Archives du mot-clé Cochin

Face aux mutations de l’UMP et à l’importance grandissante du FN, quel positionnement pour DLR ? – Par « Cochin »

Ce billet a été publié en qualité d’invité sur le blog de Laurent Pinsolle (lien : http://www.gaullistelibre.com/2014/06/face-aux-mutations-de-lump-et.html)

* * * * *

Les délires néolibéraux du châtelain Fillon

L’interview accordée récemment par François Fillon au Telegraph ne fait que tristement confirmer les craintes que l’on pouvait avoir sur les évolutions de l’UMP, dont des membres de plus en plus nombreux revendiquent un néolibéralisme décomplexé. Lors du même entretien, l’ancien premier ministre affirme ainsi tout d’abord que les universités françaises sont des « foyers de marxisme » avant de regretter que « la France n’ait jamais eu de révolution thatcherienne ».

François Fillon raisonne ici, comme bon nombre de néolibéraux, avec plusieurs décennies de retard. Pour que les universités françaises soient un foyer de marxisme, il faudrait que les étudiants d’aujourd’hui lisent encore Marx ou ceux qu’il a inspirés, ce qui n’est clairement plus le cas (je me rappelle encore à ce sujet l’étonnement de mon professeur de khâgne à Louis-le-Grand quand il s’était aperçu il y a quelques années que seule une petite poignée d’élèves avaient lu de manière un tant soit peu poussée les oeuvres de Marx).

Bref, François Fillon se contente ici de reprendre de vieux poncifs qui ne renvoient plus à aucune réalité – et l’on pourrait d’ailleurs le regretter car le marxisme, au-delà de tous les problèmes qu’il pose, avait au moins le mérite d’offrir à certains un cadre de pensée cohérent et rigoureux qui leur permettait de mener une réflexion qui ne soit pas simplement superficielle sur l’état de notre société.

L’ancien premier ministre a en réalité très probablement vu dans la dénonciation des « foyers de marxisme » une façon de s’attirer sans trop d’efforts les sympathies de la frange la plus à droite de l’électorat de l’UMP. Échouant depuis deux ans à obtenir la direction de son parti en se livrant à une véritable réflexion sur les causes de la crise française, le voilà bien décidé à s’en emparer en conquérant la notoriété de l’infamie.

C’est d’ailleurs bien ce que montre l’éloge obscène rendu à celle qui fut responsable de l’un des pires drames sociaux qu’ait connu un pays d’Europe occidentale depuis 1945, poussant dans la misère des millions d’ouvriers. Mais soyons tout de même bon joueur et admettons à la décharge du châtelain Fillon qu’un tel drame n’a pas touché l’ensemble des Britanniques : bien loin de pâtir des années Thatcher, la City, et plus généralement les classes les plus riches, virent leur pouvoir se renforcer. En clair, la rigueur à laquelle aspire l’ancien premier ministre ne concernera que les classes populaires et les classes moyennes.

Ces déclarations de François Fillon, qui s’ajoutent à bien d’autres et ont depuis été encore confirmées lors de sa dernière conférence de presse2, illustrent un mouvement global des principaux cadres de l’UMP, qui accentuent leurs penchants néolibéraux. Que n’entend-on pas à ce sujet sur le temps de travail ou sur la création d’un SMIC spécifique pour les jeunes ? Des hommes comme Laurent Wauquiez (le brillant politicien selon lequel le rejet du référendum de 2005 est dû à la volonté des Français de voir clairement affichées les racines chrétiennes de l’Europe dans la constitution3) participent depuis plusieurs années de cet infléchissement de la ligne de l’UMP vers un antiétatisme (s’appuyant en premier lieu sur le rejet de l’impôt) qui n’a pourtant pas toujours caractérisé l’ensemble de la droite française.

Pour ne pas se retrouver asphyxié entre l’UMP et le FN, DLR doit éviter le piège de la droitisation

Au moment où l’UMP accentue son libéralisme économique tout en se rapprochant de l’extrême-droite sur certaines questions, sous l’influence notamment de la Droite forte, il importe de s’interroger sur le positionnement politique actuel de Debout la République. Autant le dire clairement, si j’ai voté en mai dernier pour la liste soutenue par ce parti, ce ne fut pas avec un enthousiasme sans limite mais seulement parce qu’elle me semblait incarner la plus claire proposition de rupture avec l’Union européenne (c’est-à-dire la construction européenne, dans la forme néolibérale avancée qu’elle a prise depuis le début des années 1990).

