Archives pour la catégorie 51- Réflexions et billets d’auteurs gaullistes

Textes, analyses, réflexions, critiques et propositions de personnes qui se reconnaissent dans la philosophie gaulliste

Moi, gaulliste de gauche, je vote Jean-Luc Mélenchon – Par Maître Jonas le 08/04/2017

L’article est ici sur le blog de son auteur.

Moi, gaulliste de gauche, je vote Jean-Luc Mélenchon.

Contexte : 

Combien sommes-nous dans cette situation ? Profondément républicain, jacobin, gaulliste de gauche ou simplement attaché à la souveraineté nationale, nous nous sentons tiraillés. Marre de cette politique spectacle qui nous horripile, marre de ces candidats défendant la conservation du système (que ce soit B. Hamon, F. Fillon ou E. Macron). Des candidats qui n’ont que pour principal programme, la surenchère de promesses, bien – trop ? – souvent démagogiques… Leurs propos tournoient dans le vide. Après plus de trente ans de duperie, nous sommes cette catégorie de citoyens qui n’accepte pas l’éternelle moquerie qui nous est faite. Le discours « gauchiste » du Bourget, de 2012, du candidat François Hollande fut ce dernier coup d’épée de trahison. Personnellement et comme beaucoup d’entre vous, je n’étais point dupe. Je n’avais d’ailleurs pas voté François Hollande au premier tour…

Je suis un grand partisan d’un gouvernement de salut public. Ce rêve qui verrait les défenseurs de la souveraineté populaire à gauche et à droite se joindre autour d’un tronc commun : la défense d’une France souveraine, forte et fière de son modèle social. La défense d’une France où la démocratie, pour plagier Abraham Lincoln, serait réellement le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple.

Après avoir dit cela, quelle option me reste-t-il ?

Et pourquoi pas l’idée N. Dupont-Aignan (Debout la France) ?

En 2012, j’ai fait le choix Nicolas Dupont-Aignan. Je salue son courage. Celui de s’être extirpé d’un parti (l’UMP) pour développer ses idées gaullistes, conformément à ses engagements passés et assumés (exemple : le « non » au traité constitutionnel européen de 2005).

Si, en 2017, je ne choisis pas Nicolas Dupont-Aignan, ce n’est point par rejet de l’homme. J’ai plus la désillusion de constater que son mouvement, Debout La France, s’est enterré, parfois, dans des stratégies gênantes (celle du soutien à Robert Ménard à Béziers, ou encore celle d’imposer une journée de travail gratuite pour tout allocataire du RSA). Avec ces positionnements, je regrette que l’union des deux rives ne puisse être possible. Elle est encore faisable – j’y crois – mais l’enracinement de DLF sur des terrains glissants et droitiers complique la tâche… Toutefois, je ne jette pas la pierre à Nicolas Dupont-Aignan. Le candidat a le mérite d’incarner des convictions profondes et sincères. Le non rapprochement avec l’autre rive du pôle des républicains n’est pas de sa seule faute, bien au contraire…

Ma décision a donc été prise. Et je constate que certains de mes amis ont également cette préférence : soutenir, au moins par le bulletin, si ce n’est sur le terrain, la candidature de Jean-Luc Mélenchon.

Ce sera bien Jean-Luc Mélenchon ! Malgré quelques divergences…

Pourquoi ? Comme nombre de mes camarades, je ne partage pas sa vision sur la VIe République, pourtant centrale dans son projet. Alors oui, en tant que Républicain convaincu, rassembler une constituante ne me parait pas stupide. Simplement, je crois concrètement qu’une VIe République, parlementariste, calquée sur la IVe, serait une illusion. La Ve République a eu tout de même le don de préserver une stabilité politique, et ce, malgré les périodes de cohabitation. Car, finalement, les institutions sont ce que les élites en font. Une VIe, parasitée par les partis et les mêmes dinosaures politiques, pourrait aboutir à une instabilité et à une paralysie de l’action gouvernementale.

Autre point de divergence : l’énergie nucléaire. Aujourd’hui, la France est influente par son génie et sa force nucléaire. Nous pouvons encore la développer et rechercher à la faire évoluer, tout en développant les autres formes d’énergie décarbonée. J’y crois. Et rien n’empêche, en parallèle, de développer de nouvelles solutions énergétiques décarbonées, à travers l’investissement massif dans la recherche et développement.

Les convergences : recréer une nouvelle force dans le paysage politique.

Mais alors qu’est-ce qui me pousse tant, avec d’autres citoyens, à soutenir Jean-Luc Mélenchon ? Clairement, la gauche n’a plus de vie. Face à un Parti Socialiste qui a choisi le suicide politique depuis 2012, « la France insoumise » (nouveau mouvement de Jean-Luc Mélenchon) paraît le mieux incarner l’espérance et le rassemblement.

La nation, au cœur du discours mélenchoniste

Son discours a changé depuis sa première présidentielle, il y a cinq ans. Comparez les meetings, comparez avec ceux de l’autre gauche Benoit Hamon, les drapeaux français sont désormais de sortie ! Les couleurs des partis ? réduction au minimum. Comme si le candidat n’était plus au service d’un parti et de ses cadres – contrairement à la plupart des autres candidatures (illustration parfaite avec les rassemblements B. Hamon où les quelques « bleu blanc rouge » sont noyés par les drapeaux du PS, des écologistes, du PRG, d’associations). Comme si parler de la France et de la nation française ne serait pas simplement réservé à la droite et à l’extrême droite. Dans la voix, Jean-Luc Mélenchon se réfère donc à la nation, à sa force, à sa protection. Pour lui, le peuple ce n’est plus simplement la base ouvrière, c’est toute la composante de la société. On nait Français, que l’on soit riche ou pauvre et on fait tous partie de ce corps unique. Rien d’étonnant, on pourrait voir en lui quelques postures gaulliennes. Quitte, d’ailleurs, à embarrasser son allié, le Parti Communiste. Qu’à cela ne tienne, Jean-Luc Mélenchon ne veut pas simplement retrouver l’électorat populaire, il veut représenter la nation !

Combattre la fracture sociale dans un pays qui s’enrichit

Les lois Macron et El Khomri, du quinquennat Hollande, ont confirmé la politique sarkozyste : la France se mettant au service de l’enrichissement des plus hauts revenus, afin d’attendre d’eux un retour sur investissement. Conséquence : jamais les millionnaires et milliardaires se sont autant enrichis. Jamais les classes les plus faibles n’ont été aussi pauvres. Jamais la classe moyenne n’a autant financé les politiques publiques. Nous vivons dans une violence sociale telle que les emplois se précarisent. Pour que la pilule passe, les gouvernants (du PS aux ex-UMP/LR, en passant par E. Macron) n’emploient pratiquement plus les mots de précarité ou de licenciements. Ils utilisent principalement un vocabulaire bien choisi et guidé par le monde du grand patronat : flexibilité, souplesse, plans sociaux, restructuration… Pendant ce temps, les inégalités entre classes sociales ne font qu’empirer. Et dans les classes d’âge, qui paient ce lourd tribu ? Les jeunes ! Eux qui doivent être le poumon et l’avenir de notre République ! Et qui de mieux, dans les paroles, que J-L. Mélenchon pour affirmer une nouvelle voie. Pourquoi pas la troisième ? Celle d’une France capable de cultiver son propre modèle, sans faire dans le filet d’eau tiède. Quoi de plus juste que d’assurer un plafonnement des très hauts salaires (1 à 20). E. Macron et F. Fillon menacent : les riches partiront, et changeront de nationalité. Quelle tristesse de penser qu’un riche pense d’abord à sa fortune avant de penser à sa citoyenneté. Pour citer Jean-Luc Mélenchon : « Je fais le pari de penser (…) qu’on n’emmène pas la patrie à la semelle de ses souliers. » La France a des droits et des devoirs vis-à-vis de son peuple, riche ou pauvre, celui-ci a également des droits et des devoirs vis-à-vis de son pays.

