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Du discours du Prado de Jean-Luc Mélenchon et de la question européenne…

J’ai lu, sur un fil, un de mes contacts faire des remarques (tout à fait respectueuses et s’inscrivant dans un débat serein) à propos du discours du Prado de Jean-Luc Mélenchon (axé sur les liens à développer entre les peuples du Maghreb  et le peuple français) et d’autres sur la question européenne. Elles m’ont inspiré.

1/ D’abord, voici les remarques de cette personne

Je pense aux excès du discours de Marseille qui ont fait fuir de nombreux électeurs (j’en connais quelques uns autour de moi). Ces électeurs n’ont pas oublié et tant que JLM ne mettra pas de l’eau dans son vin, voudra bien admettre que la France ne peut accueillir toute la misère du monde, ils ne reviendront pas.

JLM va devoir « effacer » – non « atténuer »  plutôt qu’ »effacer » – de la mémoire collective son discours de Marseille, et ça ne pourra pas se faire sur une seule publication : il faudra qu’il enfonce le clou.

De plus je crois que sa position concernant la France dans l’UE a besoin d’être éclaircie publiquement.

2/ Voici maintenant mes réflexions et les réponses que je peux apporter

2.1/ Sur la question du discours du Prado

L’auteur a raison quant à l’effet qu’il a décrit du discours du Prado. Nous sommes nombreux, j’en suis sûr, à avoir, comme lui, croisé des gens déterminés à voter pour JLM et à avoir changé d’avis après ce discours. Le peuple français n’était pas prêt à entendre cela et les medias, le FN, mais aussi la droite « républicaine » (je pense à DLR et à NDA) et le PS, se sont employés à se servir de ce discours pour discréditer JLM. On se souvient de l’affaire des faux tracts…entre autres avanies ! C’est sans doute ce discours-là qui a le plus nui à la solidité de sa candidature.

Et pourtant, si je le rejoins inévitablement sur ce diagnostic, je ne saurais approuver la conclusion qu’il en tire. Il dit qu’il faut « effacer » ce discours, avant de corriger le tir en disant « atténuer ».

 « Effacer » est en effet impossible car ce discours a été prononcé et parce que c’est sans aucun doute la pensée profonde de JLM. En ayant dit ce qu’il a dit ce jour-là, il a joué le rôle d’un passeur d’idées qui feront leur chemin. Demain, dans quelques années, ce que JLM a dit au Prado sera devenu réalité et évidence pour la plupart des gens. Il a juste, sur ce point, plusieurs longueurs d’avance sur les masses et sur bien des élites. Pour quelqu’un qui a affirmé ne pas vouloir courir trop loin devant ses troupes et le peuple, pour le coup – et pour filer la métaphore cycliste, c’est la période idéale pour cela – il est comme un échappé ayant semé presque tous ses poursuivants. Je dis « presque » puisque nous sommes quelques-un-e-s au PG et au-delà du PG, à le suivre sans difficulté sur ce sujet, comme sur beaucoup d’autres.

Il n’est donc pas question d’ « effacer » ce discours, si noble, si profond, car revenir dessus serait un signe très négatif à tous égards. Je pourrais développer mais je ne veux pas disserter. Juste dire qu’à mes yeux, et je suis loin d’être le seul à le penser et à le dire, ce discours est de portée historique. Je suis convaincu que dans les générations futures appréhenderont ce discours-là comme nous avons reçu certains discours de Robespierre, de Jaurès ou du général de Gaulle. Trop en avance sur son temps sans doute mais visionnaire.

Pas d’effacement donc et d’ailleurs, l’auteur s’est vite ravisé en préconisant plutôt d’ « atténuer » seulement ce discours. Le terme me paraît encore malvenu car il ne me semble pas opportun de donner le sentiment de rétropédaler. Certes, beaucoup de citoyen-ne-s ont refusé de voter pour nous à cause de ce discours mais ce n’est pas une bonne conduite politique à mes yeux que derevenir un jour sur ce qu’on a dit la veille pour de simples raisons électoralistes. Certes, quand on s’égare, quand on se trompe, il est judicieux de corriger ses erreurs et d’adopter un nouveau discours plus pertinent. Par exemple, JLM a choisi en 1992 de voter le traité de Maastricht alors que c’était une énorme erreur. Il n’est pas le seul à s’être fourvoyé et à s’être laissé illusionner, mystifier pourrais-je dire. Mais il a compris depuis et a changé de discours. Dont acte ! Sur la question de l’immigration, objet du discours du Prado, le problème n’est pas qu’il a eu tort mais que le peuple ne l’a pas compris et n’est pas encore décidé à adopter des vues aussi progressistes. Ce qu’il faut donc faire, c’est expliquer, faire œuvre pédagogique, et montrer pourquoi l’immigration n’est pas une plaie mais une chance.

