêts plus élevés, puisque nous sommes déterminés à aller jusqu’au bout de la confrontation et à rompre avec la mondialisation néolibérale et son système financier que nous jugeons illégitime. Cette position nous distingue clairement de celle de Marine Le Pen qui estime notamment que rembourser la dette serait « un devoir éthique pour un Etat de droit», et se retrouve ainsi menacée de mise en faillite de la France si jamais elle arrivait au pouvoir.

Notre Plan de sortie, dont nous n’avons donné ici qu’un bref aperçu, est ainsi pensé pour s’appliquer dans tous les cas de figure, et parer à toute éventualité.

Mais alors, d’où vient l’impression de malaise ?

Certes, certains économistes de la France insoumise cités par Aurélien Bernier et Coralie Deleaume croient réellement que notre Plan de sortie n’aura pas besoin d’être utilisé, ni d’ailleurs que les marchés nous attaqueront. Il ne s’agit pas pour eux d’un double discours tactique, mais d’une conviction profonde sur la possibilité de réformer l’Europe, qui paraît à notre collectif absolument illusoire. Mais qu’importent ces illusions, puisque de toute façon le Plan est prêt à l’emploi et que la réalité le rendra inéluctable!

Pour faire une métaphore éclairante, supposons un individu s’apprêtant à sauter dans le vide en se munissant d’un parachute. Imaginons également qu’une voix divine ait assuré à notre individu qu’au moment où il sautera dans les airs, il se mettra miraculeusement à flotter et qu’il n’aura donc pas besoin d’activer son parachute. Vous aurez beau tenter d’argumenter avec lui, sa conviction intime restera inébranlable tant qu’il n’aura pas fait sa propre expérience du saut dans les airs. La divergence relève ici de la croyance personnelle et, étant profondément laïques, nous ne nous lui demanderons pas de changer son intime conviction… Du moment qu’il adopte un comportement rationnel en prenant son parachute « au cas où » ! Cette garantie nous suffit. Et a fortiori, puisque le programme de la France insoumise prévoit un référendum sur le résultat d’éventuelles négociations qui permettra au peuple français de trancher si nécessaire. Que demander de plus ?

Pour mesurer le chemin parcouru depuis la campagne du Front de Gauche en 2012, il faut revenir au diagnostic parfaitement posé par Aurélien Bernier dans son livre La gauche radicale et ses tabous. Pendant des décennies, depuis le tournant de la rigueur de François Mitterrand au nom de la construction européenne, le mythe réformiste de « l’Europe sociale » a littéralement ensorcelé les consciences de gauche, du PS à LO, en passant par les Verts, le PCF et le NPA. Le tournant européiste de la gauche a de plus été accentué par le choix malheureux de Jean-Pierre Chevènement, héraut du souverainisme de gauche, de tendre la main aux « républicains de droite » y compris libéraux. Ainsi s’était longtemps installée à gauche l’idée que la défense de la souveraineté nationale conduirait inéluctablement à l’abandon des idéaux de gauche. Pourtant, le flambeau de la sortie de l’UE et de l’euro « par la gauche » a été brillamment repris au sein du Front de Gauche, et notamment par la plate-forme alternative Clarté et Courage Politique qui reçut en mars 2015 le soutien de plus de 45% des membres du Parti de Gauche de Jean-Luc Mélenchon. Quelques mois plus tard, la crise grecque devait confirmer cette analyse et la rendre de plus en plus évidente auprès des militants de la gauche radicale.

Ainsi, une nouvelle génération militante a émergé et a compris qu’au fond, peu importait si certains camarades refusaient de croire à l’inéluctabilité de la sortie, du moment qu’ils étaient prêts à préparer ce scénario et à laisser la réalité trancher. Nous avons également obtenu dans le cadre des contributions programmatiques de la France insoumise une avancée qui avait été refusée en Juillet 2015 par la direction du PG, à savoir que le résultat d’éventuelles négociations dans le cadre du Plan A soit soumis à référendum. Par conséquent le peuple français aura la possibilité de refuser les aménagements éventuellement obtenus, et ainsi d’enclencher automatiquement notre Plan de sortie. Que de chemin parcouru depuis 2012 !

Voilà pourquoi tout en rejetant tout comme Aurélien Bernier et Coralie Delaume le mythe réformiste de « l’Europe sociale », nous estimons qu’à un mois du premier tour l’urgence est de continuer à préparer tous les scénarios possibles dans le cadre de la France Insoumise, y compris avec ceux qui ne sont pas persuadés de l’inéluctabilité du scénario de sortie. Coralie et Aurélien, rejoignez-nous, vous serez accueillis à bras ouverts!

 

Le Grand jeu : dégénérescence – Vu sur le blog « Chroniques du grand jeu » – Le 16/03/2017

Vu sur le blog de mon camarade Pierrick Tillet qui relaie lui-même cet article du blog « Chroniques du Grand jeu« .

Lien vers cet article sur le blog de Pierrick Tillet.

Lien vers cet article sur le blog « Chroniques du Grand jeu ».

image illustrant le billet de blog le grand jeu, la dégénrescence

Si le détricotage du système impérial suit son cours, l’implosion de son bras médiatique passe la vitesse exponentielle. Un vrai pur-sang au galop dans la dernière ligne droite de Longchamp… mais en moins élégant.

Désinformation, mensonge par omission, délires paranoïaques, transformation de la réalité ou des textes, erreurs conscientes de traduction, tout y passe. Les élections de cette année en Europe pousse la journaloperie dans ses derniers retranchements : le “danger populiste” est partout. Rappelons en passant que l’oligarchie sénatoriale romaine qualifiait de même le courant populaire il y a 22 siècles. Plus ça change…

Les “gamineries” du Fig à rot

Il faut absolument sauver le soldat Ryan Euro et tout est bon, y compris les manipulations les plus infantiles. Le Fig à rot ne dira pas le contraire, qui s’est vautré dans le grotesque il y a quelques jours. Il avait en effet proposé un sondage à ses lecteurs : « Êtes-vous favorable à la sortie de l’euro ? » Il faut certes toujours prendre ce genre de sondage en ligne avec des pincettes mais là n’est pas la question. Sans doute déçu par le fait que 59% des gens aient répondu par l’affirmative, le journal a tout simplement retourné la question tout en gardant les résultats ! « Craignez-vous les conséquences de l’euro ? » Oui : 59%. Gaminerie hallucinante. Les lecteurs sont évidemment furieux comme on peut le voir dans les commentaires sur la page dont l’adresse, comble d’amateurisme, a gardé l’intitulé de la question précédente.