Pour une France forte, dans une Europe faible

Rien d’étonnant, dès lors, que Jean-Luc Mélenchon ait évolué dans son idée européenne. Oui, l’Union Européenne doit être transformée ! Aller au bras de fer avec l’ordolibéralisme allemand ? Jean-Luc Mélenchon peut le faire. Il n’est ni le président faible, incarné par François Hollande, ni le fusible grec, Alexis Tsipras. La France est encore forte et il entend bien tout renégocier. L’Allemagne ne veut pas d’une refondation de la BCE et de l’Euro ? A bon entendeur, salut l’Euro ! Qui peut aujourd’hui dire que J-L. Mélenchon n’ira pas jusqu’au bout de cet engagement ? Vous conviendrez qu’il n’est pas homme de compromis quant à la violence sociale exercée par les lobbies, les multinationales, les délocalisations, le marché économique déloyal de la zone, les directives sur les travailleurs détachés, la concurrence des bas salaires des pays de l’est, etc.

Pour l’OTAN, là aussi, sa vision est clairement gaulliste et il ne s’en cache pas. Il veut sortir du commandement intégré. Cette politique de défense qui lie la France (et l’Union Européenne) avec la ligne américaine. Encore une fois, qui peut argüer que les Etats-Unis ont joué le gendarme de la justice sur la scène internationale ? Il n’y a qu’à voir le bourbier au Moyen et Proche-Orient. Et que dire de la coalition en Libye, où la France de Nicolas Sarkozy et de François Fillon a été complice d’une boucherie, laissant le pays aux mains de tribus, souvent islamistes.

La culture, l’école : qui en parle avec force, si ce n’est Jean-Luc Mélenchon ?

Cela peut paraître annexe dans un projet politique mais l’école est détruite. Détruite par les réformes « pédagogistes », en accord avec la stratégie de Lisbonne de 2000. Elles ont été mises en application une première fois par François Fillon en 2004 (avec la loi d’orientation) et confirmées brutalement par la réforme collège 2016. Cette école qui ne vise plus à éduquer des citoyens éclairés mais de laisser le soin aux parents, les plus fortunés, de payer des cours particuliers à leurs enfants, pour que ceux-ci puissent acquérir les savoirs fondamentaux. En effet, la réforme collège 2016 a entraîné la réduction d’heures pour l’histoire, les mathématiques et le français. Des matières fondamentales en partie remplacées par des cours d’animation, encore peu compris par la majorité des enseignants, les EPI. Ceci n’est qu’un aperçu de la destruction progressive de l’école. Ainsi, Jean-Luc Mélenchon propose logiquement d’abroger la réforme collège 2016.

Enfin, qui, de nos candidats, parle réellement de culture ?

Et bien, Jean-Luc Mélenchon est peut-être le seul à avoir compris l’enjeu d’une nouvelle forme de culture, de plus en plus convoitée, source de futurs emplois : les jeux vidéo. La France peut-être l’un des leaders dans le domaine. Aujourd’hui, elle subit encore les attaques de conservateurs qui voient, dans les jeux vidéo, un simple joujou. Je vous laisse apprécier les réalisations de certains studios : Half-Life, Mass Effect, Bioshock, Max Payne ou encore, pour prendre deux exemples français, Assassin’s Creed et Another World. Ces jeux, dignes de films, sont loin de la caricature généralement faite. A la Renaissance, le théâtre était moqué, au XXe siècle l’arrivée du cinéma parlant subissait les réticences de salles parisiennes et des intellectuels. Les jeux vidéo font partie d’une nouvelle forme de culture, à ne pas négliger.

Publicités

Faut-il réhabiliter le quinquennat ? – Par Laurent PINSOLLE*

Laurent PINSOLLE est membre de Debout La République. Ex porte-parole de ce parti et ex membre du Bureau National, deux fonctions dont il a choisi de démissionner, à plusieurs mois d’intervalles, du fait d’une radicalisation droitière de DLR et de NDA.

Je respecte ce Républicain social de l’autre rive même si je ne partage pas tous ses avis.

Sur la question des institutions et de la constitution, par exemple, nous partageons certaines idées, notamment quant à certains principes qui devraient guider notre régime politique, à ceci près que lui défend un toilettage de la constitution de la 5e tandis que je suis partisan de sa disparition au profit d’une 6e totalement refondée.

Le débat sur ce sujet est de ceux qui m’intéressent le plus et je relaie donc ici son billet du 20 juillet dernier qui aborde un aspect spécifique, celui de la durée du mandat présidentiel. Je rappelle, pour mémoire, que je suis, pour ma part, en faveur de l’idée de la suppression pure et simple de cette institution monarchique qu’est la présidence de la République. J’aurais l’occasion d’y revenir largement ultérieurement.

* * * * *

Lien vers le billet de Laurent PINSOLLE sur son blog : http://www.gaullistelibre.com/2014/07/faut-il-rehabiliter-le-quinquennat.html

Il y a une semaine, L’Oeil de Brutus a attribué au passage au quinquennat une part de responsabilité dans la déliquescence de la Cinquième République. Un argument qui parle aux gaullistes, qui, comme moi, ont voté contre le changement de durée du mandat présidentiel. Et si ce n’était pas la bonne cible ?

La pratique ou la durée ?

S’il est bien logique qu’un mandat de sept ans pousse à davantage se soucier du long terme qu’un mandat de cinq ans, et que la non-cocomitance du mandat présidentiel et du mandat de l’Assemblée instaurait deux temps différents, le septennat poussant à un président plus arbitre, le quinquennat risquant de le pousser à une position de premier ministre bis, les dernières décennies incitent à la méfiance. En effet, Valéry Giscard d’Estaing, pourtant élu pour sept ans et non cinq, n’a-t-il pas été un précurseur du président qui se mèle de tout, brouillant la distinction avec le Premier Ministre, ravalé avant l’heure au stade de « collaborateur ». A contrario, le quinquennat de Jacques Chirac s’est passé en respectant bien la division des tâches originelles de la Cinquième République, malgré un mandat plus court.

Bref, prendre ces deux exemples pousse à relativiser les avantages et les inconvénients théoriques des deux mandats en montrant que plus que la durée du mandat présidentiel, c’est peut-être plus la conception du pouvoir qui prime, un quinquennat pouvant être mené selon l’esprit du Général de Gaulle, du point de vue du partage du pouvoir exécutif au moins, tandis qu’un septennat peut être mené avec les mêmes défauts que l’Oeil de Brutus attribue plus généralement au quinquennat. J’ai fini par acquérir la conviction que les dérives de notre vie politique sont beaucoup plus les conséquences des comportements des personnes qui nous gouvernent plutôt que de nos institutions, ou même des évolutions de nos institutions, même quand je les ai combattues, comme je l’ai fait à l’époque du référendum.

