Les sanglots longs des violons de l’automne…

“Le passé n’est qu’un prologue” disait Shakespeare…

Ami-e-s, camarades, vous savez que ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort. Nous ne sommes pas morts. Bien au contraire. Nous n’avons pas encore réussi à accomplir notre rêve ce dimanche. Jean-Luc Mélenchon ne sera pas notre Président de la République le 7 mai. Et, du coup, je vois déjà pas mal d’insoumis-e-s se projeter déjà en 2022, au terme régulier du prochain mandat présidentiel que la séquence électorale 2017 va ouvrir.

Personnellement, je trouve cela à la fois puéril, ridicule et désespérant. Nous ne pouvons attendre cinq ans de plus. Et je n’imagine pas que le peuple attendra cinq ans de plus pour prendre son destin en mains.

Que ce soit sous une présidence de Marine Le Pen, ou sous une présidence d’Emmanuel Macron, lequel n’agira que « par délégation » de qui on sait (en gros, il fera le spectacle sur le devant de la scène et signera les parapheurs), la crise de régime ne tardera pas. Car ce qu’ils promettent, l’une comme l’autre, ne peut que jeter dans la colère des millions de Français.

Et puis, gardons bien à l’esprit qu’en juin, il y aura des élections législatives. Elles seront fondamentales. Plus qu’elles ne l’ont jamais été !

Car en 5e République, pour que le Président de la République soit le monarque républicain que nous dénonçons, encore faut-il qu’il ait une majorité qui lui soit favorable, ce qui lui permet d’avoir un gouvernement à sa botte. Sans majorité absolue, pas de gouvernement viable. Ils seront contraints de s’entendre avec d’autres qui risquent de ne pas leur faciliter la tâche.

Et lorsqu’on étudie les résultats de ce premier tour, on constate qu’en divers endroits, c’est Mélenchon qui est en tête, parfois avec une grosse avance sur le suivant, et que Macron est relégué à la 3ème place. La France est divisée en quatre forces de poids à peu près équivalent autour de 20%.

JAMAIS une élection présidentielle n’a donné de tels résultats. Les écarts ont toujours été bien plus conséquents entre les deux premiers et les suivants. Et si, par exemple en 1995, le 3ème (Balladur) n’était qu’à moins de 2 points du 2ème (Chirac), ces deux-là se réunirent au second tour pour ne former qu’une seule force. Donc rien de comparable à ce qui se passe aujourd’hui.

J’ai écrit, dans un billet publié hier, que j’étais convaincu qu’une grande coalition allait naître aux Législatives autour de Macron. Parce que le PS d’une part, les centristes de l’autre, mais aussi quelques-uns du parti de droite « Les Républicains » allaient se jeter à corps perdu dans cette arche de Noe. C’est évident et a priori cela représente un poids certain. Sur le papier en tout cas !

Mais d’un autre côté, la campagne de Mélenchon a connu une dynamique exceptionnelle et rien ne dit que l’échec du 1er tour l’interrompe. C’est à nous de maintenir la pression. C’est à nous de rester mobilisés. C’est à nous de tenir la rue et les places. C’est à nous de continuer encore et encore à présenter notre projet, à l’expliquer, à donner envie aux 10 millions d’abstentionnistes que nous n’avons pas su convaincre. Oui, il y a eu plus de 10 millions d’abstentionnistes à ce 1er tour. C’est donc un réservoir considérable de nouveaux soutiens.

Je n’ignore pas que lors des élections législatives, il y a toujours eu une démobilisation de celles et ceux dont le candidat n’avait pas gagné la présidentielle. Mais ceci s’explique par le fait que jusqu’ici les écarts étaient tels que personne ne pouvait rationnellement imaginer inverser ou même seulement contrarier aux Législatives le résultat de la présidentielle. Cette fois-ci, tout est différent.

Et rappelons-nous aussi que bien souvent les projections en termes de sièges imaginées au soir du 2nd tour de la présidentielle, ou au soir du 1er tour des élections législatives, ne se sont pas vérifiées. Notamment parce qu’il est arrivé assez souvent que le second tour des Législatives atténue, module, corrige les résultats du 1er tour. Il y a donc bien des cartes à jouer. Et ce que nous ne devons surtout pas faire, c’est nous disperser et « rentrer à la maison » pour « cultiver notre jardin » ! Bien que cette activité soit très profitable soit-dit en passant…

Nous sommes insoumi-e-s, nous sommes donc des combattants et un premier échec, très partiel, ne doit pas nous faire entrer en hibernation en attendant des jours meilleurs. C’est à nous de les faire advenir. Et c’est donc à nous de mener le combat dans cette nouvelle séquence.

Macron est à 24%, Le Pen à 21%, Fillon (qui se met en retrait) et Mélenchon à plus ou moins 20%.

Le scénario de ces Législatives n’est donc pas écrit, quoi que puissent en dire les relais médiatiques de Macron. Les circonstances électorales du moment que nous vivons sont tout à fait inédites. Donc, oui, tout est encore possible.

Un Président sans majorité ne peut rien. C’est une potiche. Même en 5e République ! Il n’est surpuissant, je le répète, que s’il peut s’appuyer sur une majorité et sur un gouvernement en découlant.

NOUS, à la France insoumise, nous devons tout faire pour priver le prochain Président de cette majorité. Le Pen, si c’est elle, ne pourra jamais avoir une majorité. Et si c’est Macron, malgré la grande coalition probable, il n’est pas certain du tout qu’il obtienne une majorité. Car la grande coalition rassemblera largement des gens que le peuple ne veut plus voir !

Macron lui-même peut faire illusion et sembler paraître neuf, innocent, différent, comme Hollande, en 2012, donna à beaucoup d’ignorants et de naïfs l’illusion qu’il était de gauche… Macron peut sembler un homme “neuf” à celles et ceux qui ne s’intéressent pas à la politique, mais tous ceux qui l’appuieront et qui constitueront les piliers de sa campagne législative, ne pourront bénéficier de cette image fraîche de l’innocence. On retrouvera le pire de ce qu’on a connu avec Hollande. Et je prévois de nouveaux coups de balai en juin. Le dégagisme qui a déjà éjecté Hollande, puis Sarkozy, puis Juppé, puis Valls, puis Fillon et Hamon, ne vas pas s’arrêter…

Une grosse partie de la droite ne se ralliera pas à Macron et cherchera à obtenir le plus grand nombre possible de députés sous son propre nom.

Donc, de fait, eux et nous serons des « alliés objectifs » comme on dit pour barrer la route à une majorité Le Pen ou Macron.

On a bien vu que la campagne Fillon a stagné et le résultat du 1er tour le confirme.

On a bien vu que la campagne Le Pen n’a pas eu le succès escompté, même si Marine Le Pen a réussi l’essentiel : accéder au 2nd tour.

Donc, le paysage politique qui sera celui de la France au soir du 2nd tour des Législatives est totalement impossible à décrire aujourd’hui.

Mélenchon a été notre brillant candidat. Il nous a mis en situation de peser de manière décisive sur la suite. Il nous a fait gagner 3 millions de suffrages supplémentaires par rapport à 2012. On a presque doublé notre score !

On a des milliers de groupes d’appui et des dizaines de milliers de militant-e-s bien moins formatés et disciplinés que ceux des partis. Mais pas moins éveillés qu’eux !

Plutôt que de nous projeter aujourd’hui en 2022, voyons ce qu’il est possible de faire dès maintenant.

Je suis de ceux qui pensent que MÉLENCHON DOIT ABSOLUMENT ÊTRE CANDIDAT LUI-MÊME AUX ÉLECTIONS LÉGISLATIVES.

Il l’avait été en 2012, à Hénin Beaumont, et avait échoué tant certains de nos prétendus camarades et alliés lui avaient savonné la planche.

Il y a de nombreux territoires, et donc incontestablement de nombreuses circonscriptions, où Mélenchon a obtenu dimanche des scores inattendus, bien plus haut qu’on ne l’aurait imaginé. Il a donc toutes ses chances d’être élu député. Surtout si on s’y met tous. Notre force sera irrépressible.

