Archives pour la catégorie 64- Du Parti de Gauche et du Front de Gauche

Réflexions, analyses, critiques et propositions relativement au Parti de Gauche et du Front de Gauche

Debout les Forces de la France insoumise !

France insoumise Législatives
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Certain-e-s d’entre vous voyez tout en noir depuis hier, ou depuis le 23 avril au soir.

Et c’est vrai qu’objectivement, il y a matière. Pourtant, il y a aussi matière à espérer. La bataille n’est pas finie. En fait, elle vient de commencer.

Nous savions que la route serait parsemée de grosses embûches que nous devrions affronter. On y est ! N’abandonnez pas maintenant ! Nous avons tous besoin d’être présents, déterminés, combatifs, responsables !

On a « perdu » le 1er tour et donc on a perdu l’élection présidentielle qui est la « clé de voûte » du système de la 5e République.

Enfin, je devrais plutôt dire que l’on nous a « volé » cette élection, à la fois par la propagande éhontée en faveur d’un candidat fabriqué de toutes pièces par l’oligarchie mais aussi par la puissante promotion médiatique de Marine Le Pen durant des mois, des années même, pour que survienne un second tour confiscatoire du type de celui que nous avons connu en 2017.

Et puis on nous l’a volée, cette élection puisque le nombre et la gravité des irrégularités constatées lors du 1er tour sont telles que si elles n’avaient pas existé, on aurait eu un tout autre second tour.

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Avenir insoumis
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Mais malgré cela, regardez l’immense progression de Mélenchon depuis 2012, non seulement en global, mais surtout en « local »… Cela a de quoi nous inspirer un peu de confiance et de motivation, même si ce sera bien sûr difficile. Cela a de quoi booster notre combativité plutôt que de nous conduire à la neurasthénie ou à la déprime.

Reprenez espoir ami-e-s, camarades, concitoyens, concitoyennes.

« Nous sommes le matin neuf qui se lève » a dit poétiquement Jean-Luc Mélenchon au soir du 23 avril.

La France insoumise a largement dépassé l’assise qu’avait la gauche du PS depuis des décennies. Précisément parce qu’elle a parlé très au-delà de ce périmètre étroit. Parce que beaucoup de Français qui ne se pensent pas comme étant de gauche nous ont fait confiance et ont appuyé Jean-Luc Mélenchon.

Nous avons commencé à organiser un rassemblement du peuple, ce que Mélenchon voulait précisément faire quand il nous disait qu’il ne s’agissait pas de rassembler « la gauche » mais de « fédérer le peuple ».

Ce n’est pas parce qu’aujourd’hui l’élection présidentielle est derrière nous et que s’annoncent les élections législatives que l’on doit abandonner ce principe fondamental de notre stratégie de conquête du pouvoir. Cette stratégie n’était pas seulement celle de Mélenchon, c’est celle de la France insoumise qui va survivre à l’échec de Mélenchon à la présidentielle.

Si nous revenons dans l’étroit périmètre de la « gauche », si nous faisons l’erreur d’interprétation majeure en considérant que 100% des voix de Mélenchon au 1er tour sont des voix de « gauche », si nous recommençons à traiter avec les partis de « gauche », si nous organisons de nouveau un accord d’appareils entre la France insoumise et les partis de « gauche », si nous nous remettons à ne parler qu’à la « gauche » ou qu’au peuple de « gauche », alors beaucoup nous quitteront et l’on s’étonnera de ne pas retrouver en juin les voix que nous avions eues en avril.

Pas plus aujourd’hui qu’hier, pas plus pour ces législatives que pour la présidentielle, nous ne renions qui nous sommes, d’où nous venons et ce que nous voulons. Nous ne tolèrerons donc aucun procès d’intention venu de gens de gauche et qui veulent nous donner des leçons de maintien…

Ce qui compte, dans ce moment historique, n’est pas de convaincre et de satisfaire la gauche ou ce qu’il en reste mais de convaincre et de satisfaire – donc de rassembler – le peuple, par delà sa diversité. C’est ce que nous avons entrepris avec la candidature de Mélenchon à la présidentielle et jusqu’à présent, nous avons plutôt réussi. Nous avons augmenté le nombre de voix obtenues en 2012 de 77,171%. C’est considérable comme progression. Et la dynamique observée dans les derniers jours de la campagne du 1er tour a été poursuivie si l’on en juge par les nouveaux signataires sur la plateforme (anciennement jlm2017.fr rebaptisée lafranceinsoumise.fr). Nous gagnons plusieurs centaines de nouveaux signataires chaque jour. Ce 08 mai 2017 à 14h13, on a dépassé les 528 000.

On pouvait craindre qu’après l’élection, le compteur s’arrête, a fortiori après l’échec du 1er tour. Pas du tout ! Il continue de grimper. Et certains retours des territoires locaux montrent que ce ne sont pas seulement des signataires qui nous rejoignent mais aussi de nouveaux militant-e-s !

Nous avons une partie des classes moyennes avec nous mais une partie seulement. L’autre se répartit entre Le Pen (ceux qui constatent leur déclassement) et Macron (ceux qui croient pouvoir rejoindre le haut du panier).

Et puis, il nous manque aussi une grosse partie du peuple d’en bas soit parce qu’ils votent Le Pen, soit parce qu’ils sont abstentionnistes de longue durée.

On a réussi à en récupérer quelques-uns parmi ces deux catégories mais on a encore du pain sur la planche… 10 millions d’abstentionnistes au 1er tour et 7 millions qui ont choisi Le Pen. C’est bien là que tout se joue.

Mon avis est que d’ici juin, plutôt que faire campagne sur les belles places de nos villes, plutôt que de faire des meetings entre nous, nous devons refaire le tour des « quartiers » comme cela a été fait avec les « caravanes ».  Cela nous a fait connaître de beaucoup de gens qui ne nous donnaient aucune crédibilité et qui ont changé d’état d’esprit en nous côtoyant.

Mais nous devons aussi nous rendre dans les territoires ruraux abandonnés de tous où le FN a fait de gros scores.

Avec de nouveaux soutiens venant de cette France d’en bas dont nous sommes nous-mêmes, alors oui, on peut alors créer la surprise en juin. Et imposer au Président Macron une cohabitation avec un gouvernement dirigé par Mélenchon !

Hardi les gars ! Nous allons aller la chercher cette victoire, cette majorité France insoumise et cette cohabitation qui permettra d’abord de mettre en oeuvre une politique progressiste et de souveraineté du peuple et qui ne tardera pas à provoquer une crise de régime faisant chuter la 5e République.

Il n’y a que les combats qu’on ne mène pas qui sont perdus d’avance…

Salutations insoumises.

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Quelques réflexions suite aux propos de Jacques Sapir le 05/04/2017 : « Mélenchon, le meilleur pour affronter Le Pen »

Dans cette vidéo, Jacques Sapir est interrogé par RT France sur la question de l’élection présidentielle. Je vous invite à l’écouter en entier (elle dure une quinzaine de minutes).

Manifestement, Jacques Sapir ne croit pas encore que Mélenchon puisse se qualifier pour le second tour. Il le répète deux ou trois fois et s’en explique. Mais il dit aussi qu’une telle hypothèse est envisageable tellement les Français sont indécis (il rappelle qu’un sur deux n’a pas encore fait son choix).

Il affirme très clairement, et là encore à deux reprises, que si Mélenchon se hissait au second tour, il serait « le meilleur adversaire possible pour affronter Marine Le Pen« . C’est à 11 minutes et 55 secondes…

À 12 minutes et 45 secondes, Sapir ajoute que Mélenchon « est le seul candidat qui pourrait, programmatiquement, tenir face à Marine Le Pen » parce qu’il est le candidat « qui a le programme le plus élaboré et le plus à même d’affronter celui de Le Pen.« 

Dans l’hypothèse où le second tour verrait ainsi un affrontement entre Le Pen et Mélenchon, Sapir pose la question de savoir qui des deux saura reprendre et incarner le discours « souverainiste » et « renvoyer l’autre à ses contradictions ». Il met le doigt exactement là où il faut…

Pour ma part, je vais préciser la problématique avant d’exprimer ce qu’elle m’inspire comme réflexions :

Dans l’hypothèse d’un tel second tour Le Pen – Mélenchon, est-ce que ce sera Jean-Luc Mélenchon qui saura incarner la défense de la souveraineté du peuple, donc la restauration pleine et entière de sa liberté, de sa démocratie, et de son indépendance géopolitique, auquel cas Marine Le Pen ne serait plus que la candidate de la France rance, raciste et xénophobe… ou est-ce Marine Le Pen qui saura le mieux incarner ce « souverainisme », renvoyant Mélenchon dans une case de « gauchiste », « d’ex-socialiste », de « révolutionnaire rouge »….

