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Quelques propos de Jean-Luc Mélenchon à « On n’est pas couchés » du 20 février 2016

Propos retranscrits par Vincent Christophe Le Roux

Jean-Luc Mélenchon : Tout ça, c’est un nid de serpents. On n’est pas de braves camarades qui nous tapons dans le dos. C’est pas vrai !

Cette histoire a commencé sans crier gare par le fait que « mes alliés », après qu’on se soit traînés et effondrés dans le ridicule pendant trois élections, avec nos stratégies à la noix auxquelles personne ne comprenait rien pour savoir avec qui on était alliés, vous vous souvenez de cet épisode, on ne savait même plus comment on s’appelait… On se vautre trois fois de suite et arrive à la présidentielle, par quoi on commence ? La carabistouille ! » [La primaire avec Hollande et Cohn-Bendit]

Jean-Luc Mélenchon : Faut que je me taise sur l’Europe, faut que je me taise sur la planification écologique, faut que je me taise sur la 5e République, bref, si je voulais bien cesser d’être Mélenchon, je serais un Mélenchon acceptable. Eh ben non !

Léa Salamé accuse Jean-Luc Mélenchon d’être « égoïste » pour « ne pas avoir fait monter de successeur. Y’a pas de successeur à Mélenchon affirme-t-elle !

Jean-Luc Mélenchon :  Vous avez tort ! Des successeurs, y’en a ! Mais vous m’obligez à dire quelque chose qui relève de l’intime. Autour de moi, il y a une équipe nombreuse (…) et il y avait, parmi eux, un être spécialement brillant (JLM s’étrangle) qui était mon complice dans l’action politique pendant dix ans. Il était plus jeune que moi et il est mort l’année dernière. Cet homme-là, à mes yeux, représentait la suite. C’était une espèce d’incarnation. Il y a toujours une difficulté à citer un nom parce que ça peut être blessant pour les autres camarades. Voilà, c’était ça mon idée Madame Salamé. J’ai eu cette illusion mégalomaniaque de croire qu’on peut tout maîtriser, y compris le temps ! Et je m’apprêtais à consacrer mon énergie, à écrire et à penser, sur un thème qui est celui de la révolution citoyenne, la rénovation du matérialise historique, c’est ça qui me passionnait. Et il a fallu tout d’un coup regarder autour de soi et… Ça va vous paraître prétentieux ce que je vais vous dire mais alors je me suis dit : Mais QUI va continuer ça ? Qui ne soit pas un combinard… Qui ne soit pas quelqu’un qui va tenter de s’arranger… Qui, à la fin, termine comme tous ces misérables, à se traîner pour un siège, à vendre père et mère pour ça !

Jean-Luc Mélenchon : J’ai toujours tout pris en ouvrant les portes à coup de pied !

Léa Salamé : Pourquoi il n’y en a pas un [parmi vos proches] que vous présentez à la présidentielle ? [au lieu d’y aller vous-même]

Jean-Luc Mélenchon : Parce qu’aucun ne s’est senti en état de le faire !

Je vous l’avais déjà dit dans je ne sais plus quelle émission et je vous le redis ce soir : je ne serai jamais un obstacle ! Moi ma personne ! Mais à une condition : il faut tenir bon ! Et tenir bon sur les choses sur lesquelles on s’est engagés ! »

Nos intérêts [à nous les Français] c’est que la guerre [en Syrie] s’arrête. Vite ! Vite ! Vite !

Léa Salamé : « Pourquoi vous dîtes pas qu’il faut laisser Poutine régler le problème [de DAECH], on se retire et on donne la Syrie à Poutine ? »

Jean-Luc Mélenchon : Mais non ! Non ! Non ! Il ne peut pas être question de laisser Poutine régler le problème ! Parce que je ne suis pas non plus d’accord pour que Poutine règle [seul] le problème ! Je suis pour que l’ONU règle le problème ! (…) Je ne soutiens qu’une seule chose : le retour rapide à la paix.

Sur la monnaie :

Jean-Luc Mélenchon : L’euro est une monnaie unique, la monnaie qu’ont proposé les Chinois – mais pas qu’eux d’ailleurs car il y a aussi bien des économistes français – serait une monnaie commune de référence. Pourquoi ?

Parce qu’aujourd’hui, la monnaie commune de référence, c’est le dollar. Et les États-Unis d’Amérique impriment des dollars tant qu’ils veulent et personne n’a rien à dire. Et ils ont inondé la planète d’une masse de papelards qui crée des bulles financières qui explosent à intervalles réguliers sur des incidents comme les subprimes. Demain, ça peut être sur la dette étudiante ou je ne sais quoi. Donc les Chinois disent : vous êtes bien gentils mais on a déjà rempli nos coffres avec des titres de dette américains, on a des dollars partout, on voudrait quand même, pas tous les jours, que ça nous explose sous les fesses. Donc ils proposent une monnaie commune* et à nous, les Français, c’est notre intérêt que ce ne soit plus le dollar la monnaie de réserve !

Alors là, vous m’avez dit : Les Américains ne sont pas d’accord. Eh bien justement, c’est un problème qu’on ne puisse faire dans ce monde que ce avec quoi les Américains sont d’accord ! Surtout qu’ils s’attribuent le privilège de battre monnaie pour la terre entière et de ficher la pagaille partout ! Et de défendre leur position qui est intenable économiquement par le fait que c’est la première puissance militaire du monde.

Si vous voulez que cet ordre absurde du monde cesse, il faut y aller doucement. Il y a une méthode qui est violente : vous faîtes sauter le système de l’intérieur ! Nous avons tous les moyens de faire sauter le système. Vous savez ? Il y a cinq banques systémiques en France. Ça veut dire que si une saute, c’est tout le système qui saute ! On a les moyens de faire sauter le système, ça c’est la méthode brutale.

Vous avez la méthode sauvage : la bulle éclate et tout le monde court partout comme des poulets effarouchés pour essayer de rattraper le truc !

Et puis, vous avez la méthode civilisée : on y va mollo, on crée une monnaie commune, on change chaque monnaie dans la valeur de la monnaie commune et petit à petit on a un étalon commun raisonnable. Moi, je préfère les solutions raisonnables à la destruction généralisée. Je n’aime pas le chaos ! Je crois que je ne suis pas le seul sur terre à pas aimer le chaos !

* une nouvelle monnaie commune mondiale qui servirait de référence en lieu et place du dollar qui ne vaut rien en-dehors de la fiction monétaire

Ah, si Frédéric Lordon pouvait inspirer Jean-Luc Mélenchon !

Jean-Luc Mélenchon…

Un des meilleurs moyens pour faire en sorte que le peuple approuve le plan B et les alternatives en discussion (parmi lesquelles la sortie pure et simple de l’euro ou même de l’UE), serait peut-être que toi-même, tu défendes enfin clairement cette idée devant le peuple, que tu la portes haut comme étant le résumé de toute l’argumentation convaincante que tu exposes déjà depuis longtemps.

Frédéric Lordon nous appelait collectivement samedi – à moins qu’il ne t’appelle surtout toi-même…- à faire de ce discours de rupture claire et franche « le cœur d’une anticipation raisonnée qui pourrait nous faire gagner du temps en nous faisant parcourir, par la pensée, le processus du plan A pour se rendre immédiatement à son terminus.« 

Vois-tu, ne manque en effet, dans tes discours, que le signal du combat. Aussi longtemps que tu n’oseras pas, ou refuseras obstinément, de dire ces quelques mots, beaucoup continueront de croire que tu n’es qu’un adepte de la « réforme » de l’UE, qu’à l’instar de tant d’autres, tu souhaites « une autre Europe » au sens où on l’entend depuis des décennies de la part de ceux-là même qui nous ont mis là où l’on est !

Tel Frédéric Lordon, je ne crois pas un seul instant que l’on puisse démocratiser l’euro qui, ainsi qu’il l’a dit avec humour, « a autant de réalité qu’un cercle carré ». Il ne s’est pas contenté d’ironiser avec insolence ; il a expliqué, arguments puissants à l’appui, pourquoi on ne démocratisera jamais l’euro qui est né sous le berceau du coup de force.

Et en conséquence de cela, je ne crois pas que « sortir de l’euro » suffira, car si l’on sortait de l’euro et que l’on restait dans l’UE (ce qui, au passage est une incongruité quand on lit les traités qui lient bien l’un et l’autre, sauf pour quelques cas d’États qui ont bénéficié de dérogations), nous continuerions à subir tout l’ordonnancement juridique socialement nuisible, radicalement antidémocratique, et diplomatiquement dévastateur de l’UE.

Marina Albiol, députée européenne d’Izquierda Unida, a été bien inspirée de faire remarquer que « la monnaie n’est pas tout« , que nous étions déjà sous régime libéral et capitaliste avant d’avoir l’euro, et qu’il ne suffira pas de sortir de l’euro pour que tout s’arrange. Il faudra faire bien plus… Ce « bien plus », c’est sortir de l’UE, totalement et définitivement !

Parce que le juriste que je suis connait un peu les traités, sait bien que tout est solidement verrouillé, et que jamais on ne pourra modifier une virgule de cet ordonnancement juridique, fut-ce en mettant notre contribution financière à l’UE dans la balance, nous devons nous échapper, nous évader, de cette nouvelle Alcatraz.

