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Monsieur le Premier ministre de Grèce, prenez au mot Jean-Claude Juncker…

Jean-Claude Juncker, Président de la Commission européenne et membre de la fameuse Troïka a exprimé ce lundi la supplique suivante : « Je demande au peuple grec de voter oui, quelle que soit la question. »

C’est ce que rapporte l’agence de presse Reuters (voir ici : http://fr.reuters.com/article/frEuroRpt/idFRL5N0ZF2I020150629).

Moi ça m’inspire et je pense que l’on devrait prendre au mot cet €uromonarque… Du coup, voici un appel que nous pourrions adresser, à notre tour, à Alexis Tsipras…

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Monsieur le Premier ministre de Grèce, camarade Alexis Tsipras,

Puisque M. JUNCKER appelle votre peuple à voter OUI « quelle que soit la question », je pense que vous devriez profiter de cet appel solennel de sa part pour interroger votre peuple, par exemple, sur une ou plusieurs des 10 questions ci-dessous. Bien sûr, ce ne sont que des suggestions… 😉 😀

1/ Voulez-vous que le gouvernement de la Grèce dirigé par Alexis Tsipras ignore totalement les diktats de la troïka ?

2/ Voulez-vous que le gouvernement de la Grèce dirigé par Alexis Tsipras considère comme nulle et non avenue la partie illégitime de la dette qu’on nous réclame, sur la base du rapport d’audit de la dette qui a été publié récemment ?

3/ Voulez-vous que le gouvernement de la Grèce dirigé par Alexis Tsipras taxe massivement les plus hauts revenus ?

4/ Voulez-vous que le gouvernement de la Grèce dirigé par Alexis Tsipras impose fiscalement tous les capitaux qui bénéficient d’exemptions fiscales (par exemple les armateurs et l’Église) selon le principe énoncé à l’article 13 de la Déclaration française des droits de l’homme et du citoyen de 1789, à savoir une contribution également répartie entre tous les citoyens, en raison de leurs facultés contributives ?

5/ Voulez-vous que le gouvernement de la Grèce dirigé par Alexis Tsipras sorte totalement notre pays de l’OTAN ?

6/ Voulez-vous que le gouvernement de la Grèce dirigé par Alexis Tsipras prépare activement, notamment avec ses partenaires les plus proches, la sortie de la Grèce de l’Union européenne ?

7/ Voulez-vous que le gouvernement de la Grèce dirigé par Alexis Tsipras prépare activement, notamment avec ses partenaires les plus proches, la sortie de la Grèce de l’OMC ?

8/ Voulez-vous que le gouvernement de la Grèce dirigé par Alexis Tsipras entame des pourparlers avec ses partenaires les plus proches, notamment sud-européens (Espagne, Portugal, Italie et France) en vue d’élaborer de nouvelles solidarités entre les peuples qui se substitueront à l’Union européenne et aux liens de dépendance et de vassalisation en résultant, dans le périmètre des pays dont les peuples auront approuvé le principe ?

9/ Voulez-vous que le gouvernement de la Grèce dirigé par Alexis Tsipras entame les pourparlers diplomatiques nécessaires en vue de faire se lever un puissant mouvement international des peuples libres en faveur de la paix et du désarmement global ?

10/ Voulez-vous que le gouvernement de la Grèce dirigé par Alexis Tsipras entame un processus constituant de nature à sauvegarder et à perfectionner notre démocratie ?

Il y a toutes les raisons de penser que le pyromane Jean-Claude Juncker sera brûlé dans les flammes qu’il a lui-même allumées…

Vous qui aspirez à succéder au Président de la République actuel, surtout si vous êtes de gauche…

Si vous voulez que le peuple vous fasse confiance de nouveau, il y a, me semble-t-il, quelques préalables absolus :

1/ Annoncer avec la plus grande fermeté et avec la solennité la plus éloquente, que le peuple français sera appelé à décider, lui-même, par référendum, s’il veut que la République française reste membre de l’Union européenne ou s’en retire, et que ce référendum sera organisé dans les 100 jours de l’arrivée au pouvoir de celui ou de celle qui serait élu-e à la Présidence de la République. En plus de la réponse « OUI » ou « NON » à cette première question, seraient proposés divers scénarii pour l’organisation concrète de la sortie entre lesquels le peuple aurait à trancher. Nous avons déjà des personnalités sérieuses du monde économique et politique qui ont réfléchi à la question de la sortie de la France de l’euro et/ou de l’UE et ont des propositions crédibles. On ne part pas de zéro. Il n’y a pas que ceux qui limitent leurs propositions à vouloir désobéir aux traités qui ont travaillé le sujet…

2/ Annoncer, avec la même fermeté et la même solennité, que le peuple français sera également appelé à décider, par référendum, s’il veut entamer un processus constituant de nature à transformer radicalement le régime politique de la République française pour améliorer fortement son caractère démocratique et républicain. En plus de la réponse « OUI » ou « NON » à cette première question, seraient proposés divers scénarii pour l’organisation concrète de ce processus constituant entre lesquels le peuple aurait à trancher. Par exemple, un premier choix serait d’élire une Assemblée Constituante unique au niveau national qui aurait alors une compétence exclusive ; un deuxième choix possible serait de décomposer territorialement le processus constituant, avec élection d’assemblées constituantes locales, qui auraient la mission d’élaborer, par étapes successives, les propositions de révolution constitutionnelle qui remonteraient ensuite à une Assemblée Constituante nationale chargée de finaliser le projet de nouvelle constitution ainsi que d’autres textes annexes éventuels (déclarations de droits, chartes…) ; on pourrait aussi envisager d’autres options que les deux ci-dessus.

3/ Annoncer, avec la même fermeté et la même solennité, que le peuple français sera également appelé à décider, par référendum, si la République française doit demeurer dans l’OTAN ainsi que dans diverses autres organisations internationales d’essence atlantiste. Je pense évidemment en premier lieu à l’O.M.C. et au F.M.I. mais il y en a d’autres. Pour chacune de ces organisations, le peuple choisirait « OUI » ou « NON » afin de ne pas faire un paquet imposant un choix unique pour toutes. Là encore, en plus de la réponse « OUI » ou « NON » à ces questions, seraient proposés divers scénarii pour que le peuple français se prononce, en répondant par exemple, aux questions suivantes :

– Souhaitez-vous que la République française se rapproche des BRICS en vue d’une prochaine adhésion à cette alliance alternative : OUI ou NON ?

– Souhaitez-vous que la République française agisse au plan international pour que soient mises en place d’autres alliances inédites : OUI ou NON ?

– Souhaitez-vous que la République française agisse au plan international en faveur d’une réorganisation profonde de l’ONU : OUI ou NON ? On pourrait aussi, sur ce sujet précis, proposer divers scénarii de réforme de l’ONU…

Si le peuple français donnait ainsi de la voix, pour dire sa volonté que des valeurs authentiquement humanistes, et que des principes reposant sur la démocratie, la loyauté des échanges, l’équité et l’harmonie des relations internationales, gouvernent le monde, nos dirigeants seraient dotés de puissantes armes politiques pour agir sur la scène internationale.

Voici trois domaines éminemment fondamentaux. Certes, ils ne peuvent résumer toute la politique d’une nation, d’un État, d’un gouvernement et d’un peuple. Bien d’autres questions sont importantes : l’économie, la culture, l’écologie et d’autres encore. Mais mon avis est que ces trois domaines conditionnent le succès de tous les autres d’une part. D’autre part, si déjà ces trois engagements géopolitiques étaient pris publiquement par une personnalité de la Gauche de combat aspirant à devenir demain candidat-e à l’élection présidentielle pour y être élu-e et non pas seulement pour y faire un tour de piste de figuration pour la gloire d’avoir combattu, et enfin appeler au gouvernement de notre pays une équipe de combat contre le capitalisme et l’impérialisme états-uniens, organisés et relayés par ses différents exécutants européens, eh bien sans doute que le peuple tendrait l’oreille dans un premier temps… et serait séduit dans un second !

Discours de Jean-Luc Mélenchon en clôture du Remue-Méninges édition 2014 du Parti de Gauche

Discours de Jean-Luc Mélenchon en clôture du Remue-méninges du Parti de Gauche

Le 24 août 2014. Campus de Saint-Martin d’Hères (Grenoble)

JLM au RM 2014 par Thierry Montchartre

Photo prise par Thierry Monchatre au Remue-Méninges 2014. Merci à lui pour ce très beau cliché.

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Discours de Jean-Luc Mélenchon en clôture du Remue-méninges du Parti de Gauche

Le 24 août 2014. Campus de Saint-Martin d’Hères (Grenoble)

Retranscription faite par Vincent Christophe LE ROUX (PG 44, Comité de St-Nazaire)

Mon cœur se tourne vers ceux des nôtres qui sont absents et, en particulier, Bruno Leprince, notre éditeur, notre ami et camarade qui, en venant ici, a perdu la vie.

L’esprit est toujours le plus fort. Et l’esprit se transmet. Et sa vision, qui porte loin, illumine les cœurs et les esprits en sorte que jamais, jamais, le fil que nous portons ne sera rompu dans l’Histoire. Et, en tout cas, par moi moins que par n’importe quel autre.

Non, je ne pars pas en retraite ! Je suis un être humain doté d’un cerveau sous ses cheveux. Et, avec ce cerveau, j’ai assez appris de la vie pour savoir que, parfois, à l’issue de la mêlée, il faut savoir prendre du recul.

J’ai pris du recul, quelle nouvelle ! Et on m’a déclaré en retraire et dépressif. Je ne le suis pas. Je n’en dirai rien car après tout, il y a déjà longtemps que j’ai pu mesurer à quel point l’industrie de l’information et [celle] du spectacle avaient fusionné profondément. Néanmoins je me permets, un peu ironiquement, de dire que j’ai été fort surpris de découvrir tant de pages consacrées à mon « blues » et à mes « états d’âme » alors que d’habitude je n’ai droit à rien quant à mes idées. Si l’on voulait se préoccuper davantage de mes idées et moins de ma personne, comme je serais content et comme vous-mêmes vous le seriez !

Et, enfin, [applaudissements] je ne peux m’empêcher de m’amuser d’apprendre, de l’aveu du rédacteur en chef du site internet du site d’Hexagones – auquel j’avais donné une interview d’une heure ; qui en avait tiré une bande-son et une bande écrite – que ceux qui ont commenté mes états d’âme… – vous savez que l’avantage du net est que l’on sait exactement qui a consulté et qui n’a pas consulté l’interview – n’est-il pas frappant que ceux qui m’ont commenté ne m’aient ni écouté, ni lu ?

Eh bien vous découvrez là une autre forme de pratique de l’information qui ne consiste pas à donner à connaître, mais à inventer. Pourquoi pas ! Moi, j’ai toujours été ami de la poésie ! [rires dans le public] Mais je voudrais qu’on aille à d’autres qu’à moi pour cet exercice. D’autant que je crois que nos idées – je ne veux pas dire impunément « mes » idées, ce sont les nôtres ! – ont fait leur chemin. Et le constat politique que nous avions fait, l’indication – oserais-je dire l’injonction – que nous faisions s’est trouvée entièrement vérifiée par les faits.

Les politiques d’austérité, que les scrogneugneu de toute l’Europe nous vendent comme un courage – qu’ils s’appliquent d’ailleurs rarement à eux-mêmes ! – sont en fait une obstination aveuglée dont le seul but est que les comptes des grands établissements bancaires du vieux continent restent en ordre et en équilibre. Et le reste, l’immense souffrance humaine qui s’accumule, les indiffère.

Je suis obligé de souligner que nous avons eu raison quand nous avons dit que ce n’est pas une politique que de faire des coupes budgétaires ; qu’en réduisant la présence de l’État dans la société, en désorganisant les administrations publiques par des coupes sauvages, en réduisant sans cesse la masse de liquidités mises en circulation par la consommation populaire, en réduisant les investissements qui résultent de l’incapacité qu’ont les collectivités locales à intervenir – puisque leurs budgets sont en régression – on ne fait rien d’autre que de creuser le déficit puisqu’on ralentit l’activité et, donc, on diminue la ressource fiscale, on augmente le chômage donc on diminue tout ce que le travail de chacun peut apporter de richesse à tous.

Eh bien, c’est ce pronostic – hélas, hélas, mille fois hélas – qui s’est vérifié. Et c’est cela qui, maintenant, conduit à cette situation inouïe – que je vais décrire dans un instant – qui est le paysage politique auquel vous êtes confrontés vous autres, citoyens dignes et humbles, qui vous donnez le mal de penser l’avenir de votre pays et voyez ces gesticulations sans signification qui se déroulent sur le devant de la scène politique.

Mais le peuple a été consulté. La société française a été assommée, mise à contribution d’une manière inouïe, comme jamais elle ne l’avait été. Un plan d’austérité qui, au total, transvase 90 milliards de l’économie réelle, des biens des Français, vers la petite caste, prétentieuse et arrogante, qui prétend savoir, mieux que tout le monde, comment l’économie de la patrie peut se développer et qui, au bout du compte, à peine six mois après qu’aient commencé les versements de l’État vers leurs poches, n’ont montré qu’une chose : l’investissement dans notre pays a reculé ; c’est-à-dire la projection vers le futur, les machines à changer… Rien n’a été fait ! Mais, cependant, ils ont augmenté la part qu’ils se sont versée, par les profits et la part de dividendes, de 30%. Quelle impudence scandaleuse ! Il faut qu’il y en ait qui portent haut et fort cette parole.

Regardez, Français, pendant que vous souffrez, pendant que vous vous acharnez au travail, regardez ! Eux se gavent, vous méprisent, vous ignorent. Et alors que vous avez fait un geste si puissant dans la direction de ceux dont on vous avait dit que votre avenir était dans leurs mains, eux ont saisi ce que vous avez donné pour le mettre dans leurs poches ! C’est une honte ! [applaudissements]

Le peuple a parlé. Deux élections ont eu lieu. Le peuple a parlé. Eh bien moi, je ne suis pas un homme politique comme les autres. Et vous n’êtes pas des citoyens comme les autres. Lorsqu’un tel désastre s’avance, je ne passe pas ma soirée à faire des commentaires sur la victoire que je serais sensé avoir remportée. Je pourrais, comme un petit boutiquier, avoir dit, le soir des élections municipales : « je suis heureux parce qu’à Grenoble, nous avons fait la démonstration que notre ligne était la bonne. » J’aurais pu dire, le soir des élections européennes : « Oui, j’ai eu un meilleur score, dans ma circonscription, que la fois d’avant. Oui, nous sommes la seule force de gauche qui n’a pas reculé en voix au milieu de toutes les autres. » Mais c’eut été indigne de penser le futur de cette façon. À partir de sa boutique, sa popote, son petit supermarché politique où l’on range les rayons d’une manière ou d’une autre pour les rendre plus affriolants aux consommateurs. Non, il fallait montrer ce que nous ressentions ! La peine, le chagrin, de voir la France, notre bien aimée, montrée de cette façon et présenter ce visage au monde.

60% d’abstention ! C’est-à-dire le peuple qui, massivement, fait une insurrection froide et, revenant peut-être à ce qui s’est passé, en l’an 400 avant notre ère, lorsque le peuple décide de ne plus participer à rien et se retire sur l’Aventin jusqu’à ce que les patriciens cèdent et finissent par lui reconnaître ce qui est le plus important, le pouvoir et, en particulier, le droit de veto sur les décisions que les puissants prenaient.

