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Discours de Jean-Luc Mélenchon en clôture du Remue-Méninges édition 2014 du Parti de Gauche

Discours de Jean-Luc Mélenchon en clôture du Remue-méninges du Parti de Gauche

Le 24 août 2014. Campus de Saint-Martin d’Hères (Grenoble)

JLM au RM 2014 par Thierry Montchartre

Photo prise par Thierry Monchatre au Remue-Méninges 2014. Merci à lui pour ce très beau cliché.

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Discours de Jean-Luc Mélenchon en clôture du Remue-méninges du Parti de Gauche

Le 24 août 2014. Campus de Saint-Martin d’Hères (Grenoble)

Retranscription faite par Vincent Christophe LE ROUX (PG 44, Comité de St-Nazaire)

Mon cœur se tourne vers ceux des nôtres qui sont absents et, en particulier, Bruno Leprince, notre éditeur, notre ami et camarade qui, en venant ici, a perdu la vie.

L’esprit est toujours le plus fort. Et l’esprit se transmet. Et sa vision, qui porte loin, illumine les cœurs et les esprits en sorte que jamais, jamais, le fil que nous portons ne sera rompu dans l’Histoire. Et, en tout cas, par moi moins que par n’importe quel autre.

Non, je ne pars pas en retraite ! Je suis un être humain doté d’un cerveau sous ses cheveux. Et, avec ce cerveau, j’ai assez appris de la vie pour savoir que, parfois, à l’issue de la mêlée, il faut savoir prendre du recul.

J’ai pris du recul, quelle nouvelle ! Et on m’a déclaré en retraire et dépressif. Je ne le suis pas. Je n’en dirai rien car après tout, il y a déjà longtemps que j’ai pu mesurer à quel point l’industrie de l’information et [celle] du spectacle avaient fusionné profondément. Néanmoins je me permets, un peu ironiquement, de dire que j’ai été fort surpris de découvrir tant de pages consacrées à mon « blues » et à mes « états d’âme » alors que d’habitude je n’ai droit à rien quant à mes idées. Si l’on voulait se préoccuper davantage de mes idées et moins de ma personne, comme je serais content et comme vous-mêmes vous le seriez !

Et, enfin, [applaudissements] je ne peux m’empêcher de m’amuser d’apprendre, de l’aveu du rédacteur en chef du site internet du site d’Hexagones – auquel j’avais donné une interview d’une heure ; qui en avait tiré une bande-son et une bande écrite – que ceux qui ont commenté mes états d’âme… – vous savez que l’avantage du net est que l’on sait exactement qui a consulté et qui n’a pas consulté l’interview – n’est-il pas frappant que ceux qui m’ont commenté ne m’aient ni écouté, ni lu ?

Eh bien vous découvrez là une autre forme de pratique de l’information qui ne consiste pas à donner à connaître, mais à inventer. Pourquoi pas ! Moi, j’ai toujours été ami de la poésie ! [rires dans le public] Mais je voudrais qu’on aille à d’autres qu’à moi pour cet exercice. D’autant que je crois que nos idées – je ne veux pas dire impunément « mes » idées, ce sont les nôtres ! – ont fait leur chemin. Et le constat politique que nous avions fait, l’indication – oserais-je dire l’injonction – que nous faisions s’est trouvée entièrement vérifiée par les faits.

Les politiques d’austérité, que les scrogneugneu de toute l’Europe nous vendent comme un courage – qu’ils s’appliquent d’ailleurs rarement à eux-mêmes ! – sont en fait une obstination aveuglée dont le seul but est que les comptes des grands établissements bancaires du vieux continent restent en ordre et en équilibre. Et le reste, l’immense souffrance humaine qui s’accumule, les indiffère.

Je suis obligé de souligner que nous avons eu raison quand nous avons dit que ce n’est pas une politique que de faire des coupes budgétaires ; qu’en réduisant la présence de l’État dans la société, en désorganisant les administrations publiques par des coupes sauvages, en réduisant sans cesse la masse de liquidités mises en circulation par la consommation populaire, en réduisant les investissements qui résultent de l’incapacité qu’ont les collectivités locales à intervenir – puisque leurs budgets sont en régression – on ne fait rien d’autre que de creuser le déficit puisqu’on ralentit l’activité et, donc, on diminue la ressource fiscale, on augmente le chômage donc on diminue tout ce que le travail de chacun peut apporter de richesse à tous.

Eh bien, c’est ce pronostic – hélas, hélas, mille fois hélas – qui s’est vérifié. Et c’est cela qui, maintenant, conduit à cette situation inouïe – que je vais décrire dans un instant – qui est le paysage politique auquel vous êtes confrontés vous autres, citoyens dignes et humbles, qui vous donnez le mal de penser l’avenir de votre pays et voyez ces gesticulations sans signification qui se déroulent sur le devant de la scène politique.

Mais le peuple a été consulté. La société française a été assommée, mise à contribution d’une manière inouïe, comme jamais elle ne l’avait été. Un plan d’austérité qui, au total, transvase 90 milliards de l’économie réelle, des biens des Français, vers la petite caste, prétentieuse et arrogante, qui prétend savoir, mieux que tout le monde, comment l’économie de la patrie peut se développer et qui, au bout du compte, à peine six mois après qu’aient commencé les versements de l’État vers leurs poches, n’ont montré qu’une chose : l’investissement dans notre pays a reculé ; c’est-à-dire la projection vers le futur, les machines à changer… Rien n’a été fait ! Mais, cependant, ils ont augmenté la part qu’ils se sont versée, par les profits et la part de dividendes, de 30%. Quelle impudence scandaleuse ! Il faut qu’il y en ait qui portent haut et fort cette parole.

Regardez, Français, pendant que vous souffrez, pendant que vous vous acharnez au travail, regardez ! Eux se gavent, vous méprisent, vous ignorent. Et alors que vous avez fait un geste si puissant dans la direction de ceux dont on vous avait dit que votre avenir était dans leurs mains, eux ont saisi ce que vous avez donné pour le mettre dans leurs poches ! C’est une honte ! [applaudissements]

Le peuple a parlé. Deux élections ont eu lieu. Le peuple a parlé. Eh bien moi, je ne suis pas un homme politique comme les autres. Et vous n’êtes pas des citoyens comme les autres. Lorsqu’un tel désastre s’avance, je ne passe pas ma soirée à faire des commentaires sur la victoire que je serais sensé avoir remportée. Je pourrais, comme un petit boutiquier, avoir dit, le soir des élections municipales : « je suis heureux parce qu’à Grenoble, nous avons fait la démonstration que notre ligne était la bonne. » J’aurais pu dire, le soir des élections européennes : « Oui, j’ai eu un meilleur score, dans ma circonscription, que la fois d’avant. Oui, nous sommes la seule force de gauche qui n’a pas reculé en voix au milieu de toutes les autres. » Mais c’eut été indigne de penser le futur de cette façon. À partir de sa boutique, sa popote, son petit supermarché politique où l’on range les rayons d’une manière ou d’une autre pour les rendre plus affriolants aux consommateurs. Non, il fallait montrer ce que nous ressentions ! La peine, le chagrin, de voir la France, notre bien aimée, montrée de cette façon et présenter ce visage au monde.

60% d’abstention ! C’est-à-dire le peuple qui, massivement, fait une insurrection froide et, revenant peut-être à ce qui s’est passé, en l’an 400 avant notre ère, lorsque le peuple décide de ne plus participer à rien et se retire sur l’Aventin jusqu’à ce que les patriciens cèdent et finissent par lui reconnaître ce qui est le plus important, le pouvoir et, en particulier, le droit de veto sur les décisions que les puissants prenaient.

60% d’abstention ! Alors que sur tous les tons, des medias, parfois fort complaisants, avaient mis en scène la poussée de l’extrême droite, l’avaient annoncée et, pour ainsi dire encouragée, et même cajolée, le peuple français s’est dit : « puisque c’est comme ça, nous ne nous en mêlons pas. Débrouillez-vous ! » Si bien que le peuple, se mettant en grève civique, a laissé l’extrême droite s’installer en tête de la représentation politique de notre pays. Et devant un évènement d’une portée pareille, aucun faux semblant n’est acceptable. Il faut d’abord montrer, avec autant d’énergie qu’on le peut, qu’aucun d’entre nous n’acceptera que continue ce jeu glauque, pervers et dangereux pour la République, qui consiste à encourager l’extrême droite, à faciliter sa percée en rêvant d’un deuxième tour aux élections présidentielles où qui que ce soit qui se trouverait en face serait élu automatiquement, sans avoir besoin de rien dire ni de rien faire. Y’en a par-dessus la tête du vote utile et du chantage qui nous prend pour des animaux alors que nous sommes équipés d’un cerveau ! [applaudissements]

La leçon, il faut l’entendre ! On me dit : « Ah, vous autres, du Parti de Gauche, vous devez enfin comprendre qu’il faut rassembler la Gauche. » Je vais vous dire que si nous suivions ce conseil, nous aggraverions le mal. Pourquoi ?

Nous n’avons aucune intention de nous rassembler avec Manuel Valls et Monsieur Hollande ! [applaudissements] Ni aujourd’hui, ni demain ! [les applaudissements continuent] Ce n’est pas leur personne qui est en cause, c’est leur politique. Leur politique a déjà conduit à un désastre civique. Ce qui s’est passé aux élections européennes est d’une gravité exceptionnelle dont l’entière responsabilité revient au Président de la République et à Manuel Valls. Non seulement pour avoir mis en place cette politique qui ne mène nulle part, sinon à la souffrance, à la destruction des grandes et des petites choses, des petites choses qui font le bonheur de tous les jours : la possibilité de prévoir qu’on part en vacances et puis devoir constater qu’on ne peut pas partir en vacances ; prévoir l’année qui vient et, soudain, se voir fauché dans ses projets parce que le chômage est là.

Il l’est comme jamais ! Cinq millions de chômeurs ! Puisque vous savez qu’ils retirent ses statistiques ceux qui ont travaillé 72 heures dans un mois. Savez-vous, Mesdames, Messieurs les puissants ce que rapportent 72 heures au SMIC ? Croyez-vous que l’on puisse vivre de cela ? Croyez-vous que l’on puisse organisez sa vie de famille, élever ses enfants dans la dignité avec de tels moyens ? Eh bien, pourtant, des millions de nos compatriotes, aujourd’hui, s’efforcent de le faire avec si peu de moyens. Mais eux sont indifférents à tout cela. Si bien qu’ils ne peuvent rien comprendre à la colère du grand nombre. Non seulement cette politique irresponsable nous mène dans le mur mais cette manière inouïe de vous regarder dans les yeux pour vous dire : « eh bien dorénavant, ce sera comme auparavant ! » Et voilà pourquoi, quoi que vous votiez, ils s’en fichent !

Quel est le régime absurde qui rend possible une telle attitude, que même les monarques n’avaient pas sous l‘Ancien régime ? Et quand ils l’avaient, il leur en cuisait ! Eh bien, il va leur en cuire, c’est le souhait que je fais.

Mais les critiques que j’ai adressées, en votre nom, si souvent ont valu qu’on me jette tant de pierres, ou que l’on dénonce mon ton excessif, mes manières trop brutales, car, dans ce monde-là, voyez-vous, on doit parler à mi-voix, sans bouger trop les traits. Il ne faut pas être trop méditerranéen dans leur monde !

Et maintenant, voilà que la critique vient de l’intérieur, si bien que nous avons le paysage suivant. Le Président de la République s’est engagé sur un programme et il nous dit ouvertement qu’il n’en tiendra pas une ligne. Vous le sanctionnez, il vous dit qu’il a très bien reçu le message, la preuve, il va continuer ! [rires et applaudissements mêlés]. Et il en choisit un pire que l’autre ! Après quoi vous dîtes : « eh bien si c’est comme ça, nous nous en allons. » La majorité gouvernementale a explosé ; les Verts ont quitté le gouvernement ; quarante députés n’ont pas voté la confiance au Premier Ministre ; toute une série d’entre eux n’ont pas voté le budget. Et ainsi va la France, quarante députés nous refusent la confiance mais il ne se passe rien. Et ce sont des députés de la majorité. La moitié de la coalition fiche le camp et que se passe-t-il ? Rien ! Le chômage explose, que va-t-il faire ? Rien non plus ! C’est-à-dire la même chose qu’avant ! Il a donc divisé la Gauche, divisé sa majorité et voilà maintenant qu’il aura réussi à diviser son gouvernement !

