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Comment réviser la constitution ? De l’usage de l’article 11 pour contourner le verrouillage de l’article 89 en quelques mots – Par Vincent Christophe LE ROUX

La constitution actuelle n’autorise, pour être révisée, que la procédure de l’article 89 qui prévoit le passage préalable devant les deux chambres du Parlement.

Celles-ci doivent voter un texte de révision identique et ce à la majorité absolue de leurs membres.

Ce n’est que si ce texte est voté dans ces conditions-là que le Président choisit ensuite – mais ensuite seulement – de le faire ratifier soit par le congrès soit par référendum.

Donc le Parlement peut tout bloquer. Car même avec une majorité nettement en faveur de Mélenchon à l’Assemblée Nationale, nous affronterons le refus du Sénat qui bloquera la procédure.

C’est sans aucun doute la raison pour laquelle Mélenchon propose de passer par le référendum direct de l’article 11.

Oui c’est contraire à la constitution puisque ce référendum de l’article 11 ne peut concerner que des questions hors périmètre de la révision et désigner une assemblée constituante relève bien de la révision de la constitution actuelle. Donc, dans le pur respect du droit, on ne peut passer que par le Parlement.

Mais il est hors de question de se soumettre au Sénat ou même aux députés de l’Assemblée. Car une telle décision relève du peuple qui dispose seul du pouvoir constituant originaire comme le disent les constitutionnalistes. La constitution actuelle viole donc un principe fondamental en faisant primer le principe représentatif.

Une fois que le peuple souverain en aura décidé par référendum, peu importe que la constitution ait été violée car le peuple décide en dernier recours et rien ni personne ne peut s’opposer à cela. S’il vote favorablement au référendum, il régularisera en quelque sorte l’irrégularité.

En 1962, la problématique s’est posée lorsque De Gaulle voulut réviser la constitution pour passer à l’élection directe du Président de la République au suffrage universel alors que le texte de la constitution prévoyait que le Président était élu par un collège de grands élus. Le projet de loi de révision fut rejeté par l’Assemblée Nationale qui vota même la censure du gouvernement. C’était alors Pompidou qui était Premier ministre. C’est la seule fois de toute la 5e République qu’un gouvernement tomba par la censure.

Mais De Gaulle passa outre en se reposant sur la volonté du peuple. Et le Conseil constitutionnel qui fut saisi de cette évidente violation de la constitution par le Président de la République refusa de se prononcer considérant que le peuple s’étant exprimé, et ayant largement approuvé la révision, c’est lui qui devait avoir le dernier mot.

Manifestement, ce précédent inspire Mélenchon. Pour la bonne raison qu’il n’y a pas d’autre possibilité raisonnable de changer la constitution. Il faudra passer outre le rigorisme juridique pour contrer la volonté des tenants du système. Il faut faire ce coup de force contre la constitution actuelle en se reposant sur le principe fondamental du pouvoir souverain du peuple !

 

 

Sources :

Audition programmatique #9 – Sortie des traités européens – Coralie Delaume et Aurélien Bernier – Juin 2016

Université populaire sur la question européenne en février 2017

 

Le tournant de la marche du 18 mars avec Jean-Luc Mélenchon – Que faire après la marche de l’espoir ? – Par Bernard TEPER – le 23/03/2017

L’article est accessible ici (sur le blog d’El Diablo)

Bernard Teper est co-animateur du Réseau Éducation Populaire (REP). Co-auteur de : Néolibéralisme et crise de la dette ; Contre les prédateurs de la santé ; Retraites, l’alternative cachée ; Laïcité: plus de liberté pour tous ; Penser la République sociale pour le 21e siècle ; Pour en finir avec le « trou de la Sécu », repenser la protection sociale du 21e siècle.

*

Le 18 mars dernier constitua la plus grande mobilisation de rue de la campagne de l’élection présidentielle de 2017. Plus de 100.000 personnes.Ce fut une marche de l’espoir. De l’espoir, il nous en faut. Car avec la séquence que nous vivons, celle de la décomposition des gauches qui – du parti socialiste à l’extrême gauche – voit s’opérer une coupure quasi mollétiste entre les discours et les pratiques, on pouvait se demander ce qui allait rester de la gauche en général.

D’autant que les médias néolibéraux, dont les principaux journalistes, ne soutiennent que Fillon ou Macron et essaient d’avantager leurs chouchous (1).

Où en est la gauche de 2012 ?

Avec Macron en digne successeur de François Hollande, on est sûr que le théorème du mouvement réformateur néolibéral sera encore vrai demain : « depuis 1983, et tant que nous resterons dans le néolibéralisme, tous les gouvernements font et feront pire que le précédent » !

Avec Hamon, certains ont cru que la musique différente qu’il a développée lors de la primaire socialiste allait dans le bon sens. Le désenchantement fut rapide.
Très vite, il reprit sur l’UE et la zone euro la position de François Hollande. Très vite, on a vu que la majorité des candidats socialistes aux législatives étaient politiquement favorables aux lois Macron et El Khomri, au pacte de responsabilité, au CICE et aux attaques contre la Sécurité sociale, entre autres. Jusqu’au secrétaire général d’En marche qui a été adoubé par les instances du PS pour les législatives. Jusqu’à l’apothéose mystique du revenu universel, vieille idée néolibérale de Milton Friedman, qui développait la notion d’impôt négatif dans «Capitalisme et Liberté » en 1962. Pour terminer avec comme simple projet le développement du RSA et une allocation pour les jeunes. Le reste est renvoyé aux calendes grecques pour les rêveurs.
Le spectre de 1969 et le soutien in fine à Macron participeront de la prochaine étape solférinienne.

Au parti communiste, on a constaté les stratégies antagoniques existant en son sein entre ceux qui souhaitaient un candidat communiste à la présidentielle, ceux qui souhaitaient soutenir Hamon et ceux qui souhaitaient soutenir Mélenchon. Même le vote majoritaire pour Mélenchon n’a pas entraîné le soutien de l’ensemble du PC. On a vu une base communiste votant avec une courte majorité pour soutenir Mélenchon contre sa direction et enfin un PCF, à quelques semaines du vote, se préoccuper beaucoup plus des législatives que de la présidentielle elle-même. Pourtant ce parti a encore de nombreux militants mais qui n’auront pas brillé par leur militantisme dans la campagne présidentielle. Triste perspective.

Bien qu’elles aient réussi à avoir les 500 signatures, les autres organisations d’extrême gauche ne sont aujourd’hui que l’ombre de ce qu’elles ont été avec un peu plus de sectarisme pour l’un, de révisionnisme réactionnaire pour l’autre. Et ce n’est pas l’utilisation par certains autres de la stratégie du front unique à contre-emploi qui engagera une stratégie efficace. Leur avenir est la marginalité en attendant les jours meilleurs.