60% d’abstention ! Alors que sur tous les tons, des medias, parfois fort complaisants, avaient mis en scène la poussée de l’extrême droite, l’avaient annoncée et, pour ainsi dire encouragée, et même cajolée, le peuple français s’est dit : « puisque c’est comme ça, nous ne nous en mêlons pas. Débrouillez-vous ! » Si bien que le peuple, se mettant en grève civique, a laissé l’extrême droite s’installer en tête de la représentation politique de notre pays. Et devant un évènement d’une portée pareille, aucun faux semblant n’est acceptable. Il faut d’abord montrer, avec autant d’énergie qu’on le peut, qu’aucun d’entre nous n’acceptera que continue ce jeu glauque, pervers et dangereux pour la République, qui consiste à encourager l’extrême droite, à faciliter sa percée en rêvant d’un deuxième tour aux élections présidentielles où qui que ce soit qui se trouverait en face serait élu automatiquement, sans avoir besoin de rien dire ni de rien faire. Y’en a par-dessus la tête du vote utile et du chantage qui nous prend pour des animaux alors que nous sommes équipés d’un cerveau ! [applaudissements]

La leçon, il faut l’entendre ! On me dit : « Ah, vous autres, du Parti de Gauche, vous devez enfin comprendre qu’il faut rassembler la Gauche. » Je vais vous dire que si nous suivions ce conseil, nous aggraverions le mal. Pourquoi ?

Nous n’avons aucune intention de nous rassembler avec Manuel Valls et Monsieur Hollande ! [applaudissements] Ni aujourd’hui, ni demain ! [les applaudissements continuent] Ce n’est pas leur personne qui est en cause, c’est leur politique. Leur politique a déjà conduit à un désastre civique. Ce qui s’est passé aux élections européennes est d’une gravité exceptionnelle dont l’entière responsabilité revient au Président de la République et à Manuel Valls. Non seulement pour avoir mis en place cette politique qui ne mène nulle part, sinon à la souffrance, à la destruction des grandes et des petites choses, des petites choses qui font le bonheur de tous les jours : la possibilité de prévoir qu’on part en vacances et puis devoir constater qu’on ne peut pas partir en vacances ; prévoir l’année qui vient et, soudain, se voir fauché dans ses projets parce que le chômage est là.

Il l’est comme jamais ! Cinq millions de chômeurs ! Puisque vous savez qu’ils retirent ses statistiques ceux qui ont travaillé 72 heures dans un mois. Savez-vous, Mesdames, Messieurs les puissants ce que rapportent 72 heures au SMIC ? Croyez-vous que l’on puisse vivre de cela ? Croyez-vous que l’on puisse organisez sa vie de famille, élever ses enfants dans la dignité avec de tels moyens ? Eh bien, pourtant, des millions de nos compatriotes, aujourd’hui, s’efforcent de le faire avec si peu de moyens. Mais eux sont indifférents à tout cela. Si bien qu’ils ne peuvent rien comprendre à la colère du grand nombre. Non seulement cette politique irresponsable nous mène dans le mur mais cette manière inouïe de vous regarder dans les yeux pour vous dire : « eh bien dorénavant, ce sera comme auparavant ! » Et voilà pourquoi, quoi que vous votiez, ils s’en fichent !

Quel est le régime absurde qui rend possible une telle attitude, que même les monarques n’avaient pas sous l‘Ancien régime ? Et quand ils l’avaient, il leur en cuisait ! Eh bien, il va leur en cuire, c’est le souhait que je fais.

Mais les critiques que j’ai adressées, en votre nom, si souvent ont valu qu’on me jette tant de pierres, ou que l’on dénonce mon ton excessif, mes manières trop brutales, car, dans ce monde-là, voyez-vous, on doit parler à mi-voix, sans bouger trop les traits. Il ne faut pas être trop méditerranéen dans leur monde !

Et maintenant, voilà que la critique vient de l’intérieur, si bien que nous avons le paysage suivant. Le Président de la République s’est engagé sur un programme et il nous dit ouvertement qu’il n’en tiendra pas une ligne. Vous le sanctionnez, il vous dit qu’il a très bien reçu le message, la preuve, il va continuer ! [rires et applaudissements mêlés]. Et il en choisit un pire que l’autre ! Après quoi vous dîtes : « eh bien si c’est comme ça, nous nous en allons. » La majorité gouvernementale a explosé ; les Verts ont quitté le gouvernement ; quarante députés n’ont pas voté la confiance au Premier Ministre ; toute une série d’entre eux n’ont pas voté le budget. Et ainsi va la France, quarante députés nous refusent la confiance mais il ne se passe rien. Et ce sont des députés de la majorité. La moitié de la coalition fiche le camp et que se passe-t-il ? Rien ! Le chômage explose, que va-t-il faire ? Rien non plus ! C’est-à-dire la même chose qu’avant ! Il a donc divisé la Gauche, divisé sa majorité et voilà maintenant qu’il aura réussi à diviser son gouvernement !

Mme Duflot a-t-elle dit autre chose de l’intérieur que ce que nous disions de l’extérieur ? Mais c’est ici même, à Grenoble, voilà tantôt deux ans, que vous avez crié tous, en cadence, « pas de muselière et nous en sommes fiers ! »[1] Eh bien Madame Duflot a retiré sa muselière. Nous la félicitons ! [applaudissements]

Je ne voudrais surtout pas qu’on dise que je suis revenu à mes excès de langage puisque, paraît-il, dire la vérité est excessif. Je vais me contenter de dire, à propos de François Hollande, juste ce que disent ses amis ministres, actuels ou anciens. Voici ce que dit Cécile Duflot : « Il n’a su être le Président de personne. » En effet, on n’en est pas loin ! « Ce n’est pas une question de tempérament, c’est la conséquence d’une succession de choix souvent inattendus et, parfois » – elle est aimable – « incohérents entre eux ». Elle ajoute que « le récit de la lutte sans fin contre la dette est un discours d’affichage non suivi d’effet » – en effet, si vous réduisez la dépense publique et que vous coupez, forcément la dette augmente – « on devait tenir le 3% de déficits, on ne l’a pas fait et François Hollande passe son temps à fixer des objectifs qu’il ne peut pas tenir ». « L’effet » dit-elle – elle, pas nous qui sommes plus modérés – « est dévastateur ! » [rires dans le public]

Là-dessus, voici maintenant deux ministres, et non des moindres, qui vont se réunir cet après-midi pour tailler en pièces la politique du gouvernement auquel ils participent [rires dans le public], notamment le ministre de l’économie qui a dit : « Aujourd’hui, la réduction à marche forcée des déficits est une aberration économique. » Vous voyez ? Ce n’est pas moi qui parle, ce serait excessif ! Là, c’est modéré. [rires dans le public] « Car elle aggrave le chômage [applaudissements] ; une absurdité financière, une absurdité financière car elle rend impossible le rétablissement des comptes publics et un sinistre politique car elle jette les Européens dans les bras des partis extrémistes. » Par conséquent, il accuse la politique du Premier ministre du gouvernement dont il est membre d’aggraver le chômage, d’être une absurdité financière, de rendre impossible le redressement des comptes publics, de jeter les Français dans les bras des extrémistes et il qualifie la politique du Président de la République de sinistre politique. Mais qu’est-ce que vous voulez que j’ajoute à ça moi ? [rires dans le public]

Et même, triomphe total que je savoure avec gourmandise, le quotidien du Parti Socialiste, Libération, et son hebdomadaire, Le Nouvel Observateur, qui, après m’avoir couvert d’opprobre, se convertit enfin à son métier, c’est-à-dire observer les faits et en rendre compte, si bien que voici Monsieur Joffrin qui est le pape du socialisme modéré et l’organisateur du bal, voilà ce qu’il dit cet homme : « Une saine colère populaire sanctionnera un jour la politique aberrante » [Mélenchon : aaaah ! ] « imposée depuis bientôt sept ans » [Mélenchon : mais que ne l’avez-vous dit plus tôt ?] « par la classe dirigeante européenne. Sept ans d’austérité, sept ans de malheur ! ». Et attention, maintenant c’est du pur mélenchonisme, c’est dire la violence de la conversion ! [rires dans le public]. Moi, je ne parle plus comme ça, je trouve ça trop… vous allez voir ! Il dit, Laurent Joffrin, « par dogmatisme, par avidité, l’oligarchie continentale a passé outre, jugeant que les intérêts de la finance, c’est-à-dire les siens, devaient l’emporter sur ceux du peuple. » [applaudissements]

Alors vous voyez qu’il n’est pas vrai que le Parti de Gauche est hostile aux journalistes, nous les acclamons ! [rires et applaudissements mêlés]

Ah mes amis, vous voyez ? Pourquoi j’ai commencé par dire à quel point nous avons besoin d’éducation, d’élever le niveau de confiance et d’abord le nôtre même ! Il faut avoir les nerfs, la patience mais jamais renoncer au travail intellectuel qui nous permet de voir juste dans la confusion des faits car l’heure vient toujours où la lumière est plus forte que l’ombre, où l’idée avance, passant d’un cerveau à l’autre, jusqu’au plus réticent, comme vous le voyez ! [rires dans le public] pour ne rien dire de ceux qui, n’ayant jamais eu de cerveau, n’ont pas changé d’avis ! [rires et applaudissements mêlés].

Je le dis parce que tel n’est pas notre cas. On me dit « Rassembler la Gauche », j’ai répondu « Je ne crois pas que ce soit la bonne idée ». Alors que faut-il faire ? Car si nous ne faisons rien, si nous nous contentons de faire notre petite soupe et que nous allons d’un colloque à l’autre parmi ceux qui pensent un peu comme nous, qui ne votent pas comme nous dans les assemblées mais quand même, et celui-ci et celle-là, si sympathique – c’est vrai ! – que faisons-nous ? Rien ! Absolument rien. Nous étalons le spectacle de l’impuissance et de l’incapacité à penser le futur. Nous étalons le spectacle de gens qui ne sont bons qu’à parler. La question ce n’est pas de parler, c’est d’agir ! Et si on parle, il faut que la parole soit une action. Et c’est ce que j’essaie de faire en ce moment en m’adressant à vous et à ceux qui nous écoutent.

Mon discours n’est pas celui d’un homme qui se met à la retraite ni qui est déprimé. C’est un appel au combat ! Peuple français, il faut te mêler de cette affaire ! Il faut te mêler de cette affaire ! Car sinon, que va-t-il se passer ? Alors évidemment parmi vous, il y a tant de naïfs ! Comme je m’inquiète ! Il pourrait se passer quelque chose de surprenant ! Que François Hollande tienne une de ses promesses ! [rires dans le public] Évènement qui serait d’une portée considérable ! Ou ou ou ou qu’il respecte sa propre pensée ! Je ne veux pas lui suggérer mais juste lui rappeler qu’en 2006, dans son livre « Devoir de vérité »… « Devoir de vérité »… écrit avec Edwy Plenel, voici ce qu’il disait : « Je préconise un exercice de vérification démocratique au milieu de la législature. [dans le public on entend des applaudissements mais aussi des « hein hein » ou des « excellent ! »] Si, d’aventure, à l’occasion de cette vérification, une crise profonde se produisait où des élections interviendraient contredisant l’élection présidentielle, nous en tirerions toutes les conséquences en quittant la présidence. » [applaudissements nourris dans le public].

Bon, compte tenu de ce que nous savons, il est vraisemblable que l’on va titrer partout que j’appelle à la démission de François Hollande. Mais vous, qui êtes plus subtils, vous avez entendu que je vous ai rappelé que FRANÇOIS HOLLANDE envisageait la démission du titulaire de la fonction, pas moi !

Mais, allons au bout de cette affaire. Si nous disions que notre projet est de rassembler la Gauche, ce serait une formule creuse qui ferait plaisir à cette génération qui a connu les efforts pour la rassembler, mais c’était sur une ligne de rupture. Et ce n’est pas moi qui vais vous dire qu’il ne faut rassembler personne. Enfin quand même ! Nous en avons rassemblé quatre millions dans une élection et puis surtout nous avons rassemblé la plus grande partie de l’autre Gauche, je dis « la plus grande partie » dans le respect de ceux qui n‘ont pas voulu mais qui voudront peut-être la prochaine fois se joindre à nos efforts. Par conséquent, ce n’est pas nous qui allons défaire le Front de Gauche. Mes ami-e-s, c’est nous qui l’avons créé ! C’est notre œuvre ! Je vous rappelle qu’il a fallu du temps pour que l’idée du Front de Gauche avance assez pour être acceptée. Mais ce n’était pas le cas au début. Je vous rappelle qu’on faisait semblant. Vous le savez bien vous autres. Le Front de Gauche, c’est une réalité, c’est un point d’appui. Pour des milliers de gens, c’est l’unique bien commun qu’ils ont, ils n’appartiennent à aucun parti. Ils ne sont ni au Parti Communiste ni au Parti de Gauche. Ils ne sont dans aucun parti. Pour eux, le seul repère, c’est le Front de Gauche ! Ils se disent Front de Gauche. Ils vont voter Front de Gauche. Ils ont des drapeaux Front de Gauche. C’est leur espoir. On ne va pas aller leur dire « tout cela est fini ». Non ! Il y a une discussion. Il faut être grand garçon, grande fille. Il faut accepter qu’il y ait des discussions. Il ne faut pas faire que chaque fois qu’on a une discussion sérieuse, on dise « c’est une bisbille », « c’est une querelle de chefs », mais chef de quoi ? Ou c’est une lutte pour les places. Quelles places ? Jusqu’à la victoire, il n’y aura que des coups à prendre ! Je préviens tout le monde. Par conséquent ceux qui se seraient trompés et seraient venus pour des places se sont trompés de porte. Y’a que des coups à prendre ! C’est la lutte ! Y’a pas de lutte de places. A plus forte raison dans notre petit parti. Ce n’est pas ça le sujet ! Respectez la dignité d’un débat politique. Nous sommes dans une situation dangereuse. Il est important de discuter avec sérieux, jusqu’au bout, des questions de la stratégie. Nous avons eu cette discussion aux élections municipales. Ce n’est pas se complaire dans la dispute mais essayer d’en tirer l’enseignement.

Mes ami-e-s, le problème qui nous est posé N’EST PAS de rassembler la Gauche, c’est de fédérer le peuple ! [applaudissements] car le peuple, à l’heure actuelle, à l’heure actuelle, le peuple se désintéresse de la Gauche et de la Droite. Ce que vous entendez tous les jours, autour de vous, qui vous fait saigner le cœur, c’est quand on vous dit : « la Gauche et la Droite c’est pareil ! » Parce que vous, vous savez ce qu’il nous en a coûté d’être de Gauche, fidèles à nos valeurs, dans nos communes, dans nos entreprises. Et cette ignominie qui consiste à être assimilés à François Hollande, c’est à lui que nous la devons. Non ! Nous continuons à être les héritiers de cette tradition. Nous sommes les héritiers de la Gauche. Nous n’en sommes pas les gestionnaires.

