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Frédéric Lordon nous parle du film “Merci patron !” de François Ruffin

Retranscription faite par Vincent Christophe Le Roux de l’intervention de Frédéric Lordon lundi 8 février, salle Olympe de Gouges à Paris, pour la diffusion du film “Merci patron !” de François Ruffin.

Je voudrais donner rendez-vous…

Alors, doté, sans doute, d’une perspicacité au-dessus de la moyenne, j’ai perçu quelques indices – extrêmement ténus ! – qui me donnent à croire que le film de Ruffin vous a plu. Enfin, vous avez semblé aimer !

Alors, moi, je voulais savoir ce que ça fait de le voir à 800 ! Parce que, déjà, de le voir à 2, ça nous faisait pousser des hauts cris, à base de « Non, mais c’est dingue ! », « Non, mais c’est pas possible ! », « Non, mais c’est pas croyable ! » et que les yeux nous en dégringolaient des orbites… Donc, voilà, je voulais voir ce que ça fait à 800 ! Bon, ben j’ai vu !

La première idée quand on on voit ça – c’est-à-dire quand on vous voit vous ayant vu ! – c’est de ne pas laisser les gens repartir chez eux comme des piles électriques sans faire quelque chose de toute cette énergie que ça ne soit pas juste un joli coup et rien derrière !

Alors, comment faire pour que ce film soit un phénomène ?

On en était là de nos réflexions – parce qu’on est quelques-uns à touiller cette idée depuis quelques temps – et on s’est dit que cette question-là n’était pas différente d’une autre qui est une question en fait beaucoup plus vaste, la question qu’un petit barbichu posait il y a déjà longtemps – ce n’est pas de Laurent Joffrin que je parle ! – la question de l’action politique en général, de l’action transformatrice en particulier, et – pourquoi ne pas le dire ? – de l’action révolutionnaire, en fait ! La question, c’est que faire ? Que faire dans cette conjoncture qui est sans doute beaucoup plus contrastée qu’on ne croit ? Qui est sans doute incontestablement sombre à de très nombreux égards mais où, sous les écrans radar, je crois que ça commence sérieusement à glouglouter au fond de la marmite.

Alors notre opinion, c’est que, paradoxalement, là où tout semble bouché, il se pourrait, désormais, qu’il y ait quelque chose à faire ! Et voilà où les deux questions se rejoignent pour n’en faire plus qu’une ! Et si le quelque chose à faire dans ce pays, c’était « Merci patron ! » qui en était le détonateur ? Et notre conviction, c’est qu’il faut faire de « Merci patron ! » un phénomène pour qu’enfin il se passe quelque chose… pour que quelque chose de plus grand que lui arrive…

Alors quelque chose mais quoi ? Mais c’est le film lui-même qui nous met sur la piste. Le film sauve les Klur* mais aussitôt il nous donne immanquablement l’envie d’universaliser cet exploit. Alors qu’est-ce que ça veut dire ça ? Est-ce que ça veut dire faire cracher par Bernard Arnault 45 000 euros + un CDI pour tous les co-licencié-e-s de Klur ? Oui, si l’on veut, bien sûr ! Mais non ! Je veux dire la vraie universalisation, ça s’appelle un projet politique.

Alors, ce projet politique, quel pourrait-il être sinon qu’il n’y ait plus jamais un seul cas Klur, un seul cas comme les Klur ? Et cette idée-là, que veut-elle dire à son tour sinon en finir avec l’empire du capital sur la société ? C’est-à-dire en finir avec la tyrannie des propriétaires qui tiennent l’existence matérielle des salarié-e-s – c’est-à-dire leur existence tout court, leur vie-même – dans leurs mains souveraines et sous leur arbitraire.

Bon, alors que faire de cette idée très générale ? Car vous voyez bien, tout ça est parfaitement flou encore… Quelle forme lui donner ? Et surtout quelles conséquences en tirer ? Je veux dire quelles initiatives, quelles actions ? Nous ne savons pas très bien mais nous savons au moins deux choses :

– La première, c’est que ça ne se passera pas à travers je ne sais quelle pantomime de primaire pour toute la gauche qui va de Mélenchon à Macron ! [on entend des applaudissements] Ça se passera donc ailleurs ! Mais ailleurs, où est-ce que ça peut être sinon dans la rue ? Grève générale ? Places occupées ? Autre chose ? On verra bien ! Pour l’instant, en tout cas, nous vous donnons rendez-vous, voilà ! Le 23 février à la Bourse du Travail [de Paris] car on verra d’autant mieux qu’on sera plus nombreux à y penser !

– La deuxième chose que nous savons, c’est que, outre que nous avons envie de faire quelque chose, il se pourrait que quelque chose soit possible ! Et ça, c’est le film qui nous le montre ! C’est que tout craque de partout ! Et qu’en face, ils commencent à avoir peur ! C’est un bon signe, ça ! Vous avez vu le baltringue du Parti Socialiste, l’ex commissaire Machereau comme ça leur fait passer le 38ème parallèle cette histoire ! C’est vraiment très impressionnant.

Alors si j’ai bien compris les premières paroles de la fanfare, ça disait, je crois, quelque chose comme : « Il faut que ça tombe ! Et après Conti, Goodyear, Air France, l’action élémentaire de ce film, c’est que si on relève la tête, ça peut tomber ! »

* Jocelyne et Serge Klur : voir synopsis du film « Merci patron ! » : Pour Jocelyne et Serge Klur, rien ne va plus : leur usine fabriquait des costumes Kenzo (Groupe LVMH), à Poix-du-Nord, près de Valenciennes, mais elle a été délocalisée en Pologne. Voilà le couple au chômage, criblé de dettes, risquant désormais de perdre sa maison. C’est alors que François Ruffin, fondateur du journal Fakir, frappe à leur porte. Il est confiant : il va les sauver. Entouré d’un inspecteur des impôts belge, d’une bonne soeur rouge, de la déléguée CGT, et d’ex-vendeurs à la Samaritaine, il ira porter le cas Klur à l’assemblée générale de LVMH, bien décidé à toucher le coeur de son PDG, Bernard Arnault. Mais ces David frondeurs pourront-ils l’emporter contre un Goliath milliardaire ? Du suspense, de l’émotion, et de la franche rigolade. Nos pieds nickelés picards réussiront-ils à duper le premier groupe de luxe au monde, et l’homme le plus riche de France ?

Ah, si Frédéric Lordon pouvait inspirer Jean-Luc Mélenchon !

Jean-Luc Mélenchon…

Un des meilleurs moyens pour faire en sorte que le peuple approuve le plan B et les alternatives en discussion (parmi lesquelles la sortie pure et simple de l’euro ou même de l’UE), serait peut-être que toi-même, tu défendes enfin clairement cette idée devant le peuple, que tu la portes haut comme étant le résumé de toute l’argumentation convaincante que tu exposes déjà depuis longtemps.

Frédéric Lordon nous appelait collectivement samedi – à moins qu’il ne t’appelle surtout toi-même…- à faire de ce discours de rupture claire et franche « le cœur d’une anticipation raisonnée qui pourrait nous faire gagner du temps en nous faisant parcourir, par la pensée, le processus du plan A pour se rendre immédiatement à son terminus.« 

Vois-tu, ne manque en effet, dans tes discours, que le signal du combat. Aussi longtemps que tu n’oseras pas, ou refuseras obstinément, de dire ces quelques mots, beaucoup continueront de croire que tu n’es qu’un adepte de la « réforme » de l’UE, qu’à l’instar de tant d’autres, tu souhaites « une autre Europe » au sens où on l’entend depuis des décennies de la part de ceux-là même qui nous ont mis là où l’on est !

Tel Frédéric Lordon, je ne crois pas un seul instant que l’on puisse démocratiser l’euro qui, ainsi qu’il l’a dit avec humour, « a autant de réalité qu’un cercle carré ». Il ne s’est pas contenté d’ironiser avec insolence ; il a expliqué, arguments puissants à l’appui, pourquoi on ne démocratisera jamais l’euro qui est né sous le berceau du coup de force.

Et en conséquence de cela, je ne crois pas que « sortir de l’euro » suffira, car si l’on sortait de l’euro et que l’on restait dans l’UE (ce qui, au passage est une incongruité quand on lit les traités qui lient bien l’un et l’autre, sauf pour quelques cas d’États qui ont bénéficié de dérogations), nous continuerions à subir tout l’ordonnancement juridique socialement nuisible, radicalement antidémocratique, et diplomatiquement dévastateur de l’UE.

Marina Albiol, députée européenne d’Izquierda Unida, a été bien inspirée de faire remarquer que « la monnaie n’est pas tout« , que nous étions déjà sous régime libéral et capitaliste avant d’avoir l’euro, et qu’il ne suffira pas de sortir de l’euro pour que tout s’arrange. Il faudra faire bien plus… Ce « bien plus », c’est sortir de l’UE, totalement et définitivement !

Parce que le juriste que je suis connait un peu les traités, sait bien que tout est solidement verrouillé, et que jamais on ne pourra modifier une virgule de cet ordonnancement juridique, fut-ce en mettant notre contribution financière à l’UE dans la balance, nous devons nous échapper, nous évader, de cette nouvelle Alcatraz.