Quant aux autres candidats marginaux, ils pensent construire un courant politique de masse à partir de prééminences surplombantes qui seules sont à même, selon leurs thuriféraires, de frayer le chemin vers le paradis. Ce qui les conduit à ne pas critiquer le capitalisme lui-même et donc à vouloir y rester incarcéré.

Devant ce champ de ruines qui a de grandes chances de renforcer pour le court terme le pouvoir de l’oligarchie capitaliste sur la France, et donc de provoquer l’extrême droitisation du pays comme dans les années 30, le rassemblement initié par Jean-Luc Mélenchon permet d’éviter la parcellisation totale de la gauche tout en marquant la nécessité d’un rassemblement significatif de gauche non allié avec les solfériniens ouvertement néolibéraux. C’est une étape indispensable pour la suite d’abord parce qu’il est nécessaire de résister et aussi parce que la création du lien social et politique n’est pas la chose la plus aisée pour constituer ultérieurement le bloc historique gramscien indispensable à toute révolution citoyenne.

Sur l’ensemble des conditions indispensables de cette révolution citoyenne, il reste à y travailler en tenant compte d’abord du réel puis des lois tendancielles du capitalisme. Nous en avons déjà parlé dans Respublica. Nous y reviendrons dans la prochaine séquence politique.

Outre son caractère de masse, le rassemblement sur la place de la République a repris le caractère symbolique de la République sociale indispensable pour tenter de rassembler les couches populaires ouvrières et employées de la gauche objective, plutôt majoritairement tentées ces dernières années par l’abstention.

Disons-le encore, la seule réserve de voix pour Jean-Luc Mélenchon au-delà du niveau des sondages actuels se trouve principalement dans ces couches populaires ouvrières et employées. Ne pas comprendre cela, c’est ne pas comprendre qu’un processus révolutionnaire ne peut s’engager que si la classe populaire ouvrière et employée, objective en soi et majoritaire, devient petit à petit une classe subjective « pour soi ». Condition nécessaire pour construire le bloc historique gramscien avec des composantes des autres couches sociales.

Le rappel du 18 mars 1871, les drapeaux français en quantité, l’affirmation dès le début du discours de Jean-Luc Mélenchon du rôle nécessairement social d’une nouvelle constitution de la VIe République, le rappel appuyé des luttes importantes contre les lois antisociales de Macron et d’El Khomri, la réaffirmation du principe de laïcité, le rappel de la nécessité d’un projet global (incluant la rupture écologique, la recherche de la paix, etc.) et le couplage final des chants de la Marseillaise (2) et de l’Internationale, permettent de renouer avec la symbolique populaire et révolutionnaire française.

Pourvu que cela dure !

Que faire après ?

Ce n’est pas au milieu de la séquence de la campagne de la présidentielle et des législatives qu’il faut avoir des états d’âme ni changer la priorité politique. Faire en sorte que le score de JLM soit le plus haut possible, point de départ essentiel pour les législatives face à la déferlante promise par les médias néolibéraux. Ensuite, si par malheur, deux des trois candidats de la bourgeoisie, Macron, Fillon, Le Pen sont au deuxième tour, la lutte des classes mettra le mouvement syndical revendicatif en première ligne de l’affrontement. Nous serons alors dans une séquence ultérieure où il faudra mettre le turbo pour le développement d’une éducation populaire refondée toujours du côté de ceux qui luttent en première ligne.
Nous nous préparons pour ce moment à élaborer de nouvelles propositions.

Le 21 mars 2017

(1) Ainsi le CSA a calculé que du 1er février au 26 février, Fillon et ses soutiens ont eu droit à 15.944 minutes, Macron a eu droit à 9.808 minutes, Le Pen à 7.090 minutes, Hamon à 6.761 minutes, Jean-Luc Mélenchon à 3.163 minutes, Nicolas Dupont-Aignan 510 minutes, Philippe Poutou 249 minutes, Jean Lassalle 80 minutes, Nathalie Arthaud 67 minutes, Jacques Cheminade 50 minutes, François Asselineau 37 minutes. Instructif, non ?

(2) Nous rappelons aux gauchistes de tout bord que la grande manifestation ouvrière de février 1917, le jour de la création du Soviet de Petrograd, arrive du quartier populaire de Vyborg en chantant la Marseillaise en russe !

La vague du siècle qui va tout emporter du régime de la 5e République et de ses acteurs – Décompte des signataires sur www.jlm2017.fr

 

JLM la vague du siècle

*

On était à un peu plus de 280 000 avant samedi 18 mars…

On a franchi le seuil de 300 000 entre dimanche soir  19 mars et lundi 20…

On était à un peu moins de 300 400 mardi matin 21…

On a atteint 308 251 mardi 21 à 17h57…

4 heures plus tard, mardi 21 à 22h06, on était à 309 776…

310 016 mardi 21 à 22h30…

311 650 signataires mercredi 22 mars à 05h00…

313 056 signataires mercredi 22 mars à 14h00…

314 896 signataires mercredi 22 mars à 18h31…

317 648 signataires jeudi 23 mars à 07h29

319 356 signataires jeudi 23 mars  à 20h36

320 541 signataires à jeudi 23 mars à 23h51

Ce fichier sera mis à jour régulièrement…

Je parie que ça va encore grimper de plusieurs milliers dans les prochains jours…
J’en connais qui vont faire des syncopes, des crises de nerfs et des dépressions violentes…

#JLM2017 #FranceInsoumise #AvenirEnCommun #ReprenonsLePouvoir#6eRépublique #PourUne6République
#ViveLa6eRépublique #ViteLa6eRépublique
#MélenchonCeNestPasUneFinMaisUnCommencement

Avec JLM la France insoumise

 

Ce que sera la 6e République – Quelques slogans

La 5e République est le pouvoir des oligarchies

à travers des marionnettes !

La 6e République sera le pouvoir du peuple ! 

*

Toi, 5e République, DÉGAGE !

Toi, 6e République, BIENVENUE ! 

La 6e République sera VRAIMENT 

le gouvernement du peuple, 

PAR le peuple et POUR le peuple ! 

Notre 6e République, 

c’est TOI, c’est VOUS, 

qui déciderez ce qu’elle sera !

*

Notre 6e République sera

la 1ère VÉRITABLE DÉMOCRATIE ! 

6e République : 

N’imitons pas les régimes précédents, 

INNOVONS ! 

Notre 6e République : 

Ni Dieu, ni maître ! 