Quand on connaît le projet de Mélenchon, on se dit qu’il est bien placé pour être beaucoup plus convaincant que Le Pen. En effet, son projet repose très largement sur la volonté de rendre le pouvoir au peuple et cela se manifeste de deux façons :

d’une part, la souveraineté du peuple à l’égard de ses dirigeants sera restaurée grâce à l’avènement d’une assemblée Constituante qui sera instituée par référendum populaire et sera chargée de rédiger une nouvelle constitution fondant un nouveau régime, étant entendu que cette nouvelle constitution, principalement écrite par les délégués à la Constituante,  le sera aussi par le peuple qui pourra largement faire connaître ses avis, ses souhaits, ses doléances auprès des délégués à cette Constituante. Et in fine, au terme du processus, ce sera encore lui, le peuple, qui approuvera ou non le projet de nouvelle constitution, par un second référendum. Il n’aura donc ni à plébisciter un Président de la République, ni à se limiter à dire OUI ou NON, à la fin puisqu’il sera intervenu en amont et pendant tout le processus.

d’autre part, la souveraineté du peuple à l’égard des pays étrangers se manifestera par une géopolitique radicalement alternative à celle que nous connaissons depuis des décennies, et en particulier depuis dix ans. C’est non seulement la fin de l’Union européenne telle qu’elle existe aujourd’hui qui adviendra, puisque d’une façon ou d’une autre, soit via le plan A, soit au moyen du plan B (et aussi sans aucun doute de ce que Mélenchon et ses proches ne peuvent dire publiquement mais qu’ils préparent activement), on sortira définitivement des traités européens (Lisbonne-MES-TSCG…) et internationaux (TAFTA-CETA) qui nous oppressent, nous tyrannisent, nous emprisonnent, nous détruisent, mais c’est aussi la fin de l’atlantisme français vu que le Président Mélenchon mettrait en oeuvre une révolution diplomatique et réorienterait la politique étrangère de la France vers le non-alignement, la paix, la loyauté des échanges et l’harmonie des relations internationales. À ce sujet, Mélenchon a dit et écrit plusieurs fois quelle était sa vision géopolitique et le projet qui en découle. Je vous renvoie notamment au texte « Le nouvel indépendantisme français » publié dans un cahier de la revue de la défense nationale, ou au colloque du 31 mars dernier à l’IRIS. Voyez divers liens utiles dans ce document.

Marine Le Pen propose, elle aussi, de défendre la « souveraineté française » mais hélas, elle la voit sous un prisme très différent du nôtre puisque sa souveraineté à elle est bien plus « nationale » que « populaire », même si l’opposition entre ces deux termes n’est pas si opérante que cela (cf ce billet dans lequel je m’en étais expliqué). La souveraineté nationale signifie surtout la souveraineté du gouvernement français face aux pays étrangers, mais elle ne suffit pas à garantir la souveraineté du peuple car il peut s’agir seulement d’une souveraineté d’oligarques français et non d’une souveraineté des citoyens. La souveraineté nationale n’offre aucune liberté supplémentaire au peuple si le système constitutionnel ne donne pas le pouvoir suprême à ce peuple. Certains gouvernements dictatoriaux et tyranniques peuvent respecter la souveraineté nationale, celle de leur pays, tout en opprimant leurs concitoyens et en se réservant le pouvoir de décider de ce qui doit être fait au nom du pays. C’est bien cette souveraineté-là, la souveraineté nationale, que Marine Le Pen défend au premier chef. Or elle se satisfait entièrement de l’actuelle constitution qui tient le peuple très éloigné du pouvoir, le réduisant au droit de suffrage une fois tous les cinq ans. Avec Marine Le Pen, le peuple ne serait pas souverain. Seuls les dirigeants le seraient. Et cela est une différence majeure entre Le Pen et Mélenchon !

Maintenant, à l’occasion d’un second tour Le Pen – Mélenchon, il pourrait être envisagé par Mélenchon de revoir son positionnement et, pour rassembler tous ceux qui n’auraient plus de candidat acceptable, d’en rabattre largement sur la défense de la souveraineté puisque cela constitue précisément aujourd’hui une ligne de démarcation irréductible entre lui et les autres…  Il se présenterait ainsi comme le « modéré » face à « l’enragée », il serait le « rassembleur » face à celle qui instillerait la « division ».

S’il se positionnait ainsi, il perdrait à coup sûr. Car tous les citoyens qui n’en peuvent plus de subir la loi des autres (que ces « autres » soient ceux qui se succèdent au pouvoir en France depuis le départ de De Gaulle, ou qu’ils soient l’UE, les multinationales ou l’Empire états-unien) donneraient raison, j’en suis certain, à Jacques Sapir, et choisiraient Le Pen pour mettre une raclée mémorable au « système ». Et voyez-vous, je suis porté à penser que même au sein de la France insoumise, nombreux seraient celles et ceux qui le feraient aussi. Parce que l’élection « surprise » de Marine Le Pen emporterait forcément le régime à très bref délai.

Sapir pense ainsi qu’il est possible qu’en cas de second tour où Le Pen affronterait Fillon ou Macron, les électeurs puissent, cette fois, choisir Le Pen. Et je viens de dire que je crois aussi que cela est tout à fait envisageable aujourd’hui. Contrairement à ce que semble croire Mélenchon (cf sa saillie prononcée lors de son discours de Châteauroux le 2 avril dernier), je ne crois pas du tout qu’il soit garanti que « même une chaise serait élue face à Marine Le Pen« . Cette fois-ci, les choses pourraient fort mal tourner ! Car avec les deux autres (Fillon ou Macron), ce serait encore et toujours la saignée ! Mais cette fois, elle serait encore plus violente que celles que l’on a connues jusqu’à présent. Les Français le savent et je pense qu’ils feront tout pour l’éviter, je dis bien « tout » jusques et y compris faire élire Le Pen.

Parce que l’élection de Le Pen serait le dernier coup fatal infligé au régime. Réfléchissez : ce que ne dit pas Sapir, mais que je crois moi-même, c’est que Le Pen élue le 7 mai n’aurait aucune chance d’obtenir une majorité parlementaire en juin. Parce que si elle était élue, ce serait en raison d’un vote de rejet massif de l’autre, et aucunement par un vote d’adhésion pour sa personne ou son projet. La maxime bien connue « au second tour on élimine » se mettrait en oeuvre une nouvelle fois mais, cette fois-ci, ce ne serait probablement pas dans le même sens qu’en 2002…

Comme il n’y a aucune chance qu’elle gagne une majorité en juin, il y aurait donc de fait cohabitation dès l’origine de sa présidence. Et quelle majorité se dégagerait donc d’un tel désordre politique ? Nous ne pouvons l’imaginer car si le Président élu le 7 mai l’a été par volonté expresse, il aura une majorité en juin, c’est une certitude. Jamais, depuis 1958, il n’en a été autrement. Quand il y a eu cohabitation, c’est parce que des élections législatives sont intervenues après plusieurs années de mandat du Président en exercice, même si Chirac réussit l’exploit de se faire désavouer deux ans à peine après avoir été élu (et assez bien élu) le 7 mai 1995. Il faut dire que son Premier ministre Juppé avait tout fait pour plaire aux Français… Et si on étudie un peu les résultats (ce que j’avais fait à l’époque), on constate rapidement que ce sont les nombreuse triangulaires avec presque une centaine de circonscriptions dans lesquelles des candidats FN ont pu se maintenir au second tour, qui ont fait perdre la droite d’alors. La gauche plurielle n’avait gagné que pour cette raison-là ! Si le FN n’avait pas été en situation de se maintenir, sans doute que Juppé aurait gagné son droit de rempiler ! C’est le FN qui a fait battre la droite, ce n’est pas la gauche plurielle !

Ce rappel historique étant fait, si Le Pen était élue le 7 mai, je vous laisse imaginer combien la France entrerait alors en révolution ouverte. Rappelez-vous ce qu’il advint entre les deux tours en 2002 du fait que Jean-Marie Le Pen était au second tour. Alors imaginez si Marine Le Pen était élue…

Malgré l’état d’urgence, qui sera alors, en toute légalité, à la disposition de la nouvelle Présidente sans qu’elle ait besoin de le faire voter elle-même – ce qu’elle ne réussirait jamais à faire (merci Hollande et Valls, merci le PS, merci les frondeurs, merci les députés du Front de Gauche qui ont accepté sa mise en place et son renouvellement plusieurs fois de suite) – le peuple entrerait à coup sûr dans une éruption volcanique d’ampleur biblique…

Je ne crois pas que l’état d’urgence, et les menaces que celui-ci fait peser sur les libertés, suffiraient pas à dissuader le peuple de se rebeller ouvertement contre le nouveau pouvoir sorti des urnes si c’est Le Pen qui en était la bénéficiaire. Parce qu’il vient toujours un temps où le pouvoir des dirigeants perd toute légitimité et même toute autorité lorsqu’il advient dans de pareilles circonstances.

« Un tyran n’a de pouvoir de nuire qu’autant que les hommes veulent bien l’endurer » a écrit Étienne de LA BOÉTIE dans le Discours de la servitude volontaire.