Tu l’as exposé toi-même. Nous pouvons faire tout autre chose sans que la sortie de la France de l’UE signifie un renfermement sur nous-mêmes. Ce n’est pas au nationalisme auquel nous aspirons. C’est tout le contraire : l’internationalisme, mais le vrai, pas l’imaginaire dénoncé à juste titre par Frédéric Lordon. Nous voulons respirer de nouveau et pour cela, nous devons retrouver notre IN-DÉ-PEN-DAN-CE totale, pour pouvoir ensuite, immédiatement après notre sortie « sèche », entamer toutes les négociations nécessaires avec nos partenaires, dans un cadre bilatéral ou multilatéral. La France a vécu sans l’UE hier et elle revivra sans elle demain, sans drame. Le « nouvel indépendantisme français » que tu as brillamment présenté par ailleurs est cela. Alors pourquoi ne réserves-tu ces propos qu’à des cercles restreints de spécialistes ?

Tu as aussi rappelé dimanche que les grands projets européens datent d’avant l’euro et qu’ils n’ont pas été conçus dans le cadre des « communautés européennes » mais dans celui de programmes de « coopération intergouvernementale », c’est-à-dire en dehors des structures communautaires, directement entre États.

Frédéric Lordon a eu l’occasion de le rappeler, lui aussi, en parlant de tous les liens à tisser, ou à développer pour ceux qui existent déjà.

Marina Albiol, encore elle, disait, à juste titre, qu’il fallait « sortir du capitalisme« . Ce n’est pas qu’un mantra. Ça dit beaucoup de choses. Certes, des masses de gens ne sont pas encore convaincues de cela, même si elles ont de plus en plus conscience que les malheurs qu’elles vivent résultent du capitalisme. Elles ne sont pas encore convaincues de la sortie du capitalisme sans doute parce qu’elles ne discernent pas les traits de l’autre société qu’on veut lui substituer.  Or nous avons beaucoup à dire et à proposer sur ce point. Nous le faisons depuis des années mais nous devons employer d’autres moyens pédagogiques que notre habituel discours qui n’a pas l’effet escompté. Sur ce sujet précis, Podemos montre la voie et Pablo Iglesias a eu l’occasion de nous expliquer, dans une vidéo, pourquoi nous faisons fausse route et comment on peut trouver des solutions efficaces. Et il y a aussi Tatiana J., Johann E. et Tommy L. avec le Fil d’Actu qui ouvrent la voie. Ce que ces militant-e-s viennent de commencer à mettre en oeuvre avec ce mini JT alternatif est purement génial.

Oui, comme l’ont exposé certains lors du sommet du Plan B, c’est bien tout le système juridique et institutionnel de l’UE qu’il faut déconstruire puisqu’il institutionnalise, dès le premier jour, le capitalisme.

Donc, il faut commencer, pour ce qui te concerne – puisque tu as déjà en magasin toute l’argumentation idoine à l’appui, mais aussi des alliés et une masse de gens prête à te soutenir dès que tu diras « Aux armes citoyens » (je parle au sens figuré, ça va sans dire) – que « ton » plan B à toi n’est pas de tenter de changer l’UE ou de réformer ou de démocratiser l’euro ou le mécanisme institutionnel de l’UE -inaccessible utopie- mais de nous libérer d’elle.

Faisant cela, tu perdrais des « amis-e-s » et des soutiens mais tu en gagnerais sans doute d’autres, beaucoup d’autres !

J’en finirai par ce dernier élément : peu importe -voire tant mieux !- que tu perdes le soutien de tel parti (le PC par exemple) ou de telle personnalité politique (Pierre Laurent ou Cécile Duflot au hasard), peu importe même que certains du PG te voient alors « dériver » vers le « gauchisme » ou le « rouge-brun » (insultes que nous recevons si souvent) car tu te seras alors mis à l’heure du peuple et tu seras à l’unisson avec lui,  et tu ne tarderas pas à en cueillir très vite les fruits en plus de dévitaliser totalement ce FN qui nous fait tant de mal et qui légitime tant nos maîtres qui s’en servent pour nous faire tous chanter… Cerise sur le gâteau, en étant médiatiquement le vilain petit canard, en étant, a priori, rejeté de toutes parts par « les tiens », tu serais rapidement perçu comme l’Alternative, la vraie. Rappelle-toi l’expérience de Chirac de 1993 à 1995… Lâché de toutes parts, « trahi » par ses plus proches, « seul et isolé », c’est lui qui a battu le candidat du système, Balladur, avant de l’emporter face à Jospin. Je crois que tu peux rééditer cette expérience.

Tu auras sans aucun doute à rivaliser avec un « candidat unique de la Gauche » que la primaire aura désigné contre toi, et surtout contre tout risque de voir l’Alternative prendre tournure. Mais tu seras alors, aux yeux du peuple – à condition aussi que tu dises ce qu’il faut dire…- le recours.

Relis ces mots que Frédéric Lordon a dits dans son intervention de samedi :
« Et de quelle alternative parlons-nous ? De la seule en réalité capable de faire une différence radicale, une de ces différences que le corps social crève de ne plus jamais se voir proposer sur la scène des partis dits de gouvernement, désormais réduits à la grille continue de la droite générale. C’est bien pourquoi mort de faim politique, le peuple se jette avec avidité sur la moindre différence qui passe dans son champ de vision, fut-ce la pire, la plus mensongère, portée par les plus immondes démagogues car au moins c’est une différence et que, par là, il a le sentiment de respirer à nouveau.« 

Jean-Luc, travailler en étroite collaboration avec Frédéric Lordon serait une arme de conviction massive…

Ce qu’il faut que tu fasses, ce n’est pas de courir après la gauche, mais plutôt de trouver le moyen de ramener aux urnes, et si possible en ta faveur, cette moité d’électeurs qui les ont boudées aux dernières élections… Pour cela, tu ne dois pas parler à la Gauche mais à la France.

À partir du moment où tu auras clairement appelé à sortir de l’UE, je ne doute pas que les 55% de Français qui ont voté NON au TCE en 2005 s’intéresseraient de près à ce que tu dis ; et que parmi eux une grande partie finirait par te soutenir si tu persévérais dans ce positionnement-là !

Nous sommes hostiles au monarchisme de la 5e et nous sommes les plus ardents défenseurs d’un changement de régime que nous désignons sous le vocable de « 6e République » et dont nous voulons qu’il fasse « Place au peuple ».

Mais sauf à ce qu’une révolution intervienne avant et ne balaye ce régime honni, il nous faut, si l’on veut avoir quelque chance d’influer sur le cours de notre destin, gagner la présidentielle d’abord, les législatives ensuite. La première étape implique de te faire élire et pour cela, on doit se soumettre au système électoral présidentialiste. On doit donc avoir un candidat  solide, capable de rassembler le peuple et de porter un projet de rupture avec l’Ancien régime.

Je suis de ceux qui pensent que tu dois devenir officiellement candidat et le plus vite possible, en ton nom propre et non en celui du PG ou de quelconque parti, cartel, clan, union de partis, rassemblement de quelque nature que ce soit. La 5e République, tu le sais bien, c’est la rencontre d’un homme et d’un peuple. Je sais bien moi-même que cette idée-là défrise la Gauche qui est adepte du collectif. Mais le « collectif » se fera aussi, autour de toi. Les organisations politiques se positionneront comme elles le veulent. Certaines te soutiendront, d’autres te seront, de manière virulente, hostiles. Tant mieux disais-je plus haut ! Candidat « hors-système » bien que maîtrisant ce système, tu seras en bonne position pour plaire au peuple.

Changer de constitution et de régime ou sortir de l’Union européenne ? Il faut faire les deux camarades !

Il y a quelques mois, quand je faisais ardemment campagne pour la 6e République, à la fois sur Facebook et via un blog dédié, et que j’appelais, à ce titre, à ce que nous commencions à réfléchir à l’écriture COLLECTIVE d’une nouvelle constitution rendant le pouvoir souverain au peuple français et prévoyant toute une série de mécanismes juridiques (constitutionnels et administratifs), mais aussi politiques, pour le rendre possible, et pour qu’il ne puisse plus être contesté, je recevais pas mal de messages de gens (notamment de l’UPR, de DLR devenu DLF, du M’PEP ou du PRCF) me disant que c’était inutile de se battre pour une nouvelle constitution aussi longtemps que nous restions dans l’Union européenne.

Je répondais que, pour moi, le combat pour la 6e République était le plus important de tous car en rédigeant collectivement une constitution nouvelle, axée sur la démocratie et la souveraineté populaire, nous dirions inéluctablement que l’Union européenne est contraire à nos principes, à nos valeurs, à nos désirs, à nos exigences. Nous renverserions alors inévitablement la hiérarchie des normes. Et dès lors que le peuple français aurait adopté une nouvelle constitution ayant ces caractéristiques-là, nous ne pouvions manquer de remettre en cause l’appartenance de la République française refondée à l’Union Européenne. Vous me suivez jusqu’ici ?