Mme Duflot a-t-elle dit autre chose de l’intérieur que ce que nous disions de l’extérieur ? Mais c’est ici même, à Grenoble, voilà tantôt deux ans, que vous avez crié tous, en cadence, « pas de muselière et nous en sommes fiers ! »[1] Eh bien Madame Duflot a retiré sa muselière. Nous la félicitons ! [applaudissements]

Je ne voudrais surtout pas qu’on dise que je suis revenu à mes excès de langage puisque, paraît-il, dire la vérité est excessif. Je vais me contenter de dire, à propos de François Hollande, juste ce que disent ses amis ministres, actuels ou anciens. Voici ce que dit Cécile Duflot : « Il n’a su être le Président de personne. » En effet, on n’en est pas loin ! « Ce n’est pas une question de tempérament, c’est la conséquence d’une succession de choix souvent inattendus et, parfois » – elle est aimable – « incohérents entre eux ». Elle ajoute que « le récit de la lutte sans fin contre la dette est un discours d’affichage non suivi d’effet » – en effet, si vous réduisez la dépense publique et que vous coupez, forcément la dette augmente – « on devait tenir le 3% de déficits, on ne l’a pas fait et François Hollande passe son temps à fixer des objectifs qu’il ne peut pas tenir ». « L’effet » dit-elle – elle, pas nous qui sommes plus modérés – « est dévastateur ! » [rires dans le public]

Là-dessus, voici maintenant deux ministres, et non des moindres, qui vont se réunir cet après-midi pour tailler en pièces la politique du gouvernement auquel ils participent [rires dans le public], notamment le ministre de l’économie qui a dit : « Aujourd’hui, la réduction à marche forcée des déficits est une aberration économique. » Vous voyez ? Ce n’est pas moi qui parle, ce serait excessif ! Là, c’est modéré. [rires dans le public] « Car elle aggrave le chômage [applaudissements] ; une absurdité financière, une absurdité financière car elle rend impossible le rétablissement des comptes publics et un sinistre politique car elle jette les Européens dans les bras des partis extrémistes. » Par conséquent, il accuse la politique du Premier ministre du gouvernement dont il est membre d’aggraver le chômage, d’être une absurdité financière, de rendre impossible le redressement des comptes publics, de jeter les Français dans les bras des extrémistes et il qualifie la politique du Président de la République de sinistre politique. Mais qu’est-ce que vous voulez que j’ajoute à ça moi ? [rires dans le public]

Et même, triomphe total que je savoure avec gourmandise, le quotidien du Parti Socialiste, Libération, et son hebdomadaire, Le Nouvel Observateur, qui, après m’avoir couvert d’opprobre, se convertit enfin à son métier, c’est-à-dire observer les faits et en rendre compte, si bien que voici Monsieur Joffrin qui est le pape du socialisme modéré et l’organisateur du bal, voilà ce qu’il dit cet homme : « Une saine colère populaire sanctionnera un jour la politique aberrante » [Mélenchon : aaaah ! ] « imposée depuis bientôt sept ans » [Mélenchon : mais que ne l’avez-vous dit plus tôt ?] « par la classe dirigeante européenne. Sept ans d’austérité, sept ans de malheur ! ». Et attention, maintenant c’est du pur mélenchonisme, c’est dire la violence de la conversion ! [rires dans le public]. Moi, je ne parle plus comme ça, je trouve ça trop… vous allez voir ! Il dit, Laurent Joffrin, « par dogmatisme, par avidité, l’oligarchie continentale a passé outre, jugeant que les intérêts de la finance, c’est-à-dire les siens, devaient l’emporter sur ceux du peuple. » [applaudissements]

Alors vous voyez qu’il n’est pas vrai que le Parti de Gauche est hostile aux journalistes, nous les acclamons ! [rires et applaudissements mêlés]

Ah mes amis, vous voyez ? Pourquoi j’ai commencé par dire à quel point nous avons besoin d’éducation, d’élever le niveau de confiance et d’abord le nôtre même ! Il faut avoir les nerfs, la patience mais jamais renoncer au travail intellectuel qui nous permet de voir juste dans la confusion des faits car l’heure vient toujours où la lumière est plus forte que l’ombre, où l’idée avance, passant d’un cerveau à l’autre, jusqu’au plus réticent, comme vous le voyez ! [rires dans le public] pour ne rien dire de ceux qui, n’ayant jamais eu de cerveau, n’ont pas changé d’avis ! [rires et applaudissements mêlés].

Je le dis parce que tel n’est pas notre cas. On me dit « Rassembler la Gauche », j’ai répondu « Je ne crois pas que ce soit la bonne idée ». Alors que faut-il faire ? Car si nous ne faisons rien, si nous nous contentons de faire notre petite soupe et que nous allons d’un colloque à l’autre parmi ceux qui pensent un peu comme nous, qui ne votent pas comme nous dans les assemblées mais quand même, et celui-ci et celle-là, si sympathique – c’est vrai ! – que faisons-nous ? Rien ! Absolument rien. Nous étalons le spectacle de l’impuissance et de l’incapacité à penser le futur. Nous étalons le spectacle de gens qui ne sont bons qu’à parler. La question ce n’est pas de parler, c’est d’agir ! Et si on parle, il faut que la parole soit une action. Et c’est ce que j’essaie de faire en ce moment en m’adressant à vous et à ceux qui nous écoutent.

Mon discours n’est pas celui d’un homme qui se met à la retraite ni qui est déprimé. C’est un appel au combat ! Peuple français, il faut te mêler de cette affaire ! Il faut te mêler de cette affaire ! Car sinon, que va-t-il se passer ? Alors évidemment parmi vous, il y a tant de naïfs ! Comme je m’inquiète ! Il pourrait se passer quelque chose de surprenant ! Que François Hollande tienne une de ses promesses ! [rires dans le public] Évènement qui serait d’une portée considérable ! Ou ou ou ou qu’il respecte sa propre pensée ! Je ne veux pas lui suggérer mais juste lui rappeler qu’en 2006, dans son livre « Devoir de vérité »… « Devoir de vérité »… écrit avec Edwy Plenel, voici ce qu’il disait : « Je préconise un exercice de vérification démocratique au milieu de la législature. [dans le public on entend des applaudissements mais aussi des « hein hein » ou des « excellent ! »] Si, d’aventure, à l’occasion de cette vérification, une crise profonde se produisait où des élections interviendraient contredisant l’élection présidentielle, nous en tirerions toutes les conséquences en quittant la présidence. » [applaudissements nourris dans le public].

Bon, compte tenu de ce que nous savons, il est vraisemblable que l’on va titrer partout que j’appelle à la démission de François Hollande. Mais vous, qui êtes plus subtils, vous avez entendu que je vous ai rappelé que FRANÇOIS HOLLANDE envisageait la démission du titulaire de la fonction, pas moi !

Mais, allons au bout de cette affaire. Si nous disions que notre projet est de rassembler la Gauche, ce serait une formule creuse qui ferait plaisir à cette génération qui a connu les efforts pour la rassembler, mais c’était sur une ligne de rupture. Et ce n’est pas moi qui vais vous dire qu’il ne faut rassembler personne. Enfin quand même ! Nous en avons rassemblé quatre millions dans une élection et puis surtout nous avons rassemblé la plus grande partie de l’autre Gauche, je dis « la plus grande partie » dans le respect de ceux qui n‘ont pas voulu mais qui voudront peut-être la prochaine fois se joindre à nos efforts. Par conséquent, ce n’est pas nous qui allons défaire le Front de Gauche. Mes ami-e-s, c’est nous qui l’avons créé ! C’est notre œuvre ! Je vous rappelle qu’il a fallu du temps pour que l’idée du Front de Gauche avance assez pour être acceptée. Mais ce n’était pas le cas au début. Je vous rappelle qu’on faisait semblant. Vous le savez bien vous autres. Le Front de Gauche, c’est une réalité, c’est un point d’appui. Pour des milliers de gens, c’est l’unique bien commun qu’ils ont, ils n’appartiennent à aucun parti. Ils ne sont ni au Parti Communiste ni au Parti de Gauche. Ils ne sont dans aucun parti. Pour eux, le seul repère, c’est le Front de Gauche ! Ils se disent Front de Gauche. Ils vont voter Front de Gauche. Ils ont des drapeaux Front de Gauche. C’est leur espoir. On ne va pas aller leur dire « tout cela est fini ». Non ! Il y a une discussion. Il faut être grand garçon, grande fille. Il faut accepter qu’il y ait des discussions. Il ne faut pas faire que chaque fois qu’on a une discussion sérieuse, on dise « c’est une bisbille », « c’est une querelle de chefs », mais chef de quoi ? Ou c’est une lutte pour les places. Quelles places ? Jusqu’à la victoire, il n’y aura que des coups à prendre ! Je préviens tout le monde. Par conséquent ceux qui se seraient trompés et seraient venus pour des places se sont trompés de porte. Y’a que des coups à prendre ! C’est la lutte ! Y’a pas de lutte de places. A plus forte raison dans notre petit parti. Ce n’est pas ça le sujet ! Respectez la dignité d’un débat politique. Nous sommes dans une situation dangereuse. Il est important de discuter avec sérieux, jusqu’au bout, des questions de la stratégie. Nous avons eu cette discussion aux élections municipales. Ce n’est pas se complaire dans la dispute mais essayer d’en tirer l’enseignement.

Mes ami-e-s, le problème qui nous est posé N’EST PAS de rassembler la Gauche, c’est de fédérer le peuple ! [applaudissements] car le peuple, à l’heure actuelle, à l’heure actuelle, le peuple se désintéresse de la Gauche et de la Droite. Ce que vous entendez tous les jours, autour de vous, qui vous fait saigner le cœur, c’est quand on vous dit : « la Gauche et la Droite c’est pareil ! » Parce que vous, vous savez ce qu’il nous en a coûté d’être de Gauche, fidèles à nos valeurs, dans nos communes, dans nos entreprises. Et cette ignominie qui consiste à être assimilés à François Hollande, c’est à lui que nous la devons. Non ! Nous continuons à être les héritiers de cette tradition. Nous sommes les héritiers de la Gauche. Nous n’en sommes pas les gestionnaires.

Et maintenant, il s’agit de projeter l’ambition à un autre niveau en sachant par où commencer. Si nous ne faisons rien, en 2017, prochaine élection présidentielle si François Hollande ne s’en va pas avant, comme il avait imaginé de le faire dès 2006, s’il ne s’en va pas avant, il y aura une élection. Alors ça suffit l’hypocrisie qui consiste à dire « je ne m’occupe pas des élections ». Eh bien en démocratie, on doit s’occuper des élections. Et c’est un devoir de penser à ce qui va se passer. Parce que le cycle de cinq ans est très court. Il faut penser à ce que l’on va faire. Parce que, dîtes, ça va déjà être assez pénible de supporter ça encore deux ans et demi, avec des gens qui se battent comme s’ils étaient seuls au monde pour allonger l’âge de départ à la retraite – alors Nicolas Sarkozy avait dit 62 ans, François Hollande met ça à 66 ans, arrivent M. Fillon, M. Juppé, tous les autres de l’UMP, alors ceux-là ils ont trouvé, encore plus loin, 65 ans [il y a ici manifestement une erreur car l’affirmation est incohérente] ; et quelles idées ils ont à proposer à la France ? Encore plus de coupes budgétaires, c’est-à-dire la même chose, parce qu’ils font entre eux une sorte d’escalade pour savoir lequel va être le plus scrogneugneu, le plus coupeur de budgets, le plus coupeur d’avantages sociaux. Que va-t-il se passer ? Alors il pourrait se passer ce qui s’est passé aux Européennes c’est-à-dire que ne voyant rien venir qui puisse changer le cours de la vie, une masse immense du peuple dise « nous nous en désintéressons ». C’est pourquoi je dis notre projet n’est PAS de rassembler notre famille politique mais de fédérer le grand nombre. Comment pouvons-nous faire ? Par quel bout commencer ?

Eh bien le bout le plus important est celui qui consiste à dire « Prenez le pouvoir ». On ne peut régler aucun des problèmes de notre temps sans la participation populaire de masse. Le régime de la monarchie présidentielle ne peut plus durer. C’est une aberration qui écarte de la scène politique des millions de personnes. Il faut reprendre le pouvoir pour décider de ce qu’on fait de notre vie. Pour décider, nous-mêmes, si, oui ou non, on décide de supprimer les communes, les départements, l’essentiel des régions qu’on connaît aujourd’hui, pour décider quels sont les droits qui sont reconnus au peuple. C’est le moment de le faire ! Est-ce que nous sommes vraiment tous égaux ? Est-ce que nous avons un devoir de solidarité ou est-ce que nous décidons que la règle de vie, c’est chacun pour soi comme l’impose le régime néo-libéral ? Eh bien les Français pourraient décider que c’est chacun pour soi mais que du moins on puisse avoir cette discussion et qu’on puisse trancher. Pour ça, il faut changer la règle du jeu. Il faut changer la règle du jeu c’est-à-dire la constitution.

Qu’on ne vienne pas me dire que c’est une question trop technique. Vous avez vu, on me reproche d’être trop intellectuel pour le peuple ! Parce que ceux qui parlent méprisent tellement les gens les prennent pour des buses. Ils pensent que les Français ne comprennent pas les grands sujets. C’est le peuple le plus politique du monde que le peuple français ! Il comprend tout, tout ! Y’a aucun sujet hors de sa portée. [applaudissements]

Il faut changer la règle du jeu. C’est le plus grand commun dénominateur que nous pouvons avoir avec TOUS les Français, TOUTES les Françaises, quelle que soit leur opinion. De leur dire, maintenant le moment est venu de faire nous-mêmes, ce qui a été fait sans cesse sans nous. La constitution de la 5e République, qui n’a plus de 5e République que le nom, a été changée vingt fois, vingt-et-une même je crois, dont les dix-huit dernières fois sans l’avis du peuple français. Ça suffit ces méthodes-là ! Il est temps d’en passer à une autre étape où le peuple, se saisissant de lui-même pour se définir, dire quels sont ses droits, quelle est l’organisation des pouvoirs publics, devient le maître et le souverain dans sa propre patrie.

Voilà pourquoi nous avons changé notre dispositif. Non parce que je serais déprimé. Ni parce que Martine Billard en aurait marre de la tâche qu’elle accomplissait avec tant de brio. Mais parce qu’il faut adapter sans cesse la forme de l’organisation à la forme du combat politique. Nous ne gérons pas une bureaucratie. Le Parti de Gauche est un instrument de combat et rien d’autre ! Et ni elle, ni moi n’avons de plans de carrière. C’est fait. Merci ! Donc, ce n’est pas le sujet pour nous. Le sujet, c’est sortir de la nasse. Pas nous personnellement, sortir le pays de la nasse.

La France doit mettre sa puissance, celle de son peuple éduqué, celle de ses moyens matériels gigantesques, au service des grands défis qui accablent la civilisation humaine. Ça va mal tourner si on laisse faire ! Ça va mal tourner en Europe, parce que le risque de la guerre généralisée existe du fait de l’irresponsabilité de la politique agressive des États-Unis d’Amérique qui ont étendu l’OTAN et son armada jusqu’aux frontières de la Russie et s’étonne que celle-ci ne se laisse pas faire, provoquant une escalade que l’on n’avait pas connue du temps où c’était l’Union soviétique et qu’on est en train de connaître aujourd’hui depuis que, paraît-il, c’est le paradis démocratique en Russie. Faut-il être stupide pour aller soutenir un gouvernement dans lequel il y a des néonazis ? C’est une aberration ! Ce n’est pas la politique de la France de faire ça ! La politique de la France, c’est de s’avancer sur la scène, de parler aux Russes et de leur dire : « Bien, quelles sont les conditions auxquelles vous seriez prêts à souscrire du moment que votre sécurité serait garantie pour que les peuples qui se trouvent dans cette région du monde, eux aussi, aient le droit à s’autodéterminer ? » C’est une discussion où l’on met la vérité sur la table. Quelle autre méthode que celle du dialogue ? La force et la violence. Nous sommes pour le dialogue. Contre la guerre. Contre la violence. Contre les néonazis dans les gouvernements, de même qu’on est contre les gouvernements qui envahissent leurs voisins.