Et je ne pense pas que notre peuple accepterait « d’endurer » une présidence de Marine Le Pen. Ni ne se résoudrait à une cohabitation entre elle et une majorité quelconque. Et je reviens à la question : quelle majorité accepterait de la servir ? Aucune !

Si le peuple français élisait finalement Le Pen, ce serait par refus absolu de rempiler avec les adeptes de la saignée, de l’européisme et de l’atlantisme. Pour rien d’autre ! Ils l’auraient fait pour mettre par terre le système et le régime. Et élire Le Pen, bien que l’on puisse interpréter cette décision collective comme une politique de la terre brûlée, serait une garantie de faire imploser et exploser en même temps tout le système !

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Ayant tout cela à l’esprit, je suis convaincu que les Français conjureront ce sort funeste pour notre pays et mettront Jean-Luc Mélenchon au second tour, pour éviter le désastre et pour que que demain soit une révolution citoyenne et non une révolution nationaliste et ethnique !

 

Ma réaction coup de gueule à l’appel destiné à rallumer l’étincelle du Front de Gauche…

FdG cassé
Je crois que le succès du soutien citoyen et populaire à Jean-Luc Mélenchon, qui ne se dément pas, qui grossit chaque jour, lentement mais sûrement (plus de 70 000 soutiens exprimés en 20 jours, environ 3500 signatures nouvelles tous les jours) a déclenché une panique générale dans les états-majors des partis de feu le Front de Gauche, PCF en tête, mais pas que… Je suis convaincu qu’il y a bien aussi des cadres du PG et d’Ensemble à la manœuvre…
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Les partis perçoivent en effet que leur temps est fini et que la force citoyenne et populaire en construction qui soutient Jean-Luc Mélenchon n’a pas besoin d’eux. Pire ! Ils pressentent que nous les jugeons, eux les partis, comme des forces désormais hostiles et donc nuisibles aux changements radicaux auxquels nous aspirons. Il faut dire que nous ne nous en cachons pas. Nous ne dissimulons rien de nos intentions tandis qu’eux ne savent user que de duperies, de contrainte et de manipulations en tout genre.

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Y’a basta !

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Cet appel pour ressusciter un cadavre qui porte bien plus d’échecs que de réussites est une énorme manipulation et du foutage de gueule dans les grandes largeurs ! Le succès du Front de Gauche ce fut d’avoir réussi un temps (avant la présidentielle de 2012) à construire un mouvement crédible mais ce mouvement a été tué par la suite par qui on sait et avec le silence des autres…

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Le seul succès connu par les combattants du Front de Gauche, ce fut le premier tour de l’élection présidentielle de 2012 et cela, ce n’est pas le Front de Gauche qui l’a obtenu mais la personne de Jean-Luc Mélenchon, pour ce qu’il était, pour ce qu’il disait, pour ce qu’il incarnait, pour les idées qu’il défendait et pour l’avenir qu’il proposait de rendre possible. Dès que le Front de Gauche fut lui-même à la manoeuvre, donc dès les élections législatives de juin 2012, on s’est vautré ! Faut-il le rappeler ? Faut-il rappeler les raisons qui ont conduit à cette contre-performance où l’on obtint deux fois moins de suffrages que lors du 1er tour, deux mois plus tôt à peine ?

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Puis, on s’est vautré une deuxième fois aux Municipales de mars 2014. Faut-il le rappeler ? Faut-il rappeler les raisons qui ont conduit à cette décrépitude ? Faut-il rappeler les choix de certains ?

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Puis on s’est vautré une troisième fois aux Européennes de mai 2014. Faut-il le rappeler ? Faut-il rappeler la nullité de notre projet qui donnait envie de fuir à la seule lecture de son titre ? Faut-il rappeler pourquoi nous fumes alors incapables de parler clair ?

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Puis on s’est vautré une quatrième fois aux Départementales de mars 2015 pour les mêmes raisons, à cause des mêmes coupables qui délégitimaient le Front de Gauche et contribuaient à le saborder.

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Puis on s’est vautré une cinquième fois aux Régionales, là encore pour les mêmes raisons et avec, cette fois, des coupables qu’on m’imaginait pas trouver là où ils étaient !

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Et doit-on rappeler les résultats calamiteux des élections partielles depuis trois ans ? De véritables désastres électoraux. Et puis, le Front de Gauche, c’est aussi ce qui rassemble les députés à l’Assemblée Nationale dont on sait qu’ils ont voté des textes qu’il n’aurait jamais fallu voter. Le Front de Gauche, c’est donc comme un revolver dont le canon serait dirigé vers nous….

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Passer de l’enfance à l’âge adulte, c’est accepter que certaines choses ne reviendront plus. Agir en personne sensée, c’est comprendre la réalité telle qu’elle est et ne pas s’enfermer dans un monde virtuel en se fabriquant sa propre réalité.

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S’enferrer à vouloir faire renaître de ses cendres le Front de Gauche est une preuve d’immaturité totale et ce n’est pas avec des immatures de cette espèce que l’on pourra gouverner la France lorsqu’il s’agira de s’opposer aux puissances capitalistes et impérialistes que nous connaissons… S’enferrer à vouloir agir avec cette étiquette partisane qu’est le Front de Gauche, c’est, à coup sûr, échouer in fine car avec elle on rejette d’office non seulement tous ceux qui bien qu’étant de gauche ont la nausée face à ce que le Front de Gauche est devenu par la faute de qui on sait, mais aussi et surtout tous ceux qui ne se reconnaissent pas en lui. Ce n’est pas avec une nouvelle mouture de ce Front de Gauche que l’on amènera à nous les dizaines de millions d’abstentionnistes dont nous avons pourtant besoin pour l’emporter, pour rassembler le peuple, pour constituer une force citoyenne et populaire irrépressible.

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Quand entendrez-vous que ceux contre qui nous nous battons ne craignent nullement la Gauche ? Le texte même de cet appel, dans sa forme, dans son vocabulaire, est celui d’apparatchiks de partis que le peuple conchie.

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Il y a pourtant déjà des naïfs et des couillons qui se font prendre, qui croient à la bonne foi des appelants, qui présupposent qu’ils ont de belles et nobles intentions, qui ne voient rien de ce que cet appel représente en réalité. Bien sûr que les volontés réelles ne sont pas dites alors faîtes fonctionner votre intelligence… Il y a bientôt un congrès du PCF et la guerre est ouverte entre les fractions de ce parti… Cet appel s’inscrit directement dan cette logique de congrès et fait suite à diverses interventions lues ici ou là…

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C’est donc encore une œuvre partisane qui ne peut qu’enfermer ceux qui s’y rallieront au moment où ce qu’il faut faire, c’est rassembler le peuple tout entier pour gagner la présidentielle, puis les Législatives à suivre, en vue de gouverner. Il ne s’agit pas de témoigner pour la Gauche mais d’offrir une alternative radicale au peuple tout entier et pour cela il faut aller chercher les millions de citoyen-ne-s qui conchient la Gauche… Sans nous renier, avec nos propres idées, mais sans nous situer dans un camp traditionnel. Car si on se présente libres de toute attache, nous pourrons, même avec nos idées, rallier une majorité car nos idées sont celles qui défendent le mieux l’intérêt général du peuple. Mais si, une nouvelle fois, nous nous enfermons à gauche et dans une partie de la Gauche, nous prendrons une sixième raclée et cette fois nous en mourrons définitivement !

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C’est ce que vous souhaitez ? Alors, allez-y ! Signez cet appel et continuez à défendre le Front de Gauche.Si vous souhaitez un autre avenir que celui de l’échec assuré, soutenez Jean-Luc Mélenchon et la force citoyenne et populaire qui est en train de se constituer autour de lui.

Une post-démocratie aux airs de prérévolution – Par Sophie WAHNICH* le 16/02/2016

* Sophie Wahnich est directrice de recherche en histoire et science politique au CNRS, équipe Transformations radicales des mondes contemporains de l’IIAC de l’EHESS

Lien  vers l’article en ligne

Les citoyens n’ont plus aujourd’hui de véritable pouvoir de contrôle sur leur devenir. Un peu comme le tiers état à la veille de la Révolution…

 

Nous vivons, en France et en Europe, une époque de post-démocratie. Les citoyens n’ont plus de véritable pouvoir de contrôle sur leur devenir. Leurs manifestations sont méprisées et leur vote falsifié. Depuis 2005, les peuples européens savent qu’ils ont face à eux des pouvoirs financiers plus puissants que leur misérable affirmation symbolique et morale.

