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Anniversaire φφφ – Par Bob SOLO le 10/02/2017

C’était il y a un an pile : Jean-Luc Mélenchon proposait sa candidature à la présidentielle. Deux jours plus tard, j’écrivais cet article (si vous n’avez pas Facebook, vous pouvez le lire également ici sur mon blog). Au taquet. Depuis, j’ai posté des milliers de lignes sur le sujet, et bien d’autres, mais ça reste la plus forte diffusion depuis mon premier jour sur fb. Relayé par Mélenchon lui-même, ceci explique cela. Voilà, c’était mon cocorico.
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En le relisant, j’admets bien volontiers que je ne m’en suis pas du tout tenu à la “stratégie” rigolarde que j’y décris. D’abord parce que tout simplement je n’ai pas rencontré de franche hostilité et que donc je n’ai pas eu à dégainer la grosse artillerie pour contrer malveillance, mauvaise foi ou simple ignorance. Contrairement à la campagne de 2012 qui m’avait valu de solides inimitiés virtuelles, et même quelques brouilles assez sévères dans le réel.
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Ensuite parce qu’au fur et à mesure de tout ce que j’ai lu et visionné ces derniers mois, j’ai de mieux en mieux cerné à la fois le projet proposé à réaliser en cas de victoire, et la stratégie de campagne pour y parvenir. Si le programme des Insoumis-es repose en partie sur le travail accompli la première fois, il est aussi largement actualisé, complété, enrichi, réorienté et plus affirmé sur de nombreux thèmes. Et à peu près tout me convient.

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De plus, la démarche initiée il y a un an et poursuivi depuis n’a rien à voir avec la précédente. Jean-Luc Mélenchon prônant l’émancipation, il “ joint le geste à la parole” et s’émancipe lui-même d’emblée de la tutelle de quelque parti que ce soit, du carcan que cela peut imposer, et des “règles”, peut-être intangibles mais réelles, que cela implique dans les “compétitions” électorales et dans la vie politique en général.

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« Vous êtes un homme seul », lui dira alors le fraudeur Cahuzac sur un plateau de télé, et l’accusation se voulant infamante de « candidat auto-proclamé » le poursuit encore, reproche que curieusement je n’ai jamais entendu à l’encontre du banquier Macron, jamais élu nulle part et passé direct du business à la candidature via le gouvernement Hollande, où il fut un médiocre ministre, visiblement plus missionné par des intérêts privés que dévoué à l’intérêt général.

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Mais au fond, on voit clairement ce que pointait l’ancien ministre du fisc exilé fiscal : « seul », c’est-à-dire sans « appareil » politique dûment répertorié, étiqueté, et finalement accepté par le système lui-même. Comme si, après avoir commis l’hérésie de claquer la porte du tout-puissant PS et s’être carrément retourné contre lui – ce qui est quand-même d’une toute autre envergure que la farce des frondeurs en caramel mou, Mélenchon récidivait en s’affranchissant définitivement de « la caste », si tant est qu’on ait pu réellement l’y ranger un jour, et considérait qu’il n’avait désormais plus aucun compte à lui rendre ou d’ordre à recevoir d’elle.

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Quand on ajoute à cela qu’il ose depuis 2011 faire l’affront au « parti médiatique » de le dénoncer comme « la seconde peau du système, aux mains de l’oligarchie », on m’accordera sans me coller l’inepte stigmate du « fan » que le bonhomme puisse encore me surprendre et forcer en moi à son égard une forme de respect.

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Voilà pourquoi aujourd’hui, un an après, je suis impliqué bien au delà de tout ce que j’aurais pu imaginer, et de ce que j’écrivais alors, et d’autant plus que la dynamique est maintenant flagrante, qu’elle se renforce parce que le cap est tenu, que la démarche initiale est respectée. Et elle se renforcera encore si chacun-e la comprend, sait l’expliquer à son tour, et s’emploie à le faire jusqu’à la dernière seconde.

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À vrai dire je ne supporte plus le discours exigeant le « ralliement » entre Untel et Untel, chefs de clans divers, « pour faire gagner la gauche », sous peine de défaite au profit de l’extrême droite, blablabla. Mais quelle gauche? Je préfère « faire gagner le peuple ».

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Si nous perdons c’est que nous n’aurons pas su convaincre les millions de gens éloignés de tout ça que soutenir ce projet revenait pour eux à défendre leurs propres intérêts et s’offrir une vie meilleure dans une société assainie. En aucun cas parce que nous aurons refusé de retomber dans des arrangements électoralistes avec le dernier poulain en date de quelque écurie politique que ce soit. Bien au contraire : c’est la fidélité à cet engagement premier qui nous fera éventuellement gagner. On ne fait pas la politique du 21e siècle avec un logiciel des années 80. Sauf à prendre le risque de sombrer dans les poubelles de l’Histoire – funeste destinée qui en menace désormais plus d’un, tout intouchables qu’ils se croiraient.

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Banzaï !

Tourner la page – Par Bob SOLO le 03/02/2017

Je n’ai rien contre B. Hamon. Je veux dire, rien contre sa personne. Et je pense que c’est pareil pour les gens qui comme moi soutiennent le projet de la France Insoumise. Mais faut arrêter d’essayer d’éviter les questions pièges, vouloir noyer le poisson et nous clouer le bec en nous faisant passer pour des gens « violents », « agressifs », « pleins de haine », blablabla. Je veux bien admettre que certains puissent perdre leur sang-froid et montent dans les tours au cours des discussions, mais ce n’est sûrement pas l’apanage des Insoumis-es, ni leur marque de fabrique. Si quelqu’un-e de ce mouvement vous rentre dans le lard, je ne vois pas de réaction plus idiote ou de plus mauvaise foi que d’en conclure avec des « ha bin si c’est ça la France Insoumise, oh bin si c’est ça Mélenchon, non merci ». Vieille ruse : pour tuer le message, tuez le messager.