Et si l’immigration clandestine pose des problèmes, c’est en raison du fait que les clandestins sont employés à des conditions bien plus « compétitives » que les citoyen-ne-s français-e-s ou les étrangers en situation régulière. C’est donc sur ce point qu’il faut lutter en imposant un cadre légal qui dissuade les employeurs de faire appel à une main d’œuvre bon marché et clandestine. Et bien sûr, il faut agir au niveau diplomatique et économique international pour tarir les sources de cette immigration que sont, d’une part, la misère des pays d’émigration et, d’autre part, la corruption ou le caractère oppresseur et tyrannique des régimes en place dans ces pays qui ne résultent et ne survivent bien souvent que grâce au soutien plus ou moins direct de la France. Le slogan selon lequel « l’ennemi est le banquier pas l’immigré » résume bien notre philosophie. Il faut l’expliquer encore et encore. Et quand je dis que le peuple n’a pas compris, je ne dis pas qu’il est inapte à comprendre, je dis juste que ces idées progressistes sont encore trop ambitieuses pour qu’il les accepte. Mais ça viendra. Le nombre est immense de ces questions initialement jugées impossibles à faire évoluer et qui ont pourtant fini, avec le temps, et l’évolution des mœurs et de la civilisation, à prendre un aspect plus humaniste : le droit pénal, la procédure pénale, le droit de la famille et tant d’autres…

L’auteur pourrait répondre que si l’on veut absolument que JLM soit élu à la Présidence de la République, l’état d’esprit du peuple français étant aujourd’hui ce qu’il est, il faudrait que nous « mettions de l’eau dans notre vin » (expression qu’il a d’ailleurs employée) et que nous en rabattions un peu sur ce sujet. Oui, en effet, ce serait une façon de faire. Mais je ne crois pas qu’elle nous ferait gagner des voix. Les racistes indécrottables ne seront jamais gagnés par ce genre de rétropédalage et je doute que l’on puisse les ramener à la raison et à l’humanité. Mais à l’inverse des gens qui croyaient en nous seraient choqués, à juste titre, qu’on change ainsi notre vision pour seulement gagner des voix, alors même que nous croyons résolument à la grandeur et à la noblesse de ce combat philosophique et politique. Au risque de paraître grandiloquent, je dirais que ce combat-là est digne des Lumières du XVIIIe siècle et que JLM s’inscrit, en le menant, dans la droite ligne des grands progressistes de cette époque. Et puis abandonner ce combat pour la dignité et le progrès humain, ce serait, à coup sûr, perdre bien plus qu’on ne gagnerait. Il ne nous reste donc qu’à expliquer, expliquer, expliquer.

On pourrait être cyniques et faire comme de Gaulle vis-à-vis des pieds-noirs d’Algérie, je veux dire abandonner ce discours ou « l’atténuer » fortement comme il le préconise pour peut-être nous faire élire et, une fois en place, y revenir et imposer notre vision ou, compter sur le progrès des consciences qui aura peut-être d’ici là gagné du terrain. Oui, ce serait peut-être une option stratégique mais nous ne sommes pas des cyniques et nous disons ce que nous voulons faire. Alors je reviens à ce que je disais plus haut.

2.2/ La question européenne et mondiale…

Là où en revanche je rejoins l’auteur, c’est sur la nécessaire – que dis-je, indispensable – clarification du discours de JLM et du PG sur la question européenne. Et pour moi, cette clarification implique mutation.

Je crois que c’est en bonne voie même si c’est très lent à advenir. Trop lent pour moi qui souhaiterais entendre de la part de JLM et du PG, un discours beaucoup plus radical. Mais on ne peut ignorer que nous avons été longtemps contraints par le PCF qui n’était pas sur cette ligne de rupture franche avec l’UE. Et JLM et le PG ont été tenus, en tout cas ce fut leur choix stratégique, de ne pas dépasser une ligne rouge pour que le FdG perdure et que la question européenne ne vienne pas s’ajouter aux lignes de fracture existant par ailleurs sur l’écosocialisme ou la stratégie.

Mais il est évident à mes yeux que nous n’aurions pas dû obtempérer. Nous n’aurions pas dû en rabattre sur notre radicalité. Nous n’aurions pas dû suivre le PCF. Nous aurions dû assumer depuis longtemps la rupture nette avec l’UE et dire haut et fort que nous étions déterminé-e-s à quitter l’UE car le discours toujours actuel de la désobéissance, discours auquel j’ai adhéré jusqu’à il y a quelques mois, ne peut plus suffire. Les choses sont beaucoup trop cadrées et solidement définies au sein du système actuel de l’UE pour que la désobéissance ait une quelconque influence. Croire cela c’est la même chose que de croire que l’on peut encore changer le PS de l’intérieur ou depuis ses marges. C’est une escroquerie intellectuelle pure et simple.

