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Frédéric Lordon nous parle du film “Merci patron !” de François Ruffin

Retranscription faite par Vincent Christophe Le Roux de l’intervention de Frédéric Lordon lundi 8 février, salle Olympe de Gouges à Paris, pour la diffusion du film “Merci patron !” de François Ruffin.

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Ah, si Frédéric Lordon pouvait inspirer Jean-Luc Mélenchon !

Jean-Luc Mélenchon…

Un des meilleurs moyens pour faire en sorte que le peuple approuve le plan B et les alternatives en discussion (parmi lesquelles la sortie pure et simple de l’euro ou même de l’UE), serait peut-être que toi-même, tu défendes enfin clairement cette idée devant le peuple, que tu la portes haut comme étant le résumé de toute l’argumentation convaincante que tu exposes déjà depuis longtemps.

Frédéric Lordon nous appelait collectivement samedi – à moins qu’il ne t’appelle surtout toi-même…- à faire de ce discours de rupture claire et franche « le cœur d’une anticipation raisonnée qui pourrait nous faire gagner du temps en nous faisant parcourir, par la pensée, le processus du plan A pour se rendre immédiatement à son terminus.« 

Vois-tu, ne manque en effet, dans tes discours, que le signal du combat. Aussi longtemps que tu n’oseras pas, ou refuseras obstinément, de dire ces quelques mots, beaucoup continueront de croire que tu n’es qu’un adepte de la « réforme » de l’UE, qu’à l’instar de tant d’autres, tu souhaites « une autre Europe » au sens où on l’entend depuis des décennies de la part de ceux-là même qui nous ont mis là où l’on est !

Tel Frédéric Lordon, je ne crois pas un seul instant que l’on puisse démocratiser l’euro qui, ainsi qu’il l’a dit avec humour, « a autant de réalité qu’un cercle carré ». Il ne s’est pas contenté d’ironiser avec insolence ; il a expliqué, arguments puissants à l’appui, pourquoi on ne démocratisera jamais l’euro qui est né sous le berceau du coup de force.

Et en conséquence de cela, je ne crois pas que « sortir de l’euro » suffira, car si l’on sortait de l’euro et que l’on restait dans l’UE (ce qui, au passage est une incongruité quand on lit les traités qui lient bien l’un et l’autre, sauf pour quelques cas d’États qui ont bénéficié de dérogations), nous continuerions à subir tout l’ordonnancement juridique socialement nuisible, radicalement antidémocratique, et diplomatiquement dévastateur de l’UE.

Marina Albiol, députée européenne d’Izquierda Unida, a été bien inspirée de faire remarquer que « la monnaie n’est pas tout« , que nous étions déjà sous régime libéral et capitaliste avant d’avoir l’euro, et qu’il ne suffira pas de sortir de l’euro pour que tout s’arrange. Il faudra faire bien plus… Ce « bien plus », c’est sortir de l’UE, totalement et définitivement !

Parce que le juriste que je suis connait un peu les traités, sait bien que tout est solidement verrouillé, et que jamais on ne pourra modifier une virgule de cet ordonnancement juridique, fut-ce en mettant notre contribution financière à l’UE dans la balance, nous devons nous échapper, nous évader, de cette nouvelle Alcatraz.

Tu l’as exposé toi-même. Nous pouvons faire tout autre chose sans que la sortie de la France de l’UE signifie un renfermement sur nous-mêmes. Ce n’est pas au nationalisme auquel nous aspirons. C’est tout le contraire : l’internationalisme, mais le vrai, pas l’imaginaire dénoncé à juste titre par Frédéric Lordon. Nous voulons respirer de nouveau et pour cela, nous devons retrouver notre IN-DÉ-PEN-DAN-CE totale, pour pouvoir ensuite, immédiatement après notre sortie « sèche », entamer toutes les négociations nécessaires avec nos partenaires, dans un cadre bilatéral ou multilatéral. La France a vécu sans l’UE hier et elle revivra sans elle demain, sans drame. Le « nouvel indépendantisme français » que tu as brillamment présenté par ailleurs est cela. Alors pourquoi ne réserves-tu ces propos qu’à des cercles restreints de spécialistes ?

Tu as aussi rappelé dimanche que les grands projets européens datent d’avant l’euro et qu’ils n’ont pas été conçus dans le cadre des « communautés européennes » mais dans celui de programmes de « coopération intergouvernementale », c’est-à-dire en dehors des structures communautaires, directement entre États.

Frédéric Lordon a eu l’occasion de le rappeler, lui aussi, en parlant de tous les liens à tisser, ou à développer pour ceux qui existent déjà.

Marina Albiol, encore elle, disait, à juste titre, qu’il fallait « sortir du capitalisme« . Ce n’est pas qu’un mantra. Ça dit beaucoup de choses. Certes, des masses de gens ne sont pas encore convaincues de cela, même si elles ont de plus en plus conscience que les malheurs qu’elles vivent résultent du capitalisme. Elles ne sont pas encore convaincues de la sortie du capitalisme sans doute parce qu’elles ne discernent pas les traits de l’autre société qu’on veut lui substituer.  Or nous avons beaucoup à dire et à proposer sur ce point. Nous le faisons depuis des années mais nous devons employer d’autres moyens pédagogiques que notre habituel discours qui n’a pas l’effet escompté. Sur ce sujet précis, Podemos montre la voie et Pablo Iglesias a eu l’occasion de nous expliquer, dans une vidéo, pourquoi nous faisons fausse route et comment on peut trouver des solutions efficaces. Et il y a aussi Tatiana J., Johann E. et Tommy L. avec le Fil d’Actu qui ouvrent la voie. Ce que ces militant-e-s viennent de commencer à mettre en oeuvre avec ce mini JT alternatif est purement génial.

Oui, comme l’ont exposé certains lors du sommet du Plan B, c’est bien tout le système juridique et institutionnel de l’UE qu’il faut déconstruire puisqu’il institutionnalise, dès le premier jour, le capitalisme.

Donc, il faut commencer, pour ce qui te concerne – puisque tu as déjà en magasin toute l’argumentation idoine à l’appui, mais aussi des alliés et une masse de gens prête à te soutenir dès que tu diras « Aux armes citoyens » (je parle au sens figuré, ça va sans dire) – que « ton » plan B à toi n’est pas de tenter de changer l’UE ou de réformer ou de démocratiser l’euro ou le mécanisme institutionnel de l’UE -inaccessible utopie- mais de nous libérer d’elle.

Faisant cela, tu perdrais des « amis-e-s » et des soutiens mais tu en gagnerais sans doute d’autres, beaucoup d’autres !

J’en finirai par ce dernier élément : peu importe -voire tant mieux !- que tu perdes le soutien de tel parti (le PC par exemple) ou de telle personnalité politique (Pierre Laurent ou Cécile Duflot au hasard), peu importe même que certains du PG te voient alors « dériver » vers le « gauchisme » ou le « rouge-brun » (insultes que nous recevons si souvent) car tu te seras alors mis à l’heure du peuple et tu seras à l’unisson avec lui,  et tu ne tarderas pas à en cueillir très vite les fruits en plus de dévitaliser totalement ce FN qui nous fait tant de mal et qui légitime tant nos maîtres qui s’en servent pour nous faire tous chanter… Cerise sur le gâteau, en étant médiatiquement le vilain petit canard, en étant, a priori, rejeté de toutes parts par « les tiens », tu serais rapidement perçu comme l’Alternative, la vraie. Rappelle-toi l’expérience de Chirac de 1993 à 1995… Lâché de toutes parts, « trahi » par ses plus proches, « seul et isolé », c’est lui qui a battu le candidat du système, Balladur, avant de l’emporter face à Jospin. Je crois que tu peux rééditer cette expérience.

Tu auras sans aucun doute à rivaliser avec un « candidat unique de la Gauche » que la primaire aura désigné contre toi, et surtout contre tout risque de voir l’Alternative prendre tournure. Mais tu seras alors, aux yeux du peuple – à condition aussi que tu dises ce qu’il faut dire…- le recours.

Relis ces mots que Frédéric Lordon a dits dans son intervention de samedi :
« Et de quelle alternative parlons-nous ? De la seule en réalité capable de faire une différence radicale, une de ces différences que le corps social crève de ne plus jamais se voir proposer sur la scène des partis dits de gouvernement, désormais réduits à la grille continue de la droite générale. C’est bien pourquoi mort de faim politique, le peuple se jette avec avidité sur la moindre différence qui passe dans son champ de vision, fut-ce la pire, la plus mensongère, portée par les plus immondes démagogues car au moins c’est une différence et que, par là, il a le sentiment de respirer à nouveau.« 

Jean-Luc, travailler en étroite collaboration avec Frédéric Lordon serait une arme de conviction massive…

Ce qu’il faut que tu fasses, ce n’est pas de courir après la gauche, mais plutôt de trouver le moyen de ramener aux urnes, et si possible en ta faveur, cette moité d’électeurs qui les ont boudées aux dernières élections… Pour cela, tu ne dois pas parler à la Gauche mais à la France.

À partir du moment où tu auras clairement appelé à sortir de l’UE, je ne doute pas que les 55% de Français qui ont voté NON au TCE en 2005 s’intéresseraient de près à ce que tu dis ; et que parmi eux une grande partie finirait par te soutenir si tu persévérais dans ce positionnement-là !

Nous sommes hostiles au monarchisme de la 5e et nous sommes les plus ardents défenseurs d’un changement de régime que nous désignons sous le vocable de « 6e République » et dont nous voulons qu’il fasse « Place au peuple ».

Mais sauf à ce qu’une révolution intervienne avant et ne balaye ce régime honni, il nous faut, si l’on veut avoir quelque chance d’influer sur le cours de notre destin, gagner la présidentielle d’abord, les législatives ensuite. La première étape implique de te faire élire et pour cela, on doit se soumettre au système électoral présidentialiste. On doit donc avoir un candidat  solide, capable de rassembler le peuple et de porter un projet de rupture avec l’Ancien régime.

Je suis de ceux qui pensent que tu dois devenir officiellement candidat et le plus vite possible, en ton nom propre et non en celui du PG ou de quelconque parti, cartel, clan, union de partis, rassemblement de quelque nature que ce soit. La 5e République, tu le sais bien, c’est la rencontre d’un homme et d’un peuple. Je sais bien moi-même que cette idée-là défrise la Gauche qui est adepte du collectif. Mais le « collectif » se fera aussi, autour de toi. Les organisations politiques se positionneront comme elles le veulent. Certaines te soutiendront, d’autres te seront, de manière virulente, hostiles. Tant mieux disais-je plus haut ! Candidat « hors-système » bien que maîtrisant ce système, tu seras en bonne position pour plaire au peuple.

L’unitééééé est-elle l’unique solution à appliquer pour empêcher le désastre ?

La Gauche menacée en Ile de France, en Nord-Pas de Calais et ailleurs…

Déjà on entend la petite musique lancinante de la nécessaire « unitéééééééé de la gauche » pour empêcher que les régions ne basculent à droite.

C’est curieux mais moi j’ai le sentiment – très prégnant et très désagréable – que la « droite » gouverne déjà presque toutes les régions, même si elle le fait sous diverses étiquettes et avec différents prête-noms…

Il n’y a qu’à voir ce que font les régions dites de « gauche »…. Les mêmes solutions, les mêmes remèdes, les mêmes mesures qui nous enferment dans un capitalisme dévastateur des équilibres naturels et nous éloigne chaque jour davantage de relations humanistes entre les êtres humains.

Le fascisme menace nous dit-on. Il est à nos portes. En France et ailleurs dans le monde. Déjà, certains territoires ont basculé. D’autres menacent de basculer à leur tour. La guerre est encore larvée mais pourrait éclater pour de bon car les causes de celle de 1914-1918 sont bien présentes en 2015.

Alors on nous serine la réaction nécessaire : taisons nos différences. Entendons-nous. Faisons front commun. Nous nous entendons à gauche sur l’essentiel nous dit-on…

Je veux bien tolérer une « unitééééééé » de la Gauche mais à une condition, une seule : que l’on s’accorde sur ce que l’on va faire dans cette « unitéééééééé ». Et là, voyez-vous, j’ai quelques doutes sur la possibilité d’un tel accord sur le fond !

D’autres nous appellent à une union nationale qui ne tienne aucun compte des aspirations contraires des un-e-s et des autres.

Beaucoup confondent l’unité populaire nécessaire et qui, aussi étrange que cela puisse paraître, serait assez facile à obtenir si l’on sortait des schémas politiciens traditionnels, et l’union nationale qui est une forme de dictature du système avec une prétendue onction ou caution populaire.

Moi, je suis partisan de l’unité populaire (ce n’est pas pour rien que je soutiens Laïki Enotita en Grèce) qui suppose seulement que le peuple approuve un projet commun.

Je pense que quiconque proposerait en France un tel projet serait largement soutenu… pour peu qu’il n’ait pas trempé auparavant dans des combines politiciennes ou ne se soit pas rendu coupable d’avoir pris des décisions contraires à l’intérêt général…

Or c’est là que le bas blesse. C’est là notre grande difficulté du moment. Celles et ceux qui semblent proposer une alternative intéressante sont loin d’être des néophytes (à la limite tant mieux !) mais ils sont loin aussi d’être exempts de critiques.

Personne n’est parfait me répondra-t-on ! En effet ! Ce n’est pas tant que tel ou tel défaut puisse être constaté chez tel leader, tel parti, telle organisation, qui soit rédhibitoire à mes yeux, précisément parce que je suis assez tolérant pour admettre que l’on peut se tromper, s’égarer et revenir du bon côté du combat. Le problème, c’est une question de crédibilité…

Quand on dit des choses intéressantes, quand on défend un projet qui semble vraiment alternatif, mais qu’on reste uni à des gens qui, de près ou de loin, directement ou indirectement, de manière assumée ou dissimulée, restent malgré tout alliés à celles et ceux qu’on combat, on n’est pas crédible !

Quand on prétend faire autre chose mais que si on échoue à convaincre, on rejoindra celles et ceux qui font depuis toujours ce qu’on conteste, on n’est pas crédible !

Quand pour combattre un mal, on choisit d’appuyer un autre mal, on n’est pas crédible !

Quand on prétend vouloir rendre le peuple souverain sans vouloir briser les liens de la servitude, on n’est pas crédible !

Quand on prétend rassembler le peuple mais qu’on reste enfermé dans la cuisine politicienne de la Gauche, on n’est pas crédible !

Dans notre système électoral, pour l’emporter, il faut obtenir une majorité absolue au premier tour, ou une majorité relative au second et pour obtenir cela, il faut se rassembler et faire l’unitéééé de son camp.

Si vous faîtes cette unité dans la clarté, la cohérence et la fidélité aux valeurs de ce camp, vous réussissez assez bien à convaincre même celles et ceux qui n’y croyaient plus depuis longtemps car il y a un effet dynamique. On l’a vu aux présidentielles de 2012 pour le camp du Front de Gauche qui a fait le plein de ses voix et en a même sans doute gagnées ailleurs, très au-delà de son camp…

À l’inverse, quand on revient aux jeux politiciens, on se prend des vestes. La raclée s’annonce mémorable pour la gauche en général aux Régionales de décembre. Mais feu le Front de Gauche va également ramasser de violents coups dans la gueule ! Ce sera mérité quand on voit le spectacle affligeant qu’a donné, depuis juin 2012, le Front de Gauche ou plutôt celles et ceux qui l’animaient..

L’unité n’est donc source de succès que lorsqu’elle reflète un accord réel et sincère sur un projet et que les intérêts personnels s’effacent ou sont domptés et tenus en respect au profit de la promotion de l’intérêt général.

Mais faire l’unitééééééé juste pour peser plus lourdement que les autres concurrents ne peut aboutir qu’à un échec si cette unité ne repose pas sur un projet clair et enthousiasmant pour le peuple – et pas seulement pour les militant-e-s ou les cadres des organisations qui l’ont bâtie…

Si l’on accepte tous un projet clairement d’intérêt général, donc un projet qui mettra en oeuvre des décisions tout à fait différentes de celles que la droite officielle, ou le PS et ses bagages accompagnés, ont mis en oeuvre ces dernières décennies, alors oui, allons ensemble. Mais si cette condition n’est pas remplie, une large « unitéééééé » est hors de question.

La condition que je pose est évidemment une clause de style car celles et ceux que l’on combat ne sauraient renier ce qui les a toujours fait agir…

Fanchement…

Voyez-vous la droite ou le PS et ses bagages accompagnés approuver un projet du style  « L’Humain d’abord » ?

Voyez-vous la droite ou le PS et ses bagages accompagnés approuver un projet déterminé à renverser la 5e République pour rendre possible un régime où le peuple aura vraiment pleine souveraineté ?

Voyez-vous la droite ou le PS et ses bagages accompagnés approuver un projet radicalement anticapitaliste ?

Voyez-vous la droite ou le PS et ses bagages accompagnés approuver un projet qui nous libère de la servitude que nous impose l’Union européenne ?

Voyez-vous la droite ou le PS et ses bagages accompagnés approuver un projet qui tourne le dos à nos modes de vie consuméristes et dévastateurs des équilibres naturels pour rendre possible un autre monde sain et juste ?

Voyez-vous la droite ou le PS et ses bagages accompagnés approuver une géopolitique anti-impérialiste et internationaliste ?

Voyez-vous la droite ou le PS et ses bagages accompagnés approuver un véritable partage des richesses produites par tous destiné à faire disparaître pauvreté et précarité alimentaire, sanitaire, intellectuelle ?

Je pourrais poursuivre longtemps ce genre de questions…

L’unitéééé avec le PS et ses bagages accompagnés est IMPOSSIBLE désormais !

L’unitéééé avec les « modérés » de la droite et du centre est IMPOSSIBLE désormais !

JAMAIS PLUS – vous entendez ? JAMAIS PLUS – je ne voterai pour un-e candidat-e du PS, quelles que soient les circonstances ! Le FN a grossi – et nous menace – largement À CAUSE de l’action du PS depuis des décennies. Alors PLUS JAMAIS je ne serai ce citoyen affolé, halluciné, qui choisit le cancer pour ne pas subir la peste…

Et PAS QUESTION non plus pour moi d’appuyer in fine un Alain JUPPÉ parce qu’il serait moins détestable qu’un HOLLANDE, qu’un SARKOZY, qu’une LE PEN ou que je ne sais qui d’autre…

Soit il y a en lice, au premier tour, un, une ou des candidat-e-s qui portent nos espoirs et notre détermination pour rebâtir un monde de liberté, d’égalité et de fraternité donc de partage, de justice et de paix, et qui gardent une crédibilité, et je voterai encore pour eux. Soit il n’y a que des arrivistes, des carriéristes, des politicien-ne-s madré-e-s, aussi détestables que ceux ou celles qu’ils disent affronter, qui se sont employés depuis des mois à fabriquer des alliances parfois indignes (indignes parce que ne reposant pas sur autre chose que des intérêts personnels, très éloignés d’un projet de reconstruction politique au sens noble du terme), et alors je ne me déplacerai même pas.