Oui on est chauds bouillants. Oui on est au taquet. Parce qu’on y croit, parce qu’on a retrouvé espoir. Mais on défend des idées, DES IDÉES, un programme, un projet, pour tout le monde, en tous cas pour les gens “comme nous”, les gens “normaux”, “le peuple”, comme ils disent, les gens quoi ! Vous m’avez compris. Évidemment, pas pour les quelques poignées qui se gavent sur notre dos et contre qui on se bat politiquement. Et on commence à être rodés. Croyez-moi, on en a sous le pied. On a des billes. On a des arguments. On a des chiffres. Le travail qui a été fait est énorme. Tout ça n’a pas commencé il y a trois semaines. Ni même trois mois. La dynamique est de notre côté. L’effet primaire est déjà retombé.
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Aujourd’hui on nous bassine avec des « alliances ». Avec qui ? Des candidats de partis, des chefs de clans. Qui devraient se réunir à trois ou quatre dans une pièce et s’arranger les bidons pendant qu’on attend à la porte ? C’est n’avoir rien compris à la démarche. Parce que la France Insoumise, c’est tout le contraire. Justement parce qu’on en a marre des « arrangements ». On n’en veut plus, on veut décider nous-mêmes pour nous-mêmes. Et c’est à ça qu’on appelle qui veut, en son propre nom, indépendamment de ses appartenances par ailleurs (que ce soit dans des partis, syndicats, collectifs, assos, quartiers, mouvements citoyens, alternatifs, etc – ou dans rien de tout ça).
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Puisque cette 5e république pourrie n’est pas encore tombée et qu’il y faut un candidat, nous avons un candidat. Il est dans un parti, il en a le droit, comme les autres, mais ce n’est pas à ce titre qu’il est là et qu’il agit. C’est clair dès le départ. Comme chacun-e de nous. C’est le deal. Ce n’est pas une carte de parti ou je ne sais quoi qui nous lie, c’est ce seul contrat moral. Un contrat de confiance. Qu’il soit rompu et tout s’arrête.

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Et c’est bien pour ça qu’il faut être nombreux, très nombreux. Nombreux jusqu’à ne plus risquer la récupération. Jusqu’à dépasser les partis. Jusqu’à leur montrer qu’on peut y arriver sans eux, qu’on est absolument pas OBLIGÉS de s’en remettre à eux ni n’avoir le choix que parmi les quelques-uns qu’ils nous désignent.

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Les partis politiques ne sont qu’une forme d’organisation parmi d’autres, mais on sait et on voit trop bien depuis un moment que ça part en vrille et que ça nous confisque le pouvoir de décision. Voilà pourquoi plus que tout nous voulons rester le plus loin possible de cette mauvaise cuisine politicienne qui débouche sur des trahisons, ou pire, des scandales puants.

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Ce qu’il nous faut pour nous allier, nous unir, nous les gens, nous tous et toutes, ce n’est pas un parti ni un chef, c’est un PROJET. Un projet de société. Sérieux, travaillé et retravaillé par les gens eux-mêmes, venus de partout, de la société elle-même. Et ce projet nous l’avons, il est disponible, proposé et pas imposé. C’est une base très solide pour avancer, commencer vraiment à faire quelque chose d’enfin différent. Nous savons que c’est possible, et encore à notre portée, malgré tout. Nous savons que la mise en œuvre de ce projet améliorerait rapidement et concrètement la vie de tout le monde. Tout le monde.

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À qui nous traite de violents, nous disons que ce sont avant tout les règles qui nous sont imposées qui sont violentes. Et qu’il faut les changer. Que c’est d’abord le combat politique tel qu’il est devenu qui est violent. Nous n’avons pas de haine. Mais des gens sont clairement en guerre contre nous, nous tous, citoyen-nes, population, peuple. Nous avons choisi de résister. La résistance, qu’est-ce que c’est ? La résistance, c’est une colère née d’une indignation et d’une révolte que la raison transforme en action.

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Voilà pourquoi on défend ce projet avec passion, et parfois avec colère face à l’injustice, au mensonge, aux tricheries, aux manipulations, puisque décidément dans cette élection rien ne se fait à la loyale. Voilà pourquoi on ne veut pas le laisser être capturé, récupéré ni dénaturé par l’un ou l’autre. Surtout pas par des gens qui voudraient le faire entrer de force dans une logique qui n’est pas la sienne, ou dans de vieilles recettes politiques dont on ne veut plus parce qu’elles échouent toujours plus, et finalement aggravent les problèmes au lieu de les résoudre, aggravent encore plus notre vie concrète, quotidienne.

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Parce qu’il s’agit bien de ça en définitive. Parce qu’il est devenu impératif qu’on reprenne collectivement le pouvoir sur nos vies, en tant que peuple et individus. Parce que c’est ça la démocratie. Rien d’autre. Parce que cette démocratie, la notre, est en train de crever et nous avec. Et parce qu’à ça, nous ne nous soumettons pas.

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Rejoignez le mouvement, maintenant. Faites-le pour vous-mêmes.

Avec Hamon et le PS, y’a pas d’arrangement… – Par Bob Solo le 03/02/2017

Je relaie ici un billet de mon ami Bob Solo. Seul le titre est de moi.

Non seulement, j’approuve tout ce que dit Bob, mais en outre, j’en apprécie tout particulièrement le style.

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Bon, ok, j’ai mis un peu de temps à piger parce que je m’y connais pas trop en connards mais ça y est : gentil Petit Benoît, désigné par tricherie à la primaire des ministres et boosté par des sondages bidons, est bien là pour flinguer le mouvement hors partis des Insoumis-es et de Mélenchon, et en échange il pourra pécho la grosse gamelle du PS quand le porc Camba sautera. Au fond il veut juste faire président de la république de Solférino. L’opération false flag continue donc de plus belle. L’arnaque est totale. Toujours les mêmes combines politicardes que justement la France Insoumise fuit comme la peste.

Mais Petit Benoît n’a pas les épaules assez larges pour masquer la clique qui se presse juste derrière lui, la même qui a compté dans ses rangs des DSK et des Cahuzac, la même qui nous a pourri la vie pendant 5 trop longues et pénibles années, qui nous a systématiquement envoyé sa flicaille nous matraquer, nous gazer, nous éborgner, nous foutre en GAV, nous foutre en taule, nous arroser de ces grenades qui ont tué Rémi Fraisse.