En effet, en droit, la constitution actuelle prévoit que les traités régulièrement ratifiés prévalent sur la loi ; et la jurisprudence constitutionnelle française a, depuis longtemps, jugé que par « loi » il fallait aussi entendre « constitution ». Donc, c’est bien notre constitution actuelle qui permet que des traités prévalent sur elle, une fois qu’ils ont été RÉGULIÈREMENT ratifiés… Et là, la question se pose non ? Peut-on sérieusement soutenir que le Traité de Lisbonne a été RÉGULIÈREMENT ratifié ? Quand on sait comment les choses se sont passées, la réponse est clairement NON. N’importe quel esprit sensé et honnête, intellectuellement parlant, ne peut valablement considérer que le traité en question a été valablement ratifié. Certes, il a été considéré, par les instances compétentes, que ce traité a bien été valablement ratifié au plan juridique puisque le Parlement, réuni en Congrès, l’a adopté et que ce mode d’adoption est une des deux voies possibles de ratification prévues par notre constitution. Mais quand un traité est ratifié par le Congrès alors même qu’un texte quasi identique a été rejeté par le peuple souverain par référendum à peine deux ans plus tôt, même un juriste sait que cette situation ne saurait être jugée valable au plan juridique. C’est pourtant ce qui a été décidé par les institutions juridiques établies. Elles sont l’émanation du système et servies par des gens dont la mission est de maintenir ce système, voire de le renforcer encore davantage…

Donc, mon propos est de dire que déjà, sur ce seul point, le traité qui s’applique ne devrait pas s’appliquer car ce n’est que par un coup de force politique qu’il a été ratifié. Nous le savons et ce n’est pas mon sujet ce soir que d’insister sur ce point. Je considérais cependant que ce rappel était indispensable en préalable de ce que je voulais vous dire…

Je reviens donc à ce que je disais en introduction de ce billet. C’est notre constitution qui donne la primauté aux traités ratifiés. Mais notre constitution n’empêche pas le peuple souverain de la réformer, voire de l’abroger au profit d’une autre, qui serait partiellement ou totalement réécrite et repensée… Cela, aucun traité ne peut non plus l’interdire.

DONC, le peuple français, s’il décidait de changer sa constitution actuelle au profit d’une autre qui lui donne des armes puissantes pour reprendre son destin en mains, pourrait décider que, désormais, la République française ne fait plus partie de l’Union européenne. Rien n’empêche, s’il le décide, que cela soit expressément écrit dans la constitution nouvelle, auquel cas, l’exécution de cette décision s’appliquerait rapidement, dans les conditions et selon les modalités que définirait par exemple une loi organique intervenant peu après l’adoption et la mise en application de cette constitution nouvelle… Cela empêcherait aussi que de nouveaux gouvernants viennent un jour ramener la République française dans cette même Union européenne… La première constitution de la 5e République, celle adoptée en 1958, contenait par exemple un titre entier et plusieurs dispositions relatives à « l’Union française » qui englobait des « pays » que nous dominions et contrôlions par les liens de la colonisation.

Et, même si la constitution elle-même, ne prévoyait pas expressément, dans son texte, la sortie de la République française de l’Union européenne, elle pourrait, par différents moyens, la rendre inévitable à bref délai…ou, à tout le moins, envisager expressément qu’elle soit possible. Cette hypothèse se concrétiserait par l’organisation d’un référendum intervenant peu après le référendum d’adoption de la constitution, et après un débat sérieux et suffisamment long pour que le peuple se fasse une opinion éclairée sur la question. Ainsi, seraient dissociées les deux questions. Dans un premier temps, le peuple français déciderait d’approuver ou non le projet de nouvelle constitution, et, dans un second temps, il se prononcerait sur la sortie ou pas de la République française de l’Union européenne.

Quoi qu’il en soit, celles et ceux qui m’ont (presque toujours aimablement) opposé que débattre du nouveau régime constitutionnel et politique serait sans intérêt sur notre souveraineté populaire, parce que celle-ci est court-circuitée tant que nous restons dans l’Union européenne, ont tort. Ils ne saisissent pas les conséquences juridiques et politiques d’un changement de régime politique et de constitution… Si l’on écarte, comme je le fais encore pour l’instant, l’idée avancée par certain-e-s, que Jean-Luc Mélenchon serait en réalité un homme politique malhonnête, trompeur, cynique, dissimulateur, on peut penser que c’est précisément la raison qui le pousse à défendre la 6e République car il a sans doute compris qu’en réécrivant une nouvelle constitution, le peuple français se ressaisit de fait de tous les pouvoirs et que les interdictions résultant de l’Union européenne seraient alors, automatiquement, remises en cause.

Maintenant, depuis que je parle haut et fort pour une sortie de l’Union européenne, ce sont désormais certains de mes camarades du PG, du PCF, d’Ensemble et du Front de Gauche ou de la Gauche en général, qui me disent que la sortie de l’Union européenne ne sert à rien si l’on ne change pas aussi la constitution. Et beaucoup de ces camarades me rappellent l’existence du Mouvement pour la 6e République ou des actions sur ce sujet du Parti de Gauche, de certain-e-s responsables de ce parti, ou d’autres acteurs à gauche…

Sachez que je suis convaincu, depuis très longtemps, par la nécessité, que dis-je par le caractère indispensable que revêt le changement de régime et de constitution. J’avais cette conviction chevillée au corps bien avant que n’existe Facebook ou ce blog… Vous saisissez ?

Les partisans de la 6e République sont donc idéologiquement mes ami-e-s, pour autant que cette 6e République soit celle que nous défendons au Parti de Gauche, au Front de Gauche et parfois au-delà de ce parti et de ce Front…

Mais je trouve stupide et totalement anachronique d’opposer les deux thématiques : sortie de l’Union européenne et changement de régime. Les deux vont  ensemble. Les deux DOIVENT aller ensemble. Nous devons défendre les deux, et le faire simultanément.

Certain-e-s de mes ami-e-s et camarades politiques en sont convaincu-e-s comme moi, d’autres ne le sont pas. Parmi les seconds, il y en a qui veulent à tout prix changer de régime et passer à la 6e République mais qui n’envisagent pas ou qui refusent ou qui craignent (il y a bien des nuances entre les un-e-s et les autres) la sortie de l’Union européenne.

Mon avis est qu’ils se trompent et font une erreur stratégique majeure. Changer de régime et mettre en application une constitution nouvelle telle que nous la souhaitons sans sortir de l’Union européenne ne réglera pas les problèmes car il y aura toujours alors bien des contradictions entre les dispositions de cette constitution nouvelle et les dispositions des traités européens. Si notre constitution prévoit, comme certain-es le préconisent (j’en suis !) que les traités, fussent-ils « régulièrement ratifiés » (et, même si, cette fois, c’est au sens authentique et honnête du terme), il faudra continuellement se poser des questions juridiques et constitutionnelles et trancher des conflits et des controverses, car vous comprendrez tous et toutes très aisément qu’une telle constitution nouvelle, si elle est comme nous le voulons, s’opposera au régime juridique, politique, économique, géopolitique qu’incarne l’Union européenne. Et sauf à vouloir densifier à l’extrême la justice constitutionnelle française, et donner ainsi du travail, par millions d’heures, à des milliers de magistrats constitutionnels chargés de juger de tous ces conflits juridiques, une telle opposition est intenable. En droit, il est nécessaire qu’existe une certaine sécurité juridique. C’est même un principe général du droit. Il implique que les règles (prescriptives et prohibitives) soient assez claires pour régir les situations, et assez stables aussi !

Il faut donc trancher le dilemme sans s’en remettre uniquement à l’avis des juges. Et donc il faut décider entre deux alternatives  :
Soit on veut que le peuple français redevienne souverain – et on le prévoit avec une nouvelle constitution – alors, en cohérence avec ce choix, on doit prendre une décision très claire de sortie de la République française de l’Union européenne, sans finasser, sans tergiverser, sans nous limiter à prévoir une « désobéissance aux traités », hypothèse qui ne veut rien dire concrètement et souffre donc d’un déficit criant de crédibilité.
Soit on tient à l’Union européenne pour quelque raison que ce soit, et alors on ne saurait désirer que nous changions de régime et de constitution, surtout pas pour en mettre en place une autre qui serait démocratique, puisque le système de l’Union européenne, par essence, s’oppose à la démocratie voire à la logique même d’une constitution puisque au sens de l’article 16 de la déclaration française des droits de l’homme et du citoyen : « Toute Société dans laquelle la garantie des Droits n’est pas assurée, ni la séparation des Pouvoirs déterminée, n’a point de Constitution. » Or, c’est une gageure que de soutenir que l’Union européenne « assure la garantie des droits » et « détermine la séparation des pouvoirs »…

Et oui, camarades ! Il faut réellement choisir entre deux alternatives radicalement différentes et mêmes opposées. Ce sont bien deux choix de société tout à fait antinomiques. On ne peut à la fois souhaiter – et appeler à – un changement de régime politique en France et défendre, dans cet esprit, un changement de constitution, et dans le même temps expliquer que sortir de l’Union européenne n’est pas souhaitable, ou n’est pas sérieux, ou n’est pas responsable, ou n’est pas conforme à nos aspirations et principes de gauche, ou je ne sais quoi encore… On ne peut avoir l’un et l’autre.