Comme je n’ai aucune illusion et que je crois être assez conscient de la réalité que nous vivons, en décembre pour les Régionales, j’agirai comme je l’ai déjà fait en 2014 pour les Départementales. Au second tour, je serai un abstentionniste puisque le vote blanc ne sert à rien.

Inutile de venir me faire la leçon. J’ai toujours voté à toutes les élections sans exception depuis que j’ai l’âge de le faire. J’ai 40 ans. J’avais souvent à l’esprit moi-même les arguments qu’on oppose aux abstentionnistes et cela me motivait parfois pour préférer voter « blanc ». Mais aux Départementales, pour la première fois, j’ai préféré m’abstenir au second tour. S’abstenir est aussi un choix et porte un message. Parmi les abstentionnistes, il y a bien sûr celles et ceux qui se contrefoutent de la politique depuis toujours mais leur nombre est résiduel. L’immense majorité des abstentionnistes sont des citoyen-ne-s éveillé-e-s mais très contrarié-e-s et qui hurlent ainsi un message très clair.

Cette fois, aux Régionales, c’est dès le premier tour que je m’abstiendrai car ce que je vois, ce que je lis et ce que j’entends est très loin de correspondre aux idées que je me fais de l’avenir dont nous avons besoin. Alors faute de pouvoir influer moi-même sur les évènements, je me retire sur l’Aventin… avec une cohorte de citoyen-ne-s désabusé-e-s, écoeuré-e-s, extrêmement contrarié-e-s MAIS PAS DÉSESPÉRÉ-E-S !

Nous ne sommes pas seulement des victimes de forces contre lesquelles nous ne pouvons rien. Nous sommes aussi des victimes de notre refus de nous libérer. Le principe de la servitude volontaire….

C’est à nous de prendre désormais notre vie en mains, malgré le système qui tend à nous dissuader de le faire, malgré les contraintes qu’on nous impose et les coups de fouet qu’on nous inflige.

Des milliers de gens ont abandonné la politique qui se fait sur la « scène » politique mais n’ont pas abandonné la politique pour autant, la politique au sens noble. Ils en font aussi en repensant le monde et en menant des alternatives radicales et concrètes chaque jour, dans leur vie, dans leur entourage.

Je l’ai déjà dit, je le répète. Ce n’est pas au niveau macro-politique que nous inverserons la course fatale. C’est au niveau le plus local, quand nous serons des millions à avoir compris et à avoir commencé à changer nos modes de vie, notre façon d’habiter la terre et réussi à faire en sorte que nos pratiques quotidiennes soient en résonance avec le diagnostic que nous avons fait et que nous aurons essaimé.

Ce n’est pas le PG, le PCF, le Front de Gauche qui changeront le monde.
Ce n’est pas davantage l’UPR, le M’PEP, le PRCF, le NPA ou je ne sais qui d’autre dans la galaxie institutionnelle des partis.

C’est NOUS !

Manifeste du groupe « Quittons l’Union €uropéenne pour reprendre le pouvoir sur nos vies ! »

« L’Union €uropéenne », c’est du capitalisme pur depuis ses origines alors que « l’Europe », c’est tout autre chose.

« L’Europe » est un continent, une entité géographique, historique, culturelle. C’est une donnée à la fois scientifique et culturelle. C’est une idée en même temps qu’une réalité mais une réalité fuyante, évolutive, instable qui a aussi, pourtant, ses permanences sur le temps long. « L’Europe » ne préjuge en soi d’aucun choix politique ou géopolitique.

« L’Union européenne », en revanche, est une réalité institutionnelle, politique et géopolitique, d’essence humaine donc relative, pouvant en soi offrir aux Européens qui la peuplent le meilleur comme le pire.

Durant des années, l’Union européenne était souvent perçue comme plus bénéfique que nuisible, même si, déjà, depuis très longtemps, certains nous mettaient en garde, ayant constaté bien des choses n’entrant pas dans la logique valeureuse et humaniste que ses créateurs ou ses laudateurs mettaient sans cesse en avant.

L’Union européenne, préfigurée par la Communauté économique européenne en 1957, et quelque part aussi par la Communauté européenne du charbon et de l’acier (la « CECA ») mise en place en 1951, s’est construite par avancées régulières, selon la méthode annoncée par la déclaration Schuman du 9 mai 1950 : « L’Europe ne se fera pas d’un coup, ni dans une construction d’ensemble. Elle se fera par des réalisations concrètes, créant d’abord une solidarité de fait. »

La première de ces « réalisations concrètes » est la CECA créée par le traité de Paris du 18 avril 1951. La Communauté européenne du charbon et de l’acier regroupait six pays fondateurs : France, Allemagne de l’Ouest, Belgique, Luxembourg, Pays-Bas et Italie. Cette « communauté » était en fait déjà une quasi-fédération puisque un organisme supra-national, la « Haute Autorité » était investie de pouvoirs transférés par les États. Dans cette logique supra-nationale très clairement affirmée, les pères fondateurs et leurs amis et relais tentèrent, en 1954, de fonder la Communauté européenne de défense mais en France, les gaullistes et les communistes refusèrent de voter pour et le projet fut donc enterré.

Trois ans plus tard, ce sont deux nouvelles communautés thématiques qui virent le jour entre les six pays fondateurs de la CECA. Ces deux communautés furent créées par les deux traités de Rome du 20 mars 1957 : d’une part la Communauté européenne pour l’énergie atomique (C.E.E.A., appelée aussi « Euratom ») et d’autre part la Communauté économique européenne (C.E.E.).

L’arrivée du général de Gaulle à la présidence de la République française, l’année suivante, en 1958, va ralentir fortement la construction européenne car il considérait que cette intégration européenne, faite sur le mode de la supra-nationalité en vue de créer une fédération, était un danger majeur pour la survie des nations européennes et que l’on était sûr de voir cette Communauté européenne finir par dériver pour devenir un outil de plus entre les mains des États-Uniens. Il avait raison !

Il fallut attendre le départ du général de Gaulle pour que la construction européenne redémarre. Avec notamment l’entrée de trois nouveaux membres en 1972 (Royaume-Uni, Irlande et Danemark).

L’autre évolution vraiment importante des années 70 est qu’eurent lieu les premières élections européenne, en juin 1979.

Les années 80 furent marquées par l’adhésion de la Grèce en 1981 et de l’Espagne en 1986 et par l’Acte Unique qui relança l’intégration européenne en lui faisant faire un grand pas en avant. Ce traité de 1986 préfigurait et préparait le traité suivant : le traité sur l’Union européenne ou traité de Maastricht en 1992.

Ces deux traités contenaient toute une série de caractéristiques « régressives » s’agissant de la démocratie et de la politique économique et sociale que l’on voit aujourd’hui à l’oeuvre.

Les plus fins des analystes, des politiques et des citoyen-ne-s éveillé-e-s avaient déjà compris alors que, loin de constituer une « union économique », ce que les concepteurs prétendaient faire, ce qui était institué était un système centralisé et autoritaire sous les ordres de technocrates indépendants de tout pouvoir politique démocratiquement pensé et mis en oeuvre. On voyait bien que l’objectif était clairement d’exclure les peuples souverains de la décision. En outre, on était loin de rendre possible cette « union économique » que l‘on prétendait instituer, puisque rien n’était fait pour permettre une véritable convergence des économies nationales. Les seuls principes, les seules règles, les seules exigences normatives avaient une essence financière bien plus qu’économique.

La décennie des années 90, en matière d’intégration européenne, a pris fin avec le traité d’Amsterdam en 1999 tandis que la décennie suivante, celle des années 2000, a commencé avec le traité de Nice en 2001.

Ces deux nouveaux traités adoptés par les Parlements seuls, sans que les peuples ne puissent se prononcer, traduisaient déjà, de manière on ne peut plus claire, les intentions des oligarchies qui dirigeaient les pays membres : extorquer tous les pouvoirs et retirer aux peuples leurs droits souverains de décider de leur avenir par le biais de leurs « représentants » dans les Parlements. L’augmentation très conséquente du nombre de sujets transférés à l’Union, et qui dorénavant pouvaient être tranchés à la majorité et non plus selon la règle de l’unanimité, signifiait que les institutions européennes, et ceux qui ont adopté les modifications en ce sens, ne se souciaient plus que les peuples suivent. Qu’ils le veuillent ou non, les décisions s’imposeraient à eux.

Puisque personne ne s’opposait réellement à leur montée en puissance, les appétits de ces oligarchies ne cessèrent de grandir et avec eux, s’affermirent et s’institutionnalisèrent les principes anti-démocratiques. Et c’est la raison pour laquelle, en 2005, ces oligarchies proposèrent un nouveau traité. Un de plus pourrait-on dire ! Certes, mais ce traité-là portait en lui une caractéristique dangereuse que les précédents n’avaient encore jamais osé défendre : la constitutionalisation de la politique économique et sociale et de diverses autres politiques publiques. Il était donc clair que l’objet de ce traité n’était pas de faire progresser un peu plus la « construction de l’Union européenne », mais bien de quasi-sacraliser des choix politiques souvent rejetés par les peuples et donc de rendre impossible désormais toute alternance politique. Les élections qui, dans nos démocraties étaient sensées définir les choix, n’auraient plus aucun sens et se verraient totalement vidées de leur raison d’être. Elles ne serviraient plus qu’à choisir des exécutants « dociles » et « conformes » de politiques conçues et de décisions prises sans eux. La démocratie était là attaquée frontalement et si ce traité avait été adopté, la mort de la démocratie aurait été actée sur le champ. Car, une autre mesure avait été retenue dans le texte afin que toute modification de cette « constitution de l’Europe » ne soit plus jamais possible : la règle de l’unanimité était indispensable pour la moindre évolution. Or avec l’augmentation du nombre de pays membres et la différenciation de plus en plus nette des attentes et des projets de ces pays par rapport aux pays fondateurs, il était acquis que jamais la moindre modification ne serait possible. Donc le traité serait sans doute en vigueur pour des décennies. C’est d’ailleurs ce que Valéry Giscard d’Estaing, ancien Président de la République française et principal rédacteur de ce traité constitutionnel avait fait remarquer, en étant très fier de ce point précis. Beaucoup de capitalistes qui s’assument comme tels et qui assument le combat avec leurs ennemis de gauche, dirent d’ailleurs, à cette époque, que ce traité serait l’arme de destruction massive de la gauche et des politiques de gauche ! Mais bien peu les entendirent alors !

Nous avons cru éviter le pire puisque le peuple français ayant décidé de rejeter ce traité à une nette majorité, ce traité fut abandonné. Rappelons que le peuple français fut suivi par le peuple néerlandais qui vota dans le même sens la semaine suivante. Aucun autre peuple européen ne put avoir l’opportunité de se prononcer lui-même. Dans tous les autres États-membres, ce sont les parlements qui se sont prononcés au nom de leurs peuples et comme ils ont tous adopté très largement le texte, il est toujours affiché depuis que « les peuples européens sont favorables à l’Union européenne ».

C’est une prétention tout à fait extravagante. Sans que nous ne puissions l’affirmer avec certitude, nous pouvons penser que c’est une présomption crédible, solide, rationnelle, que de dire que bien des peuples n’auraient pas approuvé le texte du traité de 2005 si on le leur avait demandé directement. Il faudra bien un jour que les peuples disent eux-mêmes ce qu’ils en pensent et ce qu’ils veulent. Pas par des sondages mais par des référendums !

Le refus de ces deux peuples aboutit à l’abandon du traité. Pourtant, l’essentiel du texte dudit traité s’est retrouvé dans un nouveau traité élaboré principalement par Nicolas Sarkozy devenu Président de la République française. Et ce traité, signé en décembre 2007, fut largement adopté le 4 février 2008 par le Parlement français qui, ce faisant, commis un acte de haute trahison. Certains parlèrent de « coup d’État simplifié » (Nicolas Dupont-Aignan), d’autres de « forfaiture » (Jean-Luc Mélenchon et bien d’autres à gauche). Oui, quels que soient les termes que l’on préfère pour désigner ce choix, il est radicalement opposé à la volonté générale du peuple français, très clairement exprimée en 2005, et toutes celles et tous ceux, qui ont permis au traité de Lisbonne d’être adopté, sont donc des traitres de la nation française, coupables de « haute trahison ».

Alors je n’ignore pas que le crime constitutionnel de « haute trahison » a été supprimé de la constitution lors de la réforme constitutionnelle adoptée par le Parlement réuni en congrès, sur la demande du président CHIRAC, en février 2007. Et je n’ignore pas non plus qu’il existe un principe fondamental du droit, le principe de la légalité des délits et des peines, qui veut que pour que l’on puisse appliquer une sanction pénale à un acte délictueux ou criminel, il faut qu’au moment où cet acte a été commis, un texte ait prévu ladite sanction pour ledit acte.

Cependant, la suppression de ce crime quelques mois à peine avant que les dirigeants et parlementaires français ne commettent ce crime, constitue elle aussi un crime de haute-trahison puisqu’elle constitue, par anticipation machiavélique, une disculpation de toutes celles et de tous ceux qui s’apprêtaient à se rendre coupables d’un tel crime. En février 2007, nous savions en effet ce qui se tramait. Sarkozy avait annoncé la couleur et son élection ne fait pas disparaître le crime. Ces gens devront tous rendre compte d’un tel choix violant ouvertement la décision souveraine du peuple français. Nous rétablirons dans la constitution le crime de haute trahison et nous nous en servirons pour juger et condamner les coupables.

Le refus du peuple français d’approuver le traité constitutionnel de 2005 laisse clairement présager que le peuple français serait aujourd’hui très clairement en faveur de la sortie de l’Union européenne, contrairement à ce que disent tant de gens. En effet, le traité de 2005 regroupait en son sein tous les traités antérieurs et donc, au plan juridique, rejeter ce traité signifiait rejeter à la fois le nouveau traité et l’ensemble des traités antérieurs du système de l’Union européenne telle qu’elle existait. La légitimité démocratique de la sortie peut reposer sur cette décision référendaire du peuple français qui s’est clairement exprimé alors.

Pour autant, dix ans c’est long et ce qu’un peuple a décidé un jour, il peut décider de le réformer un autre jour. Il ne s’agit donc pas d’exiger aujourd’hui une sortie de l’Union européenne sur la base du référendum de 2005. Il s’agit d’exiger un nouveau référendum qui, cette fois, pose clairement LES deux questions fondamentales qui ouvriront une autre histoire :

« 1°/ Souhaitez-vous que la République française quitte l’Union européenne dans les plus brefs délais ?

2°/ Si vous répondez oui à la question précédente, donnez-vous mandat impératif au Président de la République et au gouvernement français de commencer à mettre en œuvre le plan de sortie et de prendre les contacts nécessaires pour rendre possible la mise en place rapide de nouvelles solidarités entre les peuples européens au lendemain de la prise d’effet de la décision de sortie ? »

Ce plan de sortie ne peut être improvisé en quelques jours ou quelques semaines. Il doit être préparé avec le plus grand sérieux. Nous pouvons – et nous devons – chacun à notre place, participer à ce projet de libération de notre peuple et, autant que possible, tisser, dès aujourd’hui, des liens étroits avec les peuples européens, c’est-à-dire avec les citoyen-ne-s de ces pays, avec leurs partis politiques, leurs syndicats, leurs associations, leurs regroupements quelle qu’en soit la forme.

Dans notre vision, il ne s’agit pas en effet pour le peuple français de sortir de l’Union européenne pour se renfermer entre ses frontières, dans une vision nationaliste. L’objectif est de rendre possible une libération globale, une émancipation universelle de tous les peuples européens qui sont, comme nous le sommes nous-mêmes et parfois bien plus cruellement que nous-mêmes, sous le joug oppresseur des institutions européennes.

Il n’est donc aucunement question de défendre une « renationalisation » définitive de la diplomatie et de la géopolitique comme de la politique économique ou d’autres politiques publiques.

Les membres de ce groupe ont une vision internationaliste et donc ouverte au monde et aux peuples étrangers. Notre rêve et notre raison d’être et de lutter est bel et bien que s’établissent des relations internationales pacifiques et harmonieuses. Notre rêve et notre raison d’être et de lutter est que naisse un monde où les forts n’imposent plus leur loi aux faibles, où la justice est préservée et où le progrès pour tous est une réalité quotidienne.

Nous sommes internationalistes mais l’internationalisme ne saurait signifier la fin des nations qui sont, à ce jour, le seul périmètre où la démocratie peut avoir une chance de renaître et de prospérer. La démocratie au plan européen est pour l’instant inatteignable. Il faut donc commencer par la reconstruire à l’intérieur de notre pays et poursuivre nos efforts pour lui permettre de se développer au-delà.

Après la séquence du traité constitutionnel de 2005, nous sommes entrés dans un cycle de crise économique s’ajoutant à la crise politique et cette crise économique a conduit les oligarchies à exacerber leur pression anti-démocratique pour imposer leur loi économique, une loi à leur seul profit puisque leur politique n’a fait que plonger dans la misère, la précarité, la pauvreté, des dizaines de millions d’Européen-ne-s.

Et il nous faut aussi prendre en compte le fait que non contents de dévaster les économies et les sociétés des pays européens membres de l’Union, les institutions de cette Union mettent en œuvre, en Afrique, des politiques qui rendent inéluctable l’exode massif des populations africaines vers notre territoire européen. Mais cet exode est aussi une histoire immensément tragique puisque des milliers de ces Africain-ne-s sont déjà morts quand ils arrivent sur nos côtes.

Les institutions de l’Union européennes sont donc des machines de mort et celles et ceux qui les incarnent et les font fonctionner, à quelque niveau de responsabilité que ce soit, sont coupables de crimes massifs. Même le plus petit agent public au service de cette Union européenne est coupable comme l’était celui qui, sous le régime nazi, accomplissait son travail en sachant qui étaient ceux qui lui donnaient les ordres.

Quant aux Africain-e-s qui arrivent vivants chez nous, un grand nombre est immédiatement renvoyé dans leur pays après avoir parfois passé des jours ou des semaines en camp de rétention. Ceux qui réussissent à passer à travers les mailles du filet deviennent alors des travailleurs sans droits, exploités et maltraités. Ces politiques européennes désastreuses doivent être stoppées et c’est une véritable coopération qui doit s’initier en faveur du développement du continent africain.