Et maintenant, il s’agit de projeter l’ambition à un autre niveau en sachant par où commencer. Si nous ne faisons rien, en 2017, prochaine élection présidentielle si François Hollande ne s’en va pas avant, comme il avait imaginé de le faire dès 2006, s’il ne s’en va pas avant, il y aura une élection. Alors ça suffit l’hypocrisie qui consiste à dire « je ne m’occupe pas des élections ». Eh bien en démocratie, on doit s’occuper des élections. Et c’est un devoir de penser à ce qui va se passer. Parce que le cycle de cinq ans est très court. Il faut penser à ce que l’on va faire. Parce que, dîtes, ça va déjà être assez pénible de supporter ça encore deux ans et demi, avec des gens qui se battent comme s’ils étaient seuls au monde pour allonger l’âge de départ à la retraite – alors Nicolas Sarkozy avait dit 62 ans, François Hollande met ça à 66 ans, arrivent M. Fillon, M. Juppé, tous les autres de l’UMP, alors ceux-là ils ont trouvé, encore plus loin, 65 ans [il y a ici manifestement une erreur car l’affirmation est incohérente] ; et quelles idées ils ont à proposer à la France ? Encore plus de coupes budgétaires, c’est-à-dire la même chose, parce qu’ils font entre eux une sorte d’escalade pour savoir lequel va être le plus scrogneugneu, le plus coupeur de budgets, le plus coupeur d’avantages sociaux. Que va-t-il se passer ? Alors il pourrait se passer ce qui s’est passé aux Européennes c’est-à-dire que ne voyant rien venir qui puisse changer le cours de la vie, une masse immense du peuple dise « nous nous en désintéressons ». C’est pourquoi je dis notre projet n’est PAS de rassembler notre famille politique mais de fédérer le grand nombre. Comment pouvons-nous faire ? Par quel bout commencer ?

Eh bien le bout le plus important est celui qui consiste à dire « Prenez le pouvoir ». On ne peut régler aucun des problèmes de notre temps sans la participation populaire de masse. Le régime de la monarchie présidentielle ne peut plus durer. C’est une aberration qui écarte de la scène politique des millions de personnes. Il faut reprendre le pouvoir pour décider de ce qu’on fait de notre vie. Pour décider, nous-mêmes, si, oui ou non, on décide de supprimer les communes, les départements, l’essentiel des régions qu’on connaît aujourd’hui, pour décider quels sont les droits qui sont reconnus au peuple. C’est le moment de le faire ! Est-ce que nous sommes vraiment tous égaux ? Est-ce que nous avons un devoir de solidarité ou est-ce que nous décidons que la règle de vie, c’est chacun pour soi comme l’impose le régime néo-libéral ? Eh bien les Français pourraient décider que c’est chacun pour soi mais que du moins on puisse avoir cette discussion et qu’on puisse trancher. Pour ça, il faut changer la règle du jeu. Il faut changer la règle du jeu c’est-à-dire la constitution.

Qu’on ne vienne pas me dire que c’est une question trop technique. Vous avez vu, on me reproche d’être trop intellectuel pour le peuple ! Parce que ceux qui parlent méprisent tellement les gens les prennent pour des buses. Ils pensent que les Français ne comprennent pas les grands sujets. C’est le peuple le plus politique du monde que le peuple français ! Il comprend tout, tout ! Y’a aucun sujet hors de sa portée. [applaudissements]

Il faut changer la règle du jeu. C’est le plus grand commun dénominateur que nous pouvons avoir avec TOUS les Français, TOUTES les Françaises, quelle que soit leur opinion. De leur dire, maintenant le moment est venu de faire nous-mêmes, ce qui a été fait sans cesse sans nous. La constitution de la 5e République, qui n’a plus de 5e République que le nom, a été changée vingt fois, vingt-et-une même je crois, dont les dix-huit dernières fois sans l’avis du peuple français. Ça suffit ces méthodes-là ! Il est temps d’en passer à une autre étape où le peuple, se saisissant de lui-même pour se définir, dire quels sont ses droits, quelle est l’organisation des pouvoirs publics, devient le maître et le souverain dans sa propre patrie.

Voilà pourquoi nous avons changé notre dispositif. Non parce que je serais déprimé. Ni parce que Martine Billard en aurait marre de la tâche qu’elle accomplissait avec tant de brio. Mais parce qu’il faut adapter sans cesse la forme de l’organisation à la forme du combat politique. Nous ne gérons pas une bureaucratie. Le Parti de Gauche est un instrument de combat et rien d’autre ! Et ni elle, ni moi n’avons de plans de carrière. C’est fait. Merci ! Donc, ce n’est pas le sujet pour nous. Le sujet, c’est sortir de la nasse. Pas nous personnellement, sortir le pays de la nasse.

La France doit mettre sa puissance, celle de son peuple éduqué, celle de ses moyens matériels gigantesques, au service des grands défis qui accablent la civilisation humaine. Ça va mal tourner si on laisse faire ! Ça va mal tourner en Europe, parce que le risque de la guerre généralisée existe du fait de l’irresponsabilité de la politique agressive des États-Unis d’Amérique qui ont étendu l’OTAN et son armada jusqu’aux frontières de la Russie et s’étonne que celle-ci ne se laisse pas faire, provoquant une escalade que l’on n’avait pas connue du temps où c’était l’Union soviétique et qu’on est en train de connaître aujourd’hui depuis que, paraît-il, c’est le paradis démocratique en Russie. Faut-il être stupide pour aller soutenir un gouvernement dans lequel il y a des néonazis ? C’est une aberration ! Ce n’est pas la politique de la France de faire ça ! La politique de la France, c’est de s’avancer sur la scène, de parler aux Russes et de leur dire : « Bien, quelles sont les conditions auxquelles vous seriez prêts à souscrire du moment que votre sécurité serait garantie pour que les peuples qui se trouvent dans cette région du monde, eux aussi, aient le droit à s’autodéterminer ? » C’est une discussion où l’on met la vérité sur la table. Quelle autre méthode que celle du dialogue ? La force et la violence. Nous sommes pour le dialogue. Contre la guerre. Contre la violence. Contre les néonazis dans les gouvernements, de même qu’on est contre les gouvernements qui envahissent leurs voisins.

Eh bien, où est passée la « Communauté internationale » pendant ce temps ? Où est-elle passée pendant qu’était martyrisée la population de Gaza ? [applaudissements] Je veux dire mes félicitations, je veux dire mes félicitations, à la jeunesse de ma patrie qui a su se mobiliser en défense des malheureux victimes de crimes de guerre à Gaza. Ils l’ont fait avec une discipline parfaite alors que, de tous côtés, on les poussait aux excès. Ils ont su se tenir dignes et incarner, mieux que personne, les valeurs fondatrices de la République française. Ces valeurs sont que nous sommes toujours du côté du faible et de l’humilié parce que nos valeurs sont Liberté-Égalité-Fraternité, pas la paix aux uns, la guerre aux autres [applaudissements]. Nous ne croyons pas aux peuples supérieurs aux autres. Nous croyons que les droits de tous les êtres humains sont égaux. Ceux qui ont incarné la France républicaine, c’est ceux qui défendaient, en mémoire du passé où déjà nous avons vu de petites communautés humaines être massacrées du seul fait de leur appartenance à une communauté, en fidélité à ces combats du passé, en souvenir des meurtres de masse qui ont été commis dans le passé, en fidélité, nous nous sommes portés aux avant-postes, oui, du soutien à cette malheureuse population et nous avons dénoncé les crimes commis contre elle. Et nous avons le cœur soulevé de voir des écoles bombardées, des hôpitaux détruits, des ports, des aéroports et tous les moyens qui permettraient à cette population de se redéployer vers le futur. Oui, nous le dénonçons ! Oui, nous le dénonçons ! Nous n’avons peur de personne. N’essayez pas de nous faire baisser les yeux ! Peine perdue !

Si nous avons quelque chose à dénoncer, c’est ceux de nos compatriotes qui ont cru bien inspiré d’aller manifester devant l’ambassade d’un pays étranger ou d’aller servir sous ses couleurs, les armes à la main. Si nous avons quelque chose à dénoncer, c’est cela. La France a un devoir de militer pour la paix. Elle doit s’engager de toute sa force pour la paix. Et non pas voter des blancs-seings à la violence et à la brutalité ! Nous ne baisserons pas les yeux.

Je voudrais dire au CRIF que ça commence à bien faire les balayages avec le rayon paralysant qui consiste à traiter tout le monde d’antisémite dès qu’on a l’audace de critiquer l’action d’un gouvernement. Il n’y aurait donc qu’un seul et unique gouvernement au monde. Qu’il soit de gauche ou d’extrême droite, aucun d’entre nous n’aurait le droit de le critiquer sans être aussitôt accusé de racisme. C’est insupportable ! Nous en avons assez ! Je veux vous le dire. J’en ai assez de voir que vous m‘accusiez d’antisémitisme. J’en ai assez de voir que vous écrivez dans vos documents que le Parti de Gauche aurait manifesté sa « haine de l’Occident » – s’il vous plaît ! –, « des Juifs » – incroyable ! – Mais vous savez qui est là ? Vous savez qui parle à cette tribune ? – et enfin, pour terminer, « de la République ». Non ! La République, c’est le contraire des communautés agressives qui font la leçon au reste du pays. La patrie est à égalité à tous ses membres, tous ses enfants. Nous ne permettrons pas, nous ne permettrons pas, qu’à la faveur de quelques excès de quelques énergumènes, tous les musulmans de France soient montrés du doigt. De la même manière que nous n’avons jamais permis que l’on montre du doigt les juifs, les catholiques, les protestants et, surtout, la masse de ceux qui n’ont aucune religion et demandent aux autres de bien vouloir leur ficher la paix à un moment ! [applaudissements]

Pourquoi la France doit-elle se ressaisir ? Parce que, je viens de le dire, on voit que la puissance dominante – les États-Unis d’Amérique qui ont des raisons très profondes de craindre le futur – c’est-à-dire le moment où le dollar cesserait d’être la monnaie de réserve universelle et que viendrait à se percer, d’un seul coup, la bulle de ces milliards de milliards de milliards de dollars qui circulent et qui servent aux transactions internationales. C’est de ça dont ils ont peur ! Et c’est pourquoi ils préfèreraient la guerre généralisée à une paix qui viendrait à mettre en cause leur hégémonie et leur empire. Le dire, ce n’est pas être belliqueux avec les belliqueux, contre les belliqueux. C’est dire la vérité de ce qui est en cours. Les États-Unis d’Amérique sont préoccupés d’avoir vu surgir, dans la zone où se produit le 25% de la richesse du monde – l’Europe – une monnaie commune qui pouvait contrebattre sa puissance. Ils en étaient là, cherchant à affaiblir l’économie européenne de toutes les manières possibles. Et ils y sont parvenus. Y compris avec cette politique stupide de sanctions économiques contre la Russie dont les premières victimes sont les pays européens. Et ils pensaient, par ce moyen de la pression, intimider ces puissances émergentes que l’on voit dans le monde.

Eh bien, cet été, il s’est produit un grand évènement, un très grand évènement passé inaperçu. Les pays que l’on nomme BRICS – c’est-à-dire le Brésil, l’Inde, la Russie, la Chine et l’Afrique du Sud – qui représentent presque 50% du total de l’humanité, et 28% de la richesse totale du monde – mais la richesse réelle, car dans la richesse on compte les maniements de monnaie qui n’ont aucune contrepartie matérielle – qui produisent donc bien plus, si l’on regarde ce que les êtres humains consomment et utilisent, eh bien ces cinq pays ont décidé de constituer l’équivalent du Fonds Monétaire International et de la Banque Mondiale. Si bien que ce jour-là, à Fortaleza, au Brésil, les États-Unis viennent de perdre, pour la deuxième fois, un de ses instruments les plus puissants qu’est [l’ensemble] FMI et Banque mondiale. C’est pourquoi le monde est en danger. Comment la grande puissance va-t-elle réagir ? Et nous, nous devons, plus que jamais, être la France qui porte une parole de paix, d’égalité. Une nouvelle alliance mondiale, altermondialiste – c’est-à-dire pour un autre ordre du monde – qui permette à notre pays de faire valoir ce qu’il est vraiment, c’est-à-dire présent sur les cinq continents, ou, en tout cas, dans les mers qui servent les cinq continents, notre pays qui a sa plus longue frontière commune avec le Brésil, et qui, de toutes les façons possibles, partage avec les BRICS davantage qu’avec les États-Unis d’Amérique, notamment la passion du futur, le goût de régler les problèmes du quotidien, et ainsi de suite. Mais par-dessus tout, l’idée de l’égalité.

Voilà ce que la France devrait être en train de faire à cette heure ! Une France indépendante, une France souveraine, une France qui n’est pas à la remorque des États-Unis d’Amérique, où l’on ne voit pas son monarque qui décide tout seul, un mois après avoir été élu, d’aller signer, à Chicago, un texte inepte où il donne à l’OTAN le système de la dissuasion nucléaire française et la démantèle ! Mes ami-e-s et camarades, vous pensez ce que vous voulez de la dissuasion, mais la chose la plus incroyable n’est-elle pas que le Président de la République, en signant l’accord pour qu’il y ait des batteries anti-missiles en Europe, décide que dorénavant les Français accepteraient des agressions partielles sans que la réplique soit totale. Mes ami-e-s, c’est la fin de la dissuasion ! On n’en a pas parlé une seconde dans ce pays, c’est incroyable !

Mais, par-dessus tout, il faut que j’aille à ce qui est le plus important, le plus fondamental, notre responsabilité d’êtres humains, notre responsabilité d’êtres humains. Maintenant, nous comprenons tragiquement que nous sommes tous semblables puisque nous dépendons tous du même écosystème, le seul qui permette notre vie. Ainsi, l’intuition des biens communs du communisme, du socialisme qui dit que c’est avec les autres qu’on se débrouille, du républicanisme qui dit que c’est tous ensemble qu’il faut penser ce qui est bon pour tous, est confirmé. Mais il ne faudrait pas que ce soit confirmé juste avant le désastre total !

Mes ami-e-s, cette année – ça tombe toujours au mois d’août maintenant ! – depuis le 19 août, date d’heureuse mémoire [anniversaire de JLM], il se trouve que notre terre est entrée en dette écologique. C’est-à-dire que dorénavant, nous consommons et nous jetons plus que ce que la planète peut recycler et reproduire. C’est une tragédie ! L’arrivée du jour du remplacement est de plus en plus éloignée dans l’année. Dans les années 70, c’était à la mi-décembre. Maintenant, nous en sommes à la mi-août ! Et la conséquence, vous la voyez ! Ce productivisme effréné a une conséquence sur le dérèglement du climat.

Savez-vous que, cet été, s’est tenu un congrès de météorologistes et que ceux-ci nous disent, de la manière la plus claire qui est : « dorénavant le changement climatique est commencé ! ». Ce n’est pas une menace, quelque chose qui pourrait se produire. Non, c’est quelque chose qui est commencé ! Et les effets du changement climatique ne sont pas proportionnels au niveau du réchauffement. C’est-à-dire que les conséquences sont mille fois plus étendues que le degré de réchauffement. Chaque fois que l’atmosphère se réchauffe d’un degré, l’évaporation progresse de sept points. Cela signifie que le mouvement de l’eau vers l’air, puis de l’eau dans l’air vers l’eau, s’accélère. Et ce cycle s’accélère, provoquant des phénomènes climatiques extrêmes. Ah ! Ceux qui disent « Après nous, le déluge ! » ne croient pas si bien dire ! Il va beaucoup pleuvoir, lamentablement au même endroit, tandis que d’autres n’en verront plus la couleur. Nous sommes entrés dans ce cycle. Eh bien, dans ce cycle, il faut que l’on ouvre une issue. En 2015, il y aura un sommet sur le climat en France. Françaises, Français, je vous appelle à vous impliquer dans les débats que les partis, les associations, les organisations vont lancer, pour que vous preniez pleinement conscience de ce qui est en train de se faire. Nous ne pouvons pas agir si tout le monde ne comprend pas bien ce qui est en cause [applaudissements]. Souvent, les gens ne comprennent pas de quoi il est question et pourquoi les évènements pourraient être extrêmes.