Avec Jean-Luc Mélenchon député à l’Assemblée nationale, quelle que soit la majorité qui sortira des urnes en juin, tout serait différent par rapport à une situation où il n’y serait pas. En disant cela, je ne fais injure à aucun leader de la France insoumise. Nous avons pu constater, au cours de cette campagne, que bien des proches de Jean-Luc Mélenchon ont donné le meilleur d’eux-mêmes, se sont dévoués, se sont « épaissis ». Il y en a qui aujourd’hui ont gagné leurs galons d’officiers supérieurs et ils seront ceux qui nous conduiront vers les prochaines victoires qui ne manqueront pas d’arriver, bien plus vite que ne le craignent les oligarques qui croient avoir gagné…

Nous ne pouvons nous résoudre ni à considérer que Mélenchon a fait son temps et que cette élection présidentielle était son dernier combat, ni à renvoyer son avènement en tant que Président de la République à la prochaine élection présidentielle que le calendrier fixe aujourd’hui à 2022. NOUS AVONS ENCORE BESOIN DE LUI, ICI ET MAINTENANT !

Et je pense que nous devons le convaincre qu’il doit prendre sa part du combat législatif en étant une fois encore celui qui marchera devant, celui qui nous représentera tous, celui qui pourra ensuite faire entendre notre voix à l’Assemblée, celui qui sera prêt à toute éventualité, puisque la crise de régime ne manquera pas de survenir très vite. Bien avant que le mandat 2017-2022 n’arrive à son terme régulier.

Je pense que nous devons tous, toutes, faire passer ce message à Jean-Luc Mélenchon et à tous ses proches: Raquel Garrido, Alexis Corbière, Gabriel Amard, Charlotte Girard, Djordje Vuk Kuzmanovic et celles et ceux qui ont animé la campagne.

On ne lâche rien, les insoumi-e-s !

On a perdu la première bataille, mais on n’a pas perdu la guerre comme dirait l’autre…

« Nous sommes le matin neuf qui se lève » disait poétiquement Jean-Luc Mélenchon dimanche soir.

Et notre défaite de dimanche a bien des allures de victoire prochaine. À l’inverse, l’apparente victoire de Macron ressemble fortement à celle de ce roi grec antique du nom de Pyrrhus…

 

Le jour d’après… La victoire à la Pyrrhus du candidat de la caste oligarchique et du « kapo » du système

Mes ami-e-s, mes camarades,

La crise de régime ne saurait tarder. Nous devons être prêts. Et donc ne surtout pas nous démobiliser. Et encore moins nous disputer.

Je me permets de mettre en garde contre les « bilans » qui voudraient tenter d’expliquer notre échec en pointant certaines insuffisances de notre candidat, de notre projet, ou de notre stratégie. Je ne dis pas que nous devons taire ce qui nous semble devoir être dit et analysé, mais je nous appelle collectivement à faire preuve de la plus grande responsabilité. Toute défaite nécessite d’être étudiée sérieusement. Nous devons collectivement tâcher de comprendre ce qui nous a manqué. Il ne s’agit pas de cacher sous le tapis ce qui peut nous sembler être la cause de notre échec. Mais si ce bilan raisonné doit être fait, qu’il le soit avec le plus grand esprit de responsabilité. Attention à ce que nous dirons. Nous ne devons surtout pas faire quoi que ce soit qui puisse conduire à entamer notre nouvelle force ou à nous diviser.

Parce que je suis de ceux qui pensent qu’un jour prochain, bien avant que ne se termine le prochain quinquennat, NOUS, la France insoumise, pourrions être appelés, comme un recours ultime, à la tête du gouvernement de la France. Je ne sais pas dans quelles conditions cela pourrait se produire mais je suis certain que ça se produira. Nous le sommes tous d’ailleurs. Mélenchon a plusieurs fois dit, et beaucoup d’autres avec lui, que la question n’est pas de savoir « si » nous gouvernerons un jour ce pays mais « quand » ! Les résultats d’hier le confirment on ne peut plus clairement. Nous ne gouvernerons pas ce pays dès le mois de mai 2017 mais nous pourrions être dans cette situation dans quelques semaines, dans quelques mois.

Pour le moment, la crise de régime n’est pas encore confirmée. Certes, nous percevons bien déjà les multiples indices de sa présence, mais pour l’instant cette crise politique demeure larvée. On la sent poindre mais elle n’est pas encore ouverte. Les élections se sont tenues, deux candidats ont été sélectionnés, l’un d’eux sera élu dans deux semaines, puis investi. Un Premier ministre sera nommé puis un gouvernement pour aller jusqu’à la séquence électorale suivante, celle des élections législatives. Tout semble fonctionner normalement. Business as usual dirait l’autre… Et pourtant ! Qui ne voit pas que nous nous rapprochons du terme de ce régime ?

En 5e République, lorsque le Président a une majorité « à lui », fût-elle remuante ou « frondeuse », l’Exécutif a, contre les députés à l’Assemblée Nationale, tous les pouvoirs de contrainte puisqu’il dispose, via la constitution, de ce que les juristes désignent sous le vocabulaire de « mécanismes de rationalisation du parlementarisme ». Parmi ces mécanismes constitutionnels : le vote bloqué (le gouvernement impose un vote unique sur plusieurs articles d’un projet de loi, ce qui contraint à choisir en bloc sans pouvoir valider l’un et refuser l’autre), le vote en urgence (qui réduit fortement le temps du débat parlementaire), et in fine la possibilité de faire adopter un texte sans vote (le fameux mécanisme de l’article 49-3). Lorsque la majorité est favorable au Président de la République, le Premier ministre est toujours, sinon en droit du moins en pratique, un « assistant » du Président, un « chef d’orchestre » qui ne fait que faire jouer la partition écrite par le seul Président.

Or ce que dit la constitution (en son article 21), c’est que c’est le Premier ministre – et non le Président de la République – qui « détermine et conduit la politique de la nation ». Donc, si le Premier ministre se soumet au Président et n’assume pas son rôle constitutionnel, c’est pour des raisons politiques. C’est parce que le Premier ministre est nommé et révoqué par le Président. Donc si un Premier ministre ne se soumettait pas, le Président pourrait le révoquer. Et cela fut fait plusieurs fois depuis 1958. Le Premier ministre tire sa légitimité de l’investiture que reçoit le gouvernement à l’Assemblée Nationale lors du vote suivant la déclaration de politique générale, mais il la tire aussi et surtout du Président de la République. Ainsi, un Président ne peut maintenir en fonction un Premier Ministre contre la volonté de l’Assemblée Nationale mais il faut comprendre que l’Assemblée Nationale ne peut désavouer directement le Premier ministre. C’est le gouvernement en tant qu’organisme collégial qui peut être soumis à une motion de censure, pas le seul Premier ministre. Et ceci ne s’est produit qu’une seule fois depuis 1958 [1]. En revanche, même un Premier ministre qui a la faveur de l’Assemblée peut être démis de ses fonctions par le Président de la République.

Il n’y a qu’en période de cohabitation que le Premier ministre retrouve la faculté d’exercer vraiment tous les pouvoirs constitutionnels de sa fonction. Parce que, en période de cohabitation, la majorité à l’Assemblée Nationale n’est pas favorable au Président de la République et ce dernier se retrouve donc dépourvu de la plupart de ses pouvoirs.

La constitution fait du Président de la République un arbitre. C’est le texte même de la constitution qui le dit en son article 5. Certes le Président de la République dispose de certains pouvoirs propres mais la plupart de ceux-ci ne trouvent réellement à s’appliquer que si le Premier ministre et les membres du gouvernement lui sont favorables.

Je ne peux ici entrer dans les détails qu’il serait pourtant utile de décrire, mais il faut savoir que si le Président de la République est surpuissant en 5e République dans un contexte « normal » où il y a adéquation entre lui et la majorité à l’Assemblée Nationale (ce qui nous conduit à juste titre à dénoncer le caractère monarchique du régime), sa capacité d’action devient en revanche tout à fait secondaire en période de cohabitation. Traditionnellement, on considère qu’il ne conserve que ce que l’on appelle le « domaine réservé » qui recoupe la diplomatie et la défense. Mais si lors des trois périodes précédentes de cohabitation (1986-1988, 1993-1995 et 1997-2002), les premiers ministres (respectivement Chirac, Balladur et Jospin) acceptèrent ce principe, c’est bien parce qu’ils refusaient d’ouvrir une crise de régime et qu’ils ont donc accepté plus ou moins de bonne volonté ledit principe. Ils auraient pu rendre la vie impossible au Président et déclencher de fait une crise ouverte. Ils s’y sont tous refusé.