Le traité de Lisbonne a ainsi enterré Kant et son «véritable enthousiasme pour le droit» comme «aspiration morale du genre humain». Ne restait manifestement, «entre l’homme et l’homme, que le froid intérêt, les dures exigences du paiement au comptant», «les eaux glacées du calcul égoïste». Plus récemment, le non grec, lui aussi résultat d’une mobilisation massive, n’a pas infléchi la violence de la «troïka» et la Grèce a été vendue à l’encan au nom de la dette. Chacun sait désormais que la loi comme principe protecteur des pouvoirs du peuple est morte en Europe, retour à l’arbitraire et au rapport de forces mis à nu. Une politique encastrée dans l’économique affirme qu’il est naturel que les 1 % les plus riches dominent les 99 %.

A ce titre notre post-démocratie pourrait ressembler à la prérévolution.

L’abbé Sieyès, dans «Qu’est ce que le tiers état» affirmait en effet : «Qui donc oserait dire que le tiers état n’a pas en lui tout ce qu’il faut pour former une nation complète ? Il est l’homme fort et robuste dont un bras est enchaîné. Si l’on ôtait l’ordre privilégié, la Nation ne serait pas quelque chose de moins, mais quelque chose de plus. Ainsi qu’est ce que le tiers état ? Tout, mais un tout entravé et opprimé. Que serait-il sans l’ordre privilégié ? Tout. Mais un tout riche et florissant. Rien ne peut aller sans lui, tout irait infiniment mieux sans les autres.»

Or l’on sait que ce tiers état représentait 98 % de la population… Sieyès écrit l’hiver 1789 où se préparent encore des cahiers de doléances et les élections des députés aux Etats généraux. Il faut les réunir pour trouver une solution à la dette. La campagne électorale se fait dans un climat de crise : disette et chômage augmenté car les marchandises britanniques ont pénétré le marché français après le traité d’Eden, qui a abaissé les droits de douane. L’industrie française est affaiblie, le cours du vin français chute du fait d’une relative surproduction. Le complot de famine ressurgit, il y a bien des gens qui veulent affamer le peuple et ce sont les puissants qui ne se sont donné que le mal de naître.

Le désir d’en finir avec une société qui ne respecte pas l’humanité et la dignité de tous ses membres au nom de privilèges vécus désormais comme iniques attise la construction du mouvement des «patriotes». Entendez de ceux qui veulent que ça change et s’organisent. Ils obtiennent le doublement du tiers état, une vraie subversion de la vieille institution. Mais rien n’est joué, car il reste à savoir si le tiers votera par tête (car on parle encore des hommes comme on parle du bétail) ou par ordre, et alors cette petite victoire n’aura été que symbolique. La subversion devra passer par un bras de fer aux Etats généraux : refuser de reconnaître les ordres et donc réclamer d’emblée que les pouvoirs soient vérifiés en «commun». Attendre, attendre et dire oui, Sieyès a raison, nous sommes, sans les nobles, le véritable pouvoir constituant. Les nobles manquent à leur devoir de présence, ne veulent pas siéger à nos côtés ? Nous ferons sans eux.

Aujourd’hui, le changement peut aussi passer par la subversion. Mais suffit-il de fabriquer des primaires pour faire bascule ? Encore faudrait-il que l’enjeu des élections soit lui-même subverti. Non pas élire un chef de l’exécutif plus ou moins autoritaire, mais un candidat destituant et instituant, qui serait le pivot d’une nouvelle grande transformation constituante en France et en Europe. Obtenir ou préparer des primaires sans changer la logique électorale de cette Ve république, c’est comme obtenir le doublement du tiers sans le vote par tête, obtenir un grand changement apparent pour que rien ne change.

Il n’empêche, le doublement du tiers a ouvert la possibilité de mener une bataille politique intense et incertaine en mai 1789, qui renversa l’Ancien Régime. Lorsque la victoire de l’Assemblée nationale constituante aurait pu être ravie par une répression monarchique et militaire, les Parisiens prirent les armes et la Bastille.

Les propositions citoyennes multiples et contradictoires qui fusent dans notre contexte d’arbitraire politique et d’état d’urgence, témoignent au moins d’une chose, certains sont encore enthousiastes, malgré tout.

La potion de popularité – un épisode de Kaamelott réécrit…

J’ai réécrit certains passages de l’épisode du livre 3 de la série Kaamelott intitulé “La potion de fécondité” dont vous pouvez lire le script original ici. En lieu et place des noms des personnages célèbres de la série (Merlin, Léodagan, Dame Sélie, Elias de Kelliwic’h), j’ai choisi d’impliquer certain-e-s de mes ami-e-s proches ainsi que Jean-Luc Mélenchon, Pierre Laurent et Clémentine Autain eux-mêmes mais aussi Raquel Garrido, Charlotte Girard et Frédéric Lordon, tout en m’incorporant dans l’épisode… Dans cette version inédite, il y a plus d’intervenant-e-s que dans l’original mais je l’ai voulu ainsi…

Comme de bien entendu, ce récit n’est que le fruit de mon imagination. C’est une fiction. Les propos échangés ne sauraient engager, d’une quelconque façon, leurs auteurs… Et toute ressemblance avec des évènements réels serait pure coincidence…

C’est une oeuvre d’humour évidemment, totalement fictive, même si j’en ai profité pour faire passer quelques messages plus sérieux que vous reconnaîtrez aisément… En conséquence, prenez-là au second degré. Merci de ne pas venir me faire de procès d’intention. Nous devons être sérieux quand ile faut, mais savoir aussi être légers et faire preuve d’auto-dérision. Ça aide.. Bonne lecture que je vous souhaite amusante.

La scène se déroule dans le placard à balais de Pierre Laurent.

Pierre Laurent : Je suis désolé, mais je travaille.

Christine  : Réjouissez-vous ! On va vous donner l’occasion d’arrêter de bricoler dans le vide. Vous allez enfin travailler utile. (Elle se retourne vers Vincent) Pas vrai ?

Vincent : Ah non hein ? Commencez pas à me prendre à parti !

Pierre Laurent : Vous êtes bien gentil mais j’ai pas le temps. Je vais vous demander de bien vouloir vous barrer de ma grande réunion de toute la Gôche !

Christine : Et moi je vous annonce que vous allez vous mettre au turbin pour JLM 2017 comme on vous dit sans ça, vous allez ramasser des tartes dans la gueule ! Pas vrai ?

Vincent : Oui, probablement ! Mais je veux pas rentrer dans les discussions.

***Générique***

Pierre Laurent : Ah non hein ? Vous allez pas revenir me friser la tête avec votre nouveau César pour la présidentielle !

Claire : Le jour où vous serez en mesure de comprendre les rouages de la 5e République, on aura soin de venir vous demander votre avis. En attendant, vous faites ce qu’on vous dit, et vous la bouclez !

Pierre Laurent : Une fois pour toutes je n’ai pas d’ordre à recevoir de vous !

Claire : Oh mais je le connais le couplet sur la préséance des partis politiques à gauche, je reçois mes ordres de bidule (le PC) et pas de machin (le peuple), alors aujourd’hui, je vous ramène un argument de poids.

Jean-Luc Mélenchon : Euh, si c’est de moi dont vous parlez, je vous préviens que ça me plait qu’a moitié. Mais pardon, continuez…

Claire : Notre ancien candidat. Celui qui a déjà obtenu près de 4 millions de voix en 2012 et qui, aujourd’hui, est déjà soutenu par près de 50 000 citoyen-ne-s ! [373 702 le 0/04/2017 à 13h47]. Le fondateur du parti qui a renouvelé la Gauche. Cet homme politique qui a porté le projet “L’Humain d’abord” vendu à un demi million d’exemplaires. Un leader qui remet son destin entre les mains du peuple souverain !

Pierre Laurent : Mais qu’est-ce que vous voulez que ça me foute ?

Jeanne : Eh ben, vous prendrez vos ordres directement de lui désormais ! Ça finira peut être pas vous clouer le bec !

Jean-Luc Mélenchon : Bon qu’est-ce que je dois lui dire comme ordre là ?

Christine : Tiens, par exemple celui dont vous m’avez causé pas plus tard qu’hier, vous vous rappelez ?

Pierre Laurent : Heu, avant que vous fassiez des efforts pour rien, je tiens à vous signaler que du point de vue de la Gauche, un candidat des partis a plus de chances d’être soutenu qu’un homme seul…

Jeanne : Quoi ?

Pierre Laurent : Parfaitement. Notez qu’en tant que N°1 du plus grand parti de la Gauche autre que le PS, je n’en tire aucun orgueil.

Raquel : Non mais là, il vous raconte des chars ! C’est pas ça la 5e République… Lui, il est resté dans la 4ème ! Il n’a pas évolué depuis ! Il s’est trompé de siècle là ! Charlotte, explique-lui…

Charlotte : En fait, tout dépend en effet du périmètre du soutien qu’on attend, celui de quelques milliers de gens ultra-politisés dans les partis, ou celui de dizaines de millions d’électrices et d’électeurs décidé-e-s à renverser la table et à commencer de le faire dans les urnes !

Jeanne – Christine – Claire – Vincent [ensemble] : C’est ce qu’on ne cesse de vous dire !