Un peuple éveillé et souverain 

La 6e République,  ce sera l’État

entre les mains du peuple souverain 

La 6e République, ce sera un nouveau modèle 

pour les peuples du monde 

qui veulent être libres et souverains 

La 6e République : la garde prétorienne du peuple 

 

 

 

 

Discours de Jean-Luc Mélenchon à l’occasion de la Marche pour la 6e République, place de la République à Paris, le 18 mars 2017

Place de la Rép' le 18-03-2017 - Photo de Stéphane Burlot
Photo de Stéphane Burlot

Discours à écouter ici

Retranscription faite par Vincent Christophe Le Roux

* * * * *

JLM place de la Rép' le 18-03-2017

Je savais que vous seriez là !

Je savais qu’elle est inépuisable, la vague qui nous porte, génération après génération, de la Bastille à la République.

Écoutez ! Écoutez, vous tous, cette clameur qui monte de nos rangs. Ce son n’a pas de nom, comme le bruit du vent dans les feuilles, comme celui de la pluie sur le pavé.

Ce son n’a pas de nom mais il est un signal : celui de la force du peuple quand il surgit dans son Histoire !

Ce rugissement qui passe sur nos fils, c’est celui du lion de bronze au pied du monument dont l’auteur a voulu qu’il symbolise le suffrage universel, celui qui, bientôt, va parler et fixer notre destin.

Nos voix montent vers cette femme que voici : Marianne, la République, la République inachevée tant que le peuple n’est pas souverain dans son pays en tout et pour tout !

Regardez-la ! Elle porte fièrement le bonnet des affranchis, celui de la liberté retrouvée, celui de la servitude rompue.

À notre tour, nous épousons son insoumission, nous la faisons nôtre.

Nous avons marché, une fois de plus, de la Bastille à la République. De la Bastille où commencent tous les élans de la liberté du peuple de France puisque c’est là que fut abattu, pour la première fois, le symbole de la monarchie et de la caste des privilégiés. Parce que c’est là-bas qu’a été brûlé le dernier trône des Rois. Parce que c’est là-bas que s’est faite la première manifestation féministe pour arracher le droit de vote des femmes.

Et c’est là-bas qu’il y a cinq ans nous avons entrepris ce que nous poursuivons aujourd’hui avec constance et cohérence, avec confiance et patience, et jusqu’à la victoire !

Dans nos rangs, passent aussi les ombres des pauvres visages de l’humanité humiliée : les noyés de la Méditerranée, les suicidés au travail, les morts d’abandon dans la rue, tous ceux qui souffrent de ce monde écœurant où l’accumulation des uns se nourrit de la détresse sans fin des autres !

Ces autres, nous sommes leur revanche ! Nous sommes leurs sourires d’avant, nous sommes leur dignité intacte et l’espérance lumineuse des jours meilleurs !

Puissants de la Terre, puissants de la Terre, nous voici ! Nous sommes, une nouvelle fois, au rendez-vous de notre Histoire ! Le jour anniversaire du commencement de la glorieuse Commune de Paris qui inventa la République sociale !

Sur cette place, devant le monument édifié pour le centenaire de la révolution de 1789 qui a fait de nous un peuple un et indivisible, non du fait de nos ancêtres, de notre couleur de peau, ni même de notre parler, mais de l’horizon qui nous rassemble pour toujours : Liberté-Égalité-Fraternité !

Et nous ne voulons rien d’autre que cesse le mensonge et l’hypocrisie qui consiste à écrire la devise sur tous les frontons de France et, ensuite, agir exactement à son contraire !

Nous voici pour proposer la 6e République sur cette place où fut annoncée la 5e dont nous voulons tourner la page !

Sur cette place où naguère le peuple de Paris s’est assemblé après les attentats et les crimes destinés à le terroriser et à le diviser. En vain ! La force du peuple a gardé son unité, la force du peuple assemblé a tout surmonté !

Sur cette place encore où se retrouvaient, après chaque manifestation contre la loi El Khomri, les assemblées de Nuit Debout qui ont, jour après jour, au prix du rêve, dessiné l’épure d’un monde nouveau où de telles lois ne feraient plus la loi parce que nos vies méritent mieux qu’elles.

Une fois de plus, de Bastille à République, un fil rouge unit les boulevards l’un à l’autre. C’est celui de nos luttes et de nos engagements, de nos drapeaux toujours tenus haut.

Une fois de plus, nous le proclamons, sans nous, rien n’a de sens en France !

Nous voici non pour nous, non pour cet instant, mais par vertu, pour toi, notre peuple ! Et par amour, pour toi, notre France !

Peuple de France, et toi, le monde qui nous regarde si souvent étonné, nous sommes la révolution citoyenne toujours recommencée comme la passion de ce peuple pour les droits universels des êtres humains et des citoyens qu’ils veulent être.

Ces droits, qu’il a proclamés le premier, et qu’on voit dans cette déclaration que tient, ici devant vous, la Marianne de bronze.

Aujourd’hui, tant de gens sont venus, et parfois de si loin ! Oh, combien nous avions besoin de sentir notre force ! Elle est notre liberté. Elle est le feu qui brûle en nous et ne s’éteindra jamais. Elle est le recours dont dispose la France en toutes circonstances et d’abord son peuple de travailleurs.

De cette montée en masse, je prends la part de sympathie et d’encouragement personnel qu’elle comporte évidemment. Mais cela ne doit faire perdre de vue à personne que nous ne sommes pas là pour un personnage mais pour un programme, que ceci n’est pas seulement un évènement extraordinaire à l’intérieur d’une campagne électorale comme jamais on n’en a vu. Ceci est une manifestation politique, une insurrection citoyenne contre la monarchie présidentielle.

Nous sommes venus ici, de partout, proposer à notre peuple de mettre fin à la monarchie présidentielle et à sa collusion intime avec les puissances de l’argent qui la subjuguent et la dominent !

Toute la situation nous invite à la ferveur que nous exprimons. Si tant de gens se sont rassemblés aujourd’hui, c’est qu’ils savent. Ils savent combien l’heure est grave pour leur pays ! Entre l’extrême-droite qui voudrait la nation ethnique, et les serviteurs de l’argent-roi qui n’en finissent plus de vouloir détruire l’État et les services publics, le pays, sans nous, serait menacé de dislocation.

À partir de cette place, nous voulons proposer une issue positive que contient notre bulletin de vote. Une sortie de l’impasse où l’ont enfermé, depuis au moins dix ans, des dirigeants frivoles qui n’ont pas d’autre vision du monde que ce dogme grossier d’après lequel le marché et la finance seraient, en dernière analyse, les seuls régulateurs légitimes de la civilisation humaine. Là où nous disons : c’est la fraternité, c’est l’amour, c’est le soin des autres qui est la raison d’être de la société !