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Typique d’une presstituée qui ne sait plus où donner de la tête, appartenant à une oligarchie déboussolée. Rappelons que ce sont les mêmes qui, ayant perdu tout soupçon de scrupule, s’érigent en gardien moral de la vérité et vilipendent les fake news. Ce n’est plus l’hôpital qui se fout de la charité, c’est le ministère de la santé tout entier !

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Moqueries de l’un, sadomasochisme des autres

Les théories du complot de ceux qui, il y a encore quelques années s’élevaient avec force coups de menton contre le conspirationnisme, font en tout cas bien rire le président tchèque, le toujours excellent Milos Zeman. Moquant ouvertement les médias, sa saillie est délicieuse :

« Oui, je suis un agent de la Russie, en particulier de Vladimir Vladimirovitch Poutine. Je dois ajouter que je suis également un agent du président chinois. Et dernièrement, du président américain aussi. Ainsi bien sûr que d’Israël. »

Une qui doit moins rire est l’inénarrable Mogherini. La cheffesse de la diplomatique euronouillique a eu tout le mal du monde à mener son discours à terme au parlement serbe début mars, accueillie par des chants pro-russes et anti-européens (vidéo en bas de page). Si elle voulait convaincre Belgrade des bienfaits de l’OTAN, ses arguments n’ont pas dû être tout à fait entendus…

Le système impérial ayant perdu la partie en Ukraine ou en Syrie, la MSN préfère regarder ailleurs et ne plus s’y frotter. Ici, le mensonge se fait désormais surtout par omission. Ne vous attendez pas à lire une ligne à propos du soutien des rebelles “modérés” de l’Armée syrienne libre — ces grands démocrates devant l’éternel — aux délires rhétoriques d’Erdogan contre les Pays-Bas. Indécrottables eurocrates masochistes qui supportent tout ce et tous ceux qui finissent invariablement par se retourner contre eux…

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« Je suis un masochiste normal »

 

MH17 : le gouvernement australien refuse d’indemniser les victimes car il n’y a pas suffisamment de preuves pour accuser la Russie !

Et puisque la caricature évoque les sanctions et contre-sanctions européo-russes, rappelons que toute cette affaire a été déclenchée, sous l’intense et intéressée pression américaine, en surfant sur l’émotion causée par le crash du Boeing de la Malaysian Airlines au-dessus de l’Ukraine. Rappelons les faits :

17 juillet 2014 : l’avion de la Malaysian Airlines est abattu

Rarement la basse-cour médiatique occidentale sera tombée aussi bas. Un barrage d’articles délirants, d’accusations hystériques, allant toutes dans un sens et un seul. Le prévenu est condamné avant même l’enquête ! Qu’en 2014, l’Europe soit le théâtre d’un climat digne des pires époques de l’Inquisition laisse songeur… Mais après tout, quand on voit des dirigeants occidentaux soutenir un gouvernement composé pour un tiers de néo-nazis ou que ces mêmes dirigeants, pour ne pas indisposer leur allié ukrainien, s’opposent à l’ONU à un vote condamnant la glorification du nazisme, il faut s’attendre à tout.

Les journaux européens sont depuis longtemps noyautés par la CIA, comme l’a montré le scandale Udo Ulfkotte en Allemagne l’année dernière. L’un des plus grands éditorialistes allemands de l’un des plus “sérieux” journaux (Frankfurter Allegemeine Zeitung) bossait en fait depuis des années… pour la CIA ! Et c’est loin d’être un cas isolé en Europe.

Mais revenons à notre avion… Ainsi donc, pour la volaille journalistique noyautée, c’est un coup des séparatistes pro-russes, donc des Russes ! Et le grand méchant Poutine est montré d’un doigt accusateur par les journaux dans un déferlement de rage collective qui fait fortement penser aux deux minutes de la haine contre Emmanuel Goldstein dans 1984, le fameux roman d’anticipation de George Orwell. Nous y sommes, avec 30 ans de retard.

Sur quoi se basent nos féroces procureurs ? Sur… et là, ne rigolez pas, je suis sérieux… sur :

  1. les accusations verbales des Ètats-Unis [les mêmes que pour les bébés-couveuse de 1990 ou la fiole de Colin Powell à l’ONU ?], Washington se gardant bien d’apporter le moindre début de preuve alors que leurs satellites tournent 24h/24 au-dessus de l’Ukraine.
  2. la vidéo amateur d’un lanceur de missiles Buk, en réalité filmé dans une ville tenue par l’armée ukrainienne comme le montre un panneau publicitaire dans le fond.
  3. un commentaire Facebook effacé depuis [un énorme LOL. Est-il vraiment utile de préciser que n’importe qui peut pirater un compte sur un réseau social…]
  4. une conversation téléphonique enregistrée entre « deux chefs séparatistes », dont il a été prouvé depuis qu’elle a été trafiquée, Kiev l’ayant même retiré de sa liste de “preuves”.

Voilà, Mesdames et Messieurs, c’est tout… Et c’est sur ça que se base l’accusation.

Peu importe que le principal journal malaisien (la Malaisie est quand même concernée au premier chef dans cette affaire) titre, lui, sur la responsabilité de Kiev. Peu importe que le plus grand journaliste d’investigation américain — Robert Parry, celui qui a mis au jour le scandale des contraspointe Kiev du doigt. Peu importe que des spécialistes de la question s’interrogent ouvertement (iciici ou ici par exemple).

Peu importe que même les vétérans du renseignement américain doutent ouvertement des accusations de leur gouvernement. Peu importe que les services secrets ukrainiens (les mêmes qui ont annoncé 72 “invasions russes” de l’Ukraine depuis un an) aient étrangement confisqué les conversations entre les contrôleurs du ciel et l’équipage du Boeing.