L’idée que je défends – et le raisonnement que je mets en avant pour lui donner force – est bien que nous devons À LA FOIS :
1/ changer de régime politique et donc substituer à la détestable et nuisible constitution de la 5e République, quasi monarchique et oligarchique,  une constitution nouvelle de la 6e République qui soit enfin celle de la PREMIÈRE VÉRITABLE DÉMOCRATIE,
2/ sortir de l’Union européenne et de quelques autres alliances et organisations d’essence atlantiste et capitaliste.

Et faire cela c’est tout autre chose que de nous renfermer sur nos frontières dans un esprit chauvin et nationaliste, raciste, xénophobe, quasi fasciste, contrairement à ce que disent certains crétins incultes ou bornés et à ce que répètent certains perroquets, larbins de nos ennemi-e-s et griots du capitalisme ou de l’atlantisme.

Si c’est un jour le FN, ou de vrais nationalistes, ou de vrais néofascistes, ou de vrais racistes, qui ont la main pour sortir la République française de l’Union européenne, alors oui, on peut craindre le pire, car ce qu’il en sortira ne sera vraiment pas bon. Leur dessein n’est pas de rendre le pouvoir au peuple, ni de faire son bonheur. Et il n’est pas de rendre le peuple français puissant pour que nous soyons de nouveau en mesure de parler au monde et d’aider le monde à aller mieux, en assistant les autres peuples ou en s’inspirant d’eux et en leur donnant une audience qu’ils n’ont pas forcément parce qu’ils sont moins puissants que nous.

Par contre, si c’est NOUS, la Gauche de combat, la Gauche qui se bat pour « la Sociale », la Gauche qui se bat pour la démocratie et la République, la Gauche qui se bat pour l’humanisme, la Gauche qui se bat pour la laïcité, la Gauche qui se bat pour la justice et la défense authentique des droits de l’être humain et de l’animal, la Gauche qui se bat pour que le monde opère la grande bifurcation écologique rendue indispensable à notre survie collective,  la Gauche qui se bat pour que soient universellement reconnues les valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité, la Gauche qui se bat pour la paix, non comme des pacifistes bêlants mais comme des responsables sérieux instruits de la géopolitique telle qu’elle est et telle qu’elle régit les relations internationales, si c’est NOUS, cette Gauche-là, qui avons les rênes du pouvoir constitutionnel dans l’État de la République française au moment où la question sera posée, alors il n’en sortira que du bien.

Car notre rêve n’est pas d’asservir mais de libérer et d’émanciper. Notre tâche n’est pas d’abrutir les citoyen-ne-s mais de les éduquer et de faire croître en eux l’esprit de citoyenneté. Notre aspiration n’est pas de défendre les intérêts particuliers, fussent-ils les nôtres, mais de servir l’intérêt général sans brimer l’individu et sans le contraindre au-delà de ce qui est acceptable aux yeux de tous. Notre souhait n’est pas de revenir au Moyen-Âge mais de rallumer les lumières. Il n’est pas de maintenir le système honni mais de le détruire au profit d’un autre acceptable par tous. Notre action ne sera pas d’imposer des lois scélérates et des régressions de civilisation permanentes contre la volonté générale mais de remettre le droit au bonheur de tous au sommet de la hiérarchie des obligations des pouvoirs publics.

Partons du projet collectif et non des personnalités et nous aurons remis la lutte en ordre de « bataille » !

Texte de ma camarade Christine DUPLAISSY

* * * * *

Suite à un débat sur André Chassaigne et sur sa jalouse vindicte contre Jean-Luc Mélenchon…

Et si les PC ont continué leurs alliances contre nature partout en province et de plus belle pour les Départementales, ça doit être aussi « la faute à Simonnet » (Paris) ou « à Mélenchon » (moi je dirais plutôt la faute à Coquerel, mais moi je fustige aussi ces histoires de personnes !

Non, les gens ! Ça n’est pas un problème de personnes, mais de CONVICTIONS politiques et de PROGRAMME ! Je m’explique.

De toutes façons, tant que le PC, comme « Ensemble », comme le PG, n’auront pas rompu définitivement, localement comme nationalement, avec le « social-néo-libéralisme » et ne seront pas revenus au programme alternatif fondamental « L’Humain d’Abord » (à creuser et travailler encore, on est d’accord !) programme COLLECTIF, à l’origine, et qui est une vraie avancée vers la rupture anti-capitaliste, la population, soit se résignera, soit cherchera une « alternative » ailleurs et gare à tout le monde si c’est l’alternative de la Haine !!!

Mais personne ne va donc se poser la question de POURQUOI la droite et son extrême font le plein de leurs voix (qui plafonnent et n’augmentent guère si l’on y regarde de près !) & de POURQUOI, NOUS, feu le FDG, qui aurions dû représenter L’ALTERNATIVE, nous n’avons réussi à « convaincre » 50% d’électeurs/trices qu’à RESTER CHEZ eux et elles (ou voter blanc/nul dans le « meilleur » des cas !!!) ?

Cette abstention massive n’est PAS de droite et se refuse farouchement à l’extrême-droite ! Ces gens-là (dont je fais partie !) n’attendent qu’une chose : qu’on leur propose de construire une alternative clairement affranchie des vieilles « alliances » traditionnelles rances et mortifères ! Et surtout clairement affranchie des deux partis de « gouvernement » P$ et €€LV qui ne savent qu’acheter un semblant de paix sociale en organisant méthodiquement le turn-over de la misère afin de maintenir à flot le système capitaliste qui ne sait que se régénérer de crises en crises ! Deux partis également pro-système U€, dont il faut sortir au plus viiiiite !!!

Ça n’est pas un problème de « personnes », on n’en est plus là : y’a le feu au lac, là ! Et ça n’est même plus une image : c’est l’effrayante réalité « gaz de schiste » / et-ou nucléaire, et ZAD à « détruire » de leur point de vue, que P$ et €€LV soutiennent, tout comme UMP-FN/UDI-MODEM !

C’est un problème de choix de société !!! Décidons nous-mêmes de QUELLE SOCIÉTÉ nous voulons demain pour nos mômes (& pour ce qu’il nous reste de temps à vivre !), de QUELLE constitution nous voulons pour ne plus reproduire les aberrations d’un Monarque républicain et de son « staff » (qui ne peut même plus s’appeler un « État » vu qu’il est entièrement à la botte et au service de la finance et de l’impérialisme US !

Reprenons NOTRE SOUVERAINETÉ ET NOTRE INDÉPENDANCE ! Et ensuite, nous devrons décider, puisque la 5ème ripoux-blique nous y oblige une dernière fois, de quelle personne mérite notre confiance, suffisamment pour porter notre programme vers son succès. Et dès que celle-ci ou celui-ci aura accompli son mandat, nous lui demanderons de nous rendre les clés. Gentiment d’abord… Mais s’il faut montrer les dents et le/la révoquer, la nouvelle Constitution nous en donnera le droit et nous n’hésiterons pas !

Voilà, à mon sens, rien ne vaut la rupture franche, publique et totale d’avec P$, €€LV et toutes celles et ceux qui nous jouent les « grandes orgues » du « sentimentalisme de gôgôche » pour mieux nous museler, ce qui, perso, désormais, me laisse de marbre !!!

Partons du projet collectif et non des personnalités et nous aurons remis la lutte en ordre de « bataille » !

Du débat Mélenchon-Zemmour, de la référence à Georges Marchais et au général De Gaulle, de la question de l’immigration et de l’économie…

Un de mes contacts sur Facebook a écrit :

« Le problème de MÉLENCHON est qu’il est internationaliste et pas communiste. Il est plus proche des positions libérales d’un COHN-BENDIT que les positions collectivistes de MARCHAIS. Aussi les patriotes communistes mexicains de 1964 grâce à leur positionnement idéologique ont une économie florissante alors que les anarchistes internationalistes ont traité MARCHAIS comme un chien galeux et un pestiféré. Résultat : le libéralisme pro UE. Moi je le dis VIVE MARCHAIS et même VIVE DE GAULLE. »

Et ceci : « Puis le jour où MÉLENCHON dira comme MARCHAIS, qu’il faut arrêter l’immigration on aura fait un grand pas. ZEMMOUR ne dit pas que des conneries, c’est même plutôt le contraire, il est très intelligent. »

Ces deux commentaires m’ont inspiré les réponses suivantes…

Quand tu dis que MÉLENCHON est plus proche des positions libérales d’un COHN-BENDIT que des positions collectivistes de MARCHAIS, c’est que tu ne l’as pas bien lu, écouté et compris car si l’on peut reprocher à MÉLENCHON certaines choses, ce n’est sans doute pas celle-là. Cette accusation est grotesque.

Quand tu dis « Vive MARCHAIS et même vive DE GAULLE », là je te suis. Ces deux personnalités-là, malgré leurs tares et leurs défauts, avaient un discours cohérent et, pour celui des deux qui fut un géant de notre Histoire, une pratique qui avait une dignité qu’aucun de ses successeurs n’a jamais ne serait-ce qu’approchée.

 En tant que partisan de la 6e, je suis logiquement un dénonciateur ardent de la 5e mais je n’ignore rien de la situation réelle qui veut que la 5e, dans sa version originelle, n’était pas la « 5e » actuelle.