En défense du quinquennat

En outre, l’alignement du mandat présidentiel sur le mandat de l’Assemblée Nationale n’est pas sans avantage. D’abord, cela limite le risque de cohabitation. Etant donné que la plupart des successeurs du Général de Gaulle ne partagent pas sa conception de la vie publique, il n’est peut-être pas inutile d’avoir une organisation institutionnelle qui limite le risque de ces périodes où le président de la République et la majorité à l’Assemblée Nationale ne sont pas du même bord. Je ne vois pas l’intérêt d’un tel partage pour notre pays. En outre, la concomitance des deux élections, mais avec les élections législatives qui suivent l’élection présidentielle, réaffirme la prééminence du président de la République, ce qui me semble bien correspondre à l’esprit des institutions de la 5ème République.

Ensuite, je me demande si, finalement, cinq ans ne correspondent pas à la bonne durée pour un mandat présidentiel. Sept années, après tout, représentent un mandat très long par rapport à ce que font tous les autres pays. Et si cela pouvait correspondre à l’organisation institutionnelle de la Quatrième République ou à la personnalité hors du commun du Général de Gaulle, j’ai tendance à penser que cinq ans donnent assez de temps pour réformer le pays. Après tout, nous sommes loin des excès étasuniens, où il y a des élections nationales tous les deux ans, ce qui, pour le coup, fait que dès qu’une élection est passée, les élus tendent à ne plus penser qu’à leur réélection. Cinq années me semblent représenter un bon compromis entre le fait de donner du temps à l’action du gouvernement et permettre l’expression démocratique du peuple. Peu de pays au monde accordent des mandats de plus de cinq ans d’ailleurs.

Pour toutes ces raisons, même si je m’étais opposé au passage au quinquennat lors du référendum, par fidélité aux institutions mises en place par le Général. Mais avec le temps, j’ai de plus en plus tendance à penser qu’au final, ce n’était pas une si mauvaise réforme.

Note de Vincent LE ROUX : j’invite aussi à lire les différents commentaires publiés par des internautes à la suite du présent billet de Laurent PINSOLLE car il y a des éléments de débat intéressants (voir sur son blog)

Quinquennat et déliquescence de la Ve République – Par L’Oeil de Brutus*

 

* L’Œil de Brutus est un blogueur proche de Debout La République. Son blog est ici : http://loeildebrutus.over-blog.com/

Je relaie ce billet car il traite de questions directement en rapport avec le thème de ce blog.

* * * * *

M. Jean Massot publiait il y a peu une tribune sur le site du Monde pour défendre le système de mandat à 5 ans du président de la République (Le quinquennat n’a pas à être le bouc émissaire de la désaffection à l’égard du politique).

Il faut bien l’avouer : une bonne partie de ses arguments en eux-mêmes sont justes.

Ainsi, l’hyper-présidentialisation et la personnalisation du combat politique ne sont pas des tares spécifiques au quinquennat. La médiatisation et la « people-isation » du politique y sont bien plus pour quelque chose. De même, la bipolarisation politique de notre pays est bien antérieure à l’instauration du quinquennat.

La manière dont M. Massot récuse le lien entre quinquennat et obsession de l’élection suivante est par contre beaucoup plus discutable. La lecture du Verbatim de Jacques Attali sur le premier mandat de François Mitterrand[i] est on ne peut plus éclairante sur la question. Le premier président socialiste de la Ve République se moquait des élections législatives de 1986 comme de sa première chemise. Il est même probable que, avant tous les autres, le monstre politicien qu’il était avait perçu tout l’intérêt d’une cohabitation pour la réélection du président en place. Celui-ci, en effet, tout en se mettant au-dessus de la mêlée, s’en trouvait confronté à une adversaire miné par l’usure du pouvoir sans que ce phénomène ne le touche lui-même. A l’opposé, si Valéry Giscard d’Estaing avait perdu les législatives de 1978, il est fort probable qu’il aurait grappillé les quelques pourcents qui ont manqué à sa réélection sur son adversaire socialiste de 1981 qui, dans cette perspective, aurait été pour le coup, lui, confronté à l’usure du pouvoir. Il n’est en outre pas impossible qu’un autre monstre politicien de la Ve République ait fait un calcul du type « face je gagne tout de suite, pile ils perdent à moyen terme » en dissolvant l’Assemblée nationale en 1997 : dans la première hypothèse, notre « roi fainéant » se ménageait un septennat de tranquillité en s’appuyant sur un ou des premiers ministres qu’il pouvait désavouer à loisir, dans la seconde il mettait la « gauche » (si on peut encore l’appeler ainsi) aux responsabilités, face à ses irresponsabilités et ses incohérences. La 2e hypothèse s’est réalisée et a ainsi permis sa réélection. Il est d’ailleurs dans le registre du possible que, en dernière extrémité face à son impopularité extrême, François Hollande procède de même dans l’année qui vient (par exemple à l’issue des élections régionales de 2015). Il confierait ainsi les rênes du pouvoir à une droite divisée, minée par les affaires et peut-être même contrainte à une alliance avec le Front national pour qu’il puisse prétendre à être le représentant dit « républicain[ii] » au 2e tour des présidentielles de 2017 face à Marine Le Pen.

Au-delà des jeux politiciens, le septennat avait donc l’immense avantage de faire décoller le chef de l’exécutif du temps électoral et donc de l’engager sur le long terme et potentiellement dans les réformes supposées impopulaires. « Ce qui est salutaire à la nation ne va pas sans blâmes dans l’opinion, ni sans pertes dans l’élection » affirmait le général de Gaulle. Or, justement, avec le septennat qu’il avait si bien pensé, le président de la République pouvait s’attacher au salutaire de la nation sans craindre les pertes de l’élection suivante. Ce n’est aussi pas pour rien que la politique étrangère et la défense sont naturellement devenues des « domaines réservés » de l’hôte de l’Elysée : ce sont deux axes politiques qui s’apprécient sur le long terme, voire sur le très long terme. Or, force est de constater que depuis l’instauration du quinquennat, ces deux domaines sont beaucoup moins « réservés » qu’ils ne l’étaient, devenant ainsi des variables d’ajustement du court terme, ce que nous risquons fort de payer très cher un jour.

Par ailleurs, comme je le disais déjà précédemment[iii], en calquant, le temps présidentiel sur le temps parlementaire, le quinquennat empêche le Président de tenir son rôle d’arbitre national. Ce faisant, il s’enterre dans les basses préoccupations politiciennes du quotidien. Soumis à la même échéance électorale que les députés, il travaille à sa réélection et n’a plus cette approche à long terme. Il devient chef de parti, pour ne pas dire de clan, et perd donc son rôle d’arbitre. Englué dans les questions de politiques intérieures, il est moins audible sur les questions de politique internationale. Alors qu’avec le septennat, le Président se consacrait naturellement au temps long et le 1er Ministre au temps court, l’un et l’autre se marchent désormais dessus et personne ne projette la France dans l’avenir. En pratique, et contrairement à nombre de commentaires journalistiques, le quinquennat n’a pas transformé le Président en « hyper-président », mais plutôt un « hypo-président », sorte de 1er ministre bis, reléguant l’hôte de Matignon au rang de simple « collaborateur », pour reprendre une certaine expression désormais bien connue.