Voyez-vous, cette réunion des météorologues dit : « Autrefois, les marins croisaient, de manière exceptionnelle, des vagues de vingt mètres. Aujourd’hui les marins croisent, d’une manière moins exceptionnelle, des vagues de quarante mètres. »

Mes chers ami-e-s, des vagues, il y en a toujours eu. Des tremblements de terre, il y en a toujours eu. Des tsunamis, il y en a toujours eu. Mais, autrefois, les vagues du tsunami passaient sur des cabanes de pêcheurs. Dorénavant, elles passent sur des centrales nucléaires. 75% de la population habite à moins de 100 km d’une côte. Si la mer monte d’1,40 mètre comme on le prévoit d’ici la fin du siècle dans les évaluations optimistes, optimistes, cela signifie que 200 millions de personnes vont devoir se déplacer, sans oublier les installations qui vont avec. Voilà le défi qui est lancé à toute l’humanité. Et c’est là que vous voyez la classe dirigeante irresponsable que nous avons. À l’échelle du monde comme à l’échelle du pays. À l’échelle du monde, que font-ils ? Rien. Piller. Vous savez quoi ? Il y en a qui ont trouvé une bonne idée. Peut-être qu’en entendant mon discours, ils vont dire « Ah, tiens ! C’est pas mal ce que dit Mélenchon. On va acheter des actions dans les sociétés de parapluie. » [rires dans le public]. D’autres diront : « Mmmhhh, si on vendait des bouées de sauvetage, ça serait pas mal ! ». Eh bien, ce que je vais vous dire, c’est presque aussi ridicule. L’élévation du niveau de la mer augmente la pression sur les fonds marins. Cela provoque la remontée de la glace qui s’y trouve et qui contient, en quantité extrêmement importante, des gaz à effet de serre, du méthane. Les glaçons remontent, ils flottent et ensuite ils fondent. Et le méthane part dans l’effet de serre. Eh bien, il y en a qui ont dit : « y’a du méthane ? On va le ramasser pour le vendre. » Voilà ce qu’ils ont décidé. Et en Europe, qu’a-t-on décidé ? De tout reporter à 2030. Le reste ? Cosmétique.

Et on a inventé les droits à polluer. C’est-à-dire un trafic, un commerce, qui engendre toutes sortes de spéculations, qui consiste à vendre le droit de polluer. Et si on pollue moins on a donc des droits qu’on peut vendre à d’autres pour qu’ils polluent plus. Et ainsi de suite. Irresponsabilité des classes dirigeantes.

C’est pourquoi le coup de balai dont nous avons parlé doit être aaaaaample, laaaarge, profoooooond. Tous dehors ! Chassez-les tous ! Ils sont bons à rien. Ils ont mené l’économie à la catastrophe, la planète au désastre. Et regardez-les ! À peine leur donne-t-on quelque chose qu’ils se le prennent pour eux. Leur cupidité est sans fin, je vous l’ai dit tout à l’heure. Quand, vous, vous tirez la langue parce que vos salaires diminuent, eux ont augmenté de 30% le leur ! Vous savez, ceux qui vous disent sans arrêt : « regardez vous ne travaillez pas assez ! » – si, si, record du monde pour ce qui est du travail – «  il faut travailler plus longtemps » – ah bon ? Vous voulez qu’on ait la productivité de la Grèce ? Eh ben, donnez-nous le rythme de vie qu’ils avaient ! Tout était renversé. Combien de fois nous a-t-on parlé de ces travailleurs allemands si sérieux tandis que nous ne faisons rien ! C’est bien connu hein ? Combien de fois a-t-on comparé la France pour la traîner dans la boue, la montrer du doigt ? Toujours la France « à la traîne ». La France « lanterne rouge ». La France « dernier wagon ». Toujours des mots méprisants pour le pays. Pourquoi ils font ça ? Pour vous briser les reins. Pour que vous doutiez de vous. Pour que vous vous disiez : « Eh bien on ne peut rien faire, on est déjà si mal ! » Non ! Ce n’est pas vrai. Mais EUX, ils se gavent plus que les autres. Le patronat du CAC40 s’est gavé plus que celui d’Allemagne et d’Angleterre. Alors, nous commençons à nous dire, nous autres, Français, puisque vous trouvez toujours des ouvriers qui coûtent moins cher, nous allons commencer à essayer de trouver des patrons qui nous coûtent moins cher. [applaudissements]

C’est trop ! C’est irresponsable ! Pourquoi ? Parce que cette masse d’argent qui est donnée à quelques-uns, qui en font des usages souvent tout à fait déraisonnables, comme de le placer dans des objets financiers tellement compliqués qu’eux-mêmes ne savent plus ce qu’il y a dedans, cette masse considérable de richesses qui est le résultat du travail de tant de monde, elle devrait pouvoir être affectée aux investissements pour changer le modèle de production.

Mes ami-e-s, pour faire la planification écologique, c’est-à-dire pour réorganiser la production et l’échange, dans des conditions telles que la date de la dette écologique puisse être retardée dans l’année progressivement jusqu’au moment où nous respecterons la capacité de la planète à se reconstituer, il faut des investissements considérables. Et il faut donc choisir où va l’argent. Ou bien dans la poche de quelques-uns, ou bien dans le bien commun. Chaque fois qu’on investira, ce sera du travail, de l’invention, de l’imagination et nous pourrons, de cette façon-là, concilier la relance de l’activité sans sombrer dans le productivisme. C’est-à-dire faire exactement le contraire de ce que fait François Hollande qui donne quarante milliards à des gens qui n’en ont pas besoin en leur disant « produisez n’importe quoi, n’importe comment, n’importe où, du moment que ce n’est pas cher et que, grâce à la publicité, vous aurez créé des besoins bidon ». C’est ça le productivisme ! [applaudissements]

Et nous, c’est le contraire. Nous nous adressons aux jeunes qui ont envie de mettre leur immense imagination au service du pays. Et à tous les autres ! Ingénieurs, techniciens, tous ces gens avec qui nous pourrons dire, si le peuple le décide, et notamment s’il décide de l’inscrire dans sa nouvelle constitution, que la règle verte est dorénavant la règle des Français.

La règle verte, c’est : « on ne produit plus rien, on ne fait plus rien qui ne soit, en même temps, un acte par lequel nous permettons à la nature de reconstituer ce qu’on lui aura pris. » Les techniciens de notre pays sont capables d’inventer les machines et les process de production qui permettent de tenir cet objectif. Ils ont relevé TOUS les défis techniques. Par conséquent, c’est à leur imagination que nous nous adressons. Et quand nous dénonçons le patronat cupide et incapable du CAC40 qui a amené le pays dans l’état où il est, nous ne le confondons PAS avec ces milliers de gens à qui on a dit, parce qu’ils étaient auto-entrepreneurs – c’est-à-dire auto-esclaves – qu’ils seraient des patrons. Nous ne les confondons pas avec ces équipes d’artisans ou de petites entreprises. Nous savons très bien que ce n’est pas la même chose. Mais comme d’habitude, comme dans le monde paysan, les gros sa cachent derrière les petits. Et c’est d’ailleurs souvent comme ça dans la vie !

C’est pourquoi le discours que je suis en train de faire vous permet de voir comment, si nous changions la règle du jeu en changeant la constitution, plus personne n’aurait ce droit magique de n’en faire qu’à sa tête pendant cinq ans, en méprisant tout le monde, y compris sa propre majorité.

Deuxièmement, que si, par hasard, celui ou elle que vous auriez désigné-e à telle ou telle fonction, se croyait autorisé-e à faire ce qui lui passe par la tête, vous pourriez le sanctionnant en faisant, comme c’est le cas au Venezuela, comme c’est le cas dans plusieurs pays d’Amérique Latine, des référendums révocatoires [applaudissements]. C’est-à-dire qu’au lieu d’attendre de savoir si François Hollande estime qu’il a été suffisamment démenti par les votes populaires, eh bien vous en auriez l’initiative. Mais ça vaudrait aussi pour le maire, ça vaudrait aussi pour le député, ça vaudrait aussi pour les sénateurs. Ça vaudrait pour tout le monde !

Pour tout pouvoir qui vient du peuple, il faut concilier la stabilité des institutions – il faut qu’il y en ait car la démocratie, c’est de l’organisation du débat, ce n’est pas l’assemblée générale permanente, c’est une organisation qui doit déboucher sur la mise en œuvre des décisions – mais en même temps il faut que la capacité d’intervention révolutionnaire du peuple soit à tout moment préservée. Le référendum révocatoire, c’est dire quand un tant de % – je ne sais pas %, 3%, 10% – des électeurs inscrits le demandent en marquant leur nom et leur numéro d’électeur, eh bien un référendum révocatoire est convoqué et on décide si celui ou celle à qui la demande est adressée doit garder sa fonction ou pas.

Voilà UNE idée – parmi combien d’autres ! – mais qui montre qu’on peut parfaitement concilier, d’une manière responsable et sérieuse, l’initiative populaire et la stabilité des institutions.

De la même manière, il faut dire, dans l’entreprise, pourquoi certains ont tous les droits et d’autres aucun. Pourquoi Alsthom peut être dépecé et vendu, Alcatel quasiment mis dans la main de Goldman Sachs, et combien d’autres entreprises qui mettent en cause l’indépendance technique de la France ! Et même son indépendance militaire quand on voit que ce gouvernement a vendu une part des actions de la société qui produit le char Leclerc – vous pensez ce que vous voulez du char Leclerc mais moi je préfère qu’on décide quand on en produit ou quand on n’en produit pas, plutôt que d’y mettre des actionnaires privés, comme ça vient d’’être décidé, notamment une famille de capitalistes allemands, il fallait y penser !, qui, elle, va maintenant avoir intérêt à vendre des chars. Tandis que quand c’est la propriété de l’État, figurez-vous qu’on est plus mesuré dans leur usage ! [applaudissements] D’abord, parce que ça coûte à tout le monde. Donc la défense nationale et ses instruments de fonctionnement doivent appartenir à la patrie et au peuple et à personne d’autre ! On ne peut pas faire un commerce privé des armes et de la mort. [applaudissements]

Pourquoi tout cela est-il possible sans que jamais le peuple n’ait son mot à dire ? Êtes-vous d’accord pour qu’on vende le câble qui permet de faire les liaisons internet, comme cela est en train de se faire ? Parce qu’Alcatel a déposé 27 000 brevets à Goldman Sachs en garantie d’un emprunt d’un milliard et demi que l’État aurait dû consentir à cette entreprise, Alcatel, parce qu’elle vient d’entreprises qui avaient été nationalisées auparavant et qui sont donc le fruit du travail des Français, de leurs ingénieurs, de leurs chercheurs, de leurs travailleurs qui n’appartiennent PAS à cette petite caste qui fait de l’argent avec tout et finira par vider le pays de toute sa capacité de production et d’invention.

Voilà mes ami-e-s ce qui ne peut plus durer ! Et voilà pourquoi, quand on change la règle du jeu c’est-à-dire la constitution, ou quand on élit une assemblée constituante, quand on décide de tout ça – oui, il faut élire une assemblée constituante avec des gens qui ne sont pas déjà élus dans une autre assemblée et qui ne seront ensuite élus nulle part, comme ça, ils font le travail et ils rentrent à la maison comme Cincinnatus. Voilà !

Alors comment va-t-on s’y prendre ?

Il fallait, pour pouvoir mener cette tâche et y mettre toute l’énergie dont on a besoin, qu’on voit bien que ce n’est pas une affaire de parti. C’est-à-dire que ce n’est pas une occasion dont se saisirait le Parti de Gauche pour s’emparer d’un thème. Nous savons que nombreux sont ceux qui pensent comme nous, qu’il faut une 6e République parce que celle-ci est un bricolage inepte qui ne fonctionne pas ! Et peut-être qu’il y a des débats pour savoir si elle doit être parlementaire ou présidentielle. Mais nous pensons une chose en commun, je crois. C’est le peuple qui doit décider. Je ne dis pas que toute la bataille politique doive se résumer à la bataille pour la constituante. Mais c’est une bataille révolutionnaire, centrale ! Y a-t-il plus révolutionnaire que de changer de fond en comble les institutions et l’énoncé des droits du peuple ?

C’est pourquoi je pense que nombreux seront ceux qui voudront s’associer dans ce combat. C’est pourquoi j’ai dit, après en avoir longuement discuté avec les camarades, qui voyaient bien combien il y a d’inconvénients à changer notre dispositif… D’abord c’est nouveau donc on change et deuxièmement, ils préfèreraient que je sois le co-président du parti même si la réalité n’est pas tout à fait celle-là. Nous sommes un collectif comme vous le savez et ça se voit. Mais c’est mieux. Néanmoins, je ne serais pas, et nous ne serions pas, à la hauteur du moment politique si nous ne nous avancions pas. Il faut s’avancer et il faut fédérer le peuple. Donc, pour ça, il faut mettre en débat, en MOUVEMENT le peuple lui-même. C’est-à-dire que je ne vous propose pas d’organiser des colloques sur la 6e République – il y en aura – mais nous allons faire plus ! Nous allons faire plus grand si nous pouvons. Nous allons nous inspirer des méthodes de travail de nos camarades espagnols. C’est au peuple lui-même qu’on va demander de faire le travail.

Pendant quelques temps, chacun, peut-être, mettra dans sa poche sa carte de parti auquel il est légitimement fier d’appartenir et se projettera dans un mouvement plus grand que nous tous, plus grand que chacun d’entre nous, dans un mouvement où il n’y aura pas de président, qui pourrait avoir un comité d’initiatives et qui, ensuite, se propagerait dans tout le pays, et où tous ceux qui le voudraient pourraient s’associer directement, personnellement et s’impliquer directement et personnellement pour cette grande tâche.

On me dit « ah c’est une façon que vous avez trouvée pour parler de 2017 ». Oui, en effet, je le reconnais ! En 2017, ce ne sera pas une élection, ce sera une insurrection. Et nous allons y travailler. [applaudissements] Et comme nous avons vu que le cratère pouvait s’ouvrir du mauvais côté du volcan, nous allons travailler à ce que l’énergie passe du bon côté. Et après, le peuple français décidera.

Et puis, oui, nous avons un candidat : la 6e République ! [applaudissements] Sur cette base, on peut s’entendre. Moi, j’avais déjà dit, pendant la dernière campagne que je le ferai. Bon, je n’ai pas été élu ; il s’en est fallu de pas beaucoup [rires]. Oui mais, attendez les ami-e-s. Vous êtes terribles parce que vous avez été déçu-e-s. Moi j’en revenais pas qu’on fasse quatre millions de voix. Au début, je me disais : « mais ils sont fous, qu’est-ce qui leur prend ? » Mais non, c’est eux qu’ont raison ! C’est comme ça qu’il faut voir la vie. Il faut aller de l’avant. Et je me dis : Regardez ! En 2002, vous vous souvenez ? Le jour de l’année de naissance du vote utile [rires]. Là, bon appétit avec ce qu’ils vous annoncent ! La dernière fois, c’était Chirac ou l’extrême droite. La prochaine fois il paraît que ça va être l’extrême droite ou la quasi-extrême droite. Alors ouf ! Bon, Monsieur Hollande pense qu’il va se faufiler, là, au milieu. Mais je reviens sur 2002. Mes ami-e-s, l’extrême droite a été présente au deuxième tour avec combien de voix à votre avis ? 4,8 millions ! Nous on a déjà trouvé les quatre premiers millions. Il faut être capable de les fédérer de nouveau. Et combien d’autres en plus !