Peu importe que les quatre pays qui enquêtent sur le crash — Hollande, Belgique, Australie et Ukraine (tous dans le même camp d’ailleurs) — aient curieusement signé un « accord de non-divulgation » qui interdit à ces pays de divulguer les résultats de l’enquête concernant le MH17 et leur donne un droit de veto les uns sur les autres.

Peu importe tout cela… c’est Poutine, on vous dit !

Faire la lumière sur ce qui s’est vraiment passé est le cadet des soucis pour les accusateurs auto-proclamés. Nous sommes dans le rapport de force géopolitique, dont la guerre de l’information est une composante de plus en plus importante.

Quelques jours avant, Poutine était au Brésil où il signait l’accord sur la création de la Banque des BRICS qui risque de mettre à mal le système dollar permettant aux Ètats-Unis de vivre au-dessus de leurs moyens et de faire financer leurs guerres par les autres pays. Pour nombre de pays émergents, il représentait, et représente toujours d’ailleurs, une forme d’anti-système (…)

Après la tragédie du MH17, les pays européens, fortement pressés par Washington, décident de mettre en place des sanctions économiques contre la Russie. À défaut de preuves (et pour cause !) de l’implication russe dans le crash du Boeing, l’émotion suscitée par la campagne de diabolisation médiatique fera l’affaire… Le vice-président US, Joe Biden, l’avouera : l’Amérique a forcé la main des pays européens qui rechignaient à cette escalade suicidaire.

Depuis, Ô divine coïncidence, à chaque fois qu’arrive l’échéance des sanctions européennes et la question de savoir si elles doivent être prolongées de six mois, une poussée de violence éclate en Ukraine. Les forces de Kiev bombardent quelques quartiers de Donetsk, entraînant évidemment la réaction des pro-russes, le tout pour le plus grand bonheur de Washington.

L’Europe a été fortement frappée par le régime des sanctions et contre-sanctions russes et risque de perdre deux millions d’emplois.

On le voit, toujours le même masochisme européen… Or qu’apprend-on ? Le gouvernement australien refuse d’indemniser les familles des victimes car il ne sait toujours pas ce qui s’est passé : « L’enquête est en cours… Les preuves sont pour l’instant insuffisantes pour déterminer qui ou quoi a causé le crash… »

Ne vous attendez évidemment pas à en lire une seule ligne dans la presstituée qui, il y a 30 mois, avait déjà désigné le coupable avant le début de l’enquête.

Le soufflé retombé de “l’ingérence russe”

Une autre accusation est en train de tomber à l’eau : le piratage des élections par le grand méchant ours russe. Le ministre allemand des Affaires étrangères avait déjà mis une claque à Merkel il y a deux jours en réfutant, « au nom du gouvernement, les allégations des médias sur l’ingérence russe dans le processus électoral ». Pauvre Angela, une nouvelle fois prise dans la toile de ses mensonges…

Le même jour, l’homologue britannique de Sigmar Gabriel, l’amusant Boris Johnson admettait lui aussi qu’il n’y avait aucune preuve d’ingérence russe. Auparavant, James Clapper, le directeur du renseignement national nommé par Obama, avouait ne détenir aucune preuve d’une collusion entre Trump et la Russie, au grand dam du plumitif :

Après Poutine qui militarise des pieuvres géantes ou qui envoie ses hooligans à l’Euro 2016 pour déstabiliser l’Europe (!), l’accusation du piratage russe des élections et même carrément, soyons fous, de la démocratie occidentale tombe elle aussi à l’eau… On parie que l’imMonde ne rapporte pas l’info ?

Il semble d’ailleurs plus généralement que l’ambiance soit un peu moins à la russophobie primaire sur les bords du Potomac. Les révélations Wikileaks sur les false flags cybernétiques de la CIA y sont sans doute pour quelque chose. Ainsi The Hill, le journal du panier de crabes de Washington, a publié un étonnant article il y a quatre jours, intitulé Des diplomates mettent en garde contre l’hystérie anti-russe. Diantre, ce journal ayant lui-même plus souvent qu’à son tour succombé à cette paranoïa, faut-il y voir un début de retour à la raison ?

Accessoirement, on apprend que Sberbank, la plus grande banque russe, a engagé en 2016 un groupe de lobbying américain, et pas n’importe lequel, afin de mettre fin aux sanctions touchant le secteur bancaire. Il s’agit de… Podesta Group, dirigé par Tony, le grand frère de John, directeur de campagne d’Hillary ! Vous savez, celui dont les mails avaient été piratés par… ah oui, par les méchants Russes. « La vida es un carnaval », comme dirait Celia Cruz.

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Vidéo des malheurs de Mogherini à Belgrade :

=> Source : Le Grand jeu

« L’horrible campagne présidentielle française » vue par Diana Johnstone* le 17/02/2017

Je vous propose de lire un long billet de Diana Johnstone.

Source originale (en anglais) : Counterpunch

Source de la version française : Arrêt sur info (site suisse)

Je remercie mon ami Patrick Tillet, alias le Yéti, grâce à qui j’ai découvert ce billet dense et riche puisqu’il l’a relayé sur son blog que je suis (voir ici).

Diana Johnstone s’est fait connaître ces derniers mois pour avoir publié un libre biographique à charge contre Hillary Clinton. Ce livre était intitulé « La Reine du chaos ». C’est une intellectuelle engagée très à gauche aux États-Unis.

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Le Grand Soir avait publié, le 14 mars 2016, un entretien avec Diana Johnstone. Il est à lire ici.

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France : encore une horrible campagne présidentielle ; l’État profond monte à la surface

Comme si la campagne présidentielle américaine n’avait pas été assez pénible, en voici une autre : en France.

Le système en France est très différent du système américain, avec de nombreux candidats en concurrence sur deux tours, la plupart capable de s’exprimer fort bien, même parfois en abordant de vraies questions politiques. Leur temps de passage gratuit à la télévision réduit l’influence de l’argent. Le premier tour le 23 avril désignera les deux finalistes pour l’élection du 7 mai, ce qui permet un plus grand choix qu’aux États-Unis.

Et malgré la supériorité de leur système, les chefs de file de la classe politique veulent singer les mœurs de l’Empire, jusqu’à se faire l’écho du thème qui a dominé le show 2016 outre-Atlantique : les Russes diaboliques s’en prennent à notre merveilleuse démocratie.

