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Nous ne sommes pas Benoît Hamon ! Par Claire Bouthillon le 22/01/2017

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On n’a jamais autant vu énoncer le nom de Jean-Luc Mélenchon ce soir… troublant. Il émerge vraiment comme un challenger.
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Pour en venir à notre positionnement général, dans cette élection présidentielle quelle que soit son mode d’écriture aujourd’hui surprenante et ouverte, qu’une chose soit bien comprise. Jean-Luc Mélenchon ne maintiendra pas sa candidature parce que son égo compte plus que tout. Mais bien parce que notre programme apporte des différences et une légitimité qui commencent par le fait que nous ne nous sommes pas commis dans le gouvernement actuel. Benoit Hamon si… Qui lui est resté au PS quand Jean-Luc Mélenchon en est sorti pour aborder une autre façon de faire de la politique, et je n’exprime pas ici les errances de son propre parti en politique politicienne.
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Je souris de voir évoquer la « nuit des longs couteaux » des fraudes électorales en 2008 contre Ségolène Royal. J’étais avec celle-ci lors de cette nuit atroce où j’ai compris que mon socialisme avait été assassiné pour empêcher notre rénovation écologique et sociale dans le PS. Rien n’est sans doute joué quand des votes sont contrôlés par ce parti moribond. Il reste qu’Arnaud Montebourg donne ses 17% de voix à Hamon alors que Manuel Valls n’en a plus vraiment sous le pied : d’où son appel désespéré pour un vote massif au second tour. Mais cette fois, la droite ne viendra pas à la rescousse quand son candidat est pourvu.
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Par ailleurs nous avons des différences fondamentales avec Benoit Hamon :
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1. La posture géopolitique : nous sommes pour la Paix et voulons coopérer avec tout le monde quelle que soit la politique intérieure des États. Nous ne nous ingérons pas dans leurs affaires, même si nous ne sommes pas d’accord avec leurs choix de gouvernance. Nous croyons modéliser une influence bénéfique à se démocratiser en encourageant les émancipations quand elles se signalent.
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Nous voyons dans la posture du PS tout entier et Benoit Hamon pas moins, une inconséquence guerrière à diaboliser la Fédération de Russie, la Syrie, la Turquie dans le même panier, en réécrivant les scenarii de la guerre à l’avantage occidental. Les faits sont têtus et ne demandent qu’à sortir sur les réalités des actes sur le terrain, surtout quand il s’agit d’aider des « rebelles modérés » dont le pedigree se révèlera plus vite qu’on ne le pense avec la pacification du territoire. Et en cela, je comprends les doutes de Jean Lassalle d’hier au retour de sa mission en Syrie qui a déclenché l’indignation du Yannou de service à ONPC.
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Il reste à établir la liste des dommages collatéraux de nos guerres dans cette région du Moyen-Orient depuis des décades, pour comprendre l’hémorragie insupportable des génocides, à quoi, la Russie pour ne prendre que cet exemple, ne peut se mesurer. Idem s’agissant de son budget militaire et de son emprise infime sur la question des bases militaires au regard des Yankees. Reparlons-nous de Guantanamo ?
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En tout état de cause, la France insoumise veut le maintien de la paix et entend coopérer avec tout le monde. Elle « casse » ainsi une longue période paternaliste qui entendait, au nom d’une supériorité civilisationnelle aujourd’hui décadente en consumérisme débridé, sous prétexte qu’elle avait expérimenté les Lumières, régenter les choix de gouvernance d’autrui au long des siècles, et pratique une justification des ingérences beaucoup plus intéressées qu’on ne le pense, qui font de nous des colonisateurs et néo colonisateurs. Aujourd’hui, nous ouvrons nos choix en résonance avec une moitié de l’hémisphère Sud, en adhésion pour l’alter mondialisme qui prend pour assise une réforme des Nations-Unies pour l’instant sous emprise hégémonique occidentale et par-dessus tout Yankee à un point insupportable. Les BRICS sont les véritables enjeux à quoi nous raccrocher, qui se trouvent être voulues par la Fédération de Russie et d’autres pays qui également subissent les coups de boutoirs US comme la Chine et le Brésil, qui a déposé Dilma Roussef sans pour autant mettre en cause le maintien de la participation de ce pays à un nouvel ordre mondial. La corruption n’est pas là où on le pense, et les criminels non plus.
Nous sommes des « non-alignés ».
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Benoit Hamon éructe tout autant que les autres dans des revendications bellicistes qui en réalité servent les intérêts néolibéraux dont il voit un allié chez les États-Unis. Est-ce une position progressiste ? Est-ce avoir une dimension de Chef d’État protégeant son peuple ? Aucunement. Jean-Luc Mélenchon oui. Il a cette vision et cette dimension.