 Moi, je considère que la 5e initiale, celle instituée par DE GAULLE, méritait déjà d’être dénoncée et critiquée, à la fois pour son contenu et pour les conditions, totalement scandaleuses, de son avènement (la crise du 13 mai, le quasi coup d’État suivi du coup de force politique, la rédaction de la nouvelle constitution contrôlée par seulement quelques personnes sans recours à ce qui aurait été légitime et démocratique : une Constituante, et bien d’autres raisons). Cela étant dit, le régime initial, même top autoritaire à mes yeux, n’avait pas tous les défauts qu’il a acquis par la suite. Notamment parce que celui qui était la « clé de voûte des institutions », formule chère au Général, exerçait le pouvoir dans un certain respect de la volonté populaire. Le peuple français a pu aller aux urnes tous les ans, pour une raison ou pour une autre, pendant la période où DE GAULLE était Président. Et le jour où le choix qu’il souhaitait voir approuvé fut désavoué, il s’en alla. Quelle dignité ! Aucun Président de la République française n’a jamais plus eu un tel panache. Donc je suis à la fois très critique de son œuvre sur certains sujets, mais aussi assez admiratif de l’homme, de son action comme chef de la France libre puis comme acteur de la restauration de notre grandeur, notamment dans sa lutte contre l’impérialisme de l’Empire états-unien.

Et si DE GAULLE n’était pas anticapitaliste, ce que je suis devenu moi-même et ce que sont mes camarades du PG et du Front de Gauche, en revanche, DE GAULLE avait une vision politique qui voulait que le politique commandait à l’économie et non pas l’inverse, ce qui le rapprochait un peu de MARCHAIS (puisque tu compares les deux, je le fais aussi). Le capitalisme est détestable mais le capitalisme enfermé dans un système d’économie mixte, comme c’était le cas alors, faisait bien moins de dégâts économiques et sociaux que celui, débridé, sans règle, sans principe humaniste, sans aucune décence, sans aucune rationalité économique et financière, que nous connaissons aujourd’hui, et ce, depuis désormais presque 45 ans. Il est facile de voir que c’est dès la fin de la période gaullienne que les choses ont mal tourné, avec POMPIDOU, le banquier de la banque Rothschild, qui était, en quelque sorte, un « ennemi de l’intérieur » en plus d’être un « allié objectif » de l’Empire états-unien. C’est lui qui a fait entrer le Royaume-Uni dans ce qui était alors la CEE. C’est lui qui a suivi la logique nixonienne du recours au marché pour financer l’État. Et peu à peu, tout le reste a suivi.

Quand tu dis que « ZEMMOUR ne dit pas que des conneries », qu’ « il est très intelligent », je suis presque d’accord. Presque car moi je ne dirais pas que ZEMMOUR est « très intelligent ». S’il était vraiment « très intelligent », à mon sens, il aurait choisi un autre chemin philosophique et politique. Mais passons car je ne dirais pas non plus qu’il ne dit « que des conneries ». Sans être « très intelligent », il n’est pas non plus un sot. Ce qu’il dit est en effet pensé, réfléchi. Il ne s’agit pas de propos stupides, de comptoir. Ce qu’il dit reflète une pensée, une idéologie, une vision, une lecture de l’Histoire et de la vie. Ce n’est pas la mienne. Ce n’est pas celle de MÉLENCHON . Ce n’est pas celle du PG ou du FdG. Et je ne crois pas que ce soit celle de la majorité des Français, malgré certaines apparences contraires.

Le problème avec ZEMMOUR, c’est qu’il manie, dans son raisonnement, des faits qui sont incontestables et des déductions qui, elles, ne le sont pas. Il a une vision de l’Histoire qui n’est pas rationnellement fondée. Il idéologise trop l’Histoire. Et nous analysons, nous-mêmes, certaines « vérités » historiques différemment de lui. Je ne vais pas ici disserter sur cela car ce n’est pas le lieu mais si je peux comprendre que certaines personnes, qui pensent à droite, ne se retrouvent pas dans la lecture que MÉLENCHON et nous, à gauche, faisons, il faut comprendre aussi que l’on ne saurait, nous, valider comme l’unique vérité absolue, la vision de ZEMMOUR et de la droite, ou plutôt d’une partie de cette droite. Si les faits peuvent être incontestables quand ils sont avérés, l’interprétation qu’on développe de ces faits, elle, est toujours susceptible d’être critiquée et soumise à des versions contraires.

Quand tu dis que « MÉLENCHON devrait, comme MARCHAIS, défendre l’arrêt de l’immigration », tu as tort, à mes yeux. Je sais que beaucoup de Français-e-s, si l’on écoute les medias mainstream qui ne cessent de le dire, voire si l’on discute avec les gens, ont cette idée-là. Nous n’ignorons pas, autour de MÉLENCHON et à gauche, qu’une partie des Français-e-s, souhaiteraient que l’on arrête d’accueillir chez nous des étrangers, voire qu’on en renvoie un certain nombre chez eux.

Nous n’avons pas cette vision. Quand on est à gauche, on a le sens de l’accueil et de la tolérance. Nous voulons une France ouverte aux autres, notamment à celles et ceux qui sont menacé-e-s dans leur pays, menacé-e-s dans leur vie, leur sécurité, leur liberté, leurs droits fondamentaux. Inutile de me ressortir la saillie célèbre de Michel ROCARD sur le sujet. Nous, nous refusons ce discours-là. Nous défendons un discours inverse. C’est ainsi. La démocratie impose que l’on puisse avoir une autre vision que la nôtre et que cette vision-là soit défendue, mais, à l’inverse, notre propre vision est tout aussi légitime.

Si, pour débattre sereinement de ce sujet hautement passionné, on écarte l’idée que celles et ceux qui refusent notre vision seraient simplement des racistes et des xénophobes, bien que ce soit aussi souvent le cas, mais qu’on leur reconnaît la dignité de fonder leur vision, non pas sur de tels ressentiments détestables, mais sur une logique économique, il y a alors matière à discuter.

L’idée qui est mise en avant, et qui n’est pas contraire à la vérité selon certains angles d’analyse, c’est que les immigrés conduisent à une régression du niveau des salaires de l’ensemble des Français, parce que cette population est moins exigeante que nous et qu’elle accepte donc de travailler à des conditions salariales et générales inférieures à celles que nous acceptons nous-mêmes et que nos lois garantissent encore quelque fois. Je dirais que :

1°/ Cela est vrai pour les immigrés clandestins beaucoup plus que pour les immigrés entrés légalement en France.

2°/ Il existe des moyens d’agir contre ce problème.

Sur le premier point, le problème est que des clandestins, pour pouvoir survivre, doivent à tout prix travailler et acceptent donc n’importe quel travail, dans n’importe quelles conditions. Comme ils sont clandestins, ils ne bénéficient pas des droits élémentaires des salarié-e-s et les employeurs indélicats (pour utiliser un terme poli car en fait ce sont de vrais salopards, exploiteurs, esclavagistes) font leur beurre sur leur misère. Il est possible et nécessaire de sanctionner pénalement et lourdement les patrons qui emploieraient ainsi illégalement et inhumainement des immigrés illégaux. Les sanctions devraient être suffisamment lourdes pour être dissuasives.

Au-delà, il y a la solution que NOUS préconisons depuis longtemps : la régularisation pour que ces immigrés, qui ont eu le courage de quitter leur pays pour trouver du travail et des moyens de vivre – et de faire vivre leur famille – décemment, puissent être armés légalement pour ne plus accepter de telles exploitations.

Alors on nous dit que de telles décisions seraient un appel à une immigration massive. Tous les exemples que nous connaissons disent le contraire. Là encore, je ne veux pas disserter des heures mais l’immigration ne dépend pas de la générosité ou de l’avarice du pays qui se trouve être le pays d’accueil. Ce qui amène les gens à immigrer, y compris clandestinement, repose sur d’autres fondations. Nous ne risquons pas d’être envahis mais par contre nous aurions la garantie de ne plus connaître l’exploitation honteuse des immigrés clandestins. Ceux-ci auraient les mêmes droits que nous.

Sur le second point, qui recoupe en partie la problématique du premier, le problème serait que les immigrés légaux viennent manger le pain des Français… Outre l’inanité d’une telle affirmation, il est utile de rappeler que si les patrons encouragent l’immigration, c’est justement parce qu’ils savent que les immigrés feront le travail aux conditions qu’eux, les employeurs, définissent. Mais il suffirait que la loi décide que les immigrés seront traités comme tout Français, qu’ils auront exactement les mêmes droits face à leurs patrons que tout Français, pour que les patrons n’aient plus envie de remplacer la main d’œuvre française par une main d’œuvre immigrée.