Je me suis donc émancipé moi-même de cette philosophie pour adhérer désormais à l’idée de la sortie pure et simple de l’UE. Pas pour nous renfermer sur nos frontières nationales mais pour nous libérer du carcan, de la prison à tendance totalitaire qu’est devenue l’UE, et pour immédiatement entrer en pourparlers avec les autres gouvernements des pays membres et les peuples qu’ils représentent (fort mal pour la plupart) et aussi d’ouvrir les horizons. En effet, je suis avec JLM quand il prêche pour que les peuples de la Méditerranée s’unissent et je suis d’accord avec un autre quand il dit que la France a bien plus en commun avec le Sud de l’Europe et le Maghreb qu’avec les pays du Nord et de l’Est et que c’est donc avec eux qu’il faut refonder une union des peuples.

Et puis, je suis de gauche et au PG ce qui signifie que je suis internationaliste et je vois donc pour la France une ambition autrement plus grande et plus noble que celle d’être un vassal de l’Empire. Notre vocation, intemporelle, est de parler au monde et d’être un maillon essentiel de ce monde. La France, hélas, fut, pendant un temps trop long, un empire colonial donc oppresseur et tyrannique mais ce temps est révolu. Certes, des formes subsistent de colonialisme détourné mais nous y sommes radicalement hostiles et donc nous nous y opposerons le jour venu. Nous défendons le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et à ce titre nous condamnons, par principe, tout empire, quel qu’il soit. Car les empires sont établis sur la puissance et sur la domination, pas sur le consentement. Il n’y a que deux véritables empires aujourd’hui dans le monde et d’ailleurs on pourrait dire qu’il n’y en a qu’un, avec deux faces. Comme Janus en quelque sorte. L’empire occidental avec les États-Unis auxquels on peut attacher le Canada et le Mexique voire quelques pays de l’Amérique Latine qui restent sous sa domination plus ou moins directe, et l’UE qui exerce son autorité, fut-ce indirectement, jusque en Afrique.

Nous avons la ferme intention de tisser des liens d’une autre nature avec les nations, les peuples et les gouvernements du monde. Nous avons l’intention de réformer profondément l’ONU en vue d’en faire une organisation qui puisse prétendre être une authentique organisation internationale où tous les peuples ont un rôle à jouer et une influence sensible. Nous agirons pour que disparaissent ces directoires des grandes puissances, qu’il s’agisse du conseil de sécurité ou des divers G (G20, G8, G2) et qu’ils soient remplacés par des institutions démocratiques.

Bref entre le rétropédalage sur la question de l’immigration et la réformation de notre vision et de notre discours sur la question européenne et plus largement sur celle de la diplomatie que nous mettrions en œuvre, j’opte très clairement pour la seconde option. Certains préconiseront de ne rien changer ni à l’une ni à l’autre. Ce serait une grave erreur indiquant que nous sommes sourds aux messages que nous fait passer le peuple français depuis plusieurs années. D’autres souhaiteront nous voir évoluer sur les deux thématiques mais j’ai expliqué pourquoi je n’étais pas favorable à une inflexion de notre positionnement sur le premier sujet. Par contre, la question européenne est à mes yeux la plus fondamentale de toutes les controverses. C’est notre ambigüité et notre refus d’aller au bout de la logique que nous avions commencé à adopter sur cette question qui nous a porté tort et ce profondément. C’est notre évolution sur la question de l’Europe qui peut nous redonner du crédit dans l’opinion et ôter au FN sa légitimité apparente de parti souverainiste et anticapitaliste alors qu’il n’est que le chien de garde du capitalisme.

Ce n’est pas le sujet ici mais il va sans dire que pour que nous retrouvions du crédit dans l’opinion, JLM et le PG doivent aussi assumer une rupture franche et définitive avec ceux qui nous ont conduits là où nous sommes. Inutile de les citer une nouvelle fois, chacun aura saisi.

Je sais que sur cette dernière rupture, comme sur celle relative à l’UE, le PG n’est pas unanime. Mes positions tranchées, radicales, ne sont pas partagées par tous. J’ignore si, aujourd’hui, la majorité du PG incline pour la sortie de l’UE ou reste attachée à ce système mais au fond de moi, sur la base d’éléments divers, je suis convaincu que si un vote était organisé au sein du PG et que tous les adhérents devaient se prononcer pour ou contre la sortie de la France de l’UE, vote qui devrait évidemment intervenir après un débat sérieux, la majorité serait du coté de la sortie.

C’est vers cette orientation-là que nous devons aller. C’est ce que je crois et c’est ce que je défends en tant que militant du PG.