La même qui s’est minablement couchée devant l’UE de Juncker le fraudeur, l’OTAN de Washington, la spéculation des ultra-riches et le MEDEF de Gattaz, la même qui bousille nos conquêtes sociales, notre code du travail et nos services publics, la même qui s’est pas grattée pour abuser de l’état d’urgence pour embastiller des militants écolos, des zadistes, des intermittents et des syndicalistes, mais qui n’a pas été foutue d’empêcher les tueries terroristes.

Qu’on ne vienne plus me faire chier une seconde de plus avec ces gens-là. Il faut qu’ils dégagent, point barre.

« Un peuple qui ne connait pas son histoire est condamné à la revivre« . Alors bougez-vous, maintenant.

Avec Jean-Luc Mélenchon… Parce qu’avec lui, ça peut marcher ! Par Bob Solo le 30/01/2017

Billet publié sur son mur Facebook par mon camarade de lute Bob Solo.

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OK, je sais que j’en gonfle un certain nombre parmi vous avec ça mais oui, je replonge (en apnée parce que ça sent pas très bon) dans le fond des méandres de la politique. Non pas parce que j’aime ça mais parce que je tiens à comprendre ce qui s’y passe. Le fait est que mes incessants allers-retours entre cette arrière-cuisine parfois bien glauque et « la vie normale des gens normaux » (là où est ma vraie place) m’épuisent un peu les neurones (ouais bin chacun-e ses limites hein). Mais le constat est de plus en plus clair : on essaie encore de nous la jouer à l’envers. Les « appels » des uns et des autres à une « union de la gauche » (déjà, ça : WTF qu’est-ce que ça peut bien vouloir dire aujourd’hui ??!!) visent en réalité à mon sens à entretenir ou aggraver la confusion – le bordel ambiant quoi. Et à ton avis, qui seront les premiers à devoir en payer les dégâts si on parvient pas à éclaircir tout ça une bonne fois? Et qui sont ceux qui encore une fois pourraient rester d’une façon ou d’une autre aux manettes?

Vous comprenez ce qui se passe, les gens?? Aux yeux de ceux qui tiennent le système, Mélenchon est un traitre, un hérétique : issu lui-même de ce système (il ne s’en cache pas) il en a brisé en moins de 10 ans au moins trois des piliers les plus sacrés :

1) claquer la porte du tout-puissant PS, constatant l’achèvement de sa dérive droitière (ce qu’a confirmé tout ce qui a suivi) et se retourner carrément contre lui.

2) S’en prendre au monopole des médias (la « seconde peau du système ») d’abord en dénonçant leur propagande (« il n’y a pas d’alternative au capitalisme ») matraquée en boucle, et pire, en piétinant leur plate-bande en créant ses propres médias (qui cartonnent, en plus).

3) Faire une offre politique hors partis, c’est-à-dire hors arrangements électoralistes entre chefs de clans sur le dos des électeurs. Une candidature qui repose uniquement sur le soutien de citoyen-nes libres, en leur nom propre, quelles que soient leurs éventuelles appartenances par ailleurs. Qu’il rompe ce contrat moral avec eux et il perd tout, il le sait, nous le savons, c’est le deal. Et ça fait des années qu’on l’entend le dire : « Rien ne se fera sans l’implication massive des gens. Parce que ce sont eux la solution. »

Alors c’est maintenant qu’il faut s’engager et défendre ce projet qui en fait est conçu dès le départ pour qu’on se l’approprie, qu’on s’en saisisse, qu’on le revendique. Il n’y a que par le nombre qu’on pourra être assez forts pour résister à toutes les tentatives de récupération (alliances, unité, blablabla) et de flingage (sondages bidons, trucages divers) qui vont continuer de plus belle, et de tous les côtés (partis, médias), ça ne fait pas un pli. Parce que ça les fait enrager, parce que ça les menace, parce que ça leur échappe, parce que même les rares qui auraient pu faire la même chose (cf Hamon) n’en ont jamais eu le courage, n’ont jamais pris de tels risques, n’ont jamais posé de tels actes.

Nous ne faisons pas confiance aux politiques et nous avons raison. A l’inverse, Jean-Luc Mélenchon est sans doute le seul politique à nous faire confiance.

Confiance pour que collectivement on se prenne en charge, que collectivement on décide, que collectivement on trouve des solutions qui marchent, que collectivement on se rende la vie meilleure. Les autres ne veulent pas de ça, et sans doute nous en croient incapables.

Il n’y avait que ce genre de démarche et de projet pour me faire sortir de plus de 20 ans d’abstention. Je suis convaincu que ça peut marcher. Renseignez-vous, ne vous laissez pas enfumer une fois de plus, réfléchissez bien, et faites votre choix.

UE : Pourquoi agir en deux temps (Plan A et B) ? Pourquoi pas l’exit tout de suite ? Par Bob Solo le 18/01/2017

Note de Vincent Christophe Le Roux : Bien que je sois, personnellement, adepte de la sortie (après avoir vérifié, par référendum, que les Français le veuillent bien), une sortie sans négociation préalable avec quiconque, une sortie qui soit un acte de li-bé-ra-tion de cette prison qu’est l’UE, je vous propose de consulter ces lignes écrites par mon ami Bob Solo car je trouve que c’est le discours le plus convaincant que j’ai lu depuis bien longtemps en défense de la stratégie plan A – plan B.
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Il est dit clairement [par Jean-Luc Mélenchon] que [le] programme [qu’il défend] ne peut s’appliquer dans le cadre actuel des traités européens, on le sait, merci, on est pas idiots. Les analyses sérieuses sont nombreuses à démontrer au final que ces traités privent ni plus ni moins les états membres de tout pouvoir de choisir et de décider eux-mêmes sur des tas de sujets importants concernant la vie quotidienne de leur propre population. Il est donc dit tout aussi clairement qu’on attendra pas pour désobéir aux dispositions de ces traités qui interdiraient la mis en œuvre des mesures les plus urgentes, notamment sociales et budgétaires.
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Ceci posera d’emblée le cadre, l’ambiance (lol) et le rapport de forces des « négociations » qui suivront obligatoirement entre la France et l’UE, sans doute à la demande de cette dernière qui va vite comprendre la menace que représente cette rupture pour tout l’édifice.