Pourquoi dis-je cela ? Eh bien parce que la constitution fait du Président de la République le « chef des armées » (article 15) mais fait du Premier ministre le « responsable de la défense nationale » (article 21) et que c’est le gouvernement, on l’a déjà dit plus haut, qui « détermine et conduit la politique de la nation » mais qu’en outre c’est encore « le gouvernement » qui « dispose de l’administration et de la force armée » (article 20). Ces éléments textuels de la constitution sont donc tout à fait antagonistes et susceptibles de voir les deux têtes de l’Exécutif s’opposer frontalement. Relisez ces dispositions constitutionnelles : le Président est le chef des armées et préside les conseils et comités supérieurs de la défense nationale mais le Gouvernement dispose de l’administration (donc de l’appareil diplomatique) et de la force armée (donc de l’armée). Et c’est le Gouvernement qui détermine et conduit la politique de la nation or la défense et la diplomatie relèvent bien, évidemment, de la politique de la nation. Donc si le Président est le chef des armées et préside les organes délibératifs de la défense nationale, on peut aussi considérer qu’il est quelque peu lié à la politique de la nation définie en matière de diplomatie et de défense par le gouvernement…

Par ailleurs, le Président est l’autorité constitutionnelle qui « accrédite les ambassadeurs et les envoyés extraordinaires auprès des puissances étrangères » tandis que « les ambassadeurs et les envoyés extraordinaires étrangers sont accrédités auprès de lui » (article 14). Pour autant, il ne s’agit que d’autoriser des personnes à exercer une fonction, pas de décider du fond qui relève du gouvernement.

Si le Président dispose de pouvoirs propres (nomination du Premier ministre, droit de dissolution de l’Assemblée Nationale, droit d’organiser un référendum sur certains sujets), ceux-ci n’ont pas non plus d’effet direct quant au fond de ce qui est décidé. En effet, si le Gouvernement détermine et conduit la politique de la nation et que le Premier ministre « dirige » l’action du gouvernement, le Président lui « assure, par son arbitrage, le fonctionnement régulier des pouvoirs publics et assure la continuité de l’État » ce qui donne forcément lieu à interprétation quant aux modalités concrètes de mise en œuvre de ce principe. Rien n’est dit par le texte. Il en est de même lorsque la constitution dispose que le Président « est le garant de l’indépendance nationale, de l’intégrité du territoire et du respect des traités. »

Tous ces éléments constitutionnels disent bien que le Président n’est pas du tout le chef. D’ailleurs, de 1958, date de la mise en œuvre de la constitution, à 1962, date à laquelle fut adopté le nouveau mode d’élection du Président de la République, seule la personnalité exceptionnelle de De Gaulle lui donnait le pouvoir suprême qui était le sien. Sa légitimité politique, juridique, était faible comparé à celle des députés élus au suffrage universel. C’est bien l’élection du Président de la République au suffrage universel qui a changé fondamentalement la donne puisque le Président était désormais soutenu par des millions de Français tandis que les députés l’étaient au mieux par quelques dizaines de milliers de Français. Ce mode d’élection du Président conduisit à ce que les candidats défendent un projet politique qui ensuite constituait en quelque sorte la trame, le cadre de la politique qui allait être mise en œuvre par les gouvernements du Président élu. L’élection législative perdait son rôle majeur pour n’être plus qu’une occasion de confirmer le choix fait lors de la présidentielle.

Le passage au quinquennat et l’inversion du calendrier électoral en 2002 (la présidentielle étant organisée avant les législatives) accentuèrent encore la présidentialisation du régime.

Donc, arrivés à ce point de ce billet, vous avez compris qu’un Premier ministre de cohabitation pourrait fort bien s’opposer frontalement au Président de la République jusqu’à déclencher une crise ouverte.

Le Président de la République, parmi ses pouvoirs propres, détient celui de promulguer les lois. Les interprétations varient à ce sujet. Certains considèrent que la disposition constitutionnelle impose au Président de la République de promulguer les lois votées par le Parlement (dans les 15 jours dit le texte de l’article 10) ne laissant au Président que la possibilité prévue par l’alinéa 2 de l’article 10, à savoir demander une seconde délibération de la loi (c’est-à-dire de remettre le texte en discussion au Parlement). D’autres considèrent que le Président ayant le pouvoir de promulguer les lois, il a aussi celui de refuser cette promulgation. Mais il faut avouer que cette interprétation-là est très contestée. En tout cas, si ce cas se présentait un jour, il ouvrirait de fait une confrontation majeure entre d’un côté le Président et de l’autre le gouvernement et la majorité à l’Assemblée.

Rappelons que ce refus de promulgation ne s’est presque jamais produit. Seul le président Mitterrand usa de ce « droit » lors du 1er gouvernement de cohabitation avec Chirac (1986-1988) à propos de certaines ordonnances.

Pour résumer, si, au terme des élections législatives à venir, le Président de la République élu le 7 mai n’obtient pas une majorité à l’Assemblée Nationale, il ne pourra que désigner un Premier ministre issu de la majorité sortie des urnes. Il y aura donc, d’entrée de jeu, un gouvernement de cohabitation. Ceci ne s’est jamais produit à ce jour. Chaque fois qu’il y eut cohabitation, c’est après l’exercice d’un mandat présidentiel : en 1986, ce fut après 5 ans de présidence Mitterrand ; de même en 1993 après 5 ans d’exercice de présidence Mitterrand ; et en 1997 ce fut après deux ans d’exercice de présidence Chirac. S’il n’y eut pas 5 ans cette fois-là, c’est que Chirac élu en 1995 conserva l’Assemblée qui avait été élue en 1993, et qu’il anticipa d’un an, via la dissolution de 1997, le terme du mandat de cette Assemblée. Jamais une assemblée élue directement après l’élection présidentielle ne conduisit à une cohabitation. En revanche, en 1988, après la réélection de Mitterrand, celui-ci dissout l’Assemblée élue en 1986 puisqu’elle ne lui était pas favorable et il obtint une majorité… toute relative, ce qui conduisit le Premier ministre d’alors, Michel Rocard, à faire un usage répété de l’article 49-3. Car déjà, la majorité comprenait bien des « frondeurs » que l’Exécutif dut contraindre à rentrer dans le rang.

Mais en 2017, au regard des circonstances politiques du moment, ce type d’hypothèse – que le Président élu n’obtienne pas de majorité à l’Assemblée Nationale – est tout à fait envisageable car la France est désormais non pas coupée en deux mais divisée entre quatre forces politiques à peu près égales, autour de 20%.

La « force » politique représentée par Macron, outre son assise populaire constatée lors de ce premier tour, ne repose que sur les soutiens qui lui sont venus de personnalités du PS, du centre ou de la droite. Et il est évident que ces personnalités-là ne vont toujours être en phase les unes avec les autres. Le PS va tenter sans aucun doute de « tenir » Macron mais qu’ils y parviennent n’est pas certain, pour user d’un euphémisme…

En outre, il y a fort à parier que le PS en tant que parti va disparaître. Parce que les 6% de Hamon ne peuvent constituer un socle de résistance à la volonté évidente des « macroniens » de faire table rase de ce parti et de construire autre chose. Et je perçois que ce que ces gens ont en tête, c’est une « grande coalition » à la française. On y est presque !

Du côté de la droite, il va y avoir de violents règlements de comptes et le « nouveau » parti « Les Républicains » n’y survivra sans doute pas. Entre ceux qui voudront à tout prix jouer le jeu de Macron, et ceux qui s’y refuseront absolument, sans compter les explications de gravure suite aux affaires qui ont handicapé le candidat de la droite, je crois bien que le parti de la droite va exploser lui aussi.

Une des conséquences de ce premier tour de l’élection présidentielle 2017 sera donc la fin des deux forces politiques qui ont occupé le devant de la scène depuis des décennies. D’une certaine façon, les électeurs ont pratiqué le dégagisme ! Après Sarkozy et Hollande, Juppé et Valls, c’est au tour du PS et de Fillon de voir leur tête rouler dans le panier…

Du côté de Le Pen, vu qu’elle était donnée bien plus haut qu’elle n’est aujourd’hui, on peut dire qu’elle s’est effritée. Mais elle est néanmoins toujours là et tellement présente qu’elle a, de nouveau, dépassé dans les urnes, notre propre mouvement. Il faut donc considérer, me semble-t-il, que c’est une force bien établie en France, certes qui fluctue mais reste toujours à un point très haut. On doit traiter ce problème autrement qu’en répétant en boucle des anathèmes sur le fascisme de Marine Le Pen et de son parti. Cela fait bien longtemps que ça ne porte plus.