Je vous parle avec le plus grand sérieux. Si nous n’agissons pas, si nous ne nous mettons pas en mouvement, vous ne pourrez pas dire « je ne sais pas », « je ne savais pas ». Nous autres, qui sommes ici dans cette salle, nous parlons aux dizaines de milliers qui sont en train de nous écouter et nous leur disons : « Nous, nous marchons devant. Nous ouvrons la voie, nous prenons toutes les peines, nous prenons toutes les charges. Nous sommes dévoués. Nous vous épuiserons, comme disait Jaurès, par notre dévouement. Nous vous épuiserons par notre dévouement. Mais mettez-vous en mouvement ! Occupez-vous-en ! Saisissez-vous de cette situation ! Ou sinon, en France, rouera le pire. Comme c’est en train de se dessiner en Europe. Mais cette situation n’a rien d’inéluctable. Nous pouvons la retourner. Les jours heureux sont à portée de main du fait de notre immense capacité à imaginer et à inventer.

Regardez, vous êtes à Grenoble. Y’a pas meilleur endroit pour parler de ça ! À Grenoble, la révolution a commencé un an avant la Révolution. En 1788, le peuple est monté sur les toits pour empêcher les gardes du roi de disperser les élus du Parlement qui avaient, auparavant, fait fusionner les ordres. Tout ça aura lieu un an après. Et les députés qui étaient là, comme d’aucuns que je connais et que ne veux pas nommer, quand le roi leur a dit « bon, tout ça, ça suffit maintenant, tout le monde rentre à la maison ». Bon, ils s’en sentaient pas trop d’aller affronter la troupe. C’est le peuple qui, en montant sur les toits, jette des tuiles sur la troupe et aussi font un signe aux députés pour leur dire « vous avez intérêt à continuer à faire ce pourquoi vous êtes là et pas vous sauver ».

Je ne vous invite pas à monter sur les toits pour jeter des tuiles mais c’est un exemple à méditer [rires et applaudissements].

Au demeurant, c’est ci qu’il y a eu la capitale de la résistance armée des Français contre les Allemands et les Nazis. Quatre mille hommes et femmes sur le plateau voisin [le Vercors]. Toute l’armée allemande s’était concentrée pour exterminer les nôtres. Et la bataille a été rude entre des gens, pour une bonne part, quasi désarmés, en face d’une armée suréquipée. Les Nazis prirent otage la population qui était rendue responsable et pilonnèrent les villages, massacrant la population. Comme le font, chaque fois, les très puissants qui se sentent les mains libres. Mais la résistance, inébranlable, a tenu le choc. Et Grenoble s’est libérée par elle-même. Ce sont les résistants, francs-tireurs et partisans, qui ont libéré Grenoble. [applaudissements] C’est vrai, c’est vrai qu’ils ont eu l’appui du premier régiment, bataillon de choc, des parachutistes qui avait été créé où s’il vous plait ? En Afrique du Nord et qui est parti de Staoueli, village à côté d’Alger où était ma famille. [applaudissements]

Grenoble est restée fidèle tranquillement, à cette tradition et, dans les années 60, c’est ici qu’on a commencé à inventer une autre façon de vivre en ville, une autre manière de répartir, une autre manière de faire vivre le lien de la population au pouvoir local. Dois-je prolonger le trait ? Oui ! C’est ici, à Grenoble, qu’une nouvelle page de la gauche a été ouverte. Une gauche, en tout cas un mouvement citoyen puissant s’est levé. Regardez les détails.

Au premier tour, on n’était pas si bien placés dans les quartiers populaires. Et puis nos ami-e-s font leurs beaux résultats. Et à ce moment, es ami-e-s, mes camarades, voilà le moment de bonheur. Soudain, partout, ceux qui ne s’intéressaient plus à rien, dont on disait : « Pff, ils ne comprennent rien ! Rien ne les intéresse !» Ce n’est pas vrai. Aussitôt, ils se sont dit « on a vu la faille, on passe ». Ils venaient, par centaines, au local, demander tout, n’importe quoi, un autocollant, un tract, un foulard, quelque chose. Qu’est-ce que je peux faire demandaient-ils à nos camarades ? Et nos ami-e-s ne savaient que dire. Eh ben nous distribuons des tracts, nous faisons du porte-à-porte. Du porte-à-porte, on en fait ; et ça ne paie pas toujours ! Et là, soudain, le feu a pris de tout côté. Des milliers de braves gens ont montré, en quelques heures, qu’ils avaient tout compris, tout suivi, tout entendu, et qu’ils voulaient en être !

Voici la glorieuse révolution citoyenne à laquelle j’espère que les Français vont se décider. Les Françaises et les Français n’ont pas d’autre issue que celle-là ! Sinon une souffrance interminable. Et une souffrance sans objet. Car la dette en Europe ne sera PAS remboursée. Jamais ! Je vous le dis pour la raison suivante : elle est inremboursable. Parce qu’il y faudrait plusieurs générations. Elle ne sera pas remboursée. Les gens souffrent pour rien. Leur énergie serait bien plus utilement appliquée à produire autrement autre chose.

Bref, à Grenoble, alors que tous les états-majors s’étaient conjurés contre « l’araignée rouge » parce que vous savez qu’ils sont toujours très élégants dans les rapports avec les personnes. Moi, vous connaissez le sort auquel je suis soumis, les ami-e-s, et les adjectifs auxquels j’ai droit, mais alors les femmes, c’est deux fois pire ! Alors, elle, Élisa MARTIN, c’était « l’araignée rouge » et puis PIOLLE, c’était une sorte de bolchévique déguisé en vert ; ah moins, ah moins, ah moins… que ce ne soit un agent des paradis fiscaux ! Et, navigant d’une calomnie à l’autre, d’une caricature à l’autre, à quoi sont-ils arrivés les uns et les autres ? À rien !

J’ai noté que ceux qui nous faisaient des leçons de regroupement pour le second tour ne se sont pas regroupés. Eh bien, nous nous sommes passés d’eux ! Et vous avez vu que nous l’avons emporté de cette façon. Non pas en rassemblant la gauche, ce qui eut été totalement piteux, mais en fédérant le peuple. Grenoble a apporté la démonstration concrète de ce que ça veut dire. Des équipes de citoyens politisés qui se mettent au service du pays et de leurs semblables pour prendre le pouvoir ensemble. C’est cette tâche que je vous propose.

Nous ne sommes pas résignés. Nous ne coulerons pas avec François Hollande. La France républicaine, et l’idéal républicain et progressiste, ne seront pas enterrés avec François Hollande et sa bande de copains de promotion. Ni avec les occupants lamentables de la rue de Solférino. Ni avec aucun de ceux qui nous injurient au lieu d’essayer de répondre et de penser aux signaux d’alarme que nous leur envoyons. Aussi bien, comme nos camarades de Podemos, nous faisons notre une formule qui, dorénavant, est notre ligne stratégique. Nous avons bien compris le message des élections européennes et des élections municipales. Le message qui vient du PEUPLE qui en a par-dessus la tête du système, de la caste, de l’oligarchie. Et ce PEUPLE nous a dit : le système n’a pas peur de la Gauche parce que la Gauche lui mange dans la main, le système a peur du peuple et c’est pourquoi NOUS décidons de mettre le peuple en mouvement.

[1] On peut réentendre ce passage de la muselière en allant sur le lien ci-après. C’est de la 19ème minute passée de 25 secondes jusqu’à la 20è minute passée de 20 secondes :

http://www.jean-luc-melenchon.fr/2012/08/24/meeting-de-cloture-du-remue-meninges-du-parti-de-gauche/

& http://www.dailymotion.com/video/xt3a2o_meeting-de-cloture-du-remue-me-ninges-2012-du-parti-de-gauche_news#from=embediframe

 

 

De la démocratie en général et en particulier…

Voici, reproduites ci-dessous, quelques réflexions qui m’ont été transmises par une camarade relayant elle-même une tierce personne. Il s’agit de propos relatifs à la question de la démocratie telle qu’elle fonctionne ou dysfonctionne aujourd’hui et telle qu’il serait bon qu’elle évolue demain, en France en général et au Parti de Gauche en particulier. Je les relaie car de tels propos me semblent pointer, avec pertinence, les efforts que nous devons accomplir, au PG et dans le pays, pour changer nos habitudes sur la question démocratique. Après avoir reproduit ces propos et mis en évidence ceux que j’estime être les plus importants, j’ajoute ma propre contribution à la question. Le débat doit s’ouvrir car la question de la démocratie que nous voulons instaurer dans le cadre de la 6e République nécessite un débat long, fouillé, contradictoire. Ne sont abordés ici que quelques principes élémentaires.

* * * * *

«  Le PG a un haut niveau de réflexion sociale et politique. Mais les efforts (en termes de qualité d’expression, d’analyse et d’argumentation) sont surtout des efforts d’appareil (discours, meetings, avertissements). Et le grand public et les électeurs ne perçoivent pas tous ces efforts. Les Français ne se sentent pas concernés par le PG.

Le PG propose des solutions pensées par les responsables, des solutions venant d’en-haut, mais pas des solutions dans lesquelles les gens se reconnaissent.

La seule voix perçue par le large public est celle de Jean-Luc Mélenchon.

Le PG est perçu comme une organisation centralisée avec une parole qui vient d’en haut. Il faudrait plus de vrai dialogue entre les gens et le PG.

Sur la 6ème République : où sont les débats publics avec les Français ?

On a l’impression que tout est ficelé à l’avance et que Jean-Luc Mélenchon et le PG attendent des circonstances électorales favorables pour sortir un programme tout fait. Or, à l’avenir, les Français voudront participer, ils voudront que leurs idées soient publiquement évoquées et débattues, ils voudront se sentir entendus et représentés.

Il est peu efficace d’accuser les médias car si les Français se sentaient écoutés et portés par le PG, les médias ne pourraient rien contre lui. Il faut aussi cesser de vouloir que le PG soit entendu par les Français, mais au contraire que les Français soient entendus et accompagnés par le PG. Il y a un changement de relation à établir.

Il faut cesser de penser à la place des Français, même si cela est fait intelligemment. Il faut faire participer les Français, les associer continuellement aux décisions dans lesquelles ils doivent reconnaître leur vie quotidienne. Ces décisions doivent les concerner.

Il faut entendre les Français, les représenter, les aider et cela peut et doit se faire avec un parti qui les renforce et organise la coordination à partir d’eux, un parti qui se mette au service des Français lesquels doivent pouvoir constater que la politique évolue pour de bon au fil du temps grâce à leur implication. Il faut donner plus de pouvoir aux Français. Il faut faciliter leur appropriation de la politique et leur maturation politique. Le PG a les ressources pour faire cela, à condition de le faire dans le bon sens : des Français qui inspirent les choix et le PG qui organise et coordonne.

Il faut faire participer les Français à l’élaboration de la politique, jour après jour, et leur rendre compte régulièrement de l’avancement des dispositions qui évoluent.

Les responsables de l’appareil ne doivent pas agir tous seuls, et laisser le plus grand nombre de gens à côté de l’élaboration.

Il faut les impliquer. Tant pis si la conception des choix à porter est plus rapide entre quelques cadres qu’avec les Français.

Impliquer les Français serait justement possible sur le thème de la 6ème République.

Cette implication pourrait prendre la forme de “cahiers de doléances” ou d’ “états généraux”, portant sur la vie des Français, que le PG piloterait. Mais “piloter”, ça ne veut pas dire écrire les contenus a la place des Français.

C’est tout un changement de conception, une révolution intérieure de parti qu’il faut faire avant les autres. C’est un changement de paradigme qu’il faut entreprendre.

*****

Les analyses, réflexions et suggestions ci-dessus concernent la pratique de la démocratie « participative » au Parti de Gauche.

Il y a quelques propos que je trouve particulièrement intéressants (ceux figurant en gras). Pour le dire avec mes propres mots, l’auteur de ces lignes estime que le PG pense bien mais pense trop tout seul. Le leitmotiv de l’auteur – on le saisit bien tellement c’est répété – est que le PG n’implique pas assez les Français dans ses analyses, ses débats et l’élaboration de ses propositions. Or l’auteur considère qu’il va falloir impérativement évoluer sur ce point et passer de la démocratie que l’on défend dans nos discours à la démocratie appliquée dans nos pratiques quotidiennes.

Cette exigence, exprimée avec d’autres mots que ceux-ci, par l’auteur des lignes ci-dessous, recoupe largement mes propres attentes de militant du Parti de Gauche mais de telles attentes sont très largement partagées. Le Parti de Gauche doit en effet intégrer pleinement cette nouvelle façon de militer et d’agir. Le temps doit être révolu où les « chefs », les leaders, les porte-parole, les cadres nationaux ou locaux savent seuls ce qui est bon pour tous et imposent, d’une manière ou d’une autre, leur vision à tous. Le temps doit être révolu où l’on ne débat et décide ensemble que de l’accessoire et où les principales décisions sont adoptées en petit nombre dans les hautes sphères.

Cela étant dit, et contrairement, me semble-t-il, à la vision de l’auteur, je ne crois pas, bien qu’étant militant du PG moi-même, que le seul PG est chargé de cette immense responsabilité devant le peuple français et devant l’Histoire. Le PG ne peut, à lui seul, parler pour tous. On peut le regretter si on est militant engagé et convaincu par ce parti, mais il est vain de le nier. Les circonstances politiques sont telles que nous devons intégrer pleinement, dans notre façon de penser et d’agir, que d’autres organisations existent et ont, elles aussi, une légitimité à incarner, comme nous, une part de l’avenir. En outre, des forces non organisées institutionnellement ou organisées autrement que sous la forme d’un parti politique (syndicats, associations diverses, comités politiques informels, assemblées citoyennes…) existent dans ce pays et ne demandent qu’à servir mais refusent de le faire en passant sous les fourches caudines d’un parti existant, aussi intéressant soit-il. Nous devons entendre cela et respecter les gens qui ont cela en tête. Nous devons, collectivement, proposer des solutions de rassemblement des énergies et des bonnes volontés venues du peuple et montrer au peuple français que nous avons bien l’intention de faire « Place au peuple » et que notre projet de 6e République, loin d’être un caprice de constitutionnalistes désoeuvrés, est le symbole du changement de régime et de paradigme. il est l’outil (ou l’un des outils) de nature à transformer radicalement les modes de pensée et d’action politique par l’implication directe, constante, durable du peuple dans toutes les décisions qui sont prises en son nom et, préalablement à la prise de la décision, à toutes les étapes antérieures préparatoires à celle-ci, notamment les débats indispensables et l’information complète, honnête, impartiale de tous sur les tenants et aboutissants de la décision concernée.

Je disais donc que le PG ne peut prétendre disposer seul de toute la légitimité du peuple et il ne le fait d’ailleurs pas. Il prend sa part avec d’autres à cette oeuvre citoyenne. Il a toujours essayé de créer le rassemblement de nature à nous rapprocher des objectifs. Nous connaissons l’histoire politique de ces deux dernières années notamment. Le Front de Gauche avait été conçu pour cela. Nous constatons aujourd’hui que pour diverses raisons ce Front de Gauche a échoué. Nous devons en prendre acte et passer à autre chose. Ce n’est pas se comporter en adultes responsables que de passer son temps à pleurer sur le lait renversé. Nous devons accepter la situation telle qu’elle est puisque nous n’y pouvons rien changer et que tout effort en ce sens ne fera que nous retarder dans la haute mission qui nous échoit, nous discréditer vis-à-vis des Français et nous enfermer dans des querelles subalternes. Puisque nous ne pouvons écrire une autre page de l’histoire du Front de Gauche, eh bien, ouvrons un nouveau livre.