Les arguments de Mélenchon sont à entendre pour ce qu’ils sont. Quand il dit que « nous ne sommes pas la Grèce, nous pesons presque 20% du PIB de l’Union, nous serons bientôt la première population en nombre et parmi les plus jeunes, on ne fait pas l’Europe sans nous », etc, ce n’est pas parce qu’il est « nationaliste », « arrogant », « chauvin » ou qu’il a « le melon », c’est juste qu’il énonce des faits, simples et réels mais ensevelis sous 40 ans de discours décliniste et culpabilisant : la France en retard, archaïque, qui vit au-dessus de ses moyens, les Français trop payés, pas assez productifs, le modèle allemand, etc, autant de clichés balayés par les chiffres comparés.
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On obtiendra ou pas de vraies victoires à l’issue de la bagarre mais de toutes façons le résultat sera soumis à décision populaire : au peuple de trancher – et on sait à quel point les instances européennes détestent ça. Et si ça le fait pas, c’est toujours aussi clair, on arrête les frais définitivement et on construit autre chose avec tous ceux qui seront partants sur un modèle de coopération (économique, scientifique, culturelle, etc). Il pourrait alors y avoir beaucoup plus de candidats qu’on ne l’imagine.
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Il est en effet peu probable que les négociations avec l’UE aboutissent, vu qui la pilote. Mais une bonne stratégie se doit de produire des effets sur plusieurs plans. Ici il ne s’agit pas que de se préoccuper des intérêts purement français même si c’est la priorité. Le prévisible échec aurait aussi pour effet de finir de démasquer l’imposture européenne aux yeux de tous, puisque visiblement les affaires précédentes n’ont pas suffit à dessiller le regard de tout le monde à ce sujet. Que ce soit à Chypre, en Grèce, au Portugal, en Espagne, en Italie, les ingérences, représailles, chantages, brutalités, punitions, bref tous les coups tordus infligés aux divers pays membres qui menaçaient de sortir des clous ont pourtant montré la vraie nature de cette construction et prouvé qu’elle ne pouvait survivre qu’en allant plus loin dans l’autoritarisme et la négation de la démocratie la plus ordinaire. On ne négocie donc pas avec ces gens-là en amenant une boite de chocolats (cf Tsipras/Varoufakis) mais avec un flingue chargé, prêt à s’en servir. En l’occurrence l’option affichée d’un exit pur et simple, qui pourrait lui-même annoncer l’hémorragie. En y regardant de plus près, vouloir « négocier », dans ce cas précis, n’est en rien une attitude timorée mais plutôt un « piège » tendu à l’UE dont elle aura du mal à se sortir indemne.
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Pensons qu’avec la récente démission du président du Conseil italien Renzi et le renoncement d’Hollande en France, l’Union perd ses derniers dirigeants poids lourds sociaux-démocrates pro-UE, laissant ici ou là le terrain à des droites nationales plus ou moins extrêmes, plus ou moins souverainistes, plus ou moins euro-sceptiques. Ce n’est donc pas que chez nous que le débat va faire rage. Tout ça sur fond de brexit : l’UK ayant apparemment choisi d’enclencher le processus de sortie prévu par l’article 50 du traité de Lisbonne, ce sont au bas mot deux ans de rudes négociations qui vont peser sur tout le reste. En clair, ça sent le roussi pour la technocratie de Bruxelles.
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La Commission a d’ailleurs décidé en décembre dernier « d’assouplir certaines contraintes budgétaires », après l’aval de Merkel. Traduisons : les peuples des états-membres comprennent peu à peu qu’ils subissent toute la violence d’une « austérité » qui ne donne aucun des résultats promis, il faut lâcher du lest avant que tout nous pète à la gueule. Il y a fort à parier que ça ne suffira pas. C’est peut-être même trop tard. On verra. Mais quoi qu’il en soit, c’est à cette UE affaiblie, divisée, rongée de l’intérieur, qu’un Mélenchon présidant la France aurait à faire. S’il était de plus porté par un large mouvement populaire à ce moment-là, il se retrouverait en véritable position de force.
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Rendu là, le scénario détaillé par Lordon a toutes les chances de se réaliser : si la coalition conservatrice qui règne en Allemagne (et en UE) était réellement menacée d’être mise en minorité, l’économiste prévoit que c’est elle la première qui se retirerait de l’Union plutôt que d’abandonner les fondamentaux économiques qu’elle a réussi à imposer à tous les autres (pas parce qu’elle est « méchante » mais parce qu’elle défend ses intérêts – nous devons donc défendre les nôtres, qui sont différents).
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Il n’y a donc quasiment aucune chance au final que l’UE perdure telle qu’elle est. A moins que les mêmes (droite rose et bleue) restent au pouvoir. Mais dans ce cas-là, n’envisageant pas de changer de cap (austérité, réductions de dépenses publiques, déréglementations, concurrence exacerbée, privatisations rampantes, etc), elle perdurerait en aggravant la situation de 500 millions d’européens. En effet, les « solutions » qui ont foiré hier foireront encore plus demain.
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Le résultat le plus à craindre serait alors un tel ras-le-bol général que les forces politiques les plus rétrogrades et xénophobes finissent par rafler la mise. Un scénario pareil combiné aux prévisions d’afflux massif de réfugiés climatiques dans les années à venir transformerait le vieux continent en poudrière des plus explosives. De plus, la géopolitique mondiale est sur le point de se modifier profondément (relations USA / Chine / Russie). Face à ce combat de titans, on se demande ce qui pendrait au nez de nos petits pays s’ils étaient refermés sur un nationalisme étroit. Sans doute un long tunnel dans l’obscurité.