Eh bien, où est passée la « Communauté internationale » pendant ce temps ? Où est-elle passée pendant qu’était martyrisée la population de Gaza ? [applaudissements] Je veux dire mes félicitations, je veux dire mes félicitations, à la jeunesse de ma patrie qui a su se mobiliser en défense des malheureux victimes de crimes de guerre à Gaza. Ils l’ont fait avec une discipline parfaite alors que, de tous côtés, on les poussait aux excès. Ils ont su se tenir dignes et incarner, mieux que personne, les valeurs fondatrices de la République française. Ces valeurs sont que nous sommes toujours du côté du faible et de l’humilié parce que nos valeurs sont Liberté-Égalité-Fraternité, pas la paix aux uns, la guerre aux autres [applaudissements]. Nous ne croyons pas aux peuples supérieurs aux autres. Nous croyons que les droits de tous les êtres humains sont égaux. Ceux qui ont incarné la France républicaine, c’est ceux qui défendaient, en mémoire du passé où déjà nous avons vu de petites communautés humaines être massacrées du seul fait de leur appartenance à une communauté, en fidélité à ces combats du passé, en souvenir des meurtres de masse qui ont été commis dans le passé, en fidélité, nous nous sommes portés aux avant-postes, oui, du soutien à cette malheureuse population et nous avons dénoncé les crimes commis contre elle. Et nous avons le cœur soulevé de voir des écoles bombardées, des hôpitaux détruits, des ports, des aéroports et tous les moyens qui permettraient à cette population de se redéployer vers le futur. Oui, nous le dénonçons ! Oui, nous le dénonçons ! Nous n’avons peur de personne. N’essayez pas de nous faire baisser les yeux ! Peine perdue !

Si nous avons quelque chose à dénoncer, c’est ceux de nos compatriotes qui ont cru bien inspiré d’aller manifester devant l’ambassade d’un pays étranger ou d’aller servir sous ses couleurs, les armes à la main. Si nous avons quelque chose à dénoncer, c’est cela. La France a un devoir de militer pour la paix. Elle doit s’engager de toute sa force pour la paix. Et non pas voter des blancs-seings à la violence et à la brutalité ! Nous ne baisserons pas les yeux.

Je voudrais dire au CRIF que ça commence à bien faire les balayages avec le rayon paralysant qui consiste à traiter tout le monde d’antisémite dès qu’on a l’audace de critiquer l’action d’un gouvernement. Il n’y aurait donc qu’un seul et unique gouvernement au monde. Qu’il soit de gauche ou d’extrême droite, aucun d’entre nous n’aurait le droit de le critiquer sans être aussitôt accusé de racisme. C’est insupportable ! Nous en avons assez ! Je veux vous le dire. J’en ai assez de voir que vous m‘accusiez d’antisémitisme. J’en ai assez de voir que vous écrivez dans vos documents que le Parti de Gauche aurait manifesté sa « haine de l’Occident » – s’il vous plaît ! –, « des Juifs » – incroyable ! – Mais vous savez qui est là ? Vous savez qui parle à cette tribune ? – et enfin, pour terminer, « de la République ». Non ! La République, c’est le contraire des communautés agressives qui font la leçon au reste du pays. La patrie est à égalité à tous ses membres, tous ses enfants. Nous ne permettrons pas, nous ne permettrons pas, qu’à la faveur de quelques excès de quelques énergumènes, tous les musulmans de France soient montrés du doigt. De la même manière que nous n’avons jamais permis que l’on montre du doigt les juifs, les catholiques, les protestants et, surtout, la masse de ceux qui n’ont aucune religion et demandent aux autres de bien vouloir leur ficher la paix à un moment ! [applaudissements]

Pourquoi la France doit-elle se ressaisir ? Parce que, je viens de le dire, on voit que la puissance dominante – les États-Unis d’Amérique qui ont des raisons très profondes de craindre le futur – c’est-à-dire le moment où le dollar cesserait d’être la monnaie de réserve universelle et que viendrait à se percer, d’un seul coup, la bulle de ces milliards de milliards de milliards de dollars qui circulent et qui servent aux transactions internationales. C’est de ça dont ils ont peur ! Et c’est pourquoi ils préfèreraient la guerre généralisée à une paix qui viendrait à mettre en cause leur hégémonie et leur empire. Le dire, ce n’est pas être belliqueux avec les belliqueux, contre les belliqueux. C’est dire la vérité de ce qui est en cours. Les États-Unis d’Amérique sont préoccupés d’avoir vu surgir, dans la zone où se produit le 25% de la richesse du monde – l’Europe – une monnaie commune qui pouvait contrebattre sa puissance. Ils en étaient là, cherchant à affaiblir l’économie européenne de toutes les manières possibles. Et ils y sont parvenus. Y compris avec cette politique stupide de sanctions économiques contre la Russie dont les premières victimes sont les pays européens. Et ils pensaient, par ce moyen de la pression, intimider ces puissances émergentes que l’on voit dans le monde.

Eh bien, cet été, il s’est produit un grand évènement, un très grand évènement passé inaperçu. Les pays que l’on nomme BRICS – c’est-à-dire le Brésil, l’Inde, la Russie, la Chine et l’Afrique du Sud – qui représentent presque 50% du total de l’humanité, et 28% de la richesse totale du monde – mais la richesse réelle, car dans la richesse on compte les maniements de monnaie qui n’ont aucune contrepartie matérielle – qui produisent donc bien plus, si l’on regarde ce que les êtres humains consomment et utilisent, eh bien ces cinq pays ont décidé de constituer l’équivalent du Fonds Monétaire International et de la Banque Mondiale. Si bien que ce jour-là, à Fortaleza, au Brésil, les États-Unis viennent de perdre, pour la deuxième fois, un de ses instruments les plus puissants qu’est [l’ensemble] FMI et Banque mondiale. C’est pourquoi le monde est en danger. Comment la grande puissance va-t-elle réagir ? Et nous, nous devons, plus que jamais, être la France qui porte une parole de paix, d’égalité. Une nouvelle alliance mondiale, altermondialiste – c’est-à-dire pour un autre ordre du monde – qui permette à notre pays de faire valoir ce qu’il est vraiment, c’est-à-dire présent sur les cinq continents, ou, en tout cas, dans les mers qui servent les cinq continents, notre pays qui a sa plus longue frontière commune avec le Brésil, et qui, de toutes les façons possibles, partage avec les BRICS davantage qu’avec les États-Unis d’Amérique, notamment la passion du futur, le goût de régler les problèmes du quotidien, et ainsi de suite. Mais par-dessus tout, l’idée de l’égalité.

Voilà ce que la France devrait être en train de faire à cette heure ! Une France indépendante, une France souveraine, une France qui n’est pas à la remorque des États-Unis d’Amérique, où l’on ne voit pas son monarque qui décide tout seul, un mois après avoir été élu, d’aller signer, à Chicago, un texte inepte où il donne à l’OTAN le système de la dissuasion nucléaire française et la démantèle ! Mes ami-e-s et camarades, vous pensez ce que vous voulez de la dissuasion, mais la chose la plus incroyable n’est-elle pas que le Président de la République, en signant l’accord pour qu’il y ait des batteries anti-missiles en Europe, décide que dorénavant les Français accepteraient des agressions partielles sans que la réplique soit totale. Mes ami-e-s, c’est la fin de la dissuasion ! On n’en a pas parlé une seconde dans ce pays, c’est incroyable !

Mais, par-dessus tout, il faut que j’aille à ce qui est le plus important, le plus fondamental, notre responsabilité d’êtres humains, notre responsabilité d’êtres humains. Maintenant, nous comprenons tragiquement que nous sommes tous semblables puisque nous dépendons tous du même écosystème, le seul qui permette notre vie. Ainsi, l’intuition des biens communs du communisme, du socialisme qui dit que c’est avec les autres qu’on se débrouille, du républicanisme qui dit que c’est tous ensemble qu’il faut penser ce qui est bon pour tous, est confirmé. Mais il ne faudrait pas que ce soit confirmé juste avant le désastre total !

Mes ami-e-s, cette année – ça tombe toujours au mois d’août maintenant ! – depuis le 19 août, date d’heureuse mémoire [anniversaire de JLM], il se trouve que notre terre est entrée en dette écologique. C’est-à-dire que dorénavant, nous consommons et nous jetons plus que ce que la planète peut recycler et reproduire. C’est une tragédie ! L’arrivée du jour du remplacement est de plus en plus éloignée dans l’année. Dans les années 70, c’était à la mi-décembre. Maintenant, nous en sommes à la mi-août ! Et la conséquence, vous la voyez ! Ce productivisme effréné a une conséquence sur le dérèglement du climat.

Savez-vous que, cet été, s’est tenu un congrès de météorologistes et que ceux-ci nous disent, de la manière la plus claire qui est : « dorénavant le changement climatique est commencé ! ». Ce n’est pas une menace, quelque chose qui pourrait se produire. Non, c’est quelque chose qui est commencé ! Et les effets du changement climatique ne sont pas proportionnels au niveau du réchauffement. C’est-à-dire que les conséquences sont mille fois plus étendues que le degré de réchauffement. Chaque fois que l’atmosphère se réchauffe d’un degré, l’évaporation progresse de sept points. Cela signifie que le mouvement de l’eau vers l’air, puis de l’eau dans l’air vers l’eau, s’accélère. Et ce cycle s’accélère, provoquant des phénomènes climatiques extrêmes. Ah ! Ceux qui disent « Après nous, le déluge ! » ne croient pas si bien dire ! Il va beaucoup pleuvoir, lamentablement au même endroit, tandis que d’autres n’en verront plus la couleur. Nous sommes entrés dans ce cycle. Eh bien, dans ce cycle, il faut que l’on ouvre une issue. En 2015, il y aura un sommet sur le climat en France. Françaises, Français, je vous appelle à vous impliquer dans les débats que les partis, les associations, les organisations vont lancer, pour que vous preniez pleinement conscience de ce qui est en train de se faire. Nous ne pouvons pas agir si tout le monde ne comprend pas bien ce qui est en cause [applaudissements]. Souvent, les gens ne comprennent pas de quoi il est question et pourquoi les évènements pourraient être extrêmes.

Voyez-vous, cette réunion des météorologues dit : « Autrefois, les marins croisaient, de manière exceptionnelle, des vagues de vingt mètres. Aujourd’hui les marins croisent, d’une manière moins exceptionnelle, des vagues de quarante mètres. »

Mes chers ami-e-s, des vagues, il y en a toujours eu. Des tremblements de terre, il y en a toujours eu. Des tsunamis, il y en a toujours eu. Mais, autrefois, les vagues du tsunami passaient sur des cabanes de pêcheurs. Dorénavant, elles passent sur des centrales nucléaires. 75% de la population habite à moins de 100 km d’une côte. Si la mer monte d’1,40 mètre comme on le prévoit d’ici la fin du siècle dans les évaluations optimistes, optimistes, cela signifie que 200 millions de personnes vont devoir se déplacer, sans oublier les installations qui vont avec. Voilà le défi qui est lancé à toute l’humanité. Et c’est là que vous voyez la classe dirigeante irresponsable que nous avons. À l’échelle du monde comme à l’échelle du pays. À l’échelle du monde, que font-ils ? Rien. Piller. Vous savez quoi ? Il y en a qui ont trouvé une bonne idée. Peut-être qu’en entendant mon discours, ils vont dire « Ah, tiens ! C’est pas mal ce que dit Mélenchon. On va acheter des actions dans les sociétés de parapluie. » [rires dans le public]. D’autres diront : « Mmmhhh, si on vendait des bouées de sauvetage, ça serait pas mal ! ». Eh bien, ce que je vais vous dire, c’est presque aussi ridicule. L’élévation du niveau de la mer augmente la pression sur les fonds marins. Cela provoque la remontée de la glace qui s’y trouve et qui contient, en quantité extrêmement importante, des gaz à effet de serre, du méthane. Les glaçons remontent, ils flottent et ensuite ils fondent. Et le méthane part dans l’effet de serre. Eh bien, il y en a qui ont dit : « y’a du méthane ? On va le ramasser pour le vendre. » Voilà ce qu’ils ont décidé. Et en Europe, qu’a-t-on décidé ? De tout reporter à 2030. Le reste ? Cosmétique.

Et on a inventé les droits à polluer. C’est-à-dire un trafic, un commerce, qui engendre toutes sortes de spéculations, qui consiste à vendre le droit de polluer. Et si on pollue moins on a donc des droits qu’on peut vendre à d’autres pour qu’ils polluent plus. Et ainsi de suite. Irresponsabilité des classes dirigeantes.

C’est pourquoi le coup de balai dont nous avons parlé doit être aaaaaample, laaaarge, profoooooond. Tous dehors ! Chassez-les tous ! Ils sont bons à rien. Ils ont mené l’économie à la catastrophe, la planète au désastre. Et regardez-les ! À peine leur donne-t-on quelque chose qu’ils se le prennent pour eux. Leur cupidité est sans fin, je vous l’ai dit tout à l’heure. Quand, vous, vous tirez la langue parce que vos salaires diminuent, eux ont augmenté de 30% le leur ! Vous savez, ceux qui vous disent sans arrêt : « regardez vous ne travaillez pas assez ! » – si, si, record du monde pour ce qui est du travail – «  il faut travailler plus longtemps » – ah bon ? Vous voulez qu’on ait la productivité de la Grèce ? Eh ben, donnez-nous le rythme de vie qu’ils avaient ! Tout était renversé. Combien de fois nous a-t-on parlé de ces travailleurs allemands si sérieux tandis que nous ne faisons rien ! C’est bien connu hein ? Combien de fois a-t-on comparé la France pour la traîner dans la boue, la montrer du doigt ? Toujours la France « à la traîne ». La France « lanterne rouge ». La France « dernier wagon ». Toujours des mots méprisants pour le pays. Pourquoi ils font ça ? Pour vous briser les reins. Pour que vous doutiez de vous. Pour que vous vous disiez : « Eh bien on ne peut rien faire, on est déjà si mal ! » Non ! Ce n’est pas vrai. Mais EUX, ils se gavent plus que les autres. Le patronat du CAC40 s’est gavé plus que celui d’Allemagne et d’Angleterre. Alors, nous commençons à nous dire, nous autres, Français, puisque vous trouvez toujours des ouvriers qui coûtent moins cher, nous allons commencer à essayer de trouver des patrons qui nous coûtent moins cher. [applaudissements]

C’est trop ! C’est irresponsable ! Pourquoi ? Parce que cette masse d’argent qui est donnée à quelques-uns, qui en font des usages souvent tout à fait déraisonnables, comme de le placer dans des objets financiers tellement compliqués qu’eux-mêmes ne savent plus ce qu’il y a dedans, cette masse considérable de richesses qui est le résultat du travail de tant de monde, elle devrait pouvoir être affectée aux investissements pour changer le modèle de production.