Sympathisant de DLR depuis sa création, j’ai à chaque fois que cela était possible apporté ma voix à ce parti. Il y a plus d’un an, j’ai même choisi, après avoir longtemps hésité, d’en devenir adhérent. L’élément qui a poussé cette adhésion était un billet de Nicolas Dupont-Aignan publié au moment de la mort de Chavez, billet qui, tout en signalant les défauts du chavisme, rappelait que celui-ci avait incarné « une révolte contre le défaitisme d’Etat incapable de promettre à ses enfants autre chose que la misère »4. Un tel billet paraissait sur le coup témoigner d’une véritable pensée « gaulliste sociale » (l’emploi des guillemets s’impose parce que l’expression a aujourd’hui perdu en grande partie de son sens : s’en réclament aussi bien François Fillon que Laurent Wauquiez), par l’hommage rendu à un homme qui, s’il n’était sans doute pas parfait, avait au moins eu le mérite de soulager une partie de la pauvreté de ses concitoyens par la redistribution d’une part importante de la rente pétrolière (il faudra à ce sujet un jour se demander sérieusement pourquoi des journaux comme Le Monde ou Le Figaro, qui publiaient très régulièrement des articles pour critiquer l’état de démocratie dans le Venezuela chaviste, s’inquiétaient dans le même temps beaucoup moins des conditions de la vie politique dans les pétromonarchies du Golfe).

À mes yeux, un souverainisme qui concentrerait toute son attention à la seule question européenne en délaissant la question sociale est voué à l’échec. Toute réflexion politique sérieuse sur la crise de notre pays doit sans cesser articuler ces deux questions, qui tout en étant intimement liées du fait du caractère néolibéral de l’Union européenne, ne sont pas exactement les mêmes. Ceci est d’autant plus fondamental que ce sont bel et bien les classes qui souffrent le plus dans le contexte actuel qui sont celles auprès de qui le discours de Debout la République est le plus à même de porter.

Renforcer le caractère social de son discours, voilà ce que devrait faire Debout la République, au lieu de dénoncer, comme dans les tracts des dernières élections européennes, la « bureaucratie » et l’« assistanat ». Il faut d’ailleurs noter à ce sujet que : soit le chômage est principalement lié à l’euro et aux politiques économiques menées depuis trente ans et dans ce cas là dénoncer l’assistanat (qui est un phénomène marginal) est un contresens ; soit il est dû à la fainéantise de certains, mais dans ce cas on ne peut plus accuser l’euro ou les politiques néolibérales d’être la cause des maux dont souffre l’économie française.

À l’heure où l’UMP adopte un positionnement de plus en plus droitier et où le Front national voit son audience croître, Debout la République se retrouverait en réalité bien vite asphyxié entre ces deux partis s’il choisissait d’opter pour une ligne plus à droite que celle qu’il a suivie par le passé. Le mouvement prendrait par ailleurs le risque de se couper définitivement des souverainistes de partis plus à gauche, avec lesquels il devra pourtant un jour s’allier s’il veut rassembler une majorité de Français. Si à court terme, une telle ligne pourrait donc permettre de récupérer quelques électeurs, en profitant de la crise – provisoire – de l’UMP, elle condamnerait par la suite le parti à végéter à des niveaux qui furent ceux de l’ancien MPF.

Gageons que Nicolas Dupont-Aignan ne fera pas une telle erreur.

Pour rejeter l’Europe néolibérale, les souverainistes de tous les partis devront s’unir – Par « Cochin »

Ce billet a été publié, en tant qu’invité, sur le blog de Laurent Pinsolle (Lien : http://www.gaullistelibre.com/2014/06/pour-rejeter-leurope-neoliberale-les.html)

* * * * *

Près d’un mois après les élections européennes, il est possible de dresser un premier bilan de leur incidence sur la vie politique française. Comme beaucoup l’ont noté, le vote des Français montre une défiance croissante de ceux-ci à l’égard à la fois des deux grands partis traditionnels, qui obtiennent à eux deux à peine un tiers des suffrages exprimés, et des deux formations les plus favorables à l’Union européenne (les Verts et les centristes), qui ne recueillent que 20 % des voix. D’aucuns ont donc pu voir dans ces élections une victoire des eurosceptiques de tous bords (Front de gauche, Debout la République et Front national), laissant espérer à terme une rupture avec les politiques mortifères menées depuis au moins trente ans par les élites politiques de notre pays.

L’impasse Front national

Un tel constat doit cependant – hélas – être fortement nuancé, et ce pour plusieurs raisons. La première d’entre elles tient au fait que l’électorat eurosceptique s’est porté principalement sur le Front national, c’est-à-dire sur un parti qui, par son passé mais aussi par les régulières prises de position pour le moins ignobles de certains de ses principaux dirigeants, reste en dehors du cadre républicain.

Si l’on peut comprendre que nombre d’électeurs désirant une véritable rupture avec les politiques menées alternativement par l’UMP et par le PS aient accordé leurs suffrages au mouvement qui leur semblait le mieux incarner l’opposition aux anciens partis, un tel choix est cependant regrettable, étant donné qu’il ne permet en rien d’espérer un meilleur avenir. Du fait de son positionnement politique, le Front national, s’il a de grandes chances de se retrouver au second tour de la prochaine élection présidentielle, n’a en effet quasiment aucune chance de l’emporter à la fin, en raison du fait qu’il ne dispose d’aucun allié potentiel au sein des autres grands mouvements politiques et qu’il suscite même largement leur hostilité.