C’est ainsi qu’abâtardie, notre République n’a plus grand-chose de présidentielle puisqu’elle confie l’essentiel des pouvoirs à un chef de clan, ce clan étant, par la force de l’organisation quasi-conjointe des élections présidentielles et législatives (et peu importe l’ordre dans lequel ces deux élections se déroulent), celui qui est le mieux représenté au Palais Bourbon.

Certes, il ne s’agit pas de faire du quinquennat un bouc émissaire facile car le fond de notre dégénérescence institutionnelle réside ailleurs : la professionnalisation progressive de la politique depuis les années 1980 a accouché d’un régime présidentialo-parlementaire – ou plutôt « clano-parlementaire » – dans lequel le chef du parti majoritaire à l’Assemblée est aussi chef du gouvernement et de l’Etat. C’est plus de l’hyper-parlementarisme que du présidentialisme ! Tout juste, par rapport aux régimes antérieurs des 3e et 4e Républiques, consent-on à ce que le chef de clan ne soit pas renversé par une nouvelle majorité tous les quatre matins. La stabilité dans la médiocrité. Le mal est donc bien là : professionnalisation de la politique. Son origine est profonde. D’une part, il est propre à toute évolution « naturelle » de tout régime politique qui tend, progressivement et dans le temps, à favoriser l’accaparement du pouvoir par un groupe de plus en plus restreint. Mais d’autre part, il a aussi connu une fantastique impulsion depuis l’arrivée au pouvoir du PS en 1981. Lorsque François Mitterrand s’empare de l’Elysée en 1981, les nouveaux impétrants du pouvoir ne cachent leur méfiance à l’égard d’une haute fonction publique qu’ils supposent idéologisée par plusieurs décennies de pouvoir concentré dans les mains de la droite. Pour contrebalancer ces hauts fonctionnaires, la gauche va alors confier de plus en plus de prérogatives aux cabinets ministériels qui, d’autrefois simples gestionnaires de l’emploi du temps du ministre, vont devenir de véritables organes politiques chargés à la fois de mettre au pas les fonctionnaires et de surveiller les agissements du ministre pour ne pas qu’il s’écarte de la ligne fixée par le sommet de l’exécutif ou … les membres non élus de l’oligarchie[iv]. C’est alors à un véritable démantèlement de la haute fonction publique que l’on assiste[v]. Le mouvement se poursuit au niveau local avec les différentes étapes de la décentralisation. Celle-ci accorde à l’élu qui veut se muer en potentat local des pouvoirs non négligeables, à commencer par celui de recruter librement leurs propres collaborateurs[vi]. Communes, communauté de communes, conseils départementaux et régionaux, ministères : tous ont ainsi leurs propres cabinets dont les membres sont contractuellement recrutés et ont quasiment droit de vie et de mort sur l’administration qui dans les faits s’en trouve placée sous leur tutelle. C’est là une formidable usine à clientélisme et népotisme qui s’est instituée. Une fois revenue au pouvoir en 1986, puis ultérieurement, la droite n’y a bien sûr rien trouvé à redire, bien au contraire … Et qui retrouve-t-on dans cet univers de « prébendes et petits plaçous » que forme les cabinets ? Les élus de demain. C’est là que trouve sa naissance la véritable professionnalisation de la politique et la dégénérescence de notre République. Un simple coup d’œil sur les fiches Wikipédia des ministres du gouvernement actuel comme des précédents suffit à le confirmer : ils ont tous, ou presque, commencé leur « carrière » politique dans ces cabinets (au passage sans jamais avoir réellement travaillé[vii]) plus ou moins obscures avant d’un gravir les échelons en tissant leurs réseaux. C’est contre cela qu’il faut agir. Le quinquennat n’est certes pas le « bouc émissaire » mais il contribue amplement à cette clientélisation professionnelle de la politique. Et pour sortir de cette ornière, les leviers ne manquent pas : interdiction du cumul des mandats, limitation du nombre de mandats consécutifs, diminution drastique du nombre de poste d’élus (notamment par une vaste réforme territoriale et non le grand-guignolisme institutionnel actuellement proposé), limitation du rôle des cabinets, mise en place d’âge plancher (par exemple 35 ans) et plafond (par exemple 67 ans) pour accéder à une fonction élective rémunérée, etc.[viii]

[i] Jacques Attali, Verbatim, Fayard 1993.

[ii] Mais à y regarder le comportement oligarchique, la soumission éhontée à la finance et l’imposition au peuple français de traités dont il ne veut pas, le PS – comme l’UMP – ne sont finalement guère plus républicains que le FN, celui-ci conservant par ailleurs, comme le soulignent très bien Laurent Pinsolle et Natacha Polony, toutes les caractéristiques du démagogisme extrémiste.

[iii] Bonapartisme ET constituante, ainsi que Projet de Constitution.

[iv] On relèvera ainsi l’omniprésence des représentants du monde de la finance dans les cabinets ministériels. Cf. notamment Le PS et ses « ennemis » de la finance.

[v] Lire sous la direction de Laurent Bonelli et Willy Pelletier, L’Etat démantelé, La Découverte 2010.

[vi] Ces travers sont magistralement décrits par Zoé Shépard dans Absolument débordée, ou le paradoxe du fonctionnaire, Points 2011.

[vii] On remarquera que le reproche récurrent qui est fait à la surreprésentation de fonctionnaires à l’Assemblée nationale et au Sénat ne va pas jusqu’au bout de la logique : si effectivement nombre d’élus bénéficie du statut de fonctionnaires, une analyse un peu plus poussée des CV des élus démontre qu’ils n’ont bien souvent jamais, ou presque, exercé réellement dans la fonction publique. En prenant l’exemple du premier d’entre eux, notre président de la République, on pourra constater que sorti de l’ENA en 1980 – donc à ce titre « fonctionnaire » – François Hollande était dès 1981 « chargé de mission » auprès de François Mitterrand à l’Elysée …

[viii] Lire également L’œil de Brutus, Propositions citoyennes pour la France, 01/02/2012.

 

Addendum : Laurent PINSOLLE a publié le 20 juillet 2014 un billet  donnant suite au débat amorcé par le présent billet de L’Œil de Brutus. il est à lire ici : http://www.gaullistelibre.com/2014/07/faut-il-rehabiliter-le-quinquennat.html

Pourquoi le FN ne passera pas par moi (2/2) – Par Laurent Pinsolle (Debout la République)

Après avoir étudié pourquoi je pense qu’il n’est ni paradoxal, ni contre-productif de s’opposer au FN quand on est gaulliste, du fait d’une différence fondamentale de philosophie politique, il faut ajouter un problème de personnes puisque la famille Le Pen est profondément extrémiste, démagogue et pas sérieuse.