Mes ami-e-s, pour faire la planification écologique, c’est-à-dire pour réorganiser la production et l’échange, dans des conditions telles que la date de la dette écologique puisse être retardée dans l’année progressivement jusqu’au moment où nous respecterons la capacité de la planète à se reconstituer, il faut des investissements considérables. Et il faut donc choisir où va l’argent. Ou bien dans la poche de quelques-uns, ou bien dans le bien commun. Chaque fois qu’on investira, ce sera du travail, de l’invention, de l’imagination et nous pourrons, de cette façon-là, concilier la relance de l’activité sans sombrer dans le productivisme. C’est-à-dire faire exactement le contraire de ce que fait François Hollande qui donne quarante milliards à des gens qui n’en ont pas besoin en leur disant « produisez n’importe quoi, n’importe comment, n’importe où, du moment que ce n’est pas cher et que, grâce à la publicité, vous aurez créé des besoins bidon ». C’est ça le productivisme ! [applaudissements]

Et nous, c’est le contraire. Nous nous adressons aux jeunes qui ont envie de mettre leur immense imagination au service du pays. Et à tous les autres ! Ingénieurs, techniciens, tous ces gens avec qui nous pourrons dire, si le peuple le décide, et notamment s’il décide de l’inscrire dans sa nouvelle constitution, que la règle verte est dorénavant la règle des Français.

La règle verte, c’est : « on ne produit plus rien, on ne fait plus rien qui ne soit, en même temps, un acte par lequel nous permettons à la nature de reconstituer ce qu’on lui aura pris. » Les techniciens de notre pays sont capables d’inventer les machines et les process de production qui permettent de tenir cet objectif. Ils ont relevé TOUS les défis techniques. Par conséquent, c’est à leur imagination que nous nous adressons. Et quand nous dénonçons le patronat cupide et incapable du CAC40 qui a amené le pays dans l’état où il est, nous ne le confondons PAS avec ces milliers de gens à qui on a dit, parce qu’ils étaient auto-entrepreneurs – c’est-à-dire auto-esclaves – qu’ils seraient des patrons. Nous ne les confondons pas avec ces équipes d’artisans ou de petites entreprises. Nous savons très bien que ce n’est pas la même chose. Mais comme d’habitude, comme dans le monde paysan, les gros sa cachent derrière les petits. Et c’est d’ailleurs souvent comme ça dans la vie !

C’est pourquoi le discours que je suis en train de faire vous permet de voir comment, si nous changions la règle du jeu en changeant la constitution, plus personne n’aurait ce droit magique de n’en faire qu’à sa tête pendant cinq ans, en méprisant tout le monde, y compris sa propre majorité.

Deuxièmement, que si, par hasard, celui ou elle que vous auriez désigné-e à telle ou telle fonction, se croyait autorisé-e à faire ce qui lui passe par la tête, vous pourriez le sanctionnant en faisant, comme c’est le cas au Venezuela, comme c’est le cas dans plusieurs pays d’Amérique Latine, des référendums révocatoires [applaudissements]. C’est-à-dire qu’au lieu d’attendre de savoir si François Hollande estime qu’il a été suffisamment démenti par les votes populaires, eh bien vous en auriez l’initiative. Mais ça vaudrait aussi pour le maire, ça vaudrait aussi pour le député, ça vaudrait aussi pour les sénateurs. Ça vaudrait pour tout le monde !

Pour tout pouvoir qui vient du peuple, il faut concilier la stabilité des institutions – il faut qu’il y en ait car la démocratie, c’est de l’organisation du débat, ce n’est pas l’assemblée générale permanente, c’est une organisation qui doit déboucher sur la mise en œuvre des décisions – mais en même temps il faut que la capacité d’intervention révolutionnaire du peuple soit à tout moment préservée. Le référendum révocatoire, c’est dire quand un tant de % – je ne sais pas %, 3%, 10% – des électeurs inscrits le demandent en marquant leur nom et leur numéro d’électeur, eh bien un référendum révocatoire est convoqué et on décide si celui ou celle à qui la demande est adressée doit garder sa fonction ou pas.

Voilà UNE idée – parmi combien d’autres ! – mais qui montre qu’on peut parfaitement concilier, d’une manière responsable et sérieuse, l’initiative populaire et la stabilité des institutions.

De la même manière, il faut dire, dans l’entreprise, pourquoi certains ont tous les droits et d’autres aucun. Pourquoi Alsthom peut être dépecé et vendu, Alcatel quasiment mis dans la main de Goldman Sachs, et combien d’autres entreprises qui mettent en cause l’indépendance technique de la France ! Et même son indépendance militaire quand on voit que ce gouvernement a vendu une part des actions de la société qui produit le char Leclerc – vous pensez ce que vous voulez du char Leclerc mais moi je préfère qu’on décide quand on en produit ou quand on n’en produit pas, plutôt que d’y mettre des actionnaires privés, comme ça vient d’’être décidé, notamment une famille de capitalistes allemands, il fallait y penser !, qui, elle, va maintenant avoir intérêt à vendre des chars. Tandis que quand c’est la propriété de l’État, figurez-vous qu’on est plus mesuré dans leur usage ! [applaudissements] D’abord, parce que ça coûte à tout le monde. Donc la défense nationale et ses instruments de fonctionnement doivent appartenir à la patrie et au peuple et à personne d’autre ! On ne peut pas faire un commerce privé des armes et de la mort. [applaudissements]

Pourquoi tout cela est-il possible sans que jamais le peuple n’ait son mot à dire ? Êtes-vous d’accord pour qu’on vende le câble qui permet de faire les liaisons internet, comme cela est en train de se faire ? Parce qu’Alcatel a déposé 27 000 brevets à Goldman Sachs en garantie d’un emprunt d’un milliard et demi que l’État aurait dû consentir à cette entreprise, Alcatel, parce qu’elle vient d’entreprises qui avaient été nationalisées auparavant et qui sont donc le fruit du travail des Français, de leurs ingénieurs, de leurs chercheurs, de leurs travailleurs qui n’appartiennent PAS à cette petite caste qui fait de l’argent avec tout et finira par vider le pays de toute sa capacité de production et d’invention.

Voilà mes ami-e-s ce qui ne peut plus durer ! Et voilà pourquoi, quand on change la règle du jeu c’est-à-dire la constitution, ou quand on élit une assemblée constituante, quand on décide de tout ça – oui, il faut élire une assemblée constituante avec des gens qui ne sont pas déjà élus dans une autre assemblée et qui ne seront ensuite élus nulle part, comme ça, ils font le travail et ils rentrent à la maison comme Cincinnatus. Voilà !

Alors comment va-t-on s’y prendre ?

Il fallait, pour pouvoir mener cette tâche et y mettre toute l’énergie dont on a besoin, qu’on voit bien que ce n’est pas une affaire de parti. C’est-à-dire que ce n’est pas une occasion dont se saisirait le Parti de Gauche pour s’emparer d’un thème. Nous savons que nombreux sont ceux qui pensent comme nous, qu’il faut une 6e République parce que celle-ci est un bricolage inepte qui ne fonctionne pas ! Et peut-être qu’il y a des débats pour savoir si elle doit être parlementaire ou présidentielle. Mais nous pensons une chose en commun, je crois. C’est le peuple qui doit décider. Je ne dis pas que toute la bataille politique doive se résumer à la bataille pour la constituante. Mais c’est une bataille révolutionnaire, centrale ! Y a-t-il plus révolutionnaire que de changer de fond en comble les institutions et l’énoncé des droits du peuple ?

C’est pourquoi je pense que nombreux seront ceux qui voudront s’associer dans ce combat. C’est pourquoi j’ai dit, après en avoir longuement discuté avec les camarades, qui voyaient bien combien il y a d’inconvénients à changer notre dispositif… D’abord c’est nouveau donc on change et deuxièmement, ils préfèreraient que je sois le co-président du parti même si la réalité n’est pas tout à fait celle-là. Nous sommes un collectif comme vous le savez et ça se voit. Mais c’est mieux. Néanmoins, je ne serais pas, et nous ne serions pas, à la hauteur du moment politique si nous ne nous avancions pas. Il faut s’avancer et il faut fédérer le peuple. Donc, pour ça, il faut mettre en débat, en MOUVEMENT le peuple lui-même. C’est-à-dire que je ne vous propose pas d’organiser des colloques sur la 6e République – il y en aura – mais nous allons faire plus ! Nous allons faire plus grand si nous pouvons. Nous allons nous inspirer des méthodes de travail de nos camarades espagnols. C’est au peuple lui-même qu’on va demander de faire le travail.

Pendant quelques temps, chacun, peut-être, mettra dans sa poche sa carte de parti auquel il est légitimement fier d’appartenir et se projettera dans un mouvement plus grand que nous tous, plus grand que chacun d’entre nous, dans un mouvement où il n’y aura pas de président, qui pourrait avoir un comité d’initiatives et qui, ensuite, se propagerait dans tout le pays, et où tous ceux qui le voudraient pourraient s’associer directement, personnellement et s’impliquer directement et personnellement pour cette grande tâche.

On me dit « ah c’est une façon que vous avez trouvée pour parler de 2017 ». Oui, en effet, je le reconnais ! En 2017, ce ne sera pas une élection, ce sera une insurrection. Et nous allons y travailler. [applaudissements] Et comme nous avons vu que le cratère pouvait s’ouvrir du mauvais côté du volcan, nous allons travailler à ce que l’énergie passe du bon côté. Et après, le peuple français décidera.

Et puis, oui, nous avons un candidat : la 6e République ! [applaudissements] Sur cette base, on peut s’entendre. Moi, j’avais déjà dit, pendant la dernière campagne que je le ferai. Bon, je n’ai pas été élu ; il s’en est fallu de pas beaucoup [rires]. Oui mais, attendez les ami-e-s. Vous êtes terribles parce que vous avez été déçu-e-s. Moi j’en revenais pas qu’on fasse quatre millions de voix. Au début, je me disais : « mais ils sont fous, qu’est-ce qui leur prend ? » Mais non, c’est eux qu’ont raison ! C’est comme ça qu’il faut voir la vie. Il faut aller de l’avant. Et je me dis : Regardez ! En 2002, vous vous souvenez ? Le jour de l’année de naissance du vote utile [rires]. Là, bon appétit avec ce qu’ils vous annoncent ! La dernière fois, c’était Chirac ou l’extrême droite. La prochaine fois il paraît que ça va être l’extrême droite ou la quasi-extrême droite. Alors ouf ! Bon, Monsieur Hollande pense qu’il va se faufiler, là, au milieu. Mais je reviens sur 2002. Mes ami-e-s, l’extrême droite a été présente au deuxième tour avec combien de voix à votre avis ? 4,8 millions ! Nous on a déjà trouvé les quatre premiers millions. Il faut être capable de les fédérer de nouveau. Et combien d’autres en plus !

Je vous parle avec le plus grand sérieux. Si nous n’agissons pas, si nous ne nous mettons pas en mouvement, vous ne pourrez pas dire « je ne sais pas », « je ne savais pas ». Nous autres, qui sommes ici dans cette salle, nous parlons aux dizaines de milliers qui sont en train de nous écouter et nous leur disons : « Nous, nous marchons devant. Nous ouvrons la voie, nous prenons toutes les peines, nous prenons toutes les charges. Nous sommes dévoués. Nous vous épuiserons, comme disait Jaurès, par notre dévouement. Nous vous épuiserons par notre dévouement. Mais mettez-vous en mouvement ! Occupez-vous-en ! Saisissez-vous de cette situation ! Ou sinon, en France, rouera le pire. Comme c’est en train de se dessiner en Europe. Mais cette situation n’a rien d’inéluctable. Nous pouvons la retourner. Les jours heureux sont à portée de main du fait de notre immense capacité à imaginer et à inventer.

Regardez, vous êtes à Grenoble. Y’a pas meilleur endroit pour parler de ça ! À Grenoble, la révolution a commencé un an avant la Révolution. En 1788, le peuple est monté sur les toits pour empêcher les gardes du roi de disperser les élus du Parlement qui avaient, auparavant, fait fusionner les ordres. Tout ça aura lieu un an après. Et les députés qui étaient là, comme d’aucuns que je connais et que ne veux pas nommer, quand le roi leur a dit « bon, tout ça, ça suffit maintenant, tout le monde rentre à la maison ». Bon, ils s’en sentaient pas trop d’aller affronter la troupe. C’est le peuple qui, en montant sur les toits, jette des tuiles sur la troupe et aussi font un signe aux députés pour leur dire « vous avez intérêt à continuer à faire ce pourquoi vous êtes là et pas vous sauver ».

Je ne vous invite pas à monter sur les toits pour jeter des tuiles mais c’est un exemple à méditer [rires et applaudissements].

Au demeurant, c’est ci qu’il y a eu la capitale de la résistance armée des Français contre les Allemands et les Nazis. Quatre mille hommes et femmes sur le plateau voisin [le Vercors]. Toute l’armée allemande s’était concentrée pour exterminer les nôtres. Et la bataille a été rude entre des gens, pour une bonne part, quasi désarmés, en face d’une armée suréquipée. Les Nazis prirent otage la population qui était rendue responsable et pilonnèrent les villages, massacrant la population. Comme le font, chaque fois, les très puissants qui se sentent les mains libres. Mais la résistance, inébranlable, a tenu le choc. Et Grenoble s’est libérée par elle-même. Ce sont les résistants, francs-tireurs et partisans, qui ont libéré Grenoble. [applaudissements] C’est vrai, c’est vrai qu’ils ont eu l’appui du premier régiment, bataillon de choc, des parachutistes qui avait été créé où s’il vous plait ? En Afrique du Nord et qui est parti de Staoueli, village à côté d’Alger où était ma famille. [applaudissements]

Grenoble est restée fidèle tranquillement, à cette tradition et, dans les années 60, c’est ici qu’on a commencé à inventer une autre façon de vivre en ville, une autre manière de répartir, une autre manière de faire vivre le lien de la population au pouvoir local. Dois-je prolonger le trait ? Oui ! C’est ici, à Grenoble, qu’une nouvelle page de la gauche a été ouverte. Une gauche, en tout cas un mouvement citoyen puissant s’est levé. Regardez les détails.