C’est au nom de ce dogme, et de leur incapacité personnelle à tenir tête à quoi que ce soit, et à faire quoi que ce soit d’autre que de céder toujours à ceux qui semblent le plus forts, c’est au nom de cela qu’ils ont perpétré la pire des forfaitures en démocratie : la trahison du vote du peuple, la négation de sa volonté, l’inversion de sa décision.

En 2005, et en 2012, contre le vote des Français, contre leur volonté clairement exprimée, Messieurs Sarkozy et Hollande, présidents successifs de la 5e République, ont donné, sans aucune légitimité, l’accord de la patrie pour une organisation de l’Union européenne qui confisque la souveraineté du peuple et le soumet à la souveraineté de l’argent.

Dans cette construction, tous les pouvoirs ont été confiés à une banque centrale totalement indépendante, dont l’unique mission est la protection de la rente.

Cette construction interdit l’harmonisation sociale et l’harmonisation fiscale entre les pays. Elle organise, de cette façon, une compétition sans fin entre les peuples et dans les nations, de sorte que, partout, sont encouragés les nationalismes les plus aveuglés et les xénophobies les plus absurdes.

L’échec de cette construction éclate sous les yeux du présent.

La profonde aspiration des peuples de toute l’Europe à la paix – régime de la bienveillance – et au progrès social – régime du soin des autres – ces sentiments sont, depuis, totalement dévoyés.

Il faut donc que TOUT soit désobéi et rediscuté !

Pour finir, c’est au peuple et à lui seul, une nouvelle fois, que sera demandé, le moment venu, par une consultation populaire référendaire, ce qu’il voudra faire à propos de ce que j’aurais négocié en son nom. Et pour le futur, quoi qu’il arrive, tous les traités qui, d’une manière ou d’une autre, visent à déléguer telle ou telle part de la souveraineté du peuple comme parfois cela est nécessaire, tous ces traités seront automatiquement soumis à l’approbation référendaire du peuple !

D’ores et déjà, la parole de la France ayant été engagée de façon inconsidérée, je dis que si vous m’élisez, JE NE SIGNERAI PAS LE CETA !

Ni l’accord de libre-échange avec le Canada – et le peuple canadien est notre ami – ni aucun traité de libre-échange avec qui que ce soit, car cela n’aboutit qu’à tout détruire. Et chaque fois qu’il faudrait aliéner nos normes sociales et nos normes environnementales, j’en fais le serment, la réponse, ce sera : Non !

Si tant de décisions destructrices ont pu être prises sans que jamais nous n’ayons eu notre mot à dire, c’est parce que la constitution de la 5e République en donnait les moyens.

Faisons la part des choses, le temps étant passé. Cette constitution avait été taillée sur mesure pour un homme exceptionnel, dans des conditions exceptionnelles, pour faire face à un contexte exceptionnel !

Ce temps est révolu mais il en reste un texte qui ne doit pas tomber dans certaines mains car il offre à la monarchie présidentielle des moyens incroyables de pouvoir absolu. L’un après l’autre, ces pouvoirs ont été utilisés. Qui pourrait oublier ici, comment, contre l’avis du peuple mobilisé, et du Parlement garrotté, a été déclenché le feu de l’article 49-3 de la constitution à six reprises : trois fois pour imposer la loi Macron, trois fois pour imposer la loi El Khomri ! C’est par ce moyen de violence incroyable, dans une grande démocratie, qu’a été renversé, de fond en comble, tout l’ordre public social de notre République !

J’en déduis que si je suis élu, il faudra, tout de suite, abroger la loi Macron, abroger la loi El Khomri.

La nouvelle constitution devrait rendre intouchable la trame fondamentale de l’ordre public social républicain. Il ordonne que soit placée au sommet de la hiérarchie des normes la loi voulue par le peuple, et que les autres accords, de branche ou d’entreprise, ne puissent qu’améliorer la loi ! On ne doit plus supporter qu’il soit possible d’édicter un code du travail par entreprise sous la menace du chômage, pas davantage qu’on imaginerait un code de la route par rue sous la dictée des chauffards !

La nouvelle constitution doit être sociale d’abord ! Elle doit permettre de répliquer aux ravages des politiques de délocalisation dont une sur deux, compte tenu de la compétition de tous contre chacun, s’opère à l’intérieur de l’Union européenne qui était sensée nous protéger.  Et contre le pillage, le saccage des entreprises, il nous faut encadrer la liberté aujourd’hui absolue qui est celle des actionnaires, qu’il s’agisse de personnes ou de fonds financiers, qui sont autant de parasites et de sangsues posés sur le corps productif. Pour cela, les travailleurs doivent recevoir des droits constitutionnels qui les rendent citoyens dans l’entreprise puisque la République qui a vaincu les monarques dans la cité les y a laissés serfs !

Il faut qu’ils aient le droit de remontrance et de défiance contre les décisions qui mettent en danger la pérennité de l’outil de production.

Il faut qu’ils aient le droit de préemption en coopérative, c’est-à-dire le droit de devenir pleinement et légitimement les propriétaires de l’outil de travail quand celui qui le possède prétend le vendre.

J’ai commencé ma démonstration du grand changement qu’il faut opérer dans l’organisation de notre démocratie par ces questions sociales. Oui, j’ai voulu balayer tout de suite l’idée que faire une constitution, ce serait au fond s’occuper de choses assez abstraites qui ne concerneraient que l’organisation des pouvoirs publics.

Non ! Écrire une constitution, c’est décrire le type de société dans laquelle on veut vivre en disant quels sont les droits que l’on se reconnaît les uns envers les autres, et les uns envers les autres avec la nature.

Notre projet est celui d’une société bienveillante et douce pour ses membres, une société pacifique et démocratique, soucieuse de la dignité de chacun et des moyens d’y pourvoir, une société qui veut vivre dans l’harmonie entre ses membres, qui ne supporte pas la misère et la pauvreté au milieu de l’opulence ! Une société qui trouve enfin le chemin de son harmonie avec l’écosystème naturel, notre patrie commune à nous tous, les êtres humains.

En convoquant une assemblée pour écrire cette constitution, nous utilisons une méthode qui, de fait, met fin au règne des hommes et des femmes providentiels, des comités d’experts de toute sorte qui, sans cesse, se substituent à l’intelligence collective que forme le peuple tout entier.