L’imitation du système américain a commencé avec les “primaires” tenues par les deux principaux partis de gouvernement qui aspirent manifestement à devenir les équivalents des Démocrates et des Républicains dans un système à deux partis. Le parti de droite de l’ancien président Nicolas Sarkozy s’est déjà rebaptisé Les Républicains et les dirigeants du soi-disant parti socialiste n’attendent qu’une occasion de se proclamer Les Démocrates. Mais au train où vont les choses, ni l’un ni l’autre ne semblent sûrs de l’emporter cette fois-ci.

Étant donné l’impopularité du gouvernement socialiste du président sortant François Hollande, les Républicains ont longtemps été considérés comme les favoris naturels pour battre Marine Le Pen, que tous les sondages donnent en tête au premier tour. Dans une perspective aussi prometteuse, la primaire des Républicains a suscité plus du double de votants volontaires (tenus de verser une menue obole et de faire allégeance aux “valeurs” du parti afin de pouvoir voter) que celle des socialistes. Sarkozy fut éliminé, mais plus surprenant, le favori le fut aussi, le fiable maire de Bordeaux Alain Juppé, qui caracolait en tête des sondages et des éditoriaux de la presse.

Les valeurs familiales de Fillon

En une surprenante manifestation de vaste désenchantement public envers la scène politique, les électeurs Républicains ont accordé la victoire haut la main à l’ancien premier ministre François Fillon, un catholique pratiquant à la politique domestique ultra-néolibérale : réduction de l’impôt sur les revenus des sociétés, coupes drastiques dans les allocations sociales, y compris l’assurance maladie — accélérant ce que les gouvernements précédents ont fait, mais plus franchement. Ce qui est moins conventionnel, Fillon condamne fortement la politique antirusse actuelle. Il dévie aussi de la détermination du gouvernement socialiste à renverser Assad en exprimant sa sympathie pour les chrétiens harcelés en Syrie et pour leur protecteur, qui se trouve être le gouvernement d’Assad.

Fillon a l’allure respectable d’une personne à qui on peut donner le bon Dieu sans confession. Comme thème de campagne, il a mis l’accent sur sa capacité vertueuse à lutter contre la corruption.

Mal lui en a pris ! Voilà que le 25 janvier, l’hebdomadaire semi-satirique Le Canard enchaîné a tiré les premiers coups de feu d’une campagne médiatique en cours conçue pour détruire l’image de Monsieur Propre, en révélant que sa femme, la Britannique Penelope, a reçu un salaire mirobolant pour lui servir d’assistante. Comme Penelope est connue comme femme au foyer qui élève leurs enfants à la campagne, l’existence de cet emploi est sérieusement mis en doute. Fillon a aussi rétribué comme avocat son fils pour des tâches non spécifiées, et sa fille pour prétendument l’aider à écrire un livre. En un sens, ces allégations prouvent la force des valeurs familiales du candidat conservateur. Mais sa cote a chuté et il risque des poursuites pénales pour fraude.

Le scandale est réel, mais le choix du moment est suspect. Les faits datent de plusieurs années, et le moment de leur révélation est bien calculé pour assurer sa défaite. En outre, le lendemain même des révélations du Canard enchaîné, une enquête judiciaire a été ouverte. Vu tous les tripatouillages non divulgués et les crimes de sang non résolus commis par ceux qui contrôlent l’état français au fil des années, surtout durant ses guerres à l’étranger, enrichir sa famille peut sembler relativement mineur. Mais ce n’est pas ainsi que le public le voit.

Cui bono ?

On tient en général pour acquis que, bien que la candidate du Front national, Marine Le Pen, soit constamment en tête des sondages, quiconque arrivera second l’emportera au second tour parce que la classe politique et les organes de presse établis se rallieront au cri de « Sauvons la république ! ». La peur du Front national comme « menace pour la république » est devenue une sorte de racket de protection pour les partis établis, puisqu’il stigmatise comme inacceptable un vaste pan de leur opposition. Dans le passé, les deux principaux partis ont été en connivence sournoise pour renforcer le Front national afin de prendre des votes à leurs adversaires.

De sorte que faire tomber Fillon accroît les chances que le candidat d’un parti socialiste à présent complètement discrédité puisse se retrouver comme par magie en seconde position, comme le chevalier qui pourfendra le dragon Le Pen. Mais qui, au juste, est le candidat socialiste ? Ce n’est pas clair. Il y a le candidat officiel du parti socialiste, Benoît Hamon. Mais le sous-produit indépendant de l’administration Hollande, Emmanuel Macron, « ni de droite ni de gauche », obtient le soutien de la droite du parti socialiste ainsi que de la plupart de l’élite globaliste néolibérale.

Macron est le vainqueur programmé. Mais d’abord, un coup d’œil à son opposition à gauche. Avec moins de dix pour cent de popularité, François Hollande s’est rendu à contrecœur aux objurgations de ses collègues pour éviter l’humiliation d’une cuisante défaite s’il briguait un second mandat. La primaire peu fréquentée du parti socialiste devait choisir le farouchement pro-Israélien premier ministre Manuel Valls. Ou sinon, sur sa gauche, Arnaud Montebourg, une espèce de Warren Beatty de la politique française, notoire pour ses liaisons romantiques et ses plaidoyers en faveur de la ré-industrialisation de la France.

Mais de nouveau, surprise ! Le vainqueur fut un terne et peu connu tâcheron du parti, Benoît Hamon, qui chevaucha la vague de mécontentement populaire pour apparaître comme un critique et une alternative “de gauche” à un gouvernement socialiste qui a trahi toutes les promesses faites par Hollande de combattre “la finance” et, au lieu de cela, a attaqué les droits des travailleurs. Hamon a pimenté sa revendication d’homme de gauche en présentant un truc à la mode ailleurs en Europe mais une nouveauté dans le discours politique français : “le revenu de base universel”. L’idée de donner à chaque citoyen une allocation, la même pour tous, peut sembler attrayante pour les jeunes qui ont de la difficulté à trouver un emploi. Mais cette idée, appuyée par Milton Friedman et les autres apôtres du capitalisme financier débridé, est en fait un piège. Le projet tient pour acquis que le non-emploi est permanent, contrairement aux projets visant à créer des emplois ou à partager le travail. Il serait financé en remplaçant toute une panoplie d’allocations sociales, au nom de « l’élimination de la bureaucratie » et de « la liberté de consommation ». Le projet achèverait l’affaiblissement de la classe ouvrière comme force politique, en détruisant le capital social commun représenté par les services publics, et en partageant les classes dépendantes entre travailleurs payés et consommateurs oisifs.