Je suis de ceux qui pensent que ce n’est pas par racisme que plus de sept millions de Français ont, une nouvelle fois, soutenu Le Pen. Mais parce qu’ils ont le sentiment qu’elle porte une volonté de défense de la France, de la nation française, de son indépendance. Tout cela est le résultat de l’abandon par la « gauche » depuis longtemps de certains combats. Mélenchon, depuis sa déclaration de candidature, a fait un énorme travail de reconquête idéologique et le résultat qu’il a obtenu atteste qu’il a été largement entendu. Ce sont trois millions de voix supplémentaires que nous avons obtenues par rapport à 2012. On n’est pas loin d’avoir doublé notre score antérieur. Nous sommes mortifiés d’avoir échoué à arriver en 2ème place mais la base est là et elle est solide. Après 2012, on nous avait promis que jamais on ne retrouverait nos quatre millions d’électeurs. Et de fait, nous les avons non seulement retrouvés mais on en a gagné des millions d’autres. Sans doute que quelques jours de campagne de plus nous auraient fait passer la barrière. Alors ne nous morfondons pas. Oui nous avons perdu une bataille comme dirait l’autre mais nous n’avons pas encore perdu la guerre. Et nous sommes mêmes dans une position bien plus enviable aujourd’hui que nous l’étions en avril 2012. Nous devons donc rester engagés, mobilisés, rassemblés et continuer le combat sans rien lâcher.

Je reviens à la question des Législatives. Les résultats d’hier prouvent que nous sommes en situation de gagner beaucoup de député-e-s en juin. Parce que les élections législatives ne sont pas soumises aux mêmes règles qu’une élection présidentielle. Contrairement à une présidentielle où seuls les deux candidats arrivés en tête au 1er tour sont admis au 2nd, à une législative, ce sont tous les candidats ayant obtenu 12,5% des inscrits qui le sont. Et il y a donc une garantie, au regard des scores obtenus par Mélenchon dans des dizaines de circonscriptions, que nous ayons des candidats en lice au second tour des législatives et pas mal d’entre eux en situation d’être élus.

Nous devons tout faire pour que le nombre des Insoumis élus en juin soit le plus important possible. Il ne s’agit pas de « prendre des places », mais de représenter notre peuple dans l’Assemblée Nationale. Il s’agit d’être dans la place si j’ose dire pour connaître de l’intérieur ce qui sera débattu et pour pouvoir chaque fois prendre le peuple à témoin et organiser non seulement la résistance bien sûr, mais bien plus que cela, la contre-offensive !

Comme je le rappelais plus haut, la France est désormais divisée en quatre forces. En moyenne, cela nous met à 20% mais dans le détail, nous sommes parfois bien plus haut que cela. Donc il y a beaucoup de territoires où nous sommes en situation de peser très lourdement, voire de l’emporter dès juin. Et puis il y aura d’autres élections dans les prochaines années où nous pourrons être élus à la tête de villes, de départements ou de régions, non pas via des alliances pourries avec des partis, mais par nous-mêmes !

Quatre forces à plus ou moins 20% en moyenne, cela signifie que l’on ne peut prévoir aujourd’hui qui obtiendra une majorité en juin. On peut même penser, très sérieusement, qu’aucune force n’obtiendra de majorité absolue (289 sièges sur 577). La force qui arrivera en tête n’aura donc qu’une majorité relative, c’est-à-dire qu’elle sera la première mais qu’à elle seule, elle n’aura pas le nombre requis de députés pour faire adopter les lois. Il faudra donc qu’elle s’entende avec d’autres. C’est la raison pour laquelle les « Républicains » se mettent déjà en ordre de marche pour les législatives. Certains vont faire la grande coalition, d’autres se placer en situation de défier Macron (Cf les propos de Laurent Wauquiez et de Nathalie Kosciusko-Morizet).

Le Pen aura un groupe de députés plus important qu’aujourd’hui mais sans doute bien plus faible que ce que les 21% obtenus par Marine Le Pen hier laissent présager. S’il y avait un scrutin proportionnel, le FN pourrait espérer peu ou prou une centaine de députés mais avec un scrutin majoritaire à deux tours, il ne peut en espérer que bien peu sur son seul nom. Si le FN s’allie avec une partie de la droite, en revanche, les choses seront très différentes, sauf qu’une telle alliance très à droite renforcerait le camp Macron qui se verrait rejoint en masse par les centristes et une partie de la droite (la tendance Juppé en quelque sorte).

On ne peut imaginer un groupe important de députés FN parce que les candidats du FN n’ont pas grand chose à voir avec leur leader. Le plus souvent, ce sont des caricatures, pour rester gentil… Et la garantie de voir des triangulaires (3 candidats en lice au second tour des Législatives de juin), voire des quadrangulaires (4 candidats en lice) empêchera une marée FN à l’Assemblée.

Quant à « En Marche », je suis impatient de voir comment ce mouvement va pouvoir confirmer aux Législatives ce qu’il a obtenu avec le personnage de Macron à ce premier tour. Je suis certain que personne n’ignore chez eux les faiblesses qui sont les leurs, l’absence de notoriété de leurs candidats et le rôle dominant des caciques du PS.

Macron Président n’aura pas de majorité sauf à organiser aux Législatives cette grande coalition à laquelle tant aspirent. Mais s’il fait cela, il montrera à tous qu’il n’est que l’arme du système. Cette évidence semble ne pas encore avoir été détectée par des millions de Français. Vu qu’à ce premier tour, il y avait en concurrence contre Macron, trois candidat sérieux (Fillon, Le Pen, Mélenchon) certains ont été mystifiés. Mais si, comme je le pense, aux Législatives, Macron organise cette grande coalition, cela nous donnera, à nous la France insoumise, beaucoup de grain à moudre.

Il ne faut donc pas sourire tant que ça à l’hypothèse a priori saugrenue de voir la France insoumise progresser encore aux Législatives et surgir en tête de ces prochaines élections. Et si cela advenait, cela signifierait que le Président Macron devrait désigner un Premier ministre de chez nous ou dissoudre l’Assemblée venant d’être élue… Dans les deux cas, la crise de régime serait alors ouverte pour de bon.

Parce que de toute façon, même si la France insoumise était en tête des Législatives, elle n’aurait pas de majorité absolue à elle seule. Et elle serait donc obligée de compter sur le soutien de députés concurrents pour faire adopter son projet, éventualité totalement fantaisiste. En revanche, notre majorité relative se verrait inévitablement confrontée à une majorité absolue d’hostilité. Car tous les autres, bien qu’adversaires les uns par rapport aux autres, seraient évidemment d’accord entre eux pour s’opposer à nous et donc bloquer notre action.

Dans tous les cas, la France va devenir ingouvernable. Elle vient donc d’entrer dans une période où la crise de régime ne peut qu’éclater à bref délai. Et je fais le lien avec ce que je disais au tout début de ce billet, nous devons donc être prêts. Mélenchon, son équipe et nous-mêmes étions prêts hier. Nous le sommes donc aujourd’hui. Nous devons l’être demain. Cela suppose à mon sens une condition absolue : ne pas nous démobiliser, ne pas nous disperser. Chacun de nous fera ce qu’il veut le 7 mai. Ce n’est pas de cela dont je parle. Ce que j’évoque ici, c’est la survie de notre mouvement la France insoumise. Les presque 450 000 signataires sur jlm2017.fr et les plus de sept millions d’électeurs doivent rester rassemblés et mobilisés pour la nouvelle phase qui s’ouvre.

Comme l’a dit Mélenchon hier soir, nous sommes le matin neuf qui se lève !

On a tous pris un sérieux coup sur la tronche. Mais on est là ! Nous sommes vivants. Nous sommes lucides. Nous ne sommes ni couchés, ni vaincus. Le système médiatique et constitutionnel nous a empêchés cette fois de l’emporter mais ledit système, au-delà de la jubilation qui doit être la sienne d’avoir réussi son pari, n’ignore pas quelle est notre force collective depuis hier. Et pour filer la métaphore sismologique, la caste oligarchique n’ignore pas que la terre a fortement tremblé sous ses pieds, et que les répliques du séisme ressenti hier ne vont pas cesser, et que leur intensité ne va pas décroître. Le magma est remonté très haut dans la cheminée. L’explosion n’a pas encore eu lieu. La roche a résisté malgré la chaleur intense à laquelle elle est confrontée. Elle n’a pas cédé. Elle s’est seulement ramollie mais précisément, cela signifie que les nouveaux degrés qui seront atteints dans les prochaines semaines auront inéluctablement l’effet escompté.