L’Union européenne voyait depuis très longtemps s’agiter quelques opposants à son « empire » mais ceux-ci étaient souvent marginalisés, discrédités, traités avec mépris ou pire relégués parmi un groupe informe de gens détestables à différents égards. Pourtant, malgré le blitzkrieg médiatique permanent à l’encontre des citoyen-ne-s de plus en plus sceptiques vis-à-vis de l’Union européenne, voire ouvertement contestataires, leur nombre n’a cessé de croître. Ces dernières années en général, et ces dernières semaines en particulier, avec le cas des évènements de la Grèce, le taux de détestation a sans doute explosé et le nombre de personnes déterminées à sa libérer de l’Union européenne a sans aucun doute été multiplié par un facteur 2, 3 ou 4.

Il y a fort à parier que depuis quelques semaines – et surtout depuis quelques jours – les choix faits par les institutions de cette Union européenne, et par celles et ceux qui les instrumentent, ont permis à beaucoup d’Européen-ne-s d’ouvrir les yeux sur ce qu’est vraiment cette Union. Non seulement les opposants traditionnels sont désormais plus convaincants puisque chacun peut s’apercevoir que ce qu’ils ne cessaient de dire se révèle désormais au grand jour comme ayant été la vérité, mais en outre ce sont, à coup sûr, des centaines de milliers, voire des millions, d’Européen-ne-s qui sont en train de basculer dans le camp de l’hostilité franche, assumée, radicale, à cette Union.

La folie destructrice, l’avidité prédatrice, la perversité morale des acteurs de l’Union européenne se sont révélées au grand jour avec l’affaire grecque. De même que l’on a pris conscience que cette Union européenne est bien un outil très largement maîtrisé et contrôlé par un seul pays membre, l’Allemagne, tandis que certains pays-membres sont considérés avec mépris et sont ignorés, pendant que d’autres ne se comportent que comme des vassaux d’un puissant suzerain.

La « crise » est en fait une escroquerie. C’est une véritable guerre économique et politique qui est en cours. Et le dogme de l’austérité est un autre nom de la lutte des classes, puisque les politiques mises en œuvre partout en Europe, loin de conduire à la sortie de crise et à la prospérité retrouvée après le sang et les larmes, ne font qu’enfoncer un peu plus davantage chaque jour, les peuples dans la souffrance et les privations quand, dans le même temps, quelques-uns, très peu nombreux, confisquent la quasi-totalité des richesses produites et les mettent à l’abri dans des paradis fiscaux où les gouvernements ne peuvent ou ne veulent aller les reprendre pour s’en servir au profit des peuples.

Ce n’est donc pas d’un appauvrissement généralisé des États européens dont il est question mais d’une gigantesque escroquerie intellectuelle rendant possible un colossal détournement de fonds vers quelques paradis fiscaux gérés dans l’intérêt de ce fameux 1% regroupant les plus riches d’entre les riches.

En conclusion :

Constatant ce que l’Union européenne est aujourd’hui,

N’oubliant pas ce qu’elle a été hier,

Connaissant les conditions dans lesquelles elle a été fondée,

N’ignorant pas que ses pères fondateurs étaient tout sauf des gens humanistes et désintéressés, qui auraient été épris de liberté et désireux d’offrir aux peuples européens un avenir radieux en leur permettant de se gouverner eux-mêmes souverainement,

Comprenant ce à quoi nous nous exposons si nous refusons de briser les chaines qui nous entravent,

NOUS, citoyen-ne-s français-e-s, mais aussi citoyen-ne-s européen-ne-s, et êtres humains égaux en droits à tous les autres êtres humains de cette planète où que nous vivions, avons décidé de lutter par tous moyens – pacifiques et démocratiques – pour que soient rompus les liens entre la République française et l’Union européenne, et que se substituent à ces liens de dépendance, de contrainte et de subjugation, des liens de coopération et de solidarités entre les peuples qui constituent l’Europe.

P.S. : Afin de ne plus contribuer nous-mêmes à la confusion du discours et afin de faire oeuvre de pédagogie, nous devons cessez d’assimiler « Europe » et « Union européenne » dans le vocabulaire que nous utilisons. Dirigeons nos coups contre « l’Union européenne », pas contre « l’Europe » qui a existé avant l’Union européenne et qui lui perdurera.

*   *   *   *   *
Pour mémoire :

Le groupe « Quittons l’Union €uropéenne pour reprendre le contrôle de nos vies ! » a été créé le vendredi 17 juillet 2015 par Vincent Christophe Le Roux. Plusieurs administrateurs et administratrices de diverses tendances politiques ont déjà été désigné-e-s.

I – L’objectif de ce groupe est :

1/ d’informer sur le caractère nuisible de l’Union européenne : elle détruit les nations, elle viole ou ignore totalement la démocratie, elle impose la loi d’airain du capitalisme exacerbé qu’elle tente d’instiller dans tous les rouages de la société,

2/ de convaincre de l’inanité des propositions visant soit à obtenir l’Europe sociale, soit à subvertir les institutions européennes depuis l’intérieur, soit à désobéir aux traités européens,

3/ de nous préparer intellectuellement pour affronter et surmonter avec succès cette rupture géopolitique et géostratégique fondamentale,

4/ de nous organiser matériellement pour, d’une part, augmenter sans cesse la pression populaire en faveur de la réalisation de cette rupture et, d’autre part, contribuer à ce que le nouveau cycle historique qui succèdera à cette rupture soit un nouveau temps de joie pour tous les peuples,

5/ de tisser les liens nécessaires entre nous, en France et en Europe, pour commencer à construire les solidarités européennes de demain qui se substitueront à la tyrannique Union européenne.

II – Ce groupe n’a ni pour essence, ni pour pour vocation à accueillir les partisans du repli sur soi nationaliste. Nous voulons nous libérer de l’Union €uropéenne afin de reprendre le pouvoir sur nos vies, sur notre destin collectif, sur notre avenir, ceci en vue de rendre possible demain des choix politiques de nature à rassembler les peuples autour de la défense de l’intérêt général et de l’amélioration constante des conditions de vie de tous et pour tous.

III – Ce groupe se veut ouvert et rassembleur sur des valeurs fondamentales :

– la première de ces valeurs fondamentale est la démocratie authentique, la démocratie jusqu’au bout, et c’est pour la restaurer d’abord, et la faire progresser chaque jour davantage ensuite, que nous défendons l’idée que nous devons impérativement nous libérer de l’oppression qu’exerce de plus en plus l’Union européenne sur les peuples ; pour nous libérer de cette oppression, nous défendons l’idée de l’inéluctable sortie de l’Union européenne ;

– la seconde valeur fondamentale est une conception humaniste de la vie ce qui signifie qu’au-delà des divergences inévitables de nos visions et de nos attentes sur tel ou tel sujet particulier, nous nous respectons dans le débat, et nous prônons, tous et toutes, des politiques de nature à faire progresser le droit des peuples et des citoyen-ne-s au bonheur et au bien-vivre.

Pourquoi je suis partisan de la sortie de l’U€ (et pas seulement de l’€uro) ?

NON, je n’ai rien à voir avec un « nationaliste » aux tendances ou aux inclinations « rouges-brunes » comme l’ont écrit certains qui en plus d’être ignares ont un esprit lourd aux capacités manifestement très limitées. A moins que chez ces gens-là,  on en soit encore à l’âge du fer et que l’on ne sache pas encore se servir de cet organe qu’on appelle cerveau. A moins que chez ces gens-là on préfère recracher des propos que d’autres ont prémâché pour eux..

Je suis partisan de la sortie de l’U€ (et pas seulement de l’€uro) parce que pour moi « l’Europe » est une idée qui a peu de choses à voir avec l’économie. Mon Europe à moi a à voir par contre avec la « politique » au sens noble où les Grecs anciens le comprenaient. Parce que « mon » Europe à moi, c’est celle où les peuples de ce continent vivent en harmonie les uns avec les autres et avec les autres peuples du monde.

Parce que je veux que nous appliquions un projet RADICALEMENT ANTICAPITALISTE ET ÉCOSOCIALISTE et que cela est impossible dans le cadre de l’U€ qui met au sommet de la hiérarchie des normes non pas l’intérêt général, non pas le droit au bonheur et au bien vivre, non pas la santé, la justice, l’humanisme, mais la concurrence exacerbée de tous contre tous, principe devenu sacré à tel point que tous ceux qui le contestent sont traités comme des parias et des hérétiques méritant les pires châtiments.

Parce que je veux que nous soyons EXEMPLAIRES EN TERMES DE DÉMOCRATIE THÉORIQUE ET APPLIQUÉE et que nous avons bien compris, depuis 2005, avec un éclatant rappel de la part de Jean-Claude Juncker il y a quelques semaines à peine, que ce n’est pas ainsi que l’U€ envisage l’exercice du pouvoir.

Parce que je veux que notre diplomatie soit ANTI-IMPÉRIALISTE ET DONC INTERNATIONALISTE, ouverte au monde et aux nations qui émergent, et que l’U€ n’est que la succursale de l’Empire états-unien.

Parce que je veux que notre nation, et toutes les autres nations,  soient SOUVERAINES ET LIBRES DE LEURS CHOIX  et que ce genre de désirs n’entre pas dans le registre de ce qui est admis par l’U€ qui n’autorise que la vassalité à l’Empire états-unien et la défense de ses intérêts à lui.

Parce que je veux que la recherche de la paix – ou son rétablissement quand elle a été violée – soit le guide des relations internationales de la France et de l’Europe mais que l’U€ a désormais choisi comme mission d’être le pyromane ou le porte-flingue au service de l’Empire états-unien et de faire sienne la théorie du choc des civilisations. Sauf que ce n’est pas une « théorie » mais un bréviaire des forces occultes de l’Empire pour qui le monde doit être en guerre permanente.

Et parce que je ne crois pas que « désobéir » aux traités soit une solution raisonnable. Non seulement, ce n’est pas responsable, quand on aspire à présider et/ou à gouverner la France, de désobéir à des traités qui engagent notre pays car cela donne un très mauvais message au monde. Si un traité nous déplaît, on peut et on doit le dénoncer. Ce qu’un pays, un gouvernement ou un peuple a décidé un jour, il peut le dénoncer un jour suivant.

Parce que je ne crois pas non plus que la « désobéissance » soit de nature à avoir le moindre effet si l’on continue par ailleurs de se soumettre à un système détestable et détesté.

Parce que je ne crois pas que l’on puisse changer l’U€ de l’intérieur, pas plus que celles et ceux qui s’y sont usé-e-s n’ont réussi à changer le P$ de l’intérieur.

Parce que c’est l’ensemble du système de l’U€ qui est odieux, et ce, depuis ses origines. Il y a bien eu dissimulation de la véritable nature de cette Union, de la véritable origine des pères fondateurs et des véritables desseins caressés.

Alors, la refondation de cette U€, qui n’est qu’un nouvelle Union soviétique, n’étant pas possible, il faut la quitter et contribuer à la dissoudre. Nous pourrons ensuite reconstruire entièrement d’autres formes de relations entre les nations et peuples de l’espace européen, sans oublier que ces relations ne sauraient ignorer le Sud méditerranéen. C’est même lui qui doit, demain, inspirer une union des peuples intégralement repensée.

Pour rendre possible l’humain d’abord : un projet qui assume sa radicalité

Texte d’une de mes deux contributions thématiques au congrès du Parti de Gauche de juillet  prochain. Celle-ci traite de la radicalité du projet que le Parti de Gauche devrait assumer, selon moi. Et nous sommes cinquante à avoir signé ce texte !

* * * * *

Le prochain congrès du PG doit nous permettre de faire les choix qui nous feront accéder aux responsabilités du gouvernement de la France. Si les décisions qu’adopteront les délégués sont bien inspirées, nous nous mettrons en situation de l’emporter pour mettre en oeuvre l’alternative humaniste et démocratique à laquelle nous aspirons. Si nous nous égarons dans des choix inopportuns, ou si nous refusons d’assumer certains choix, nous nous éloignerons irrémédiablement de toute chance de pouvoir « rallumer les lumières » et agir pour que reviennent les « jours heureux ».

Cette contribution s’inscrit pleinement dans la logique de « l’Humain d’abord » mais s’engage clairement dans certaines radicalités que le PG a jusqu’à présent refusé d’assumer. Elle propose un chemin différent sur la question de l’Union européenne : en sortir ! Pour pouvoir atteindre nos objectifs.

Il n’est pas question, ici, de réécrire un projet politique intégral, mais seulement de clarifier ou de réorienter ce qui nous semble devoir l’être. Ainsi, nous, signataires de cette contribution sommes convaincus que notre projet ne peut être qu’anticapitaliste, d’où des propositions de ruptures plus franches avec l’ordre établi et la mise en oeuvre de logiques économiques et sociales radicalement alternatives au capitalisme. C’est parce que nous sommes des anticapitalistes convaincus et conséquents que notre projet ne peut être que philosophiquement inspiré et matériellement construit autour de l’écosocialisme. Et c’est parce que nous sommes des démocrates convaincus et conséquents que notre projet ne peut n’avoir pour boussole que la souveraineté populaire et son corolaire l’indépendance nationale et donc être radicalement innovant en matière de démocratie.

1/ Un projet radicalement anticapitaliste donc écosocialiste

1.1/ Opérer la bifurcation écologique : L’écosocialisme doit guider toutes nos politiques publiques. Mais pour réussir cette révolution, il faut convaincre – et non contraindre – chacun de cette nécessité impérieuse de changer. Faisons-le en nous armant de la raison et de l’enthousiasme, plutôt qu’en jouant seulement sur la peur devant les risques croissants de catastrophes.

1.2/ Révolutionner le partage des richesses : La gestion de l’économie reviendra au peuple et ne sera plus laissée aux marchés ! L’État agira toujours et partout en faveur de l’intérêt général et en rendant le peuple souverain. Les marchés ne feront plus la loi. Les chefs d’entreprise et les conseils d’administration ne seront plus seuls à décider. Les salariés et la collectivité auront des capacités d’intervention profondément renforcées. Le droit des sociétés deviendra, lui aussi, anticapitaliste et le droit du travail redeviendra l’outil majeur de défense des travailleurs. Les réflexions, depuis longtemps engagées, sur le devenir du travail et les nouvelles manières d’appréhender travail et salaire/revenu (revenu inconditionnel, salaire à vie) nous inspireront et seront largement utilisées car elles constituent des armes de destruction massive du capitalisme. La fiscalité deviendra juste et efficace au profit des services publics qui seront restaurés là où ils ont été dévastés tandis que de nouveaux seront créés quand c’est nécessaire. Leur gratuité sera instaurée pour les biens et services essentiels (santé, pompes funèbres, transports, premiers mètres cubes d’eau, premiers kilowatts d’énergie).

2/ Un projet radicalement démocratique

2.1/ La souveraineté populaire restaurée : briser nos chaînes : Nous reprendrons le contrôle de notre souveraineté nationale et populaire. Première rupture fondamentale : la France doit sortir de l’UE car celle-ci est devenue l’arme absolue pour imposer des politiques contraires à l’intérêt général et aux volontés du peuple. Tout l’ordonnancement juridique de l’UE empêche désormais toute inflexion dans le sens de l’humain d’abord. Il ne suffit donc pas de désobéir, il faut rompre et donner ainsi le signal de la reconquête à nos voisins. Le peuple français doit être consulté par référendum et s’il valide cette option, le gouvernement devra alors s’employer à convaincre ses partenaires européens de faire de même. Certains basculeront alors comme nous dans le camp des libérateurs. Ce sera un coup de tonnerre d’une ampleur telle que rien ne sera plus comme avant. Nous sommes convaincus que beaucoup attendent de la France une telle décision, qu’ils n’osent assumer eux-mêmes. Qu’un grand pays, a fortiori membre fondateur de l’UE et grande puissance universaliste comme la France, sorte de cette prison des peuples, quelle symbolique et quelle force donnée au message qui serait ainsi diffusé au monde ! Toute la géopolitique mondiale en serait bouleversée. Et la France, ensuite, pourrait alors prendre la tête d’un processus qui la verrait proposer aux pays d’Europe et du monde d’autres formes de liens, d’autres alliances, d’autres solidarités. La face du monde en serait révolutionnée.

2.2/ La démocratie en France refondée : inventer un nouveau régime : Le PG est le fer de lance de la révolution citoyenne depuis sa fondation et il a porté fortement, à l’élection présidentielle de 2012, le projet de changer de régime en passant à une 6e République. Il s’agit d’imaginer le régime de demain et de faire preuve d’inventivité. Or si nous sommes tous d’accord, au PG, sur l’idée générale du nécessaire perfectionnement de la démocratie et de l’indispensable changement de régime, nous ne nous retrouvons pas forcément sur les options concrètes à défendre. Cette contribution propose donc des pistes et s’engage fermement sur certaines solutions. Partant du constat que nos représentants, depuis très longtemps, ne nous représentent plus et se sont affranchis de la démocratie, nous osons dire que le régime représentatif, tel que nous le connaissons, a vécu. Nous ne disons pas que nous devons le répudier mais nous disons que nous devons l’encadrer bien plus fermement. Nous ne disons pas que nous ne devons plus avoir d’élus et tenir des assemblées générales permanentes ni que tous les Français devront s’impliquer dans les processus de préparation et d’adoption des décisions ; nous disons en revanche que les élus ne doivent plus être les seuls à décider, ni être juridiquement armés pour imposer leurs volontés au peuple récalcitrant, qu’ils doivent être les principaux préparateurs des décisions – mais pas les seuls – et que, s’agissant de l’adoption des décisions, ils ne doivent plus être que des représentants. Sans aller forcément jusqu’à rendre le mandat impératif, des règles nouvelles les contraindront à plus de fidélité à leurs engagements. Le peuple devra être en mesure de participer activement à l’élaboration comme à l’adoption des décisions. Il faudra donc imaginer des procédures le permettant. Plutôt que des cabinets obscurs et techniciens, plutôt que des lobbys qui ne sont élus par personne, qui n’ont aucune légitimité démocratique, mais qui ont le pouvoir de persuasion, nous mettrons aux commandes les citoyensLes décisions seront préparées avec eux et certaines ne pourront plus être adoptées que par eux, par référendum.

Conclusion

Nous pensons que les idées que nous avons présentées dans cette contribution sont compréhensibles par tout le monde et de nature à rassembler le peuple. Nous appelons donc tous les militants à soutenir cette contribution afin qu’elle puisse influer largement sur la plateforme qui sera adoptée au congrès. Le but ultime étant que le PG pèse sur le cours des évènements en France, en Europe et dans le monde et les oriente dans le sens que nous souhaitons.