Le FN, c’est l’extrême-droite

Attention, je tiens bien à préciser que cela ne signifie pas que les électeurs de ce parti sont d’extrême-droite. Pour paraphraser Todd, les électeurs du FN sont malheureux et en colère contre les dirigeants de notre pays. Et ceci est bien légitime. Le parti de la famille Le Pen n’est que le réceptacle du malheur et de la colère des Français, d’où le fait qu’il soit devenu un vote social et que son niveau soit si corrélé au niveau du chômage. D’ailleurs, il n’est pas inintéressant de constater ici que même les électeurs du FN ne sont pas fondamentalement convaincus qu’il ferait mieux que le PS et l’UMP… Mais la chance de ce parti (qui fait le malheur de notre pays), c’est le bilan absolument désastreux des deux grands partis qui se partagent le pouvoir depuis maintenant 40 ans. Le FN est le réceptacle du malheur et des espérances déçues des français, comme l’a également soutenu Gaël Brustier dans Figarovox.

Bien sûr, Marine Le Pen a mis en place une stratégie de dédiabolisation pour casser le plafond de verre auquel s’était heurté son père. Les années de crises lui apportent plus d’électeurs, d’autant plus que les médias véhiculent cette histoire, comme lors de la récente passe d’armes après la répugnante déclaration de son père sur Patrick Bruel. Sa réaction, ainsi qu’une purge superficielle, accrédite, pour certains, la normalisation du FN. Mais, il suffit de creuser un peu pour se rendre compte qu’il s’agit d’une pure fiction, au point que l’on peut se demander si les passes d’armes familiales ne sont pas sciemment organisées pour servir le développement du parti. Après tout, si Marine Le Pen était si choquée par les dérapages de son père, auxquels elle trouvait du charme il y a 4 ans, pourquoi lui confier la tête de liste dans le Sud-Est ? Car quel parti, sinon un parti extrémiste, pourrait continuer à arborer un logo (la flamme tricolore), hérité des nostalgiques de Mussolini ? L’hommage à Dominique Venner est tout aussi troublant, comme les comparaisons hasardeuses avec le nazisme, qui tendent à le trivialiser, le dernier exemple en date étant les déclarations de Marine Le Pen sur la comparaison entre le Coran et Mein Kampf.

Toute la philosophie du FN repose sur une pensée fondamentalement nationaliste (et non patriote), qui est le point commun de tous les mouvements d’extrême-droite depuis un siècle. Et on peut parler de xénophobie latente quand on constate les déclarations outrageuses sur les musulmans ou la proposition incroyablement anti-républicaine de n’accepter la binationalité que pour les personnes d’origine européenne, qu’avait faite Marine Le Pen. On peut également penser aux innombrables dérapages du père Le Pen (sur la tuerie en Norvège, la crise du porc attribuée au lobby musulman, l’ebola en Afrique, la fournée Patrick Bruel), mais aussi de la fille (sur l’Occupation des rues) et bien d’autres membres de ce parti (sur Christiane Taubira). Et quand on ajoute tous les liens de ce parti avec les mouvances les plus extrêmes, ou les hommages à Bastien Thiry, l’organisateur de l’attentat du Petit Clamart, publiés sur le site de Louis Aliot, comment nier aujourd’hui que le FN est bien un parti d’extrême-droite ?

D’ailleurs, il est symptomatique que Marine Le Pen voue une admiration répétée pour Vladimir Poutine. Car si le président de la Russie a raison de défendre les intérêts de son pays et de refuser une vision du monde qui tourne autour des Etats-Unis, il faut quand même reconnaître qu’il n’est pas un démocrate modèle, ce que le traitement de l’opposition et des médias dans son pays démontre. Marine Le Pen, comme bien des personnes d’extrême-droite avant elle, semble confondre l’autorité et l’autoritarisme, comme le montrent d’ailleurs les propos inquiétants qu’elle a tenus sur la façon dont elle traiterait l’opposition si elle venait à gagner le pouvoir. Je ne crois pas que les dirigeants du FN soient des démocrates sincères. Et soit dit en passant, il n’est pas inintéressant de constater que la fille a succédé à son père à la tête du mouvement, phénomène extrêmement rare, pour ne pas dire plus, dans des formations politiques démocratiques et qui renvoie bien davantage aux us et coutumes des régimes totalitaires.

Démagogues en chef

L’autre point qui pose problème avec les dirigeants du FN, c’est leur démagogie crasse. On peut être pour une réduction forte de l’immigration, viser un solde net proche de zéro, du fait des problèmes actuels, sans pour autant tomber dans la xénophobie et le mensonge. C’est la position que j’essaie de tenir (de même que celle de DLR et NDA, il faut le reconnaître). D’où la différence entre vouloir réduire les flux bruts d’entrée d’environ 50% ou de 95%… Mais si on admet que 10 000 entrées par an dans le territoire, cela signifie qu’il faudrait refuser plus de 80% des 60 000 étudiants étrangers qui viennent chaque année en France, et qui amènent argent et influence à notre pays. Mais surtout, pourquoi mentir de manière si outrageuse, quand Marine Le Pen soutient que la France est championne d’Europe de l’immigration alors que notre pays admet depuis 15 ans bien moins d’immigrés que nos voisins immédiats, Allemagne, Italie, Espagne ou Grande-Bretagne, dans un rapport allant en général d’1 à 3.

De même, Marine Le Pen évoque un coût de l’immigration de 35 à 70 milliards d’euros par an. Mais si on se base sur les travaux réalisés par Jean-Paul Gourévitch, dont le FN s’est plusieurs fois réclamé, on constate que le coût net de l’immigration est plutôt compris entre 10 et 15 milliards d’euros par an, ce qui est confirmé par les travaux récents de l’OCDE. Ce mensonge, dont on ne peut pas croire qu’il ne soit pas conscient tant il s’agit du sujet phare de ce parti, démontre que Marine Le Pen prend les Français pour des imbéciles, puis qu’elle ne recule devant rien pour stigmatiser les immigrés. Encore un trait caractéristique de l’extrême-droite, soit dit en passant. Pour moi, ceci montre qu’elle n’est qu’une politicienne comme ceux qui fourmillent au PS et à l’UMP, prêts à dire tout et n’importe pour arriver à leurs fins.

Enfin, comme l’a bien rappelé Natacha Polony, il faut bien noter que le FN a fait un 180° complet pour une partie de son programme, ce qui, étant donnée la démagogie de ses dirigeants, permet de questionner la sincérité d’un tel changement. En 2002 et en 2007, ce parti tenait un discours néolibéral de baisse drastique des dépenses publiques et de l’impôt sur le revenu ou de privatisation des services publics. Comment croire le virage récent, d’autant plus que Marine Le Pen montre une maîtrise plus que superficielle de ces sujets ? Si elle avait fait un travail d’aggiornamento intellectuel, elle serait capable de répondre avec robustesse à tous ceux qui questionnent certains éléments de son programme. Son manque de maîtrise de ces sujets créé un doute légitime sur la sincérité de ce changement. Ne vaut-il pas mieux faire confiance à ceux qui ont fait preuve d’une véritable droiture intellectuelle sur ces sujets ?

Bref, à tous ceux qui font mine de ne pas comprendre pourquoi je m’oppose au FN, voici deux papiers qui montrent que j’ai beaucoup de raisons de m’y opposer. Mon rejet repose sur une collection de faits et de déclarations consignés depuis des années et qui disqualifient ce parti pour l’exercice du pouvoir.