On y croit ! Par Bob Solo le 16/06/2016

Note de Vincent Le Roux : Je suis heureux de relayer sur ce blog un billet de mon camarade Bob Solo qui l’a publié ce jeudi 16 juin sur sa page Facebook. Je reproduis aussi le montage de ces 4 photos qu’il a choisi d’utiliser pour illustrer son billet.
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photo illustrant le billet de Bob Solo du 16-06-2016
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Apparemment, gouverner par la peur ne suffit pas. Pourtant “ils” y mettent les moyens. Quitte à tout essayer, vite, quitte à laisser voir une sorte de panique, quitte à tout piétiner, y compris leurs propres lois. Mais ça ne suffit pas.
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Peur du flic et du juge, de la matraque et de la bombe, de la blessure, de l’arrestation, de la garde à vue et même de la prison, pour forcer le manifestant à se démobiliser, à renoncer et à rester chez lui ; peur de la précarité, du déclassement et du chômage pour forcer le salarié à se taire, à se soumettre et accepter n’importe quoi. Même relayé par une presse complice, partisane jusqu’au grotesque, ça ne marche pas. Alors il leur faut encore monter d’un cran.
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Il leur faut tuer l’espoir.
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Parce que oui, il y a un espoir. Il y a la colère, le ras-le-bol, la souffrance des uns et des autres, la rage, l’écœurement, le sentiment d’injustice, oui, il y a tout ça. Mais aussi l’espoir, c’est indéniable. On ne saurait dire où il est né, ni quand ni comment, mais c’est un vent qui souffle désormais de plus en plus fort. Et c’est une dynamique exponentielle : plus il y a de gens qui reprennent espoir, plus celui-ci se renforce. Et plus il se renforce, plus à son tour il entraîne de gens. C’est quasiment “mécanique”, comme l’eau du bassin coule vers le robinet ouvert. L’espoir et le nombre, à coup sûr une combinaison gagnante.
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Parce que malgré la peur, la fatigue, le découragement, l’impression d’impuissance, dès qu’on sent une issue possible, un horizon, une porte de sortie, un moyen, une éventualité, une victoire à portée de main, l’énergie et le courage reviennent. On relève la tête. Et on voit qu’on est pas seul à le faire. Ce n’est pas l’envie qui manquait, c’était de sentir à nouveau qu’il était possible de faire quelque chose qui puisse aboutir. C’était de pouvoir y croire. Il semble bien que c’est ce qui se passe. Et c’est une excellente nouvelle à une époque où tant d’entre nous ne croient plus à rien.
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On a pu traduire ça autrement : inverser le rapport de forces, un jargon politique et syndical qui peut être vite compris par certains mais pas d’autres, ou faire que la peur change de camp, ce qui est parlant mais pas toujours très concret dans l’esprit de tout le monde. Dans les deux cas, ça renvoie à une action, quelque chose que se décide puis se met en œuvre.
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Il n’en est pas de même avec l’espoir. On ne choisit pas d’espérer. Ce n’est pas une démarche volontaire, si on veut bien mettre de côté l’injonction à la mode et au fond d’inspiration libérale à “positiver”. Non, il s’agit vraiment d’un espoir, qui naît en vous, qui prend corps peu à peu ou qui d’un coup vous habite. Vous avez vu, senti, compris quelque chose ou plusieurs choses qui mises bout à bout font qu’à nouveau vous vous dites : « moi, j’y crois, je pense qu’on peut y arriver. » Et cette pensée vous met en mouvement. Et c’est un mouvement plus sain, plus fort et plus porteur de se battre pour obtenir ce qui vous fait espérer que pour éviter ce qui vous fait peur.
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Frédéric Lordon avait dit quelque chose dans cet ordre d’idées au tout début du mouvement Nuit Debout, en parlant de « recoloniser un imaginaire collectif ». De la convergence des luttes (des gens de milieu social et professionnel différent se rencontrant et s’organisant ensemble), à la solidarité concrète (soutiens des uns aux autres, caisses de grève), une image en effet prend forme qui montre que ça peut marcher. Que ça marche. Ce sera toujours un élément décisif. Si certains parmi les plus téméraires, ou les plus menacés, peuvent se lancer dans la bagarre même sans garantie de réussite, d’autres, sans doute bien plus nombreux, se décideront d’autant plus si des résultats sont déjà visibles. Non par manque de courage mais parce que les risques pour tout un chacun sont réels et se doivent d’être sérieusement pesés. A ce moment précis du choix, l’espoir dans l’autre plateau de la balance peut la faire pencher.
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L’espoir et le nombre. Aussi, il n’est pas étonnant que la stratégie à l’œuvre soit autant de marteler que le mouvement “s’essouffle” que de minimiser les chiffres jusqu’au ridicule. Mais le mur du mensonge devra s’élever bien haut pour contenir la vague qui s’est levée.
On pourrait paraphraser une citation connue en disant : « Ils ont senti que c’était possible alors ils l’ont fait. »