On entend souvent, chez les exploiteurs ou chez les réacs, ou chez les ignorants, ou chez les salopards, ou chez es crétins, que si par exemple le bâtiment ou la restauration recrutent autant d’étrangers, c’est que les Français, sont paresseux, tire-au-flanc, qu’ils ne veulent pas travailler, qu’ils refusent les emplois un peu pénibles, qu’ils préfèrent être payés par les assurances chômage… Ce discours-là, en plus d’être clairement idéologisé de manière détestable, est stupide et ne repose sur rien d’autres que sur quelques abus montés en épingle depuis des années, alors même que bien d’autres abus, dans d’autres domaines, d’ampleur sans commune mesure avec les précédents, ne sont pas, eux, pris en considération. Si les Français refusent en effet parfois de prendre les emplois disponibles, c’est parce qu’il est inacceptable, dans la situation économique de richesse de notre pays, que l’on doive travailler dans la peine, sur des amplitudes de durée trop longues, ou dans des conditions de travail inacceptables, pour des salaires ridicules. La solution n’est pas d’aller chercher des esclaves plus dociles et moins exigeants, mais d’élever les exigences que les employeurs doivent respecter quand ils salarient des gens. Nous pouvons le faire. C’est le rôle de la loi. Et s’agissant du coût économique de cela, il peut être couvert par une refondation totale de notre système de pensée économique et fiscal. On en vient alors à la question essentielle, fondamentale entre toutes, d’un autre partage des richesses, que nous défendons, nous, autour de Jean-Luc MÉLENCHON, nous au Parti de Gauche, nous au Front de Gauche, et je sais qu’il y a des Français, qui ne se définissent pourtant pas comme étant de gauche, qui pensent exactement comme nous, sur ce point.

L’économie est florissante quand les richesses créées par tous circulent. Elle dépérit quand une petite caste oligarchique confisque l’essentiel à son seul profit. Une économie est en développement stable et se trouve viable et saine quand les entreprises qui font des bénéfices réinvestissent largement leurs gains pour se développer et pour mieux payer leurs salariés, tous et pas les quelques personnes autour du N°1 de l’entreprise. Inutile d’expliquer longtemps que si les petits salariés voient leur rémunération croître, ils l’utiliseront, soit en consommant, soit en épargnant. Dans les deux cas, les gains seront remis immédiatement en circulation. Tandis que lorsque les plus gros gagnent encore davantage, non seulement ils ne réinvestissent pas ces gains dans l’économie réelle, mais en outre ils placent leurs fortunes dans des paradis fiscaux étrangers à la France. Ils volent donc purement et simplement le fruit du travail de tous et détournent la richesse collective du pays. Il s’agit là ni plus ni moins que de vol, d’escroquerie, de détournement de fonds. Ce pourrait être pénalement sanctionné en plus d’être politiquement discrédité.

C’est le système qui permet cela qui doit impérativement être revu et radicalement transformé. Ce sera à la loi de fixer en conséquence des salaires minimum beaucoup plus hauts qu’aujourd’hui, à l’inverse des salaires maximum beaucoup plus bas. Ensuite, par le biais de l’impôt, nous devrons tendre à une plus juste répartition des richesses. Devant ces engagements que nous prenons, certains hurlent comme des vierges qu’on effaroucherait ou des porcs qu’on violenterait. Mais il ne s’agit pas pour nous de mettre tout le monde au même niveau. Il demeurera des différences entre les uns et les autres. Les patrons et les salariés ne seront pas payés le même salaire. Les « grands » patrons gagneront toujours plus que les « petits ». Mais les écarts scandaleux que nous connaissons seront fortement réduits. Et nous reviendrons sans doute à des logiques plus raisonnables et plus humanistes. Il n’y aura plus, avec nous, de compétition pour gagner toujours plus, surtout si c’est au détriment des autres… Peut-être que le patron qui prendrait de véritables risques, non pas des risques contestables du genre de ceux qui jouent en bourse, mais des risques résultant de la tentative d’ouvrir de nouveaux chemins pour le développement de son entreprise et donc pour l’intérêt général à la fois de son entreprise, de ses salariés et de l’économie du pays tout entier, serait gratifié d’une « prime ». Mais les retraites-chapeaux, les stocks-options et autres exemples de confiscation insolente ne seront plus possibles, surtout quand ils sont au bénéfice de gens qui n’ont plus rien à voir ni avec des employeurs, ni avec des chefs d’entreprise, mais qui ne sont plus que des financiers traitant les êtres humains comme des choses.

La fiscalité française sera revue de fond en comble, aussi bien la fiscalité nationale que la fiscalité locale. Le principe qui la gouvernera sera l’égalité. Dans l’esprit de l’article 13 de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789, la contribution de chacun sera « également répartie entre les citoyens, en raison de leurs facultés ». Je rappelle que le président états-unien Franklin Delano ROOSEVELT, qui n’était pas un communiste, même s’il était sans doute plus à gauche que beaucoup de ceux qui l’avaient précédé et qui lui ont succédé, avait, pendant les années trente, élevé l’impôt de la tranche supérieure à 90%. Oui, 90% pour les plus riches. Aux États-Unis. Dans la vie réelle… Même en France, avant que François MITTERRAND ne soit élu en 1981, le taux d’impôt pour les plus riches était de l’ordre de 70% je crois. Or, nous étions sous la présidence de Valéry Giscard d’ESTAING qui n’était pas précisément un bolchévique…

Oui, nous reviendrons à cette logique qui veut que les très riches paient beaucoup car lorsqu’on ponctionne un petit salaire de 5 à 10%, c’est bien plus cruel et injuste que lorsqu’on ponctionne un multimillionnaire à 50/60/70/80 ou même 90 %. Et il lui en restera toujours beaucoup plus qu’au premier. Oui, nous estimons qu’il y a une décence humaniste qui impose que l’on décide d’un seuil maximal de rémunération. La vie ne se résume pas au fric. Le but d’une vie terrestre n’est pas seulement d’amasser des millions, des milliards dont on ne sait que faire ensuite et dont on prive, tous les autres. Alors même que des milliards de gens souffrent de pénurie, de misère, de faim, de mal-logement, de mal-nutrition, d’absence de soins…

Cette répartition nouvelles des richesses permettra de financer non seulement le coût de l’immigration mais bien d’autres politiques de progrès pour tous. Et cette nouvelle fiscalité empêchera aussi, ce qui est de salubrité publique, que des familles ne deviennent des dynasties qui, génération après génération, maintiennent des milliardaires oisifs, parasites, qui pèsent sur la vie publique du pays et tendent à l’influer fortement sans avoir la dignité ou les titres pour cela.

En République, il doit être possible de gagner plus demain qu’aujourd’hui. Il n’est pas antagoniste avec la République que l’on cherche à avoir une meilleure rémunération et il est assez noble que des personnes cherchent à offrir à leurs descendants les moyens de subsister en cas de coup dur ou un petit coup de pouce pour débuter. Mais ce petit pécule ou ce petit coup de pouce ne doit pas être une montagne d’or. Nous refusons qu’existe dans notre République une « noblesse d’argent » qui, sauf accident, se perpétuerait toujours, génération après génération, sans que les successeurs de ceux qui l’ont initiée, n’aient de mérites particuliers. Certes, il y a parmi les milliardaires, des gens dignes et nobles de cœur qui profitent de leur situation personnelle avantageuse pour être utiles à la collectivité mais c’est moins d’être une règle générale et même quand ils le font, ils ne le font pas assez. Nous, à gauche, ne tolérons pas que le monde soit constitué de personnes vivant dans de tels écarts de richesse. Nous corrigerons cela. Plutôt qu’un bouclier fiscal empêchant que l’on conteste aux uns le « droit » d’amasser des fortunes qui manquent ensuite à l’intérêt de tous, nous instituerons un « bouclier social ». Il y a divers procédés pour y parvenir. On y reviendra.

Nous entendons que l’on puisse ne pas être d’accord avec nous. Nous sommes démocrates et nous n’imposerons rien par la force. Nous débattrons. Nous convaincrons. Ce sera la loi, expression de la volonté générale qui imposera ce que le peuple français, dûment informé, après en avoir longuement débattu, aura décidé collectivement. Sur ce point comme sur tous les autres…

Ce que m’inspirent les paroles de Hollande et Cazeneuve… De la démocratie en général et en particulier.

Hollande : « J’ai besoin d’un parti à l’unisson avec ce que je propose…» « Ça n’empêche pas le débat, ça ne coupe pas la discussion, mais elle doit être menée à bien dans la perspective que J’ai définie ».

Cazeneuve : « Le gouvernement n’est pas une instance de débat, mais une instance exécutive d’une politique fixée par le président et son Premier ministre. Soit on part, soit on se tait ! »

Ces deux-là ont en eux un tempérament de despote et de dictateurs car la démocratie ce n’est pas un homme, fut-il Président de la République ou Premier ministre, qui décide seul et contre tous, imposant ses vues à tout le monde.

La démocratie représentative (système qui est le nôtre), ce n’est pas un Président qui impose sa loi au parti dont il provient et au gouvernement qu’il a nommé. Les partis sont libres de leur expression et de leurs actions. La seule limite étant qu’ils se conforment à la légalité. Même dans la 5e République, il n’est écrit nulle part que le Président fixe la ligne et l’impose contre tout le monde. Selon notre texte constitutionnel, c’est le gouvernement qui « détermine et conduit la politique de la nation ». Donc, même dans la 5e République, le gouvernement est une instance collégiale qui décide. Donc qui débat. Et qui inspire les réflexions du Président et du Premier Ministre.