Lionel : Et puis, cette maudite 5e République, si on veut la terrasser pour faire autre chose et, en premier lieu, rendre le pouvoir au peuple souverain, il va bien falloir accéder au trône d’où on pourra, ensuite mais ensuite seulement, mettre en oeuvre le programme des réjouissances qu’on a conçu tous ensemble :

1/ la Constituante…

2/ le référendum sur la sortie de l’Union européenne, de l’OTAN et des succursales de l’ordre impérial atlantiste,

3/ Imposer une fiscalité juste et là ils vont pleurer…

et tout le reste : la planification écologique, la gratuité des services publics, la grande politique maritime, la révolution géopolitique de notre diplomatie…

Pierre Laurent : En tout cas, moi, je réponds à la Gauche institutionnelle, pas aux révolutionnaires qui ne se reconnaissent plus en elle !

Bob : Et à une claque dans le museau, vous répondez aussi ?

Vincent : Attention Pierre ! Ne nous l’énerve pas le Bob parce que plus personne ici ne répond de rien s’il commence à avoir la moutarde qui monte au nez… Si tu veux, Bob, il est adorable comme type, mais il l’est avec ceux qui ne le font pas trop chier, tu piges ? Manifestement, tu ne connais pas Raoul toi ! Ben, tu risques d’avoir un réveil pénible si tu t’y frottes ! Quand on lui en fait trop à lui, il ne correctionne plus le monsieur, il dynamite, il disperse, il ventile. Et crois-moi, il a le glaive vengeur et le bras séculier. Il est même sorti de 25 années d’abstention pour venir aider à faire le ménage… T’entends ça toi ? 25 années loin de ce que tu représentes et c’est Jean-Luc qui l’en a sorti avec quelques saillies bien construites sur le fond et sur la forme… Ça te laisse rêveur, hein? Bref, à ta place, je me méfierais… Parce que s’il s’y met, ça va vraiment mal se mettre…pour toi !

Pierre Laurent : Est-ce que je dois prendre ça pour une menace ?

Christine : Pour un ultimatum ! Soit vous vous mettez, séance tenante, au service de Jean-Luc Mélenchon ci-devant, et à travers lui au service du peuple français tout entier – ce qui changera de vos habitudes politiciennes de traître et d’éternel looser – soit la petite bande de citoyen-ne-s éveillé-e-s, légèrement allumé-e-s, et provisoirement très en colère que nous sommes ici – va se faire un plaisir de contrer votre entêtement, de fondre sur cette vieille buse que vous êtes, et de vous flanquer une trempe maison !

Pierre Laurent : Non, je ferai rien du tout. Sortez d’ici !

Christine se tourne vers les autres.

Bob : Quoi ? On y va ? On l’avoine ? On lui met la derrouillée de sa vie ?

Lionel : Non, on va passer à autre chose. Frédéric, venez par ici, s’il vous plait… Allez-y ! Expliquez-lui vous aussi puisqu’il ne comprend définitivement rien !

Frédéric Lordon : Moi, je suis tout à fait d’accord. Un candidat de la Gôche, ça ressemble à rien aujourd’hui. Et puis pour gagner la présidentielle en France sous la 5e République, c’est tout à fait foireux !

Clémentine Autain : Ah, ça m’aurait étonné que vous veniez pas foutre votre merde vous !

Bob : Mais elle sort d’où elle ? Je ne l’avais pas vue ! Je savais qu’elle était transparente mais à ce point…

Jeanne : Vous, Clémentine, vous restez en mode “pause”. C’est ainsi qu’on vous aime le plus et que vous êtes le plus utile… On vous réveillera le moment venu.

Jean-Luc Mélenchon : Restez calmes, les ami-e-s ! Conservez cette énergie que je vois croître en vous. Je vais en avoir besoin et m’en servir bientôt !

Pierre, Clémentine, sérieusement, vous commencez sérieusement à me les briser menu ! Je vous rappelle, pour mémoire, que j’en ai rien à foutre de votre gauche fossilisée, de vos mouvements de dinosaures qui ne songent qu’à leurs petits intérêts catégoriels, comme n’importe quel maillon de la chaine capitaliste ! Et vos débats sur les réunions, ou vos réunions sur les débats, désolé de vous le dire avec une certaine rugosité, mais le peuple français, il s’en cogne ! Et plus vous pratiquez ces conciliabules restreints, plus le peuple vous conchie. Vous ne le sentez pas ? Vous ne le savez pas ? Vous ne le percevez pas ?

Claire : Voilà ! Alors Pierre et Clémentine, rendez-nous un petit service : bouclez là ! Traitez avec les glandus qui vous entourent, si ça vous chante ! Les duos comiques – Chevalier et Laspalès, Laurel et Hardy, les chevaliers du fiel, Bourvil et de Funès – ont toujours fait rire… Chacun sa vocation ! Nous, avec Jean-Luc, on va aller chercher le peuple français, là où il est, c’est-à-dire ailleurs qu’à la place du Colonel Fabien, ailleurs que rue Doudeauville, et ailleurs que dans les réunions de la Primaire de la Gôôôôôôche ou de feu le Front de Gauche que vous avez allègrement torpillé pendant trois ans !

Pierre Laurent : Eh ben allez-y alors ! En fait, vous n’êtes que des rouges-bruns qui voulez vous faire élire par des gens qui ne sont pas de la Gauche !

Vincent : Euh attention là, Pierre ! Parce que si je m’y colle aussi, ça va mal se mettre pour toi !

Jean-Luc Mélenchon : Non mais de toute façon, ça va bien ! On ne va pas leur mettre des taquets en boucle jusqu’à demain sous prétexte qu’ils veulent leur primaire ! Ils veulent jouer aux petits chevaux ? Qu’ils y jouent ! Qu’est-ce que ça peut nous faire ! C’est mieux ainsi ! Celui-là [il montre du doigt Pierre Laurent] a été un boulet la dernière fois. C’est bien ce que vous m’avez dit cent fois n’est-ce pas Vincent, Claire, Christine, Jeanne et Bob ? Et s’il n’y avait que vous pour me le dire ! Si vous saviez les milliers de messages que j’ai reçus directement ou que l’on m’a remis de la part de communistes du PCF…

Christine : Oui, vous avez raison ! Tirons-nous d’ici ! À rester enfermés dans ce placard, on pourrait choper la méningite et rester idiots ! De toute façon, c’est un baltringue !

Clémentine Autain : Moi, je vous ferais dire que…

Claire : Non, mais ne te fatigue pas chérie ! On n’a pas besoin de toi non plus ! Parce que justement, on a autre chose à foutre aujourd’hui que de traiter avec des baltringues !

Tous s’en vont, laissant Pierre Laurent et Clémentine Autain seuls.

Jeanne : Non, mais franchement, quel pigniouf celui-là ! Je n’avais pas imaginé que c’était à ce point quand même ! Bon alors et nous ! Qu’est-ce qu’on fait maintenant ? On s’y met pour de bon au turbin pour aller chercher le peuple, ou on négocie encore avec d’autres branquignols du même style ? Parce que des comme eux, on en a plein à Gauche !

Vincent : On se fâche pour commencer ! On fait les gros yeux et on donne de la voix !

Jean-Luc Mélenchon : Oui, on peut faire ça mais pas que, Vincent ! Je connais ton coeur noble et vengeur. Je sais combien tu veux en découdre avec celles et ceux qui nous ont mis là où l’on est. Mais il faut que tu comprennes que je ne peux plus être un enragé moi-même. À toi de l’être et de continuer à l’être. Ça ne me dérange pas. Il ne faut pas que des faibles ou des timides aient le dernier mot dans mon équipe. Je ne veux pas de seconds couteaux ou de troisièmes canifs élimés autour de moi. J’ai besoin de citoyen-ne-s enflammées qui vont au feu en criant “À l’abordage” surtout quand ils en ont entre les deux oreilles… Mais moi, tel le capitaine du vaisseau, observant la bataille, depuis le navire amiral,  et organisant les assauts, je me dois de doser mon vocabulaire et le ton que j’emploie.

Vincent : C’est exactement ainsi que je vois les choses Jean-Luc ! Moi, je n’ai pas d’autre ambition que de te faire élire. Je suis prêt à prendre des coups. À en donner aussi. On est tous dans cet état d’esprit ici. On se fiche complètement de sortir, de cette campagne électorale, en étant cramoisi-e-s aux yeux des autres, car si on parvient à t’installer – pour quelques temps – au Palais de l’Élysée, on aura fait le boulot. On sera fiers. On ne lâchera pas le morceau mais on sait qu’on aura été compris par les masses. Je dis quelques temps, juste le temps de changer le régime politique et de sortir la France de l’Union européenne et de l’OTAN, pour redonner à son peuple tout le pouvoir souverain dont il fera ensuite l’usage qu’il voudra !

(Claire sort un papier de sa poche)

Jean-Luc Mélenchon : Qu’est-ce que c’est ?