Il ne peut pas être question que, comme en 1958 cela fut fait, un comité d’amis rédige un texte qui convienne au chef et le propose ensuite au peuple comme un plébiscite personnel. Dans ces conditions, c’est une assemblée qui doit être constituante. Elle doit prendre le temps de faire son travail en écoutant ses membres et en écoutant surtout, beaucoup, le pays lui-même !

Il y a urgence ! Il y a urgence à abolir la monarchie présidentielle actuelle. Écoutez-moi, je sonne l’alerte. Mesure-t-on bien aujourd’hui les dangers que ce texte permet si son usage tombait en certaines mains d’apprentis-sorciers ?

L’article 16 de la constitution actuelle donne des pouvoirs spéciaux, absolus, au Président de la République, sans contrôle pendant trente jours.

L’article 35 donne la possibilité au gouvernement d’envoyer des troupes sans vote du Parlement pendant quatre mois.

L’article 36 permet au conseil des ministres de décréter l’état de siège pour douze jours et de transférer le pouvoir aux militaires.

[On entend des huées dans la foule]

C’est le transfert qu’on hue, c’est pas les militaires hein ! Eux ils servent et ils obéissent comme c’est leur rôle. Pour la patrie.

L’article 13 donne au Président le droit de nommer aux plus hautes fonctions civiles et militaires.

J’arrête là une liste que je pourrais allonger. Beaucoup de ces dispositions ont déjà été utilisées. Mais j’alerte : elles pourraient être de nouveau utilisées dans d’autres circonstances, et pour d’autres objectifs.

Françaises, Français, ne confiez pas – fut-ce pour une période transitoire – à des gens déterminés à en faire l’usage qu’ils vous annoncent déjà, quand ils se prosternent devant l’ethnie ou devant l’argent !

Dans l’ambiance actuelle de l’Europe, et dans l’ambiance actuelle de la France, est-il raisonnable qu’un tel pouvoir personnel soit ainsi placé hors d’atteinte ?

Les gens ici assemblés proposent à la France d’y mettre fin. Je vous propose au contraire de maintenir en toutes circonstances une capacité d’intervention directe du peuple, en sorte qu’à tout moment, et du moment qu’en seraient réunies des conditions qui seraient à fixer – comme le nombre des pétitionnaires – un référendum puisse être organisé qui autorise la fin du mandat de n’importe quel élu, du maire, du conseiller général et bien sûr, aussi, du Président de la République !

À nous qui sommes les témoins et les porte-parole de la force du peuple, voici notre maxime : quel que soit le problème, la solution est le peuple !

On observe, à juste raison, que depuis 1958, ce peuple qui était alors rural est devenu massivement urbain. On observe qu’il s’est mélangé toujours et davantage par vagues successives. Et nous sommes de ceux qui se réjouissent de la part de bonheur que tout ceci apporte dans notre vie collective.

Mais après que tant de cupidité, tant d’exaltation absurde du pouvoir de la richesse, qui ne se concentre qu’au prix de la misère des autres, bref, notre peuple a été divisé, notre peuple a été éparpillé, notre peuple a été éclaté par ses statuts précaires, ses aller-retour entre un chômage de masse et une activité provisoire. Et tout cela a marqué les esprits, tout cela nous a fait maintes fois perdre de vue ce qui, pourtant, nous était commun.

Écrire une constitution ensemble, c’est d’abord décréter que nous sommes, qui que nous soyons, égaux en droits, et que c’est ensemble que nous nous reconnaissons mutuellement des droits. De la sorte, en écrivant la constitution, c’est le peuple lui-même qui se refonde et s’amalgame en un tout pour redevenir la République une et indivisible !

Pour qu’il en soit ainsi, et pour que nous décidions, chacun avec son point de vue, avec son histoire, et sa propre trajectoire, pour que chacun puisse apporter librement sa contribution à la réflexion collective, il faut, par-dessus tout, protéger la liberté absolue de conscience des êtres humains que nous sommes !

Bien sûr, c’est l’affaire de la laïcité. L’État et les églises doivent être rigoureusement séparées. Il n’y a besoin pour cela… il n’y a besoin pour cela que d’appliquer la loi. Sans excès d’impatience. Sans mélanger ce qui tient de la loi et ce qui tient des convictions personnelles. Mais avec la tranquille assurance de ceux qui savent qu’en toutes hypothèses, chacun d’entre nous serait en première ligne si la liberté d’un seul d’entre nous était mise en cause, quel qu’en soit le contenu.

Au fond, il faut que la loi s’applique. Et il faut pour cela, d’abord, et avant maints bavardages, qu’elle s’applique partout, à tout le monde. Et dans les mêmes conditions ! En particulier, tous les territoires de la République doivent bénéficier de la bienfaisante laïcité de l’État. C’est pourquoi tous les régimes concordataires, ceux d’Alsace-Moselle, ceux de Guyane, et ceux de tous les autres territoires concernés, seront tous abrogés.

Entrer encore davantage dans les devoirs que nous fixe la liberté… La liberté de conscience a un pendant évident, une liberté humaine fondamentale, celle de disposer entièrement et absolument de soi. Il est donc temps… il est donc temps d’inscrire dans la constitution le droit à l’avortement car le corps de chaque femme… car le corps de chaque femme lui appartient absolument et exclusivement ! Cette liberté doit être inscrite dans la constitution pour ne plus jamais être soumise à des soubresauts électoraux comme ceux qu’on a pu observer en maints pays, en Pologne ou aux États-Unis avec les résultats que l’on sait !

Notre pays n’est pas protégé contre de telles infamies. Il s’agit d’un droit inaliénable, et la constitution doit le proclamer solennellement.

C’est dans le même état d’esprit et avec, au cœur et dans la conscience, d’abord l’idée de ce qu’est la dignité humaine à laquelle chacun d’entre nous aspire du plus profond de son être, c’est en pensant à cela que je défends personnellement – la Constituante en disposera – que l’on inscrive, dans la loi fondamentale, le droit au suicide assisté.

Et quand vient le moment de se mesurer… quand vient le moment de se mesurer à ce contre quoi on ne peut plus rien, sinon d’opposer sa liberté de décider d’éteindre la lumière, alors il faut la main secourable qui vous y aide. Ultime liberté qui donne son sens à une vie vraiment humaine.

Ces droits individuels sont nouveaux, bien sûr, comme le sont les circonstances et les moyens qui ont permis qu’ils émergent. On ne pouvait pas bien sûr plaider pour la liberté et la neutralité du net avant qu’il existe ! Mais puisqu’il existe, alors c’est une liberté fondamentale et il faut la garantir !