Et ces deux-là ne sont donc seuls décideurs que par abus de pouvoir. Ce qui explique un tel abus, c’est que le Président de la République a, pour lui, la légitimité d’avoir été élu par une majorité des électeurs. Enfin, en théorie ! Il retire de cela une sorte de pouvoir suprême qui s’impose, de fait, politiquement parlant, à tous ; parce que le Président de la République est sensé représenter le peuple et exprimer ses volontés puisque le peuple l’a choisi.

Alors qu’un ministre n’est, de fait, qu’un préposé choisi par le Président. La légitimité du ministre est donc quasi nulle vis-à-vis du peuple. Mais les ministres, pris ensemble, forment, avec le Premier d’entre eux, le gouvernement. Et le gouvernement, ce n’est pas une chambre d’enregistrement des volontés du Président de la République. Le gouvernement n’est pas le conseil du roi. Le gouvernement, c’est l’organe essentiel du pouvoir en France, selon notre constitution (et pas selon ce que moi, ou le PG, ou les adeptes de la 6e République souhaiterions). Mais cet organe n’existe pas par la seule volonté du Président de la République puisque le gouvernement, s’il émane en effet du Président de la République, et s’il doit avoir sa confiance, puisqu’il est nommé par lui, doit aussi avoir celle de l’Assemblée Nationale. Sinon, eh bien il peut être renversé par elle ou ne pas être investi… Suivez mon regard !

Ou, autre hypothèse que nous avons déjà connue trois fois, on entre en période de « cohabitation ». Et là, le Président de la République se retrouve quasi nu. Donc, on a pu relever déjà maintes fois que ce que prévoit la constitution, c’est bien un régime parlementaire dans lequel le Président de la République n’est en aucun cas le décideur suprême et absolu. Sinon, il le serait tout le temps. Sinon, il n’y aurait pas eu de cohabitation…

Si le Président de la République devient un tel monarque quand la majorité à l’Assemblée Nationale est du même bord que lui, ce n’est QUE parce que tout le monde – Premier ministre, ministres, député-e-s – lui délèguent ce pouvoir suprême, le lui abandonnent et « couvrent » en quelque sorte ses caprices, son absolutisme.

Il est donc amusant de constater que le texte de la constitution de la 5e République que nous, au Parti de Gauche – et d’autres avec nous – contestons tant, que nous avons bien l’intention d’abolir au profit d’un autre, radicalement différent, ne trouve à s’appliquer, entièrement et fidèlement, qu’en période de désaccord entre le Président de la République et la majorité à l’Assemblée Nationale !

Le problème qui se dégage de ce constat, et de cette réalité politique, est donc que ce n’est pas tant le texte constitutionnel qui est une aberration, mais que les personnalités politiques qui occupent les fonctions de Premier ministre, de ministres, de secrétaires d’État et de député-e-s, acceptent si facilement d’obéir au Président de la République. Le problème est aussi largement dans les têtes ! Le droit ne peut pas tout régenter. Et le droit constitutionnel ne régentera jamais tout ! Certaines réalités sont analysées non pas tant en termes de droit que de science politique, de sociologie ou de psychologie… Car le « facteur humain » jour à plein en politique ! Parfois, pour paraphraser Robert Kennedy dans sa déclaration de candidature à l’élection présidentielle de 1968 (discours du 16 mars 1968), « pour changer de politique, il faut changer les hommes qui la font ». Mais j’ajouterais moi-même qu’en les changeant, il faut en prendre de nouveaux qui ne soient pas des clones des premiers, qui ne réagissent pas comme les premiers ; il nous faut des résistant-e-s à l’ordre établi, quel que soit cet ordre ; il nous faut des combattant-e-s qui n’ont pas en eux la vocation de larbins, qui n’ont pas pour habitude de se coucher et de se taire ou de faire du spectacle au lieu de faire de la politique au sens noble du terme.

Le terme « godillot », qui fut utilisé jadis pour désigner les député-e-s gaullistes, caractérise en fait l’immense majorité des député-e-s de la 5e République.

Dans le cadre de notre régime politique, le Parlement en général et l’Assemblée Nationale en particulier, sont des organes contraints, aux pouvoirs limités, et soumis à divers processus que maîtrise le gouvernement pour contraindre l’Assemblée. Les constitutionnalistes dénomment cela les « procédés de rationalisation du parlementarisme ».

L’objectif affiché par les pères fondateurs qui ont conçu ces mécanismes, et en premier lieu Michel Debré – le premier Premier Ministre du régime et du premier Président de la République, Charles de Gaulle – étaient d’empêcher que puissent se renouveler les « excès » connus sous les 3e et 4e Républiques où les gouvernements n’étaient que des pions dans les mains des député-e-s. Cet objectif pouvait être compris et accepté par beaucoup… et d’ailleurs, il l’a été ! Mais il y avait sans doute, en filigrane, un non-dit qui, lui, était bien moins respectable et beaucoup plus contestable : celui de rendre le pouvoir, TOUT le pouvoir, à quelques maîtres qui pourraient imposer leurs volontés aux député-e-s récalcitrants.

Ce qui tempérait l’effet très négatif de cette innovation institutionnelle, c’était que le peuple serait, de toute façon, amené à trancher les éventuelles controverses, lors des élections présidentielles et législatives périodiquement organisées. Sauf que l’expérience constitutionnelle de la 5e République a montré que si au temps du général de Gaulle, ce pouvoir surpuissant de l’Exécutif fut contrebalancé par une certaine respiration démocratique en ce sens que, chaque année ou presque, de son arrivée au pouvoir en 1958 à sa démission en 1969, une votation fut organisée, et chaque fois sauf une, le Président de la République obtint l’approbation du peuple, et que, la seule fois où le peuple le désavoua, il s’en alla dans les heures qui suivirent, depuis, le climat politique a bien évolué.

Le pouvoir exécutif a toujours bénéficié de ces prérogatives démesurées mais, dans le même temps, s’est de moins en moins conformé aux souhaits du peuple. L’alternance systématique ou presque lors des différentes élections, le mépris affiché – et de plus en plus ouvertement assumé – du peuple et de ses volontés par les tenants du pouvoir, démontrent combien le décalage est immense entre ceux qui gouvernent et ceux qui sont gouvernés.

Le pire est bien sûr la violation manifeste de la parole populaire exprimée en 2005, lors du référendum au terme duquel le peuple a dit non au TCE, et qui fut suivi par l’adoption, par les parlementaires, du clone de ce traité, le scélérat traité de Lisbonne. Cela fut un acte de forfaiture, certains ont parlé de « coup d’État simplifié ». En effet ! Forfaiture, coup d’État, haute trahison, sont des termes adaptés à ce qui a été fait. Un jour prochain, tous les coupables rendront des comptes… C’est une promesse et nous la tiendrons. Nous en faisons le serment solennel !

L’expérience mitterrandienne, puis, de manière plus vive encore, celle des deux présidences chiraquiennes, et, toujours plus effrontément, celle de Sarkozy, avant que la dernière en date, celle de Hollande, n’augmente encore la fracture d’une manière que personne n’aurait imaginé, toutes ces expériences de pouvoir, qui sont notre réalité depuis maintenant 33 ans, traduisent, on ne peut plus clairement, qu’il y a un problème démocratique majeur.

Je disais plus haut que n’est pas tant le texte constitutionnel qui est une aberration mais plutôt les personnalités politiques qui occupent les fonctions éminentes qui sont inadaptées. Et je viens de m’en expliquer. Toutefois, je ne voudrais pas être mal compris. Je ne défends pas le texte de la constitution de la 5e République. Vous savez combien j’en suis un dénonciateur, à l’unisson avec le Parti de Gauche, et avec Jean-Luc MLENCHON et Raquel GARRIDO notamment. Je n’ai fait que dire la réalité constitutionnelle du moment. Ce n’est pas le texte de notre République qui prévoit les scandaleux abus de pouvoir, manifestes et répétés, que nous avons connus et que nous subissons aujourd’hui plus que jamais. Le texte dit tout autre chose, je l’ai démontré. Ou alors, c’est indirectement, en ne prohibant pas expressément de tels abus. Certain-e-s constitutionnalistes et certaines personnalités politiques se sont félicité, maintes fois, de cette « souplesse » de notre loi fondamentale qui permet, somme toute, des adaptations au gré des circonstances politiques.

Certes, c’est une manière de voir les choses mais ce n’est pas la nôtre ! Certes, un texte constitutionnel ne doit pas être trop rigide, sinon certains contextes de crise politique pourraient évoluer en conflit ouvert et, qui sait, en guerre civile. N’oublions pas que la France, quand elle a changé de constitution, l’a fait chaque fois, en période de crise grave, voire de guerre. Inutile de revenir aux expériences révolutionnaires, période napoléonienne, Restauration et Monarchie de Juillet comprises ! Mais le passage du Second Empire de Napoléon le Petit à la 3e République s’est produit après le désastre de Sedan. La chute de la 3e République résulte de la défaite de 1940 et de l’occupation allemande. Quant au passage de la 4è à la 5e République, c’est la crise du 13 mai 1958 et les évènements d’Algérie, avec la menace prétendue de voir se produire en France métropolitaine, à Paris, un coup d’État des généraux félons d’Algérie, et la menace de guerre civile qui s’en serait suivie, qui justifia, aux yeux de beaucoup, la méthode suivie alors pour changer de régime.