Depuis quelques mois, nous constatons que le paysage politique évolue en France et en Europe. En Espagne, le mouvement « Podemos » a crée la surprise et cette surprise semble bien être un évènement de portée tectonique. Loin d’être un simple feu de paille, je suis de ceux qui croient que ce mouvement venu de la base est un des premiers signes puissants que le peuple veut se saisir de la politique et être un acteur désormais déterminant des choix qui sont faits par l’État ou par ses subdivisions territoriales, quel(le) que soit le nom ou la forme que prennent ces entités territoriales (communauté autonome, région, département, province, commune, intercommunalité…). Nous devons donc saisir cette opportunité de commencer la révolution citoyenne et il me semble que créer des cellules du type « Podemos » en France est  indispensable. Les partis de la révolution citoyenne existants y prendraient leur place éminente mais rien que leur place, sans être en situation de tout organiser, de tout décider, de tout régenter.

Au regard des circonstances politiques présentes en France, prenant acte de ce qu’est devenu le Front de Gauche, compte tenu de l’urgence à proposer une ALTERNATIVE qui puisse faire renaître l’espoir et donc remotiver les militant-e-s d’une part et les citoyen-ne-s non encarté-e-s d’autre part, nous sommes quelques-un-e-s, dont le nombre va croissant, à considérer que si les partis existants incarnent bien sûr une partie des espoirs de renouveau et doivent donc prendre leur part à l’oeuvre commune de révolution citoyenne, ils ne peuvent, de fait, parler au nom de tout le peuple français. En conséquence, ils doivent accepter que d’autres regroupements citoyens puissent se former et agir, au côté des partis, pour ratisser plus largement et offrir d’autres formes d’action politique.

Ce n’est pas un hasard si Jean-Luc Mélenchon a récemment commencé à exprimer l’intérêt qu’il discernait dans un mouvement comme « Podemos ». Il a compris ce que nous sommes nombreux à avoir compris et que j’ai exposé ci-dessus. Son interview, le 18 juillet dernier, est à voir ou revoir ici : http://www.youtube.com/watch?v=DUWBBwfbxv4.

Pour conclure, provisoirement car le débat ne fait que commencer, je dirais que le Parti de Gauche est, aujourd’hui, plus indispensable qu’il ne l’a jamais été depuis sa fondation et qu’il va devoir assumer son rôle de portée historique mais qu’il est tout aussi indispensable que d’autres forces, déjà institutionnellement organisées ou restant à organiser, se joignent à lui dans une autre phase de notre révolution citoyenne afin de passer de la seule Résistance que nous manifestons ardemment depuis des années à la riposte et à la reconquête du pouvoir, des consciences et des coeurs.

La création, partout en France, de cercles du type « Podemos » (que l’on pourrait dénommer « Nous on peut ! ») constitue un nouvel outil prometteur. À la rentrée politique, il est de plus en plus évident que de profonds changements du paysage politique français vont intervenir. Quelque chose prendra fin et autre chose naîtra. Qui a déjà commencé à s’initier ça ou là.

Nous, citoyen-ne-s engagé-e-s, nous devons nous saisir de cet outil et, tel-le-s les Espagnol-le-s, entamer le chemin qui nous fera être reconnu-e-s par le peuple français, comme les dignes et valeureux combattants de la première ligne de front, celles et ceux qui ont décidé, après avoir tenu la tranchée et subi le feu nourri de l’ennemi, de partir à l’assaut pour faire taire les armes qui nous déciment, reconquérir le territoire perdu et, une fois la victoire arrachée et la capitulation sans conditions obtenue de l’ennemi, reconstruire une République française ambitieuse en matière de liberté-égalité-fraternité, qui s’inscrive dans une Union européenne fondamentalement ré-inspirée et radicalement refondée sur des principes humanistes, et qui, l’une et l’autre, oeuvrent, avec l’ensemble des nations, des peuples et des gouvernements du monde à établir des relations internationales pacifiques et harmonieuses.

 

 

Bâtir la civilisation du temps libéré par André Gorz

Bâtir la civilisation du temps libéré par André Gorz

Bâtir la civilisation du temps libéré par André Gorz.2

On peut l’acheter sur le site de l’éditeur :

http://www.editionslesliensquiliberent.fr/f/index.php?sp=liv&livre_id=83

et sur celui de la FNAC : http://livre.fnac.com/a3721909/Andre-Gorz-Batir-la-civilisation-du-temps-libere

Auteur : André Gorz

Éditeur : Les Liens qui libèrent

Date de parution : 04/12/2013

Collection : Le Monde Diplomatique

Format : 12 cm x 17 cm

Nombre de pages : 60

ISBN : 798-2918597414

 

 

Discours du Président du Venezuela Hugo CHAVEZ à la tribune de l’Assemblée Générale des Nations-Unies le 27 septembre 2009

Monsieur le Président, Ami-e-s estimé-e-s, chefs d’État, chefs de gouvernement, ministres, ambassadeurs, ambassadrices, et aussi ami-e-s citoyen-ne-s du monde, qui se réunissent ici comme chaque année, à cette réunion si importante pour le monde…

Cela me fait très plaisir de revenir à New York, revenir aux Nations-Unies après plusieurs années. Et je remercie sincèrement pour toute la coopération, pour la manière dont a été reçue notre délégation. Nous étions hier soir au théâtre LINCOLN où nous regardions un film. Un film réalisé par Oliver STONE durant ces derniers mois, tout au long de cette année. Un film dont le titre lui-même incite à réfléchir, à penser. Ce film s’intitule : « Au Sud de la frontière ».

Vous pourrez y voir le président Evo MORALES mastiquant de la coca avec STONE et, comme le dit le président MORALES, la coca ce n’est pas de la cocaïne !

Vous pourrez y voir Christina [KIRCHNER], la présidente de l’Argentine et ses réflexions sur ce qui se passe aujourd’hui en Amérique du Sud, en Amérique Latine.

Vous pourrez y voir LULA, le président du Brésil dans la Guajira vénézuélienne, qui inspecte avec nous des noyaux productifs que l’on met en place parmi les peuples indigènes de la Guajira qui ont été exploités pendant des siècles.

Vous pourrez y voir également le président Fernando LUGO, évêque, théologien de la libération et, comme il le dit lui-même, vivant dans la maison qu’a occupée, durant de nombreuses années, STROESSNER [le dictateur paraguayen]. Et c’est en tant qu’évêque qu’il est devenu Président.

Vous pourrez y voir Rafael CORREA, le président équatorien à La Havane avec le président Raul CASTRO.

Vous pourrez voir Fidel et même OBAMA, à Trinidad, conversant avec quelques-uns d’entre nous, les mains tendues et tout sourire.

Je pense que c’est un film intéressant, avec tous ceux qu’a réalisés ce grand cinéaste des États-Unis qu’est Oliver STONE, qui en avait déjà réalisé un sur Fidel, non deux sur Fidel : « Looking for Fidel » et « El Commandante ».

Dans ce film, Monsieur le Président, il y a beaucoup de clés beaucoup de clés qui pourraient nous aider à déchiffrer les énigmes des temps que nous vivons. Hier soir, après le film, nous sommes restés un moment, pour discuter avec un groupe de personnes, des États-Unis et d’autres endroits du monde. Et ce contact a été très instructif, très symptomatique de l’importance que revêt ce que Fidel CASTRO appelle « la bataille des idées ». Une femme s’est approchée de moi, une femme d’environ 50 ans, et m’a dit : « je suis très contente ». Elle parlait à peine l’espagnol, elle était nord-américaine, très blanche, la citoyenne typique née sur ces terres. Et elle me dit : « je suis très heureuse ». Je lui demande : « pourquoi ? ». « Car je me rends compte, après avoir vu ce film, je pensais que vous étiez malfaisant, très malfaisant ». Cette personne est une victime du bombardement médiatique, du bombardement idéologique qui s’abat, de façon irréductible, sur les États-Unis et sur le monde, essayant d’inverser la réalité et de « mettre le monde à l’envers » comme le dit Eduardo GALEANO.

Au Sud de la frontière, c’est le nom de ce film. Je profite de cette occasion et de ce titre « Au Sud de la frontière » pour dire que là-bas, au Sud de la frontière, il y a une révolution ! Il y a une révolution en Amérique du Sud. Il y a une révolution en Amérique Latine ! Il y a une révolution dans les Caraïbes ! Il est nécessaire que le monde la voie, l’assume, l’accepte car c’est une réalité qui ne changera pas !

De plus, il faut dire, Monsieur le Président, que c’est une révolution qui transcende l’idéologie. C’est une révolution qui est même géographique, géopolitique. C’est une révolution des temps historiques. Elle a des racines très profondes. C’est une révolution morale, spirituelle, totale. C’est la révolution nécessaire, nous le croyons. Cette révolution est grande ! C’est une grande révolution ! Et elle va continuer de grandir à mesure que vont passer les jours, les mois, les années. Elle est grande ! Pourquoi est-elle grande ?

Elle est grande de par le temps qu’elle porte en elle : ce sont des siècles ! Ce sont des siècles qui se sont résumés en un moment unique.

Elle est grande de par l’espoir qu’elle porte en elle.

Je ne vais pas parler plus longtemps que KADHAFI. KADHAFI a parlé pour nous tous ! Cet applaudissement est pour KADHAFI et son discours. Mais je ne parlerai pas moins qu’OBAMA, ni que LULA.

Cette révolution est grande de par le temps disais-je, le temps accumulé, ce sont des siècles ! Des siècles accumulés de batailles, d’histoires, de luttes, d’espoirs, de souffrances, de millions d’êtres humains de l’Amérique Latine et de la Caraïbe. C’est une révolution qui est grande de par l’espace qu’elle occupe. Cette révolution est grande de par la profondeur de laquelle elle émerge. Cette révolution est grande de par la masse du peuple qui s’associe à elle. Personne ne sera en mesure de la freiner. Personne ! Personne ne pourra la ralentir. Le président MORALES l’a dit ici hier.  Ce grand compagnon, ce grand leader indigène, Aymara Evo MORALES, et il le dit également dans le film, ne le ratez surtout pas : « Au Sud de la frontière ». D’ores et déjà Oliver STONE m’a indiqué que l’on faisait pression pour que le peuple des États-Unis ne le voie pas. La liberté d’expression, où est-elle alors ? Ce n’est qu’un film. Auraient-ils peur d’un film ?

Les monopoles font déjà pression. Ceux qui gèrent le cinéma, les salles de cinéma, ce sont des monopoles, ils font pression. Mais le film fera son chemin. Heureusement nous sommes à l’ère de l’informatique, des télécommunications. Cela ne dépend plus des salles de cinéma que gèrent les monopoles.  Evo le dit, là, dans le film, alors qu’il parle avec Oliver STONE. Il rappelle la phrase qu’a lancé un grand leader Aymara, son arrière-arrière-arrière grand- père, qui a été assassiné comme l’ont été des millions lors de l’invasion espagnole, portugaise, anglaise, européenne en fait sur ce continent. Vous le savez, je sais que vous le savez que lorsqu’ils sont arrivés sur ces terres d’Amérique, les navires européens, 90 millions d’aborigènes vivaient ici. Deux cents ans plus tard, il en restait quatre millions, quatre ! Un des plus grands génocides qu’il y ait eu dans l’Histoire ! Le génocide du continent de « l’Abya Yala » comme l’appelaient et continuent de l’appeler nos aborigènes.

Donc Evo rappelle cette phrase de ce leader Aymara qui a été écartelé. Et l’Indien était en train de mourir lorsqu’il lança cette prophétie : « Aujourd’hui je meurs » dit Tupak CATARI, « aujourd’hui je meurs mais un jour, je reviendrai par millions ! » Tupak CATARI est de retour ! Nous sommes des millions ! Nous sommes des millions ! Et rien, ni personne ne pourra nous retenir ! Rien ni personne ne pourra retenir la grande révolution Sud-Américaine, Latino-Américaine et Caribéenne !

Je pense que le monde devrait la soutenir. Les États-Unis devraient soutenir cette révolution, l’Europe devrait soutenir cette révolution, car cette révolution – certains ne s’en sont pas rendus compte, frères et sœurs – cette révolution est le début du chemin menant au salut de cette planète, au salut de l’espèce humaine menacée par le capitalisme, par l’impérialisme, par la guerre, par la faim. C’est la révolution nécessaire. Le « nouveau-monde », c’est ainsi qu’on nous appelait il y a des siècles. oui ! Le monde nouveau pourrait-on l’appeler en inversant les termes. Le monde nouveau est en train de naître.

Il y a des années de cela, nous nous le remémorions hier soir, lors d’une conversation à laquelle j’ai été convié, par un groupe de leaders, plus que grand, important, grand grâce à chacun d’eux, des leaders syndicalistes états-uniens, des groupes syndicaux dont quelques travailleurs d’une usine de biscuits, qui se plaignent qu’on ne les paie pas et font la grève. L’un d’eux me dit : pourquoi n’achèteriez-vous pas cette entreprise ? Je lui ai dit : bon je vais voir. On la changerait en entreprise socialiste si OBAMA m’y autorise, cette entreprise pourrait être achetée et donnée aux travailleurs pour qu’ils reproduisent eux-mêmes les biscuits, qu’ils distribuent les biscuits, que les deux ou trois capitalistes arrêtent de les exploiter hein ? C’est ça le socialisme. C’est ça le chemin menant au salut de cette planète : le socialisme ! Hier un journaliste me demandait : bon et vous défendez le socialisme ? Mais pourquoi puisque l’Union Soviétique s’est effondrée ? La réponse est très simple : l’Union soviétique s’est détournée très tôt du socialisme ! Il n’y a jamais eu de socialisme en Union soviétique en vérité !  Il n’y a jamais eu de socialisme en Union soviétique. Ce 21ème siècle sera celui du socialisme ! Le socialisme et l’espèce humaine.

Bon, Einstein – vous avez certainement lu Albert EINSTEIN ! – c’est lui qui a, en effet, convaincu ce Président de fabriquer la bombe atomique, de commencer les recherches avant que les Nazis ne le fassent. Ensuite EINSTEIN l’a regretté lorsqu’il a vu le désastre d’Hiroshima, le désastre de Nagasaki. Mais Albert EINSTEIN, bien des années plus tard, immense scientifique, l’un des pus grands scientifiques qui ait vécu sur cette planète, a conclu – c’est écrit de sa propre main ! – pourquoi le socialisme… EINSTEIN a conclu que l’unique chemin pour que l’espèce humaine puisse vivre sur cette planète, c’est le socialisme. Le capitalisme, c’est le chemin de l’extinction de l’espèce humaine.

Nous, en tant qu’espèce, avons à peine, quoi, quelque chose comme 1,5 millions d’années. La vie est apparue sur cette planète il y a seulement – notez-le quelque part et réfléchissons-y, pensons-y – il y a plus de trois milliards d’années mais nous, l’espèce humaine, sommes apparus il y a moins de trois millions d’années. Même pas le 0,01% du temps depuis lequel il y a la vie sur cette planète ! Et maintenant quoi ? On arrive ici pour anéantir cette planète ? On va l’anéantir ?  Nous entendons ici, depuis hier, OBAMA en passant par LULA, SARKOZY, KADHAFI et Christina [KIRCHNER], tous ! Tous clament pour un changement ! Quel changement ?

Avec le capitalisme, il n’y a pas de changement possible ! Ne croyons pas à ce mensonge. C’est seulement avec le socialisme que nous réussirons les vrais changements. Et la révolution qu’il y a en Amérique Latine comporte de tout et elle porte une profonde charge socialiste. Socialiste comme le disait MARIATEGUI, le grand penseur péruvien, c’est un socialisme indo-américain. C’est un socialisme qui nous est propre à nous, Américains. C’est un socialisme  façon José MARTI. C’est un socialisme bolivarien. C’est un socialisme neuf. Ce n’est pas un calque, ni une copie. Il n’y a pas de catalogue pour construire le socialisme. Il faut l’inventer. C’est une création héroïque, comme l’a dit MARIATEGUI.