Nous, peuple français, n’avons pas peur ! À vous autres, adeptes et acteurs du choc des civilisations, d’avoir peur !

Manuel Valls, tel un sous-produit de George « W » BUSH, disait, au lendemain de la tuerie à laquelle nous avons assisté, pétrifiés, qu’ « il y aurait un avant et un après 7 janvier ». Facile ! Même pas un propos inédit ! Aucune création originale ! Notre médiocre Premier ministre, caudillo en devenir, n’a montré là qu’une capacité à reproduire, sans talent, ce qui a été initié par d’autres, bien avant lui. Le Premier ministre s’est montré tel qu’il est : incapable d’innover, d’inventer, de dépasser ses prédécesseurs ou ses homologues et congénères de France ou d’ailleurs, d’aujourd’hui ou d’hier. Il a montré ses limites, bien vite atteintes. Loin d’être un chef de gouvernement à la hauteur de sa responsabilité, il n’a pu que se parer des atours élimés du plus mauvais plagiaire, celui qui ne fait même pas illusion, nulle part.

Du moment que je considère que la tuerie n’est pas un acte de fondamentalisme religieux, ou, à tout le moins, qu’elle n’est pas que ça, je considère qu’elle avait, pour ceux qui l’ont commanditée, le même but que le 11 Septembre : saisir l’opinion, la prostrer dans la stupeur, l’effroi, l’abattement. Pour l’empêcher de penser, de réfléchir, d’analyser et d’avoir une chance de comprendre ce qui se passe, et faire en sorte que les autorités en place puissent :
1°/ imposer leur camelote liberticide sans contestation aucune,
2°/ « dans l’intérêt de la France », participer plus activement à la « guerre contre le terrorisme » et officialiser enfin un rattachement, bien plus net encore qu’il n’existe aujourd’hui, aux États-Unis d’Amérique, puissance qui donne le tempo au monde depuis des décennies mais qui a du mal à s’imposer pour de bon chez nous,
3°/ adopter puis ratifier sans opposition le TAFTA, avant le TISA qui suivra et sans doute d’autres « accords » du même genre.

Là où je suis satisfait, et un peu rassuré, c’est qu’il semble que le peuple français ne soit pas jumeau du peuple américain. Je veux dire par là qu’au lendemain du 11 Septembre, le peuple états-unien a marché, comme un seul homme, derrière son Président et son armée, totalement abruti qu’il a été par tous les medias et tous les pouvoirs, sans qu’aucun des célèbres contrepouvoirs n’assume aucune de ses responsabilités. Je dis ça parce que les manifestations de ces derniers jours semblent indiquer, au contraire des Etats-Uniens, que le peuple français n’est ni prostré, ni abattu. Choqué, écoeuré, fou de colère et de douleur, inquiet, il l’est sans aucun doute. Mais au moins, lui, est debout et pas couché devant son gouvernement.

Cela dit, les deux drames sont d’ampleur tellement incomparable que l’on ne peut tirer de leçon absolue et définitive sur ce point. Imaginez si la France subissait un attentat qui soit identique au 11 Septembre, proportionnellement à sa population. Il y avait près de 281 422 000 habitants aux États-Unis en 2001 et il y eut près de 3000 morts dans les attaques du 11 Septembre. Rapporté à la population actuelle de la France, 66 millions d’habitants, cela veut dire que nous assisterions à la mort violente de près de 700 personnes en une seule journée. Je crains fort qu’une telle horreur, si elle devait se produire un jour, aurait des effets de « choc et de stupeur » bien plus profonds que la disparition d’une vingtaine de personnes, fussent-elles déifiées aujourd’hui.

PLUS QUE JAMAIS, le peuple français doit refuser les vérités officielles et médiatiques et être attentif à ce qui se dit autour de lui, sans jeter le discrédit et l’opprobre sur les sceptiques qui ne croient pas aux explications trop simples des autorités ou des medias qui, rappelez-vous, ne sont que l’outil de propagande du pouvoir, c’est-à-dire de ceux qui détiennent le pouvoir réel dans la société.

PLUS QUE JAMAIS, le peuple français doit rester sur ses gardes vis-à-vis du gouvernement (autant par rapport à celui-ci que par rapport aux prochains qui lui succèderont).

PLUS QUE JAMAIS, le peuple français doit se rassembler, pas dans une « unité nationale » politicienne et qui ne servirait que les intérêts des maîtres et des oligarques, mais dans un rassemblement du peuple de l’essence du « Conseil national de la résistance » qui fut une forme puissante de lutte des classes. Le CNR, en étant une résistance à l’occupant puis au « capitalisme du désastre » qui avait mené à la guerre, est la force politique et citoyenne qui renversa la table et fit bouger le curseur du rapport de force en redonnant la primauté au peuple à travers ses représentants tandis que les oligarques et les capitalistes étaient bien tenus en respect. Certes, on peut toujours considérer que son oeuvre fut inachevée, qu’il aurait dû faire plus et mieux. Mais ce qu’il fit fut déjà immense, surtout lorsqu’on le compare à ce que nous avons aujourd’hui. Beaucoup de cette oeuvre fut détruit depuis des années, méthodiquement. Il s’agit pour nous aujourd’hui de commencer par reconstruire ce qui a été abattu avant d’aller plus loin que ne l’avaient fait les acteurs du CNR. C’est toujours une forme de lutte des classes. Pas au sens où une moitié du pays imposerait sa loi à l’autre. Mais au sens où l’immense majorité du peuple de ce pays imposera sa loi à cette toute petite minorité qui se comporte comme une nuée de criquets, dévastant tout sur son passage puis, une fois que plus rien ne reste, s’en allant dévaster un autre lieu.

Je lis souvent une opposition entre tenants du « rassemblement » et tenants de la « lutte des classes », les deux étant incompatibles aux yeux des deux « factions… Quelle gigantesque connerie !

La « lutte des classes », c’est le « rassemblement » du peuple contre les voleurs et les escrocs des sommets du pouvoir économique, social et politique. Le peuple, c’est 99% de la population et les intérêts de ces 99% sont très proches. Et ces intérêts-là n’ont rien à voir avec ceux du 1% restant. Certes, toutes les minorités méritent de vivre et d’être respectées, ont des droits,  et ne sauraient, pour la seule raison qu’elles sont « minorités », être maintenues dans l’asservissement. Ce n’est pas l’humaniste et l’homme de gauche que je suis qui dira le contraire. Mais aucune minorité ne saurait imposer sa loi contre l’intérêt général. Or, c’est exactement à cela que nous assistons depuis les années 70. C’est exactement cela que nous subissons depuis les années 70. Cette minorité du 1% du peuple Français, la plus nantie, impose sa loi d’airain à tous, avec le consentement plus ou moins bien accepté des 99%.

Quand je disais, plus haut, que nous devons, collectivement, être « attentifs » et « rester sur nos gardes », j’ai ajouté immédiatement « vis-à-vis du gouvernement » car ça ne veut certainement pas dire que la population doit se méfier de tout et de tout le monde en général, de quelques-uns d’entre nous en particulier, si vous voyez ce que je veux dire… Il n’est pas question que soient ciblés et inquiétés ceux qui n’auraient pas la « bonne » couleur (la France n’est pas une population d’une couleur prédéterminée), pas le « bon » patronyme (la France n’est pas une population dont les noms de famille ou les prénoms ne devraient être qu’issus d’un almanach datant de plusieurs siècles), qui ne pratiqueraient pas la « bonne » religion (il n’y a aucune « bonne » religion en République laïque), qui ne vivraient pas à la « bonne » adresse (le lieu de vie ne fait pas partie des éléments discriminants que la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen admet implicitement quand elle stipule que « les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune »), ou qui feraient des choix de vie différents de tel ou tel autre Français se croyant en droit d’imposer ses vues aux autres. Cet esprit de division et de discrimination -là nous est insufflé depuis trop longtemps et, hélas, je crains que nous le ressentions de plus en plus fortement maintenant. Mais nous le refusons.

Ce n’est pas en raison des actes criminels de quelques assassins que nous devons nous méfier et considérer comme suspecte, voire ennemie de l’intérieur, toute une population qui leur serait assimilée pour des motifs de proximité prétendue alors que seuls des racistes, des xénophobes, des ratatinés du bulbe ou des salopards intéressés à de noirs desseins contre notre contrat social et notre vivre-ensemble décrivent comme telle. Jamais la foule des chrétiens n’a été mise en cause pour les actes criminels de quelques-uns d’entre eux. Jamais la foule des blancs n’a été incriminée pour les actes criminels de quelques blancs. Jamais la foule des policiers n’a été incriminée pour les bavures de tel ou tel policier. Jamais une armée entière n’a été incriminée pour les actes criminels de tel ou tel soldat. On peut continuer ce genre de propos avec d’autres exemples. Ils abondent. Il va sans dire que la mise à l’index, ouvertement ou de manière détournée, que ce soit en l’assumant ou en faisant, malhonnêtement, semblant de dire le contraire du message subliminal que l’on diffuse, d’une certaine population s’inscrit clairement à la fois dans le racisme intemporel et dans le très contemporain choc des civilisations.

Nous, peuple français, refusons et l’un et l’autre !

Nous, peuple français, ne sommes pas racistes mais ouverts aux autres, tolérants devant la diversité et convaincus que l’altérité est une chance pour nous tous.

Nous, peuple français, refusons le choc des civilisations que quelques esprits tordus, sous l’influence spirituelle des néoconservateurs états-uniens, veulent importer en France.

Nous, peuple français, allons, collectivement, donner une suite à ces tragiques évènements du 7 janvier 2015. Mais loin de donner une suite antidémocratique, liberticide et belliqueuse à ces évènements, et loin de satisfaire aux rêves malfaisants des fascistes en herbe et de leurs nervis d’un côté, aux intérêts des gouvernants et de leurs mandants (oligarques, capitalistes et puissances impériales étrangères) de l’autre, nous allons reprendre notre destin en mains.

Nous allons remettre notre pays sur la voie du progrès pour tous et oeuvrer, avec d’autres, en Europe et dans le monde, pour que l’humanité chemine vers une harmonie des civilisations plutôt que vers la guerre des civilisations.

La peur ne passera pas par nous pour paraphraser un vieux slogan. Les pouvoirs publics, partout et en tout temps, jouent sur la peur ressentie par les peuples pour asseoir leur pouvoir et celui de ceux pour qui ils agissent, lesquels sont étrangers au peuple. La peur est destinée à nous empêcher de penser, à nous dissuader d’agir, et à nous défier les uns des autres. Nous n’entrerons pas dans cette folie civilisationnelle-là. Le président des États-Unis, Franklin Delano Roosevelt, lors de son 1er discours d’investiture en mars 1933, en une époque où son pays était au coeur de la « Grande Dépression » succédant au krach de 1929, adressait une supplique à son peuple :

« La seule chose que nous devions redouter, est la peur elle-même !« 

Eh bien nous, citoyens et citoyennes de la République française, nous n’avons pas peur. Ni des illuminés fanatiques, ni des terroristes authentiques ou maquillés, ni des gouvernants, ni de personne.

Vous qui décidez pour nous, depuis l’Élysée, Matignon, le Palais-Bourbon, ou l’hôtel Crillon, le dîner du siècle, Londres, Berlin,  Bruxelles, Washington ou ailleurs, entendez ce cri montant du peuple français, peuple des révoltes et des révolutions :

NOUS N’AVONS PAS PEUR !

Et plus encore, écoutez ce cri du coeur d’un peuple qui va reprendre son destin en mains : NOUS N’AVONS PLUS À VOUS TOLÉRER ET NOUS N’ALLONS PLUS VOUS TOLÉRER.

VOUS, Président de la République,
VOUS, Premier Ministre,
VOUS, Membres du Gouvernement,
VOUS, députés et sénateurs,
VOUS, élus locaux,
VOUS, commissaires européens,
VOUS, députés au Parlement européen,
VOUS, PDG, directeurs, adjoints, membres des conseils d’administration et actionnaires des grandes entreprises,
VOUS, qui que vous soyez, qui agissez contre l’intérêt général, pour vos seuls intérêts ou dans les seuls intérêts très particuliers de vos mandants,

Entendez ce cri : C’EST VOUS, TRÈS BIENTÔT, QUI AUREZ PEUR !

Du débat Mélenchon-Zemmour, de la référence à Georges Marchais et au général De Gaulle, de la question de l’immigration et de l’économie…

Un de mes contacts sur Facebook a écrit :

« Le problème de MÉLENCHON est qu’il est internationaliste et pas communiste. Il est plus proche des positions libérales d’un COHN-BENDIT que les positions collectivistes de MARCHAIS. Aussi les patriotes communistes mexicains de 1964 grâce à leur positionnement idéologique ont une économie florissante alors que les anarchistes internationalistes ont traité MARCHAIS comme un chien galeux et un pestiféré. Résultat : le libéralisme pro UE. Moi je le dis VIVE MARCHAIS et même VIVE DE GAULLE. »

Et ceci : « Puis le jour où MÉLENCHON dira comme MARCHAIS, qu’il faut arrêter l’immigration on aura fait un grand pas. ZEMMOUR ne dit pas que des conneries, c’est même plutôt le contraire, il est très intelligent. »

Ces deux commentaires m’ont inspiré les réponses suivantes…

Quand tu dis que MÉLENCHON est plus proche des positions libérales d’un COHN-BENDIT que des positions collectivistes de MARCHAIS, c’est que tu ne l’as pas bien lu, écouté et compris car si l’on peut reprocher à MÉLENCHON certaines choses, ce n’est sans doute pas celle-là. Cette accusation est grotesque.

Quand tu dis « Vive MARCHAIS et même vive DE GAULLE », là je te suis. Ces deux personnalités-là, malgré leurs tares et leurs défauts, avaient un discours cohérent et, pour celui des deux qui fut un géant de notre Histoire, une pratique qui avait une dignité qu’aucun de ses successeurs n’a jamais ne serait-ce qu’approchée.

 En tant que partisan de la 6e, je suis logiquement un dénonciateur ardent de la 5e mais je n’ignore rien de la situation réelle qui veut que la 5e, dans sa version originelle, n’était pas la « 5e » actuelle.

 Moi, je considère que la 5e initiale, celle instituée par DE GAULLE, méritait déjà d’être dénoncée et critiquée, à la fois pour son contenu et pour les conditions, totalement scandaleuses, de son avènement (la crise du 13 mai, le quasi coup d’État suivi du coup de force politique, la rédaction de la nouvelle constitution contrôlée par seulement quelques personnes sans recours à ce qui aurait été légitime et démocratique : une Constituante, et bien d’autres raisons). Cela étant dit, le régime initial, même top autoritaire à mes yeux, n’avait pas tous les défauts qu’il a acquis par la suite. Notamment parce que celui qui était la « clé de voûte des institutions », formule chère au Général, exerçait le pouvoir dans un certain respect de la volonté populaire. Le peuple français a pu aller aux urnes tous les ans, pour une raison ou pour une autre, pendant la période où DE GAULLE était Président. Et le jour où le choix qu’il souhaitait voir approuvé fut désavoué, il s’en alla. Quelle dignité ! Aucun Président de la République française n’a jamais plus eu un tel panache. Donc je suis à la fois très critique de son œuvre sur certains sujets, mais aussi assez admiratif de l’homme, de son action comme chef de la France libre puis comme acteur de la restauration de notre grandeur, notamment dans sa lutte contre l’impérialisme de l’Empire états-unien.

Et si DE GAULLE n’était pas anticapitaliste, ce que je suis devenu moi-même et ce que sont mes camarades du PG et du Front de Gauche, en revanche, DE GAULLE avait une vision politique qui voulait que le politique commandait à l’économie et non pas l’inverse, ce qui le rapprochait un peu de MARCHAIS (puisque tu compares les deux, je le fais aussi). Le capitalisme est détestable mais le capitalisme enfermé dans un système d’économie mixte, comme c’était le cas alors, faisait bien moins de dégâts économiques et sociaux que celui, débridé, sans règle, sans principe humaniste, sans aucune décence, sans aucune rationalité économique et financière, que nous connaissons aujourd’hui, et ce, depuis désormais presque 45 ans. Il est facile de voir que c’est dès la fin de la période gaullienne que les choses ont mal tourné, avec POMPIDOU, le banquier de la banque Rothschild, qui était, en quelque sorte, un « ennemi de l’intérieur » en plus d’être un « allié objectif » de l’Empire états-unien. C’est lui qui a fait entrer le Royaume-Uni dans ce qui était alors la CEE. C’est lui qui a suivi la logique nixonienne du recours au marché pour financer l’État. Et peu à peu, tout le reste a suivi.

Quand tu dis que « ZEMMOUR ne dit pas que des conneries », qu’ « il est très intelligent », je suis presque d’accord. Presque car moi je ne dirais pas que ZEMMOUR est « très intelligent ». S’il était vraiment « très intelligent », à mon sens, il aurait choisi un autre chemin philosophique et politique. Mais passons car je ne dirais pas non plus qu’il ne dit « que des conneries ». Sans être « très intelligent », il n’est pas non plus un sot. Ce qu’il dit est en effet pensé, réfléchi. Il ne s’agit pas de propos stupides, de comptoir. Ce qu’il dit reflète une pensée, une idéologie, une vision, une lecture de l’Histoire et de la vie. Ce n’est pas la mienne. Ce n’est pas celle de MÉLENCHON . Ce n’est pas celle du PG ou du FdG. Et je ne crois pas que ce soit celle de la majorité des Français, malgré certaines apparences contraires.

Le problème avec ZEMMOUR, c’est qu’il manie, dans son raisonnement, des faits qui sont incontestables et des déductions qui, elles, ne le sont pas. Il a une vision de l’Histoire qui n’est pas rationnellement fondée. Il idéologise trop l’Histoire. Et nous analysons, nous-mêmes, certaines « vérités » historiques différemment de lui. Je ne vais pas ici disserter sur cela car ce n’est pas le lieu mais si je peux comprendre que certaines personnes, qui pensent à droite, ne se retrouvent pas dans la lecture que MÉLENCHON et nous, à gauche, faisons, il faut comprendre aussi que l’on ne saurait, nous, valider comme l’unique vérité absolue, la vision de ZEMMOUR et de la droite, ou plutôt d’une partie de cette droite. Si les faits peuvent être incontestables quand ils sont avérés, l’interprétation qu’on développe de ces faits, elle, est toujours susceptible d’être critiquée et soumise à des versions contraires.