Au premier tour, on n’était pas si bien placés dans les quartiers populaires. Et puis nos ami-e-s font leurs beaux résultats. Et à ce moment, es ami-e-s, mes camarades, voilà le moment de bonheur. Soudain, partout, ceux qui ne s’intéressaient plus à rien, dont on disait : « Pff, ils ne comprennent rien ! Rien ne les intéresse !» Ce n’est pas vrai. Aussitôt, ils se sont dit « on a vu la faille, on passe ». Ils venaient, par centaines, au local, demander tout, n’importe quoi, un autocollant, un tract, un foulard, quelque chose. Qu’est-ce que je peux faire demandaient-ils à nos camarades ? Et nos ami-e-s ne savaient que dire. Eh ben nous distribuons des tracts, nous faisons du porte-à-porte. Du porte-à-porte, on en fait ; et ça ne paie pas toujours ! Et là, soudain, le feu a pris de tout côté. Des milliers de braves gens ont montré, en quelques heures, qu’ils avaient tout compris, tout suivi, tout entendu, et qu’ils voulaient en être !

Voici la glorieuse révolution citoyenne à laquelle j’espère que les Français vont se décider. Les Françaises et les Français n’ont pas d’autre issue que celle-là ! Sinon une souffrance interminable. Et une souffrance sans objet. Car la dette en Europe ne sera PAS remboursée. Jamais ! Je vous le dis pour la raison suivante : elle est inremboursable. Parce qu’il y faudrait plusieurs générations. Elle ne sera pas remboursée. Les gens souffrent pour rien. Leur énergie serait bien plus utilement appliquée à produire autrement autre chose.

Bref, à Grenoble, alors que tous les états-majors s’étaient conjurés contre « l’araignée rouge » parce que vous savez qu’ils sont toujours très élégants dans les rapports avec les personnes. Moi, vous connaissez le sort auquel je suis soumis, les ami-e-s, et les adjectifs auxquels j’ai droit, mais alors les femmes, c’est deux fois pire ! Alors, elle, Élisa MARTIN, c’était « l’araignée rouge » et puis PIOLLE, c’était une sorte de bolchévique déguisé en vert ; ah moins, ah moins, ah moins… que ce ne soit un agent des paradis fiscaux ! Et, navigant d’une calomnie à l’autre, d’une caricature à l’autre, à quoi sont-ils arrivés les uns et les autres ? À rien !

J’ai noté que ceux qui nous faisaient des leçons de regroupement pour le second tour ne se sont pas regroupés. Eh bien, nous nous sommes passés d’eux ! Et vous avez vu que nous l’avons emporté de cette façon. Non pas en rassemblant la gauche, ce qui eut été totalement piteux, mais en fédérant le peuple. Grenoble a apporté la démonstration concrète de ce que ça veut dire. Des équipes de citoyens politisés qui se mettent au service du pays et de leurs semblables pour prendre le pouvoir ensemble. C’est cette tâche que je vous propose.

Nous ne sommes pas résignés. Nous ne coulerons pas avec François Hollande. La France républicaine, et l’idéal républicain et progressiste, ne seront pas enterrés avec François Hollande et sa bande de copains de promotion. Ni avec les occupants lamentables de la rue de Solférino. Ni avec aucun de ceux qui nous injurient au lieu d’essayer de répondre et de penser aux signaux d’alarme que nous leur envoyons. Aussi bien, comme nos camarades de Podemos, nous faisons notre une formule qui, dorénavant, est notre ligne stratégique. Nous avons bien compris le message des élections européennes et des élections municipales. Le message qui vient du PEUPLE qui en a par-dessus la tête du système, de la caste, de l’oligarchie. Et ce PEUPLE nous a dit : le système n’a pas peur de la Gauche parce que la Gauche lui mange dans la main, le système a peur du peuple et c’est pourquoi NOUS décidons de mettre le peuple en mouvement.

[1] On peut réentendre ce passage de la muselière en allant sur le lien ci-après. C’est de la 19ème minute passée de 25 secondes jusqu’à la 20è minute passée de 20 secondes :

http://www.jean-luc-melenchon.fr/2012/08/24/meeting-de-cloture-du-remue-meninges-du-parti-de-gauche/

& http://www.dailymotion.com/video/xt3a2o_meeting-de-cloture-du-remue-me-ninges-2012-du-parti-de-gauche_news#from=embediframe

 

 

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Le Front de Gauche étant mort, quelle stratégie politique adopter désormais ?

Il n’est pas opportun de raisonner en termes d’appareils et de militant-e-s à convaincre parce que pour cela, il faut se couper du peuple et même le défier puisque l’appareil du PC a fait ses choix et que les militant-e-s du PC ne mouftent pas…

On me dit que c’est folie que de soutenir l’idée que le Front de Gauche est mort parce qu’il n’y a rien d’autre. Qu’il n’y a pas de plan B.

Mais si, il existe et il est simplissime.

Il ne s’agit pas de créer un autre parti, une autre orga, mais de parler au peuple, directement, de l’impliquer largement dans le débat, de lui donner la parole, de lui permettre de poser des questions, d’interpeller les cadres des partis qui aspirent à gouverner le pays, les régions, les départements, les communes, les intercommunalités…

Il faut organiser des ASSISES mais cette fois-ci je ne dis plus du Front de Gauche… Plutôt des ASSISES de la révolution citoyenne ! Ou des ÉTATS GÉNÉRAUX de la révolution citoyenne. Et ce, partout en France, sur une durée de plusieurs semaines…

Les partis ne doivent être que des facilitateurs, des organisateurs, des animateurs et des financeurs mais ils doivent laisser le peuple prendre le pouvoir.

Il nous faut débattre de tout : du régime politique, de l’Union européenne, de l’économie, de la bifurcation écosocialiste…

Il faut réélaborer, conjointement avec le peuple, notre projet pour les prochaines échéances qui vont venir très vite et qui pourraient même être anticipées.

Il faut initier la logique « Podemos » en France et le faire par la base, non par le sommet.

Il faut donner enfin envie à tous ceux qui nous fuient depuis si longtemps (syndicalistes, associatifs, citoyen-ne-s non encartés mais  engagé-e-s dans de multiples luttes, causes et combats), ou encore celles et ceux qui nous ont abandonné depuis deux ans, de revenir et de s’impliquer de nouveau et ce, plus fortement encore.

Parmi eux les Communistes auront un rôle à jouer. Contrairement aux élucubrations des un-e-s et aux persiflages des autres, je ne suis pas anticommunistre primaire. Je dénonce seulement les faux communistes, ceux qui font honte à leurs illustres prédécesseurs, qui furent des résistant-e-s à un ordre établi odieux. Mais ces communistes doivent comprendre qu’on ne peut plus attendre. C’est maintenant qu’ils doivent prendre les bonnes décisions. Celles qui contribueront à nous libérer tous du carcan qui nous emprisonne. Ils doivent donc accepter de s’émanciper de leur parti. Sinon rien ne sera possible.

Voilà ce que je crois et comment je vois les choses. Il ne s’agit pas de détruire le FdG car le FdG est déjà mort dans l’esprit du peuple français. Il ne survit que dans la tête de quelques militant-e-s chez qui la naïveté l’emporte sur la lucidité.

Il s’agit bien de reconstruire mais autrement…

 

 

L’effroyable mer de plastique – Newsletter de l’Institut de Protection de la Santé Naturelle – 28 avril 2014

Vous le savez sûrement, il existe dans le Pacifique Nord, entre Hawaï et la Californie, un « septième continent », un immense espace de 3,5 millions de km2 de déchets en plastique [1]. C’est 6 fois la surface de la France et plus de 100 fois celle de la Belgique ! Et ce   continent, observé pour la première fois en 1997, ne cesse de croître. Des experts ont même considéré que le traitement d’une telle masse de déchets est quasi impossible (trop cher et trop risqué). Il faudrait donc attendre que les plastiques se désagrègent, ce qui prendra entre 500 et 1000 ans minimum.

Même si de nouvelles découvertes viennent bouleverser les médecines naturelles et nous permettent de vivre plus vieux, je n’en verrai pas la fin. Et vous non plus, ni vos enfants ou vos petits-enfants.

Si vous habitez loin du Pacifique et que ce problème vous semble étranger, sachez que les autres mers ne sont pas en reste. En méditerranée, on compterait près de 250 milliards de micro-plastiques tandis que, selon Greenpeace, à l’échelle de la Terre, environ 1 million d’oiseaux et 100 000 mammifères marins meurent chaque année de l’ingestion de plastiques. Irrémédiablement, ces plastiques se retrouvent dans nos assiettes : ingurgités par les petits poissons qui les prennent pour du plancton, ils finissent dans le ventre des gros que nous pêchons avant de les mettre dans nos assiettes.

Une piste ingénieuse

Contre ce désastre, des ingénieurs américains ont développé une piste intéressante. Ils ont trouvé un moyen de transformer des sacs plastique en carburant, notamment en « biodiesels » ou en gaz naturel. L’étude a été menée par le Centre de Technologie Durable de l’Illinois (Illinois Sustainable Technology Center). Selon les chercheurs, l’opération produit bien plus d’énergie qu’elle n’en coûte et permet de recycler 80 % des produits concernés, qu’il s’agisse de sacs plastique, d’emballages ou d’autres plastiques domestiques.

Rien qu’aux Etats-Unis, selon l’agence de protection de l’environnement, 100 milliards de sacs plastique sont jetés tous les ans et 13 % seulement sont recyclés. Le reste est jeté dans des décharges ou dans la nature et ils finissent dans les lacs et les rivières. L’étude menée par le ISTC est donc une excellente nouvelle puisque, si elle est suivie d’effet, on recyclera tous les ans des milliards de sacs plastique pour en tirer de l’énergie. Tant mieux ! Cela permettra peut-être de limiter la croissance de l’effroyable 7e continent.

Augustin de Livois

Source

[1] www.notre-planete.info

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A propos du volet « Mer » du projet du Parti de Gauche

Le 27 avril dernier, Jean-Luc Mélenchon a publié sur son blog un billet intitulé « Le 5 mai, j’ai mon mur de cons dans la tête » (en référence à l’incident qui a fait tant causer suite à la découverte du fameux mur dans un local syndical du Syndicat de la magistrature).

Dans les commentaires apportés à ce billet, un militant du PG 34 (Hérault) écrivait:

 Ecologiste au PG, je ne comprends toujours pas votre discours sur la nécessaire « expansion humaine sur la mer » qui pour moi prend l’allure d’un délire technoscientiste et productiviste, plus qu’une vision réaliste de la situation écologique des mers. Votre discours sur la mer heurte violemment ma philosophie écologiste de fond. Le crédo du PG donc ce serait que l’humanité est vouée à une expansion inexorable, voire souhaitable (?). Je me permets de vous demander : jusqu’où ? Vous répétez inlassablement les mêmes arguments : la plupart des gens vivent près des côtes. Oui, tout à fait réaliste, j’en fais partie. C’est la raison pour laquelle les milieux naturels littoraux sont les plus affectés par la pression d’artificialisation. Ce sont les plus fragiles. Attali a parlé de l’importance du développement des ports. Dans le sud nous luttons déjà contre l’extension du Port de Marseille, qui détruit des milieux remarquables en Camargue, l’extension du Port de Sète (qui reste vide malgré tout), et maintenant l’extension du port de Port la Nouvelle, sur des anciens salins d’une richesse faunistique exceptionnelle. C’est donc ça la politique FdG : faire comme les socialistes des tas de nouveaux Grands Projets Inutiles ? Original.

D’autre part, parmi les nombreuses sources miraculeuses de croissance que vous proposez, j’ai noté que vous citiez à répétition l’aquaculture. Mais savez-vous qu’aujourd’hui l’aquaculture en Méditerranée est déjà devenue une source de pollution majeure ?

Bref je ne comprends pas ce positionnement caricatural sur la mer, qui me semble beaucoup plus refléter les promesses de quelques lobbyistes représentant les industriels de la mer, qu’une vision cohérente et à long terme de l’écologie politique. Pas besoin de nouvelles conquêtes, apprenons déjà à ne pas gaspiller et détruire ce que l’on a. Nous ne sommes pas des conquérants. Je vous serais gré de faire preuve de plus de cohérence entre vos discours destinés à flatter les décroissants et vos discours destinés à flatter ceux qui pensent que l’humanité doit impérativement occuper toute la place disponible. »

* * * * *

Cette critique m’a interpellé car elle provient d’un militant du PG. J’ai interrogé quelques personnalités du PG compétentes en matière d’écologie. Voilà ce que Corinne MOREL-DARLEUX m’a transmis, avec l’autorisation de le publier.

Le Parti de Gauche est un parti de gouvernement qui progresse à visage découvert. Son ambition est la conquête du pouvoir pour appliquer une politique anticapitaliste, écologiste et socialiste.

– Anticapitaliste parce que le modèle d’accumulation sans fin, sans but et sans souci de ce qui est produit, porte en son sein les germes de tous les maux de nos sociétés dites développées. Anticapitaliste parce la financiarisation découplée de l’économie réelle génère une économie casino qui, par nature, s’affranchit du postulat de base : l’économie et le progrès doivent servir l’humanité et non la richesse.

– Écologiste parce que « les arbres ne montent pas jusqu’au ciel. » Le modèle d’une croissance infinie dans un monde fini au mépris de cette réalité matérielle, pille et épuise les ressources, pollue l’air, la terre, les rivières et les mers. Ce modèle est condamné, soit parce que poussé à l’extrême il est de nature à rendre la terre invivable, soit parce qu’une fois les ressources épuisées, la bifurcation deviendra inévitable. Le PG propose de la conduire par la volonté politique au moyen de la planification et non par la contrainte une fois les dommages irréparables causés à la planète.