Tu l’as exposé toi-même. Nous pouvons faire tout autre chose sans que la sortie de la France de l’UE signifie un renfermement sur nous-mêmes. Ce n’est pas au nationalisme auquel nous aspirons. C’est tout le contraire : l’internationalisme, mais le vrai, pas l’imaginaire dénoncé à juste titre par Frédéric Lordon. Nous voulons respirer de nouveau et pour cela, nous devons retrouver notre IN-DÉ-PEN-DAN-CE totale, pour pouvoir ensuite, immédiatement après notre sortie « sèche », entamer toutes les négociations nécessaires avec nos partenaires, dans un cadre bilatéral ou multilatéral. La France a vécu sans l’UE hier et elle revivra sans elle demain, sans drame. Le « nouvel indépendantisme français » que tu as brillamment présenté par ailleurs est cela. Alors pourquoi ne réserves-tu ces propos qu’à des cercles restreints de spécialistes ?

Tu as aussi rappelé dimanche que les grands projets européens datent d’avant l’euro et qu’ils n’ont pas été conçus dans le cadre des « communautés européennes » mais dans celui de programmes de « coopération intergouvernementale », c’est-à-dire en dehors des structures communautaires, directement entre États.

Frédéric Lordon a eu l’occasion de le rappeler, lui aussi, en parlant de tous les liens à tisser, ou à développer pour ceux qui existent déjà.

Marina Albiol, encore elle, disait, à juste titre, qu’il fallait « sortir du capitalisme« . Ce n’est pas qu’un mantra. Ça dit beaucoup de choses. Certes, des masses de gens ne sont pas encore convaincues de cela, même si elles ont de plus en plus conscience que les malheurs qu’elles vivent résultent du capitalisme. Elles ne sont pas encore convaincues de la sortie du capitalisme sans doute parce qu’elles ne discernent pas les traits de l’autre société qu’on veut lui substituer.  Or nous avons beaucoup à dire et à proposer sur ce point. Nous le faisons depuis des années mais nous devons employer d’autres moyens pédagogiques que notre habituel discours qui n’a pas l’effet escompté. Sur ce sujet précis, Podemos montre la voie et Pablo Iglesias a eu l’occasion de nous expliquer, dans une vidéo, pourquoi nous faisons fausse route et comment on peut trouver des solutions efficaces. Et il y a aussi Tatiana J., Johann E. et Tommy L. avec le Fil d’Actu qui ouvrent la voie. Ce que ces militant-e-s viennent de commencer à mettre en oeuvre avec ce mini JT alternatif est purement génial.

Oui, comme l’ont exposé certains lors du sommet du Plan B, c’est bien tout le système juridique et institutionnel de l’UE qu’il faut déconstruire puisqu’il institutionnalise, dès le premier jour, le capitalisme.

Donc, il faut commencer, pour ce qui te concerne – puisque tu as déjà en magasin toute l’argumentation idoine à l’appui, mais aussi des alliés et une masse de gens prête à te soutenir dès que tu diras « Aux armes citoyens » (je parle au sens figuré, ça va sans dire) – que « ton » plan B à toi n’est pas de tenter de changer l’UE ou de réformer ou de démocratiser l’euro ou le mécanisme institutionnel de l’UE -inaccessible utopie- mais de nous libérer d’elle.

Faisant cela, tu perdrais des « amis-e-s » et des soutiens mais tu en gagnerais sans doute d’autres, beaucoup d’autres !

J’en finirai par ce dernier élément : peu importe -voire tant mieux !- que tu perdes le soutien de tel parti (le PC par exemple) ou de telle personnalité politique (Pierre Laurent ou Cécile Duflot au hasard), peu importe même que certains du PG te voient alors « dériver » vers le « gauchisme » ou le « rouge-brun » (insultes que nous recevons si souvent) car tu te seras alors mis à l’heure du peuple et tu seras à l’unisson avec lui,  et tu ne tarderas pas à en cueillir très vite les fruits en plus de dévitaliser totalement ce FN qui nous fait tant de mal et qui légitime tant nos maîtres qui s’en servent pour nous faire tous chanter… Cerise sur le gâteau, en étant médiatiquement le vilain petit canard, en étant, a priori, rejeté de toutes parts par « les tiens », tu serais rapidement perçu comme l’Alternative, la vraie. Rappelle-toi l’expérience de Chirac de 1993 à 1995… Lâché de toutes parts, « trahi » par ses plus proches, « seul et isolé », c’est lui qui a battu le candidat du système, Balladur, avant de l’emporter face à Jospin. Je crois que tu peux rééditer cette expérience.

Tu auras sans aucun doute à rivaliser avec un « candidat unique de la Gauche » que la primaire aura désigné contre toi, et surtout contre tout risque de voir l’Alternative prendre tournure. Mais tu seras alors, aux yeux du peuple – à condition aussi que tu dises ce qu’il faut dire…- le recours.

Relis ces mots que Frédéric Lordon a dits dans son intervention de samedi :
« Et de quelle alternative parlons-nous ? De la seule en réalité capable de faire une différence radicale, une de ces différences que le corps social crève de ne plus jamais se voir proposer sur la scène des partis dits de gouvernement, désormais réduits à la grille continue de la droite générale. C’est bien pourquoi mort de faim politique, le peuple se jette avec avidité sur la moindre différence qui passe dans son champ de vision, fut-ce la pire, la plus mensongère, portée par les plus immondes démagogues car au moins c’est une différence et que, par là, il a le sentiment de respirer à nouveau.« 

Jean-Luc, travailler en étroite collaboration avec Frédéric Lordon serait une arme de conviction massive…

Ce qu’il faut que tu fasses, ce n’est pas de courir après la gauche, mais plutôt de trouver le moyen de ramener aux urnes, et si possible en ta faveur, cette moité d’électeurs qui les ont boudées aux dernières élections… Pour cela, tu ne dois pas parler à la Gauche mais à la France.

À partir du moment où tu auras clairement appelé à sortir de l’UE, je ne doute pas que les 55% de Français qui ont voté NON au TCE en 2005 s’intéresseraient de près à ce que tu dis ; et que parmi eux une grande partie finirait par te soutenir si tu persévérais dans ce positionnement-là !

Nous sommes hostiles au monarchisme de la 5e et nous sommes les plus ardents défenseurs d’un changement de régime que nous désignons sous le vocable de « 6e République » et dont nous voulons qu’il fasse « Place au peuple ».

Mais sauf à ce qu’une révolution intervienne avant et ne balaye ce régime honni, il nous faut, si l’on veut avoir quelque chance d’influer sur le cours de notre destin, gagner la présidentielle d’abord, les législatives ensuite. La première étape implique de te faire élire et pour cela, on doit se soumettre au système électoral présidentialiste. On doit donc avoir un candidat  solide, capable de rassembler le peuple et de porter un projet de rupture avec l’Ancien régime.

Je suis de ceux qui pensent que tu dois devenir officiellement candidat et le plus vite possible, en ton nom propre et non en celui du PG ou de quelconque parti, cartel, clan, union de partis, rassemblement de quelque nature que ce soit. La 5e République, tu le sais bien, c’est la rencontre d’un homme et d’un peuple. Je sais bien moi-même que cette idée-là défrise la Gauche qui est adepte du collectif. Mais le « collectif » se fera aussi, autour de toi. Les organisations politiques se positionneront comme elles le veulent. Certaines te soutiendront, d’autres te seront, de manière virulente, hostiles. Tant mieux disais-je plus haut ! Candidat « hors-système » bien que maîtrisant ce système, tu seras en bonne position pour plaire au peuple.

L’unitééééé est-elle l’unique solution à appliquer pour empêcher le désastre ?

La Gauche menacée en Ile de France, en Nord-Pas de Calais et ailleurs…

Déjà on entend la petite musique lancinante de la nécessaire « unitéééééééé de la gauche » pour empêcher que les régions ne basculent à droite.

C’est curieux mais moi j’ai le sentiment – très prégnant et très désagréable – que la « droite » gouverne déjà presque toutes les régions, même si elle le fait sous diverses étiquettes et avec différents prête-noms…

Il n’y a qu’à voir ce que font les régions dites de « gauche »…. Les mêmes solutions, les mêmes remèdes, les mêmes mesures qui nous enferment dans un capitalisme dévastateur des équilibres naturels et nous éloigne chaque jour davantage de relations humanistes entre les êtres humains.

Le fascisme menace nous dit-on. Il est à nos portes. En France et ailleurs dans le monde. Déjà, certains territoires ont basculé. D’autres menacent de basculer à leur tour. La guerre est encore larvée mais pourrait éclater pour de bon car les causes de celle de 1914-1918 sont bien présentes en 2015.

Alors on nous serine la réaction nécessaire : taisons nos différences. Entendons-nous. Faisons front commun. Nous nous entendons à gauche sur l’essentiel nous dit-on…

Je veux bien tolérer une « unitééééééé » de la Gauche mais à une condition, une seule : que l’on s’accorde sur ce que l’on va faire dans cette « unitéééééééé ». Et là, voyez-vous, j’ai quelques doutes sur la possibilité d’un tel accord sur le fond !

D’autres nous appellent à une union nationale qui ne tienne aucun compte des aspirations contraires des un-e-s et des autres.

Beaucoup confondent l’unité populaire nécessaire et qui, aussi étrange que cela puisse paraître, serait assez facile à obtenir si l’on sortait des schémas politiciens traditionnels, et l’union nationale qui est une forme de dictature du système avec une prétendue onction ou caution populaire.