Quand tu dis que « MÉLENCHON devrait, comme MARCHAIS, défendre l’arrêt de l’immigration », tu as tort, à mes yeux. Je sais que beaucoup de Français-e-s, si l’on écoute les medias mainstream qui ne cessent de le dire, voire si l’on discute avec les gens, ont cette idée-là. Nous n’ignorons pas, autour de MÉLENCHON et à gauche, qu’une partie des Français-e-s, souhaiteraient que l’on arrête d’accueillir chez nous des étrangers, voire qu’on en renvoie un certain nombre chez eux.

Nous n’avons pas cette vision. Quand on est à gauche, on a le sens de l’accueil et de la tolérance. Nous voulons une France ouverte aux autres, notamment à celles et ceux qui sont menacé-e-s dans leur pays, menacé-e-s dans leur vie, leur sécurité, leur liberté, leurs droits fondamentaux. Inutile de me ressortir la saillie célèbre de Michel ROCARD sur le sujet. Nous, nous refusons ce discours-là. Nous défendons un discours inverse. C’est ainsi. La démocratie impose que l’on puisse avoir une autre vision que la nôtre et que cette vision-là soit défendue, mais, à l’inverse, notre propre vision est tout aussi légitime.

Si, pour débattre sereinement de ce sujet hautement passionné, on écarte l’idée que celles et ceux qui refusent notre vision seraient simplement des racistes et des xénophobes, bien que ce soit aussi souvent le cas, mais qu’on leur reconnaît la dignité de fonder leur vision, non pas sur de tels ressentiments détestables, mais sur une logique économique, il y a alors matière à discuter.

L’idée qui est mise en avant, et qui n’est pas contraire à la vérité selon certains angles d’analyse, c’est que les immigrés conduisent à une régression du niveau des salaires de l’ensemble des Français, parce que cette population est moins exigeante que nous et qu’elle accepte donc de travailler à des conditions salariales et générales inférieures à celles que nous acceptons nous-mêmes et que nos lois garantissent encore quelque fois. Je dirais que :

1°/ Cela est vrai pour les immigrés clandestins beaucoup plus que pour les immigrés entrés légalement en France.

2°/ Il existe des moyens d’agir contre ce problème.

Sur le premier point, le problème est que des clandestins, pour pouvoir survivre, doivent à tout prix travailler et acceptent donc n’importe quel travail, dans n’importe quelles conditions. Comme ils sont clandestins, ils ne bénéficient pas des droits élémentaires des salarié-e-s et les employeurs indélicats (pour utiliser un terme poli car en fait ce sont de vrais salopards, exploiteurs, esclavagistes) font leur beurre sur leur misère. Il est possible et nécessaire de sanctionner pénalement et lourdement les patrons qui emploieraient ainsi illégalement et inhumainement des immigrés illégaux. Les sanctions devraient être suffisamment lourdes pour être dissuasives.

Au-delà, il y a la solution que NOUS préconisons depuis longtemps : la régularisation pour que ces immigrés, qui ont eu le courage de quitter leur pays pour trouver du travail et des moyens de vivre – et de faire vivre leur famille – décemment, puissent être armés légalement pour ne plus accepter de telles exploitations.

Alors on nous dit que de telles décisions seraient un appel à une immigration massive. Tous les exemples que nous connaissons disent le contraire. Là encore, je ne veux pas disserter des heures mais l’immigration ne dépend pas de la générosité ou de l’avarice du pays qui se trouve être le pays d’accueil. Ce qui amène les gens à immigrer, y compris clandestinement, repose sur d’autres fondations. Nous ne risquons pas d’être envahis mais par contre nous aurions la garantie de ne plus connaître l’exploitation honteuse des immigrés clandestins. Ceux-ci auraient les mêmes droits que nous.

Sur le second point, qui recoupe en partie la problématique du premier, le problème serait que les immigrés légaux viennent manger le pain des Français… Outre l’inanité d’une telle affirmation, il est utile de rappeler que si les patrons encouragent l’immigration, c’est justement parce qu’ils savent que les immigrés feront le travail aux conditions qu’eux, les employeurs, définissent. Mais il suffirait que la loi décide que les immigrés seront traités comme tout Français, qu’ils auront exactement les mêmes droits face à leurs patrons que tout Français, pour que les patrons n’aient plus envie de remplacer la main d’œuvre française par une main d’œuvre immigrée.

On entend souvent, chez les exploiteurs ou chez les réacs, ou chez les ignorants, ou chez les salopards, ou chez es crétins, que si par exemple le bâtiment ou la restauration recrutent autant d’étrangers, c’est que les Français, sont paresseux, tire-au-flanc, qu’ils ne veulent pas travailler, qu’ils refusent les emplois un peu pénibles, qu’ils préfèrent être payés par les assurances chômage… Ce discours-là, en plus d’être clairement idéologisé de manière détestable, est stupide et ne repose sur rien d’autres que sur quelques abus montés en épingle depuis des années, alors même que bien d’autres abus, dans d’autres domaines, d’ampleur sans commune mesure avec les précédents, ne sont pas, eux, pris en considération. Si les Français refusent en effet parfois de prendre les emplois disponibles, c’est parce qu’il est inacceptable, dans la situation économique de richesse de notre pays, que l’on doive travailler dans la peine, sur des amplitudes de durée trop longues, ou dans des conditions de travail inacceptables, pour des salaires ridicules. La solution n’est pas d’aller chercher des esclaves plus dociles et moins exigeants, mais d’élever les exigences que les employeurs doivent respecter quand ils salarient des gens. Nous pouvons le faire. C’est le rôle de la loi. Et s’agissant du coût économique de cela, il peut être couvert par une refondation totale de notre système de pensée économique et fiscal. On en vient alors à la question essentielle, fondamentale entre toutes, d’un autre partage des richesses, que nous défendons, nous, autour de Jean-Luc MÉLENCHON, nous au Parti de Gauche, nous au Front de Gauche, et je sais qu’il y a des Français, qui ne se définissent pourtant pas comme étant de gauche, qui pensent exactement comme nous, sur ce point.

L’économie est florissante quand les richesses créées par tous circulent. Elle dépérit quand une petite caste oligarchique confisque l’essentiel à son seul profit. Une économie est en développement stable et se trouve viable et saine quand les entreprises qui font des bénéfices réinvestissent largement leurs gains pour se développer et pour mieux payer leurs salariés, tous et pas les quelques personnes autour du N°1 de l’entreprise. Inutile d’expliquer longtemps que si les petits salariés voient leur rémunération croître, ils l’utiliseront, soit en consommant, soit en épargnant. Dans les deux cas, les gains seront remis immédiatement en circulation. Tandis que lorsque les plus gros gagnent encore davantage, non seulement ils ne réinvestissent pas ces gains dans l’économie réelle, mais en outre ils placent leurs fortunes dans des paradis fiscaux étrangers à la France. Ils volent donc purement et simplement le fruit du travail de tous et détournent la richesse collective du pays. Il s’agit là ni plus ni moins que de vol, d’escroquerie, de détournement de fonds. Ce pourrait être pénalement sanctionné en plus d’être politiquement discrédité.

C’est le système qui permet cela qui doit impérativement être revu et radicalement transformé. Ce sera à la loi de fixer en conséquence des salaires minimum beaucoup plus hauts qu’aujourd’hui, à l’inverse des salaires maximum beaucoup plus bas. Ensuite, par le biais de l’impôt, nous devrons tendre à une plus juste répartition des richesses. Devant ces engagements que nous prenons, certains hurlent comme des vierges qu’on effaroucherait ou des porcs qu’on violenterait. Mais il ne s’agit pas pour nous de mettre tout le monde au même niveau. Il demeurera des différences entre les uns et les autres. Les patrons et les salariés ne seront pas payés le même salaire. Les « grands » patrons gagneront toujours plus que les « petits ». Mais les écarts scandaleux que nous connaissons seront fortement réduits. Et nous reviendrons sans doute à des logiques plus raisonnables et plus humanistes. Il n’y aura plus, avec nous, de compétition pour gagner toujours plus, surtout si c’est au détriment des autres… Peut-être que le patron qui prendrait de véritables risques, non pas des risques contestables du genre de ceux qui jouent en bourse, mais des risques résultant de la tentative d’ouvrir de nouveaux chemins pour le développement de son entreprise et donc pour l’intérêt général à la fois de son entreprise, de ses salariés et de l’économie du pays tout entier, serait gratifié d’une « prime ». Mais les retraites-chapeaux, les stocks-options et autres exemples de confiscation insolente ne seront plus possibles, surtout quand ils sont au bénéfice de gens qui n’ont plus rien à voir ni avec des employeurs, ni avec des chefs d’entreprise, mais qui ne sont plus que des financiers traitant les êtres humains comme des choses.

La fiscalité française sera revue de fond en comble, aussi bien la fiscalité nationale que la fiscalité locale. Le principe qui la gouvernera sera l’égalité. Dans l’esprit de l’article 13 de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789, la contribution de chacun sera « également répartie entre les citoyens, en raison de leurs facultés ». Je rappelle que le président états-unien Franklin Delano ROOSEVELT, qui n’était pas un communiste, même s’il était sans doute plus à gauche que beaucoup de ceux qui l’avaient précédé et qui lui ont succédé, avait, pendant les années trente, élevé l’impôt de la tranche supérieure à 90%. Oui, 90% pour les plus riches. Aux États-Unis. Dans la vie réelle… Même en France, avant que François MITTERRAND ne soit élu en 1981, le taux d’impôt pour les plus riches était de l’ordre de 70% je crois. Or, nous étions sous la présidence de Valéry Giscard d’ESTAING qui n’était pas précisément un bolchévique…

Oui, nous reviendrons à cette logique qui veut que les très riches paient beaucoup car lorsqu’on ponctionne un petit salaire de 5 à 10%, c’est bien plus cruel et injuste que lorsqu’on ponctionne un multimillionnaire à 50/60/70/80 ou même 90 %. Et il lui en restera toujours beaucoup plus qu’au premier. Oui, nous estimons qu’il y a une décence humaniste qui impose que l’on décide d’un seuil maximal de rémunération. La vie ne se résume pas au fric. Le but d’une vie terrestre n’est pas seulement d’amasser des millions, des milliards dont on ne sait que faire ensuite et dont on prive, tous les autres. Alors même que des milliards de gens souffrent de pénurie, de misère, de faim, de mal-logement, de mal-nutrition, d’absence de soins…

Cette répartition nouvelles des richesses permettra de financer non seulement le coût de l’immigration mais bien d’autres politiques de progrès pour tous. Et cette nouvelle fiscalité empêchera aussi, ce qui est de salubrité publique, que des familles ne deviennent des dynasties qui, génération après génération, maintiennent des milliardaires oisifs, parasites, qui pèsent sur la vie publique du pays et tendent à l’influer fortement sans avoir la dignité ou les titres pour cela.

En République, il doit être possible de gagner plus demain qu’aujourd’hui. Il n’est pas antagoniste avec la République que l’on cherche à avoir une meilleure rémunération et il est assez noble que des personnes cherchent à offrir à leurs descendants les moyens de subsister en cas de coup dur ou un petit coup de pouce pour débuter. Mais ce petit pécule ou ce petit coup de pouce ne doit pas être une montagne d’or. Nous refusons qu’existe dans notre République une « noblesse d’argent » qui, sauf accident, se perpétuerait toujours, génération après génération, sans que les successeurs de ceux qui l’ont initiée, n’aient de mérites particuliers. Certes, il y a parmi les milliardaires, des gens dignes et nobles de cœur qui profitent de leur situation personnelle avantageuse pour être utiles à la collectivité mais c’est moins d’être une règle générale et même quand ils le font, ils ne le font pas assez. Nous, à gauche, ne tolérons pas que le monde soit constitué de personnes vivant dans de tels écarts de richesse. Nous corrigerons cela. Plutôt qu’un bouclier fiscal empêchant que l’on conteste aux uns le « droit » d’amasser des fortunes qui manquent ensuite à l’intérêt de tous, nous instituerons un « bouclier social ». Il y a divers procédés pour y parvenir. On y reviendra.

Nous entendons que l’on puisse ne pas être d’accord avec nous. Nous sommes démocrates et nous n’imposerons rien par la force. Nous débattrons. Nous convaincrons. Ce sera la loi, expression de la volonté générale qui imposera ce que le peuple français, dûment informé, après en avoir longuement débattu, aura décidé collectivement. Sur ce point comme sur tous les autres…

Discours de Jean-Luc Mélenchon en clôture du Remue-Méninges édition 2014 du Parti de Gauche

Discours de Jean-Luc Mélenchon en clôture du Remue-méninges du Parti de Gauche

Le 24 août 2014. Campus de Saint-Martin d’Hères (Grenoble)

JLM au RM 2014 par Thierry Montchartre

Photo prise par Thierry Monchatre au Remue-Méninges 2014. Merci à lui pour ce très beau cliché.

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Discours de Jean-Luc Mélenchon en clôture du Remue-méninges du Parti de Gauche

Le 24 août 2014. Campus de Saint-Martin d’Hères (Grenoble)

Retranscription faite par Vincent Christophe LE ROUX (PG 44, Comité de St-Nazaire)

Mon cœur se tourne vers ceux des nôtres qui sont absents et, en particulier, Bruno Leprince, notre éditeur, notre ami et camarade qui, en venant ici, a perdu la vie.

L’esprit est toujours le plus fort. Et l’esprit se transmet. Et sa vision, qui porte loin, illumine les cœurs et les esprits en sorte que jamais, jamais, le fil que nous portons ne sera rompu dans l’Histoire. Et, en tout cas, par moi moins que par n’importe quel autre.

Non, je ne pars pas en retraite ! Je suis un être humain doté d’un cerveau sous ses cheveux. Et, avec ce cerveau, j’ai assez appris de la vie pour savoir que, parfois, à l’issue de la mêlée, il faut savoir prendre du recul.

J’ai pris du recul, quelle nouvelle ! Et on m’a déclaré en retraire et dépressif. Je ne le suis pas. Je n’en dirai rien car après tout, il y a déjà longtemps que j’ai pu mesurer à quel point l’industrie de l’information et [celle] du spectacle avaient fusionné profondément. Néanmoins je me permets, un peu ironiquement, de dire que j’ai été fort surpris de découvrir tant de pages consacrées à mon « blues » et à mes « états d’âme » alors que d’habitude je n’ai droit à rien quant à mes idées. Si l’on voulait se préoccuper davantage de mes idées et moins de ma personne, comme je serais content et comme vous-mêmes vous le seriez !

Et, enfin, [applaudissements] je ne peux m’empêcher de m’amuser d’apprendre, de l’aveu du rédacteur en chef du site internet du site d’Hexagones – auquel j’avais donné une interview d’une heure ; qui en avait tiré une bande-son et une bande écrite – que ceux qui ont commenté mes états d’âme… – vous savez que l’avantage du net est que l’on sait exactement qui a consulté et qui n’a pas consulté l’interview – n’est-il pas frappant que ceux qui m’ont commenté ne m’aient ni écouté, ni lu ?

Eh bien vous découvrez là une autre forme de pratique de l’information qui ne consiste pas à donner à connaître, mais à inventer. Pourquoi pas ! Moi, j’ai toujours été ami de la poésie ! [rires dans le public] Mais je voudrais qu’on aille à d’autres qu’à moi pour cet exercice. D’autant que je crois que nos idées – je ne veux pas dire impunément « mes » idées, ce sont les nôtres ! – ont fait leur chemin. Et le constat politique que nous avions fait, l’indication – oserais-je dire l’injonction – que nous faisions s’est trouvée entièrement vérifiée par les faits.

Les politiques d’austérité, que les scrogneugneu de toute l’Europe nous vendent comme un courage – qu’ils s’appliquent d’ailleurs rarement à eux-mêmes ! – sont en fait une obstination aveuglée dont le seul but est que les comptes des grands établissements bancaires du vieux continent restent en ordre et en équilibre. Et le reste, l’immense souffrance humaine qui s’accumule, les indiffère.

Je suis obligé de souligner que nous avons eu raison quand nous avons dit que ce n’est pas une politique que de faire des coupes budgétaires ; qu’en réduisant la présence de l’État dans la société, en désorganisant les administrations publiques par des coupes sauvages, en réduisant sans cesse la masse de liquidités mises en circulation par la consommation populaire, en réduisant les investissements qui résultent de l’incapacité qu’ont les collectivités locales à intervenir – puisque leurs budgets sont en régression – on ne fait rien d’autre que de creuser le déficit puisqu’on ralentit l’activité et, donc, on diminue la ressource fiscale, on augmente le chômage donc on diminue tout ce que le travail de chacun peut apporter de richesse à tous.

Eh bien, c’est ce pronostic – hélas, hélas, mille fois hélas – qui s’est vérifié. Et c’est cela qui, maintenant, conduit à cette situation inouïe – que je vais décrire dans un instant – qui est le paysage politique auquel vous êtes confrontés vous autres, citoyens dignes et humbles, qui vous donnez le mal de penser l’avenir de votre pays et voyez ces gesticulations sans signification qui se déroulent sur le devant de la scène politique.

Mais le peuple a été consulté. La société française a été assommée, mise à contribution d’une manière inouïe, comme jamais elle ne l’avait été. Un plan d’austérité qui, au total, transvase 90 milliards de l’économie réelle, des biens des Français, vers la petite caste, prétentieuse et arrogante, qui prétend savoir, mieux que tout le monde, comment l’économie de la patrie peut se développer et qui, au bout du compte, à peine six mois après qu’aient commencé les versements de l’État vers leurs poches, n’ont montré qu’une chose : l’investissement dans notre pays a reculé ; c’est-à-dire la projection vers le futur, les machines à changer… Rien n’a été fait ! Mais, cependant, ils ont augmenté la part qu’ils se sont versée, par les profits et la part de dividendes, de 30%. Quelle impudence scandaleuse ! Il faut qu’il y en ait qui portent haut et fort cette parole.

Regardez, Français, pendant que vous souffrez, pendant que vous vous acharnez au travail, regardez ! Eux se gavent, vous méprisent, vous ignorent. Et alors que vous avez fait un geste si puissant dans la direction de ceux dont on vous avait dit que votre avenir était dans leurs mains, eux ont saisi ce que vous avez donné pour le mettre dans leurs poches ! C’est une honte ! [applaudissements]

Le peuple a parlé. Deux élections ont eu lieu. Le peuple a parlé. Eh bien moi, je ne suis pas un homme politique comme les autres. Et vous n’êtes pas des citoyens comme les autres. Lorsqu’un tel désastre s’avance, je ne passe pas ma soirée à faire des commentaires sur la victoire que je serais sensé avoir remportée. Je pourrais, comme un petit boutiquier, avoir dit, le soir des élections municipales : « je suis heureux parce qu’à Grenoble, nous avons fait la démonstration que notre ligne était la bonne. » J’aurais pu dire, le soir des élections européennes : « Oui, j’ai eu un meilleur score, dans ma circonscription, que la fois d’avant. Oui, nous sommes la seule force de gauche qui n’a pas reculé en voix au milieu de toutes les autres. » Mais c’eut été indigne de penser le futur de cette façon. À partir de sa boutique, sa popote, son petit supermarché politique où l’on range les rayons d’une manière ou d’une autre pour les rendre plus affriolants aux consommateurs. Non, il fallait montrer ce que nous ressentions ! La peine, le chagrin, de voir la France, notre bien aimée, montrée de cette façon et présenter ce visage au monde.