– Socialiste parce que l’application de l’intérêt général comme principe cardinal aux choix qui préside à toute politique, commande le partage et la mise en commun. Le système actuel, à l’agonie du point de vue économique, destructeur du point de vue écologique est de surcroit injuste en matière de partage des ressources et des richesses.

L’ensemble de ces trois postulats est rassemblé en une formule et un manifeste sur l’écosocialisme. Ce socle est à la fois la fondation sur laquelle nous bâtissons notre projet politique et la boussole qui guide nos réflexions. La politique maritime du PG n’échappe pas à ce schéma. Dès lors, partir du postulat inverse et présenter le projet Mer du Parti de Gauche comme la reproduction de ce que nous dénonçons, relève soit d’une erreur de jugement soit d’un manque d’information qu’il convient de combler.

Après la conquête de la terre et de l’espace, la conquête des océans est la prochaine étape de l’humanité. La question n’est pas de savoir s’il convient de la conduire ou pas, c’est un fait acquis. La population mondiale a triplé en un siècle, la demande des moyens élémentaires de subsistance tels que l’eau et l’alimentation va croissante, les mers et océans représentent trois quart de la surface du globe. Le véritable défit consiste donc à définir comment l’humanité va entrer en mer : sur le modèle productiviste ou par le développement durable. Le PG répond à la question.

En ce qui concerne l’énergie, une fois les postulats posés : l’énergie nucléaire, bien que maîtrisée par la technologie française qui est la meilleure du monde en la matière, est source de danger et de pollution, personne ne sait quoi faire des déchets et la démonstration d’un démantèlement abouti d’une centrale reste à faire. La meilleure énergie est celle qu’on ne consomme pas, les pistes de développement en matière de sobriété énergétique par les économies d’énergie et la recherche sont devant nous. La diversification de la production énergétique par la géothermie profonde, notamment, l’éolien à terre, les micro-centrales hydrauliques, la méthanisation, le solaire …. trouve une voie dans les mers et dans les Océans par l’éolien, l’hydrolien, la conversion de l’énergie mécanique et thermique des mers. A ce sujet, un excellent reportage a été diffusé sur France 3 (Energies Marines Renouvelables : l’aube d’une révolution technologique). Il est possible de le visionner ici : http://www.dailymotion.com/video/xyrvhs_energies-marines-renouvelables-l-aube-d-une-revolution-technologique_news?search_algo=2#.UYoTX0qvNiA

Pour le volet production alimentaire

Constatons que si les excès des productions agricoles à grand renfort d’engrais et de pesticides ou au moyen de fermes usines par l’élevage en batterie peuvent être à juste titre pointées comme les dérives d’un système que nous ne voulons pas, personne dans nos rangs, ne prône l’abandon de l’agriculture et le retour à la cueillette. En matière d’aquaculture de quoi parlons-nous ? Partons du constat qu’avec 90 millions de tonnes de poissons produits par la pêche chaque année, seuil indépassable depuis une dizaine d’années malgré les progrès des techniques de pêche, les mers et Océans sont exploités au maximum et même au delà de ce qu’ils peuvent produire. Les ressources s’épuisent. Ici comme ailleurs, le projet du Parti de Gauche d’inscrire la règle verte dans la constitution pour affirmer que la France, en tous points, tendra à ne pas consommer plus que ce que la terre peut reconstituer, représente un engagement cadre qui concerne également l’exploitation des mers. Dès lors, l’aquaculture est une source de production de produits de la mer qui, si elle est bien conduite et pour peu que la recherche sur l’alimentation des poissons progresse encore, est en mesure de répondre au défi lancé. Le modèle actuel de l’aquaculture de poissons repose sur la pêche minotière et l’apport d’intrants médicamenteux. Faut-il considérer que ce schéma est indépassable ? Le PG ne le pense pas et suit avec intérêt la recherche sur le développement d’aliments à base végétale. Déjà, la quantité de farine de poisson a été divisée par trois dans les aliments de poissons d’élevage. Il existe, à titre expérimental, une nourriture 100 % végétale pour l’alimentation des truites. Parallèlement, la zootechnie progresse pour le développement de l’élevage d’espèces herbivores. L’effort dans cette direction doit être soutenu. Vient ensuite la question de l’espace nécessaire qui est corrélée, comme en agriculture « classique », à l’apport de médicaments et à la contamination par les résidus alimentaires et les fèces. Là encore tout est question d’équilibre et de choix, le modèle productiviste calé sur les densités maximales n’est pas un horizon indépassable. L’aquaculture ne se résume pas qu’à la production de poisson. La conchyliculture, production extensive sans apport d’intrant, est pourvoyeuse d’emplois et réversible. Les habitats artificiels constitués par l’ostréiculture ou la mytiliculture sont par ailleurs des lieux propices au développement floristique ou faunistique tandis que la forte sensibilité de ces coquillages aux polluants en font une excellente sentinelle de l’environnement. Le développement de la production d’autres coquillages est en projet, notamment les pectinidés. Le PG y est favorable. Enfin, la production algale fait partie des orientations du projet d’aquaculture du PG. Qu’il s’agisse de la filière à forte valeur ajoutée pour la production de molécules médicamenteuses ou de la filière alimentation pour la production de protéines à haute valeur nutritive, la production d’algues nécessite la conservation, l’entretien et le développement des marais littoraux, habitats d’une très grande richesse en matière de biodiversité.

En matière de transport maritime,

le PG part du réel. 72 % des importations et exportations de la France s’effectuent par voie maritime. Elles représentent, hors transports d’hydrocarbure, près de 100 millions de tonnes pour un chiffre d’affaire de 6,5 milliards d’euros. Parallèlement, le transport maritime offre le meilleur bilan écologique sur le plan du rapport énergie consommée par kilo transporté. Il est toujours possible de souligner l’aberration de produire à l’autre bout de la planète des produits dans des conditions sociales et écologiques inadmissibles et de promouvoir la relocalisation, pour autant, avant que la planification écologique porte ses premiers résultats, il nous faudra bien, si nous arrivions au pouvoir, gérer les affaires dans l’état où nous les trouvons avec les réalités du moment. Le modèle portuaire actuel repose, depuis la loi Raffarin – Bussereau sur la réforme portuaire de compétition entre les infrastructures. Ce choix répond à la vision de ses architectes pour qui la compétition est le moteur du progrès. Nous croyons, nous, à la complémentarité, à la solidarité et à la synergie des infrastructures. Le PG a une politique portuaire nationale basée sur la coopération des ports et le développement du transport multimodal (Maritime, Ferroviaire et Fluvial). La création actuelle de micro structures est le fruit d’un effet système qui repose, d’une part, sur l’absence de stratégie nationale intégrée et cohérente et, d’autre part, sur la volonté de potentats locaux de posséder leurs propres infrastructures « de développement et de compétitivité des territoires. » Nous ne faisons pas ce choix et, là encore, la planification écologique est une méthode d’analyse, de progrès et de mise en œuvre. Le projet Mer du PG prend la question du transport maritime dans sa globalité qu’il s’agisse du soutien aux chantiers navals pour le développement du navire du futur et l’adaptation de la flotte actuelle aux normes de sécurité et de pollution ou pour le développement d’une filière industrielle de déconstruction des navires.

Il existe bien d’autres points programmatiques qui ne peuvent être restitués de manière exhaustive dans un mel. Les points clés du programme Maritime du Front de Gauche ont été restitués dans le journal « Le Marin » du 13 avril 2012 auquel on peut se référer.

Entretien de Paul Ariès avec Jean-Luc Mélenchon autour de la règle verte (pour l’éco-socialisme)

La parution de ton livre La règle verte (Pour l’éco-socialisme) est un événement politique et théorique dont on ne prendra clairement conscience que sur le long terme. Il devrait faire taire ceux qui te soupçonnent d’être un faux écologiste, un croissanciste honteux. Cet ouvrage et l’organisation des premières assises de l’éco-socialisme par le Parti de gauche en décembre 2012 témoignent que ces débats  ne sont plus désormais marginaux. Ton livre est aussi une invitation à poursuivre le débat et à construire de nouveaux concepts (à lire dans le Sarkophage / La vie est à nous).

Question : Lors de la campagne présidentielle, La Vie est à nous !/le sarkophage a relayé l’appel de Paul Ariès et Jacques Testart « Pour un Front de gauche antiproductiviste et objecteur de croissance »…Comment cet appel a-t-il été perçu au sein du Front de Gauche ?

De nombreux écologistes étaient déjà convaincus par le programme du Front de Gauche. Mais cet appel a été un révélateur et un catalyseur. Il a rendu compte d’une convergence inattendue. Il a prouvé qu’un dialogue exigeant pouvait aboutir sur un point d’accord. Ce qui était spectaculaire c’était que des courants partant de si loin l’un de l’autre puissent se retrouver sur un bout de chemin commun. C’était une audace politique très forte des auteurs dans cette  mouvance écologiste et antiproductiviste

L’appel mettait en avant quatre thèmes liant les questions sociales et environnementales : sortir de l’appauvrissement des peuples, construire une société post-extractiviste, sortir du capitalisme et construire une société du bien vivre. Ces quatre thèmes sont toujours centraux qui veut le progrès humain.

Question : Apparue pendant la campagne, ta proposition de « règle verte », place volontairement la barre très haut, comme principe constitutionnel s’opposant à la règle d’or libérale. Peux-tu revenir sur tes motivations et les conséquences de cette règle verte ?

J’ai avancé cette idée de règle verte pour la première fois à Clermont-Ferrand le 14 mars puis quatre jours plus tard à la Bastille. A ce moment de la campagne, nous combattions la règle d’or que Nicolas Sarkozy venait de graver dans le traité européen. Cette règle d’or nous posait une question fondamentale : pourquoi et pour qui veut-on gouverner ? Avec quel horizon ? Nicolas Sarkozy proposait un horizon d’austérité pour plaire aux marchés financiers. Nous devions tracer un horizon de progrès humain. Et le 1er enjeu pour l’humanité aujourd’hui est préserver l’écosystème qui rend la vie humaine possible sur la planète. Voici comment est née l’idée de centraliser la « règle verte ». Mon idée était aussi de l’ordre de la cohérence doctrinale. Je ne voulais pas d’une planification écologique sans fil conducteur, soumise aux aléas du moment où se prennent les décisions, ou bien aux lubies des prescripteurs d’ordre. En ce sens la règle d’or est aussi un repère objectif qui nous met à l’abri des injonctions subjectives. Ainsi la rège verte protège la liberté.
C’est donc un fil conducteur dans la conduite de la planification écologique. Concrètement il s’agit de produire en soldant la dette écologique. C’est-à-dire de ne pas consommer plus de ressources que l’écosystème ne peut en reproduire sur une période équivalente, ni de rejeter plus de déchets qu’il ne peut en absorber. Autour de ce paradigme, nous pouvons repenser l’ensemble du système de production, de consommation et d’échange. C’est effectivement une pratique révolutionnaire.

Question : nous partageons la même conviction qu’on ne change pas la société en culpabilisant les gens. Mais ne faudrait-il davantage rappeler en quoi notre mode de vie est tributaire de siècles d’esclavagisme, de colonialisme et de néo-colonialisme ?

Le mode de vie actuel des Français, comme de la majorité des habitants de cette planète, est tributaire d’un système qui porte un nom : le capitalisme. Ce système a mis ses pas dans une structure sociale plus ancienne encore, le productivisme. La nuisance intrinsèque du productivisme n’est pas apparu tout de suite. C’est pourquoi le mythe du développement infini des forces productives a eu la vie si longue. L’esclavagisme, le colonialisme et le néo-impérialisme sont les modalités violentes d’expansion de ce système à diverses époques. Si nous voulons changer les choses, c’est le principe même du système d’accumulation productiviste qu’il faut combattre. La repentance est injuste : nous ne sommes pas coupables mais victimes.

Par contre, nous pouvons apprendre de cet adversaire. Le capitalisme sait susciter le désir avec la publicité. Nous devons nous aussi esthétiser les valeurs que nous proposons en alternative. Nous devons donner envie. Voila pourquoi je ne crois pas à l’écologie punitive. Et voilà pourquoi nous proposons une réponse politique nouvelle, concrête et positive avec l’écosocialisme. Pour montrer que le progrès humain reste possible à condition de rompre avec le système actuel. Notre bataille politique est ainsi une bataille culturelle. C’est aussi une des raisons pour lesquelles je parle si souvent d’histoire, d’amour ou de poésie.

Question : Quelles différences fais-tu entre la croissance, avec laquelle tu as pris tes distances lors de la présidentielle et ta relance écologique ? Que penses-tu de la « rilance » (rigueur et relance) ?

Pendant la campagne, j’ai toujours pris soin de parler de « relance de l’activité » et non de la croissance. Le problème de la « croissance », c’est qu’elle repose sur le PIB, un indicateur productiviste qui ne mesure nullement le bien être humain.

Au contraire, notre modèle repose sur une relance des activités socialement utiles et écologiquement responsables. Nous ne visons pas la croissance, nous visons le progrès humain. Par exemple, les activités d’éducation, de santé doivent croître. Et d’autres productions, y compris industrielles, devront également croître pour permettre à tous d’avoir un logement par exemple. Par contre, nous disons que les activités les moins utiles, comme la publicité, et les plus polluantes, comme la production d’énergie, notamment fossiles et nucléaires doivent très fortement et rapidement décroître.
Quant à la « rilance », ce terme a été popularisé par Christine Lagarde, directrice-générale du FMI pour vendre l’austérité avec le sourire. Je suis clairement en désaccord. Nous n’avons rien à gagner à nous engager dans cette voie. Le droit au bonheur, le bien-vivre résument bien mieux notre philosophie.

Question : Il existe une écologie des pauvres qui n’a pas toujours conscience d’elle-même et qui surtout n’a pas vraiment le droit de cité en France. Nous avons organisé le Forum mondial de la pauvreté avec Emmaus pour dire que rien ne sera possible si on n’écoute pas les milieux et cultures populaires …Le parti de gauche a-t-il vocation à être l’un des vecteurs essentiels de cette écologie des pauvres ?