Moi, je suis partisan de l’unité populaire (ce n’est pas pour rien que je soutiens Laïki Enotita en Grèce) qui suppose seulement que le peuple approuve un projet commun.

Je pense que quiconque proposerait en France un tel projet serait largement soutenu… pour peu qu’il n’ait pas trempé auparavant dans des combines politiciennes ou ne se soit pas rendu coupable d’avoir pris des décisions contraires à l’intérêt général…

Or c’est là que le bas blesse. C’est là notre grande difficulté du moment. Celles et ceux qui semblent proposer une alternative intéressante sont loin d’être des néophytes (à la limite tant mieux !) mais ils sont loin aussi d’être exempts de critiques.

Personne n’est parfait me répondra-t-on ! En effet ! Ce n’est pas tant que tel ou tel défaut puisse être constaté chez tel leader, tel parti, telle organisation, qui soit rédhibitoire à mes yeux, précisément parce que je suis assez tolérant pour admettre que l’on peut se tromper, s’égarer et revenir du bon côté du combat. Le problème, c’est une question de crédibilité…

Quand on dit des choses intéressantes, quand on défend un projet qui semble vraiment alternatif, mais qu’on reste uni à des gens qui, de près ou de loin, directement ou indirectement, de manière assumée ou dissimulée, restent malgré tout alliés à celles et ceux qu’on combat, on n’est pas crédible !

Quand on prétend faire autre chose mais que si on échoue à convaincre, on rejoindra celles et ceux qui font depuis toujours ce qu’on conteste, on n’est pas crédible !

Quand pour combattre un mal, on choisit d’appuyer un autre mal, on n’est pas crédible !

Quand on prétend vouloir rendre le peuple souverain sans vouloir briser les liens de la servitude, on n’est pas crédible !

Quand on prétend rassembler le peuple mais qu’on reste enfermé dans la cuisine politicienne de la Gauche, on n’est pas crédible !

Dans notre système électoral, pour l’emporter, il faut obtenir une majorité absolue au premier tour, ou une majorité relative au second et pour obtenir cela, il faut se rassembler et faire l’unitéééé de son camp.

Si vous faîtes cette unité dans la clarté, la cohérence et la fidélité aux valeurs de ce camp, vous réussissez assez bien à convaincre même celles et ceux qui n’y croyaient plus depuis longtemps car il y a un effet dynamique. On l’a vu aux présidentielles de 2012 pour le camp du Front de Gauche qui a fait le plein de ses voix et en a même sans doute gagnées ailleurs, très au-delà de son camp…

À l’inverse, quand on revient aux jeux politiciens, on se prend des vestes. La raclée s’annonce mémorable pour la gauche en général aux Régionales de décembre. Mais feu le Front de Gauche va également ramasser de violents coups dans la gueule ! Ce sera mérité quand on voit le spectacle affligeant qu’a donné, depuis juin 2012, le Front de Gauche ou plutôt celles et ceux qui l’animaient..

L’unité n’est donc source de succès que lorsqu’elle reflète un accord réel et sincère sur un projet et que les intérêts personnels s’effacent ou sont domptés et tenus en respect au profit de la promotion de l’intérêt général.

Mais faire l’unitééééééé juste pour peser plus lourdement que les autres concurrents ne peut aboutir qu’à un échec si cette unité ne repose pas sur un projet clair et enthousiasmant pour le peuple – et pas seulement pour les militant-e-s ou les cadres des organisations qui l’ont bâtie…

Si l’on accepte tous un projet clairement d’intérêt général, donc un projet qui mettra en oeuvre des décisions tout à fait différentes de celles que la droite officielle, ou le PS et ses bagages accompagnés, ont mis en oeuvre ces dernières décennies, alors oui, allons ensemble. Mais si cette condition n’est pas remplie, une large « unitéééééé » est hors de question.

La condition que je pose est évidemment une clause de style car celles et ceux que l’on combat ne sauraient renier ce qui les a toujours fait agir…

Fanchement…

Voyez-vous la droite ou le PS et ses bagages accompagnés approuver un projet du style  « L’Humain d’abord » ?

Voyez-vous la droite ou le PS et ses bagages accompagnés approuver un projet déterminé à renverser la 5e République pour rendre possible un régime où le peuple aura vraiment pleine souveraineté ?

Voyez-vous la droite ou le PS et ses bagages accompagnés approuver un projet radicalement anticapitaliste ?

Voyez-vous la droite ou le PS et ses bagages accompagnés approuver un projet qui nous libère de la servitude que nous impose l’Union européenne ?

Voyez-vous la droite ou le PS et ses bagages accompagnés approuver un projet qui tourne le dos à nos modes de vie consuméristes et dévastateurs des équilibres naturels pour rendre possible un autre monde sain et juste ?

Voyez-vous la droite ou le PS et ses bagages accompagnés approuver une géopolitique anti-impérialiste et internationaliste ?

Voyez-vous la droite ou le PS et ses bagages accompagnés approuver un véritable partage des richesses produites par tous destiné à faire disparaître pauvreté et précarité alimentaire, sanitaire, intellectuelle ?

Je pourrais poursuivre longtemps ce genre de questions…

L’unitéééé avec le PS et ses bagages accompagnés est IMPOSSIBLE désormais !

L’unitéééé avec les « modérés » de la droite et du centre est IMPOSSIBLE désormais !

JAMAIS PLUS – vous entendez ? JAMAIS PLUS – je ne voterai pour un-e candidat-e du PS, quelles que soient les circonstances ! Le FN a grossi – et nous menace – largement À CAUSE de l’action du PS depuis des décennies. Alors PLUS JAMAIS je ne serai ce citoyen affolé, halluciné, qui choisit le cancer pour ne pas subir la peste…

Et PAS QUESTION non plus pour moi d’appuyer in fine un Alain JUPPÉ parce qu’il serait moins détestable qu’un HOLLANDE, qu’un SARKOZY, qu’une LE PEN ou que je ne sais qui d’autre…

Soit il y a en lice, au premier tour, un, une ou des candidat-e-s qui portent nos espoirs et notre détermination pour rebâtir un monde de liberté, d’égalité et de fraternité donc de partage, de justice et de paix, et qui gardent une crédibilité, et je voterai encore pour eux. Soit il n’y a que des arrivistes, des carriéristes, des politicien-ne-s madré-e-s, aussi détestables que ceux ou celles qu’ils disent affronter, qui se sont employés depuis des mois à fabriquer des alliances parfois indignes (indignes parce que ne reposant pas sur autre chose que des intérêts personnels, très éloignés d’un projet de reconstruction politique au sens noble du terme), et alors je ne me déplacerai même pas.

Comme je n’ai aucune illusion et que je crois être assez conscient de la réalité que nous vivons, en décembre pour les Régionales, j’agirai comme je l’ai déjà fait en 2014 pour les Départementales. Au second tour, je serai un abstentionniste puisque le vote blanc ne sert à rien.

Inutile de venir me faire la leçon. J’ai toujours voté à toutes les élections sans exception depuis que j’ai l’âge de le faire. J’ai 40 ans. J’avais souvent à l’esprit moi-même les arguments qu’on oppose aux abstentionnistes et cela me motivait parfois pour préférer voter « blanc ». Mais aux Départementales, pour la première fois, j’ai préféré m’abstenir au second tour. S’abstenir est aussi un choix et porte un message. Parmi les abstentionnistes, il y a bien sûr celles et ceux qui se contrefoutent de la politique depuis toujours mais leur nombre est résiduel. L’immense majorité des abstentionnistes sont des citoyen-ne-s éveillé-e-s mais très contrarié-e-s et qui hurlent ainsi un message très clair.

Cette fois, aux Régionales, c’est dès le premier tour que je m’abstiendrai car ce que je vois, ce que je lis et ce que j’entends est très loin de correspondre aux idées que je me fais de l’avenir dont nous avons besoin. Alors faute de pouvoir influer moi-même sur les évènements, je me retire sur l’Aventin… avec une cohorte de citoyen-ne-s désabusé-e-s, écoeuré-e-s, extrêmement contrarié-e-s MAIS PAS DÉSESPÉRÉ-E-S !

Nous ne sommes pas seulement des victimes de forces contre lesquelles nous ne pouvons rien. Nous sommes aussi des victimes de notre refus de nous libérer. Le principe de la servitude volontaire….

C’est à nous de prendre désormais notre vie en mains, malgré le système qui tend à nous dissuader de le faire, malgré les contraintes qu’on nous impose et les coups de fouet qu’on nous inflige.

Des milliers de gens ont abandonné la politique qui se fait sur la « scène » politique mais n’ont pas abandonné la politique pour autant, la politique au sens noble. Ils en font aussi en repensant le monde et en menant des alternatives radicales et concrètes chaque jour, dans leur vie, dans leur entourage.

Je l’ai déjà dit, je le répète. Ce n’est pas au niveau macro-politique que nous inverserons la course fatale. C’est au niveau le plus local, quand nous serons des millions à avoir compris et à avoir commencé à changer nos modes de vie, notre façon d’habiter la terre et réussi à faire en sorte que nos pratiques quotidiennes soient en résonance avec le diagnostic que nous avons fait et que nous aurons essaimé.

Ce n’est pas le PG, le PCF, le Front de Gauche qui changeront le monde.
Ce n’est pas davantage l’UPR, le M’PEP, le PRCF, le NPA ou je ne sais qui d’autre dans la galaxie institutionnelle des partis.