60% d’abstention ! C’est-à-dire le peuple qui, massivement, fait une insurrection froide et, revenant peut-être à ce qui s’est passé, en l’an 400 avant notre ère, lorsque le peuple décide de ne plus participer à rien et se retire sur l’Aventin jusqu’à ce que les patriciens cèdent et finissent par lui reconnaître ce qui est le plus important, le pouvoir et, en particulier, le droit de veto sur les décisions que les puissants prenaient.

60% d’abstention ! Alors que sur tous les tons, des medias, parfois fort complaisants, avaient mis en scène la poussée de l’extrême droite, l’avaient annoncée et, pour ainsi dire encouragée, et même cajolée, le peuple français s’est dit : « puisque c’est comme ça, nous ne nous en mêlons pas. Débrouillez-vous ! » Si bien que le peuple, se mettant en grève civique, a laissé l’extrême droite s’installer en tête de la représentation politique de notre pays. Et devant un évènement d’une portée pareille, aucun faux semblant n’est acceptable. Il faut d’abord montrer, avec autant d’énergie qu’on le peut, qu’aucun d’entre nous n’acceptera que continue ce jeu glauque, pervers et dangereux pour la République, qui consiste à encourager l’extrême droite, à faciliter sa percée en rêvant d’un deuxième tour aux élections présidentielles où qui que ce soit qui se trouverait en face serait élu automatiquement, sans avoir besoin de rien dire ni de rien faire. Y’en a par-dessus la tête du vote utile et du chantage qui nous prend pour des animaux alors que nous sommes équipés d’un cerveau ! [applaudissements]

La leçon, il faut l’entendre ! On me dit : « Ah, vous autres, du Parti de Gauche, vous devez enfin comprendre qu’il faut rassembler la Gauche. » Je vais vous dire que si nous suivions ce conseil, nous aggraverions le mal. Pourquoi ?

Nous n’avons aucune intention de nous rassembler avec Manuel Valls et Monsieur Hollande ! [applaudissements] Ni aujourd’hui, ni demain ! [les applaudissements continuent] Ce n’est pas leur personne qui est en cause, c’est leur politique. Leur politique a déjà conduit à un désastre civique. Ce qui s’est passé aux élections européennes est d’une gravité exceptionnelle dont l’entière responsabilité revient au Président de la République et à Manuel Valls. Non seulement pour avoir mis en place cette politique qui ne mène nulle part, sinon à la souffrance, à la destruction des grandes et des petites choses, des petites choses qui font le bonheur de tous les jours : la possibilité de prévoir qu’on part en vacances et puis devoir constater qu’on ne peut pas partir en vacances ; prévoir l’année qui vient et, soudain, se voir fauché dans ses projets parce que le chômage est là.

Il l’est comme jamais ! Cinq millions de chômeurs ! Puisque vous savez qu’ils retirent ses statistiques ceux qui ont travaillé 72 heures dans un mois. Savez-vous, Mesdames, Messieurs les puissants ce que rapportent 72 heures au SMIC ? Croyez-vous que l’on puisse vivre de cela ? Croyez-vous que l’on puisse organisez sa vie de famille, élever ses enfants dans la dignité avec de tels moyens ? Eh bien, pourtant, des millions de nos compatriotes, aujourd’hui, s’efforcent de le faire avec si peu de moyens. Mais eux sont indifférents à tout cela. Si bien qu’ils ne peuvent rien comprendre à la colère du grand nombre. Non seulement cette politique irresponsable nous mène dans le mur mais cette manière inouïe de vous regarder dans les yeux pour vous dire : « eh bien dorénavant, ce sera comme auparavant ! » Et voilà pourquoi, quoi que vous votiez, ils s’en fichent !

Quel est le régime absurde qui rend possible une telle attitude, que même les monarques n’avaient pas sous l‘Ancien régime ? Et quand ils l’avaient, il leur en cuisait ! Eh bien, il va leur en cuire, c’est le souhait que je fais.

Mais les critiques que j’ai adressées, en votre nom, si souvent ont valu qu’on me jette tant de pierres, ou que l’on dénonce mon ton excessif, mes manières trop brutales, car, dans ce monde-là, voyez-vous, on doit parler à mi-voix, sans bouger trop les traits. Il ne faut pas être trop méditerranéen dans leur monde !

Et maintenant, voilà que la critique vient de l’intérieur, si bien que nous avons le paysage suivant. Le Président de la République s’est engagé sur un programme et il nous dit ouvertement qu’il n’en tiendra pas une ligne. Vous le sanctionnez, il vous dit qu’il a très bien reçu le message, la preuve, il va continuer ! [rires et applaudissements mêlés]. Et il en choisit un pire que l’autre ! Après quoi vous dîtes : « eh bien si c’est comme ça, nous nous en allons. » La majorité gouvernementale a explosé ; les Verts ont quitté le gouvernement ; quarante députés n’ont pas voté la confiance au Premier Ministre ; toute une série d’entre eux n’ont pas voté le budget. Et ainsi va la France, quarante députés nous refusent la confiance mais il ne se passe rien. Et ce sont des députés de la majorité. La moitié de la coalition fiche le camp et que se passe-t-il ? Rien ! Le chômage explose, que va-t-il faire ? Rien non plus ! C’est-à-dire la même chose qu’avant ! Il a donc divisé la Gauche, divisé sa majorité et voilà maintenant qu’il aura réussi à diviser son gouvernement !

Mme Duflot a-t-elle dit autre chose de l’intérieur que ce que nous disions de l’extérieur ? Mais c’est ici même, à Grenoble, voilà tantôt deux ans, que vous avez crié tous, en cadence, « pas de muselière et nous en sommes fiers ! »[1] Eh bien Madame Duflot a retiré sa muselière. Nous la félicitons ! [applaudissements]

Je ne voudrais surtout pas qu’on dise que je suis revenu à mes excès de langage puisque, paraît-il, dire la vérité est excessif. Je vais me contenter de dire, à propos de François Hollande, juste ce que disent ses amis ministres, actuels ou anciens. Voici ce que dit Cécile Duflot : « Il n’a su être le Président de personne. » En effet, on n’en est pas loin ! « Ce n’est pas une question de tempérament, c’est la conséquence d’une succession de choix souvent inattendus et, parfois » – elle est aimable – « incohérents entre eux ». Elle ajoute que « le récit de la lutte sans fin contre la dette est un discours d’affichage non suivi d’effet » – en effet, si vous réduisez la dépense publique et que vous coupez, forcément la dette augmente – « on devait tenir le 3% de déficits, on ne l’a pas fait et François Hollande passe son temps à fixer des objectifs qu’il ne peut pas tenir ». « L’effet » dit-elle – elle, pas nous qui sommes plus modérés – « est dévastateur ! » [rires dans le public]

Là-dessus, voici maintenant deux ministres, et non des moindres, qui vont se réunir cet après-midi pour tailler en pièces la politique du gouvernement auquel ils participent [rires dans le public], notamment le ministre de l’économie qui a dit : « Aujourd’hui, la réduction à marche forcée des déficits est une aberration économique. » Vous voyez ? Ce n’est pas moi qui parle, ce serait excessif ! Là, c’est modéré. [rires dans le public] « Car elle aggrave le chômage [applaudissements] ; une absurdité financière, une absurdité financière car elle rend impossible le rétablissement des comptes publics et un sinistre politique car elle jette les Européens dans les bras des partis extrémistes. » Par conséquent, il accuse la politique du Premier ministre du gouvernement dont il est membre d’aggraver le chômage, d’être une absurdité financière, de rendre impossible le redressement des comptes publics, de jeter les Français dans les bras des extrémistes et il qualifie la politique du Président de la République de sinistre politique. Mais qu’est-ce que vous voulez que j’ajoute à ça moi ? [rires dans le public]

Et même, triomphe total que je savoure avec gourmandise, le quotidien du Parti Socialiste, Libération, et son hebdomadaire, Le Nouvel Observateur, qui, après m’avoir couvert d’opprobre, se convertit enfin à son métier, c’est-à-dire observer les faits et en rendre compte, si bien que voici Monsieur Joffrin qui est le pape du socialisme modéré et l’organisateur du bal, voilà ce qu’il dit cet homme : « Une saine colère populaire sanctionnera un jour la politique aberrante » [Mélenchon : aaaah ! ] « imposée depuis bientôt sept ans » [Mélenchon : mais que ne l’avez-vous dit plus tôt ?] « par la classe dirigeante européenne. Sept ans d’austérité, sept ans de malheur ! ». Et attention, maintenant c’est du pur mélenchonisme, c’est dire la violence de la conversion ! [rires dans le public]. Moi, je ne parle plus comme ça, je trouve ça trop… vous allez voir ! Il dit, Laurent Joffrin, « par dogmatisme, par avidité, l’oligarchie continentale a passé outre, jugeant que les intérêts de la finance, c’est-à-dire les siens, devaient l’emporter sur ceux du peuple. » [applaudissements]

Alors vous voyez qu’il n’est pas vrai que le Parti de Gauche est hostile aux journalistes, nous les acclamons ! [rires et applaudissements mêlés]

Ah mes amis, vous voyez ? Pourquoi j’ai commencé par dire à quel point nous avons besoin d’éducation, d’élever le niveau de confiance et d’abord le nôtre même ! Il faut avoir les nerfs, la patience mais jamais renoncer au travail intellectuel qui nous permet de voir juste dans la confusion des faits car l’heure vient toujours où la lumière est plus forte que l’ombre, où l’idée avance, passant d’un cerveau à l’autre, jusqu’au plus réticent, comme vous le voyez ! [rires dans le public] pour ne rien dire de ceux qui, n’ayant jamais eu de cerveau, n’ont pas changé d’avis ! [rires et applaudissements mêlés].

Je le dis parce que tel n’est pas notre cas. On me dit « Rassembler la Gauche », j’ai répondu « Je ne crois pas que ce soit la bonne idée ». Alors que faut-il faire ? Car si nous ne faisons rien, si nous nous contentons de faire notre petite soupe et que nous allons d’un colloque à l’autre parmi ceux qui pensent un peu comme nous, qui ne votent pas comme nous dans les assemblées mais quand même, et celui-ci et celle-là, si sympathique – c’est vrai ! – que faisons-nous ? Rien ! Absolument rien. Nous étalons le spectacle de l’impuissance et de l’incapacité à penser le futur. Nous étalons le spectacle de gens qui ne sont bons qu’à parler. La question ce n’est pas de parler, c’est d’agir ! Et si on parle, il faut que la parole soit une action. Et c’est ce que j’essaie de faire en ce moment en m’adressant à vous et à ceux qui nous écoutent.

Mon discours n’est pas celui d’un homme qui se met à la retraite ni qui est déprimé. C’est un appel au combat ! Peuple français, il faut te mêler de cette affaire ! Il faut te mêler de cette affaire ! Car sinon, que va-t-il se passer ? Alors évidemment parmi vous, il y a tant de naïfs ! Comme je m’inquiète ! Il pourrait se passer quelque chose de surprenant ! Que François Hollande tienne une de ses promesses ! [rires dans le public] Évènement qui serait d’une portée considérable ! Ou ou ou ou qu’il respecte sa propre pensée ! Je ne veux pas lui suggérer mais juste lui rappeler qu’en 2006, dans son livre « Devoir de vérité »… « Devoir de vérité »… écrit avec Edwy Plenel, voici ce qu’il disait : « Je préconise un exercice de vérification démocratique au milieu de la législature. [dans le public on entend des applaudissements mais aussi des « hein hein » ou des « excellent ! »] Si, d’aventure, à l’occasion de cette vérification, une crise profonde se produisait où des élections interviendraient contredisant l’élection présidentielle, nous en tirerions toutes les conséquences en quittant la présidence. » [applaudissements nourris dans le public].

Bon, compte tenu de ce que nous savons, il est vraisemblable que l’on va titrer partout que j’appelle à la démission de François Hollande. Mais vous, qui êtes plus subtils, vous avez entendu que je vous ai rappelé que FRANÇOIS HOLLANDE envisageait la démission du titulaire de la fonction, pas moi !

Mais, allons au bout de cette affaire. Si nous disions que notre projet est de rassembler la Gauche, ce serait une formule creuse qui ferait plaisir à cette génération qui a connu les efforts pour la rassembler, mais c’était sur une ligne de rupture. Et ce n’est pas moi qui vais vous dire qu’il ne faut rassembler personne. Enfin quand même ! Nous en avons rassemblé quatre millions dans une élection et puis surtout nous avons rassemblé la plus grande partie de l’autre Gauche, je dis « la plus grande partie » dans le respect de ceux qui n‘ont pas voulu mais qui voudront peut-être la prochaine fois se joindre à nos efforts. Par conséquent, ce n’est pas nous qui allons défaire le Front de Gauche. Mes ami-e-s, c’est nous qui l’avons créé ! C’est notre œuvre ! Je vous rappelle qu’il a fallu du temps pour que l’idée du Front de Gauche avance assez pour être acceptée. Mais ce n’était pas le cas au début. Je vous rappelle qu’on faisait semblant. Vous le savez bien vous autres. Le Front de Gauche, c’est une réalité, c’est un point d’appui. Pour des milliers de gens, c’est l’unique bien commun qu’ils ont, ils n’appartiennent à aucun parti. Ils ne sont ni au Parti Communiste ni au Parti de Gauche. Ils ne sont dans aucun parti. Pour eux, le seul repère, c’est le Front de Gauche ! Ils se disent Front de Gauche. Ils vont voter Front de Gauche. Ils ont des drapeaux Front de Gauche. C’est leur espoir. On ne va pas aller leur dire « tout cela est fini ». Non ! Il y a une discussion. Il faut être grand garçon, grande fille. Il faut accepter qu’il y ait des discussions. Il ne faut pas faire que chaque fois qu’on a une discussion sérieuse, on dise « c’est une bisbille », « c’est une querelle de chefs », mais chef de quoi ? Ou c’est une lutte pour les places. Quelles places ? Jusqu’à la victoire, il n’y aura que des coups à prendre ! Je préviens tout le monde. Par conséquent ceux qui se seraient trompés et seraient venus pour des places se sont trompés de porte. Y’a que des coups à prendre ! C’est la lutte ! Y’a pas de lutte de places. A plus forte raison dans notre petit parti. Ce n’est pas ça le sujet ! Respectez la dignité d’un débat politique. Nous sommes dans une situation dangereuse. Il est important de discuter avec sérieux, jusqu’au bout, des questions de la stratégie. Nous avons eu cette discussion aux élections municipales. Ce n’est pas se complaire dans la dispute mais essayer d’en tirer l’enseignement.

Mes ami-e-s, le problème qui nous est posé N’EST PAS de rassembler la Gauche, c’est de fédérer le peuple ! [applaudissements] car le peuple, à l’heure actuelle, à l’heure actuelle, le peuple se désintéresse de la Gauche et de la Droite. Ce que vous entendez tous les jours, autour de vous, qui vous fait saigner le cœur, c’est quand on vous dit : « la Gauche et la Droite c’est pareil ! » Parce que vous, vous savez ce qu’il nous en a coûté d’être de Gauche, fidèles à nos valeurs, dans nos communes, dans nos entreprises. Et cette ignominie qui consiste à être assimilés à François Hollande, c’est à lui que nous la devons. Non ! Nous continuons à être les héritiers de cette tradition. Nous sommes les héritiers de la Gauche. Nous n’en sommes pas les gestionnaires.

Et maintenant, il s’agit de projeter l’ambition à un autre niveau en sachant par où commencer. Si nous ne faisons rien, en 2017, prochaine élection présidentielle si François Hollande ne s’en va pas avant, comme il avait imaginé de le faire dès 2006, s’il ne s’en va pas avant, il y aura une élection. Alors ça suffit l’hypocrisie qui consiste à dire « je ne m’occupe pas des élections ». Eh bien en démocratie, on doit s’occuper des élections. Et c’est un devoir de penser à ce qui va se passer. Parce que le cycle de cinq ans est très court. Il faut penser à ce que l’on va faire. Parce que, dîtes, ça va déjà être assez pénible de supporter ça encore deux ans et demi, avec des gens qui se battent comme s’ils étaient seuls au monde pour allonger l’âge de départ à la retraite – alors Nicolas Sarkozy avait dit 62 ans, François Hollande met ça à 66 ans, arrivent M. Fillon, M. Juppé, tous les autres de l’UMP, alors ceux-là ils ont trouvé, encore plus loin, 65 ans [il y a ici manifestement une erreur car l’affirmation est incohérente] ; et quelles idées ils ont à proposer à la France ? Encore plus de coupes budgétaires, c’est-à-dire la même chose, parce qu’ils font entre eux une sorte d’escalade pour savoir lequel va être le plus scrogneugneu, le plus coupeur de budgets, le plus coupeur d’avantages sociaux. Que va-t-il se passer ? Alors il pourrait se passer ce qui s’est passé aux Européennes c’est-à-dire que ne voyant rien venir qui puisse changer le cours de la vie, une masse immense du peuple dise « nous nous en désintéressons ». C’est pourquoi je dis notre projet n’est PAS de rassembler notre famille politique mais de fédérer le grand nombre. Comment pouvons-nous faire ? Par quel bout commencer ?

Eh bien le bout le plus important est celui qui consiste à dire « Prenez le pouvoir ». On ne peut régler aucun des problèmes de notre temps sans la participation populaire de masse. Le régime de la monarchie présidentielle ne peut plus durer. C’est une aberration qui écarte de la scène politique des millions de personnes. Il faut reprendre le pouvoir pour décider de ce qu’on fait de notre vie. Pour décider, nous-mêmes, si, oui ou non, on décide de supprimer les communes, les départements, l’essentiel des régions qu’on connaît aujourd’hui, pour décider quels sont les droits qui sont reconnus au peuple. C’est le moment de le faire ! Est-ce que nous sommes vraiment tous égaux ? Est-ce que nous avons un devoir de solidarité ou est-ce que nous décidons que la règle de vie, c’est chacun pour soi comme l’impose le régime néo-libéral ? Eh bien les Français pourraient décider que c’est chacun pour soi mais que du moins on puisse avoir cette discussion et qu’on puisse trancher. Pour ça, il faut changer la règle du jeu. Il faut changer la règle du jeu c’est-à-dire la constitution.