Il y a peu de chance que le revenu universel devienne un point sérieux à l’ordre du jour de la politique française. Pour le moment, la revendication de radicalité de Hamon sert à détourner les électeurs du candidat de gauche indépendant Jean-Luc Mélenchon. L’un et l’autre rivalisent pour le soutien des verts et des militants du parti communiste français, lequel a perdu toute capacité à définir ses propres positions.

La gauche divisée

Orateur impressionnant, Mélenchon s’est fait connaître en 2005 en tant qu’opposant de premier plan à la proposition de constitution européenne, qui fut rejetée clairement par les Français dans un référendum mais fut néanmoins adoptée sous un autre nom par l’Assemblée nationale française. Comme beaucoup de gens de gauche en France, Mélenchon est un ancien trotskiste (tendance posadiste, plus sensible aux révolutions du tiers monde que ses rivales) passé au parti socialiste qu’il a quitté en 2008 pour fonder le Parti de gauche. Il a sporadiquement courtisé le Parti communiste à la dérive pour qu’il le rejoigne dans le Front de gauche, puis s’est proclamé le candidat pour la présidence d’un nouveau mouvement indépendant appelé « La France insoumise ». Mélenchon est combatif envers la presse française docile, alors qu’il défend des positions non orthodoxes, par exemple en faisant les louanges de Chavez ou en rejetant la politique étrangère russophobe actuelle de la France. Contrairement au conventionnel Hamon, qui suit la ligne du parti socialiste, Mélenchon veut que la France quitte l’euro et l’OTAN.

Il y a deux très fortes personnalités dans cette compétition: Mélenchon à gauche et son adversaire de choix, Marine Le Pen, à droite. Dans le passé, leur rivalité dans les élections locales les a empêchés l’un et l’autre de gagner, alors même qu’elle arrivait en tête. Leurs positions en matière de politique étrangère sont difficiles à départager : critique de l’Union européenne, désir de quitter l’OTAN, bonnes relations avec la Russie.

Comme tous deux dévient de la ligne établie, ils sont tous deux dénoncés comme « populistes », un terme qui en est venu à vouloir dire quiconque fait davantage attention à ce que veulent les gens ordinaires qu’à ce que l’establishment édicte.

En matière de politique sociale, de préservation des services sociaux et des droits des travailleurs, Le Pen est bien à la gauche de Fillon. Mais le stigmate attaché au Front national comme parti d’extrême-droite demeure, bien que, avec son proche conseiller Florian Philippot, Marine Le Pen ait écarté son père, Jean-Marie, et ajusté la ligne du parti pour attirer les électeurs de la classe ouvrière. La principale relique du vieux Front national est son hostilité envers l’immigration, qui à présent se concentre sur la peur des terroristes islamiques. Les tueries terroristes de Paris et de Nice ont rendu ces positions plus populaires qu’elles ne l’étaient. Dans son effort de surmonter la réputation d’antisémite de son père, Marine Le Pen fait de son mieux pour courtiser la communauté juive, aidée par son rejet de l’islam « ostentatoire », allant jusqu’à réclamer l’interdiction de porter un foulard musulman en public.

Un second tour entre Mélenchon et Le Pen serait une rencontre entre une gauche ravivée et une droite revivifiée, un vrai changement loin de l’orthodoxie politique qui a aliéné une bonne partie de l’électorat. Cela pourrait rendre la politique excitante de nouveau. Alors que le mécontentement populaire envers “le système” grandit, il a été suggéré (par le mensuel non-conformiste Causeur d’Elizabeth Lévy) que l’antisystème Mélenchon pourrait bien avoir la meilleure chance de battre l’antisystème Le Pen en s’attirant les voix de la classe ouvrière.

Comment fabriquer un consensus

Mais l’establishment néolibéral, pro-OTAN et pro-Union européenne, s’active à empêcher que cela n’arrive. Sur toutes les couvertures de magazines comme dans tous les talkshows, les médias ont montré leur allégeance à un candidat modéré « Nouveau ! Amélioré ! » vendu au public comme un produit de consommation. À ses rassemblements, de jeunes volontaires soigneusement entraînés et placés en vue des caméras accueillent la moindre vague déclaration de l’orateur de clameurs délirantes en agitant des drapeaux et en scandant « Ma Ma! Cron ! Président ! » avant d’aller en boîte faire la fête offerte pour les récompenser. Jamais un candidat sérieux à la présidence n’a autant ressemblé à un robot, en ce sens que c’est une création artificielle conçue par des experts pour une tâche spécifique.

Emmanuel Macron était un banquier d’affaires de premier plan qui gagnait des millions au service de la banque Rothschild, quand, en 2007, à l’âge de 29 ans, ce brillant jeune économiste fut invité dans la cour des grands par Jacques Attali, un gourou immensément influent, dont le conseil depuis les années 1980 a joué un rôle central dans la conversion du parti socialiste au globalisme néolibéral procapitaliste. Attali le fit entrer dans son groupe de réflexion privé, la Commission pour la libération de la croissance française, qui avait aidé à la conception des « 300 propositions pour changer la France » présentées au président Sarkozy un an plus tard comme un projet de gouvernement. Sarkozy a échoué à les mettre en œuvre toutes, par crainte de révoltes syndicales, mais les socialistes soi-disant de gauche ont pu se permettre des mesures antisyndicales drastiques grâce à leur discours plus lénifiant.

Lequel discours fut illustré par le candidat présidentiel François Hollande en 2012 quand il suscita l’enthousiasme en déclarant dans une réunion publique : « Mon adversaire réel c’est le monde de la finance ! » La gauche applaudit et vota pour lui. Entretemps, par précaution, il avait dépêché Macron à Londres pour rassurer l’élite financière de la City qu’il ne s’agissait que d’un discours électoral.