Nous avons commencé notre part de ce travail avec le thème de la planification écologique. Pendant la campagne, nous avons réuni des salariés d’une dizaine d’entreprises menacées lors d’un Forum sur l’industrie et la planification écologique. Tous leurs projets alternatifs s’inscrivaient dans une dimension écologique. Bien sûr, il y a encore beaucoup à faire mais les choses avancent de façon formidable. Voyez ces salariés de Fralib qui veulent produire du thé en coopérative à partir des productions locales ! Voyez ces ouvriers de Florange se battre pour réduire les émissions de CO² avec le projet ULCOS ! Ces projets sont concrets. Ils viennent des salariés eux-mêmes. Ils inventent en marchant. Avec ces projets, ils font bien plus pour l’écologie que bien des penseurs des beaux quartiers. La classe ouvrière est la classe d’intérêt général écologique car en elle réside les principaux leviers tant démocratiques que productifs de la transition écologique.
L’autre grand chantier est effectivement celui qui lie la lutte écologique et la lutte pour abolir la précarité et la pauvreté. Là encore, nous avançons. Pour ne prendre qu’un seul exemple, aujourd’hui, tout le monde a compris que la rénovation des bâtiments profitera d’abord à ceux qui ne peuvent plus payer les factures de chauffage. Et là encore, le Parti de Gauche mène ce combat. Nous proposons une tarification progressive de l’électricité, du gaz et de l’eau pour sanctionner le mésusage mais avec une véritable gratuité pour les premières tranches, vitales.

Il y a beaucoup à faire. Nous prenons les sujets les uns après les autres et faisons des propositions radicales mais concrètes. L’alliance entre la lutte pour le partage des richesses, les impératifs écologiques, et j’ajoute l’exigence de la souveraineté populaire, est un déflagrateur qui peut être extrêmement puissant. La Révolution citoyenne que je défends propose de fusionner les trois.

Question : Tu as cité largement sur ton Blog Pepe Mujica, le président de l’Uruguay. Pourquoi ?  Que penses-tu de la manière dont l’Amérique du Sud porte un nouveau socialisme du Buen Vivir tant au niveau des mouvements sociaux que des appareils politiques jusqu’au sommet des Etats ?

C’est en Amérique latine que la gauche a commencé à se réinventer. Ils tâtonnent, mais ils agissent. Jean-Marc Ayrault et Michel Sapin méprisent ces gouvernements. Pourtant, il ferait mieux de faire le dixième de ce qu’ils font ! Nous avons beaucoup à apprendre d’eux. C’est vrai en matière de démocratie avec les assemblées constituantes ou le référendum révocatoire. C’est vrai pour ce qui concerne le partage des richesses. C’est aussi vrai en matière écologique. C’est Raphaël Correa en Equateur qui a posé avec force la question de la non-exploitation du pétrole avec le projet Yasuni-ITT. C’est Evo Morales qui a mis en avant la question du tribunal international de justice climatique. Et l’Uruguay de Pepe Mujica veut produire 90% de son électricité grâce aux énergies renouvelables d’ici 2015. C’est autrement plus ambitieux que de fermer une seule centrale nucléaire sur 19 d’ici à 2017 comme le prévoit le gouvernement PS-EELV en France.

Question : Le parti de gauche soutient la nécessité d’une planification écologique contre ceux qui pensent qu’il serait possible de résoudre les menaces dans le cadre du système. L’idée de planification n’est-elle pas disqualifiée par le passé ? Comment concilier la liberté individuelle, l’émancipation des personnes avec la loi écologique et l’imposition de l’intérêt général ?

C’est une question fondamentale avec laquelle il ne faut pas biaiser. La planification à la soviétique a échoué faute de démocratie. Pour autant, rejeter l’idée de planification serait stupide. Aujourd’hui, le temps court de la finance domine tout. Nous devons reconquérir la maîtrise du temps long. Le laisser faire conduit au désastre à grande vitesse. Voila pourquoi il faut planifier.

Notre planification écologique sera citoyenne. Les objectifs seront fixés par le peuple, directement ou via ses représentants en fonction de l’intérêt général. Mais cela ne suffit pas. Il faut impliquer à chaque étape les usagers, les salariés, les associations écologistes ou de consommateurs. Enfin, la planification écologique devra nécessairement être centralisée pour ce qui touche aux principes fondamentaux et aux réseaux nationaux. Mais nous sommes partisans d’une planification qui s’adapte à l’échelle des enjeux. Par exemple, vouloir planifier la gestion du cycle de l’eau à une autre échelle qu’un bassin versant n’aurait pas de sens.

Quant à la liberté individuelle, il ne peut être question de mettre en place une police des mœurs écolos. Revenez a ce que j’ai dit de la règle verte ! Au-delà, seule l’éducation est une solution durable et acceptable. En République, on ne peut miser que sur la vertu des citoyens. Et sur la force de la loi. La loi a le droit de fixer des limites, y compris dans la sphère privée, à condition que l’intérêt général soit en jeu. Par exemple, la loi punit l’inceste. Elle interdit aussi l’usage de certains produits toxiques même dans le jardin de votre propriété.

Question : Pour satisfaire les besoins sociaux fondamentaux ne faut-il pas interroger la thèse classique sur les faux et les vrais besoins ? Comment éviter toute définition scientifique ou moraliste des besoins légitimes au profit d’une seule définition démocratique ? La planification écologique peut-elle se contenter d’un surcroit de démocratie actuel ? Le rôle des experts ne devrait-il pas être de montrer qu’il existe toujours des alternatives ?

Notre démocratie est malade de la mise en avant permanente du « consensus » au nom de la « seule politique possible ». On peut toujours faire autrement ! Et les besoins sont effectivement une construction sociale et culturelle que nous pouvons faire évoluer collectivement. La force de la démocratie, c’est le clivage. Nous avons besoin des experts, et j’ajoute des médias, pour éclairer le débat, présenter les arguments. Mais ils ne doivent pas se substituer au peuple. Celui-ci est le seul souverain. Après avoir confronté les points de vue, le peuple tranche, par son vote, en fonction de ce qu’il croit être l’intérêt général. Cette méthode est imparfaite car la majorité peut toujours se tromper. Il faut l’assumer comme tel. Le vote est un outil de décision collective. Rien de plus.  Il n’institue aucune vérité. Mais voyons plus profondément. Nous devons articuler les espaces d’initiative citoyennes spontanées et inopinées avec des mécanismes institutionnels sans lesquels la volonté générale est impuissante. Un bon exemple est donné avec l’institution d’une procédure de referendum révocatoire d’initiative populaire. Il doit pouvoir s’appliquer à n’importe quel mandat moyennant une certaine quantité de signatures. Plus largement, une fois de plus, il faut agir tous azimuts : refonder l’Education, passer à la 6e République, démocratiser radicalement les médias, protéger les lanceurs d’alerte etc.

Question : La transition énergétique est-elle possible sans transformer nos modes de production et de consommation ? Ne faudrait-il pas repenser les services publics de l’énergie pour favoriser les circuits courts ? Combien défendre la notion d’égalité de service national et la nécessaire relocalisation ?

La lutte contre le réchauffement climatique impose de sortir progressivement des énergies carbonées. Dans le même temps, nous devons sortir du nucléaire qui est une énergie dangereuse et qui pose des problèmes insurmontables, notamment les déchets. Pour autant, nous manquerions à servir le progrès humain si nous proposions de revenir à la bougie. Il nous faut donc ouvrir un autre chemin. Comment ? Plusieurs pistes sont maintenant bien connues : les économies d’énergie, l’efficacité énergétique, les énergies renouvelables.

Pour cela, et pour réduire les pertes lors du transport d’électricité, il nous faut relocaliser la production d’électricité au plus près des besoins. Or, la situation n’est pas la même partout : en Alsace on peut faire de la géothermie, en Bretagne on peut utiliser les énergies de la mer etc. Donc il faut une organisation territorialisée. Mais dans le même temps, il faut une cohérence d’ensemble et il faut assurer l’égalité d’accès au service public. Car l’accès à l’énergie est un droit, pas un privilège. L’égalité passe par la péréquation tarifaire. La gratuité des premières tranches d’électricité que nous proposons vaudra dans tous le pays. Le pôle public de l’énergie que nous proposons sera donc nécessairement national et local.

Question : Face à la désindustrialisation et aux délocalisations, les salariés, leurs organisations et le gouvernement doivent-ils appeler au secours les grands patrons ? Comment porter autrement la reconversion industrielle ?

Les salariés n’appellent pas les grands patrons au secours. Nous pouvons nous passer des patrons pour produire mais eux ne peuvent pas se passer des ouvriers pour le faire. Avec la lamentable capitulation d’Ayrault devant Mittal, les ouvriers savent qu’ils ne peuvent compter que sur eux-mêmes pour défendre leurs emplois. Ils font des contre-propositions comme je l’ai dit, avec des projets précis et ambitieux. De plus en plus, ils imaginent de reprendre leurs entreprises en coopératives, sans patrons. Et quand ils appellent à l’aide, ils appellent le plus souvent l’Etat en tant que garant de l’intérêt général. Aujourd’hui, il s’agit d’arrêter le pillage et le saccage du pays. Dans ce combat, les salariés et les syndicats sont en première ligne. Nous les soutenons totalement.

Benoit Hamon n’a-t-il pas une partie de la solution économique que cherche Montebourg à travers une véritable économie sociale et solidaire ? Comment lier le recours en vogue de l’idée de nationalisation et celle d’autogestion ? Ne faudrait-il pas inventer un nouveau éco-socialisme municipal ?

Le Parti de Gauche met au cœur de son action ce que l’on appelle les radicalités concrètes. L’écosocialisme n’est pas une théorie abstraite pour harangue de salon. C’est d’abord une méthode pour régler des problèmes concrets. Le meilleur exemple, c’est le retour en régie publique de la gestion de l’eau dans l’agglomération que préside Gabriel Amard, secrétaire national du PG. Elle a permis de retrouver la maîtrise publique d’un bien commun, l’eau, mais aussi de réduire la facture des usagers de 25% et de diminuer les gaspillages. Ailleurs, nos élus et militants poussent aussi pour ces radicalités concrètes. Nous avons publié un premier Abécédaire des radicalités concrètes avec la ferme intention de proposer toutes ces idées dans le débat des élections municipales de l’an prochain.

Question : Que penses-tu des concepts de « buen vivir », d’anti-extractivisme et de pachamamisme que nous offrent les pays du sud ? Comment les décliner ici, et conformément à nos valeurs républicaines, humanistes et de laïcité ? Plus largement nos outils théoriques anciens sont-ils suffisants ?

Nous faisons face à des défis d’un genre nouveau, en particulier les défis écologiques. Nous devons inventer les réponses. Donc aussi le vocabulaire. C’est ce que nous avons fait avec la « planification écologique », la « règle verte » et maintenant en reprenant l’idée d’ »éco-socialisme ». L’exigence de « bien-vivre » et la critique de « l’extractivisme » entrent dans ce cadre. Pour autant, l’écologie n’efface pas la pertinence des idées et du vocabulaire du socialisme républicain. Au contraire, elle les refonde puissamment, en particulier l’idée qu’il existe un intérêt général, en l’occurrence, commun à l’humanité tout entière.

Cet intérêt général ne peut être que humain. Car il ne tombe pas du ciel. Il ne peut être défini que par la raison, qui est le propre des êtres humains. Cela ne veut pas dire que nous devons mépriser la biodiversité, les ressources naturelles : ce sont des composantes essentielles de notre écosystème. Marx lui-même disait que la nature était en quelque sorte « le corps inorganique » de l’Homme. Mais pour autant, ce qui nous occupe c’est la préservation de l’écosystème qui rend possible la vie humaine. La planète pourrait très bien continuer à tourner uniquement peuplée de cafards.

Puisque je suis sur ce point je veux souligner l’importance de penser dès aujourd’hui l’incontournable expansion vers les océans et les mers d’une humanité aujourd’hui composée de 7 milliards d’êtres humain et bientôt de 12 ! L’impensé ne sera pas maitrisé ou plus exactement c’est le règne des idées dominantes qui trouvera un nouvel espace d’application. La mer et les océans représentent 70 % de l’espace terrien. Ils sont moins connus que la surface de Mars ! 50% de notre population vit a moins de cent kilomètres d’une côte ! Eoliennes, hydroliennes tout peut aller en mer. L’aquaculture est l’unique perspective de ressources protéique abondantes à notre portée. La mer et les océans sont l’aventure concrète de l’humanité pour ce siècle-ci. Il faut en être conscient et y porter des politiques avant que celles-ci soient définies par le seul marché ! L’expansion humaine en mer est l’horizon de l’ère écosocialiste !

Question : Tu insistes avec raison sur l’idée que rien ne justifie d’opposer écologie et luttes sociales. Tu avances pour cela beaucoup de propositions pour partager les richesses mais tu parles beaucoup moins de la nécessaire réduction du temps de travail….

Je ne peux pas laisser dire que la question du temps de travail a été absente de notre campagne. Nous avons mené une rude bataille pour le retour à la retraite à 60 ans. C’est une réduction fondamentale du temps de travail tout au long de la vie. On ne peut pas faire comme si c’était une petite question alors que tant de salariés se sont mobilisés pour la gagner avant 1981 et pour la garder en 2010.

Ensuite, concernant la durée hebdomadaire, j’invite chacun à relire attentivement notre programme L’Humain d’abord. Nous défendons le plein rétablissement des 35 heures sans annualisation et en réalisant les embauches correspondantes. Dans mon discours de Lille sur l’emploi, j’ai même indiqué que revenir aux 35 heures pourrait créer 1,5 million d’emplois.

Au-delà, la question des 32 heures est légitime, et pas seulement à cause du niveau du chômage. Mais, après les régressions sarkozystes, nous avions choisi d’insister sur l’urgence de reconstruire ce qui a été détruit.

Question : Si le capitalisme est intrinsèquement productiviste, peut-on imaginer un socialisme antiproductiviste ?