Or, nous, nous voulons changer de régime mais nous sommes des pacifistes et des humanistes. Donc, nous aspirons à le faire dans le calme et la sérénité. Et comme nous sommes des démocrates exigeants, nous n’imaginons pas le faire sans le peuple, ni, a fortiori, contre lui !

Donc notre constitution actuelle n’est pas dangereuse par ce qu’elle prévoit – même si elle est déjà largement contestable sur cette seule base – elle l’est plutôt, à mes yeux, en ce sens qu’elle n’empêche pas assez clairement, dans son texte même, les dérives que nous subissons depuis trente ans. Nous, nous inscrirons expressément, dans le texte constitutionnel, de nombreuses garanties pour le peuple et diverses procédures qui permettront non seulement d’empêcher tout abus de pouvoir, de quelque nature qu’il soit, et de quelque autorité qu’il émane, mais, en outre, nous prévoirons que tout abus qui viendrait malgré tout à être commis serait lourdement sanctionné.

Maintenant, cela étant dit, je vais décrire un peu plus techniquement pourquoi Hollande et Cazeneuve n’entendent rien aux règles de la constitution et ne savent pas de quoi ils parlent… Quand on les entend affirmer ce qu’ils ont dit, qui m’a donné envie de publier ce billet, on a le sentiment qu’ils se croient régis par la constitution des États-Unis d’Amérique.

La France, contrairement aux Etats-Unis, est un régime parlementaire, même si existent des ferments de présidentialisme. Or une différence majeure existe entre système présidentiel et système parlementaire :

– en régime présidentiel, comme aux États-Unis, le seul membre de l’Exécutif à avoir, constitutionnellement parlant, compétence pour décider est bien le Président et lui seul ; les « Secrétaires » qui l’entourent ne sont pas des « ministres » au sens où nous l’entendons en régime parlementaire, mais de simples assistants, chargés, contrairement aux « conseillers » – plus ou moins officiels, plus ou moins occultes, nombreux également autour de lui – de gérer un département de l’action publique ;

– en régime parlementaire, le Président (ou le Roi) est toujours une potiche (comme dans tous les vrais régimes parlementaires : Allemagne, Italie, Israël, Espagne, Belgique…) qui est chef d’État mais sans pouvoir. Il n’y a qu’en France, régime mixte à mi-chemin du régime parlementaire et du régime présidentiel (mais qui est malgré tout considéré comme essentiellement parlementaire avec des éléments du régime présidentiel) que le Président a d’importants pouvoirs. Mais il y a aussi un gouvernement et un Parlement et tous doivent collaborer. En droit constitutionnel, on parle de « séparation souple des pouvoirs » et de régime de « collaboration des pouvoirs » en ce sens que chacun peut intervenir sur l’autre : par exemple, le Parlement peut renverser le gouvernement et le Président, ou le Premier ministre dans les régimes parlementaires qui n’ont pas de Président mais un roi ou une reine, peut dissoudre l’Assemblée, tandis que les régimes présidentiels incarnent une « séparation stricte des pouvoirs » et sont appelés régime « d’opposition des pouvoirs » puisque aucun ne peut intervenir sur l’autre, ni le contraindre sauf exceptions. Ainsi, le Président des Etats-Unis ne peut pas dissoudre le Congrès et ce dernier ne peut le renverser. Il peut le destituer mais on est alors dans une autre logique que celle de la controverse et de la décision politique.

Donc en France, nous avons un régime parlementaire, fut-il mâtiné de quelques puissants éléments présidentialistes. Et il est donc contraire aux principes fondamentaux 1°/ de la démocratie, 2°/ du régime parlementaire, et 3°/ de l’esprit et de la lettre de la constitution de la 5e République, de prétendre ce qu’ont affirmé Hollande et Cazeneuve.

Par ailleurs, et dans le même esprit, la règle selon laquelle « un ministre, ça ferme sa gueule ou ça démissionne », posée par Chevènement en son temps, est une ineptie constitutionnelle et politique. Les ministres sont juridiquement et politiquement responsables devant le Parlement et devant le Président et donc aussi devant le Premier Ministre. Ceci implique que les ministres assument leur responsabilité, endossent la politique qu’ils mènent mais cela ne signifie pas qu’ils soient des robots. Sinon, il suffit de choisir des hauts fonctionnaires qui eux, seront bien aux ordres. Un ministre a droit d’expression. Un ministre a droit de désaccord. Un ministre a droit d’influer sur la politique menée. Certes, il est aussi soumis à une certaine cohérence avec l’équipe gouvernementale et a le droit de quitter ses fonctions s’il estime que la politique menée est contraire à ce qu’il juge bon. Et en cas de désaccord majeur, il ne saurait rester en fonction. On ne peut imaginer qu’il soit rationnel pour un ministre de conserver ses fonctions et de dire en permanence son désaccord car une telle situation ne peut manquer de discréditer le gouvernement tout entier. Pour autant, on ne peut tolérer, si l’on est des démocrates conséquents, que la moindre expression divergente soit décrite comme de nature à empêcher le gouvernement de mener sa mission. Car, je l’ai dit, un gouvernement n’est pas une équipe de fonctionnaires ou de militaires aux ordres d’un chef et que rien ne permet, juridiquement parlant, de contraindre un ministre à n’être qu’un fantôme ou un robot. Le Président de la République et le Premier ministre n’ont sur les ministres qu’un pouvoir politique. Chaque fois qu’un ministre a quitté ses fonctions, c’est qu’il l’a bien voulu, quelles que puissent être les raisons l’expliquant, qu’il ait docilement accepté la mise à l’écart ou qu’il ait jugé plus avantageux pour lui de quitter ses fonctions, pour ensuite se présenter comme une victime et rechercher une reconnaissance et du crédit nouveau dans l’opinion dans cette « exécution » politique dont il fut victime. En fait, la politique l’emporte toujours, à un moment ou à un autre, sur le droit quand il s’agit de démission de ministres, voire du Premier d’entre eux. Les conflits entre les protagonistes étant toujours d’ordre politique, on ne saurait comprendre ni accepter que des désaccords se règlent autrement que par la démission de celui qui, dans la hiérarchie du pouvoir, est subordonné à un autre…

Or, ce n’est pas toujours celui qui est supérieur à l’autre qui a raison. Cet aspect-là des choses explique aussi pourquoi, entre autres nombreuses raisons, nous sommes partisans du référendum révocatoire qui pourrait s’appliquer aussi bien au ministre qui a été démissionné, plus ou moins contre son gré, ou au Premier ministre ou au Président de la république qui l’aurait désavoué… C’est le peuple qui déciderait qui serait menacé de subir un tel référendum et qui serait ensuite désavoué…

Bref, pour résumer ces longs propos, je dirais que le Président de la République actuel et son ministre de l’Intérieur, se fourvoient quand ils affirment ce qu’ils ont dit. Mais comme je ne peux imaginer qu’ils soient incultes et ignares des réalités constitutionnelles, j’opte plutôt pour une autre explication. Ils se comportent comme de petits dictateurs étant convaincus que personne ne mouftera. Ils voient le spectacle désolant où, peu à peu, année après année, ce qui faisait notre force est détricoté sans que le peuple ne parvienne à s’y opposer. Ils constatent que les régressions s’enchainent les unes aux autres selon un rythme de plus en plus rapide et que le peuple ne réagit pas autrement qu’en s’abstenant massivement et, pour une partie, en votant pour les néofascistes dont la montée ne peut que servir leur cause, croient-ils ! Ils ont donc pris de l’assurance. Et comme, les mêmes situations existent dans la plupart des pays voisins ou plus éloignés, comme les États et ceux qui en sont les gouvernants disposent de moyens de contrainte et de propagande jamais connus auparavant, ils se sentent bien à l’abri. Ils vont donc, comme Hollande l’a dit plusieurs fois, accélérer. La lutte des classes est revenue et s’est muée en guerre quasi ouverte. Beaucoup de celles et ceux qui n’avaient jamais cru à la réalité de la lutte des classes parce qu’ils n’étaient ni victimes, ni bourreaux, ont pris conscience, depuis quelques années, qu’elle n’était pas un fantasme de quelques rouges écervelés. De même que ne cesse de croître le nombre de citoyen-ne-s qui a enfin compris l’essence profonde de l’Union européenne et des États-Unis d’Amérique.

Nous avons bien des raisons de nous inquiéter, de nous affoler même de la réalité économique, diplomatique, stratégique, sociale, culturelle de notre pays, de l’Europe et du monde. Mais il y a aussi des motifs de confiance et d’espoir car nous voyons bien que les peuples s’agitent partout, même dans des pays où cela est tout à fait inattendu : Israël, Royaume-Uni, États-Unis, pays arabes…

Il n’est pas facile de marcher devant, surtout quand on est seul, et surtout quand, en face, se trouve un pouvoir qui ne recule devant rien pour se protéger des colères du peuple. Mais on voit bien que, dans la fourmilière des peuples, on s’agite, on réfléchit, on planifie, on expérimente…

Il y a matière à nous inspirer dans ce qui se fait ailleurs et certaines expériences sont de nature à nous galvaniser. Et puis, aussi despotiques que puissent être certains maîtres, ils finissent tous, un jour, par tomber…