Aujourd’hui n’est pas encore à nous mais demain ne peut manquer de l’être !

Note

[1] En octobre 1962, l’Assemblée Nationale a renversé le gouvernement Pompidou qui avait proposé la révision de la constitution pour que le Président de la République soit désormais élu au suffrage universel direct et non plus par un collège électoral de grands élus, disposition choisie en 1958. Cette réforme fut adoptée in fine par référendum organisé par le Président De Gaulle via l’article 11 de la constitution

 

La France Insoumise est l’espoir de l’Europe – Par Olivier TONNEAU –

Cet article a été publié ici (dans les blogs de Mediapart). Par Olivier TONNEAU.

A quelques jours des élections présidentielles, la France hésite, oscille, un frémissement la parcourt. Une étrange sensation lui revient : celle qui accompagne l’exercice de la conscience. Sclérosées par les logiques comptables, les imaginations s’ébrouent. Atrophiés par le réalisme tautologique du monde tel qu’il est, les esprits se reprennent à penser. L’éthique fait retour en politique et la politique redevient exaltante. C’est un moment rare, le moment d’espérer. Signe de cette renaissance, on voit vaciller le totem au pied duquel nous devions étrangler nos cœurs : l’Union Européenne.

L’Union Européenne et non bien sûr l’Europe. Distinction fondamentale car c’est en les confondant qu’on sombre dans un aveuglement mortel. Nous sommes sommés de tout sacrifier pour préserver, dit-on, le dernier idéal de notre temps : celui d’un continent délivré des rivalités nationales d’où naissent les ivresses nationalistes et enfin les guerres. Comment ne pas y souscrire ? Mais c’est la beauté même de l’idée qui a permis qu’en soient faits des usages profondément pervers : c’est parce que l’Europe devait à tout prix être sauvée que l’Union Européenne a pu faire consentir à ce que soient enfreints tous les principes, ruinées toutes les solidarités. Les pays mis en concurrence, les travailleurs transbahutés comme des choses au gré des flux de marchandises et de capitaux, enfin l’Espagne, l’Irlande, le Portugal saignés à blanc et la Grèce condamnée à un martyr sans fin, ses vieillards volés, ses îles vendues, sa jeunesse exilée. Tout cela nous devons l’accepter, et pourquoi ? Pour sauver l’Europe !

La « crise grecque », c’est-à-dire le pillage de la Grèce, a été un tournant dans ma vie politique : ce fut la prise de conscience de l’iniquité de l’Union Européenne. La stratégie, bien naïve, de Syriza était de mobiliser l’opinion internationale. On organisait des manifestations en Italie, en France, au Royaume-Uni, en Allemagne. Sans grand succès : quelques centaines de personnes à peine pour dénoncer les crimes commis par leurs gouvernants. Ce fut pour moi un de ces moments terribles où le mal se banalise et les peuples s’avilissent. Ils s’avilissent sans même le savoir puisque c’est au nom d’un idéal qu’ils consentent à la violence. Quand le regretté François Delapierre dénonçait « les dix-sept salopards » de l’Eurogroupe, on se scandalisait de l’écart de langage : comme l’imbécile auquel on montre la lune et qui regarde le doigt, les europhiles hallucinés préféraient flétrir l’accusateur plutôt que dénoncer le crime.

S’il n’y a pas de coupables, il n’y a pas de victimes. On insultait donc, au prix de toutes les contre-vérités, les grecs paresseux et fraudeurs et avec eux les Espagnols, les Italiens, les Portugais, les Irlandais : ceux que l’Union Européenne appelle les PIIGS. Mais puisqu’il y a bien des victimes, il faut nommer les coupables.

 Hollande, Moscovici, Djisselbloem, Verhofstadt, Merkel, Schaüble, Draghi, Junker…

 A l’aube de la campagne présidentielle, je craignais que les consciences ne soient si racornies qu’à la barbarie européenne ne vienne répondre que la barbarie nationale. Car il faut dire nettement, nonobstant les déclamations bouffies des Valls ou des Macron, que les europhiles sont solidaires des xénophobes. On ne peut pas traiter les peuples du Sud de bons à rien, construire des murs en Hongrie, stipendier Erdogan pour faire le service d’ordre aux frontières de l’Europe, et s’étonner que les mêmes pratiques soient préconisées par les xénophobes. Le mépris, l’exploitation et la peur de l’autre ne changent pas de nature en changeant d’échelle.

Je craignais donc une campagne sordide où nulle parole généreuse ne pourrait être entendue ; où l’Union Européenne ne serait attaquée que pour les maux qu’elle inflige à nos travailleurs, nos agriculteurs, notre industrie. Eh bien non. Il restait encore quelque chose en France de vivant, de généreux – d’insoumis. Nul ne pourra dénier à Jean-Luc Mélenchon le courage d’avoir osé, dans l’atmosphère pestilentielle où nous vivons, dire des mots d’amour, de partage et de paix. Sur le vieux port de Marseille, il a promis aux Grecs, s’il était élu, que la France se porterait à leur secours ; soixante-dix mille voix ont crié leur soutien. Soixante-dix mille voix dont je n’étais plus sûr qu’elles existaient ; soixante-dix mille voix auxquelles je mêle la mienne.

Soixante-dix mille voix à Marseille et des millions d’autres dans toute la France. Voix insoumises qui ne suivent pas un chef mais qui avaient besoin que leur parole soit portée pour se connaître et découvrir qu’il existe encore en France un sentiment puissant de solidarité entre les peuples ; cette solidarité peut seule être le fondement d’une Europe véritable. La France Insoumise est l’espoir de l’Europe.

Moi, gaulliste de gauche, je vote Jean-Luc Mélenchon – Par Maître Jonas le 08/04/2017

L’article est ici sur le blog de son auteur.

Moi, gaulliste de gauche, je vote Jean-Luc Mélenchon.

Contexte : 

Combien sommes-nous dans cette situation ? Profondément républicain, jacobin, gaulliste de gauche ou simplement attaché à la souveraineté nationale, nous nous sentons tiraillés. Marre de cette politique spectacle qui nous horripile, marre de ces candidats défendant la conservation du système (que ce soit B. Hamon, F. Fillon ou E. Macron). Des candidats qui n’ont que pour principal programme, la surenchère de promesses, bien – trop ? – souvent démagogiques… Leurs propos tournoient dans le vide. Après plus de trente ans de duperie, nous sommes cette catégorie de citoyens qui n’accepte pas l’éternelle moquerie qui nous est faite. Le discours « gauchiste » du Bourget, de 2012, du candidat François Hollande fut ce dernier coup d’épée de trahison. Personnellement et comme beaucoup d’entre vous, je n’étais point dupe. Je n’avais d’ailleurs pas voté François Hollande au premier tour…

Je suis un grand partisan d’un gouvernement de salut public. Ce rêve qui verrait les défenseurs de la souveraineté populaire à gauche et à droite se joindre autour d’un tronc commun : la défense d’une France souveraine, forte et fière de son modèle social. La défense d’une France où la démocratie, pour plagier Abraham Lincoln, serait réellement le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple.

Après avoir dit cela, quelle option me reste-t-il ?

Et pourquoi pas l’idée N. Dupont-Aignan (Debout la France) ?

En 2012, j’ai fait le choix Nicolas Dupont-Aignan. Je salue son courage. Celui de s’être extirpé d’un parti (l’UMP) pour développer ses idées gaullistes, conformément à ses engagements passés et assumés (exemple : le « non » au traité constitutionnel européen de 2005).

Si, en 2017, je ne choisis pas Nicolas Dupont-Aignan, ce n’est point par rejet de l’homme. J’ai plus la désillusion de constater que son mouvement, Debout La France, s’est enterré, parfois, dans des stratégies gênantes (celle du soutien à Robert Ménard à Béziers, ou encore celle d’imposer une journée de travail gratuite pour tout allocataire du RSA). Avec ces positionnements, je regrette que l’union des deux rives ne puisse être possible. Elle est encore faisable – j’y crois – mais l’enracinement de DLF sur des terrains glissants et droitiers complique la tâche… Toutefois, je ne jette pas la pierre à Nicolas Dupont-Aignan. Le candidat a le mérite d’incarner des convictions profondes et sincères. Le non rapprochement avec l’autre rive du pôle des républicains n’est pas de sa seule faute, bien au contraire…

Ma décision a donc été prise. Et je constate que certains de mes amis ont également cette préférence : soutenir, au moins par le bulletin, si ce n’est sur le terrain, la candidature de Jean-Luc Mélenchon.