C’est NOUS !

Manifeste du groupe « Quittons l’Union €uropéenne pour reprendre le pouvoir sur nos vies ! »

« L’Union €uropéenne », c’est du capitalisme pur depuis ses origines alors que « l’Europe », c’est tout autre chose.

« L’Europe » est un continent, une entité géographique, historique, culturelle. C’est une donnée à la fois scientifique et culturelle. C’est une idée en même temps qu’une réalité mais une réalité fuyante, évolutive, instable qui a aussi, pourtant, ses permanences sur le temps long. « L’Europe » ne préjuge en soi d’aucun choix politique ou géopolitique.

« L’Union européenne », en revanche, est une réalité institutionnelle, politique et géopolitique, d’essence humaine donc relative, pouvant en soi offrir aux Européens qui la peuplent le meilleur comme le pire.

Durant des années, l’Union européenne était souvent perçue comme plus bénéfique que nuisible, même si, déjà, depuis très longtemps, certains nous mettaient en garde, ayant constaté bien des choses n’entrant pas dans la logique valeureuse et humaniste que ses créateurs ou ses laudateurs mettaient sans cesse en avant.

L’Union européenne, préfigurée par la Communauté économique européenne en 1957, et quelque part aussi par la Communauté européenne du charbon et de l’acier (la « CECA ») mise en place en 1951, s’est construite par avancées régulières, selon la méthode annoncée par la déclaration Schuman du 9 mai 1950 : « L’Europe ne se fera pas d’un coup, ni dans une construction d’ensemble. Elle se fera par des réalisations concrètes, créant d’abord une solidarité de fait. »

La première de ces « réalisations concrètes » est la CECA créée par le traité de Paris du 18 avril 1951. La Communauté européenne du charbon et de l’acier regroupait six pays fondateurs : France, Allemagne de l’Ouest, Belgique, Luxembourg, Pays-Bas et Italie. Cette « communauté » était en fait déjà une quasi-fédération puisque un organisme supra-national, la « Haute Autorité » était investie de pouvoirs transférés par les États. Dans cette logique supra-nationale très clairement affirmée, les pères fondateurs et leurs amis et relais tentèrent, en 1954, de fonder la Communauté européenne de défense mais en France, les gaullistes et les communistes refusèrent de voter pour et le projet fut donc enterré.

Trois ans plus tard, ce sont deux nouvelles communautés thématiques qui virent le jour entre les six pays fondateurs de la CECA. Ces deux communautés furent créées par les deux traités de Rome du 20 mars 1957 : d’une part la Communauté européenne pour l’énergie atomique (C.E.E.A., appelée aussi « Euratom ») et d’autre part la Communauté économique européenne (C.E.E.).

L’arrivée du général de Gaulle à la présidence de la République française, l’année suivante, en 1958, va ralentir fortement la construction européenne car il considérait que cette intégration européenne, faite sur le mode de la supra-nationalité en vue de créer une fédération, était un danger majeur pour la survie des nations européennes et que l’on était sûr de voir cette Communauté européenne finir par dériver pour devenir un outil de plus entre les mains des États-Uniens. Il avait raison !

Il fallut attendre le départ du général de Gaulle pour que la construction européenne redémarre. Avec notamment l’entrée de trois nouveaux membres en 1972 (Royaume-Uni, Irlande et Danemark).

L’autre évolution vraiment importante des années 70 est qu’eurent lieu les premières élections européenne, en juin 1979.

Les années 80 furent marquées par l’adhésion de la Grèce en 1981 et de l’Espagne en 1986 et par l’Acte Unique qui relança l’intégration européenne en lui faisant faire un grand pas en avant. Ce traité de 1986 préfigurait et préparait le traité suivant : le traité sur l’Union européenne ou traité de Maastricht en 1992.

Ces deux traités contenaient toute une série de caractéristiques « régressives » s’agissant de la démocratie et de la politique économique et sociale que l’on voit aujourd’hui à l’oeuvre.

Les plus fins des analystes, des politiques et des citoyen-ne-s éveillé-e-s avaient déjà compris alors que, loin de constituer une « union économique », ce que les concepteurs prétendaient faire, ce qui était institué était un système centralisé et autoritaire sous les ordres de technocrates indépendants de tout pouvoir politique démocratiquement pensé et mis en oeuvre. On voyait bien que l’objectif était clairement d’exclure les peuples souverains de la décision. En outre, on était loin de rendre possible cette « union économique » que l‘on prétendait instituer, puisque rien n’était fait pour permettre une véritable convergence des économies nationales. Les seuls principes, les seules règles, les seules exigences normatives avaient une essence financière bien plus qu’économique.

La décennie des années 90, en matière d’intégration européenne, a pris fin avec le traité d’Amsterdam en 1999 tandis que la décennie suivante, celle des années 2000, a commencé avec le traité de Nice en 2001.

Ces deux nouveaux traités adoptés par les Parlements seuls, sans que les peuples ne puissent se prononcer, traduisaient déjà, de manière on ne peut plus claire, les intentions des oligarchies qui dirigeaient les pays membres : extorquer tous les pouvoirs et retirer aux peuples leurs droits souverains de décider de leur avenir par le biais de leurs « représentants » dans les Parlements. L’augmentation très conséquente du nombre de sujets transférés à l’Union, et qui dorénavant pouvaient être tranchés à la majorité et non plus selon la règle de l’unanimité, signifiait que les institutions européennes, et ceux qui ont adopté les modifications en ce sens, ne se souciaient plus que les peuples suivent. Qu’ils le veuillent ou non, les décisions s’imposeraient à eux.

Puisque personne ne s’opposait réellement à leur montée en puissance, les appétits de ces oligarchies ne cessèrent de grandir et avec eux, s’affermirent et s’institutionnalisèrent les principes anti-démocratiques. Et c’est la raison pour laquelle, en 2005, ces oligarchies proposèrent un nouveau traité. Un de plus pourrait-on dire ! Certes, mais ce traité-là portait en lui une caractéristique dangereuse que les précédents n’avaient encore jamais osé défendre : la constitutionalisation de la politique économique et sociale et de diverses autres politiques publiques. Il était donc clair que l’objet de ce traité n’était pas de faire progresser un peu plus la « construction de l’Union européenne », mais bien de quasi-sacraliser des choix politiques souvent rejetés par les peuples et donc de rendre impossible désormais toute alternance politique. Les élections qui, dans nos démocraties étaient sensées définir les choix, n’auraient plus aucun sens et se verraient totalement vidées de leur raison d’être. Elles ne serviraient plus qu’à choisir des exécutants « dociles » et « conformes » de politiques conçues et de décisions prises sans eux. La démocratie était là attaquée frontalement et si ce traité avait été adopté, la mort de la démocratie aurait été actée sur le champ. Car, une autre mesure avait été retenue dans le texte afin que toute modification de cette « constitution de l’Europe » ne soit plus jamais possible : la règle de l’unanimité était indispensable pour la moindre évolution. Or avec l’augmentation du nombre de pays membres et la différenciation de plus en plus nette des attentes et des projets de ces pays par rapport aux pays fondateurs, il était acquis que jamais la moindre modification ne serait possible. Donc le traité serait sans doute en vigueur pour des décennies. C’est d’ailleurs ce que Valéry Giscard d’Estaing, ancien Président de la République française et principal rédacteur de ce traité constitutionnel avait fait remarquer, en étant très fier de ce point précis. Beaucoup de capitalistes qui s’assument comme tels et qui assument le combat avec leurs ennemis de gauche, dirent d’ailleurs, à cette époque, que ce traité serait l’arme de destruction massive de la gauche et des politiques de gauche ! Mais bien peu les entendirent alors !

Nous avons cru éviter le pire puisque le peuple français ayant décidé de rejeter ce traité à une nette majorité, ce traité fut abandonné. Rappelons que le peuple français fut suivi par le peuple néerlandais qui vota dans le même sens la semaine suivante. Aucun autre peuple européen ne put avoir l’opportunité de se prononcer lui-même. Dans tous les autres États-membres, ce sont les parlements qui se sont prononcés au nom de leurs peuples et comme ils ont tous adopté très largement le texte, il est toujours affiché depuis que « les peuples européens sont favorables à l’Union européenne ».

C’est une prétention tout à fait extravagante. Sans que nous ne puissions l’affirmer avec certitude, nous pouvons penser que c’est une présomption crédible, solide, rationnelle, que de dire que bien des peuples n’auraient pas approuvé le texte du traité de 2005 si on le leur avait demandé directement. Il faudra bien un jour que les peuples disent eux-mêmes ce qu’ils en pensent et ce qu’ils veulent. Pas par des sondages mais par des référendums !

Le refus de ces deux peuples aboutit à l’abandon du traité. Pourtant, l’essentiel du texte dudit traité s’est retrouvé dans un nouveau traité élaboré principalement par Nicolas Sarkozy devenu Président de la République française. Et ce traité, signé en décembre 2007, fut largement adopté le 4 février 2008 par le Parlement français qui, ce faisant, commis un acte de haute trahison. Certains parlèrent de « coup d’État simplifié » (Nicolas Dupont-Aignan), d’autres de « forfaiture » (Jean-Luc Mélenchon et bien d’autres à gauche). Oui, quels que soient les termes que l’on préfère pour désigner ce choix, il est radicalement opposé à la volonté générale du peuple français, très clairement exprimée en 2005, et toutes celles et tous ceux, qui ont permis au traité de Lisbonne d’être adopté, sont donc des traitres de la nation française, coupables de « haute trahison ».