Qu’on ne vienne pas me dire que c’est une question trop technique. Vous avez vu, on me reproche d’être trop intellectuel pour le peuple ! Parce que ceux qui parlent méprisent tellement les gens les prennent pour des buses. Ils pensent que les Français ne comprennent pas les grands sujets. C’est le peuple le plus politique du monde que le peuple français ! Il comprend tout, tout ! Y’a aucun sujet hors de sa portée. [applaudissements]

Il faut changer la règle du jeu. C’est le plus grand commun dénominateur que nous pouvons avoir avec TOUS les Français, TOUTES les Françaises, quelle que soit leur opinion. De leur dire, maintenant le moment est venu de faire nous-mêmes, ce qui a été fait sans cesse sans nous. La constitution de la 5e République, qui n’a plus de 5e République que le nom, a été changée vingt fois, vingt-et-une même je crois, dont les dix-huit dernières fois sans l’avis du peuple français. Ça suffit ces méthodes-là ! Il est temps d’en passer à une autre étape où le peuple, se saisissant de lui-même pour se définir, dire quels sont ses droits, quelle est l’organisation des pouvoirs publics, devient le maître et le souverain dans sa propre patrie.

Voilà pourquoi nous avons changé notre dispositif. Non parce que je serais déprimé. Ni parce que Martine Billard en aurait marre de la tâche qu’elle accomplissait avec tant de brio. Mais parce qu’il faut adapter sans cesse la forme de l’organisation à la forme du combat politique. Nous ne gérons pas une bureaucratie. Le Parti de Gauche est un instrument de combat et rien d’autre ! Et ni elle, ni moi n’avons de plans de carrière. C’est fait. Merci ! Donc, ce n’est pas le sujet pour nous. Le sujet, c’est sortir de la nasse. Pas nous personnellement, sortir le pays de la nasse.

La France doit mettre sa puissance, celle de son peuple éduqué, celle de ses moyens matériels gigantesques, au service des grands défis qui accablent la civilisation humaine. Ça va mal tourner si on laisse faire ! Ça va mal tourner en Europe, parce que le risque de la guerre généralisée existe du fait de l’irresponsabilité de la politique agressive des États-Unis d’Amérique qui ont étendu l’OTAN et son armada jusqu’aux frontières de la Russie et s’étonne que celle-ci ne se laisse pas faire, provoquant une escalade que l’on n’avait pas connue du temps où c’était l’Union soviétique et qu’on est en train de connaître aujourd’hui depuis que, paraît-il, c’est le paradis démocratique en Russie. Faut-il être stupide pour aller soutenir un gouvernement dans lequel il y a des néonazis ? C’est une aberration ! Ce n’est pas la politique de la France de faire ça ! La politique de la France, c’est de s’avancer sur la scène, de parler aux Russes et de leur dire : « Bien, quelles sont les conditions auxquelles vous seriez prêts à souscrire du moment que votre sécurité serait garantie pour que les peuples qui se trouvent dans cette région du monde, eux aussi, aient le droit à s’autodéterminer ? » C’est une discussion où l’on met la vérité sur la table. Quelle autre méthode que celle du dialogue ? La force et la violence. Nous sommes pour le dialogue. Contre la guerre. Contre la violence. Contre les néonazis dans les gouvernements, de même qu’on est contre les gouvernements qui envahissent leurs voisins.

Eh bien, où est passée la « Communauté internationale » pendant ce temps ? Où est-elle passée pendant qu’était martyrisée la population de Gaza ? [applaudissements] Je veux dire mes félicitations, je veux dire mes félicitations, à la jeunesse de ma patrie qui a su se mobiliser en défense des malheureux victimes de crimes de guerre à Gaza. Ils l’ont fait avec une discipline parfaite alors que, de tous côtés, on les poussait aux excès. Ils ont su se tenir dignes et incarner, mieux que personne, les valeurs fondatrices de la République française. Ces valeurs sont que nous sommes toujours du côté du faible et de l’humilié parce que nos valeurs sont Liberté-Égalité-Fraternité, pas la paix aux uns, la guerre aux autres [applaudissements]. Nous ne croyons pas aux peuples supérieurs aux autres. Nous croyons que les droits de tous les êtres humains sont égaux. Ceux qui ont incarné la France républicaine, c’est ceux qui défendaient, en mémoire du passé où déjà nous avons vu de petites communautés humaines être massacrées du seul fait de leur appartenance à une communauté, en fidélité à ces combats du passé, en souvenir des meurtres de masse qui ont été commis dans le passé, en fidélité, nous nous sommes portés aux avant-postes, oui, du soutien à cette malheureuse population et nous avons dénoncé les crimes commis contre elle. Et nous avons le cœur soulevé de voir des écoles bombardées, des hôpitaux détruits, des ports, des aéroports et tous les moyens qui permettraient à cette population de se redéployer vers le futur. Oui, nous le dénonçons ! Oui, nous le dénonçons ! Nous n’avons peur de personne. N’essayez pas de nous faire baisser les yeux ! Peine perdue !

Si nous avons quelque chose à dénoncer, c’est ceux de nos compatriotes qui ont cru bien inspiré d’aller manifester devant l’ambassade d’un pays étranger ou d’aller servir sous ses couleurs, les armes à la main. Si nous avons quelque chose à dénoncer, c’est cela. La France a un devoir de militer pour la paix. Elle doit s’engager de toute sa force pour la paix. Et non pas voter des blancs-seings à la violence et à la brutalité ! Nous ne baisserons pas les yeux.

Je voudrais dire au CRIF que ça commence à bien faire les balayages avec le rayon paralysant qui consiste à traiter tout le monde d’antisémite dès qu’on a l’audace de critiquer l’action d’un gouvernement. Il n’y aurait donc qu’un seul et unique gouvernement au monde. Qu’il soit de gauche ou d’extrême droite, aucun d’entre nous n’aurait le droit de le critiquer sans être aussitôt accusé de racisme. C’est insupportable ! Nous en avons assez ! Je veux vous le dire. J’en ai assez de voir que vous m‘accusiez d’antisémitisme. J’en ai assez de voir que vous écrivez dans vos documents que le Parti de Gauche aurait manifesté sa « haine de l’Occident » – s’il vous plaît ! –, « des Juifs » – incroyable ! – Mais vous savez qui est là ? Vous savez qui parle à cette tribune ? – et enfin, pour terminer, « de la République ». Non ! La République, c’est le contraire des communautés agressives qui font la leçon au reste du pays. La patrie est à égalité à tous ses membres, tous ses enfants. Nous ne permettrons pas, nous ne permettrons pas, qu’à la faveur de quelques excès de quelques énergumènes, tous les musulmans de France soient montrés du doigt. De la même manière que nous n’avons jamais permis que l’on montre du doigt les juifs, les catholiques, les protestants et, surtout, la masse de ceux qui n’ont aucune religion et demandent aux autres de bien vouloir leur ficher la paix à un moment ! [applaudissements]

Pourquoi la France doit-elle se ressaisir ? Parce que, je viens de le dire, on voit que la puissance dominante – les États-Unis d’Amérique qui ont des raisons très profondes de craindre le futur – c’est-à-dire le moment où le dollar cesserait d’être la monnaie de réserve universelle et que viendrait à se percer, d’un seul coup, la bulle de ces milliards de milliards de milliards de dollars qui circulent et qui servent aux transactions internationales. C’est de ça dont ils ont peur ! Et c’est pourquoi ils préfèreraient la guerre généralisée à une paix qui viendrait à mettre en cause leur hégémonie et leur empire. Le dire, ce n’est pas être belliqueux avec les belliqueux, contre les belliqueux. C’est dire la vérité de ce qui est en cours. Les États-Unis d’Amérique sont préoccupés d’avoir vu surgir, dans la zone où se produit le 25% de la richesse du monde – l’Europe – une monnaie commune qui pouvait contrebattre sa puissance. Ils en étaient là, cherchant à affaiblir l’économie européenne de toutes les manières possibles. Et ils y sont parvenus. Y compris avec cette politique stupide de sanctions économiques contre la Russie dont les premières victimes sont les pays européens. Et ils pensaient, par ce moyen de la pression, intimider ces puissances émergentes que l’on voit dans le monde.

Eh bien, cet été, il s’est produit un grand évènement, un très grand évènement passé inaperçu. Les pays que l’on nomme BRICS – c’est-à-dire le Brésil, l’Inde, la Russie, la Chine et l’Afrique du Sud – qui représentent presque 50% du total de l’humanité, et 28% de la richesse totale du monde – mais la richesse réelle, car dans la richesse on compte les maniements de monnaie qui n’ont aucune contrepartie matérielle – qui produisent donc bien plus, si l’on regarde ce que les êtres humains consomment et utilisent, eh bien ces cinq pays ont décidé de constituer l’équivalent du Fonds Monétaire International et de la Banque Mondiale. Si bien que ce jour-là, à Fortaleza, au Brésil, les États-Unis viennent de perdre, pour la deuxième fois, un de ses instruments les plus puissants qu’est [l’ensemble] FMI et Banque mondiale. C’est pourquoi le monde est en danger. Comment la grande puissance va-t-elle réagir ? Et nous, nous devons, plus que jamais, être la France qui porte une parole de paix, d’égalité. Une nouvelle alliance mondiale, altermondialiste – c’est-à-dire pour un autre ordre du monde – qui permette à notre pays de faire valoir ce qu’il est vraiment, c’est-à-dire présent sur les cinq continents, ou, en tout cas, dans les mers qui servent les cinq continents, notre pays qui a sa plus longue frontière commune avec le Brésil, et qui, de toutes les façons possibles, partage avec les BRICS davantage qu’avec les États-Unis d’Amérique, notamment la passion du futur, le goût de régler les problèmes du quotidien, et ainsi de suite. Mais par-dessus tout, l’idée de l’égalité.

Voilà ce que la France devrait être en train de faire à cette heure ! Une France indépendante, une France souveraine, une France qui n’est pas à la remorque des États-Unis d’Amérique, où l’on ne voit pas son monarque qui décide tout seul, un mois après avoir été élu, d’aller signer, à Chicago, un texte inepte où il donne à l’OTAN le système de la dissuasion nucléaire française et la démantèle ! Mes ami-e-s et camarades, vous pensez ce que vous voulez de la dissuasion, mais la chose la plus incroyable n’est-elle pas que le Président de la République, en signant l’accord pour qu’il y ait des batteries anti-missiles en Europe, décide que dorénavant les Français accepteraient des agressions partielles sans que la réplique soit totale. Mes ami-e-s, c’est la fin de la dissuasion ! On n’en a pas parlé une seconde dans ce pays, c’est incroyable !

Mais, par-dessus tout, il faut que j’aille à ce qui est le plus important, le plus fondamental, notre responsabilité d’êtres humains, notre responsabilité d’êtres humains. Maintenant, nous comprenons tragiquement que nous sommes tous semblables puisque nous dépendons tous du même écosystème, le seul qui permette notre vie. Ainsi, l’intuition des biens communs du communisme, du socialisme qui dit que c’est avec les autres qu’on se débrouille, du républicanisme qui dit que c’est tous ensemble qu’il faut penser ce qui est bon pour tous, est confirmé. Mais il ne faudrait pas que ce soit confirmé juste avant le désastre total !

Mes ami-e-s, cette année – ça tombe toujours au mois d’août maintenant ! – depuis le 19 août, date d’heureuse mémoire [anniversaire de JLM], il se trouve que notre terre est entrée en dette écologique. C’est-à-dire que dorénavant, nous consommons et nous jetons plus que ce que la planète peut recycler et reproduire. C’est une tragédie ! L’arrivée du jour du remplacement est de plus en plus éloignée dans l’année. Dans les années 70, c’était à la mi-décembre. Maintenant, nous en sommes à la mi-août ! Et la conséquence, vous la voyez ! Ce productivisme effréné a une conséquence sur le dérèglement du climat.

Savez-vous que, cet été, s’est tenu un congrès de météorologistes et que ceux-ci nous disent, de la manière la plus claire qui est : « dorénavant le changement climatique est commencé ! ». Ce n’est pas une menace, quelque chose qui pourrait se produire. Non, c’est quelque chose qui est commencé ! Et les effets du changement climatique ne sont pas proportionnels au niveau du réchauffement. C’est-à-dire que les conséquences sont mille fois plus étendues que le degré de réchauffement. Chaque fois que l’atmosphère se réchauffe d’un degré, l’évaporation progresse de sept points. Cela signifie que le mouvement de l’eau vers l’air, puis de l’eau dans l’air vers l’eau, s’accélère. Et ce cycle s’accélère, provoquant des phénomènes climatiques extrêmes. Ah ! Ceux qui disent « Après nous, le déluge ! » ne croient pas si bien dire ! Il va beaucoup pleuvoir, lamentablement au même endroit, tandis que d’autres n’en verront plus la couleur. Nous sommes entrés dans ce cycle. Eh bien, dans ce cycle, il faut que l’on ouvre une issue. En 2015, il y aura un sommet sur le climat en France. Françaises, Français, je vous appelle à vous impliquer dans les débats que les partis, les associations, les organisations vont lancer, pour que vous preniez pleinement conscience de ce qui est en train de se faire. Nous ne pouvons pas agir si tout le monde ne comprend pas bien ce qui est en cause [applaudissements]. Souvent, les gens ne comprennent pas de quoi il est question et pourquoi les évènements pourraient être extrêmes.

Voyez-vous, cette réunion des météorologues dit : « Autrefois, les marins croisaient, de manière exceptionnelle, des vagues de vingt mètres. Aujourd’hui les marins croisent, d’une manière moins exceptionnelle, des vagues de quarante mètres. »

Mes chers ami-e-s, des vagues, il y en a toujours eu. Des tremblements de terre, il y en a toujours eu. Des tsunamis, il y en a toujours eu. Mais, autrefois, les vagues du tsunami passaient sur des cabanes de pêcheurs. Dorénavant, elles passent sur des centrales nucléaires. 75% de la population habite à moins de 100 km d’une côte. Si la mer monte d’1,40 mètre comme on le prévoit d’ici la fin du siècle dans les évaluations optimistes, optimistes, cela signifie que 200 millions de personnes vont devoir se déplacer, sans oublier les installations qui vont avec. Voilà le défi qui est lancé à toute l’humanité. Et c’est là que vous voyez la classe dirigeante irresponsable que nous avons. À l’échelle du monde comme à l’échelle du pays. À l’échelle du monde, que font-ils ? Rien. Piller. Vous savez quoi ? Il y en a qui ont trouvé une bonne idée. Peut-être qu’en entendant mon discours, ils vont dire « Ah, tiens ! C’est pas mal ce que dit Mélenchon. On va acheter des actions dans les sociétés de parapluie. » [rires dans le public]. D’autres diront : « Mmmhhh, si on vendait des bouées de sauvetage, ça serait pas mal ! ». Eh bien, ce que je vais vous dire, c’est presque aussi ridicule. L’élévation du niveau de la mer augmente la pression sur les fonds marins. Cela provoque la remontée de la glace qui s’y trouve et qui contient, en quantité extrêmement importante, des gaz à effet de serre, du méthane. Les glaçons remontent, ils flottent et ensuite ils fondent. Et le méthane part dans l’effet de serre. Eh bien, il y en a qui ont dit : « y’a du méthane ? On va le ramasser pour le vendre. » Voilà ce qu’ils ont décidé. Et en Europe, qu’a-t-on décidé ? De tout reporter à 2030. Le reste ? Cosmétique.

Et on a inventé les droits à polluer. C’est-à-dire un trafic, un commerce, qui engendre toutes sortes de spéculations, qui consiste à vendre le droit de polluer. Et si on pollue moins on a donc des droits qu’on peut vendre à d’autres pour qu’ils polluent plus. Et ainsi de suite. Irresponsabilité des classes dirigeantes.

C’est pourquoi le coup de balai dont nous avons parlé doit être aaaaaample, laaaarge, profoooooond. Tous dehors ! Chassez-les tous ! Ils sont bons à rien. Ils ont mené l’économie à la catastrophe, la planète au désastre. Et regardez-les ! À peine leur donne-t-on quelque chose qu’ils se le prennent pour eux. Leur cupidité est sans fin, je vous l’ai dit tout à l’heure. Quand, vous, vous tirez la langue parce que vos salaires diminuent, eux ont augmenté de 30% le leur ! Vous savez, ceux qui vous disent sans arrêt : « regardez vous ne travaillez pas assez ! » – si, si, record du monde pour ce qui est du travail – «  il faut travailler plus longtemps » – ah bon ? Vous voulez qu’on ait la productivité de la Grèce ? Eh ben, donnez-nous le rythme de vie qu’ils avaient ! Tout était renversé. Combien de fois nous a-t-on parlé de ces travailleurs allemands si sérieux tandis que nous ne faisons rien ! C’est bien connu hein ? Combien de fois a-t-on comparé la France pour la traîner dans la boue, la montrer du doigt ? Toujours la France « à la traîne ». La France « lanterne rouge ». La France « dernier wagon ». Toujours des mots méprisants pour le pays. Pourquoi ils font ça ? Pour vous briser les reins. Pour que vous doutiez de vous. Pour que vous vous disiez : « Eh bien on ne peut rien faire, on est déjà si mal ! » Non ! Ce n’est pas vrai. Mais EUX, ils se gavent plus que les autres. Le patronat du CAC40 s’est gavé plus que celui d’Allemagne et d’Angleterre. Alors, nous commençons à nous dire, nous autres, Français, puisque vous trouvez toujours des ouvriers qui coûtent moins cher, nous allons commencer à essayer de trouver des patrons qui nous coûtent moins cher. [applaudissements]

C’est trop ! C’est irresponsable ! Pourquoi ? Parce que cette masse d’argent qui est donnée à quelques-uns, qui en font des usages souvent tout à fait déraisonnables, comme de le placer dans des objets financiers tellement compliqués qu’eux-mêmes ne savent plus ce qu’il y a dedans, cette masse considérable de richesses qui est le résultat du travail de tant de monde, elle devrait pouvoir être affectée aux investissements pour changer le modèle de production.