Ce sera bien Jean-Luc Mélenchon ! Malgré quelques divergences…

Pourquoi ? Comme nombre de mes camarades, je ne partage pas sa vision sur la VIe République, pourtant centrale dans son projet. Alors oui, en tant que Républicain convaincu, rassembler une constituante ne me parait pas stupide. Simplement, je crois concrètement qu’une VIe République, parlementariste, calquée sur la IVe, serait une illusion. La Ve République a eu tout de même le don de préserver une stabilité politique, et ce, malgré les périodes de cohabitation. Car, finalement, les institutions sont ce que les élites en font. Une VIe, parasitée par les partis et les mêmes dinosaures politiques, pourrait aboutir à une instabilité et à une paralysie de l’action gouvernementale.

Autre point de divergence : l’énergie nucléaire. Aujourd’hui, la France est influente par son génie et sa force nucléaire. Nous pouvons encore la développer et rechercher à la faire évoluer, tout en développant les autres formes d’énergie décarbonée. J’y crois. Et rien n’empêche, en parallèle, de développer de nouvelles solutions énergétiques décarbonées, à travers l’investissement massif dans la recherche et développement.

Les convergences : recréer une nouvelle force dans le paysage politique.

Mais alors qu’est-ce qui me pousse tant, avec d’autres citoyens, à soutenir Jean-Luc Mélenchon ? Clairement, la gauche n’a plus de vie. Face à un Parti Socialiste qui a choisi le suicide politique depuis 2012, « la France insoumise » (nouveau mouvement de Jean-Luc Mélenchon) paraît le mieux incarner l’espérance et le rassemblement.

La nation, au cœur du discours mélenchoniste

Son discours a changé depuis sa première présidentielle, il y a cinq ans. Comparez les meetings, comparez avec ceux de l’autre gauche Benoit Hamon, les drapeaux français sont désormais de sortie ! Les couleurs des partis ? réduction au minimum. Comme si le candidat n’était plus au service d’un parti et de ses cadres – contrairement à la plupart des autres candidatures (illustration parfaite avec les rassemblements B. Hamon où les quelques « bleu blanc rouge » sont noyés par les drapeaux du PS, des écologistes, du PRG, d’associations). Comme si parler de la France et de la nation française ne serait pas simplement réservé à la droite et à l’extrême droite. Dans la voix, Jean-Luc Mélenchon se réfère donc à la nation, à sa force, à sa protection. Pour lui, le peuple ce n’est plus simplement la base ouvrière, c’est toute la composante de la société. On nait Français, que l’on soit riche ou pauvre et on fait tous partie de ce corps unique. Rien d’étonnant, on pourrait voir en lui quelques postures gaulliennes. Quitte, d’ailleurs, à embarrasser son allié, le Parti Communiste. Qu’à cela ne tienne, Jean-Luc Mélenchon ne veut pas simplement retrouver l’électorat populaire, il veut représenter la nation !

Combattre la fracture sociale dans un pays qui s’enrichit

Les lois Macron et El Khomri, du quinquennat Hollande, ont confirmé la politique sarkozyste : la France se mettant au service de l’enrichissement des plus hauts revenus, afin d’attendre d’eux un retour sur investissement. Conséquence : jamais les millionnaires et milliardaires se sont autant enrichis. Jamais les classes les plus faibles n’ont été aussi pauvres. Jamais la classe moyenne n’a autant financé les politiques publiques. Nous vivons dans une violence sociale telle que les emplois se précarisent. Pour que la pilule passe, les gouvernants (du PS aux ex-UMP/LR, en passant par E. Macron) n’emploient pratiquement plus les mots de précarité ou de licenciements. Ils utilisent principalement un vocabulaire bien choisi et guidé par le monde du grand patronat : flexibilité, souplesse, plans sociaux, restructuration… Pendant ce temps, les inégalités entre classes sociales ne font qu’empirer. Et dans les classes d’âge, qui paient ce lourd tribu ? Les jeunes ! Eux qui doivent être le poumon et l’avenir de notre République ! Et qui de mieux, dans les paroles, que J-L. Mélenchon pour affirmer une nouvelle voie. Pourquoi pas la troisième ? Celle d’une France capable de cultiver son propre modèle, sans faire dans le filet d’eau tiède. Quoi de plus juste que d’assurer un plafonnement des très hauts salaires (1 à 20). E. Macron et F. Fillon menacent : les riches partiront, et changeront de nationalité. Quelle tristesse de penser qu’un riche pense d’abord à sa fortune avant de penser à sa citoyenneté. Pour citer Jean-Luc Mélenchon : « Je fais le pari de penser (…) qu’on n’emmène pas la patrie à la semelle de ses souliers. » La France a des droits et des devoirs vis-à-vis de son peuple, riche ou pauvre, celui-ci a également des droits et des devoirs vis-à-vis de son pays.

Pour une France forte, dans une Europe faible

Rien d’étonnant, dès lors, que Jean-Luc Mélenchon ait évolué dans son idée européenne. Oui, l’Union Européenne doit être transformée ! Aller au bras de fer avec l’ordolibéralisme allemand ? Jean-Luc Mélenchon peut le faire. Il n’est ni le président faible, incarné par François Hollande, ni le fusible grec, Alexis Tsipras. La France est encore forte et il entend bien tout renégocier. L’Allemagne ne veut pas d’une refondation de la BCE et de l’Euro ? A bon entendeur, salut l’Euro ! Qui peut aujourd’hui dire que J-L. Mélenchon n’ira pas jusqu’au bout de cet engagement ? Vous conviendrez qu’il n’est pas homme de compromis quant à la violence sociale exercée par les lobbies, les multinationales, les délocalisations, le marché économique déloyal de la zone, les directives sur les travailleurs détachés, la concurrence des bas salaires des pays de l’est, etc.

Pour l’OTAN, là aussi, sa vision est clairement gaulliste et il ne s’en cache pas. Il veut sortir du commandement intégré. Cette politique de défense qui lie la France (et l’Union Européenne) avec la ligne américaine. Encore une fois, qui peut argüer que les Etats-Unis ont joué le gendarme de la justice sur la scène internationale ? Il n’y a qu’à voir le bourbier au Moyen et Proche-Orient. Et que dire de la coalition en Libye, où la France de Nicolas Sarkozy et de François Fillon a été complice d’une boucherie, laissant le pays aux mains de tribus, souvent islamistes.

La culture, l’école : qui en parle avec force, si ce n’est Jean-Luc Mélenchon ?

Cela peut paraître annexe dans un projet politique mais l’école est détruite. Détruite par les réformes « pédagogistes », en accord avec la stratégie de Lisbonne de 2000. Elles ont été mises en application une première fois par François Fillon en 2004 (avec la loi d’orientation) et confirmées brutalement par la réforme collège 2016. Cette école qui ne vise plus à éduquer des citoyens éclairés mais de laisser le soin aux parents, les plus fortunés, de payer des cours particuliers à leurs enfants, pour que ceux-ci puissent acquérir les savoirs fondamentaux. En effet, la réforme collège 2016 a entraîné la réduction d’heures pour l’histoire, les mathématiques et le français. Des matières fondamentales en partie remplacées par des cours d’animation, encore peu compris par la majorité des enseignants, les EPI. Ceci n’est qu’un aperçu de la destruction progressive de l’école. Ainsi, Jean-Luc Mélenchon propose logiquement d’abroger la réforme collège 2016.

Enfin, qui, de nos candidats, parle réellement de culture ?

Et bien, Jean-Luc Mélenchon est peut-être le seul à avoir compris l’enjeu d’une nouvelle forme de culture, de plus en plus convoitée, source de futurs emplois : les jeux vidéo. La France peut-être l’un des leaders dans le domaine. Aujourd’hui, elle subit encore les attaques de conservateurs qui voient, dans les jeux vidéo, un simple joujou. Je vous laisse apprécier les réalisations de certains studios : Half-Life, Mass Effect, Bioshock, Max Payne ou encore, pour prendre deux exemples français, Assassin’s Creed et Another World. Ces jeux, dignes de films, sont loin de la caricature généralement faite. A la Renaissance, le théâtre était moqué, au XXe siècle l’arrivée du cinéma parlant subissait les réticences de salles parisiennes et des intellectuels. Les jeux vidéo font partie d’une nouvelle forme de culture, à ne pas négliger.