Alors je n’ignore pas que le crime constitutionnel de « haute trahison » a été supprimé de la constitution lors de la réforme constitutionnelle adoptée par le Parlement réuni en congrès, sur la demande du président CHIRAC, en février 2007. Et je n’ignore pas non plus qu’il existe un principe fondamental du droit, le principe de la légalité des délits et des peines, qui veut que pour que l’on puisse appliquer une sanction pénale à un acte délictueux ou criminel, il faut qu’au moment où cet acte a été commis, un texte ait prévu ladite sanction pour ledit acte.

Cependant, la suppression de ce crime quelques mois à peine avant que les dirigeants et parlementaires français ne commettent ce crime, constitue elle aussi un crime de haute-trahison puisqu’elle constitue, par anticipation machiavélique, une disculpation de toutes celles et de tous ceux qui s’apprêtaient à se rendre coupables d’un tel crime. En février 2007, nous savions en effet ce qui se tramait. Sarkozy avait annoncé la couleur et son élection ne fait pas disparaître le crime. Ces gens devront tous rendre compte d’un tel choix violant ouvertement la décision souveraine du peuple français. Nous rétablirons dans la constitution le crime de haute trahison et nous nous en servirons pour juger et condamner les coupables.

Le refus du peuple français d’approuver le traité constitutionnel de 2005 laisse clairement présager que le peuple français serait aujourd’hui très clairement en faveur de la sortie de l’Union européenne, contrairement à ce que disent tant de gens. En effet, le traité de 2005 regroupait en son sein tous les traités antérieurs et donc, au plan juridique, rejeter ce traité signifiait rejeter à la fois le nouveau traité et l’ensemble des traités antérieurs du système de l’Union européenne telle qu’elle existait. La légitimité démocratique de la sortie peut reposer sur cette décision référendaire du peuple français qui s’est clairement exprimé alors.

Pour autant, dix ans c’est long et ce qu’un peuple a décidé un jour, il peut décider de le réformer un autre jour. Il ne s’agit donc pas d’exiger aujourd’hui une sortie de l’Union européenne sur la base du référendum de 2005. Il s’agit d’exiger un nouveau référendum qui, cette fois, pose clairement LES deux questions fondamentales qui ouvriront une autre histoire :

« 1°/ Souhaitez-vous que la République française quitte l’Union européenne dans les plus brefs délais ?

2°/ Si vous répondez oui à la question précédente, donnez-vous mandat impératif au Président de la République et au gouvernement français de commencer à mettre en œuvre le plan de sortie et de prendre les contacts nécessaires pour rendre possible la mise en place rapide de nouvelles solidarités entre les peuples européens au lendemain de la prise d’effet de la décision de sortie ? »

Ce plan de sortie ne peut être improvisé en quelques jours ou quelques semaines. Il doit être préparé avec le plus grand sérieux. Nous pouvons – et nous devons – chacun à notre place, participer à ce projet de libération de notre peuple et, autant que possible, tisser, dès aujourd’hui, des liens étroits avec les peuples européens, c’est-à-dire avec les citoyen-ne-s de ces pays, avec leurs partis politiques, leurs syndicats, leurs associations, leurs regroupements quelle qu’en soit la forme.

Dans notre vision, il ne s’agit pas en effet pour le peuple français de sortir de l’Union européenne pour se renfermer entre ses frontières, dans une vision nationaliste. L’objectif est de rendre possible une libération globale, une émancipation universelle de tous les peuples européens qui sont, comme nous le sommes nous-mêmes et parfois bien plus cruellement que nous-mêmes, sous le joug oppresseur des institutions européennes.

Il n’est donc aucunement question de défendre une « renationalisation » définitive de la diplomatie et de la géopolitique comme de la politique économique ou d’autres politiques publiques.

Les membres de ce groupe ont une vision internationaliste et donc ouverte au monde et aux peuples étrangers. Notre rêve et notre raison d’être et de lutter est bel et bien que s’établissent des relations internationales pacifiques et harmonieuses. Notre rêve et notre raison d’être et de lutter est que naisse un monde où les forts n’imposent plus leur loi aux faibles, où la justice est préservée et où le progrès pour tous est une réalité quotidienne.

Nous sommes internationalistes mais l’internationalisme ne saurait signifier la fin des nations qui sont, à ce jour, le seul périmètre où la démocratie peut avoir une chance de renaître et de prospérer. La démocratie au plan européen est pour l’instant inatteignable. Il faut donc commencer par la reconstruire à l’intérieur de notre pays et poursuivre nos efforts pour lui permettre de se développer au-delà.

Après la séquence du traité constitutionnel de 2005, nous sommes entrés dans un cycle de crise économique s’ajoutant à la crise politique et cette crise économique a conduit les oligarchies à exacerber leur pression anti-démocratique pour imposer leur loi économique, une loi à leur seul profit puisque leur politique n’a fait que plonger dans la misère, la précarité, la pauvreté, des dizaines de millions d’Européen-ne-s.

Et il nous faut aussi prendre en compte le fait que non contents de dévaster les économies et les sociétés des pays européens membres de l’Union, les institutions de cette Union mettent en œuvre, en Afrique, des politiques qui rendent inéluctable l’exode massif des populations africaines vers notre territoire européen. Mais cet exode est aussi une histoire immensément tragique puisque des milliers de ces Africain-ne-s sont déjà morts quand ils arrivent sur nos côtes.

Les institutions de l’Union européennes sont donc des machines de mort et celles et ceux qui les incarnent et les font fonctionner, à quelque niveau de responsabilité que ce soit, sont coupables de crimes massifs. Même le plus petit agent public au service de cette Union européenne est coupable comme l’était celui qui, sous le régime nazi, accomplissait son travail en sachant qui étaient ceux qui lui donnaient les ordres.

Quant aux Africain-e-s qui arrivent vivants chez nous, un grand nombre est immédiatement renvoyé dans leur pays après avoir parfois passé des jours ou des semaines en camp de rétention. Ceux qui réussissent à passer à travers les mailles du filet deviennent alors des travailleurs sans droits, exploités et maltraités. Ces politiques européennes désastreuses doivent être stoppées et c’est une véritable coopération qui doit s’initier en faveur du développement du continent africain.

L’Union européenne voyait depuis très longtemps s’agiter quelques opposants à son « empire » mais ceux-ci étaient souvent marginalisés, discrédités, traités avec mépris ou pire relégués parmi un groupe informe de gens détestables à différents égards. Pourtant, malgré le blitzkrieg médiatique permanent à l’encontre des citoyen-ne-s de plus en plus sceptiques vis-à-vis de l’Union européenne, voire ouvertement contestataires, leur nombre n’a cessé de croître. Ces dernières années en général, et ces dernières semaines en particulier, avec le cas des évènements de la Grèce, le taux de détestation a sans doute explosé et le nombre de personnes déterminées à sa libérer de l’Union européenne a sans aucun doute été multiplié par un facteur 2, 3 ou 4.

Il y a fort à parier que depuis quelques semaines – et surtout depuis quelques jours – les choix faits par les institutions de cette Union européenne, et par celles et ceux qui les instrumentent, ont permis à beaucoup d’Européen-ne-s d’ouvrir les yeux sur ce qu’est vraiment cette Union. Non seulement les opposants traditionnels sont désormais plus convaincants puisque chacun peut s’apercevoir que ce qu’ils ne cessaient de dire se révèle désormais au grand jour comme ayant été la vérité, mais en outre ce sont, à coup sûr, des centaines de milliers, voire des millions, d’Européen-ne-s qui sont en train de basculer dans le camp de l’hostilité franche, assumée, radicale, à cette Union.

La folie destructrice, l’avidité prédatrice, la perversité morale des acteurs de l’Union européenne se sont révélées au grand jour avec l’affaire grecque. De même que l’on a pris conscience que cette Union européenne est bien un outil très largement maîtrisé et contrôlé par un seul pays membre, l’Allemagne, tandis que certains pays-membres sont considérés avec mépris et sont ignorés, pendant que d’autres ne se comportent que comme des vassaux d’un puissant suzerain.

La « crise » est en fait une escroquerie. C’est une véritable guerre économique et politique qui est en cours. Et le dogme de l’austérité est un autre nom de la lutte des classes, puisque les politiques mises en œuvre partout en Europe, loin de conduire à la sortie de crise et à la prospérité retrouvée après le sang et les larmes, ne font qu’enfoncer un peu plus davantage chaque jour, les peuples dans la souffrance et les privations quand, dans le même temps, quelques-uns, très peu nombreux, confisquent la quasi-totalité des richesses produites et les mettent à l’abri dans des paradis fiscaux où les gouvernements ne peuvent ou ne veulent aller les reprendre pour s’en servir au profit des peuples.

Ce n’est donc pas d’un appauvrissement généralisé des États européens dont il est question mais d’une gigantesque escroquerie intellectuelle rendant possible un colossal détournement de fonds vers quelques paradis fiscaux gérés dans l’intérêt de ce fameux 1% regroupant les plus riches d’entre les riches.