Mais nous nous remémorions hier le fait qu’un président nord-américain, c’est-à-dire états-unien, avant qu’on ne l’assassine, avait dit – et c’est écrit, c’était un discours devant le Congrès des États-Unis – John KENNEDY a dit : « là-bas, au Sud, il y a une révolution et sa cause principale, c’est la faim ». Quelques jours après, ils l’ont assassiné. Ce n’était pas un révolutionnaire John KENNEDY ! Mais il était intelligent. Il était intelligent. Comme je pense qu’est également intelligent le Président OBAMA. Espérons qu’il puisse… Dieu préserve OBAMA des balles qui ont tué KENNEDY. Espérons qu’OBAMA réussisse à virer de bord, virer de bord, virer de bord, pour de vrai ! Réussir un virage. Il a parlé ici hier. Ca ne sent plus le souffre ici ! Non, ça ne sent plus, ça ne sent plus… Non, ça sent plutôt autre chose. Ca sent l’espoir ! Il faut remplir notre cœur d’espoir ! Il faut remplir notre cœur d’espoir !

 * * * fin de la vidéo 1/3 * * *

Pas nous ! Non, nous ne pouvons pas en finir avec cette planète, mon frère ! Et nos enfants ? Et les générations futures, hein ? Relevons le défi disait LULA hier. LULA disait hier : « Il n’y a pas de volonté politique ! ». Une charge de LULA, une charge. Je connais la volonté de LULA, l’humanisme de LULA. Je le connais à fond. C’est mon frère, profondément. Je ne dirais pas exactement que c’est qu’il n’y a pas de volonté politique. Je dirais plutôt, LULA, qu’il y a un manque de volonté politique ! Parce que LULA en a, nous en avons mais il faut l’accroître, augmenter la volonté politique. Elle doit continuer de croître. Parmi les leaders. Dans la société. Chez les peuples. Dans la jeunesse. Surtout dans la jeunesse. Chez les travailleurs. Dans le monde entier.

Bon, KENNEDY l’avait dit : « Il y a une révolution au Sud ». Et il ajouta : « Ceux qui ferment la voie aux révolutions pacifiques ouvrent en même temps la voie aux révolutions violentes ». C’est John KENNEDY qui a dit cela ! Vous pourrez le trouver sur internet, maintenant qu’on trouve tout sur internet ! Ceux qui ferment, ou qui prétendent fermer, la voie…

[CHAVEZ interrompt son propos pour saluer l’ambassadrice de l’Équateur]

María Fernández ESPINOZA, un baisser Ambassadrice, Équatorienne, ma sœur, cela faisait des jours que je ne te voyais pas. Depuis ici, nous saluons CORREA, le président CORREA. Elle était ministre en Équateur alors que débutait la révolution citoyenne. Là-bas, la révolution citoyenne est en marche ! Avec CORREA à la tête du peuple équatorien, le peuple de Manuela SÁENZ ! Également celui de Bolivie, celui d’Eloy ALFARO. Peuple noble et grand ! Et en Bolivie et sur toute cette terre.

Bon, certains prétendent fermer la voie à notre révolution pacifique ?

[CHAVEZ interrompt de nouveau son propos pour saluer une nouvelle personne arrivée dans la salle]

Une autre femme vaillante arrive, Patricia RODAS, la ministre des Affaires Étrangères du Honduras. Je demande un autre applaudissement pour cette femme vaillante. Femme centraméricaine, du peuple de MORAZÁN. Vive le Honduras ! Vive MORAZÁN ! Que vive la dignité des peuples !

J’ai commencé à rédiger ces notes exactement à une heure de l’après-midi, je ne serai plus long Monsieur le Président, n’allez pas me lancer une chaussure ! Le ministre cubain a retiré sa chaussure pour me la lancer. Hier soir Dany GLOVER portait une sorte de chaussures en caoutchouc. Si tu veux m’en lancer, lance-moi une de celles de Dany GLOVER. J’ai parlé avec Manuel ZELAYA exactement à 13h00. Je me souviens qu’il était exactement 13h00 et qu’on a terminé à 13h13.

Bon, il est là-bas. Pendant que nous sommes ici, compagnons, compagnes du monde. Il y a là-bas un Président déterminé, digne, qui a réussi accompagné d’un petit groupe de « quasi-martyres » à tromper la vigilance des putschistes, la répression et ils sont arrivés sur la place MORAZÁN à Tegucigalpa, au plus près des putschistes qui ont pris le contrôle de toutes les rues, toutes. Ils ont une armée complète. C’est-à-dire que c’est comme s’ils avaient envahi le Honduras mais avec leur propre armée. Quelle indignité !

Depuis ici, je lance un appel, moi qui suis soldat, mais un soldat révolutionnaire, aux soldats du Honduras, aux fils de MORAZÁN, qu’ils arrêtent d’opprimer ce peuple innocent. Bon, alors que nous sommes ici, Manuel ZELAYA, le président du Honduras, est à l’ambassade du Brésil qui lui a donné refuge. L’ambassade est encerclée selon ce que m’a dit le Président lui-même, par plus de deux cent soldats. Ils l’ont délogé en faisant feu, en faisant feu, de la manière la plus brutale. C’est l’âge des cavernes qui prétend revenir. Il ne reviendra pas. Ces putschistes seront balayés par le vent de l’Histoire nouvelle ! Soyez sûrs de cela ! Ne pourront s’imposer ni le coup d’État, ni les forces réactionnaires, ni au Honduras, ni dans aucun autre pays de cette Amérique ! Là-bas, il y a un peuple qui résiste dans les rues depuis 90 jours. Il résiste, il résiste !

Bon, il y a là-bas un Président déterminé avec un groupe de compatriotes, avec son épouse, la première dame. Ils ne leur laissent pas passer de nourriture. Ils leur coupent l’eau à chaque instant.  Ils ont une citerne que quelqu’un a amenée. Ce matin, ils ont trouvé, dans une maison voisine, sur le toit d’une maison voisine, des équipements d’interception téléphonique, de marque israélienne m’a dit le Président, de dernière génération. Israël a reconnu ce gouvernement putschiste. Je crois que c’est le seul gouvernement au monde à l’avoir reconnu ! Ils ont des équipements de perturbation dirigés contre le cerveau, destinés à provoquer la panique chez les quelques personnes qui se trouvent dans l’ambassade du Brésil. Ils menacent de s’introduire dans l’ambassade du Brésil. Vous vous rendez compte du caractère barbare. Je crois que c’est l’ère de Trucutrú, Gusigú [personnages de B.D.]. C’est l’âge des cavernes qui veut revenir ici. Non, il ne reviendra pas ! Il ne reviendra pas !

Il y a un peuple dans la rue, réprimé. Bon, ils ont fermé les aéroports. C’est un peuple pris en otage. Maintenant, qui sont les putschistes ? C’est la bourgeoisie hondurienne ! L’État putschiste ! L’État putschiste ! L’État accaparé par la bourgeoisie, par les riches, quatre, cinq familles très riches qui sont les propriétaires de l’État. Il faudrait lire de nouveau LÉNINE !  L’État et la révolution. L’État bourgeois. Ils contrôlent tout. Tout ! Le congrès national, le pouvoir judiciaire, les forces militaires, l’État.

Et il y a un peuple dans la rue qui est massacré. Le président me disait hier qu’il y a eu, à ce qu’il sait, trois morts de plus dans l’environnement immédiat de l’ambassade du Brésil. Et le président qui appelle au dialogue, qui appelle au dialogue pour retrouver le chemin de la démocratie. Depuis ici nous transmettons notre plus grande solidarité au peuple du Honduras et au président ZELAYA. Et nous demandons l’application de la résolution des Nations-Unies, la résolution de l’Organisation des États Américains.

Maintenant le gouvernement des États-Unis, chose étrange, n’a pas reconnu qu’il y a eu un coup d’État militaire. Le président ZELAYA m’a expliqué cela aujourd’hui. Il y a un conflit entre le Département d’État et le Pentagone, le Pentagone ! Je lisais hier un livre de Juan BOSCH, cet éminent et grand Dominicain renversé par l’Empire. Ce bon livre s’appelle « Le pentagonisme ». Je recommande ce livre ! Le Pentagone, c’est là qu’est la grotte impériale ! Le Pentagone n’aime pas OBAMA. Il ne l’aime pas ! Il ne veut pas de changement. Ils veulent dominer le monde avec leurs bases militaires, leurs menaces, leurs bombes, leurs soldats envahisseurs. Le Pentagone est derrière le coup d’État au Honduras. Ils ont sorti le président ZELAYA de sa maison, de son lit un matin, le 28 juin. Ils l’ont mené à un avion. Ils l’ont fait monter dans un avion, des soldats honduriens, commandés depuis la base militaire que les États-Unis ont à Palmerola. L’avion a décollé de Tegucigalpa et a atterri sur la base de Palmerola. Là, ils ont retenu le président prisonnier un certain temps. Et de là, ils ont décidé de l’emmener au Costa Rica. Les militaires nord-américains qui sont au Honduras savaient pour le coup d’État et ils le soutiennent. Et ils soutiennent les militaires du Honduras. D’où les contradictions entre OBAMA et au-delà d’OBAMA…

Parfois on se demande : y-a-t-il deux OBAMA ? Celui qui parlait ici hier Et un autre, un double ? Qui appuie le coup d’État au Honduras ? Qui permet à ses militaires d’appuyer le coup d’État au Honduras ? Je laisse ces questions en suspens pour y réfléchir. Y-a-t-il deux OBAMA ou un seul OBAMA ? Espérons que celui qui s’imposera sera celui qu’on a vu hier ici. Espérons-le ! Le monde en a besoin. Le monde implore cela !

Maintenant, quelle est la raison profonde du coup d’État au Honduras ?

Cela a un rapport avec ce dont nous parlons ici : la révolution au Sud. C’est une révolution qui n’est plus désormais celle des colonnes de guérilleros héroïques de la sierra Maestra [les Cubains de Fidel CASTRO en 1959], héroïques de là-haut, sur les hautes montagnes de Bolivie, où marchait Ernesto GEVARA, le « Che ». Non ! Ce n’est plus ce type de révolution. La révolution est différente. Elle n’émerge plus des montagnes dans des foyers de guérilla. Non, elle provient des villes, des masses. C’est une révolution des masses mais elle est pacifique. Et elle souhaite continuer à être pacifique. Elle est démocratique, profondément démocratique. N’ayez pas peur de la démocratie !

Et je paraphrase Noam CHOMSKY dans un autre merveilleux ouvrage que je ne connaissais pas. J’ai trouvé ce livre à Madrid il y a peu. J’étais allé visiter mon ami, le roi d’Espagne, surtout parce qu’arrive le sommet ibéro-américain au Portugal. Je lui ai dit : « bon je vais y aller si tu ne me fais pas taire ». Il m’a répondu : « Non, non, je ne te ferai pas taire ». « Bon, alors j’y irai ! ». Nous sommes de grands amis avec le roi Juan Carlos. Bon, donc ensuite, je suis allé à une librairie : « la maison du livre à Madrid », je vous la recommande, c’est là que j’ai trouvé le livre de CHOMSKY : « La peur de la démocratie ». Nous devons lire ce livre : « La peur de la démocratie, hein ? »

Les élites ont peur des peuples ! Ils ont peur de la véritable démocratie ! Celle que Abraham LINCOLN, cet autre martyre a défini très clairement grâce à trois concepts. Démocratie : gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple ! Ce n’est pas le gouvernement de la bourgeoisie, le gouvernement de l’élite qui lâche les gorilles lorsque les peuples se réveillent.

C’est ce qui s’est passé au Honduras ! Et c’est ce qui s’est passé au Venezuela en 2002 ! Et c’est ce qui s’est passé au Brésil avec Ioao GOULART ! C’est ce qui s’est passé en République Dominicaine.

Pourquoi n’ont-ils pas permis, au cours du XXe siècle, aux peuples d’Amérique Latine et des Caraïbes de construire leur propre destin ? Ils ne nous l’ont pas permis.

Ce siècle, c’est notre siècle ! Ce siècle c’est le nôtre ! Au cours de ce siècle, en Amérique Latine et dans les Caraïbes, nous construirons notre propre chemin et personne ne pourra l’empêcher ! Personne ne pourra l’empêcher ! L’impérialisme, l’impérialisme, l’impérialisme doit s’achever ! L’impérialisme.

On se demande parfois, une fois j’ai demandé à LULA : « LULA, où en serait aujourd’hui l’Amérique Latine, la nôtre, si les États-Unis, les gouvernements des États-Unis, n’avaient pas planté leurs griffes dans notre Amérique pour imposer un modèle, mettant à feu et à sang la lutte de nombreux peuples et réduisant à néant leurs espérances, éteignant les lueurs de l’aube.

 1954 : je naissais et Fidel était déjà en prison pendant qu’au Guatemala tombaient les bombes. Ils ont envahi le Guatemala : Jacobo Árbenz Guzmán. Et ainsi de suite. La baie des Cochons, mais ils ont échoué ! Et Cuba est révolutionnaire. Cuba est digne mais elle est soumise à la contrainte.

OBAMA, lève le blocus sur Cuba, qu’attends-tu ? Sois conséquent avec ce que tu dis ! Ou bien y aurait-il deux OBAMA ? OBAMA a dit hier, je l’ai noté ici [il montre un carnet], OBAMA a dit hier, j’ai noté ici ce que LULA a dit, il a parlé avant OBAMA, et ensuite j’ai noté ce qu’a dit OBAMA [CHAVEZ feuillette son carnet] « ne peut être imposé à aucun peuple un quelconque système politique. Il faut respecter chaque peuple et sa souveraineté ». Bon, très bien, et alors OBAMA Président, qu’attendez-vous pour ordonner la fin du blocus sauvage et criminel de Cuba ? Quelqu’un a des doutes sur ça ? Quelqu’un croit que c’est quelque chose d’abstrait ? Non ! Il y a une persécution frappant les entreprises partout dans le monde qui livrent, ne serait-ce que des aliments à Cuba ! Et maintenant au Venezuela également !

Il y a peu de temps, Fidel CASTRO l’a dénoncé dans une de ses réflexions. Une entreprise établie partout dans le monde qui fabrique et livre des équipements médicaux n’a pas tenu cette année et l’année dernière les engagements pris avec les gouvernements de Cuba et du Venezuela. Ils ne fournissent plus les pièces de rechange des centaines d’équipements médicaux que nous avons acquis nos deux gouvernements pour apporter des soins gratuits et de qualité à nos peuples. Ce sont des tomographes de 64 coupes, des électrocardiogrammes qui sont maintenant dans les quartiers pauvres de Caracas. Là-bas où il y a des Indiens, il y a des installations médicales. Là-bas, nous avons 30 000 médecins cubains. Un système de santé pour le peuple, gratuit et de qualité. Bon l’entreprise, comment s’appelle l’entreprise ?, Philips… Nous nous sommes tus essayant de trouver des solutions. Mais non, l’entreprise n’envoie pas les pièces de rechange de ces équipements de haute technologie. Pourquoi ? Les pressions viennent de qui ? Du gouvernement des États-Unis !