Face aux mutations de l’UMP et à l’importance grandissante du FN, quel positionnement pour DLR ? – Par « Cochin »

Ce billet a été publié en qualité d’invité sur le blog de Laurent Pinsolle (lien : http://www.gaullistelibre.com/2014/06/face-aux-mutations-de-lump-et.html)

* * * * *

Les délires néolibéraux du châtelain Fillon

L’interview accordée récemment par François Fillon au Telegraph ne fait que tristement confirmer les craintes que l’on pouvait avoir sur les évolutions de l’UMP, dont des membres de plus en plus nombreux revendiquent un néolibéralisme décomplexé. Lors du même entretien, l’ancien premier ministre affirme ainsi tout d’abord que les universités françaises sont des « foyers de marxisme » avant de regretter que « la France n’ait jamais eu de révolution thatcherienne ».

François Fillon raisonne ici, comme bon nombre de néolibéraux, avec plusieurs décennies de retard. Pour que les universités françaises soient un foyer de marxisme, il faudrait que les étudiants d’aujourd’hui lisent encore Marx ou ceux qu’il a inspirés, ce qui n’est clairement plus le cas (je me rappelle encore à ce sujet l’étonnement de mon professeur de khâgne à Louis-le-Grand quand il s’était aperçu il y a quelques années que seule une petite poignée d’élèves avaient lu de manière un tant soit peu poussée les oeuvres de Marx).

Bref, François Fillon se contente ici de reprendre de vieux poncifs qui ne renvoient plus à aucune réalité – et l’on pourrait d’ailleurs le regretter car le marxisme, au-delà de tous les problèmes qu’il pose, avait au moins le mérite d’offrir à certains un cadre de pensée cohérent et rigoureux qui leur permettait de mener une réflexion qui ne soit pas simplement superficielle sur l’état de notre société.

L’ancien premier ministre a en réalité très probablement vu dans la dénonciation des « foyers de marxisme » une façon de s’attirer sans trop d’efforts les sympathies de la frange la plus à droite de l’électorat de l’UMP. Échouant depuis deux ans à obtenir la direction de son parti en se livrant à une véritable réflexion sur les causes de la crise française, le voilà bien décidé à s’en emparer en conquérant la notoriété de l’infamie.

C’est d’ailleurs bien ce que montre l’éloge obscène rendu à celle qui fut responsable de l’un des pires drames sociaux qu’ait connu un pays d’Europe occidentale depuis 1945, poussant dans la misère des millions d’ouvriers. Mais soyons tout de même bon joueur et admettons à la décharge du châtelain Fillon qu’un tel drame n’a pas touché l’ensemble des Britanniques : bien loin de pâtir des années Thatcher, la City, et plus généralement les classes les plus riches, virent leur pouvoir se renforcer. En clair, la rigueur à laquelle aspire l’ancien premier ministre ne concernera que les classes populaires et les classes moyennes.

Ces déclarations de François Fillon, qui s’ajoutent à bien d’autres et ont depuis été encore confirmées lors de sa dernière conférence de presse2, illustrent un mouvement global des principaux cadres de l’UMP, qui accentuent leurs penchants néolibéraux. Que n’entend-on pas à ce sujet sur le temps de travail ou sur la création d’un SMIC spécifique pour les jeunes ? Des hommes comme Laurent Wauquiez (le brillant politicien selon lequel le rejet du référendum de 2005 est dû à la volonté des Français de voir clairement affichées les racines chrétiennes de l’Europe dans la constitution3) participent depuis plusieurs années de cet infléchissement de la ligne de l’UMP vers un antiétatisme (s’appuyant en premier lieu sur le rejet de l’impôt) qui n’a pourtant pas toujours caractérisé l’ensemble de la droite française.

Pour ne pas se retrouver asphyxié entre l’UMP et le FN, DLR doit éviter le piège de la droitisation

Au moment où l’UMP accentue son libéralisme économique tout en se rapprochant de l’extrême-droite sur certaines questions, sous l’influence notamment de la Droite forte, il importe de s’interroger sur le positionnement politique actuel de Debout la République. Autant le dire clairement, si j’ai voté en mai dernier pour la liste soutenue par ce parti, ce ne fut pas avec un enthousiasme sans limite mais seulement parce qu’elle me semblait incarner la plus claire proposition de rupture avec l’Union européenne (c’est-à-dire la construction européenne, dans la forme néolibérale avancée qu’elle a prise depuis le début des années 1990).

Sympathisant de DLR depuis sa création, j’ai à chaque fois que cela était possible apporté ma voix à ce parti. Il y a plus d’un an, j’ai même choisi, après avoir longtemps hésité, d’en devenir adhérent. L’élément qui a poussé cette adhésion était un billet de Nicolas Dupont-Aignan publié au moment de la mort de Chavez, billet qui, tout en signalant les défauts du chavisme, rappelait que celui-ci avait incarné « une révolte contre le défaitisme d’Etat incapable de promettre à ses enfants autre chose que la misère »4. Un tel billet paraissait sur le coup témoigner d’une véritable pensée « gaulliste sociale » (l’emploi des guillemets s’impose parce que l’expression a aujourd’hui perdu en grande partie de son sens : s’en réclament aussi bien François Fillon que Laurent Wauquiez), par l’hommage rendu à un homme qui, s’il n’était sans doute pas parfait, avait au moins eu le mérite de soulager une partie de la pauvreté de ses concitoyens par la redistribution d’une part importante de la rente pétrolière (il faudra à ce sujet un jour se demander sérieusement pourquoi des journaux comme Le Monde ou Le Figaro, qui publiaient très régulièrement des articles pour critiquer l’état de démocratie dans le Venezuela chaviste, s’inquiétaient dans le même temps beaucoup moins des conditions de la vie politique dans les pétromonarchies du Golfe).

À mes yeux, un souverainisme qui concentrerait toute son attention à la seule question européenne en délaissant la question sociale est voué à l’échec. Toute réflexion politique sérieuse sur la crise de notre pays doit sans cesser articuler ces deux questions, qui tout en étant intimement liées du fait du caractère néolibéral de l’Union européenne, ne sont pas exactement les mêmes. Ceci est d’autant plus fondamental que ce sont bel et bien les classes qui souffrent le plus dans le contexte actuel qui sont celles auprès de qui le discours de Debout la République est le plus à même de porter.

Renforcer le caractère social de son discours, voilà ce que devrait faire Debout la République, au lieu de dénoncer, comme dans les tracts des dernières élections européennes, la « bureaucratie » et l’« assistanat ». Il faut d’ailleurs noter à ce sujet que : soit le chômage est principalement lié à l’euro et aux politiques économiques menées depuis trente ans et dans ce cas là dénoncer l’assistanat (qui est un phénomène marginal) est un contresens ; soit il est dû à la fainéantise de certains, mais dans ce cas on ne peut plus accuser l’euro ou les politiques néolibérales d’être la cause des maux dont souffre l’économie française.