C’est le cœur du raisonnement qui nous amène à parler d’éco-socialisme. Aujourd’hui comme hier, le principal agent productiviste est le capitalisme. Il ne peut fonctionner sur une autre base. Mais face à lui, les grandes idéologies de gauche sont dans une impasse. Tout le monde a pu constater la faillite des pays soviétiques en matière écologique et démocratique. Mais personne ne veut voir l’impasse absolue dans laquelle s’enferme la social-démocratie. Le modèle social-démocrate repose sur l’idée qu’il faut augmenter la production et qu’ainsi, les miettes pour les travailleurs seront plus grosses. C’est une impasse stratégique car il n’existe plus de capital national qui accepte de passer des compromis avec les travailleurs. Le capital d’aujourd’hui est financier et transnational. Ensuite, c’est une impasse sociale car dans le système du libre-échange, la politique de l’offre considère le travail comme un coût qu’il faudrait diminuer. C’est le sens du ralliement de François Hollande à la politique de l’offre et à la « compétitivité ». La social-démocratie en est ainsi réduite à détruire l’Etat social qu’elle a elle-même construit au cours du 20e siècle. C’est enfin une impasse écologique car elle pousse à produire tout et n’importe quoi pour espérer redistribuer quelque chose. Le logiciel social-démocrate est donc totalement obsolète. Nous devons inventer autre chose, un écosocialisme qui parte des besoins humains et sociaux pour y apporter des solutions écologiques.

Question : Tu écris qu’il faut que la France redevienne la première nation maritime, tu appelles notamment à exploiter les océans avant que les capitalistes ne se les approprient. Le diable productiviste serait-il dans les détails ?

Il n’y a aucune contradiction. Je ne suis pas un productiviste qui se cache. Je crois au progrès humain. Je ne crois pas que la science soit productiviste par essence, pas plus que l’Etat d’ailleurs. Il y a une différence entre une découverte scientifique et ce que l’on décide d’en faire ou pas.

La question de la mer et des océans résume parfaitement mon état d’esprit. Je ne suis pas plus adepte d’un « capitalisme bleu » que du capitalisme vert. Quand je souhaite que la France soit la première nation maritime du monde, c’est une immense ambition de progrès pour l’humanité et une ambition écologiste. J’ai dit que les mers et les océans représentent 70% de la surface du globe. Aujourd’hui, cet espace est en train de devenir un égout à ciel ouvert. Et un lieu d’extractivisme sauvage et aveuglé ! L’éco-socialiste que je suis ne peut accepter ce saccage. Et un éco-socialiste français encore moins car notre pays dispose du deuxième espace maritime du monde, grâce à nos outre-mers. Nous avons une responsabilité immense. C’est aussi une formidable opportunité pour trouver des énergies renouvelables non carbonées, pour gérer autrement la ressource halieutique, pour découvrir et préserver les 85% de la flore et de la faune marines que nous ne connaissons même pas aujourd’hui… Mais oui, pour faire tout cela, il faudra de la science, de la technique, des navires comme il faudra des marins, des ingénieurs, des pêcheurs…

Question : Que penser de la remise en cause de la référence à la « gauche » qui vient tant de la droite (le fameux « ni gauche ni droite ») mais aussi de proches comme Jean-Claude Michéa qui se revendiquent du socialisme mais refusent radicalement ce qualificatif de gauche ?

Le problème n’est pas franco-français. En Amérique latine, nos camarades ne s’appellent plus « gauche » car, chez eux, la gauche, c’était la social-démocratie corrompue qui a pillé les pays et tiré sur le peuple. En Europe, nous sommes passés tout près de voir la « gauche » disparaître. Il s’en est fallu de peu. Face à la politique libéral du social-démocrate Schröder, Oskar Lafontaine a quitté le SPD. Et il a créé un parti dont le nom, Die Linke, avait un double-objectif : ne pas laisser l’idée de gauche s’éteindre et ne pas l’abandonner à ceux qui la reniait.

La création du Parti de Gauche et du Front de Gauche en France répond à la même logique. Nous n’avons pas de raison d’abandonner le label de « gauche » à François Hollande. Il usurpe déjà le terme de socialisme ! J’ajoute que l’usage du terme générique « gauche » a un atout : il permet de rassembler des cultures politiques très différentes, de l’écologie politique au communisme, en passant par le socialisme républicain.
Le clivage gauche/droite a encore du sens pour nombre de nos concitoyens. Mais c’est vrai que pour beaucoup d’autres, la « gauche », c’est le PS donc les sociaux-libéraux. Le PS bâtit tous ses chantages sur cette appropriation du label historique de notre courant dans l’histoire. Pour y remédier, pendant la campagne, nous avons mis en avant un autre clivage, celui entre le peuple et l’oligarchie. Nous devons continuer à marcher sur ces deux jambes pour que « gauche » redevienne synonyme de partisan du peuple. Comme en 1789. Comme cela n’aurait jamais dû cesser.

Question : Qu’aimerais-tu dire aux lecteurs de la Vie est à nous ! qui revendiquent être dans l’opposition face au gouvernement actuel et à sa politique antipopulaire et anti-écolo et qui affirment ne plus pouvoir voter socialiste y compris lors des élections municipales de 2014 ?

Le Front de Gauche lui-même dit qu’il est en opposition avec la politique social-libérale du gouvernement Ayrault. Si nous refusons d’être catalogué comme l’opposition au sens institutionnel du terme, c’est uniquement parce que cette catégorisation désigne les battus des élections. Or, nous n’avons pas perdu. Nous avons été floués de notre victoire contre la droite. Mais nous ne renonçons pas à obtenir notre dû. En ce sens, nous restons les ayants-droits de la victoire du 6 mai 2012.

Quant aux municipales, elles seront un mélange subtil entre un vote sanction national et des choix locaux. Pour sa part, le Parti de gauche a choisi l’autonomie et le rassemblement. Partout où c’est nécessaire, nos camarades construiront des listes autonomes. Partout où c’est possible, nous élargirons le front contre l’austérité.
Enfin pour tous ceux qui veulent changer le rapport de force à gauche, il y aura en juin 2014 des élections européennes. C’est une élection très importante. Après quatre ans d’austérité, toute l’Europe va voter le même jour ! Et en France, ce sont les seules élections nationales à la proportionnelle. Le Front de Gauche s’y présentera de façon autonome du PS. Et nous voulons passer en tête de la gauche !

Question : Le socialisme du Bien vivre  ne requiert-il pas une nouvelle stratégie politique ? Que répondrais-tu à ceux qui pensent que la gauche n’a pas encore assez tiré les leçons des tragédies et des impasses du 20e siècle et qui attendent que le PG affirme la primauté des mouvements sociaux dans le changement de société, loin de la verticale de tout-pouvoir ?

Nous avons tiré les leçons du passé. Aucun changement durable et profond n’est possible sans l’implication populaire. Le peuple doit prendre le pouvoir lui-même. Le Front de Gauche veut être l’outil pour cela, en devenant un véritable Front du peuple.
Pour autant, nous sommes des républicains. Nous croyons à la démocratie et aux élections. C’est pourquoi la révolution à laquelle nous aspirons est une révolution citoyenne. Elle met au centre de tout la conquête du pouvoir comme moyen pour régler les problèmes : dans le pays, mais aussi dans les entreprises. Et sur soi-même.

De la mer à la grande politique… Jean-Luc MÉLENCHON, un visionnaire

Jean-Luc Mélenchon a été interviewé au salon de la mer « Euromaritime » jeudi 7 février 2013. Le lien vers la vidéo est http://www.lepartidegauche.fr/lateledegauche/media/jean-luc-melenchon-au-salon-l-economie-maritime-20770

On y voit un visionnaire. Cela m’inspire quelques réflexions.

La dernière fois qu’un leader politique a défendu, en France, une grande politique maritime à la hauteur de celle qui devrait être conçue et mise en œuvre en France, c’était il y a 50 ans. Et le leader en question s’appelait le général De Gaulle qui contribua, avec d’autres, à redonner à notre pays sa grandeur.

Aujourd’hui, et on le sent depuis déjà plusieurs semaines voire plusieurs mois, Jean-Luc Mélenchon a compris l’importance stratégique de ce nouveau champ de recherche et d’activité. Oui, comme Ariane, comme le TGV, comme Airbus, la mer peut offrir à la France un gisement d’emplois que peu d’autres nations seront, avant longtemps, en mesure de nous disputer. Ce sera un outil économique de développement de première importance en même temps qu’une occasion de voir notre pays accéder de nouveau au rang des plus grandes puissances, ces pays qui dominent, non pas seulement par leur économie ou leur puissance militaire, mais aussi par leur capacité à faire rêver rationnellement les foules, à entraîner des millions de personnes dans un objectif commun de développement. Recherche fondamentale et appliquée, médecine, emplois, prestige, il y a tant à gagner d’une grande politique maritime, tant à découvrir encore, tant à faire.

Le président John Fitzgerald Kennedy avait parlé au début des années 60, chacun s’en souvient ou en a entendu parler, de « La Nouvelle Frontière ». Il pensait alors à l’espace. Et c’en était une en effet, qui a fait rêver le monde, qui a contribué au développement massif des connaissances et des sciences car la science spatiale, les découvertes qui ont été faites, n’ont pas servi que la discipline spatiale. C’est toutes les sciences qui se sont trouvées irriguées par l’immense effort de recherche entrepris alors. N’oublions jamais cela.

Notre Nouvelle Frontière* à nous, aujourd’hui, peut et doit être la mer. Nous venons d’elle. Elle est un des principaux éléments qui permettent la vie humaine. Elle donne sa belle couleur à notre Terre. Elle est source de vie, de plaisir, mais aussi parfois de souffrances et de désastres. Nous avons beaucoup à apprendre d’elle pour que notre civilisation franchisse une nouvelle étape de progrès de la connaissance et donc, de la civilisation.

Avec cette intuition maritime, Jean-Luc Mélenchon pose ainsi ses pas dans ceux d’un géant de notre Histoire, le général De Gaulle. Toutes choses égales par ailleurs comme on dit !

Il est évident que chacun de ces deux personnages illustres a sa propre histoire qui n’est en rien comparable, que ces deux hommes ont des spécificités qui les distinguent et les éloignent l’un de l’autre, en même temps que, parfois, elles les font se rapprocher. De Gaulle et Mélenchon ont eu, tous les deux, leurs fulgurances et aussi leurs faiblesses. Parmi ces deux dirigeants, l’un a présidé aux destinées de notre pays il y a un demi-siècle dans le cadre d’une  constitution dont il fut le principal concepteur, loi fondamentale dont un autre grand Président français, François Mitterrand, dira avec justesse, qu’ «elle était dangereuse avant lui et qu’elle le redeviendrait après» (oubliant au passage qu’elle l’était tout autant sous sa propre présidence). L’autre s’inscrira bientôt comme un de ses successeurs mais ce sera alors pour mettre un terme à cette dangereuse constitution. Ce point n’est pas le moindre de leurs dissemblances. Pourtant, il n’en demeure pas moins qu’à mes yeux, Jean-Luc Mélenchon, bien souvent, propose des solutions politiques et présente une vision de notre avenir, dont on peut dire qu’elles sont de la même portée  que celles défendues, en son temps, par De Gaulle.

Mélenchon aujourd’hui, comme De Gaulle hier, a « une certaine idée de la France » que la plupart de ses contemporains n’ont pas. Il a aussi une certaine vision de l’Europe, du monde, de l’humanité, du progrès, de la civilisation. On peut lui reconnaître des torts et même ne pas toujours lui donner raison mais quand on le voit, quand on l’écoute, quand on le lit depuis des années, et qu’on fait de même de ceux (ou celles) qui prétendent ou aspirent à le surpasser, on finit toujours par se rendre à l’évidence : parmi tous les acteurs du jeu politique français, il y a les alphas, les bêtas et les autres pour reprendre une présentation à la Aldous Huxley. N’est pas géant qui veut. Certes ce sont les circonstances qui « font » largement les géants de l’Histoire. Mais précisément les temps qui viennent vont être de ceux qui vont faire tomber le masque.

Les marionnettes, les pitres, les médiocres, les pleutres, les partisans de la soumission, ceux qui préfèrent toujours baisser les yeux, la tête et courber l’échine jusqu’à s’aplatir devant des tigres de papier, toux ceux-là ne sont pas taillés pour affronter les temps qui s’annoncent. La métaphore du pédalo était une géniale intuition. Ils seront alors renvoyés à « leur petite popote » pour reprendre là encore une expression gaullienne.

Les autres, celles et ceux qui savent où aller, celles et ceux qui ont le courage de marcher droit face au feu nourri de l’ennemi, celles et ceux qui ne capitulent pas devant la menace de sabres de bois, celles et ceux qui ne vivent que pour défendre l’intérêt général et qui sont prêt-e-s à assumer le pouvoir non pas simplement pour profiter de ses avantages mais surtout pour en supporter les contraintes et en exercer les responsabilités, sont les dirigeants dont nous avons besoin, ici et maintenant. Notre peuple est en train de saisir le sens de cela. Il ne tardera pas à mettre ses actes en cohérence avec sa nouvelle pensée en train de se forger. Et cela ne se verra pas qu’en France.

En Italie, en  Espagne, en Grèce, au Portugal, mais aussi en Allemagne, en Angleterre et ailleurs en Europe comme en Islande où cela a commencé, sans doute un jour au Canada et aux États-Unis, comme en Israël ou dans les pays dits arabes, la révolution citoyenne se fera. Elle est déjà souvent en cours. Une nouvelle ère commencera alors où, à l’instar de ce que vivent les populations de certains pays d’Amérique latine depuis que leurs gouvernements sont redevenus des gouvernements du peuple, par le peuple et pour le peuple, nous constaterons que le progrès n’est plus un vain mot et que c’est le destin de l’humanité que de suivre cette voie dès que celles et ceux qui nous gouvernent, à la tête de nos structures politiques et administratives, n’ont à l’esprit que la seule volonté de servir au mieux l’intérêt général.

Politique maritime, constitution, pratique du pouvoir, participation directe du peuple à la décision et à la loi, densité et profondeur de celles et ceux qui marchent devant, tout se tient.

À trop rêver, on est souvent déçu nous oppose-t-on souvent pour que nous en rabattions sur nos espoirs de lendemains qui chantent et pour que nous restions dociles et sages devant les coups qui pleuvent. Mais le rêve d’aujourd’hui n’est souvent que la réalité de demain. L’Histoire nous l’apprend et si parfois l’Histoire vacille, connaissant de cruels retours en arrière, un jour vient où l’humanité chasse ses maîtres devenus indignes et tyranniques et reprend son destin an mains. Ce jour approche. On y est presque !

* concept évoqué par le président Kennedy à propos de l’espace