L’œuvre constituante doit répondre aux défis de son temps et d’abord à celui qui est lancé à toute la communauté humaine, et qui met en cause la pérennité de la civilisation elle-même.

Pour l’heure, le plus grand de tous les défis, et la plus grande responsabilité avant toute chose pour une grande nation techniquement avancée comme la nôtre, c’est que le changement climatique est commencé et qu’il faut savoir si on y répond chacun pour soi ou tous ensemble.

Certes, nous n’avons pas besoin de changer la constitution pour mettre en place la planification écologique, passer au 100% d’énergies renouvelables, sortir du nucléaire, et rompre avec l’abominable agriculture chimique qui, aujourd’hui, empoisonne et malforme les générations qui viennent.

Mais si on n’en a pas besoin pour tout cela parce que la loi y pourvoira, nous avons cependant le devoir de nous fixer une règle générale impérative qui nous oblige à changer nos manières de produire, et d’échanger, et de consommer ! Cette règle, c’est la règle verte ! Elle vaut bien mieux, et plus utilement que leur prétendue règle d’or qui est la seule vertu qu’ils honorent ! On se guérit d’un mal d’argent, on ne se guérirait pas de la destruction de notre monde !

La règle verte, c’est ne plus prendre à la nature davantage que ce qu’elle peut reconstituer. Ce défi technique et scientifique est la clé du nouvel humanisme dont nous portons les couleurs. Nous devons décider d’avancer, une fois pour toutes, le plus loin possible dans la compréhension de ce qui compte aujourd’hui comme jamais on ne s’en était rendu compte dans le passé.

Nous devons décider qu’il existe des biens communs inaliénables ; que l’air et l’eau sont ces biens communs, comme le savoir, les arts et la culture qui améliorent ce qu’il y a d’humain en nous.

Mais ces biens communs – l’air, l’eau – ils doivent être la propriété collective de la nation. C’est à elle qu’il revient d’en assurer la protection et d’en faire payer la réparation à ceux qui les détruisent !

Allez ! Avançons encore plus avant !

Au total, c’est un état d’esprit nouveau qu’il faut construire. Nous devons admettre pour de bon que la biosphère est un tout qui doit être respecté comme tel. Nous devons donc admettre et inscrire dans notre constitution que nous interdisons le brevetage du vivant. Et sans doute faudra-t-il aussi, proclamer comme une règle pour toujours, comme une preuve de notre amélioration collective, la règle que les animaux ne sont pas des choses et que la preuve de notre humanité consciente se constate quand nous décidons de faire respecter ce principe.

Je ne peux quitter cette place et finir ce que j’ai à dire sans vous demander de la regarder. La Marianne de bronze qui est là tient au bout de ses doigts un rameau d’olivier. Pensez-y ! Pensez-y FORT ! C’est le symbole de la paix !

Vous tous ici, et vous qui nous écoutez, à cet instant, entendez quel est notre devoir commun : la paix est un bien précieux qu’il faut chérir et protéger.

En Europe et dans le monde, les guerres s’étendent, les armes s’amoncellent, les tensions de domination s’exaspèrent sur toutes les mers, sur tous les continents. Des dirigeants belliqueux se font face, en Europe aussi !

Nous, en France, nous avons un rôle utile et décisif à jouer pour construire et organiser la paix dorénavant menacée. Nous ne devons pas accepter que, selon la formule calamiteuse de l’actuel Président de la République, l’Europe se relance par la défense ! Car l’Europe de la défense, c‘est l’Europe de la guerre !

L’Europe de la défense ? Mais contre qui ? Mais avec qui ? Pour quoi faire ?

Nous connaissons trop bien les engrenages qui, d’un mot après l’autre, entraînent jusqu’à des points où plus personne ne contrôle rien ! Notre Histoire en est entièrement remplie et nos peuples en ont été suffisamment martyrisés pour que nous soyons devenus vigilants !

La France doit être une puissance IN-DÉ-PEN-DAN-TE politiquement et militairement. Elle doit refuser d’être entraînée par des systèmes d’alliance automatique dans des conflits qui pourraient surgir ici ou là et dont, au fond, elle n’aurait rien à connaître d’autre que de tenter de les empêcher !

Nous voulons la paix et donc nous sortirons de l’OTAN si cette responsabilité nous est confiée.

La France, à notre initiative, tendra la main à tous les peuples qui refuseront de s’aligner derrière l’un ou l’autre des empires qui dominent aujourd’hui le monde.

La France construira une alliance non-alignée, PACIFIQUE, œuvrant à la paix en toutes circonstances.

Mais si tel doit être le chemin que nous prenons, alors, bien sûr, il faut commencer par retirer de la constitution cette disposition, dangereuse et absurde, qui permet à un homme seul de décider d’une guerre.

Il le faut pour que la France sorte de l’escalade belliqueuse dans laquelle elle est entraînée depuis dix ans, et où ses armes ont été engagées d’une façon bien dangereuse et bien hasardeuse, sans qu’on ne sache jamais comment ce qui a été commencé pourrait se finir bien, pour la raison qu’on en avait aucune espèce d’idée en commençant !

Notre marche prouve que nous sommes capables de diriger le pays. Nous sommes capables de faire de notre pays le point d’appui pour les grands défis que l’humanité universelle doit relever.

Pour la part qu’il m’en reviendrait, j’y suis préparé.

Notre marche aujourd’hui, notre volonté de construire une nouvelle France en construisant sa 6e République, est en continuité avec cette pensée fondamentale exprimée par le grand Jaurès :

« La démocratie politique se résume en une idée centrale, ou encore une idée unique : la souveraineté politique du peuple. Dans le passé, il a fallu, souvent, que la France traverse de grandes épreuves pour se montrer, ensuite, capable de se ressaisir. C’est souvent par le tumulte et le fracas que tout s’est brisé et que tout fut, ensuite, à reconstruire. »

Nous lui proposons, cette fois-ci, un grand et profond changement radical acquis tranquillement, pacifiquement, démocratiquement, par la délibération collective d’une assemblée composée de membres élus ou bien tirés au sort parmi les Français.

Ô toi, mon peuple, il faut que tu changes tout si tu ne veux pas que tout change contre toi !

Il faut faire cette révolution citoyenne si vous ne voulez pas subir un coup d’État ethnique ou un coup d’État financier, ou les deux à la fois !

C’est donc à lui, à VOUS, d’opérer la séparation radicale de l’État, de la démocratie, de nos devoirs d’humanité d’une part, d’avec l’argent d’autre part.

Les gens, les gens, écoutez, c’est maintenant qu’il faut montrer ce que vaut le peuple souverain. Il faut que les bulletins de vote donnent le coup de balai, qu’ils les fassent tous, sans exception, dégager !