À l’heure où l’UMP adopte un positionnement de plus en plus droitier et où le Front national voit son audience croître, Debout la République se retrouverait en réalité bien vite asphyxié entre ces deux partis s’il choisissait d’opter pour une ligne plus à droite que celle qu’il a suivie par le passé. Le mouvement prendrait par ailleurs le risque de se couper définitivement des souverainistes de partis plus à gauche, avec lesquels il devra pourtant un jour s’allier s’il veut rassembler une majorité de Français. Si à court terme, une telle ligne pourrait donc permettre de récupérer quelques électeurs, en profitant de la crise – provisoire – de l’UMP, elle condamnerait par la suite le parti à végéter à des niveaux qui furent ceux de l’ancien MPF.

Gageons que Nicolas Dupont-Aignan ne fera pas une telle erreur.

Pour rejeter l’Europe néolibérale, les souverainistes de tous les partis devront s’unir – Par « Cochin »

Ce billet a été publié, en tant qu’invité, sur le blog de Laurent Pinsolle (Lien : http://www.gaullistelibre.com/2014/06/pour-rejeter-leurope-neoliberale-les.html)

* * * * *

Près d’un mois après les élections européennes, il est possible de dresser un premier bilan de leur incidence sur la vie politique française. Comme beaucoup l’ont noté, le vote des Français montre une défiance croissante de ceux-ci à l’égard à la fois des deux grands partis traditionnels, qui obtiennent à eux deux à peine un tiers des suffrages exprimés, et des deux formations les plus favorables à l’Union européenne (les Verts et les centristes), qui ne recueillent que 20 % des voix. D’aucuns ont donc pu voir dans ces élections une victoire des eurosceptiques de tous bords (Front de gauche, Debout la République et Front national), laissant espérer à terme une rupture avec les politiques mortifères menées depuis au moins trente ans par les élites politiques de notre pays.

L’impasse Front national

Un tel constat doit cependant – hélas – être fortement nuancé, et ce pour plusieurs raisons. La première d’entre elles tient au fait que l’électorat eurosceptique s’est porté principalement sur le Front national, c’est-à-dire sur un parti qui, par son passé mais aussi par les régulières prises de position pour le moins ignobles de certains de ses principaux dirigeants, reste en dehors du cadre républicain.

Si l’on peut comprendre que nombre d’électeurs désirant une véritable rupture avec les politiques menées alternativement par l’UMP et par le PS aient accordé leurs suffrages au mouvement qui leur semblait le mieux incarner l’opposition aux anciens partis, un tel choix est cependant regrettable, étant donné qu’il ne permet en rien d’espérer un meilleur avenir. Du fait de son positionnement politique, le Front national, s’il a de grandes chances de se retrouver au second tour de la prochaine élection présidentielle, n’a en effet quasiment aucune chance de l’emporter à la fin, en raison du fait qu’il ne dispose d’aucun allié potentiel au sein des autres grands mouvements politiques et qu’il suscite même largement leur hostilité.

Paradoxalement, parmi les formations eurosceptiques, c’est donc celle qui a le plus de chance de passer le premier tour qui est aussi celle qui a le moins de chance de remporter le second, à cause de l’isolement dans lequel le laissent les autres partis souhaitant rompre avec l’Union européenne – selon nous à raison, mais là n’est pas la question. À l’inverse, Front de gauche, Mouvement républicain et citoyen et Debout la République – qui sont tous trois des partis dont la présence au second tour reste aujourd’hui plus qu’improbable – auraient sans doute toutes les chances de l’emporter dans un face à face avec le PS ou l’UMP, grâce à un efficace report des voix souverainistes (l’auteur de ces lignes, adhérent de Debout la République, n’hésiterait pas un seul instant à voter pour Jean-Luc Mélenchon ou pour Jean-Pierre Chevènement si l’un d’entre eux se retrouvait un jour opposé à un membre de l’UMP ou du PS).

Récapitulons donc : le FN a de fortes chances de passer le premier tour de la prochaine élection présidentielle mais n’a presque aucune chance de l’emporter au second et l’on peut donc dire qu’il stérilise une bonne partie des voix souverainistes, en engageant plusieurs millions d’électeurs dans une voie sans issue (à ce titre, ceux qui accusent ce parti d’être un allié objectif du PS et de l’UMP n’ont pas tort). Les autres partis de rupture semblent quant à eux incapables de passer le premier tour alors même qu’ils pourraient l’emporter au second.

Des souverainistes républicains affaiblis par leurs divisions

La situation n’est donc guère encourageante ; et elle l’est encore moins si l’on considère les débats qui agitent aujourd’hui aussi bien le Front de Gauche que le Mouvement républicain et citoyen et Debout la République.

En ce qui concerne le Front de Gauche, celui-ci reste aujourd’hui incapable de porter un discours unique et cohérent de rupture avec l’Union européenne, ce qui explique sans doute d’ailleurs en grande partie le score relativement faible de ses listes lors des dernières élections. Les nombreuses tribunes publiées depuis sur le site internet de Marianne par des membres des différentes tendances qui le composent illustrent bien tristement cet état de fait, au point que l’on en vient à se demander si le Parti de Gauche ne ferait pas mieux de se séparer de ceux de ses alliés qui sont les plus farouchement arc-boutés dans la défense d’une Union européenne dont ils refusent de comprendre que le néolibéralisme n’est pas quelque chose d’accidentel mais bel et bien de consubstantiel (les analyses de Frédéric Lordon dans son dernier livre sont à cet égard particulièrement éclairantes).

En ce qui concerne le Mouvement républicain et citoyen et Debout la République, on peut regretter que ces deux mouvements, qui portent tous deux depuis plusieurs années des projets réfléchis et cohérents de rupture avec l’Union européenne et le néolibéralisme dominant, n’aient pas été capables de s’accorder pour présenter aux Français des listes communes pour les élections européennes, dont tout laisse à penser qu’elles auraient été en mesure de remporter plusieurs sièges au Parlement européen.

S’unir pour ne plus subir

Face aux partis installés du système et à un FN qui a réussi à se faire passer pour la seule alternative au PS et à l’UMP, les souverainistes républicains n’ont pourtant sans doute pas d’autre alternative que de s’unir pour exister.

Entendons-nous bien : il ne s’agit en aucun cas ici d’affirmer que Front de Gauche, Mouvement républicain et citoyen et Debout la République devraient s’allier lors des prochains scrutins. Des différences de fond existent entre ces partis et il est normal, dans le cadre de notre démocratie, que celles-ci subsistent. Seulement, au delà de ces différences, il faut également faire le constat de nombreux points d’accord, qui sont en réalité bien plus nombreux que ne le pensent beaucoup et qui, surtout, portent sur des questions fondamentales. Du fait de l’existence de ces convergences de vue, des rapprochements de circonstance doivent se faire entre les sympathisants et adhérents de chacune de ces formations (de tels projets ne pourront sans doute pas à l’heure actuelle, pour des raisons diverses, partir des appareils politiques et doivent donc émaner de la base).

Au mois d’avril dernier, au cours de la campagne européenne, l’auteur de ces lignes avait participé à une initiative de ce genre. En publiant sur le site internet de Marianne une tribune cosignée par des adhérents et sympathisants des trois principaux mouvements eurosceptiques républicains, nous avons montré la proximité qui existe de fait entre les électeurs de ces formations.