Claire : Un message personnel à ton attention, cosigné par, juste quelques militant-e-s ordinaires. Si je te dis leurs noms, cela te parlera-t-il ? Essayons…

Il y a là Rafaël Correa et puis Nicolas Maduro ; ici je vois Evo Morales, Pepe Mujica et mêmes les deux frères, Raul et Fidel Castro. Et puis il y a ça… Ah, je dois dire que je ne suis pas mécontente de ça, car ça va avoir son petit effet, j’en suis certaine !  C’est grâce à Raquel que nous l’avons obtenu. C’est elle qui a fait ce qu’il faut à l’occasion de son séjour récent aux États-Unis. Non, non, ce n’est pas Hillary Clinton qui s’excuse devant toi d’avoir dit cette connerie sur la France en voulant moucher son concurrent lors d’un débat télévisé. Non, c’est un message de… de… de… tu veux savoir de qui ? Non, pas de Barack Obama. Lui, de toute façon, il est sur le départ. C’est un has-been ! Ou plutôt, c’est un “has never been” ! Non, il s’agit d’un vieux grand-père attendrissant, et rugueux à la fois. Personne ne le connait en France, ou si peu ! Son nom est Bernie Sanders ! Il est candidat à la primaire des Démocrates et est en train de flanquer une sacrée peignée à la Dame de l’Establishment ! Avec un discours clairement de gauche et des slogans que le peuple américain est peu habitué à entendre – c’est un euphémisme ! – il est en train de faire bouger les lignes d’une manière inattendue. La tectonique des plaques va vivre une nouvelle époque d’activité intense… Là, il te dit quelques trucs dont, peut-être, tu pourrais t’inspirer. Et surtout, il te propose un plan concerté de dynamitage de l’ordre impérialiste atlantiste pour le jour où vous serez tous les deux au pouvoir suprême. Avec tout ce que ces militant-e-s ordinaires te conseillent – et te déconseillent – de faire, tu as de quoi méditer. En fait, avant même de les avoir lus, certains des conseils de ce Sanders, tu sembles les avoir entendus au regard de ce que je vois depuis deux semaines…

Crois bien que ça me réjouit car ça fait des mois qu’avec mes proches, je bossais dans mon collectif international pour avoir ce petit papier griffonné amicalement et respectueusement, de leurs mains illustres !

Ce qu’ils écrivent, c‘est de la bombe, Jean-Luc ! C’est LA potion de réussite, fabrication maison, succès garanti. Par contre, son coût est élevé. Va falloir casquer, Jean-Luc ! Pas lâcher des biftons pas quintaux, non, quelque chose de bien plus difficile mais qui est ô combien plus exaltant de tenter : convaincre environ 10 millions de Français de te choisir au premier tour.

Jean-Luc Mélenchon : Vendu ! J’m’y colle ! Comptez sur moi pour vous rendre au centuple ce que vous avez déjà fait – et allez faire – d’ici l’an prochain. Vous incarnez ce peuple insoumis que j’admire.

Claire lui donne le papier.

***Générique***

Lionel : En plus, le problème, c’est pas que une histoire de popularité…

Claire : Nous le savons bien, Lionel, mais il faut déjà qu’il y croit vraiment lui-même or avec tous les nases qui l’ont entouré depuis des années, il faut qu’il se décontamine. Ça ne se fait pas en quelques jours ! Tu sais, au sein du PG et à proximité du PCF, il était soumis à une très haute radioactivité… Mais bon, il semble que le traitement citoyen lui soit des plus bénéfiques. Je sais bien qu’il n’a pas encore, quoi qu’il en dise publiquement, la conviction qu’il peut l’emporter, malgré tous es encouragements qu’il reçoit, si souvent répétés pour lui donner confiance. Il ne se croit pas encore capable de rassembler au-delà de la Gauche or nous, nous savons qu’il PEUT le faire et qu’il VA le faire. Il faut que nous le convainquions de cela et nos frères d’armes de cette belle Amérique alternative et non-alignée lui disent certaines choses de nature à le faire évoluer dans le sens que nous souhaitons.

Christine : Et pour aller à la rencontre du peuple d’en bas, il faut qu’il soit certain d’aller chez des ami-e-s et non chez des “allié-e-s” car avec eux, il a mangé bon ces derniers temps. Et il a encore quelques symptômes de celui qui a été fortement échaudé depuis 3 ans…

Jeanne, Bob, et Vincent [ensemble] : Claire et Christine ont tout dit !

Casser le schéma – Par Tommy Lasserre le 13/12/2015

Note de Vincent LE ROUX : je publie ici le réquisitoire d’un camarade du PG, mon ancien parti que j’ai quitté en mai dernier largement pour les mêmes raisons que celles évoquées par Tommy dans sa diatribe, parce que ça dit énormément sur ce que le PG est devenu. Et les terme sont cruels mais tellement justes !

Militant jusqu’alors dans un parti prétendant incarner « l’opposition de gauche », les résultats des régionales et les tractations politiciennes qui en découlent marquent pour moi la fin d’une séquence. Je devrais être effondré par les résultats, par le fait que plus de la moitié des français ne se reconnaissent plus, par le vote Front national, par le fait que les partis du système se maintiennent, et surtout par l’effondrement total des forces à la gauche du PS, et le fait que mon parti, le Parti de Gauche, s’enfonce dans la compromission qu’il reprochait jusqu’alors à ses alliés du Front de Gauche, et hypothèque ses chances d’incarner une alternative crédible au système en se jetant dans des alliances de circonstance -pardon, des « fusions techniques »- avec le PS. Mais non, je ne le suis pas.

Je ne le suis pas tout simplement parce que tout cela était extrêmement prévisible pour quiconque n’est pas resté enfermé ces derniers mois dans la bulle de confort que confère l’entre-soi militant. Absolument tout, à commencer par notre propre échec. Pas du fait du destin ou d’une volonté divine, juste par un enchainement de causes et de conséquences logiques, découlant de stratégies hasardeuses, voire d’une absence totale de réflexion stratégique, de la part d’une clique de politiciens médiocres s’imaginant en phase avec les attentes des français. Je parle ici de la direction politique de mon Parti. D’incapables aux ambitions médiocres, engoncés dans des schémas de pensée périmés. De ces gens qui ont repris la tête du Parti après que Jean-Luc Mélenchon l’a quittée pour des raisons qui lui sont propres, qui s’imaginent marcher dans ses pas, mais qui n’ont jamais vraiment compris ce qu’il disait, ce qu’il écrivait, ce qu’il incarnait. De ces gens qui aujourd’hui vont jusqu’à hypothéquer ses chances de fédérer tous ceux qui veulent casser les vieux schémas, trop occupés à essayer de sauver des structures du passé pour ne pas se trouver en contradiction totale, par exemple, avec les thèses lumineuses développées dans le livre L’Ère du Peuple. De ces gens qui, plus par bêtise que par méchanceté, n’ont eu de cesse d’annihiler le travail accompli jusqu’alors, de brider toute créativité à l’intérieur du Parti, d’écœurer des milliers de militants sincères et de grande valeur, et de maintenir une vieille tambouille politicienne qu’ils incarnent jusqu’à la caricature.

Pour comprendre ce qui a déconné, il faut revenir à ce qu’est la politique : un affrontement entre pouvoirs visant à conquérir la légalité pour transformer le réel ; mais un affrontement dont les formes sont déterminées par un réel fluctuant, à la fois moteur et produit de la lutte pour l’institution de représentations partagées, et qui demande donc un rééquilibrage stratégique permanent. En bref, la politique s’envisage sous un angle dynamique, elle est en mouvement perpétuel, et ne saurait se considérer à un seul instant t, en partant du monde tel que l’on souhaiterait qu’il soit et non du monde tel qu’il est. Visiblement, les Coquerel, Simmonet, Vannier & co ont oublié cela (l’ont ils jamais compris d’ailleurs ?), et ont choisi de faire de la politique hors-sol. Ils ont naïvement considéré qu’il suffisait d’énoncer de grands principes hérités du passé, à grand renfort d’analyses et de mots-concepts forts dans l’absolu, mais totalement déconnectés du sens commun, et d’attendre que la crise fasse son effet pour que les masses se tournent spontanément vers eux. Mais les choses ne fonctionnent pas comme ça. La politique n’est pas un grand marché où chaque citoyen se positionne rationnellement en fonction de la coïncidence entre les programmes de chacun et leur intérêt réel. Elle fait appel aux affects, aux imaginaires, aux référentiels individuels et collectifs. Nos ennemis l’ont bien compris. Si leur idéologie s’est imposée à l’ensemble de la société, ça n’a pas été d’un claquement de doigts. Le grand tournant néo-libéral des années 80 ne fut pas le résultat d’un tour de magie, mais d’une conquête des imaginaires par tous les canaux de diffusion d’un modèle de pensée cohérent. La poussée réactionnaire et nationaliste actuelle n’est pas seulement le fruit de la crise, mais d’une offensive culturelle de grande ampleur. En gros, nos ennemis aussi ont lu Gramsci, mais eux ne se contentent pas de lui piquer une citation de temps en temps pour faire classe sur dans un texte de congrès ou sur un statut Facebook : ils ont cherché à comprendre ce qu’il disait, et ont appris avec lui à mener l’offensive de manière efficace. En refusant de travailler de longue haleine à conquérir les imaginaires, préférant naviguer à vue entre deux déroutes électorales, les dirigeants de notre camp (pas juste ceux du PG…) condamnent notre projet à rester confiner à la marge de la société, dans un espace se réduisant de plus en plus. Dès lors, pour citer également le philosophe italien, ils deviennent un obstacle à l’éclosion du nouveau. Ils deviennent partie intégrante du problème, et non de la solution. Ils deviennent les phénomènes morbides que l’on observe lorsque la crise est là. Tel est le véritable drame de la « gauche radicale » française. Les fusions avec le PS ne sont que la conséquence logique, et au final anecdotique, de cette incapacité à être à la hauteur de la tâche qui devrait être la notre, voire même à concevoir l’existence de cette tâche. Le fait que cette incapacité ne soit pas lié à une quelconque malveillance mais à un cocktail détonnant de naïveté, de bêtise et d’incompétence n’excuse rien : à certains moments de l’Histoire, être incompétent, bête et naïf devient criminel. Ces gens ne sont pas juste inutiles : ce sont des boulets, des alliés objectifs du système. Dès lors, on peut légitimement considérer que changer le monde implique de se libérer d’eux. C’est pour ça que cette semaine, j’ai quitté le PG.