OBAMA, c’est toi ou est-ce « another »* OBAMA? [* en anglais dans le texte]

« OBAMA One » ou « OBAMA Two » ? Who are You OBAMA ? Who are You ? [à nouveau en anglais dans le texte]

Je veux croire en celui d’hier, celui que j’ai vu ici ! Mais ces choses continuent de se produire ! Et cela affecte la vie de millions d’êtres humains ! Au nom de quoi ? Au nom de qui ? Qui ? Pourquoi les États-Unis continuent-ils de faire cela, hein ? Bon, ce n’est pas pour la démocratie. Car c’est tel quel ce qui s’est passé au Honduras. C’est la peur de l’ALBA, l’Alliance Bolivarienne qui émerge comme mécanisme d’intégration nouveau, novateur, solidaire, et qui a pris la forme d’une alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique. Les gouvernements et pays de Cuba, Nicaragua, Honduras, Venezuela, Équateur et Bolivie, Antigua et Barbuda, la Dominique et Saint-Vincent-et-les-Grenadines. Ils nous attaquent, prétendent nous retenir mais ils ne pourront atteindre leur but. Le MERCOSUR, l’UNASUR, tout cela est en train de naître et fait partie de la révolution géographique, géopolitique, historique : la grande révolution latino-américaine.

 * * * fin de la vidéo 2/3 * * *

Bien, dans le même ordre d’idées, Monsieur le Président, il y a les sept bases militaires que les États-Unis vont installer en Colombie. OBAMA a dit hier, je l’ai noté ici, OBAMA a parlé de quatre piliers. Vous vous en souvenez. Bon, accomplissons cela, je le prends au mot. Nous prenons au mot le Président des États-Unis. « Pas de prolifération nucléaire ». D’accord ! Commencez en détruisant toutes les armes nucléaires que vous avez ! Allez-y ! Détruisez-les ! Faîtes-le !

Le second pilier d’OBAMA, c’est – le premier c’était : pas de prolifération – le second : promouvoir la paix. Bon, Président OBAMA, cherchons la paix en Colombie. Dans notre chère sœur Colombie, il y a une guerre civile. Ah ! Que certains ne veuillent pas le reconnaître, ça c’est autre chose ! Il y a un conflit historique très ancien en Colombie. Les Nations-Unies doivent le reconnaître, le voir. Et nous devrions tous tendre les mains vers la Colombie pour l’aider à s’en sortir, tout en respectant bien sûr sa souveraineté, mais en l’aidant à sortir de cette tragédie que vit ce peuple frère. La paix, je me rappelle l’avoir évoquée devant LULA à OBAMA, là-bas à Trinidad et Tobago lors du sommet des Amériques. Recherchons la paix en Colombie.

Si la paix a pu s’imposer en Amérique centrale, si la paix a pu s’imposer au Guatemala… Moi quand j’étais militaire actif j’étais au Guatemala, c’était la guerre là-bas ! La guerre ! Des milliers et des milliers de morts et de disparus. Le Salvador, le Nicaragua. Et il y a là-bas Daniel ORTEGA de nouveau au gouvernement. Après presque vingt ans, le peuple sandiniste l’a rappelé à nouveau. Le parti Farabundo Martí est là, et le peuple du Salvador, qui menèrent le Président FUNES à la tête de cette République sœur. Si la paix a pu s’imposer en Amérique centrale, pourquoi la paix, mon Dieu, ne pourrait-elle pas s’imposer en Colombie ? C’est l’une des choses que je veux et désire le plus dans ma vie car je suis Vénézuélien mais je me sens Colombien : la Colombie de BOLIVAR ! La Colombie de MIRANDA ! Notre Colombie !

Ah ! Et donc le président OBAMA pense-t-il pouvoir trouver la paix, son second pilier avec sept bases militaires de plus en Colombie ? Ces sept bases militaires sont une menace non seulement pour la paix possible en Colombie mais aussi pour la paix en Amérique du Sud. Nous avons raison, les gouvernements d’Amérique du Sud, d’exprimer, chacun avec son style et son intensité, notre grande préoccupation devant de ces sept bases militaires des Gringos en Colombie. Je le dénonce et le rapporte ici et je demande à OBAMA, le Président OBAMA, qu’il réfléchisse et qu’il impose ses piliers. Promouvons la paix ! Les Nations-Unies pourraient désigner une commission de paix pour la Colombie. Le Venezuela est à son service pour coopérer, comme, j’en suis sûr, tous les pays qui, comme nous, veulent la paix et ne veulent plus de guerre entre nous.

Il y a un autre thème que Fidel aborde dans ses réflexions du 21 septembre et qui est en lien avec le changement climatique. Je vais prendre deux minutes, Président, pour insister sur ce point. Il existe des gens qui pensent que non, que c’est une préoccupation métaphysique de quelques intellectuels. Non, non, non, nous sommes en train de tuer la planète ! Nous achevons comme le dit un bon journaliste vénézuélien, cette navette spatiale dans laquelle nous voyageons. C’est comme une navette spatiale. Et nous sommes en train de la détruire.

Écoutez ce que dit Fidel sur ce sujet. Fidel dit dans la réflexion appelée « Une espèce en danger d’extinction » du 21 septembre dernier, je vais le lire ici : « Lors de la conférence internationale sur l’environnement, convoquée par l’ONU à Rio de Janeiro – c’était en 1992, j’étais en prison, je m’en souviens très bien – j’ai affirmé, étant alors le chef d’État cubain, la chose suivante : une espèce est en danger d’extinction : l’homme ! » Fidel poursuit : « Lorsque j’ai prononcé et argumenté ces paroles, bien accueillies et applaudies par les chefs d’État présents, y compris par le Président des États-Unis, un BUSH moins ténébreux que son fils Georges W., ces derniers croyaient disposer encore de plusieurs siècles pour affronter le problème. Moi-même, Fidel, je voyais cela à une date plus éloignée, comme 60 ou 80 ans. Aujourd’hui, il s’agit d’un danger réellement imminent poursuit Fidel CASTRO et ses effets sont déjà visibles. La température moyenne a augmenté de 0,8 degrés centigrades depuis 1980 – ce sont des résultats scientifiques  selon l’institut des études spatiales de la NASA – 0,8 degrés ces vingt dernières années, ces trente dernières années plutôt. Je poursuis avec la lecture de ce que dit Fidel : «  les deux dernières décennies du 21è siècle ont été les plus chaudes depuis des siècles. Les températures de l’Alaska, de l’Ouest canadien et de l’Ouest de la Russie ont augmenté à un rythme qui a eu pour effet de doubler la moyenne mondiale ». Je continue de citer Fidel : « Les glaces de l’Arctique disparaissent rapidement et la région pourrait connaître son premier été sans aucune glace à une date proche de l’an 2040 ». Je continue de lire Fidel : « Les effets sont visibles dans les masses de glace de plus de deux kilomètres d’épaisseur qui fondent au Groënland, les glaciers d’Amérique du Sud, de l’Équateur au Cap Horn, sources essentielles d’eau et la gigantesque couche de glace qui couvre les étendues de l’Antarctique. Les actuelles concentrations de dioxyde de carbone ont atteint l’équivalent de 380 parties par millions, chiffre supérieur à celui, naturel, des derniers 650 000 ans.

On est en train d’achever cette planète. Rendons-nous compte de cela. Prenons-en conscience et agissons comme le réclamait hier le président LULA. « Pour le changement climatique, il n’y a pas de volonté » Les pays développés ne veulent pas prendre de décision. OBAMA a dit que oui, qu’à partir de maintenant, les États-Unis vont prendre des décisions. Fais-le Président ! Fais-le. Mais passe de la parole aux actes ! Sauvons la planète, sauvons l’espèce humaine ! Espérons que du prochain sommet qui se déroulera au Danemark, en décembre, émanent des décisions qui tranchent réellement. Le Venezuela est disposé à se joindre à ces décisions. Et il lance un appel, nous lançons un appel depuis le Venezuela pour prendre des décisions, chacun en fonction de son degré de responsabilité.

Maintenant, quelle est la cause essentielle de la pollution ? L’hyperconsommation, l’hyperconsommation. Nous sommes en train de consommer les réserves de pétrole, de gaz et d’hydrocarbures qui se sont accumulées durant des milliers d’années. Nous les consommons en un siècle ou moins d’un siècle. Bon, donc cela est en lien avec l’économie. Je ne vais pas lire cela, non, Président, seulement m’y référer : le rapport STIGLITZ, j’invite à l’analyser [il le montre à l’assemblée]. J’invite à l’analyser. Nous entendions hier s’exprimer le président français. Grâce à lui, ce rapport et cette commission existent. Mais prêtez attention à cela, rien qu’à cela. Le rapport contient douze recommandations de la commission STIGLITZ. Évaluons-les car je crois qu’elles portent sur le fond bien qu’elles ne remettent pas en question le modèle capitaliste. Nous, les Socialistes le remettons en question. Mais bon, discutons, cherchons des solutions de consensus pour la conjoncture et ensuite pour le moyen et le long terme. Il est dit ici, dans le rapport, par exemple, dans ses recommandations :

Premièrement, se référer aux revenus et à la consommation pour évaluer le bien-être matériel. Pour évaluer le bien-être matériel, se référer aux revenus et à la consommation.

 Deuxièmement : privilégier le point de vue de la famille.

Troisièmement : prendre en compte le patrimoine.

Quatrièmement : accorder plus d’importance à la distribution des revenus au-delà des moyennes.

Cinquièmement : élargir les indicateurs aux activités non commerciales. Il est dit ici par exemple : certains services comme la garde d’enfants, le ménage, les travaux de maçonnerie, de plomberie, charpenterie etc. figurent seulement dans la comptabilité nationale si ils sont effectués par un salarié. Vous savez que cela se réfère à la façon de calculer le PIB qui est un mécanismes purement capitalistes. Le rapport dit ici, et c’est vrai, que le PIB augmente avec le trafic routier alors qu’augmente le stress de la population alors que la contrariété des automobilistes et de leurs passagers augmente, alors qu’un temps précieux est perdu dans la circulation. Ah ! Le PIB augmente. Pourquoi augmente-t-il ? Parce que plus d’essence est consommée. Et en plus la pollution augmente. Regardez la façon dont le monde capitaliste  a construit  des mécanismes de mesure de l’économie qui sont destructifs. C’est en cela que je pense que le rapport STIGLITZ apporte des réflexions importantes. Le point douze indique : établir une batterie d’indicateurs en accord avec l’environnement, le changement climatique.

En parlant d’économie, ce rapport sort au bon moment. Maintenant prenons-le, et surtout les gouvernements et avant tout les gouvernements des pays les plus développés, je crois qu’ils sont réunis aujourd’hui à Pittsburgh. Pas les pirates de Pittsburgh sinon… Espérons que non, que ce ne soient pas les pirates, ce sont les présidents des pays du G20 qui discutent. Demain, je demanderai à LULA et à Christina [KIRCHNER] quelles sont les conclusions de la réunion car demain ils vont à Caracas, à Margarita, au sommet Afrique-Amérique du Sud.

L’économie, l’économie, l’économie. Nous, nous disons : « socialisme » mais discutons. Discutons des indicateurs, discutons des modalités, discutons des modes de production. Comme le disait hier le président OBAMA dans son 4ème pilier : « on a besoin d’une économie au service de l’être humain ». Bon, OBAMA, cela s’appelle le socialisme ! OBAMA, rejoins le socialisme ! Nous t’invitons dans l’axe du mal. Viens avec nous, dans l’axe du mal, construire une économie vraiment au service de l’être humain. Cela n’est pas dans la nature du capitalisme. Dans le capitalisme, c’est impossible ! Le capitalisme bénéficie à une minorité et exclue la majorité et de plus détruit l’environnement, détruit la vie. C’est ça le capitalisme !

Bon, je crois que je suis arrivé aux dix minutes ! [rires dans l’assemblée]

LULA. LULA. Je crois que je vais conclure avec LULA. Avec une phrase de LULA. Hier LULA a dit, le premier orateur de cette assemblée générale, « il n’y a pas de volonté politique » comme je l’ai déjà rappelé. J’ajouterais, car je connais LULA et je sais exactement ce qu’il a voulu nous dire. Il nous appelle tous à faire grandir notre volonté politique. Nous, à la différence d’autres espaces, d’autres gouvernements qui doutent, qui ne veulent pas de changement malgré la terrible crise que nous vivons, nous autres, au Sud de l’Amérique, nous avons une grande volonté politique. Je parle au nom du Venezuela mais également pour l’Amérique du Sud, l’Amérique Latine, une immense volonté politique pour le changement véritable.

Je recommande ce livre d’István MÉSZARÓS, un grand philosophe et penseur hongrois, professeur à Londres depuis de nombreuses années dans plusieurs universités : Au-delà du Capital : pour une théorie de la transition ». Je pense que c’est un des plus grands écrits du XXe siècle ! Une rénovation de la théorie socialiste. MÉSZARÓS dit ici, dans l’une de ses pages intéressantes, cette phrase qui est empruntée à cet autre grand auteur qui s’appelait Karl MARX. N’ayons pas peur de Karl MARX. Karl MARX, c’était l’EINSTEIN de la politique ! Ah on l’a diabolisé ! Mais sur combien de points Karl MARX a-t-il raison ? Reprenant MARX, MÉSZARÓS dit dans ce livre la chose suivante : « Les crises sont donc la combinaison générale – la combinaison générale – qui, au-delà de la présupposition et de l’urgence, conduisent à l’adoption d’une forme historique nouvelle ». Nous avons besoin de cela : une forme historique nouvelle. Cela fait des années qu’il est question d’un nouvel ordre et ce que l’on a c’est l’ordre ancien moribond, moribond. Nous avons besoin que naisse l’ordre nouveau, la forme historique nouvelle, la forme politique nouvelle, une forme mondiale nouvelle. Hier, KADHAFI l’a dit ici : « de nouvelles institutions, une nouvelle économie, une nouvelle société. Mais réellement nouvelle ! Un monde nouveau en fait !

Maintenant je crois que LULA l’a également dit hier,  « nous devons être les accoucheurs de l’Histoire ». D’accord ! Et j’ajouterais à ce qu’a dit le compagnon LULA : l’accouchement a déjà commencé ! Ce n’est pas un accouchement futur, il est là ! Soyons, comme l’a dit le compagnon LULA, les accoucheurs et accoucheuses de l’Histoire nouvelle. Au-delà des fossoyeurs de l’Histoire. Luttons sur cette planète pour que naisse cette Histoire nouvelle, ces temps nouveaux, ce monde multipolaire libre et nouveau, cette économie au service des humains et non des minorités, ce monde de paix finalement.

Moi qui suis Chrétien, le Christ a dit un jour lorsqu’il a dit « mon règne n’est pas de ce monde, il sera du monde futur », le règne de l’amour entre nous où réellement nous vivrons comme des frères et sœurs. Rendez-vous compte que dimanche dernier, il y a eu à La Havane, sur la place de la Révolution, s’est déroulé un grand concert : le concert pour la paix. Et sont allés là-bas Miguel Rosé, JUANES, Olga TAÑON, des chanteurs cubains, Silvio RODRIGUEZ était là, le grand Silvio, ils chantèrent pour le monde. Certains sont devenus fous, ici, à Miami et sont partis mettre en pièces les disques de JUANES, ce grand Colombien, seulement parce qu’il est allé chanter place de la Révolution ! Jusqu’où va la folie de certains ? Heureusement, c’est une minorité ! Bon, là, Silvio, avec sa guitare, l’a certainement chanté : « Cette ère est en train de mettre au monde un cœur » et dans sa chanson « Rendez-vous avec un ange » il termina en chantant [CHAVEZ se met à chanter] : « Soyons un brin meilleurs et un peu moins égoïstes [CHAVEZ adresse un baiser à toute l’Assemblée]. Salut à tous. Merci beaucoup Monsieur le Président ».

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Ce discours m’a inspiré quelques réflexions, à voir ici :

https://vivelasixiemerepublique.wordpress.com/wp-admin/post.php?post=264&action=edit&message=6&postpost=v2