Paradoxalement, parmi les formations eurosceptiques, c’est donc celle qui a le plus de chance de passer le premier tour qui est aussi celle qui a le moins de chance de remporter le second, à cause de l’isolement dans lequel le laissent les autres partis souhaitant rompre avec l’Union européenne – selon nous à raison, mais là n’est pas la question. À l’inverse, Front de gauche, Mouvement républicain et citoyen et Debout la République – qui sont tous trois des partis dont la présence au second tour reste aujourd’hui plus qu’improbable – auraient sans doute toutes les chances de l’emporter dans un face à face avec le PS ou l’UMP, grâce à un efficace report des voix souverainistes (l’auteur de ces lignes, adhérent de Debout la République, n’hésiterait pas un seul instant à voter pour Jean-Luc Mélenchon ou pour Jean-Pierre Chevènement si l’un d’entre eux se retrouvait un jour opposé à un membre de l’UMP ou du PS).

Récapitulons donc : le FN a de fortes chances de passer le premier tour de la prochaine élection présidentielle mais n’a presque aucune chance de l’emporter au second et l’on peut donc dire qu’il stérilise une bonne partie des voix souverainistes, en engageant plusieurs millions d’électeurs dans une voie sans issue (à ce titre, ceux qui accusent ce parti d’être un allié objectif du PS et de l’UMP n’ont pas tort). Les autres partis de rupture semblent quant à eux incapables de passer le premier tour alors même qu’ils pourraient l’emporter au second.

Des souverainistes républicains affaiblis par leurs divisions

La situation n’est donc guère encourageante ; et elle l’est encore moins si l’on considère les débats qui agitent aujourd’hui aussi bien le Front de Gauche que le Mouvement républicain et citoyen et Debout la République.

En ce qui concerne le Front de Gauche, celui-ci reste aujourd’hui incapable de porter un discours unique et cohérent de rupture avec l’Union européenne, ce qui explique sans doute d’ailleurs en grande partie le score relativement faible de ses listes lors des dernières élections. Les nombreuses tribunes publiées depuis sur le site internet de Marianne par des membres des différentes tendances qui le composent illustrent bien tristement cet état de fait, au point que l’on en vient à se demander si le Parti de Gauche ne ferait pas mieux de se séparer de ceux de ses alliés qui sont les plus farouchement arc-boutés dans la défense d’une Union européenne dont ils refusent de comprendre que le néolibéralisme n’est pas quelque chose d’accidentel mais bel et bien de consubstantiel (les analyses de Frédéric Lordon dans son dernier livre sont à cet égard particulièrement éclairantes).

En ce qui concerne le Mouvement républicain et citoyen et Debout la République, on peut regretter que ces deux mouvements, qui portent tous deux depuis plusieurs années des projets réfléchis et cohérents de rupture avec l’Union européenne et le néolibéralisme dominant, n’aient pas été capables de s’accorder pour présenter aux Français des listes communes pour les élections européennes, dont tout laisse à penser qu’elles auraient été en mesure de remporter plusieurs sièges au Parlement européen.

S’unir pour ne plus subir

Face aux partis installés du système et à un FN qui a réussi à se faire passer pour la seule alternative au PS et à l’UMP, les souverainistes républicains n’ont pourtant sans doute pas d’autre alternative que de s’unir pour exister.

Entendons-nous bien : il ne s’agit en aucun cas ici d’affirmer que Front de Gauche, Mouvement républicain et citoyen et Debout la République devraient s’allier lors des prochains scrutins. Des différences de fond existent entre ces partis et il est normal, dans le cadre de notre démocratie, que celles-ci subsistent. Seulement, au delà de ces différences, il faut également faire le constat de nombreux points d’accord, qui sont en réalité bien plus nombreux que ne le pensent beaucoup et qui, surtout, portent sur des questions fondamentales. Du fait de l’existence de ces convergences de vue, des rapprochements de circonstance doivent se faire entre les sympathisants et adhérents de chacune de ces formations (de tels projets ne pourront sans doute pas à l’heure actuelle, pour des raisons diverses, partir des appareils politiques et doivent donc émaner de la base).

Au mois d’avril dernier, au cours de la campagne européenne, l’auteur de ces lignes avait participé à une initiative de ce genre. En publiant sur le site internet de Marianne une tribune cosignée par des adhérents et sympathisants des trois principaux mouvements eurosceptiques républicains, nous avons montré la proximité qui existe de fait entre les électeurs de ces formations.

Les discussions autour du Grand marché transatlantique offriront dans les mois à venir une occasion de poursuivre ces rapprochements inter-partisans. Si nous voulons exister dans le débat publique et ne pas laisser les médias présenter le Front national comme la seule force d’opposition à un libre-échange fou, nous n’avons en effet pas d’autres choix que de nous unir pour peser davantage. Si Front de Gauche, Mouvement républicain et citoyen et Debout la République s’engagent séparément dans cette bataille, ils risquent d’échouer à fédérer l’opinion antilibérale pour la constituer en un vaste mouvement de masse capable de provoquer l’échec du projet. Pour cette raison, seules des discussions ainsi que des manifestations communes de tous les souverainistes républicains pourront permettre de montrer l’enracinement des idées qu’ils défendent dans le pays.