Benoît Hamon, la « gauche » et nous – Par Simon Férelloc le 09/04/2017

Ce billet est accessible ici sur le blog de Simon Férelloc.

*

BH

Dans ONPC, le candidat socialiste Benoît Hamon explique qu’il appellera à voter Jean-Luc Mélenchon s’il n’est pas au second tour. Cette phrase du vainqueur de la primaire du PS est vraiment un atout de poids pour la candidature de Jean-Luc Mélenchon car en la prononçant, Hamon vient de reconnaître implicitement 3 choses :

La première est que même lui estime qu’il n’a plus aucune chance de se qualifier pour le second tour. Ce faisant, il porte un rude coup à ses camarades socialistes habitués à miser sur le chantage du « vote utile » pour empêcher l’avènement d’une vraie gauche de rupture. La seconde est qu’il considère lui aussi, la qualification de Mélenchon possible pour le second tour. Ce qui a pour effet de crédibiliser un peu plus cette hypothèse. La troisième est qu’il entérine la primauté de Jean-Luc Mélenchon, et surtout de la France Insoumise « à gauche ». Ce qui nous permet de nous affirmer très clairement comme une force politique bien plus puissante désormais que le PS moribond.

Ce passage de Benoît Hamon dans ONPC est donc une véritable aubaine pour nous les insoumis. Cependant, il faut à tour prix éviter de retomber dans le piège du clivage gauche-droite dans lequel ce genre d’interview pourraient nous remettre.

Il faut continuer à clamer haut et fort que nous sommes bien au dessus de ça et que nous n’aspirons non pas à rassembler une pseudo-gauche dans laquelle il faudrait trier qui a voté quoi lors du quinquennat. Bien au contraire, nous voulons fédérer le peuple français, y compris ceux qui ne s’identifient pas spontanément à la « gauche » autour d’un programme basé sur la transition globale vers une société où la première règle serait celle de l’intérêt général humain !

Nous voulons rassembler les français avec la mise en place d’une 6ème République dans laquelle les citoyens auront davantage de contrôle sur leurs représentants et pourront vraiment participer à la vie politique !

Nous voulons rassembler les français autour de la planification écologique, pour dire qu’enfin nous ne prendrons plus jamais davantage à la nature que ce qu’elle peut produire !

Nous voulons rassembler les français avec le partage des richesses pour répartir celles-ci entre tous ceux qui les produisent !

Nous voulons rassembler les français pour retrouver notre souveraineté populaire en sortant des traités européens avec les plans A (négociation) et B (retrait progressif de l’UE) !

Nous voulons rassembler les français autour d’un objectif planétaire commun : la paix dans le monde et la souveraineté des peuples, en sortant de l’OTAN et en renforçant le rôle de l’ONU !

Nous voulons rassembler les français pour engager le progrès social et réaliser de grands projets innovants créateurs d’emplois et aux frontières de l’humanité !

Et si Jean-Luc Mélenchon est élu le 7 mai prochain, alors j’espère vraiment que toutes les bonnes volontés seront les bienvenues pour construire l’Avenir en Commun ! #JLM2017 👊👊

 

Ensemble – Poème composé par Stéphane BOGATCHEK le 13/04/2008

Ensemble,
Chacun sa route, chacun son chemin.
Chaque jour, un peu plus encore,
Efforçons nous de faire rayonner,
Encore et toujours,
Le soleil éclatant de nos cœurs.
En chacun de Soi existe depuis l’aube,
Et chaque instant qui est,
Le soleil éclatant de la Vérité.
Juste est le cœur,
Profond est l’océan,
Puissante est la flamme,
Éblouissante, étincelante,
Rayonnante est la lumière.
Unique est le Principe.
Comme l’éléphant, le lion,
Et toi, et moi,
Et tous ensemble;
Lorsque partagé, diversifié,
Manifesté en nos cœurs est le Principe,
Alors la Paix demeure.
Écoute l’autre comme toi même,
Car seule, indivisible est la pensée unique,
Celle du Cœur.
Aussi inspirée soit-elle,
Reflète-elle l’apparente dualité ,
Le juste comme l’injuste,
L’autorisé, l’interdit,
Le construit, le détruit.
Ensemble, réparons cette pensée unique;
Ensemble, corrigeons nos erreurs;
Ensemble, traversons nos doutes et nos peurs.
En un instant de vie réside la force de l’univers.
Il suffit d’un moment, d’un moment seulement,
Pour réaliser l’essentiel, le fondamental,
Le principal, le principiel.
Ensemble, libérons la pensée du Juste !

Quelques réflexions suite aux propos de Jacques Sapir le 05/04/2017 : « Mélenchon, le meilleur pour affronter Le Pen »

Dans cette vidéo, Jacques Sapir est interrogé par RT France sur la question de l’élection présidentielle. Je vous invite à l’écouter en entier (elle dure une quinzaine de minutes).

Manifestement, Jacques Sapir ne croit pas encore que Mélenchon puisse se qualifier pour le second tour. Il le répète deux ou trois fois et s’en explique. Mais il dit aussi qu’une telle hypothèse est envisageable tellement les Français sont indécis (il rappelle qu’un sur deux n’a pas encore fait son choix).

Il affirme très clairement, et là encore à deux reprises, que si Mélenchon se hissait au second tour, il serait « le meilleur adversaire possible pour affronter Marine Le Pen« . C’est à 11 minutes et 55 secondes…

À 12 minutes et 45 secondes, Sapir ajoute que Mélenchon « est le seul candidat qui pourrait, programmatiquement, tenir face à Marine Le Pen » parce qu’il est le candidat « qui a le programme le plus élaboré et le plus à même d’affronter celui de Le Pen.« 

Dans l’hypothèse où le second tour verrait ainsi un affrontement entre Le Pen et Mélenchon, Sapir pose la question de savoir qui des deux saura reprendre et incarner le discours « souverainiste » et « renvoyer l’autre à ses contradictions ». Il met le doigt exactement là où il faut…

Pour ma part, je vais préciser la problématique avant d’exprimer ce qu’elle m’inspire comme réflexions :

Dans l’hypothèse d’un tel second tour Le Pen – Mélenchon, est-ce que ce sera Jean-Luc Mélenchon qui saura incarner la défense de la souveraineté du peuple, donc la restauration pleine et entière de sa liberté, de sa démocratie, et de son indépendance géopolitique, auquel cas Marine Le Pen ne serait plus que la candidate de la France rance, raciste et xénophobe… ou est-ce Marine Le Pen qui saura le mieux incarner ce « souverainisme », renvoyant Mélenchon dans une case de « gauchiste », « d’ex-socialiste », de « révolutionnaire rouge »….

Quand on connaît le projet de Mélenchon, on se dit qu’il est bien placé pour être beaucoup plus convaincant que Le Pen. En effet, son projet repose très largement sur la volonté de rendre le pouvoir au peuple et cela se manifeste de deux façons :

d’une part, la souveraineté du peuple à l’égard de ses dirigeants sera restaurée grâce à l’avènement d’une assemblée Constituante qui sera instituée par référendum populaire et sera chargée de rédiger une nouvelle constitution fondant un nouveau régime, étant entendu que cette nouvelle constitution, principalement écrite par les délégués à la Constituante,  le sera aussi par le peuple qui pourra largement faire connaître ses avis, ses souhaits, ses doléances auprès des délégués à cette Constituante. Et in fine, au terme du processus, ce sera encore lui, le peuple, qui approuvera ou non le projet de nouvelle constitution, par un second référendum. Il n’aura donc ni à plébisciter un Président de la République, ni à se limiter à dire OUI ou NON, à la fin puisqu’il sera intervenu en amont et pendant tout le processus.

d’autre part, la souveraineté du peuple à l’égard des pays étrangers se manifestera par une géopolitique radicalement alternative à celle que nous connaissons depuis des décennies, et en particulier depuis dix ans. C’est non seulement la fin de l’Union européenne telle qu’elle existe aujourd’hui qui adviendra, puisque d’une façon ou d’une autre, soit via le plan A, soit au moyen du plan B (et aussi sans aucun doute de ce que Mélenchon et ses proches ne peuvent dire publiquement mais qu’ils préparent activement), on sortira définitivement des traités européens (Lisbonne-MES-TSCG…) et internationaux (TAFTA-CETA) qui nous oppressent, nous tyrannisent, nous emprisonnent, nous détruisent, mais c’est aussi la fin de l’atlantisme français vu que le Président Mélenchon mettrait en oeuvre une révolution diplomatique et réorienterait la politique étrangère de la France vers le non-alignement, la paix, la loyauté des échanges et l’harmonie des relations internationales. À ce sujet, Mélenchon a dit et écrit plusieurs fois quelle était sa vision géopolitique et le projet qui en découle. Je vous renvoie notamment au texte « Le nouvel indépendantisme français » publié dans un cahier de la revue de la défense nationale, ou au colloque du 31 mars dernier à l’IRIS. Voyez divers liens utiles dans ce document.