En conclusion :

Constatant ce que l’Union européenne est aujourd’hui,

N’oubliant pas ce qu’elle a été hier,

Connaissant les conditions dans lesquelles elle a été fondée,

N’ignorant pas que ses pères fondateurs étaient tout sauf des gens humanistes et désintéressés, qui auraient été épris de liberté et désireux d’offrir aux peuples européens un avenir radieux en leur permettant de se gouverner eux-mêmes souverainement,

Comprenant ce à quoi nous nous exposons si nous refusons de briser les chaines qui nous entravent,

NOUS, citoyen-ne-s français-e-s, mais aussi citoyen-ne-s européen-ne-s, et êtres humains égaux en droits à tous les autres êtres humains de cette planète où que nous vivions, avons décidé de lutter par tous moyens – pacifiques et démocratiques – pour que soient rompus les liens entre la République française et l’Union européenne, et que se substituent à ces liens de dépendance, de contrainte et de subjugation, des liens de coopération et de solidarités entre les peuples qui constituent l’Europe.

P.S. : Afin de ne plus contribuer nous-mêmes à la confusion du discours et afin de faire oeuvre de pédagogie, nous devons cessez d’assimiler « Europe » et « Union européenne » dans le vocabulaire que nous utilisons. Dirigeons nos coups contre « l’Union européenne », pas contre « l’Europe » qui a existé avant l’Union européenne et qui lui perdurera.

*   *   *   *   *
Pour mémoire :

Le groupe « Quittons l’Union €uropéenne pour reprendre le contrôle de nos vies ! » a été créé le vendredi 17 juillet 2015 par Vincent Christophe Le Roux. Plusieurs administrateurs et administratrices de diverses tendances politiques ont déjà été désigné-e-s.

I – L’objectif de ce groupe est :

1/ d’informer sur le caractère nuisible de l’Union européenne : elle détruit les nations, elle viole ou ignore totalement la démocratie, elle impose la loi d’airain du capitalisme exacerbé qu’elle tente d’instiller dans tous les rouages de la société,

2/ de convaincre de l’inanité des propositions visant soit à obtenir l’Europe sociale, soit à subvertir les institutions européennes depuis l’intérieur, soit à désobéir aux traités européens,

3/ de nous préparer intellectuellement pour affronter et surmonter avec succès cette rupture géopolitique et géostratégique fondamentale,

4/ de nous organiser matériellement pour, d’une part, augmenter sans cesse la pression populaire en faveur de la réalisation de cette rupture et, d’autre part, contribuer à ce que le nouveau cycle historique qui succèdera à cette rupture soit un nouveau temps de joie pour tous les peuples,

5/ de tisser les liens nécessaires entre nous, en France et en Europe, pour commencer à construire les solidarités européennes de demain qui se substitueront à la tyrannique Union européenne.

II – Ce groupe n’a ni pour essence, ni pour pour vocation à accueillir les partisans du repli sur soi nationaliste. Nous voulons nous libérer de l’Union €uropéenne afin de reprendre le pouvoir sur nos vies, sur notre destin collectif, sur notre avenir, ceci en vue de rendre possible demain des choix politiques de nature à rassembler les peuples autour de la défense de l’intérêt général et de l’amélioration constante des conditions de vie de tous et pour tous.

III – Ce groupe se veut ouvert et rassembleur sur des valeurs fondamentales :

– la première de ces valeurs fondamentale est la démocratie authentique, la démocratie jusqu’au bout, et c’est pour la restaurer d’abord, et la faire progresser chaque jour davantage ensuite, que nous défendons l’idée que nous devons impérativement nous libérer de l’oppression qu’exerce de plus en plus l’Union européenne sur les peuples ; pour nous libérer de cette oppression, nous défendons l’idée de l’inéluctable sortie de l’Union européenne ;

– la seconde valeur fondamentale est une conception humaniste de la vie ce qui signifie qu’au-delà des divergences inévitables de nos visions et de nos attentes sur tel ou tel sujet particulier, nous nous respectons dans le débat, et nous prônons, tous et toutes, des politiques de nature à faire progresser le droit des peuples et des citoyen-ne-s au bonheur et au bien-vivre.

Pourquoi je suis partisan de la sortie de l’U€ (et pas seulement de l’€uro) ?

NON, je n’ai rien à voir avec un « nationaliste » aux tendances ou aux inclinations « rouges-brunes » comme l’ont écrit certains qui en plus d’être ignares ont un esprit lourd aux capacités manifestement très limitées. A moins que chez ces gens-là,  on en soit encore à l’âge du fer et que l’on ne sache pas encore se servir de cet organe qu’on appelle cerveau. A moins que chez ces gens-là on préfère recracher des propos que d’autres ont prémâché pour eux..

Je suis partisan de la sortie de l’U€ (et pas seulement de l’€uro) parce que pour moi « l’Europe » est une idée qui a peu de choses à voir avec l’économie. Mon Europe à moi a à voir par contre avec la « politique » au sens noble où les Grecs anciens le comprenaient. Parce que « mon » Europe à moi, c’est celle où les peuples de ce continent vivent en harmonie les uns avec les autres et avec les autres peuples du monde.

Parce que je veux que nous appliquions un projet RADICALEMENT ANTICAPITALISTE ET ÉCOSOCIALISTE et que cela est impossible dans le cadre de l’U€ qui met au sommet de la hiérarchie des normes non pas l’intérêt général, non pas le droit au bonheur et au bien vivre, non pas la santé, la justice, l’humanisme, mais la concurrence exacerbée de tous contre tous, principe devenu sacré à tel point que tous ceux qui le contestent sont traités comme des parias et des hérétiques méritant les pires châtiments.

Parce que je veux que nous soyons EXEMPLAIRES EN TERMES DE DÉMOCRATIE THÉORIQUE ET APPLIQUÉE et que nous avons bien compris, depuis 2005, avec un éclatant rappel de la part de Jean-Claude Juncker il y a quelques semaines à peine, que ce n’est pas ainsi que l’U€ envisage l’exercice du pouvoir.

Parce que je veux que notre diplomatie soit ANTI-IMPÉRIALISTE ET DONC INTERNATIONALISTE, ouverte au monde et aux nations qui émergent, et que l’U€ n’est que la succursale de l’Empire états-unien.

Parce que je veux que notre nation, et toutes les autres nations,  soient SOUVERAINES ET LIBRES DE LEURS CHOIX  et que ce genre de désirs n’entre pas dans le registre de ce qui est admis par l’U€ qui n’autorise que la vassalité à l’Empire états-unien et la défense de ses intérêts à lui.

Parce que je veux que la recherche de la paix – ou son rétablissement quand elle a été violée – soit le guide des relations internationales de la France et de l’Europe mais que l’U€ a désormais choisi comme mission d’être le pyromane ou le porte-flingue au service de l’Empire états-unien et de faire sienne la théorie du choc des civilisations. Sauf que ce n’est pas une « théorie » mais un bréviaire des forces occultes de l’Empire pour qui le monde doit être en guerre permanente.

Et parce que je ne crois pas que « désobéir » aux traités soit une solution raisonnable. Non seulement, ce n’est pas responsable, quand on aspire à présider et/ou à gouverner la France, de désobéir à des traités qui engagent notre pays car cela donne un très mauvais message au monde. Si un traité nous déplaît, on peut et on doit le dénoncer. Ce qu’un pays, un gouvernement ou un peuple a décidé un jour, il peut le dénoncer un jour suivant.

Parce que je ne crois pas non plus que la « désobéissance » soit de nature à avoir le moindre effet si l’on continue par ailleurs de se soumettre à un système détestable et détesté.

Parce que je ne crois pas que l’on puisse changer l’U€ de l’intérieur, pas plus que celles et ceux qui s’y sont usé-e-s n’ont réussi à changer le P$ de l’intérieur.

Parce que c’est l’ensemble du système de l’U€ qui est odieux, et ce, depuis ses origines. Il y a bien eu dissimulation de la véritable nature de cette Union, de la véritable origine des pères fondateurs et des véritables desseins caressés.

Alors, la refondation de cette U€, qui n’est qu’un nouvelle Union soviétique, n’étant pas possible, il faut la quitter et contribuer à la dissoudre. Nous pourrons ensuite reconstruire entièrement d’autres formes de relations entre les nations et peuples de l’espace européen, sans oublier que ces relations ne sauraient ignorer le Sud méditerranéen. C’est même lui qui doit, demain, inspirer une union des peuples intégralement repensée.

Pour rendre possible l’humain d’abord : un projet qui assume sa radicalité

Texte d’une de mes deux contributions thématiques au congrès du Parti de Gauche de juillet  prochain. Celle-ci traite de la radicalité du projet que le Parti de Gauche devrait assumer, selon moi. Et nous sommes cinquante à avoir signé ce texte !

* * * * *

Le prochain congrès du PG doit nous permettre de faire les choix qui nous feront accéder aux responsabilités du gouvernement de la France. Si les décisions qu’adopteront les délégués sont bien inspirées, nous nous mettrons en situation de l’emporter pour mettre en oeuvre l’alternative humaniste et démocratique à laquelle nous aspirons. Si nous nous égarons dans des choix inopportuns, ou si nous refusons d’assumer certains choix, nous nous éloignerons irrémédiablement de toute chance de pouvoir « rallumer les lumières » et agir pour que reviennent les « jours heureux ».

Cette contribution s’inscrit pleinement dans la logique de « l’Humain d’abord » mais s’engage clairement dans certaines radicalités que le PG a jusqu’à présent refusé d’assumer. Elle propose un chemin différent sur la question de l’Union européenne : en sortir ! Pour pouvoir atteindre nos objectifs.