L’évangile selon Gattaz – Par Bob Solo le 15/03/2016

Séparation du Medef et de l'État
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Séparation du MEDEF et de l’État !
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Particulièrement bien trouvé, le slogan fait mouche et illustre au poil la situation. C’est évidemment un clin d’œil au combat mené contre l’influence et le pouvoir des Églises, qui aboutit à la loi de 1905, proclamant et garantissant notamment “la liberté de conscience” : le droit d’être croyant, et surtout de ne pas l’être.
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Mais la référence va bien au-delà du mot d’ordre un peu goguenard visant à dénoncer la soumission criante et pitoyable du pouvoir politique hexagonal actuel à un patronat actionnarial multinational qui dicte ses conditions. Parce qu’en y regardant de plus près, ce capitalisme financier tend en effet à s’imposer comme une religion, d’un nouveau genre, certes, mais utilisant les mêmes ressorts et recettes que les autres. Et pour le même but : une hégémonie. On ne vous demande pas de réfléchir, on vous demande de croire. Or, une classe n’est dirigeante que si ceux qu’elle domine adhèrent à son récit du réel.
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Ainsi est fabriquée et diffusée une doxa, un système de significations, de représentations, cherchant à s’imposer comme seule vérité (il n’y a pas d’alternative). On ne prend plus la peine de l’expliquer ou la démontrer : c’est un dogme, incontestable. Et parce qu’il est incontestable, il faut neutraliser toute contestation qui subsiste.
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Les économistes sont désormais classés en deux catégories opposées : orthodoxes et hétérodoxes. Vocabulaire directement puisé dans le lexique religieux : l’orthodoxe seul « est dans la foi droite” et « pense dans la bonne voie ». Les tenants d’un ordre économique différent se planteraient, seraient des « archaïques », ou pire : des agents masqués d’une idéologie, l’ultime accusation, celle qui vous vaut l’excommunication des temples télévisuels. Comme si le capitalisme lui n’était en rien une idéologie. Quand on veut tuer son chien, on dit qu’il a la rage, mais bien plus, on réfute tout soupçon de contamination pour soi-même.
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L’économiste et sociologue Bernard Friot expose plus clairement le phénomène : le pouvoir politique en place s’appuie sur des croyances pour maintenir sa domination et empêcher la souveraineté populaire. Ces croyances d’essence religieuse assurent le maintien du capitalisme. Religieuses parce que dépourvues de fondements réels, parce que présentées comme des vérités absolues, parce que matraquées comme un catéchisme.
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Un exemple ? On sait maintenant d’où vient la bien plus fumeuse que fameuse « règle des 3% » (de déficit public par rapport au PIB). Le 28 septembre 2012, l’économiste Guy Abeille en révèle la genèse au quotidien Le Parisien : « On a imaginé ce chiffre de 3 % en moins d’une heure, sur un coin de table, sans aucune réflexion théorique. En 81 Mitterrand voulait qu’on lui fournisse rapidement une règle facile, qui sonne économiste et puisse être opposée aux ministres qui défilaient dans son bureau pour lui réclamer de l’argent. On allait vers les 100 milliards de francs de déficit, soit plus de 2 %. Alors, 1 % ? Impossible à atteindre. 2 % ? Ça mettait trop la pression. 3 % ? C’est un bon chiffre, qui a traversé les époques, ça fait penser à la Sainte Trinité. Plus tard, cette référence sera théorisée par des économistes et reprise dans le traité de Maastricht, devenant un des critères pour pouvoir intégrer la zone euro. A l’époque, c’était quelque chose d’anodin. Mais la bête est sortie de sa boîte et ça nous a échappé. »
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Cette règle balancée ex nihilo devenue dogmatique ne repose donc sur aucun critère économique sérieux, aucune étude, aucune preuve de quoi que ce soit. Elle a pourtant traversé les décennies et justifie depuis les pires politiques d’austérité imposées à toute l’UE. Or les preuves de son inefficacité vis à vis des buts qu’elle prétend poursuivre sont maintenant flagrantes, démontrées par les faits objectifs, “grandeur nature”. Mais elles sont niées, escamotées, décrédibilisées, pour empêcher leur diffusion. C’est la définition de l’obscurantisme. La pente moyenâgeuse semble t-il inhérente à toute religion. Et celle du Capital n’y échappe pas. Avec son lot de superstitions bien débiles : allez toucher les grosses couilles dorées du taureau de Wall Street, ça vous apportera la fortune.
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Seul antidote, nous dit Friot, la laïcité comme outil d’émancipation sociale, économique et intellectuelle : « Nous exerçons une violence inouïe sur nos enfants pour qu’ils se conforment « aux exigences du marché du travail ». Qu’est-ce que cela si ce n’est un Dieu ? Nos sociétés sont soi-disant laïques quand il s’agit d’interdire le voile, mais contre les vraies divinités qui nous emmerdent et nous gouvernent, aucune contestation. »
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Pour lui, il faut en finir avec les évêques fanatisés du MEDEF, les prélats extrémistes du CAC40, les curés radicalisés du 6/9 radiophonique qui nous rabâchent quotidiennement le sermon néo-libéral. Et évidemment, avec les cardinaux tout-puissants de la Commission (ou Congrégation?) Européenne, non seulement premiers prêcheurs de la Sainte Parole, mais aussi désormais Grands Inquisiteurs : on sait quels bûchers purificateurs ils ont allumés, à Chypre d’abord puis en Grèce, pour châtier les infidèles et chasser les hérétiques.
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Un des Papes de ce clergé du fric l’a déclaré à cette occasion : « Il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens. » Amen. Ce pontife non élu, arborant pas moins de quinze distinctions internationales de Chevalier de Ceci, Commandeur de Cela et Grand Croix de Mes Deux, est par ailleurs mouillé jusqu’à l’os dans un système d’évasion fiscale à grande échelle. Mais toujours en poste et en réalité aux manettes de l’Union. Il est issu d’un parti « démocrate-chrétien ». Traduisons : qui pense que Dieu a crée le Ciel et la Terre en sept jours chrono, qui pense que son Dieu à lui est le seul authentique, mais qui s’abstient désormais de brûler vif pour de vrai les gens qui pensent autrement – sauf en cas de bombardements massifs pour la victoire du Camp de la Liberté. Quant à la raison de la présence de l’adjectif « démocrate » dans l’intitulé, on cherche encore.
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Le titre de cet article fait bien sûr référence à l’actualité franco-française, mais on sait que Les Évangiles du Saint Profit s’écrivent aussi ailleurs. Des places boursières à Davos en passant par le FMI, l’OMC, le système bancaire et les agences de notations, les missionnaires de la Nouvelle Bible sont nombreux. On pourra largement s’approprier la citation de Jomo Kenyatta, président de la République kényane de 64 à 78 : « Quand les blancs sont venus, nous avions la terre et ils avaient la Bible. Ils nous ont appris à prier avec nos yeux fermés. Quand nous les avons ouverts, ils avaient nos terres et nous avions leur Bible ». Il suffira de remplacer « blancs » par « capitalistes », bien qu’ils soient eux aussi blancs en majorité, dominants historiques rêvant désormais à une domination absolue. Tout ça sur la base d’une fumisterie. Alléluia.
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Pour aller plus loin :
Promoteur du salaire à vie, Bernard Friot développe les principales croyances capitalistes, devenues des institutions tant nous les avons acceptées comme vérités.
Lien 1: Le salaire à vie (partie 1/2)
Lien 2 : Religion capitaliste et laïcité

Se réécrire… Par Bob Solo

En tant qu’abstentionniste obtus temporairement repenti (pour moi c’est clairement « Mélenchon ou rien ») et non encarté chronique, j’incite vivement à continuer dans la ligne qui semble tracée par JLM : se démarquer, notamment au niveau du discours et jusqu’au choix des mots, se tenir loin des partis, de la tambouille politicienne, des sigles et des étiquettes, y compris même celle de « gauche », non pour renier quoi que ce soit mais pour faire passer et incarner ce message d’ouverture à tous, de rassemblement large, de différence avec « l’ancien monde ».