Cette semaine, j’ai rendu ma carte. J’ai démissionné du Parti de Gauche. Comme plein d’autres camarades de valeur avant moi, et comme plein d’autres le feront dans les prochains jours. D’autres, qui partagent pourtant mon constat, feront le choix -tout aussi respectable- de rester. Si je le comprends, je ne suis guère sensible aux arguments employés. Pourquoi rester ? Parce qu’il faut continuer à porter la résistance en interne ? Parce qu’il faut une structure, et que le PG est la seule à même de changer la société ? Parce qu’on doit maintenir l’espoir au sein de la base ? Parce que « si on part, on laisse le champ libre à la direction », ou, variante, « on leur fait plaisir » ? Leur faire plaisir… et alors ? Je ne suis pas ici pour faire plaisir ou pour faire chier mes anciens leaders. Ils ne m’intéressent plus. Leur laisser le champ libre pour faire quoi ? La même chose qu’aujourd’hui, c’est à dire rien ?

Depuis 1 an et demi, je porte une parole de résistance en interne, avec d’autres. Au bout d’un moment, il faut se poser la question de ce que ça apporte, tout ce temps passé à tenter de porter une stratégie différente, un discours différent, à s’épuiser à démontrer à des idiots condescendants que ce qu’ils font nous mènent dans le mur, avec des arguments qu’ils ne comprendront pas puisqu’ils ne rentrent pas dans les cadres de leur pensée étriquée. Tout ce temps passé à écrire des motions, à s’envoyer des mails, à organiser des réunions où nous restons entre nous à parler de choses qui n’intéressent que nous. Et, quelques fois, à sortir de notre bulle, mais pour coller des affiches moches associant graphisme hérité des années 60 et slogans pétés, pour diffuser des tracts que personne ne lit, car enchaînant des mots-valises dans un langage qui n’est pas celui des vrais gens… Franchement, tout ce temps perdu, il n’y aurait pas carrément moyen de l’employer à faire de la politique autrement, à construire des outils destinés à changer vraiment les choses ?

Rester pour les adhérents ? Ceux qui ne sont pas encore partis commencent à se rendre compte qu’il n’y a rien à espérer d’un cadre où les règles du jeu changent au fur et à mesure, en fonction de l’intérêt ou des lubies de quelques uns. Prétendre que l’on peut changer les choses de l’intérieur, n’est-ce pas entretenir une illusion qui, lorsqu’elle s’évaporera, provoquera un dégout d’une ampleur au moins équivalente ?

Et surtout, changer les choses à l’intérieur du Parti pour quoi ? Bien sûr qu’une structure est essentielle pour changer le pays, mais pourquoi forcément cette structure là ? En quoi un groupuscule qui compte aujourd’hui moins d’adhérents que le NPA (dont on peut bien se moquer aujourd’hui…) et dont les guerres internes ne laisseront qu’un champ de ruine, constituerait un point d’appui essentiel pour changer le pays ? Pourquoi prendre la tête d’une structure minuscule et n’ayant aucune espèce d’influence sur la société serait déterminant pour l’avenir, surtout si la bataille interne nous empêche d’intervenir dans la vraie vie ?

Régénérer la politique 

Dans ces conditions, oui, pourquoi rester ? Mais surtout, pourquoi faire de cette question l’enjeu central ? Car que l’on parte ou que l’on reste, nous voyons tous que les partis tels qu’ils sont aujourd’hui n’incarnent pas l’espoir d’un changement réel. Nous voyons tous qu’il y a énormément de choses à changer dans la manière de faire de la politique à « la gauche de la gauche », si nous voulons un jour sortir de notre petite marge pour porter une perspective majoritaire. Car oui, camarades, l’enjeu, c’est quand même la victoire, c’est quand même le pays, il ne faudrait pas l’oublier. Et maintenant qu’on a tous cernés l’impasse dans laquelle on est, il serait peut-être temps qu’on réfléchisse ensemble, accessoirement en écoutant ce que les 99% de français non encartés ont à nous dire (voire même en se débarrassant assez de notre folklore pour espérer pouvoir les inclure), à la manière de sortir d’en sortir. Pas comme le ferait un cercle d’universitaires hors sol, mais au contraire en partant du réel et en expérimentant, en testant nos réflexions sur le terrain, quitte à s’écarter des sentiers battus. En acceptant que la politique est du domaine du temps long, et n’est pas juste déterminé par les calendriers électoraux que la 5eme République nous impose. Quitte à prendre le risque de se planter. Perso, je ne me barre pas pour arrêter de militer, ni pour me réfugier dans une autre structure existante ayant tout autant que la PG intégré son propre échec. Il y a mille choses à faire pour construire les conditions d’une victoire ; mille choses que j’estime pouvoir mieux faire en étant libéré du poids que représentent les vieux partis ; mille choses que j’espère pouvoir continuer à faire avec ceux qui, quoi qu’il arrive, demeurent mes camarades.

L’unitééééé est-elle l’unique solution à appliquer pour empêcher le désastre ?

La Gauche menacée en Ile de France, en Nord-Pas de Calais et ailleurs…

Déjà on entend la petite musique lancinante de la nécessaire « unitéééééééé de la gauche » pour empêcher que les régions ne basculent à droite.

C’est curieux mais moi j’ai le sentiment – très prégnant et très désagréable – que la « droite » gouverne déjà presque toutes les régions, même si elle le fait sous diverses étiquettes et avec différents prête-noms…

Il n’y a qu’à voir ce que font les régions dites de « gauche »…. Les mêmes solutions, les mêmes remèdes, les mêmes mesures qui nous enferment dans un capitalisme dévastateur des équilibres naturels et nous éloigne chaque jour davantage de relations humanistes entre les êtres humains.

Le fascisme menace nous dit-on. Il est à nos portes. En France et ailleurs dans le monde. Déjà, certains territoires ont basculé. D’autres menacent de basculer à leur tour. La guerre est encore larvée mais pourrait éclater pour de bon car les causes de celle de 1914-1918 sont bien présentes en 2015.

Alors on nous serine la réaction nécessaire : taisons nos différences. Entendons-nous. Faisons front commun. Nous nous entendons à gauche sur l’essentiel nous dit-on…

Je veux bien tolérer une « unitééééééé » de la Gauche mais à une condition, une seule : que l’on s’accorde sur ce que l’on va faire dans cette « unitéééééééé ». Et là, voyez-vous, j’ai quelques doutes sur la possibilité d’un tel accord sur le fond !

D’autres nous appellent à une union nationale qui ne tienne aucun compte des aspirations contraires des un-e-s et des autres.

Beaucoup confondent l’unité populaire nécessaire et qui, aussi étrange que cela puisse paraître, serait assez facile à obtenir si l’on sortait des schémas politiciens traditionnels, et l’union nationale qui est une forme de dictature du système avec une prétendue onction ou caution populaire.

Moi, je suis partisan de l’unité populaire (ce n’est pas pour rien que je soutiens Laïki Enotita en Grèce) qui suppose seulement que le peuple approuve un projet commun.

Je pense que quiconque proposerait en France un tel projet serait largement soutenu… pour peu qu’il n’ait pas trempé auparavant dans des combines politiciennes ou ne se soit pas rendu coupable d’avoir pris des décisions contraires à l’intérêt général…

Or c’est là que le bas blesse. C’est là notre grande difficulté du moment. Celles et ceux qui semblent proposer une alternative intéressante sont loin d’être des néophytes (à la limite tant mieux !) mais ils sont loin aussi d’être exempts de critiques.