Les discussions autour du Grand marché transatlantique offriront dans les mois à venir une occasion de poursuivre ces rapprochements inter-partisans. Si nous voulons exister dans le débat publique et ne pas laisser les médias présenter le Front national comme la seule force d’opposition à un libre-échange fou, nous n’avons en effet pas d’autres choix que de nous unir pour peser davantage. Si Front de Gauche, Mouvement républicain et citoyen et Debout la République s’engagent séparément dans cette bataille, ils risquent d’échouer à fédérer l’opinion antilibérale pour la constituer en un vaste mouvement de masse capable de provoquer l’échec du projet. Pour cette raison, seules des discussions ainsi que des manifestations communes de tous les souverainistes républicains pourront permettre de montrer l’enracinement des idées qu’ils défendent dans le pays.

Pourquoi le FN ne passera pas par moi (1/2) – Par Laurent Pinsolle (Debout la République)

La victoire du Front National lors des élections européennes a été l’occasion de nouveaux débats enflammés sur les raisons de cette victoire et sur l’attitude à avoir vis-à-vis de ce parti. Voilà pourquoi je souhaite revenir sur ce sujet, dans une série de deux papiers.

Une opposition paradoxale ?

Un certain nombre de frontistes, quelques uns semblant encore me lire malgré des prises de positions, affirment qu’il serait paradoxal que j’exprime une position aussi radicalement hostile à l’encontre de leur parti. Ils affirment que les positions de DLR seraient très proches, quand ils ne disent pas que ce sont les mêmes. Certains vont même jusqu’à évoquer une attitude politicienne de ma part, le fait que je ne ferai que défendre ma boutique politique par rapport à la leur. Cet argument est assez difficilement recevable étant donnée ma prise de position de septembre 2012 ou ma récente décision de m’éloigner de DLR. Néanmoins, il faut bien reconnaître que je partage bon nombre de motivations des électeurs de ce mouvement, à savoir un ras-le-bol des grands partis traditionnels ainsi qu’un refus de cette mondialisation anarchique qui mène à une loi de la jungle destructrice de notre modèle social et de notre identité.

Mais ce n’est pas parce que je partage une partie des motivations des électeurs du Front National que cela doit me pousser dans les bras du parti de la famille Le Pen. Si je respecte leur vote et les ai même défendus par occasion (quand Sophia Aram les a traités de cons ou en disant que ce vote est, logiquement, social, dès 2011), cela ne change pas mon jugement à l’égard du parti pour lequel ils votent, et dont les scores actuels doivent principalement à la crise terrible que nous traversons et à la décomposition du PS et de l’UMP, dont le bilan au pouvoir est tout simplement calamiteux. Mais même si j’ai un jugement très dur à l’égard des partis qui se partagent le pouvoir (que je critique au moins aussi souvent que le FN), mon opposition au Front National ne me semble absolument pas paradoxale. D’abord se pose un problème de personnes. Comme je le soutiens depuis le début, la famille Le Pen me semble extrémiste, pas sérieuse et démagogue (ce sur quoi je reviendrai précisément demain).

Et au final, le paradoxe est levé par le rapport au gaullisme. Devant les professions de gaullisme de Florian Philippot, Marine Le Pen a cru bon de rassurer une partie de ses militants en précisant bien qu’il était un cas isolé. Si l’on rapproche l’extrême-droite nationaliste du gaullisme, du fait de l’attachement à la nation, toute l’histoire montre qu’il y a une différence profonde entre ces deux mouvements de pensée. Quand l’extrême-droite a une vision de la nation identitaire, xénophobe, voir isolationniste, le gaullisme a une vision de la nation plus ouverte et surtout bien plus progressiste qu’identitaire, quoiqu’en disent ceux qui rapportent de temps en temps une phrase non officielle du Général, en oubliant tout le reste. C’est ce que j’avais théorisé en parlant des deux familles de l’ordo-souverainisme. En outre, il y a de nombreuses différences, sur la peine de mort, l’IVG, l’immigration, les immigrés présents en France, ou même les questions économiques, traitées avec bien moins de cohérence et de sérieux. Ce n’est pas parce que l’on est attaché à la France que toutes les différences sont gommées du jour au lendemain.

Le vote utile souverainiste ?

L’autre reproche traditionnel, c’est de dire que nous diviserions le camp patriote et que de toutes les façons, pour changer le cours des choses, il n’y a que le FN qui pourra y arriver. Comme je l’ai rappelé, ce n’est pas parce que l’on est attaché à la France que toutes les différences sont effacées. Pour paraphraser Romain Gary, « le patriotisme, c’est l’amour des siens, le nationalisme, c’est la haine des autres », ce qui fait toute la différence entre le gaullisme et l’extrême-droite et aujourd’hui entre DLR et le FN à mon sens. De même que le camp des adorateurs de l’UE compte plusieurs partis, celui de ceux qui pensent que la nation doit rester l’épine dorsale de notre organisation politique peut tout aussi bien rester divers étant donné qu’il y a des interprétations très différentes de cette idée. Pourquoi faudrait-il donc avoir un choix binaire. Ce n’est pas comme cela que notre vie politique s’est organisée depuis des décennies.

Sur la question de la capacité à changer les choses, les partisans du FN soulignent que ce parti a réuni un quart des électeurs fin mai et que le chemin qui pourrait le mener au pouvoir semble bien plus court que celui des autres partis dits souverainistes. Néanmoins, on ne peut pas juger au seul score d’un instant T la capacité d’un parti à arriver au pouvoir. Dans le passé, les communistes n’ont pas su transformer leur importance politique en capacité à prendre les rênes du pouvoir, malgré des scores encore supérieurs à ceux du FN en mai. Certes, ils ont été des partenaires au sein de coalition, mais ils n’ont jamais été à la tête de ces coalitions et ont souvent été contraints d’avaler leur chapeau pour y rester. En outre, il faut bien constater que le FN est un vieux parti de 42 ans, qui pèse lourd dans la vie politique française depuis 30 ans, donc on peut questionner sérieusement sa capacité à prendre le pouvoir démocratiquement étant donnée l’hostilité qu’il suscite dans une large majorité de la population.

Bien sûr, les partisans du FN peuvent dire que Marine Le Pen a changé les choses, qu’elle a dédiabolisé son parti, ce que pourrait montrer le score du 25 mai. Néanmoins, il faut rappeler qu’il y a perdu plus d’un million et demi de voix de moins qu’en 2012 et que ces élections sont souvent des défouloirs et qu’elles se sont tenues dans des circonstances incroyablement favorables (6 ans de crise économique, un PS très impopulaire et une UMP inepte). Ce n’est qu’en 2017 que l’on pourra statuer sérieusement si autre chose qu’une opposition radicale et stérile au système ressort de ce parti, ce qui me semble tout sauf évident étant donnés les dérapages récurrents de ses dirigeants et de ses membres, qui cantonnent légitimement ce parti dans des extrêmes inéligibles. Si le Général de Gaulle a réussi à balayer la Quatrième République, c’est parce qu’il occupait une position beaucoup plus centrale et donc rassembleuse sur l’échiquier politique, chose qui me semble totalement impossible pour le FN.

Bref, ce sont pour des raisons de fond (différends programmatiques, qui perdurent, et plus encore, une différence fondamentale de philosophie globale) qui font que je m’oppose à ce parti, dont je persiste à croire qu’il ne sera pas le mouvement qui redonnera à la nation ses lettres de noblesse. Demain, je reviendrai également sur les questions de personnes.