Il n’est pas question, ici, de réécrire un projet politique intégral, mais seulement de clarifier ou de réorienter ce qui nous semble devoir l’être. Ainsi, nous, signataires de cette contribution sommes convaincus que notre projet ne peut être qu’anticapitaliste, d’où des propositions de ruptures plus franches avec l’ordre établi et la mise en oeuvre de logiques économiques et sociales radicalement alternatives au capitalisme. C’est parce que nous sommes des anticapitalistes convaincus et conséquents que notre projet ne peut être que philosophiquement inspiré et matériellement construit autour de l’écosocialisme. Et c’est parce que nous sommes des démocrates convaincus et conséquents que notre projet ne peut n’avoir pour boussole que la souveraineté populaire et son corolaire l’indépendance nationale et donc être radicalement innovant en matière de démocratie.

1/ Un projet radicalement anticapitaliste donc écosocialiste

1.1/ Opérer la bifurcation écologique : L’écosocialisme doit guider toutes nos politiques publiques. Mais pour réussir cette révolution, il faut convaincre – et non contraindre – chacun de cette nécessité impérieuse de changer. Faisons-le en nous armant de la raison et de l’enthousiasme, plutôt qu’en jouant seulement sur la peur devant les risques croissants de catastrophes.

1.2/ Révolutionner le partage des richesses : La gestion de l’économie reviendra au peuple et ne sera plus laissée aux marchés ! L’État agira toujours et partout en faveur de l’intérêt général et en rendant le peuple souverain. Les marchés ne feront plus la loi. Les chefs d’entreprise et les conseils d’administration ne seront plus seuls à décider. Les salariés et la collectivité auront des capacités d’intervention profondément renforcées. Le droit des sociétés deviendra, lui aussi, anticapitaliste et le droit du travail redeviendra l’outil majeur de défense des travailleurs. Les réflexions, depuis longtemps engagées, sur le devenir du travail et les nouvelles manières d’appréhender travail et salaire/revenu (revenu inconditionnel, salaire à vie) nous inspireront et seront largement utilisées car elles constituent des armes de destruction massive du capitalisme. La fiscalité deviendra juste et efficace au profit des services publics qui seront restaurés là où ils ont été dévastés tandis que de nouveaux seront créés quand c’est nécessaire. Leur gratuité sera instaurée pour les biens et services essentiels (santé, pompes funèbres, transports, premiers mètres cubes d’eau, premiers kilowatts d’énergie).

2/ Un projet radicalement démocratique

2.1/ La souveraineté populaire restaurée : briser nos chaînes : Nous reprendrons le contrôle de notre souveraineté nationale et populaire. Première rupture fondamentale : la France doit sortir de l’UE car celle-ci est devenue l’arme absolue pour imposer des politiques contraires à l’intérêt général et aux volontés du peuple. Tout l’ordonnancement juridique de l’UE empêche désormais toute inflexion dans le sens de l’humain d’abord. Il ne suffit donc pas de désobéir, il faut rompre et donner ainsi le signal de la reconquête à nos voisins. Le peuple français doit être consulté par référendum et s’il valide cette option, le gouvernement devra alors s’employer à convaincre ses partenaires européens de faire de même. Certains basculeront alors comme nous dans le camp des libérateurs. Ce sera un coup de tonnerre d’une ampleur telle que rien ne sera plus comme avant. Nous sommes convaincus que beaucoup attendent de la France une telle décision, qu’ils n’osent assumer eux-mêmes. Qu’un grand pays, a fortiori membre fondateur de l’UE et grande puissance universaliste comme la France, sorte de cette prison des peuples, quelle symbolique et quelle force donnée au message qui serait ainsi diffusé au monde ! Toute la géopolitique mondiale en serait bouleversée. Et la France, ensuite, pourrait alors prendre la tête d’un processus qui la verrait proposer aux pays d’Europe et du monde d’autres formes de liens, d’autres alliances, d’autres solidarités. La face du monde en serait révolutionnée.

2.2/ La démocratie en France refondée : inventer un nouveau régime : Le PG est le fer de lance de la révolution citoyenne depuis sa fondation et il a porté fortement, à l’élection présidentielle de 2012, le projet de changer de régime en passant à une 6e République. Il s’agit d’imaginer le régime de demain et de faire preuve d’inventivité. Or si nous sommes tous d’accord, au PG, sur l’idée générale du nécessaire perfectionnement de la démocratie et de l’indispensable changement de régime, nous ne nous retrouvons pas forcément sur les options concrètes à défendre. Cette contribution propose donc des pistes et s’engage fermement sur certaines solutions. Partant du constat que nos représentants, depuis très longtemps, ne nous représentent plus et se sont affranchis de la démocratie, nous osons dire que le régime représentatif, tel que nous le connaissons, a vécu. Nous ne disons pas que nous devons le répudier mais nous disons que nous devons l’encadrer bien plus fermement. Nous ne disons pas que nous ne devons plus avoir d’élus et tenir des assemblées générales permanentes ni que tous les Français devront s’impliquer dans les processus de préparation et d’adoption des décisions ; nous disons en revanche que les élus ne doivent plus être les seuls à décider, ni être juridiquement armés pour imposer leurs volontés au peuple récalcitrant, qu’ils doivent être les principaux préparateurs des décisions – mais pas les seuls – et que, s’agissant de l’adoption des décisions, ils ne doivent plus être que des représentants. Sans aller forcément jusqu’à rendre le mandat impératif, des règles nouvelles les contraindront à plus de fidélité à leurs engagements. Le peuple devra être en mesure de participer activement à l’élaboration comme à l’adoption des décisions. Il faudra donc imaginer des procédures le permettant. Plutôt que des cabinets obscurs et techniciens, plutôt que des lobbys qui ne sont élus par personne, qui n’ont aucune légitimité démocratique, mais qui ont le pouvoir de persuasion, nous mettrons aux commandes les citoyensLes décisions seront préparées avec eux et certaines ne pourront plus être adoptées que par eux, par référendum.

Conclusion

Nous pensons que les idées que nous avons présentées dans cette contribution sont compréhensibles par tout le monde et de nature à rassembler le peuple. Nous appelons donc tous les militants à soutenir cette contribution afin qu’elle puisse influer largement sur la plateforme qui sera adoptée au congrès. Le but ultime étant que le PG pèse sur le cours des évènements en France, en Europe et dans le monde et les oriente dans le sens que nous souhaitons.

Nous, peuple français, n’avons pas peur ! À vous autres, adeptes et acteurs du choc des civilisations, d’avoir peur !

Manuel Valls, tel un sous-produit de George « W » BUSH, disait, au lendemain de la tuerie à laquelle nous avons assisté, pétrifiés, qu’ « il y aurait un avant et un après 7 janvier ». Facile ! Même pas un propos inédit ! Aucune création originale ! Notre médiocre Premier ministre, caudillo en devenir, n’a montré là qu’une capacité à reproduire, sans talent, ce qui a été initié par d’autres, bien avant lui. Le Premier ministre s’est montré tel qu’il est : incapable d’innover, d’inventer, de dépasser ses prédécesseurs ou ses homologues et congénères de France ou d’ailleurs, d’aujourd’hui ou d’hier. Il a montré ses limites, bien vite atteintes. Loin d’être un chef de gouvernement à la hauteur de sa responsabilité, il n’a pu que se parer des atours élimés du plus mauvais plagiaire, celui qui ne fait même pas illusion, nulle part.

Du moment que je considère que la tuerie n’est pas un acte de fondamentalisme religieux, ou, à tout le moins, qu’elle n’est pas que ça, je considère qu’elle avait, pour ceux qui l’ont commanditée, le même but que le 11 Septembre : saisir l’opinion, la prostrer dans la stupeur, l’effroi, l’abattement. Pour l’empêcher de penser, de réfléchir, d’analyser et d’avoir une chance de comprendre ce qui se passe, et faire en sorte que les autorités en place puissent :
1°/ imposer leur camelote liberticide sans contestation aucune,
2°/ « dans l’intérêt de la France », participer plus activement à la « guerre contre le terrorisme » et officialiser enfin un rattachement, bien plus net encore qu’il n’existe aujourd’hui, aux États-Unis d’Amérique, puissance qui donne le tempo au monde depuis des décennies mais qui a du mal à s’imposer pour de bon chez nous,
3°/ adopter puis ratifier sans opposition le TAFTA, avant le TISA qui suivra et sans doute d’autres « accords » du même genre.

Là où je suis satisfait, et un peu rassuré, c’est qu’il semble que le peuple français ne soit pas jumeau du peuple américain. Je veux dire par là qu’au lendemain du 11 Septembre, le peuple états-unien a marché, comme un seul homme, derrière son Président et son armée, totalement abruti qu’il a été par tous les medias et tous les pouvoirs, sans qu’aucun des célèbres contrepouvoirs n’assume aucune de ses responsabilités. Je dis ça parce que les manifestations de ces derniers jours semblent indiquer, au contraire des Etats-Uniens, que le peuple français n’est ni prostré, ni abattu. Choqué, écoeuré, fou de colère et de douleur, inquiet, il l’est sans aucun doute. Mais au moins, lui, est debout et pas couché devant son gouvernement.