Après son élection, Hollande fit entrer Macron dans son équipe. Ensuite, il lui fut confié un poste gouvernemental à consonance super moderne comme ministre de l’économie, de l’industrie et du numérique en 2014. Avec le charme terne d’un mannequin de grand magasin, Macron a éclipsé son irascible collègue, le premier ministre Manuel Valls, dans leur rivalité silencieuse pour succéder à leur patron, le président Hollande. Macron s’est acquis l’affection des grandes entreprises en donnant à ses réformes antisyndicales un air jeune, propre et “progressiste”. En fait, il a quasiment suivi l’agenda d’Attali.

Le thème, c’est « la compétitivité ». Dans un monde globalisé, un pays doit attirer du capital d’investissement pour être concurrentiel, et pour cela il est nécessaire d’abaisser les coûts du travail. Une façon classique de ce faire, c’est d’encourager l’immigration. Avec la montée des politiques identitaires, la gauche est mieux placée que la droite pour justifier une immigration massive en termes moraux, comme une mesure humanitaire. C’est une raison pour laquelle le parti démocrate aux États-Unis et le parti socialiste en France sont devenus les partenaires politiques du globalisme néolibéral. Ensemble, ils ont changé les perspectives de la gauche officielle de mesures structurelles promouvant l’égalité économique en des mesures morales promouvant l’égalité des minorités et de la majorité.

Seulement l’an dernier, Macron a fondé (ou on a fondé pour lui) son mouvement politique, baptisé “En marche !” et caractérisé par des réunions publiques avec de jeunes groupies portant des T-shirts Macron. Au bout de trois mois, il a senti le besoin de diriger la nation et il a annoncé sa candidature à la présidence. De nombreuses personnalités ont déserté le bateau socialiste échoué et rejoignent Macron, dont la forte ressemblance politique à Hillary Clinton suggère que c’est lui qui peut montrer la voie afin de créer un parti démocrate français sur le modèle américain. Hillary a certes perdu, mais elle reste la favorite de l’OTANistan. Et bien évidemment, la couverture médiatique américaine confirme cette notion. Un coup d’œil au papier extatique de Robert Zaretsky dans Foreign Policy acclamant « le politicien français anglophone et germanophile que l’Europe attendait » ne laisse aucun doute : Macron est bien le chouchou de l’élite globalisante transatlantique.

Pour le moment, Macron est second seulement de Marine Le Pen dans les sondages, qui montrent aussi qu’il la vaincra haut la main au second tour. Toutefois, son charme soigneusement manufacturé est vulnérable à une plus grande information publique sur ses liens étroits avec l’élite économique.

La faute aux Russes

Face à cette éventualité, il existe une frappe préventive, importée directement des États-Unis : c’est la faute aux Russes !

Qu’ont fait les Russes de si terrible ? En gros, ils ont fait savoir qu’ils avaient une préférence pour des amis plutôt que pour des ennemis comme chefs de gouvernement. La belle affaire ! Les médias d’information russes critiquent, ou interviewent des gens qui critiquent, les candidats hostiles à Moscou. Rien de bien extraordinaire, là encore.

À titre d’exemple de cette ingérence choquante, qui prétendument risque de saborder la république française et les valeurs occidentales, l’agence d’information russe Sputnik a interviewé un membre républicain du parlement français, Nicolas Dhuicq, qui a osé dire que Macron pourrait être « un agent du système financier américain ». Ce qui est pour le moins évident. Mais le tollé qui en est résulté a fait l’impasse sur ce détail pour accuser les médias étatiques russes de « commencer à faire circuler des rumeurs selon lesquelles Macron a eu une affaire extra maritale homosexuelle » (The EU Observer, 13 février 2017). En fait, cette « calomnie sexuelle » circulait déjà surtout dans les milieux homosexuels de Paris, pour lesquels le scandale, s’il en est un, n’est pas l’orientation sexuelle prêtée à Macron mais plutôt le fait qu’il la nie. L’ancien maire de Paris, Bertrand Delanoë, était ouvertement homosexuel ; le bras droit de Marine Le Pen, Florian Philippot, est homosexuel ; en France, être homosexuel n’est pas un problème.

Macron est soutenu par un « lobby homo très fortuné », aurait affirmé Dhuicq. Tout le monde sait de qui il s’agit : Pierre Bergé, le riche et influent directeur commercial d’Yves Saint Laurent, la personnification du radical chic, farouche partisan de la gestation pour autrui, un sujet brûlant en France, et la vraie controverse derrière l’opposition ratée au mariage homosexuel.

L’État profond monte à la surface

L’étonnante adoption en France de la campagne antirusse américaine montre une lutte titanesque pour le contrôle de la “narration” — la version de la réalité internationale consommée par la masse des gens qui n’ont pas les moyens d’entreprendre leurs propres recherches. Le contrôle de la narration est le cœur critique de ce que Washington décrit comme sa « puissance douce ». La puissance dure peut livrer des guerres et renverser des gouvernements. La puissance douce explique aux quidams pourquoi c’était la bonne chose à faire. Les États-Unis peuvent littéralement tout se permettre aussi longtemps qu’ils peuvent raconter l’histoire à leur avantage, sans risque d’être contredits de façon crédible. En ce qui concerne les points sensibles du monde, que ce soit l’Irak, la Libye ou l’Ukraine, le contrôle de la narration est fondamentalement exercé par le partenariat entre les services de renseignement et les médias. Les services de renseignement écrivent l’histoire et les grands médias la racontent.

Ensemble, les sources anonymes de « l’État profond » et les médias de masse ont pris l’habitude de contrôler la narration racontée au public. Ils ne veulent pas abandonner ce pouvoir. Et ils ne veulent assurément pas le voir contesté par des outsiders — notamment par les médias russes qui racontent une histoire différente.

C’est une des raisons de la campagne extraordinaire en cours pour dénoncer les médias russes et autres médias alternatifs comme diffuseurs de « fausses nouvelles », afin de discréditer des sources rivales. L’existence même de la chaîne d’information internationale russe RT a suscité une hostilité immédiate : comment les Russes osent-ils se mêler de notre version de la réalité ! Hillary Clinton avait mis en garde contre RT quand elle était secrétaire d’État et son successeur John Kerry a dénoncé la chaîne comme « un mégaphone de propagande ». Ce que nous disons est vrai ; ce qu’ils disent ne peut être que de la propagande.