Comme j’incite, plutôt que brûler son énergie à répondre aux attaques (nombreuses) d’anciens « alliés », à s’intéresser de près (et à relayer) aux mouvements « citoyens » et autres « alternatifs » (les ZAD en sont un parfait exemple), bref là où ça cogite, ça invente, ça renouvelle, ça fait autrement, ça pense différemment, ça change d’approche globale, de point de vue, de lexique, de pratiques démocratiques.

J’enfonce peut-être des portes ouvertes, tout ceci vous parait peut-être déjà évident et inutile à redire. Si c’est le cas tant mieux et désolé de paraitre vouloir « donner des leçons »(je n’ai aucune prétention dans ce sens), mais je dis ça parce que, c’est un fait que je peux nier, chaque fois que je tombe sur un post ressemblant de près ou de loin à un « règlement de comptes » (toute proportion gardée et sans faire de procès d’intention à qui que soit) avec d’autres composantes de feu le FDG, ça provoque en moi un recul, ça me refroidit, bien malgré moi mais c’est comme ça.

Au fond je crains plus que tout que la dynamique lancée s’enraye à cause d’anciennes habitudes de langage, de perception, de réflexion, qui l’assimileraient à ce qui se fait ailleurs et depuis des décennies, tout ce mauvais carnaval politicien dont trop de gens sont déçus, dégoutés et ne veulent plus entendre parler. J’espère que j’arrive à me faire comprendre sans froisser personne ici, c’est tout sauf mon but (en revanche, y aller à boulets rouges contre le PS, ça me pose aucun problème au contraire ! )

Enfin, je me dis que si le projet c’est de changer la société, je peux sans doute commencer par me changer moi-même. Réécrire ma propre « constitution » en quelque sorte, modifier mes « institutions » ( ce qui s’est institué en moi), penser différemment, renouveler mon « logiciel » et mon propre bagage intellectuel (y a du boulot !).

Voilà c’était ma modeste contribution du jour. Elle vaut ce qu’elle vaut, ni plus ni moins, et j’espère avoir pris toutes les précautions sémantiques nécessaire pour qu’elle ne soit pas cause de polémique entre nous mais au contraire franchement constructive. Merci, et banzaï !

Bref, j’ai (encore) décidé de soutenir Mélenchon – Par Bob Solo

Je n’ai jamais vraiment milité. J’ai jamais pris de carte de parti. Le jargon d’appareils, ça me gonfle, ça me donne l’impression que si t’as pas lu Marx et tous les autres t’as pas droit à la parole. Je dois totaliser 25 ans d’abstention électorale au bas mot. Y compris un certain 21 avril… J’en tire pas de fierté. Si élections=piège à cons, abstention aussi au final. Mais voilà, y a des tas de trucs qui me les brisent menues dans la politique – en fait, surtout chez les politiciens, hommes ou femmes. C’est dingue ça : ils ont tous fait beaucoup d’études et se débrouillent pour avoir l’air de gens incultes. C’est pas que je vénère les intellos mais tout de même, là, le niveau qu’on a atteint ces dernières années, c’est à se coincer les parties dans une porte. De quoi hurler.

Bref, j’étais tranquille j’étais pénard, ayant renoncé une fois pour toutes à croire que mon avenir se jouait au fond d’une urne à intervalles réguliers. Je n’y crois toujours pas d’ailleurs. Mais je suis retourné voter en 2012, après avoir suivi de près la campagne du candidat Front de Gauche. Pour le gars, les idées, le programme, le projet. Exactement ce que j’attendais au fond pendant toutes ces années. On a même pris la Bastille à plus de 120 000 personnes, un moment génial. Y avait un ton, un style, une ambiance, un espoir. Puis y avait « les gens », y avait de tout là-dedans, beaucoup de jeunes, et ça faisait bizarre – en bien – de se dire tiens, c’est aussi ça « le peuple », « les Français ».

On sait ce qui s’est passé au final : il aura fallu dix-huit mois de campagne pour obtenir 4 millions de voix. Dans l’absolu un chiffre seul ne veut rien dire, mettons-le donc en perspective d’un autre : il a fallu 30 ans au FN pour en obtenir 6.

2012 est loin, tout est déjà très différent, en France, en Europe, ailleurs, partout. Et voilà que le bonhomme remet ça pour 2017. Entre autres raisons parce que depuis des mois des milliers de gens le lui demandent. Soit.

Au vu de « l’offre politique » existante pour l’instant, ou inexistante d’ailleurs, je vois pas d’autre choix crédible à mon sens même si c’est loin d’être parfait. Alors bon, on y retourne. Avec un certain plaisir je l’admets volontiers. Et puis j’ai rien à y perdre. Si par extraordinaire se pointe une autre proposition encore plus radicale et franchement anticapitaliste, il sera toujours temps de l’étudier.

Je connais déjà tous les « arguments » (lol) contre cette candidature, contre ce gars en fait. La plupart sont bidons, calomnieux, diffamatoires, crétins (Maastricht, franc-maçon, ex-PS, antisémite ET pro-Israël – oui, oui, les deux, “pire que Le Pen” – ça c’est la presse aux ordres, anti-communiste, fortune personnelle, Chavez, Chine, blablabla). Mais je ferai pas comme en 2012, je perdrai pas mon temps à tenter d’expliquer les idées et le projet à des gens qui en sont encore à répondre « ouais mais j’aime pas sa gueule, j’aime pas sa voix, j’aime pas sa cravate. » La seule objection qui vaille, c’est qu’arrivé au pouvoir reste l’éventualité qu’il ne fasse pas ce qu’il a dit qu’il ferait. Soit. Avant j’aurais rétorqué que c’est pareil avec les autres. Mais là aussi ça a changé : je pense maintenant qu’avec les autres c’est pas une probabilité mais une certitude.

Franchement, les médias Pujadesques et Libéïstes s’acharnent tellement sur ce mec que ça me le rend encore plus sympathique. Tiens, en fait, je vais faire mon électeur FN à l’envers : je vais voter Mélenchon parce que ça fait enrager des tas de gens que je déteste. Voilà, juste pour faire chier des cons ! De droite comme de gauche, d’en haut comme d’en bas. Moi aussi je vais faire mon débile, avec toute la mauvaise foi dont je suis capable – et croyez moi, là-dessus, je suis redoutable. En fait j’ai même pas envie d’en débattre. Ou bien je vais me cantonner moi aussi à des arguments simplistes genre « bin moi j’aime bien les gens qui gueulent » ou « ouais mais il cite du Victor Hugo à tous ses discours, je kiffe trop ça tu vois ». « Et je t’emmerde » ajouterai-je à l’occasion.