Mes ami-e-s, pour faire la planification écologique, c’est-à-dire pour réorganiser la production et l’échange, dans des conditions telles que la date de la dette écologique puisse être retardée dans l’année progressivement jusqu’au moment où nous respecterons la capacité de la planète à se reconstituer, il faut des investissements considérables. Et il faut donc choisir où va l’argent. Ou bien dans la poche de quelques-uns, ou bien dans le bien commun. Chaque fois qu’on investira, ce sera du travail, de l’invention, de l’imagination et nous pourrons, de cette façon-là, concilier la relance de l’activité sans sombrer dans le productivisme. C’est-à-dire faire exactement le contraire de ce que fait François Hollande qui donne quarante milliards à des gens qui n’en ont pas besoin en leur disant « produisez n’importe quoi, n’importe comment, n’importe où, du moment que ce n’est pas cher et que, grâce à la publicité, vous aurez créé des besoins bidon ». C’est ça le productivisme ! [applaudissements]

Et nous, c’est le contraire. Nous nous adressons aux jeunes qui ont envie de mettre leur immense imagination au service du pays. Et à tous les autres ! Ingénieurs, techniciens, tous ces gens avec qui nous pourrons dire, si le peuple le décide, et notamment s’il décide de l’inscrire dans sa nouvelle constitution, que la règle verte est dorénavant la règle des Français.

La règle verte, c’est : « on ne produit plus rien, on ne fait plus rien qui ne soit, en même temps, un acte par lequel nous permettons à la nature de reconstituer ce qu’on lui aura pris. » Les techniciens de notre pays sont capables d’inventer les machines et les process de production qui permettent de tenir cet objectif. Ils ont relevé TOUS les défis techniques. Par conséquent, c’est à leur imagination que nous nous adressons. Et quand nous dénonçons le patronat cupide et incapable du CAC40 qui a amené le pays dans l’état où il est, nous ne le confondons PAS avec ces milliers de gens à qui on a dit, parce qu’ils étaient auto-entrepreneurs – c’est-à-dire auto-esclaves – qu’ils seraient des patrons. Nous ne les confondons pas avec ces équipes d’artisans ou de petites entreprises. Nous savons très bien que ce n’est pas la même chose. Mais comme d’habitude, comme dans le monde paysan, les gros sa cachent derrière les petits. Et c’est d’ailleurs souvent comme ça dans la vie !

C’est pourquoi le discours que je suis en train de faire vous permet de voir comment, si nous changions la règle du jeu en changeant la constitution, plus personne n’aurait ce droit magique de n’en faire qu’à sa tête pendant cinq ans, en méprisant tout le monde, y compris sa propre majorité.

Deuxièmement, que si, par hasard, celui ou elle que vous auriez désigné-e à telle ou telle fonction, se croyait autorisé-e à faire ce qui lui passe par la tête, vous pourriez le sanctionnant en faisant, comme c’est le cas au Venezuela, comme c’est le cas dans plusieurs pays d’Amérique Latine, des référendums révocatoires [applaudissements]. C’est-à-dire qu’au lieu d’attendre de savoir si François Hollande estime qu’il a été suffisamment démenti par les votes populaires, eh bien vous en auriez l’initiative. Mais ça vaudrait aussi pour le maire, ça vaudrait aussi pour le député, ça vaudrait aussi pour les sénateurs. Ça vaudrait pour tout le monde !

Pour tout pouvoir qui vient du peuple, il faut concilier la stabilité des institutions – il faut qu’il y en ait car la démocratie, c’est de l’organisation du débat, ce n’est pas l’assemblée générale permanente, c’est une organisation qui doit déboucher sur la mise en œuvre des décisions – mais en même temps il faut que la capacité d’intervention révolutionnaire du peuple soit à tout moment préservée. Le référendum révocatoire, c’est dire quand un tant de % – je ne sais pas %, 3%, 10% – des électeurs inscrits le demandent en marquant leur nom et leur numéro d’électeur, eh bien un référendum révocatoire est convoqué et on décide si celui ou celle à qui la demande est adressée doit garder sa fonction ou pas.

Voilà UNE idée – parmi combien d’autres ! – mais qui montre qu’on peut parfaitement concilier, d’une manière responsable et sérieuse, l’initiative populaire et la stabilité des institutions.

De la même manière, il faut dire, dans l’entreprise, pourquoi certains ont tous les droits et d’autres aucun. Pourquoi Alsthom peut être dépecé et vendu, Alcatel quasiment mis dans la main de Goldman Sachs, et combien d’autres entreprises qui mettent en cause l’indépendance technique de la France ! Et même son indépendance militaire quand on voit que ce gouvernement a vendu une part des actions de la société qui produit le char Leclerc – vous pensez ce que vous voulez du char Leclerc mais moi je préfère qu’on décide quand on en produit ou quand on n’en produit pas, plutôt que d’y mettre des actionnaires privés, comme ça vient d’’être décidé, notamment une famille de capitalistes allemands, il fallait y penser !, qui, elle, va maintenant avoir intérêt à vendre des chars. Tandis que quand c’est la propriété de l’État, figurez-vous qu’on est plus mesuré dans leur usage ! [applaudissements] D’abord, parce que ça coûte à tout le monde. Donc la défense nationale et ses instruments de fonctionnement doivent appartenir à la patrie et au peuple et à personne d’autre ! On ne peut pas faire un commerce privé des armes et de la mort. [applaudissements]

Pourquoi tout cela est-il possible sans que jamais le peuple n’ait son mot à dire ? Êtes-vous d’accord pour qu’on vende le câble qui permet de faire les liaisons internet, comme cela est en train de se faire ? Parce qu’Alcatel a déposé 27 000 brevets à Goldman Sachs en garantie d’un emprunt d’un milliard et demi que l’État aurait dû consentir à cette entreprise, Alcatel, parce qu’elle vient d’entreprises qui avaient été nationalisées auparavant et qui sont donc le fruit du travail des Français, de leurs ingénieurs, de leurs chercheurs, de leurs travailleurs qui n’appartiennent PAS à cette petite caste qui fait de l’argent avec tout et finira par vider le pays de toute sa capacité de production et d’invention.

Voilà mes ami-e-s ce qui ne peut plus durer ! Et voilà pourquoi, quand on change la règle du jeu c’est-à-dire la constitution, ou quand on élit une assemblée constituante, quand on décide de tout ça – oui, il faut élire une assemblée constituante avec des gens qui ne sont pas déjà élus dans une autre assemblée et qui ne seront ensuite élus nulle part, comme ça, ils font le travail et ils rentrent à la maison comme Cincinnatus. Voilà !

Alors comment va-t-on s’y prendre ?

Il fallait, pour pouvoir mener cette tâche et y mettre toute l’énergie dont on a besoin, qu’on voit bien que ce n’est pas une affaire de parti. C’est-à-dire que ce n’est pas une occasion dont se saisirait le Parti de Gauche pour s’emparer d’un thème. Nous savons que nombreux sont ceux qui pensent comme nous, qu’il faut une 6e République parce que celle-ci est un bricolage inepte qui ne fonctionne pas ! Et peut-être qu’il y a des débats pour savoir si elle doit être parlementaire ou présidentielle. Mais nous pensons une chose en commun, je crois. C’est le peuple qui doit décider. Je ne dis pas que toute la bataille politique doive se résumer à la bataille pour la constituante. Mais c’est une bataille révolutionnaire, centrale ! Y a-t-il plus révolutionnaire que de changer de fond en comble les institutions et l’énoncé des droits du peuple ?

C’est pourquoi je pense que nombreux seront ceux qui voudront s’associer dans ce combat. C’est pourquoi j’ai dit, après en avoir longuement discuté avec les camarades, qui voyaient bien combien il y a d’inconvénients à changer notre dispositif… D’abord c’est nouveau donc on change et deuxièmement, ils préfèreraient que je sois le co-président du parti même si la réalité n’est pas tout à fait celle-là. Nous sommes un collectif comme vous le savez et ça se voit. Mais c’est mieux. Néanmoins, je ne serais pas, et nous ne serions pas, à la hauteur du moment politique si nous ne nous avancions pas. Il faut s’avancer et il faut fédérer le peuple. Donc, pour ça, il faut mettre en débat, en MOUVEMENT le peuple lui-même. C’est-à-dire que je ne vous propose pas d’organiser des colloques sur la 6e République – il y en aura – mais nous allons faire plus ! Nous allons faire plus grand si nous pouvons. Nous allons nous inspirer des méthodes de travail de nos camarades espagnols. C’est au peuple lui-même qu’on va demander de faire le travail.

Pendant quelques temps, chacun, peut-être, mettra dans sa poche sa carte de parti auquel il est légitimement fier d’appartenir et se projettera dans un mouvement plus grand que nous tous, plus grand que chacun d’entre nous, dans un mouvement où il n’y aura pas de président, qui pourrait avoir un comité d’initiatives et qui, ensuite, se propagerait dans tout le pays, et où tous ceux qui le voudraient pourraient s’associer directement, personnellement et s’impliquer directement et personnellement pour cette grande tâche.

On me dit « ah c’est une façon que vous avez trouvée pour parler de 2017 ». Oui, en effet, je le reconnais ! En 2017, ce ne sera pas une élection, ce sera une insurrection. Et nous allons y travailler. [applaudissements] Et comme nous avons vu que le cratère pouvait s’ouvrir du mauvais côté du volcan, nous allons travailler à ce que l’énergie passe du bon côté. Et après, le peuple français décidera.

Et puis, oui, nous avons un candidat : la 6e République ! [applaudissements] Sur cette base, on peut s’entendre. Moi, j’avais déjà dit, pendant la dernière campagne que je le ferai. Bon, je n’ai pas été élu ; il s’en est fallu de pas beaucoup [rires]. Oui mais, attendez les ami-e-s. Vous êtes terribles parce que vous avez été déçu-e-s. Moi j’en revenais pas qu’on fasse quatre millions de voix. Au début, je me disais : « mais ils sont fous, qu’est-ce qui leur prend ? » Mais non, c’est eux qu’ont raison ! C’est comme ça qu’il faut voir la vie. Il faut aller de l’avant. Et je me dis : Regardez ! En 2002, vous vous souvenez ? Le jour de l’année de naissance du vote utile [rires]. Là, bon appétit avec ce qu’ils vous annoncent ! La dernière fois, c’était Chirac ou l’extrême droite. La prochaine fois il paraît que ça va être l’extrême droite ou la quasi-extrême droite. Alors ouf ! Bon, Monsieur Hollande pense qu’il va se faufiler, là, au milieu. Mais je reviens sur 2002. Mes ami-e-s, l’extrême droite a été présente au deuxième tour avec combien de voix à votre avis ? 4,8 millions ! Nous on a déjà trouvé les quatre premiers millions. Il faut être capable de les fédérer de nouveau. Et combien d’autres en plus !

Je vous parle avec le plus grand sérieux. Si nous n’agissons pas, si nous ne nous mettons pas en mouvement, vous ne pourrez pas dire « je ne sais pas », « je ne savais pas ». Nous autres, qui sommes ici dans cette salle, nous parlons aux dizaines de milliers qui sont en train de nous écouter et nous leur disons : « Nous, nous marchons devant. Nous ouvrons la voie, nous prenons toutes les peines, nous prenons toutes les charges. Nous sommes dévoués. Nous vous épuiserons, comme disait Jaurès, par notre dévouement. Nous vous épuiserons par notre dévouement. Mais mettez-vous en mouvement ! Occupez-vous-en ! Saisissez-vous de cette situation ! Ou sinon, en France, rouera le pire. Comme c’est en train de se dessiner en Europe. Mais cette situation n’a rien d’inéluctable. Nous pouvons la retourner. Les jours heureux sont à portée de main du fait de notre immense capacité à imaginer et à inventer.

Regardez, vous êtes à Grenoble. Y’a pas meilleur endroit pour parler de ça ! À Grenoble, la révolution a commencé un an avant la Révolution. En 1788, le peuple est monté sur les toits pour empêcher les gardes du roi de disperser les élus du Parlement qui avaient, auparavant, fait fusionner les ordres. Tout ça aura lieu un an après. Et les députés qui étaient là, comme d’aucuns que je connais et que ne veux pas nommer, quand le roi leur a dit « bon, tout ça, ça suffit maintenant, tout le monde rentre à la maison ». Bon, ils s’en sentaient pas trop d’aller affronter la troupe. C’est le peuple qui, en montant sur les toits, jette des tuiles sur la troupe et aussi font un signe aux députés pour leur dire « vous avez intérêt à continuer à faire ce pourquoi vous êtes là et pas vous sauver ».

Je ne vous invite pas à monter sur les toits pour jeter des tuiles mais c’est un exemple à méditer [rires et applaudissements].

Au demeurant, c’est ci qu’il y a eu la capitale de la résistance armée des Français contre les Allemands et les Nazis. Quatre mille hommes et femmes sur le plateau voisin [le Vercors]. Toute l’armée allemande s’était concentrée pour exterminer les nôtres. Et la bataille a été rude entre des gens, pour une bonne part, quasi désarmés, en face d’une armée suréquipée. Les Nazis prirent otage la population qui était rendue responsable et pilonnèrent les villages, massacrant la population. Comme le font, chaque fois, les très puissants qui se sentent les mains libres. Mais la résistance, inébranlable, a tenu le choc. Et Grenoble s’est libérée par elle-même. Ce sont les résistants, francs-tireurs et partisans, qui ont libéré Grenoble. [applaudissements] C’est vrai, c’est vrai qu’ils ont eu l’appui du premier régiment, bataillon de choc, des parachutistes qui avait été créé où s’il vous plait ? En Afrique du Nord et qui est parti de Staoueli, village à côté d’Alger où était ma famille. [applaudissements]

Grenoble est restée fidèle tranquillement, à cette tradition et, dans les années 60, c’est ici qu’on a commencé à inventer une autre façon de vivre en ville, une autre manière de répartir, une autre manière de faire vivre le lien de la population au pouvoir local. Dois-je prolonger le trait ? Oui ! C’est ici, à Grenoble, qu’une nouvelle page de la gauche a été ouverte. Une gauche, en tout cas un mouvement citoyen puissant s’est levé. Regardez les détails.

Au premier tour, on n’était pas si bien placés dans les quartiers populaires. Et puis nos ami-e-s font leurs beaux résultats. Et à ce moment, es ami-e-s, mes camarades, voilà le moment de bonheur. Soudain, partout, ceux qui ne s’intéressaient plus à rien, dont on disait : « Pff, ils ne comprennent rien ! Rien ne les intéresse !» Ce n’est pas vrai. Aussitôt, ils se sont dit « on a vu la faille, on passe ». Ils venaient, par centaines, au local, demander tout, n’importe quoi, un autocollant, un tract, un foulard, quelque chose. Qu’est-ce que je peux faire demandaient-ils à nos camarades ? Et nos ami-e-s ne savaient que dire. Eh ben nous distribuons des tracts, nous faisons du porte-à-porte. Du porte-à-porte, on en fait ; et ça ne paie pas toujours ! Et là, soudain, le feu a pris de tout côté. Des milliers de braves gens ont montré, en quelques heures, qu’ils avaient tout compris, tout suivi, tout entendu, et qu’ils voulaient en être !

Voici la glorieuse révolution citoyenne à laquelle j’espère que les Français vont se décider. Les Françaises et les Français n’ont pas d’autre issue que celle-là ! Sinon une souffrance interminable. Et une souffrance sans objet. Car la dette en Europe ne sera PAS remboursée. Jamais ! Je vous le dis pour la raison suivante : elle est inremboursable. Parce qu’il y faudrait plusieurs générations. Elle ne sera pas remboursée. Les gens souffrent pour rien. Leur énergie serait bien plus utilement appliquée à produire autrement autre chose.

Bref, à Grenoble, alors que tous les états-majors s’étaient conjurés contre « l’araignée rouge » parce que vous savez qu’ils sont toujours très élégants dans les rapports avec les personnes. Moi, vous connaissez le sort auquel je suis soumis, les ami-e-s, et les adjectifs auxquels j’ai droit, mais alors les femmes, c’est deux fois pire ! Alors, elle, Élisa MARTIN, c’était « l’araignée rouge » et puis PIOLLE, c’était une sorte de bolchévique déguisé en vert ; ah moins, ah moins, ah moins… que ce ne soit un agent des paradis fiscaux ! Et, navigant d’une calomnie à l’autre, d’une caricature à l’autre, à quoi sont-ils arrivés les uns et les autres ? À rien !

J’ai noté que ceux qui nous faisaient des leçons de regroupement pour le second tour ne se sont pas regroupés. Eh bien, nous nous sommes passés d’eux ! Et vous avez vu que nous l’avons emporté de cette façon. Non pas en rassemblant la gauche, ce qui eut été totalement piteux, mais en fédérant le peuple. Grenoble a apporté la démonstration concrète de ce que ça veut dire. Des équipes de citoyens politisés qui se mettent au service du pays et de leurs semblables pour prendre le pouvoir ensemble. C’est cette tâche que je vous propose.

Nous ne sommes pas résignés. Nous ne coulerons pas avec François Hollande. La France républicaine, et l’idéal républicain et progressiste, ne seront pas enterrés avec François Hollande et sa bande de copains de promotion. Ni avec les occupants lamentables de la rue de Solférino. Ni avec aucun de ceux qui nous injurient au lieu d’essayer de répondre et de penser aux signaux d’alarme que nous leur envoyons. Aussi bien, comme nos camarades de Podemos, nous faisons notre une formule qui, dorénavant, est notre ligne stratégique. Nous avons bien compris le message des élections européennes et des élections municipales. Le message qui vient du PEUPLE qui en a par-dessus la tête du système, de la caste, de l’oligarchie. Et ce PEUPLE nous a dit : le système n’a pas peur de la Gauche parce que la Gauche lui mange dans la main, le système a peur du peuple et c’est pourquoi NOUS décidons de mettre le peuple en mouvement.

[1] On peut réentendre ce passage de la muselière en allant sur le lien ci-après. C’est de la 19ème minute passée de 25 secondes jusqu’à la 20è minute passée de 20 secondes :

http://www.jean-luc-melenchon.fr/2012/08/24/meeting-de-cloture-du-remue-meninges-du-parti-de-gauche/

& http://www.dailymotion.com/video/xt3a2o_meeting-de-cloture-du-remue-me-ninges-2012-du-parti-de-gauche_news#from=embediframe

 

 

Bâtir la civilisation du temps libéré par André Gorz

Bâtir la civilisation du temps libéré par André Gorz

Bâtir la civilisation du temps libéré par André Gorz.2

On peut l’acheter sur le site de l’éditeur :

http://www.editionslesliensquiliberent.fr/f/index.php?sp=liv&livre_id=83

et sur celui de la FNAC : http://livre.fnac.com/a3721909/Andre-Gorz-Batir-la-civilisation-du-temps-libere

Auteur : André Gorz

Éditeur : Les Liens qui libèrent

Date de parution : 04/12/2013

Collection : Le Monde Diplomatique

Format : 12 cm x 17 cm

Nombre de pages : 60

ISBN : 798-2918597414