La dénonciation des médias russes et de la prétendue « ingérence russe dans nos élections » est une invention majeure de la campagne Clinton, qui a ensuite infecté le discours public en Europe occidentale. Cette accusation est un exemple évident de double standard, ou de projection, étant donné que l’espionnage américain de tous, y compris les alliés, et l’ingérence américaine dans les élections à l’étranger sont de notoriété publique.

La campagne dénonçant les « fausses nouvelles » émanant de Moscou bat son plein en France comme en Allemagne à l’approche des élections. C’est cette accusation qui empoisonne la campagne, pas les médias russes. L’accusation que Marine Le Pen est « la candidate de Moscou » est non seulement supposée ruiner ses chances, mais c’est aussi un ballon d’essai pour susciter une possible « révolution de couleur » si d’aventure elle gagnait l’élection du 7 mai. L’ingérence de la CIA dans les élections étrangères est loin de se limiter à des bulletins d’information controversés.

En l’absence d’une authentique menace russe en Europe, affirmer que les médias russes « empiètent sur notre démocratie » revient à désigner la Russie comme un ennemi agressif et, par-là même, à justifier l’énorme accroissement du potentiel militaire de l’OTAN dans le nord-est de l’Europe, ce qui ravive le militarisme allemand et dévie la richesse nationale vers l’industrie d’armement.

D’une certaine façon, l’élection française est une extension de l’élection américaine, dans laquelle l’État profond a perdu sa candidate préférée, mais pas le pouvoir. Les mêmes forces sont à l’œuvre ici, soutenant Macron comme un Clinton français, mais prêtes à stigmatiser tout opposant comme un instrument de Moscou.

Ce qui s’est passé ces derniers mois a confirmé l’existence d’un État profond qui est non seulement national mais transatlantique et aspire à être global. La campagne antirusse est une révélation. Elle révèle à bien des gens qu’il y a réellement un État profond, un orchestre transatlantique qui joue le même air sans chef d’orchestre apparent. Le terme « État profond » apparaît soudain même dans le discours des fidèles au système, comme une réalité qui ne peut être niée, même s’il est difficile de la définir avec précision. Au lieu de Complexe militaro-industriel, on devrait peut-être l’appeler Complexe médiatico-cum-renseignement-militaro-industriel (Military Industrial Media Intelligence Complex — MIMIC en anglais). Son pouvoir est énorme, mais reconnaître qu’il existe est le premier pas pour nous libérer de son emprise.

États-Unis : la guerre civile froide… en attendant pire ! – Par Pierrick TILLET alias le Yéti – le 20/02/2017

Source : blog de Pierrick Tillet alias le Yéti. Le billet ci-dessous reproduit est ici.

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Membres d’une milice de supporters pro-Trump armés de fusils semi-automatiques à Atlanta le samedi 18 février.

Quittons un instant la scène lamentable de la présidentielle française et voyons ce qui se passe aux États-Unis depuis l’élection du vilain canard Trump. Eh bien, nous assistons-là à une véritable guerre civile froide entre les partisans de l’establishment défait et le nouveau président.

Une guerre totale de l’information entre les services secrets et militaires américains — CIA, FBI, Pentagone — ligués contre la nouvelle équipe dirigeante avec le secours frénétiques des médias mainstream.

Là où la guerre devient civile, c’est quand une partie de l’opinion, celle il faut bien le dire des classes huppées et de l’intelligentsia artistico-culturelle. se ligue avec une hystérie totalement aveugle au concert d’imprécations et de coups tordus des néocons contre les archicons(ervateurs) républicains de la Maison Blanche.

« Les États-Unis sont maintenant dans la situation extraordinaire où la gauche libérale/progressiste est alliée avec les néocons contre la démocratie. Le parti de gauche libéral/progressiste fait pression pour une mise en accusation d’un président qui n’a commis aucune infraction impeachable. Les néoconservateurs ont déclaré leur préférence pour un coup d’État profond contre la démocratie. Les médias dressent un barrage constant de mensonges, d’insinuations et de désinformation. Et pendant ce temps, le public américain insouciant regardent le show en suçant son pouce » (Paul Craig Roberts).

Cette hystérie qui conduit au chaos

Entendons-nous, certaines mesures imbéciles prises par le gouvernement Trump méritent incontestablement le tollé qui les accueille : les décisions régressives contre les minorités et les femmes (droit à l’avortement, par exemple), l’interdiction de territoire US faite à des pays à dominante musulmane…

Mais pas sûr que l’Amérique profonde se désole du rapatriement de ses usines emblématiques (automobiles, notamment) sur le sol de l’oncle Sam.

On peut également trouver grotesques les gesticulations anti-iraniennes et anti-chinoises du nouvel élu (quoique Trump ait déjà mis un sérieux coup de frein à celles contre Pékin). Mais que trouver à redire à sa dénonciation de l’interventionnisme américain tous azimuts et à la volonté affichée de rabibocher les rapports avec la Russie ?

Le problème des guerres civiles, mêmes froides, c’est qu’elles ne laissent guère place aux nuances de jugement. Et quand ces nuances, disparaissent, quand l’hystérie triomphe, eh bien c’est le chaos qui surgit. Et dans un pays où tout le monde ou presque est armé (cf. photo ci-dessus), les guerres froides menacent vite de s’enflammer et de dégénérer,

Vous me direz, ça concerne les Américains, pas nous. Le problème c’est que l’influence de ce qui se passe aux États-Unis déborde largement leur frontière.