Certains – beaucoup – ont voté Moi Machin Président pensant élire le moins pire. Bin voilà, à défaut d’être le meilleur, s’il faut le dire comme ça pour mieux se faire entendre, cette fois, il est là, le moins pire.

Bref, j’ai (encore) décidé de soutenir Mélenchon.

Tyrannie par Bob Solo le 28 juillet 2015

Il faut encore écrire, échanger, analyser, réfléchir au sujet du récent affrontement entre l’UE et le gouvernement grec. Des événements qu’on pourra qualifier d’historiques pour une fois sans exagérer. Laissant de côté les procès d’intentions faits aux différents protagonistes et les polémiques sur ce qu’il aurait fallu faire ou ne pas faire, on voit surtout la nécessité de « tirer des leçons », comme disent les journaux.

C’est-à-dire de bien comprendre ce que tout ça révèle de ces institutions européennes qui paraissent si abstraites et lointaines, mais qui en fait, qu’on le veuille ou non, qu’on le sache ou pas, régissent maintenant nos vies quotidiennes. Et évidemment, à partir de là, également la nécessité – urgente – de prendre clairement position.

La première question qui se pose nettement, c’est la vraie nature de cette « construction européenne », ce qu’elle est aujourd’hui objectivement. Et dès qu’on y a répondu, la seconde question est clairement de savoir si on souhaite continuer d’y participer – de la subir ? – ou pas.

Le fait est que cette Union Européenne a indéniablement « montré son vrai visage », comme l’ont dit beaucoup d’observateurs, médias, économistes, responsables politiques divers, etc. Un « visage », c’est-à-dire surtout un langage et des comportements pour le moins autoritaires, des méthodes brutales, voire tyranniques – on évitera de parler de dictature ne serait-ce que par souci de peser les mots et peut-être par respect des victimes des vraies dictatures passées ou présentes.

Mais on a vu à l’œuvre une poignée de gens de pouvoir totalement dénués d’ouverture, d’honnêteté ou tout simplement d’humanité, et dont les plus beaux spécimens flirtent allègrement avec le conflit d’intérêts ou le soupçon de corruption. Leur intransigeance veut se faire passer pour de la « responsabilité » quand on n’y voit que la défense obtuse de dogmes économiques qui ne protègent que les privilèges d’une classe dominante, dont ils font partie, au détriment de centaines de millions de citoyens européens.

Dès lors, le discours sur l’Europe « des peuples », l’Europe « qui protège », l’Europe de la « solidarité », tout ça n’est plus qu’une fable, une farce, une mauvaise blague, une opération de propagande, une arnaque. Un échec retentissant, si tant est que la réussite de la mise en œuvre des ces beaux concepts ait été ne serait-ce qu’un seul jour le véritable objectif de tout ce bazar technocratique – ce dont on peut carrément douter aujourd’hui si on y croyait encore hier. Et justement certains n’y ont jamais cru.

On peut aussi y être complètement indifférent, comme beaucoup l’ont toujours été, n’en avoir rien à f… ou penser que c’est comme ça, qu’on y changera rien, et que la seule option qui reste à titre individuel est de faire avec, de faire pour soi, de faire « son petit bonhomme de chemin ». Dans ce cas-là, il faudra quand-même accepter qu’à l’intérieur du cadre tel qu’il est imposé, un tel individualisme a automatiquement des conséquences sur autrui.

Autrement dit, avoir à l’esprit que dans cette UE à la fois autoritaire et ultra-libérale, simplement tenter de s’en sortir soi-même ne peut qu’impliquer de jouer des coudes en permanence, voire d’écraser les autres. Bref, la compétition totale, la loi du plus fort – du plus riche en réalité, la guerre de tous contre tous. Apparemment ça convient à nombre d’entre nous. Certains prétendront même que « c’est la nature », argument stupide par excellence, mais toujours pratique pour masquer son cynisme, son égoïsme, sa flemme congénitale ou sa lâcheté à assumer une idéologie pourrie facilement réductible à « chacun sa gueule, la mienne d’abord, et après moi le déluge ».

Pour les autres, toutes celles et tous ceux qui ont plus que la conscience politique d’un bulot, qui possèdent encore quelques valeurs et quelques scrupules, il est temps de réaliser la violence des attaques et des humiliations subies par les populations européennes, et d’en tirer les conséquences.

On peut voir ça et là les tenants d’une refondation, d’une reconstruction, d’une réorientation de l’Union. On peut lire ou entendre leurs appels plus ou moins enthousiastes et plus ou moins argumentés pour « une autre Europe ». Ce à quoi s’opposent d’autres avis plus tranchés : la comédie a assez duré, il faut en finir une bonne fois.

De fait, de celui de de Rome à celui de Lisbonne en passant par celui de Maastricht, les traités européens en sont arrivés à ne plus laisser aucun choix : les états membres qui en sont signataires doivent y obéir. Et on a pris soin de graver dans le marbre de ces textes des dispositions qui jusque là appartenaient à la délibération collective. On voit donc mal désormais comment on pourrait sérieusement prétendre « lutter de l’intérieur ». L’épisode grec le démontre de façon la plus crue et la plus cruelle.

Ce n’est plus la seule problématique monétaire vis à vis de l’euro qui est en débat, ni même la simple impossibilité d’une politique économique décidée à l’intérieur d’un pays (ne parlons même pas d’une politique sociale), et c’est encore moins la question de « la paix » en Europe, celle que l’UE prétendait garantir et dont on voit ce qu’il en est. Non, c’est la question cruciale de la souveraineté populaire, qui n’a rien à voir avec les « nationalismes », mais qui en revanche à tout à voir avec – et au fond n’est rien d’autre que – la question de la démocratie.

Voilà ce qu’on est en train de nous voler morceau par morceau : la possibilité démocratique, collective, populaire, libre, de faire des choix pour notre vie présente comme pour notre avenir. Et rien ne montre qu’il y a aura une fin à ce pillage.