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2. L’Union Européenne : dans l’interview que Jean-Luc Mélenchon a donné à Marianne cette semaine avec de multiples intervenants – un modèle du genre – il y a cette question abordée avec beaucoup de confiance sur le poids que nous mettrions dans la négociation imposant la fin des traités. Je ne crois aucunement pour ma part, que le poids de notre PIB fera céder les Pan Germanistes de l’UE qui obéissent à un lobby occulte. Celui-ci n’entend pas céder ses richesses et ses pouvoirs parmi les 1% que nous voulons exploser. Quel que soit notre poids économique et démographique, il ne peut céder d’un pouce à nos négociations car il craint un « effet domino ». C’est en abordant tout de suite l’idée du Frexit que nous amènerons cette négociation en bras de fer, faisant changer la peur de camp, pour une transition destinée à éviter le chaos financier dans un pays qui est certainement dans une situation de banqueroute déguisée par notre actuel gouvernement. Et cela principalement sur la dette publique. L’intelligence serait de contourner l’article 50.
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Benoit Hamon vend une réforme possible irréaliste… En se posant comme un pragmatique. Encore une posture qui l’amènerait à se « ranger des voitures » dans les mêmes conditions que la Grèce de Tsipras au 1er affrontement ? Sa promesse pue la mort.
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3. La Laïcité : dans une analyse, toujours dans le Marianne de cette semaine, est épinglée chez lui un défaussement devant la réalité communautariste qui a pourtant fait de sa ville (Trappes), un territoire de non-droit : le plus grand exportateur de Djihadistes parmi les villes françaises. Plutôt que d’aborder de front la suprématie de la Laïcité sur les droits à la différence quelle qu’elle soit et même minoritaire, qui a la liberté de s’exprimer dans la sphère privée, il victimise le phénomène en pointant l’autre réalité de la faillite des politiques publiques qui ont collectionné les échecs dans ces villes ghettoïsées de « banlieue ». Or il y a du communautarisme infiltré partout, même dans le XVIème arrondissement de Paris par Wahhabites interposés et chez de populations très éduquées. C’est ainsi chez les sectes. Il ignore donc sciemment que, succédant aux réfugiés des combattants contre le FIS, se sont ensuite infiltrés les réfugiés en « fous de Dieu » qui ont infiltré nos quartiers en instaurant une charia par la terreur, pas seulement sur les communautés musulmanes, qui font leur lit sur la faillite éducative et la crise, avant tout morale, très exactement selon les mêmes ressorts que les fascismes de droite. Benoit Hamon est sur la ligne du Choc ces Civilisations en reculant sur nos valeurs républicaines que défend tout à coup Manuel Valls, qui n’a pour autant pas empêché la création d’écoles fondamentalistes contractualisées, par ports du voile interposés. C’est pourtant de lui sur la forme, dont nous sommes les plus proches puisque nous nous apprêtons à mettre fin aux communautarismes, à quoi nous rajoutons que nous mettons fin au Concordat d’Alsace-Moselle. L’a-t-il d’ailleurs mentionné ?
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4. La nature réelle de la VIème République : tout à coup, nos candidats professionnels de la politique de cette Primaire improbable, imposent le cercle vertueux pour les élus. Belle incantation qui, au regard de la nature même des élus qui avec eux portent une déformation de leur rôle, comptent se prolonger sous une nouvelle constitution de façade pour calmer le rejet du peuple envers les politiques.
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La VIème république de la France insoumise, elle, ne simule pas un changement de façade… Aucun élu éprouvé ne pourra se présenter et une vigilance sera menée contre nos propres apparatchiks en soutien, qui ne veulent pas se soumettre au tirage au sort citoyen comme dans ces Législatives. Ceci étant, les citoyens ici s’impliquent, participent, prennent leurs responsabilités pour représenter dignement leurs électeurs en se plaçant à leur service. Benoit Hamon veut-il cela ??? Certainement pas… C’est un des plus aboutis en matière d’apparatchik. Il ne connait rien de la vie civile. Il traîne par ailleurs derrière lui une rumeur insistante en série de casseroles sur ses manipulations politiciennes.
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Alors reste la combat contre l’austérité sur lequel nous serions convergents avec Benoit Hamon. Là encore, je le vois en Tsipras. Car il ne pourra se résoudre que par une redéfinition internationale émancipatrice de la tutelle atlantiste qui commence par l’affranchissement de cette Union Européenne là. Il faut face à cela et dans un contexte en voisinage hostile, avoir une grande résistance, quitte à subir les contrecoups de la disette, et surtout une tactique en technique de frappe fulgurante. En face, ils ont déjà joué les ripostes à tous les scénarii possibles. Nous n’avons pas 48 heures d’embellie devant nous et encore moins la trêve des 100 jours. Les éternelles négociations institutionnelles auxquelles s’apprête Benoit Hamon, n’envisagent absolument pas cette riposte internationale fulgurante. L’abdication est dont son avenir. Mais surtout la nôtre.
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A ce sujet, nous avons dans la France insoumise, nos propres schismes, et ne donnerons carte blanche à personne. Cette campagne législative nous permet de recenser les dérives et les errances actuelles et d’analyser en face les résistances citoyennes au sein des groupes d’appui qui posent question sur le rôle réel du Comité national de jlm2017. Mais passons. Les enjeux pour nous ne sont pas là, mais bien dans la façon de préparer la nouvelle constituante. Nous sommes maintenant prévenus.
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