Il y a un nouveau mot d’ordre qui est né après « Résistance », c’est « Dégagez ! »

Dégagez pour que soient abolis les privilèges de la finance, ceux de la caste insolente qui occupe tous les pouvoirs et se les répartit, ceux de la monarchie présidentielle et de toutes les suites dorées du capital !

Voyez grand, peuple français, voyez grand pour votre patrie.

Vous ne le ferez jamais si bien qu’en lisant les poètes qui ont chanté la France et qui vous aident, vous autres, nous autres en particulier.

J’achève mon propos, moi aussi, avec Victor Hugo. Je vous offre ce texte comme un message personnel, pour toujours, et comme signal de la gratitude que j’éprouve à cet instant, comme à tant d’autres auparavant, pour l’honneur que vous m’avez fait de me désigner comme votre porte-parole.

Qu’à travers moi, chaque petite Française, chaque petit Français, surtout s’il vient de loin, sache qu’il n’est plus grand cœur que celui de ce pays, qu’il n’est pas vrai qu’il se soit voué à la haine, et qu’il est toujours disponible pour la main tendue, le secours, la protection mutuelle, la joie, le bonheur d’être ensemble.

Allez, parle Victor Hugo :

« Aujourd’hui, pour toute la Terre, la France s’appelle révolution. Et, désormais, ce mot – révolution – sera celui de la civilisation jusqu’à ce qu’il soit remplacé par le mot « harmonie ».

Harmonie comme ce « phi » que nous avons choisi pour symboliser qui nous sommes à cette heure dans l’Histoire.

Phi

Oui, dit Victor Hugo, « tous, tant que nous sommes, grands et petits, puissants et méconnus, illustres ou obscurs, dans toutes nos œuvres, bonnes ou mauvaises, quelles qu’elles soient – poèmes, drames, romans, histoire, philosophie –, à la tribune des assemblées comme devant les foules du théâtre, comme dans le recueillement des solitudes, oui pour tout, oui toujours, oui pour combattre les violences, les impostures, oui pour réhabiliter les lapidés et les accablés, oui pour conclure logiquement et marcher droit, oui pour consoler, oui pour secourir, oui pour relever, pour encourager, pour enseigner, oui pour panser en attendant qu’on guérisse, oui pour transformer la charité en fraternité, l’aumône en assistance, la fainéantise en travail, l’oisiveté en utilité, l’iniquité en justice, la populace en peuple, la canaille en nation, les nations en humanité, la guerre en amour, le préjugé en examen, les frontières en soudures, les limites en ouvertures, les ornières en rails, les sacristies en temples, l’instinct du mal en volonté de bien, la vie en droits, les rois en hommes. Oui pour ôter des religions l’enfer, et des sociétés le bagne. Oui pour être frères du misérable, du serf, du fellah, du prolétaire, du déshérité, de l’exploité, du trahi, du vaincu, de l’enchaîné, du sacrifié, du forçat, de l’ignorant, du sauvage, de l’esclave, du nègre, du condamné et du damné, oui nous sommes tes fils, République ! »

[Sont alors chantés deux couplets de la Marseillaise. Puis Jean-Luc Mélenchon reprend la parole]

On a dit parfois qu’au motif que je me présente devant tous, j’aurais oublié d’où je viens et qui je suis, et quelle est ma patrie dans le temps. Alors, ce jour anniversaire de la Commune de Paris, c’est à nous maintenant, pour ceux qui la connaissent, d’entonner, à la mémoire des nôtres, ce chant pour la liberté : l’Internationale !

[On entend alors l’Internationale a capella puis Jean-Luc Mélenchon reprend la parole]

Que chacun d’entre nous fasse ce qu’il a à faire. Pour ma part, je prendrai, de tout mon cœur et de toutes mes forces, la part de tâche qui m’est dévolue. Et je compte bien que chacun d’entre vous en fasse autant.

VIVE LA RÉPUBLIQUE !

VIVE LA FRANCE !

18 mars 2017

130 000 personnes pour la 6e Rép' le 18 mars 2017 place de la Rép' - vue d'en haut

Photo ci-dessus de Nicolas Taffoureau

130 000 personnes pour la 6e Rép' le 18 mars 2017 place de la Rép'

 

130 000 personne pour la 6e Rép' le 18 mars 2017 place de la Rép' - c'est une insurrection citoyenne contre la monarchie présidentielle

 

Message de Gérard Miller lors de la marche pour la 6e République, place de la République à Paris le 18/03/2017

Retranscription faite par Vincent Christophe Le Roux
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Pour écouter et voir ce message, c’est ici.
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Quand en 1889, on a voulu interdire aux enfants de moins de 12 ans de travailler dans les mines, des voix se sont élevées pour dire : « Vous n’y pensez pas ! On va manquer de charbon ! »
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Quand en 1936 on a demandé si on ne pouvait pas envisager de passer à la semaine de 40 heures, des voix nombreuses, très nombreuses, se sont élevées pour dire : « Ah non, pas question ! Ou c’est tout notre système économique qui va s’écrouler ! »

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Et quand en 1982 on a décidé d’instaurer la 5ème semaine de congés payés, des voix, les mêmes, toujours les mêmes, se sont, une nouvelle fois, insurgées : « Ah non, là vraiment, avec cinq semaines de congés payés, la France ne pourra plus être compétitive ! »

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Et tout ça, tout ça, affirmé, à chaque fois, avec un ton d’évidence. Parce que les réactionnaires sont comme ça ! Ils passent la moitié de leur vie à se tromper et le reste du temps à ne pas corriger leurs erreurs. Mais ils croient, dur comme fer, que le bon sens est de leur côté. Ils sont convaincus d’avoir les pieds sur terre tandis que les autres, les révolutionnaires, les gauchistes, les insoumis auraient la tête dans les étoiles. Et pourtant, et pourtant, il n’y a pas une seule avancée sociale que tout le monde trouve aujourd’hui parfaitement normale. Même Fillon ne souhaite pas que les enfants redescendent dans la mine et d’après ce que j’ai compris, il ne remet pas en cause les congés payés.

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Il n’y a pas une seule avancée sociale qui n’ait pas été arrachée à tous ceux qui considéraient que le monde dans lequel on vit est le seul possible !