« Mensonge, fausse bannière et vidéos », une politique américaine par Bruno GUIGUE le 10/01/2017

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Pour justifier l’ingérence dans les affaires des autres, Washington manifeste à la fois un véritable génie de l’affabulation et un manque évident d’imagination. Les dirigeants US n’oublient jamais d’inventer une histoire à dormir debout, mais elle a toujours un air de déjà-vu. C’est plus fort qu’eux, elle a comme un arrière-goût de réchauffé. Le plus étonnant, donc, n’est pas que Washington fasse preuve d’une telle répétition dans son répertoire, c’est plutôt qu’on semble le découvrir à chaque fois. En attendant, les faits parlent d’eux-mêmes. L’analyse des conflits du demi-siècle écoulé révèle le même modus operandi, elle fait apparaître les mêmes grosses ficelles.
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Premier cas d’école, la guerre du Vietnam. En août 1964, « l’incident du Golfe du Tonkin » fait opportunément basculer l’opinion américaine dans le camp belliciste. Des vedettes lance-torpilles nord-vietnamiennes, accuse Washington, ont attaqué le destroyer de la Navy « Maddox » au milieu des eaux internationales le 2 août. Dans un contexte de tensions entre Washington et Hanoï, la Maison-Blanche soutient que cette provocation communiste ne peut rester sans réponse. Mis sous pression, le Congrès des Etats-Unis autorise le président Johnson, le 7 août, à riposter militairement. Dans les mois qui suivent, des centaines de milliers de soldats volent au secours du régime sud-vietnamien et les bombardiers US pilonnent les positions viet-congs.
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A l’époque, la presse occidentale reprend mot pour mot la version officielle, accréditant la thèse d’une agression nord-vietnamienne qui serait responsable de l’escalade militaire. Pourtant, cette narration de l’incident est totalement fictive. Elle a été fabriquée de A à Z. En réalité, aucune attaque n’a eu lieu. Le « Maddox » était dans les eaux territoriales nord-vietnamiennes et non dans les eaux internationales. Il a bien tiré 350 obus, mais dans le vide, contre un ennemi parfaitement imaginaire, pour faire croire à une attaque. Mais peu importe. Il fallait démontrer l’agressivité criminelle du camp adverse, lui faire porter la responsabilité d’une guerre totale. Elle fera trois millions de morts, et les USA la perdront.
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Deuxième cas d’école, la guerre contre l’Irak. Les attaques terroristes du 11 septembre 2001 fournissent à l’administration Bush un prétexte idéal pour lancer une vaste offensive au Moyen-Orient. Elle passe d’abord par la destruction du régime taliban en Afghanistan (pourtant installé avec la bénédiction de Washington), puis par l’attaque contre l’Irak de Saddam Hussein (mars 2003). Privée de toute légitimité internationale, cette agression militaire contre un Etat qui ne menace personne se prévaut, officiellement, d’un double « casus belli ». Bagdad détiendrait des armes de destruction massive représentant un danger mortel pour la sécurité collective, et le régime baasiste fournirait une aide logistique à l’organisation terroriste Al-Qaida.
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Comme pour l’incident du Golfe du Tonkin, cette double accusation est une monstrueuse affabulation. On eut beau faire semblant de les chercher, on n’a trouvé aucune arme de destruction massive en Irak, ni aucune connivence entre le régime irakien et l’organisation terroriste fondée par Ben Laden. En revanche, l’implication des services secrets américains et saoudiens dans les attentats du 9/11 est un secret de polichinelle. La version officielle permet donc d’occulter cette responsabilité (qui reste obscure dans ses détails) en se livrant à une inversion accusatoire. Pour justifier la liquidation d’un Etat qui s’oppose à ses ambitions, Washington l’accuse de ses propres turpitudes. Habituée à avaler des couleuvres, la presse occidentale reproduira servilement l’argumentaire contre Bagdad.
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Troisième cas d’école, la Syrie. A partir du printemps 2011, une contestation minoritaire et encouragée de l’extérieur, sur le modèle préfabriqué des « révolutions arabes », réclame la destitution du président syrien. Des provocations et des attentats créent un climat de guerre civile, aggravé par l’aide massive que fournissent à la rébellion armée les puissances occidentales et les pétromonarchies du Golfe. Refroidi par les fiascos afghan et irakien, Washington préfère intervenir contre Damas en utilisant des « proxys », des organisations de mercenaires. Mais une partie de l’establishment, acharnée, veut provoquer la chute de Bachar Al-Assad en persuadant Barack Obama d’infliger des frappes aériennes aux forces syriennes.
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Pour justifier cette intervention, il faut évidemment un prétexte. On va vite le trouver ! Par l’horreur qu’il inspire, l’usage de l’arme chimique contre des populations civiles constitue le motif idéal. Le 21 août 2013, des images d’enfants gazés dans la banlieue de Damas font le tour du monde. Faute de preuves, les enquêteurs de l’ONU ne désignent aucun coupable. Une étude menée par le prestigieux MIT révélera que cette attaque ne pouvait provenir que des zones rebelles. Mais c’est trop tard. La machine à mensonges tourne à plein régime. Accréditée par Washington, avalisée par ses alliés, la version officielle est reprise par la presse et les ONG subventionnées. Elle devient « la vérité » sur le conflit syrien, le prétexte de l’ingérence étrangère et le faux-nez du néo-colonialisme.
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Vietnam, Irak, Syrie, trois exemples parmi tant d’autres ! La liste des pays qui ont subi l’ingérence fomentée grâce à la manipulation de l’opinion est interminable (Soudan, Somalie, Serbie, Libye, Yémen, Venezuela, Honduras, la liste est non exhaustive ..). A chaque fois, cette manipulation repose sur un mensonge inaugural, énorme de préférence, qui fabrique le « casus belli » requis par l’ingérence en tétanisant l’opinion internationale. Spécialité US, cette production de la guerre par l’invention pure et simple de son motif est la marque de fabrique de la maison-mère. Lyndon Johnson invente des vedettes-lance-torpilles, Colin Powell brandit sa fiole de jus de pomme à l’ONU, Barack Obama désigne le coupable d’une attaque chimique organisée par ses protégés. Tout est bon pour édifier le bon peuple.
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La formule-clé de cette politique, c’est « mensonge, fausse bannière et vidéos ». Le mensonge est l’élément générateur de la guerre impérialiste, sa matière première, son carburant. La fausse bannière (le « false flag ») est son modus operandi préféré, car il autorise l’inversion accusatoire, l’imputation de ses propres crimes à l’adversaire qu’on veut abattre. Les vidéos, enfin, sont l’instrument de communication qui donne corps à la fable fondatrice. Avec la force persuasive de l’image, en jouant de ses effets de réel, elles permettent de substituer une post-vérité construite à la simple véracité des faits. Ce n’est pas un hasard si le Pentagone a dépensé 500 millions de dollars pour fabriquer de fausses vidéos djihadistes, et si les Casques Blancs, en Syrie, montaient leur vidéos dans de décors de cinéma.

Place au peuple !