Cela dit, les deux drames sont d’ampleur tellement incomparable que l’on ne peut tirer de leçon absolue et définitive sur ce point. Imaginez si la France subissait un attentat qui soit identique au 11 Septembre, proportionnellement à sa population. Il y avait près de 281 422 000 habitants aux États-Unis en 2001 et il y eut près de 3000 morts dans les attaques du 11 Septembre. Rapporté à la population actuelle de la France, 66 millions d’habitants, cela veut dire que nous assisterions à la mort violente de près de 700 personnes en une seule journée. Je crains fort qu’une telle horreur, si elle devait se produire un jour, aurait des effets de « choc et de stupeur » bien plus profonds que la disparition d’une vingtaine de personnes, fussent-elles déifiées aujourd’hui.

PLUS QUE JAMAIS, le peuple français doit refuser les vérités officielles et médiatiques et être attentif à ce qui se dit autour de lui, sans jeter le discrédit et l’opprobre sur les sceptiques qui ne croient pas aux explications trop simples des autorités ou des medias qui, rappelez-vous, ne sont que l’outil de propagande du pouvoir, c’est-à-dire de ceux qui détiennent le pouvoir réel dans la société.

PLUS QUE JAMAIS, le peuple français doit rester sur ses gardes vis-à-vis du gouvernement (autant par rapport à celui-ci que par rapport aux prochains qui lui succèderont).

PLUS QUE JAMAIS, le peuple français doit se rassembler, pas dans une « unité nationale » politicienne et qui ne servirait que les intérêts des maîtres et des oligarques, mais dans un rassemblement du peuple de l’essence du « Conseil national de la résistance » qui fut une forme puissante de lutte des classes. Le CNR, en étant une résistance à l’occupant puis au « capitalisme du désastre » qui avait mené à la guerre, est la force politique et citoyenne qui renversa la table et fit bouger le curseur du rapport de force en redonnant la primauté au peuple à travers ses représentants tandis que les oligarques et les capitalistes étaient bien tenus en respect. Certes, on peut toujours considérer que son oeuvre fut inachevée, qu’il aurait dû faire plus et mieux. Mais ce qu’il fit fut déjà immense, surtout lorsqu’on le compare à ce que nous avons aujourd’hui. Beaucoup de cette oeuvre fut détruit depuis des années, méthodiquement. Il s’agit pour nous aujourd’hui de commencer par reconstruire ce qui a été abattu avant d’aller plus loin que ne l’avaient fait les acteurs du CNR. C’est toujours une forme de lutte des classes. Pas au sens où une moitié du pays imposerait sa loi à l’autre. Mais au sens où l’immense majorité du peuple de ce pays imposera sa loi à cette toute petite minorité qui se comporte comme une nuée de criquets, dévastant tout sur son passage puis, une fois que plus rien ne reste, s’en allant dévaster un autre lieu.

Je lis souvent une opposition entre tenants du « rassemblement » et tenants de la « lutte des classes », les deux étant incompatibles aux yeux des deux « factions… Quelle gigantesque connerie !

La « lutte des classes », c’est le « rassemblement » du peuple contre les voleurs et les escrocs des sommets du pouvoir économique, social et politique. Le peuple, c’est 99% de la population et les intérêts de ces 99% sont très proches. Et ces intérêts-là n’ont rien à voir avec ceux du 1% restant. Certes, toutes les minorités méritent de vivre et d’être respectées, ont des droits,  et ne sauraient, pour la seule raison qu’elles sont « minorités », être maintenues dans l’asservissement. Ce n’est pas l’humaniste et l’homme de gauche que je suis qui dira le contraire. Mais aucune minorité ne saurait imposer sa loi contre l’intérêt général. Or, c’est exactement à cela que nous assistons depuis les années 70. C’est exactement cela que nous subissons depuis les années 70. Cette minorité du 1% du peuple Français, la plus nantie, impose sa loi d’airain à tous, avec le consentement plus ou moins bien accepté des 99%.

Quand je disais, plus haut, que nous devons, collectivement, être « attentifs » et « rester sur nos gardes », j’ai ajouté immédiatement « vis-à-vis du gouvernement » car ça ne veut certainement pas dire que la population doit se méfier de tout et de tout le monde en général, de quelques-uns d’entre nous en particulier, si vous voyez ce que je veux dire… Il n’est pas question que soient ciblés et inquiétés ceux qui n’auraient pas la « bonne » couleur (la France n’est pas une population d’une couleur prédéterminée), pas le « bon » patronyme (la France n’est pas une population dont les noms de famille ou les prénoms ne devraient être qu’issus d’un almanach datant de plusieurs siècles), qui ne pratiqueraient pas la « bonne » religion (il n’y a aucune « bonne » religion en République laïque), qui ne vivraient pas à la « bonne » adresse (le lieu de vie ne fait pas partie des éléments discriminants que la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen admet implicitement quand elle stipule que « les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune »), ou qui feraient des choix de vie différents de tel ou tel autre Français se croyant en droit d’imposer ses vues aux autres. Cet esprit de division et de discrimination -là nous est insufflé depuis trop longtemps et, hélas, je crains que nous le ressentions de plus en plus fortement maintenant. Mais nous le refusons.

Ce n’est pas en raison des actes criminels de quelques assassins que nous devons nous méfier et considérer comme suspecte, voire ennemie de l’intérieur, toute une population qui leur serait assimilée pour des motifs de proximité prétendue alors que seuls des racistes, des xénophobes, des ratatinés du bulbe ou des salopards intéressés à de noirs desseins contre notre contrat social et notre vivre-ensemble décrivent comme telle. Jamais la foule des chrétiens n’a été mise en cause pour les actes criminels de quelques-uns d’entre eux. Jamais la foule des blancs n’a été incriminée pour les actes criminels de quelques blancs. Jamais la foule des policiers n’a été incriminée pour les bavures de tel ou tel policier. Jamais une armée entière n’a été incriminée pour les actes criminels de tel ou tel soldat. On peut continuer ce genre de propos avec d’autres exemples. Ils abondent. Il va sans dire que la mise à l’index, ouvertement ou de manière détournée, que ce soit en l’assumant ou en faisant, malhonnêtement, semblant de dire le contraire du message subliminal que l’on diffuse, d’une certaine population s’inscrit clairement à la fois dans le racisme intemporel et dans le très contemporain choc des civilisations.

Nous, peuple français, refusons et l’un et l’autre !

Nous, peuple français, ne sommes pas racistes mais ouverts aux autres, tolérants devant la diversité et convaincus que l’altérité est une chance pour nous tous.

Nous, peuple français, refusons le choc des civilisations que quelques esprits tordus, sous l’influence spirituelle des néoconservateurs états-uniens, veulent importer en France.

Nous, peuple français, allons, collectivement, donner une suite à ces tragiques évènements du 7 janvier 2015. Mais loin de donner une suite antidémocratique, liberticide et belliqueuse à ces évènements, et loin de satisfaire aux rêves malfaisants des fascistes en herbe et de leurs nervis d’un côté, aux intérêts des gouvernants et de leurs mandants (oligarques, capitalistes et puissances impériales étrangères) de l’autre, nous allons reprendre notre destin en mains.

Nous allons remettre notre pays sur la voie du progrès pour tous et oeuvrer, avec d’autres, en Europe et dans le monde, pour que l’humanité chemine vers une harmonie des civilisations plutôt que vers la guerre des civilisations.

La peur ne passera pas par nous pour paraphraser un vieux slogan. Les pouvoirs publics, partout et en tout temps, jouent sur la peur ressentie par les peuples pour asseoir leur pouvoir et celui de ceux pour qui ils agissent, lesquels sont étrangers au peuple. La peur est destinée à nous empêcher de penser, à nous dissuader d’agir, et à nous défier les uns des autres. Nous n’entrerons pas dans cette folie civilisationnelle-là. Le président des États-Unis, Franklin Delano Roosevelt, lors de son 1er discours d’investiture en mars 1933, en une époque où son pays était au coeur de la « Grande Dépression » succédant au krach de 1929, adressait une supplique à son peuple :

« La seule chose que nous devions redouter, est la peur elle-même !« 

Eh bien nous, citoyens et citoyennes de la République française, nous n’avons pas peur. Ni des illuminés fanatiques, ni des terroristes authentiques ou maquillés, ni des gouvernants, ni de personne.

Vous qui décidez pour nous, depuis l’Élysée, Matignon, le Palais-Bourbon, ou l’hôtel Crillon, le dîner du siècle, Londres, Berlin,  Bruxelles, Washington ou ailleurs, entendez ce cri montant du peuple français, peuple des révoltes et des révolutions :

NOUS N’AVONS PAS PEUR !

Et plus encore, écoutez ce cri du coeur d’un peuple qui va reprendre son destin en mains : NOUS N’AVONS PLUS À VOUS TOLÉRER ET NOUS N’ALLONS PLUS VOUS TOLÉRER.

VOUS, Président de la République,
VOUS, Premier Ministre,
VOUS, Membres du Gouvernement,
VOUS, députés et sénateurs,
VOUS, élus locaux,
VOUS, commissaires européens,
VOUS, députés au Parlement européen,
VOUS, PDG, directeurs, adjoints, membres des conseils d’administration et actionnaires des grandes entreprises,
VOUS, qui que vous soyez, qui agissez contre l’intérêt général, pour vos seuls intérêts ou dans les seuls intérêts très particuliers de vos mandants,

Entendez ce cri : C’EST VOUS, TRÈS BIENTÔT, QUI AUREZ PEUR !