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L’actuelle campagne électorale ne déroge pas à la règle. Combien de fois n’avons-nous pas entendu, ces dernières semaines, les tenants du libéralisme affirmer :

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« Ce que propose Mélenchon, c’est bien beau mais ce n’est pas réaliste ! Bien beau la 6e République, ou l’augmentation du SMIC, ou la revalorisation des minima sociaux, ou le retour à la retraite à 60 ans, ou le remboursement à 100% des frais de santé, ou la gratuité progressive de l’eau et de l’énergie, tout ça c’est bien beau mais ça n’est pas réaliste. »

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Je vous pose la question. Les tenants du libéralisme ont plongé le monde dans une crise économique qu’eux-mêmes reconnaissent comme invraisemblable. Est-ce qu’ils sont vraiment bien placés pour nous expliquer ce qui est réaliste ou pas ?

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Quant aux électeurs de gauche, sincères, qui aimeraient voter pour Jean-Luc Mélenchon et qui écoutent la voix de ses sirènes en se demandant : est-ce que le programme de la France insoumise n’est pas un peu utopique ? il faut leur rappeler que tout au long de l’histoire de France, la droite n’a pas cessé de dire à la gauche qu’elle n’était pas réaliste. Et heureusement, la gauche ne l’a pas entendue sinon nous n’en serions pas là où nous en sommes aujourd’hui !

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Ne tombons pas dans le piège du « combien ça coûte ? ». Demandons-nous d’abord ce qui est juste. Demandons-nous d’abord ce qui est souhaitable. Et ensuite seulement, réfléchissons, comme la France insoumise l’a fait, à la façon de financer tout ça ! Parce que l’argent ne manque pas. Il n’a jamais manqué !

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Pour terminer, je vous dirai un mot de ce qu’on appelle aujourd’hui le vote utile. C’est un piège de même nature.

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Les Socialistes qui nous exhortent aujourd’hui à voter, dès le premier tour, pour Emmanuel Macron, pour barrer la route au second tour à Marine Le Pen, oublient un petit détail : ils ont eu cinq ans pour détourner de l’extrême droite les électeurs. Cinq ans pour préférer au « vote utile » la politique utile ! Cette politique utile, ils ne l’ont pas faite et ils nous demandent maintenant de réparer les pots qu’ils ont eux-mêmes cassés !

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Le vote utile, c’est le degré zéro de la politique ! On ne s’intéresse plus aux programmes, on ne s’intéresse plus aux idées, on se s’intéresse plus aux propositions, on considère que la cause est perdue d’avance alors que la seule cause qui est perdue d’avance, c’est quand on décide à l’avance de ne pas se battre !

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Je termine en vous disant que ce billard à trois bandes – il aurait fallu voter, à la primaire de la droite, Juppé pour battre Sarkozy et maintenant il faudrait voter Macron pour battre Le Pen – ce n’est pas notre conception de la politique !

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Et je vais vous dire une dernière chose et c’est là un des objectifs de la 5e République : nous dégoûter de la politique, nous faire croire qu’on ne peut pas se battre pour des convictions. Alors c’est simple. Moi, je termine en disant : Vivement la 6e République ! Et en attendant, soyons tous réalistes : votons pour Jean-Luc Mélenchon !
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Message de Sam Karmann (comédien, acteur) lors de la marche pour la 6e République, place de la République à Paris le 18/03/2017

Pour l’écouter, c’est ici
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Retranscription faite par Vincent Christophe Le Roux
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Et voilà, je monte et je regarde. Et je vous assure que c’est quelque chose de voir ces gens, tous ces visages, qui regardent vers cette 6e République, qui regardent vers ce programme que l’on croit possible, le seul possible, c’est-à-dire cette révolution à la fois institutionnelle et écologique. Et je voudrais dire, pour ceux qui doutent que l’on puisse toucher à cette constitution, l’article 28 de cette première constitution de la République, le 24 juin 1793, il est dit : « un peuple a toujours le droit de revoir, de réformer et de changer la constitution. Une génération ne peut assujettir à ses lois les générations futures. »
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De la même façon, le spectacle des politiques de droite qui nous mettent la honte, eux ils disent… Ils montent les gens les uns contre les autres, contre les institutions, contre la justice. Leur slogan, c’est : « et alors ? ». Vous vous rendez compte ? La justice, et alors ?

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[on entend dans la foule : dégagez – dégagez – dégagez…]

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Savez-vous que dans le programme de Monsieur Fillon la justice c’était la simplicité, indépendance, efficacité ? Il a repris les termes, il a enlevé « indépendance ». Ce n’est plus que la simplicité et l’efficacité. Je vous laisse à comprendre ce que ça signifie de retirer le mot « indépendance de la justice » !

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Assez des autres ! Je voudrais venir maintenant au point qui me tient le plus à cœur parce que avant toute cette campagne, avant le programme, moi je fais partie de ceux qui ont cru en 2012 au discours du Bourget et qui n’en peuvent plus ! Et quand on voit maintenant que la trahison se passe au PS, il faut accepter que le PS n’est plus un parti de gauche ! Je n’ai pas de leçon à donner à Monsieur Hamon mais Hamon, le PS te lâche, lâche le PS !

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Je demande au million 100 000 personnes qui ont voté Hamon [à la primaire] de bien réfléchir. Je ne mets pas en cause l’homme, je le respecte infiniment, je le crois sincère mais en tout cas le programme, on le retrouve dans la France insoumise. Réfléchissez bien ! Le PS ne veut pas de cette politique de gauche ! C’est du centre-droit au mieux ! Au mieux ! Et à force de berner les gens, on se retrouve comme le 18 mars 1871, premier jour de la Commune, et là je vous cite le texte de Victor Hugo, qui a écrit pendant cette Commune, un texte admirable, un poème, où il prévient les hommes politiques, ou plutôt il leur donne le constat de leurs actions, et il dit… Ah, attention, c’est Hugo qui parle ! :

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« Hélas ! Combien de temps faudra-t-il vous redire à vous tous, que c’était à vous de les conduire, qu’il fallait leur donner leur part de la cité, que votre aveuglement produit leur cécité. D’une tutelle avare, on recueille les suites, et le mal qu’ils vous font, c’est VOUS qui le leur fîtes ! Vous ne les avez pas guidés, pris par la main, et renseignés sur l’ombre et sur le vrai chemin. Vous les avez laissés en proie au labyrinthe. Ils sont votre épouvante et vous êtes leur crainte. »

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Voilà, merci Victor !

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Je ne peux pas partir sans cette phrase de Camus qui s’adresse à tous ceux d’en face qui méprisent le peuple, avec leurs arrangements, avec leurs mensonges, leurs parjures, leur déni, leurs reniements. C’est du mépris ! Et Camus disait : « Le fascisme, c’est le mépris ! Inversement, toute forme de mépris, si elle intervient en politique, prépare ou instaure le fascisme. »

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Levons-nous contre ce fascisme !
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