Marine Le Pen propose, elle aussi, de défendre la « souveraineté française » mais hélas, elle la voit sous un prisme très différent du nôtre puisque sa souveraineté à elle est bien plus « nationale » que « populaire », même si l’opposition entre ces deux termes n’est pas si opérante que cela (cf ce billet dans lequel je m’en étais expliqué). La souveraineté nationale signifie surtout la souveraineté du gouvernement français face aux pays étrangers, mais elle ne suffit pas à garantir la souveraineté du peuple car il peut s’agir seulement d’une souveraineté d’oligarques français et non d’une souveraineté des citoyens. La souveraineté nationale n’offre aucune liberté supplémentaire au peuple si le système constitutionnel ne donne pas le pouvoir suprême à ce peuple. Certains gouvernements dictatoriaux et tyranniques peuvent respecter la souveraineté nationale, celle de leur pays, tout en opprimant leurs concitoyens et en se réservant le pouvoir de décider de ce qui doit être fait au nom du pays. C’est bien cette souveraineté-là, la souveraineté nationale, que Marine Le Pen défend au premier chef. Or elle se satisfait entièrement de l’actuelle constitution qui tient le peuple très éloigné du pouvoir, le réduisant au droit de suffrage une fois tous les cinq ans. Avec Marine Le Pen, le peuple ne serait pas souverain. Seuls les dirigeants le seraient. Et cela est une différence majeure entre Le Pen et Mélenchon !

Maintenant, à l’occasion d’un second tour Le Pen – Mélenchon, il pourrait être envisagé par Mélenchon de revoir son positionnement et, pour rassembler tous ceux qui n’auraient plus de candidat acceptable, d’en rabattre largement sur la défense de la souveraineté puisque cela constitue précisément aujourd’hui une ligne de démarcation irréductible entre lui et les autres…  Il se présenterait ainsi comme le « modéré » face à « l’enragée », il serait le « rassembleur » face à celle qui instillerait la « division ».

S’il se positionnait ainsi, il perdrait à coup sûr. Car tous les citoyens qui n’en peuvent plus de subir la loi des autres (que ces « autres » soient ceux qui se succèdent au pouvoir en France depuis le départ de De Gaulle, ou qu’ils soient l’UE, les multinationales ou l’Empire états-unien) donneraient raison, j’en suis certain, à Jacques Sapir, et choisiraient Le Pen pour mettre une raclée mémorable au « système ». Et voyez-vous, je suis porté à penser que même au sein de la France insoumise, nombreux seraient celles et ceux qui le feraient aussi. Parce que l’élection « surprise » de Marine Le Pen emporterait forcément le régime à très bref délai.

Sapir pense ainsi qu’il est possible qu’en cas de second tour où Le Pen affronterait Fillon ou Macron, les électeurs puissent, cette fois, choisir Le Pen. Et je viens de dire que je crois aussi que cela est tout à fait envisageable aujourd’hui. Contrairement à ce que semble croire Mélenchon (cf sa saillie prononcée lors de son discours de Châteauroux le 2 avril dernier), je ne crois pas du tout qu’il soit garanti que « même une chaise serait élue face à Marine Le Pen« . Cette fois-ci, les choses pourraient fort mal tourner ! Car avec les deux autres (Fillon ou Macron), ce serait encore et toujours la saignée ! Mais cette fois, elle serait encore plus violente que celles que l’on a connues jusqu’à présent. Les Français le savent et je pense qu’ils feront tout pour l’éviter, je dis bien « tout » jusques et y compris faire élire Le Pen.

Parce que l’élection de Le Pen serait le dernier coup fatal infligé au régime. Réfléchissez : ce que ne dit pas Sapir, mais que je crois moi-même, c’est que Le Pen élue le 7 mai n’aurait aucune chance d’obtenir une majorité parlementaire en juin. Parce que si elle était élue, ce serait en raison d’un vote de rejet massif de l’autre, et aucunement par un vote d’adhésion pour sa personne ou son projet. La maxime bien connue « au second tour on élimine » se mettrait en oeuvre une nouvelle fois mais, cette fois-ci, ce ne serait probablement pas dans le même sens qu’en 2002…

Comme il n’y a aucune chance qu’elle gagne une majorité en juin, il y aurait donc de fait cohabitation dès l’origine de sa présidence. Et quelle majorité se dégagerait donc d’un tel désordre politique ? Nous ne pouvons l’imaginer car si le Président élu le 7 mai l’a été par volonté expresse, il aura une majorité en juin, c’est une certitude. Jamais, depuis 1958, il n’en a été autrement. Quand il y a eu cohabitation, c’est parce que des élections législatives sont intervenues après plusieurs années de mandat du Président en exercice, même si Chirac réussit l’exploit de se faire désavouer deux ans à peine après avoir été élu (et assez bien élu) le 7 mai 1995. Il faut dire que son Premier ministre Juppé avait tout fait pour plaire aux Français… Et si on étudie un peu les résultats (ce que j’avais fait à l’époque), on constate rapidement que ce sont les nombreuse triangulaires avec presque une centaine de circonscriptions dans lesquelles des candidats FN ont pu se maintenir au second tour, qui ont fait perdre la droite d’alors. La gauche plurielle n’avait gagné que pour cette raison-là ! Si le FN n’avait pas été en situation de se maintenir, sans doute que Juppé aurait gagné son droit de rempiler ! C’est le FN qui a fait battre la droite, ce n’est pas la gauche plurielle !

Ce rappel historique étant fait, si Le Pen était élue le 7 mai, je vous laisse imaginer combien la France entrerait alors en révolution ouverte. Rappelez-vous ce qu’il advint entre les deux tours en 2002 du fait que Jean-Marie Le Pen était au second tour. Alors imaginez si Marine Le Pen était élue…

Malgré l’état d’urgence, qui sera alors, en toute légalité, à la disposition de la nouvelle Présidente sans qu’elle ait besoin de le faire voter elle-même – ce qu’elle ne réussirait jamais à faire (merci Hollande et Valls, merci le PS, merci les frondeurs, merci les députés du Front de Gauche qui ont accepté sa mise en place et son renouvellement plusieurs fois de suite) – le peuple entrerait à coup sûr dans une éruption volcanique d’ampleur biblique…

Je ne crois pas que l’état d’urgence, et les menaces que celui-ci fait peser sur les libertés, suffiraient pas à dissuader le peuple de se rebeller ouvertement contre le nouveau pouvoir sorti des urnes si c’est Le Pen qui en était la bénéficiaire. Parce qu’il vient toujours un temps où le pouvoir des dirigeants perd toute légitimité et même toute autorité lorsqu’il advient dans de pareilles circonstances.

« Un tyran n’a de pouvoir de nuire qu’autant que les hommes veulent bien l’endurer » a écrit Étienne de LA BOÉTIE dans le Discours de la servitude volontaire.

Et je ne pense pas que notre peuple accepterait « d’endurer » une présidence de Marine Le Pen. Ni ne se résoudrait à une cohabitation entre elle et une majorité quelconque. Et je reviens à la question : quelle majorité accepterait de la servir ? Aucune !

Si le peuple français élisait finalement Le Pen, ce serait par refus absolu de rempiler avec les adeptes de la saignée, de l’européisme et de l’atlantisme. Pour rien d’autre ! Ils l’auraient fait pour mettre par terre le système et le régime. Et élire Le Pen, bien que l’on puisse interpréter cette décision collective comme une politique de la terre brûlée, serait une garantie de faire imploser et exploser en même temps tout le système !

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Ayant tout cela à l’esprit, je suis convaincu que les Français conjureront ce sort funeste pour notre pays et mettront Jean-Luc Mélenchon au second tour, pour éviter le désastre et pour que que demain soit une révolution citoyenne et non une révolution nationaliste et ethnique !

 

Place au peuple !