Personne n’est parfait me répondra-t-on ! En effet ! Ce n’est pas tant que tel ou tel défaut puisse être constaté chez tel leader, tel parti, telle organisation, qui soit rédhibitoire à mes yeux, précisément parce que je suis assez tolérant pour admettre que l’on peut se tromper, s’égarer et revenir du bon côté du combat. Le problème, c’est une question de crédibilité…

Quand on dit des choses intéressantes, quand on défend un projet qui semble vraiment alternatif, mais qu’on reste uni à des gens qui, de près ou de loin, directement ou indirectement, de manière assumée ou dissimulée, restent malgré tout alliés à celles et ceux qu’on combat, on n’est pas crédible !

Quand on prétend faire autre chose mais que si on échoue à convaincre, on rejoindra celles et ceux qui font depuis toujours ce qu’on conteste, on n’est pas crédible !

Quand pour combattre un mal, on choisit d’appuyer un autre mal, on n’est pas crédible !

Quand on prétend vouloir rendre le peuple souverain sans vouloir briser les liens de la servitude, on n’est pas crédible !

Quand on prétend rassembler le peuple mais qu’on reste enfermé dans la cuisine politicienne de la Gauche, on n’est pas crédible !

Dans notre système électoral, pour l’emporter, il faut obtenir une majorité absolue au premier tour, ou une majorité relative au second et pour obtenir cela, il faut se rassembler et faire l’unitéééé de son camp.

Si vous faîtes cette unité dans la clarté, la cohérence et la fidélité aux valeurs de ce camp, vous réussissez assez bien à convaincre même celles et ceux qui n’y croyaient plus depuis longtemps car il y a un effet dynamique. On l’a vu aux présidentielles de 2012 pour le camp du Front de Gauche qui a fait le plein de ses voix et en a même sans doute gagnées ailleurs, très au-delà de son camp…

À l’inverse, quand on revient aux jeux politiciens, on se prend des vestes. La raclée s’annonce mémorable pour la gauche en général aux Régionales de décembre. Mais feu le Front de Gauche va également ramasser de violents coups dans la gueule ! Ce sera mérité quand on voit le spectacle affligeant qu’a donné, depuis juin 2012, le Front de Gauche ou plutôt celles et ceux qui l’animaient..

L’unité n’est donc source de succès que lorsqu’elle reflète un accord réel et sincère sur un projet et que les intérêts personnels s’effacent ou sont domptés et tenus en respect au profit de la promotion de l’intérêt général.

Mais faire l’unitééééééé juste pour peser plus lourdement que les autres concurrents ne peut aboutir qu’à un échec si cette unité ne repose pas sur un projet clair et enthousiasmant pour le peuple – et pas seulement pour les militant-e-s ou les cadres des organisations qui l’ont bâtie…

Si l’on accepte tous un projet clairement d’intérêt général, donc un projet qui mettra en oeuvre des décisions tout à fait différentes de celles que la droite officielle, ou le PS et ses bagages accompagnés, ont mis en oeuvre ces dernières décennies, alors oui, allons ensemble. Mais si cette condition n’est pas remplie, une large « unitéééééé » est hors de question.

La condition que je pose est évidemment une clause de style car celles et ceux que l’on combat ne sauraient renier ce qui les a toujours fait agir…

Fanchement…

Voyez-vous la droite ou le PS et ses bagages accompagnés approuver un projet du style  « L’Humain d’abord » ?

Voyez-vous la droite ou le PS et ses bagages accompagnés approuver un projet déterminé à renverser la 5e République pour rendre possible un régime où le peuple aura vraiment pleine souveraineté ?

Voyez-vous la droite ou le PS et ses bagages accompagnés approuver un projet radicalement anticapitaliste ?

Voyez-vous la droite ou le PS et ses bagages accompagnés approuver un projet qui nous libère de la servitude que nous impose l’Union européenne ?

Voyez-vous la droite ou le PS et ses bagages accompagnés approuver un projet qui tourne le dos à nos modes de vie consuméristes et dévastateurs des équilibres naturels pour rendre possible un autre monde sain et juste ?

Voyez-vous la droite ou le PS et ses bagages accompagnés approuver une géopolitique anti-impérialiste et internationaliste ?

Voyez-vous la droite ou le PS et ses bagages accompagnés approuver un véritable partage des richesses produites par tous destiné à faire disparaître pauvreté et précarité alimentaire, sanitaire, intellectuelle ?

Je pourrais poursuivre longtemps ce genre de questions…

L’unitéééé avec le PS et ses bagages accompagnés est IMPOSSIBLE désormais !

L’unitéééé avec les « modérés » de la droite et du centre est IMPOSSIBLE désormais !

JAMAIS PLUS – vous entendez ? JAMAIS PLUS – je ne voterai pour un-e candidat-e du PS, quelles que soient les circonstances ! Le FN a grossi – et nous menace – largement À CAUSE de l’action du PS depuis des décennies. Alors PLUS JAMAIS je ne serai ce citoyen affolé, halluciné, qui choisit le cancer pour ne pas subir la peste…

Et PAS QUESTION non plus pour moi d’appuyer in fine un Alain JUPPÉ parce qu’il serait moins détestable qu’un HOLLANDE, qu’un SARKOZY, qu’une LE PEN ou que je ne sais qui d’autre…

Soit il y a en lice, au premier tour, un, une ou des candidat-e-s qui portent nos espoirs et notre détermination pour rebâtir un monde de liberté, d’égalité et de fraternité donc de partage, de justice et de paix, et qui gardent une crédibilité, et je voterai encore pour eux. Soit il n’y a que des arrivistes, des carriéristes, des politicien-ne-s madré-e-s, aussi détestables que ceux ou celles qu’ils disent affronter, qui se sont employés depuis des mois à fabriquer des alliances parfois indignes (indignes parce que ne reposant pas sur autre chose que des intérêts personnels, très éloignés d’un projet de reconstruction politique au sens noble du terme), et alors je ne me déplacerai même pas.

Comme je n’ai aucune illusion et que je crois être assez conscient de la réalité que nous vivons, en décembre pour les Régionales, j’agirai comme je l’ai déjà fait en 2014 pour les Départementales. Au second tour, je serai un abstentionniste puisque le vote blanc ne sert à rien.

Inutile de venir me faire la leçon. J’ai toujours voté à toutes les élections sans exception depuis que j’ai l’âge de le faire. J’ai 40 ans. J’avais souvent à l’esprit moi-même les arguments qu’on oppose aux abstentionnistes et cela me motivait parfois pour préférer voter « blanc ». Mais aux Départementales, pour la première fois, j’ai préféré m’abstenir au second tour. S’abstenir est aussi un choix et porte un message. Parmi les abstentionnistes, il y a bien sûr celles et ceux qui se contrefoutent de la politique depuis toujours mais leur nombre est résiduel. L’immense majorité des abstentionnistes sont des citoyen-ne-s éveillé-e-s mais très contrarié-e-s et qui hurlent ainsi un message très clair.

Cette fois, aux Régionales, c’est dès le premier tour que je m’abstiendrai car ce que je vois, ce que je lis et ce que j’entends est très loin de correspondre aux idées que je me fais de l’avenir dont nous avons besoin. Alors faute de pouvoir influer moi-même sur les évènements, je me retire sur l’Aventin… avec une cohorte de citoyen-ne-s désabusé-e-s, écoeuré-e-s, extrêmement contrarié-e-s MAIS PAS DÉSESPÉRÉ-E-S !

Nous ne sommes pas seulement des victimes de forces contre lesquelles nous ne pouvons rien. Nous sommes aussi des victimes de notre refus de nous libérer. Le principe de la servitude volontaire….

C’est à nous de prendre désormais notre vie en mains, malgré le système qui tend à nous dissuader de le faire, malgré les contraintes qu’on nous impose et les coups de fouet qu’on nous inflige.

Des milliers de gens ont abandonné la politique qui se fait sur la « scène » politique mais n’ont pas abandonné la politique pour autant, la politique au sens noble. Ils en font aussi en repensant le monde et en menant des alternatives radicales et concrètes chaque jour, dans leur vie, dans leur entourage.

Je l’ai déjà dit, je le répète. Ce n’est pas au niveau macro-politique que nous inverserons la course fatale. C’est au niveau le plus local, quand nous serons des millions à avoir compris et à avoir commencé à changer nos modes de vie, notre façon d’habiter la terre et réussi à faire en sorte que nos pratiques quotidiennes soient en résonance avec le diagnostic que nous avons fait et que nous aurons essaimé.

Ce n’est pas le PG, le PCF, le Front de Gauche qui changeront le monde.
Ce n’est pas davantage l’UPR, le M’PEP, le PRCF, le NPA ou je ne sais qui d’autre dans la galaxie institutionnelle des partis.

C’est NOUS !